Wikilivres frwikibooks https://fr.wikibooks.org/wiki/Accueil MediaWiki 1.47.0-wmf.1 first-letter Média Spécial Discussion Utilisateur Discussion utilisateur Wikilivres Discussion Wikilivres Fichier Discussion fichier MediaWiki Discussion MediaWiki Modèle Discussion modèle Aide Discussion aide Catégorie Discussion catégorie Transwiki Discussion Transwiki Wikijunior Discussion Wikijunior TimedText TimedText talk Module Discussion module Event Event talk Apprendre à cuisiner/Ustensiles 0 2644 766146 761702 2026-05-06T19:06:39Z DavidL 1746 /* C */ 766146 wikitext text/x-wiki {{Apprendre à cuisiner}} Ce chapitre a pour but de présenter les différents ustensiles et appareils utilisés pour cuisiner. <gallery widths="320px" heights="240px"> Kitchen utensils-01.jpg|Des ustensiles de cuisine. Batterie de cuisine.jpg|Batterie de cuisine : [[#casserole|casseroles]], [[#poêle|poêles]], ... </gallery> {{SommaireCompact}} == A == {{Fiche ustensile|Autocuiseur|Cocotte-minute|image=Super Cocotte decor SEB-MGR Lyon-IMG 9918.jpg|texte=Constitué d'un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d'une valve de dépressurisation, il permet de cuire les aliments sous haute pression.}} {{SommaireCompact}} == B == {{Fiche ustensile|Balance|image=Kitchen scale 20101110.jpg| texte=Une '''balance''', du latin bis (2 fois) et lanx (plateau) est un instrument de mesure qui sert à évaluer des masses. Le but étant de pouvoir répéter et transmettre des mesures avec fiabilité. Les balances donnant directement le poids n'ont qu'un seul plateau, posé sur un ressort. Le poids fait baisser le plateau, entraînant le mouvement de l'aiguille indiquant le poids correspondant. Les balances électroniques affichent le poids sur un écran. Préalablement à la pesée, la tare est une étape de calibration pour ajuster le zéro afin de ne pas prendre le poids d'un contenant en compte et de ne peser que les ingrédients : le contenant est posé à vide sur la balance, puis la balance est réglée pour afficher zéro, soit par un simple bouton sur une balance électronique, soit par une molette pour amener l'aiguille en face du zéro sur une balance mécanique. <gallery> Digi-keukenweegschaal1284.JPG|Balance électronique. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Batteur|image=Batteur rotatif manuel.JPG| texte=Le batteur est utilisé pour rendre les blancs d'œuf en neige. Il est constitué d'une poignée, de deux batteurs amovibles tournant en sens inverse par rotation de la manivelle montée sur le manche et d'un batteur fixe. <gallery> Hand Beater.jpg|Batteur avec poignée sur le dessus. Batteur mécanique.JPG|Batteur avec poignée sur le côté. Eggbeater, Pictorial Equipment Article, Kellogg. (3856709638).jpg </gallery> }} {{Fiche ustensile|Batteur électrique|Fouet électrique|image=Handheld Electric Beater.jpg| texte=Le batteur électrique est utilisé pour battre les blancs d'œuf en neige. <gallery> Krups 3Mix Type 321.jpg|Batteur avec différents fouets. Churning butter.jpg|Utilisation du batteur. Dough and hand mixer.jpg|Mélange d’œufs avec du sucre. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Bol|image=Ler- och stengods. Blå skål med vit dekor. 1700-talets slut - Hallwylska museet - 89092.tif| texte=Un bol est un élément de vaisselle servant principalement lors du repas matinal pourpour boire du lait, du café, du thé, ou autres. Ils peuvent également servir à présenter un dessert, une soupe ou un potage. Les bols peuvent être fabriqués en céramique (porcelaine, grès, et faïence), en plastique, en métal, en bois. Selon le matériau dans lequel ils ont été fabriqués, les bols peuvent être utilisés pour réchauffer des aliments au micro-onde. Certains bols ont des oreillettes servant de poignées, ou peuvent être personnalisés avec le prénom de son propriétaire inscrit dessus. <gallery> Bowl (pineapple pattern) - from Thailand.jpg Bowls x 6.JPG|Empilement de 6 bols. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Broches à tremper|Fourchettes à chocolat|image=Fourchette a chocolat.JPG| texte=Les '''broches à tremper''', ou '''fourchettes à chocolat''', sont des ustensiles qui servent à tremper des préparations dans du chocolat sans laisser de trace de doigts ou des marques d'instrument. Il peut s'agir d'une broche à forme ronde ou à spirale ou d'une fourchette à 2, 3, 4 et même une douzaine de dents pour les grosses quantités. Par exemple, pour les orangettes, il s'agit d'un morceau d'orange confit trempé dans le chocolat. Aucune marque n’apparaît sur le chocolat sauf le plat de la base.}} {{SommaireCompact}} == C == {{Fiche ustensile|Caquelon|image=Caquelon with rechaud 2 (aka).jpg| texte=Le caquelon est une sorte de casserole en terre cuite ou en fonte, pourvue d'un manche, dans laquelle se prépare puis se sert, entre autres, la fondue. Il est surtout employé en Suisse romande, mais également dans le Jura français, en Savoie et en Belgique. <gallery> Caquelon 1 (aka).jpg Caquelon 2 (aka).jpg Caquelon 3 (aka).jpg </gallery> }} {{Fiche ustensile|Casserole|image=Casserole541.JPG| texte=Une casserole est un ustensile de cuisson à fond cintré cerclé, muni d'un manche inamovible (appelé « queue »). Le mot est un diminutif de l'ancien français casse ou cassette désignant une grande cuiller, voire une louche. Elle existe en différentes contenances et peut posséder un bec verseur. La casserole traditionnelle des foyers, à bords droits et hauts, est appelée « russe ». <gallery> Casseroles cuivre Vaux.jpg|Batterie de casseroles en cuivre Casserole with cover MET 146229.jpg|Casserole avec couvercle Kupferkasserolle Stielkasserolle 16 cm Casserole.jpg|Casserole en cuivre Casserole à sirop - musée HCL - pharmacie à l'Hôtel-Dieu - 2007.0.2094.M.1.jpg|Casserole à sirop </gallery> }} {{Fiche ustensile|Chauffe-plat|image=Chafingdish.jpg| texte=Conteneur servant à garder la chaleur du plat.}} {{Fiche ustensile|Chinois|image=Passoire-chinois.JPG| texte=Passoire fine en forme de cône servant à filtrer les sauces et le thé. Il serait inspiré de la forme des chapeaux des cultivateurs de thé chinois.}} {{Fiche ustensile|Cocotte|Marmite|image=Cocotte.png| texte=Une marmite, une cocotte, ou un fait-tout est un ustensile de cuisine en terre cuite, en fonte ou en métal avec des poignées et un couvercle, servant à faire bouillir de l’eau, ou cuire les aliments pour les mijoter ou les braiser. <gallery> Tourtiere Cocotte.jpg Cazuela.JPG Stock Pot.jpg Cocotte-2.jpg Dutch-ovens.jpg </gallery> }} {{Fiche ustensile|Compotier|image=Compote MET DP341291.jpg| texte=Un compotier est un plat creux ayant la forme d'une grande coupe à pied, ou parfois sans pied, conçu pour servir des compotes. On peut également y servir ou simplement y entreposer des fruits entiers alors qu'ils mûrissent. <gallery> Compote MET 180102.jpg Overton Compote, ca. 1875–85 (CH 18669357-2).jpg Purple marble glass compote MET 182070.jpg Compote MET DP258767.jpg 2024.06.29 Antique Modern Pressed Glass Compote Bowl Compotier with Strowberry.jpg </gallery>}} {{Fiche ustensile|Coquetier|image=Quatre coquetiers alu 04.jpg| texte=Un coquetier permet de faire tenir un œuf debout, qu'il soit dur ou à la coque (d'où le nom).}} {{Fiche ustensile|Corne|image=Corne cuisine.JPG| texte=Une corne est un ustensile en forme de demi-lune semi-souple en corne, en métal ou maintenant en plastique de 15 à 20 cm de diamètre, servant à racler les plats et plans de travail, également utilisé pour couper des portions de pâte. Il est très utilisé en boulangerie et en pâtisserie. <gallery> BenchScraper.JPG Spaetzlesschaber01.jpg </gallery>}} {{Fiche ustensile|Coupe-frite|image=Coupe-frite simple.jpg| texte=Le coupe-frite mécanique ou électrique permet de découper rapidement une pomme de terre en frites calibrées avant la friture. <gallery> Coupe-frite à levier.jpg|Coupe-frite à levier Coupe-frite années 60.jpg|Coupe-frite avec 2 calibrages possibles Coupe-frite électrique.jpg|Coupe-frite électrique </gallery> }} {{Fiche ustensile|Coupe-œuf|image=Eierschneider.jpg| texte=Un coupe-œuf est un ustensile de cuisine permettant de découper en tranches des œufs durs écalés. Un coupe-œuf est formé d'un support en creux pour l'œuf et d'un ensemble de fils ou de lames, pivotant, qui se referment sur lui par pression de l'utilisateur. <gallery> Eierschneider.gif|Utilisation. Cooked Boiled Egg Slice Cutter (14811024733).jpg|Œuf dur tranché. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Couteau|image=4Messer fcm.png| texte=Un couteau est un outil tranchant comportant une lame courte et un manche permettant de manier l'outil sans se blesser. En cuisine, il existe différents types de couteau de différentes taille, adaptés à l'ingrédient découpé. Le couteau fait également partie des couverts utilisés à table lors d'un repas. Les couteaux à lame lisse (non dentelés) sont tranchants et peuvent s'émousser. Ils nécessitent [[/Entretien#Affutage des couteaux|un affûtage]]. <gallery> BreadKnife.jpg|Couteau à pain : longue lame dentelée. Buttered crumpet3.jpg|Couteau à beurre : lame lisse. Chef's Knife.jpg|Couteau de chef multi-usage de 20 à 30 cm à lame épaisse, sert notamment à hacher, ciseler ou émincer. Couteau à huitre - coté.jpg|Couteau à huître. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Cuillère|Cuiller|image=Teaspoon-554065.jpg| texte=Une cuillère (ou cuiller) est un ustensile de table ou de cuisine, constituée par son cuilleron, extrémité creuse et concave prolongée par un manche plus fin. Il existe des cuillères de différentes tailles selon leur utilisation, dont les deux principales sont appelées cuillère à soupe (grande cuillère) et cuillère à café (petite cuillère, appelée cuillère à thé en anglais : ''teaspoon''). Les compositions culinaires peuvent être mélangées à l'aide de grandes cuillères en bois. <gallery> SpoonCollection.jpg 1080 Cuchara sopera, Estocolmo Suecia.jpg Souvenir Spoon from Fords Theatre, Washington DC.jpg Soup Spoon.jpg|Cuillère à soupe. 2007-12-30chinPorzellan04.jpg|Cuillère à soupe chinoise en porcelaine. Iced tea spoon.jpg|Cuillère à thé glacé. Kiwi spoon.jpg|Cuillère à kiwi. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Cuillère en bois|Cuiller en bois|image=Cuiller en bois - dessus.jpg| texte=Une cuillère (ou cuiller) en bois est un ustensile de cuisine utilisé pour mélanger les compositions culinaires. <gallery> 32882828502 Jpg (201469393).jpeg Brooklyn Museum 22.739 Spoon.jpg Cuiller à mélanger en bois - coté.jpg|Cuillère à mélanger en bois 3kochlöffel.JPG|Trois formes de cuillères en bois </gallery>}} {{Fiche ustensile|Cuillère à glace|Cuiller à glace|image=Izozkien tresna.jpg| texte=Une cuillère (ou cuiller) à glace est un ustensile de cuisine permettant de former des boules de glaces ou de sorbets. <gallery> IJslepel.jpg|Cuillère à glace permettant de détacher facilement la boule formée par serrage des deux parties du manche. Cuiller à glace.jpg|Cuillère à glace permettant de détacher facilement la boule formée par appui sur le levier sur le dessus du manche. Izozkien tresna.jpg|Cuillères à glace </gallery>}} {{Fiche ustensile|Cuisinière|Gazinière|image=Grepa HGKW075.jpg| texte=Une cuisinière permet la cuisson des aliments dans des {{Ustensile|casserole}}s, {{Ustensile|marmite}}s ou {{Ustensile|poêle}}s, et possèdent plusieurs plaques de tailles différentes. Elle peut aussi être appelée gazinière notamment quand la cuisson utilise le gaz. Il existe également des cuisinières électriques : plaques chauffantes électriques, plaques à induction, plaques céramiques. L'appareil est souvent combiné à un {{Ustensile|four}}. Une gazinière requière l'utilisation d'allumettes ou un briquet électrique pour gazinière. Une cuisinière à induction requière l'utilisation de contenants (casseroles, marmites, poêles) adaptés à l'induction, généralement signalés par le symbole d'une bobine à induction et possédant un fond métallique épais afin de conduire la chaleur induite. <gallery> Electrical stove Mora EUROLINE 3430 (2).jpg|Cuisinière à plaques électriques Elektroherd-eingeschaltet.jpg|Cuisinière électrique allumée Ceran surface.jpg|Cuisinière électrique à surface céramique Gas stove in Italy.jpg|Gazinière Herd3.jpg|Cuisinière combinée gaz et électrique. Plaque a Gaz- Gaz plate, cooker.jpg|Plaques à gaz portable. </gallery>}} {{SommaireCompact}} == D == {{Fiche ustensile|Daubière|image=Daubi2.JPG|texte=Une daubière est un récipient en terre cuite pour la cuisson au feu de bois sur le potager ; qui servait à l'origine à préparer [[Livre de cuisine/Daube provençale|la daube, plat traditionnel de Provence]]. La forme (ronde, ovale), la hauteur et la couleur peuvent varier. Elle comporte un couvercle, deux poignées en anse de seau et un petit orifice d'évacuation de vapeur, situé soit sur le couvercle soit sur un manchon.}} {{Fiche ustensile|Dénoyauteur|image=Denoyauteur 05 - 01.jpg| texte=Un dénoyauteur permet de retirer le noyau des fruits (cerises notamment). Il est composé de deux branches dont l'une, accueillant le fruit, se termine par une forme hémisphérique avec un trou pour le passage du noyau, expulsé par la tige à l'extrémité de l'autre branche.}} {{SommaireCompact}} == E == {{Fiche ustensile|Économe|Éplucheur|image=Couteau-econome.jpg| texte=Une couteau-économe, un éplucheur ou épluche-légume est un ustensile permettant de retirer la peau de certains légumes, notamment la pomme de terre. Il peut aussi être utilisé avec certains fruits comme la pomme. <gallery> Schälmesser.jpg|Différents épluche-légumes. Peeler 01 Pengo.jpg|Éplucheurs. Sparschaeler.jpg|Épluche-légumes d’Europe du nord. Rasoir à julienne 01.jpg|Rasoir à julienne. Épluchures de pomme de terre.jpg|Utilisation de l'économe sur une pomme de terre. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Écumoire|Écumoir|image=Schaumloeffel.jpg| texte=Une écumoire ou un écumoir est un ustensile de cuisine en forme de large cuiller, plate ou creuse, criblé de petits trous. Les trous peuvent varier en taille selon les morceaux ou liquides à filtrer. <gallery> Spider_%28cooking%29.JPG|Écumoire chinoise. Écumoire et louche de marin breton.jpg|Écumoire et louche de marin breton pour servir une [[Livre de cuisine/Cotriade|cotriade]]. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Entonnoir|image=Kitchen Funnel.jpg| texte=Un entonnoir est un ustensile de forme conique, servant à faire passer un liquide, une pâte, une poudre ou un granulé dans l'ouverture étroite d'un récipient. Les entonnoirs sont faits d'un matériau suffisamment rigide, pour ne pas s'écraser sous le poids de ce que l'on verse, imperméable et supportant la chaleur des aliments versés. En cuisine, ils sont généralement en métal ou en plastique. <gallery> Kitchen Funnel.jpg|Entonnoir en plastique. Entonnoir en alu.jpg|Entonnoir en aluminium. </gallery> }} {{SommaireCompact}} == F == {{Fiche ustensile|Ficelle de cuisine|image=Listari edo sukaldeko haria.jpg| texte=Une ficelle de cuisine sert à attacher de la viande (volaille ou rôti en général) pour son maintien durant la cuisson. }} {{Fiche ustensile|Film étirable|Film alimentaire|image=Clingfilm.jpg| texte=Un film étirable ou film alimentaire (ou appelé à tort cellophane) est une pellicule de matière plastique, ductile, transparente et adhérente, utilisée pour la protection des denrées alimentaires. <gallery> DDR Frischhaltefolie (Ansicht 4).jpg|Rouleau de film étirable. Saran Wrap 02.JPG|Conservation d'aliments sous film étirable. Pvc-Film.jpg|Film étirable PVC. Sandwich (3883575579).jpg|Conservation d'un sandwich sous film étirable. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Fouet|image=Balloon spiral ball whisks.jpg| texte=Le fouet est utilisé essentiellement pour élaborer des desserts, le plus souvent en pâtisserie pour travailler des œufs (avec du sucre par exemple), pour battre des blancs d’œufs ou de la [[crème fraîche]]. Le fouet à sauce est utilisé pour mélanger des aliments à l'état liquide. Pour les aliments assez durs, un fouet à manche en fer est recommandé. Il existe également des fouets à manche en bois ou à manche en plastique. La forme au bout du fouet varie aussi : fouets ballon, spirale et à boules sont illustrés ci-contre.}} {{Fiche ustensile|Four|image=Oven.jpg| texte=Le four électrique ou à gaz équipant les cuisinières permet la cuisson des plats à l'aide d'un système de chauffage puissant. Le plat contenant les aliments doit supporter les fortes températures. Traditionnellement, certains fours sont consacrés à un usage spécifique, comme la cuisson du pain ou de la pizza. La température de cuisson peut aller jusqu'à plus de 300°C correspondant au thermostat 10. Voir [[Apprendre à cuisiner/Poids et mesures#Thermostat, degrés Celsius et Fahrenheit|Thermostat, degrés Celsius et Fahrenheit]]. <gallery> Leroy Merlin à Massy le 9 avril 2017 - 81.jpg|Four avec grille et lèchefrite qui recueille la graisse et le jus de la viande rôtie. Forno elettrico 2.jpg|Four électrique </gallery> }} {{Fiche ustensile|Four à micro-ondes|image=Microwave.750pix.jpg| texte=[[Fichier:Four à micro-ondes avec légende.jpg|200px|right]] Le four à micro-ondes utilise un rayonnement micro-onde pour agiter très rapidement les molécules d'eau, ce qui les réchauffe, ainsi que les aliments qui les contiennent. Il est donc plus efficace sur les aliments contenant beaucoup d'eau. Le contenant ne chauffe pas, hormis par contact avec le contenu. {{Attention|Les plats emballés doivent être ouverts avant cuisson pour éviter une dilatation extrême ou un risque d'explosion, pouvant endommager à la fois le plat et le four.}} {{Attention|N'utilisez pas de contenant métallique dans un four à micro-ondes.|rouge}} }} {{Fiche ustensile|Fourchette|image=Forks.png| texte=La fourchette est un ustensile de cuisine et de table permettant de saisir les aliments solides soit en les piquant, soit en les soulevant. Elle peut avoir entre 2 et 4 extrémités pointues (dents) et possède un manche. Elle existe également en différentes tailles selon son utilisation. <gallery> Assorted forks.jpg|Différents types de fourchettes Fish fork.png|Fourchette à poisson. Fondue fork.png|La fourchette à fondue possède un long manche et deux dents. Fourchette a gateau.JPG|La fourchette à gâteau possède trois dents. </gallery> }} {{SommaireCompact}} == G == {{Fiche ustensile|Gaufrier|Moule à gaufres|image=Waffle iron.JPG| texte=Un gaufrier électrique permet la cuisson de [[Livre de cuisine/Gaufre|la pâte des gaufres]] en les moulant. Beaucoup de gaufriers permettent la cuisson de deux gaufres à la fois. Il est composé de deux parties du moule chauffantes où la pâte est pressée durant sa cuisson. Il faut préalablement graisser les deux parties pour éviter que la pâte reste collée au moule. <gallery> 20060700 dual waffles done.jpg|Gaufrier pour 2 grandes ou 8 petites gaufres. Waffle Maker.jpg|Gaufrier pour 5 gaufres. Retro USSR waffle iron.JPG|Gaufrier ancien. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Grille-pain|Toasteur|image=Toaster.jpg| texte=Un grille-pain électrique (ou ''toasteur'' tiré de l'anglais ''toaster''), est un appareil permet de griller des tranches (pain en général), utilisant la haute chaleur et le rayonnement infrarouge dégagés par les résistances électriques qu'il contient. L'aliment à griller doit être solide et ne pas s'émietter. Un bouton latéral permet de baisser et éjecter les tranches. L’éjection peut se faire de manière automatique par le déclenchement d'une temporisation. <gallery> 1024 Toaster-5201.jpg Acosta-toaster.jpg Making toasts.jpg </gallery> }} {{SommaireCompact}} == H == {{Fiche ustensile|Hachoir|image=Machrata.jpg| texte=Un hachoir berceuse deux mains permet de hacher des ingrédients sur un plan ou une planche de travail dont le revêtement ne doit pas craindre les rayures. <gallery> Mezzaluna e tagliere.jpg|Hachoir berceuse simple lame sur planche de travail. Wiegemesser mit Brett.JPG|Hachoir berceuse double lame. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Hachoir à viande|image=Fleischwolf.ganz.jpg| texte=Un hachoir à viande permet de réduire la viande pour produire de la chair à saucisse, des farces et de la viande hachée. La plupart des hachoirs fonctionnent en forçant la viande à passer à travers de petits trous à sa sortie au moyen d'une vis sans fin. <gallery> Fleischwolf-zerlegt.jpg Meat grinder 1.jpg Minced meat.jpg 12 SS & H CCA Meat Grinders.jpg </gallery> }} {{SommaireCompact}} == L == {{Fiche ustensile|Lèchefrite|image=Leroy Merlin à Massy le 9 avril 2017 - 77.jpg| texte=Une lèchefrite est un récipient placé sous une broche de rôtissoire ou plaque inférieure dans un four électroménager permettant de recevoir la graisse et le jus des viandes que l'on fait rôtir. Les lèchefrites sont généralement en fer ou en cuivre jaune. Celles des fours sont également utilisées comme plat pour cuire directement certains aliments (pâtisseries et viennoiseries, côtes de bœuf, pizzas, canapés, ...). <gallery> File:PolloRostizadoObrera.JPG|Lèchefrite placée sous une rôtissoire professionnelle. Leroy Merlin à Massy le 9 avril 2017 - 77.jpg|Lèchefrite dans un four électrique. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Louche|image=Ladle.jpg| texte=Une louche est composée d'un manche relativement long et d'un cuilleron (tête hémisphérique plus ou moins grande mais assez profonde), formant une grande cuillère à long manche. Son utilité première est de permettre de prélever une certaine quantité de nourriture, d'ingrédients ou de condiments dans un récipient profond (d'où le manche). <gallery> Schoepfkelle.jpg Soep en jus lepel.jpg 69 -IMG 20150811 121112.jpg </gallery> }} {{SommaireCompact}} == M == {{Fiche ustensile|Mandoline|image=Mandoline (34588144834).jpg| texte=Une mandoline permet de trancher des légumes (concombres, carottes, ...). Elle consiste en une planche ayant une lame tranchante au milieu. Son utilisation requière de la prudence pour éviter une blessure, il faut notamment utiliser l'ustensile associé pour couper en rondelles la dernière partie. <gallery> An early Christmas present for the household. Now I must learn "The Art of the Mandoline". (11483328164).jpg|Mandoline et le capuchon (à gauche) pour maintenir l'aliment à trancher sans se blesser. Cooking Mandolin with Carrot.jpg|Mandoline et carotte. Mandoline (34588144834).jpg|Mandoline avec planche en bois. Vasters 8019 (8469690889).jpg|Utilisation de la mandoline. Wild Fermented Pickles with Mandoline (19422522864).jpg|Utilisation de la mandoline avec capuchon. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Minuteur|image=Farberware-Minute-Timer-White.jpg| texte=Un minuteur est un dispositif programmable permettant de mesurer le temps, écoulé ou restant. Il est généralement utilisé pour la cuisson des œufs. <gallery> Kitchen timer.jpg Kitchen alarm clock.JPG Mechanical egg timer.jpg Lux Minute Minder timer.jpg Lux Products Long Ring Timer.jpg </gallery> }} {{Fiche ustensile|Mixeur|Mélangeur|image=Høyhastighetsblender.jpg| texte=Un mixeur est un appareil destiné à hacher et mélanger des ingrédients. Il est composé d'un récipient dont le fond est muni de lames coupantes, entrainées par le moteur de la partie inférieure du mixeur. Le récipient doit être muni de son couvercle lors de l'utilisation du mixeur pour raison de sécurité. <gallery> ElectricBlender.jpg Chopped vegetables in blender.jpg Vitamix Pro 750.JPG </gallery> }} {{Fiche ustensile|Moule|Tourtière|image=SpringformPan.jpg| texte=Un moule à gâteau est utilisé en pâtisserie pour cuire une pâte qui prendra la forme du moule durant la cuisson. Si vous utilisez un moule dont le fond se démonte, pensez à tapisser le fond avec du papier sulfurisé afin que la pâte liquide ne coule pas au cours de la cuisson à travers le moule et ne salisse le four. Un {{Ustensile|Moule à gaufres}} est un ustensile électrique pour la cuisson des gaufres. <gallery> Moule-a-manque.JPG|Moule à manqué Cupcake-tin.jpg|Moule à cupcakes Madeleinetraysmall.jpg|Moule à madeleines Blueberry tart.jpg|Moule à tarte ou tourtière. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Moulin à café|image=Moulins de table.JPG| texte=Un moulin à café est un appareil qui permet de moudre des grains de café. <gallery> Moulin café Peugeot 02.jpg|Moulins à café Peugeot Moulins muraux.JPG|Moulins à café muraux Electric coffeegrinder.JPG|Moulin à café électrique </gallery> }} {{Fiche ustensile|Moulin à légumes|Passe-légumes|image=Passe legumes.jpg| texte=Un moulin à légumes permet de presser les aliments à réduire en purée contre une plaque percée de trous de taille plus ou moins importante, selon le modèle ou par utilisation de grilles interchangeables. Il se compose d'un récipient dont le fond est troué et d'un disque de métal maintenu par un ressort obliquement contre le fond et que l’on fait tourner avec une manivelle afin de presser l'aliment contre la plaque perforée. Les trois pieds latéraux permettent de poser l'ustensile sur un contenant récupérant la purée ou compote produite.}} {{SommaireCompact}} == O == {{Fiche ustensile|Ouvre-boîte|image=P-38 can opener.jpg| texte=Un ouvre-boîte est un ustensile permettant l'ouverture des boîtes de conserve. Celui pour les boîtes de sardines et autres poissons en conserve est également appelé Clé à sardine. <gallery> Lata irekigailua.jpg|Ouvre-boîte manuel. Kitchen-Modern-Can-Opener.jpg|Ouvre-boîte à deux molettes. Dosenöffner.gif|Utilisation d'un ouvre-boîte à molettes. Clé ouvre-boîte.jpg|Clé à sardines. Různé druhy otvíráků na konzervy (ČSSR) 02.jpg|Différents modèles d'ouvre-boîtes et clé à sardines utilisable également comme décapsuleur. </gallery> }} == P == {{Fiche ustensile|Papier aluminium|image=Aluminumfoil.jpg| texte=La feuille d'aluminium, ou papier d'aluminium, est une tôle dont l'épaisseur est inférieure à 0,2 mm, et vaut typiquement environ 0,02 mm. La minceur et la ductilité du métal, permet à la feuille d'être très flexible, lui permettant d'épouser pratiquement toutes les formes. Le papier sert à emballer et à protéger des aliments, et permet également d'emballer des aliments qui seront cuits dans une enceinte fermée (pommes de terre au four, oignons au barbecue, poisson en papillote, ...). Le papier aluminium a souvent deux faces différentes, une mate et une brillante ; les deux faces ont les mêmes propriétés de conservation des aliments. Le papier d'aluminium, facile à façonner et conducteur de chaleur, est également utilisé lorsqu'il s'agit de chauffer un produit sans le mettre en contact direct avec la source de chaleur, notamment pour des produits allant au four, mais pas au four à micro-ondes, car l'aluminium fait alors l'effet d'une cage de Faraday. <gallery> Aluminio.jpg|Rouleau de papier aluminium. 2008-08-05ExtremeCooking003.jpg|Poisson cuit dans une feuille d'aluminium. Foil-yaki.jpg|Jambon au champignons préparé dans une feuille d'aluminium. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Papier sulfurisé|papier tartines|image=Leivinarkki.jpg| texte=Le papier sulfurisé (parfois appelé papier tartines) est un papier traité de manière à être imperméable et à résister aux hautes températures, vendu en rouleau pour un usage domestique. Il fait partie des papiers de cuisson, il est d'une grande dureté de surface, à l'aspect parcheminé, translucide et à très faible niveau de porosité. Il est utilisé aussi pour le conditionnement de corps gras et en pâtisserie, car il supporte certaines cuissons au four traditionnel, et évite le graissage des plats ce qui facilite le nettoyage. <gallery> Chocolate chip coooookies on parchment paper, cooling, May 2009.jpg|Cookie sur papier sulfurisé. Fishfingers on parchment paper.JPG|Poisson pané sur papier sulfurisé. To oven (2952226850).jpg|Préparation de pizza sur papier sulfurisé. Пергаментная бумага.jpg|Rouleau de papier sulfurisé. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Passoire|Tamis|image=Kitchen-Strainer.jpg| texte=Une '''Passoire''' ou un '''Tamis''' est un ustensile munie d'une grille fine ou percé de trous permettant de filtrer un liquide ou de tamiser de la farine ou de la poudre et qui retient les éléments ne passant pas à travers la grille ou les trous. <gallery> Kitchen Tool 06.JPG|Grande passoire. Tea Sieve.jpg|Passoire à thé. Plastic sieve.jpg|Tamis en plastique. Сито механическое (кружка-сито) Sieve, Flour Sifter.JPG|Tamis à farine. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Pinceau de cuisine|image=Silikonpinsel.jpg| texte=Un '''Pinceau de cuisine''' est un ustensile permettant d'étaler une préparation liquide sur un met ou un plat, généralement avant cuisson. <gallery> Silikonpinsel.jpg|Pinceau de cuisine avec poils en silicone. Making galette des rois 2.jpg|Pinceau en plastique utilisé pour préparer une galette des rois. Cookbookchallah1.jpg Samantha Garza 2009 (cropped).jpg|Utilisation d'un pinceau de cuisine US Navy 030418-N-0728B-002 Mess Specialist 2nd Class Charles Mansfield assigned to Naval Hospital Pensacola on detachment to Fleet Hospital Three (FH-3), puts the finishing touch on a batch of biscuits before placing them in th.jpg|Utilisation d'un pinceau de cuisine </gallery> }} {{Fiche ustensile|Planche|Planche à découper|image=Chopping Board.jpg| texte=Une '''planche à découper''' ou '''planche à pain''' est un support en bois, en bambou, en verre, en métal ou en plastique dur. Pour l'hygiène, '''une planche en matière absorbante telle que le bois est recommandée''', plutôt qu'une matière imperméable comme le plastique ou le verre. Solide et durable, elle permet d'épargner le support (table ou plan de travail) pour la découpe des aliments avec un {{ustensile|couteau}} ou un {{ustensile|hachoir}}. Certaines planches permettent de découper et de verser les aliments coupés directement dans le récipient. <gallery> Schweinsbraten 3913.JPG|Découpe de viande sur une planche. " 12 - ITALY - Italia cuisine - aglio pomodorini e prezzemolo ( garlic, tomatoes, parsley ) su tagliere - wooden chopping board.JPG|Aliments avant leur découpe sur la planche. Tomaten MAIGO 3.jpg|Déversement des tomates coupées dans le plat. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Plaque de four|Plaque de cuisson|image=Baking tray.jpg| texte=Une plaque de four est une plaque de tôle qui sert à la cuisson des aliments dans un four. Elle est tenue par des rainures sur les côtés, et se glisse horizontalement dans le four. Du papier sulfurisé ou aluminium est utilisé pour garnir son fond afin d'y faire cuire des pâtisseries : pâtisseries dans un cercle, meringues ou pâtisseries à plat (langues de chat, etc.). Chauffée à sec, elle peut servir à griller la viande en tranches (pierrade, plancha). <gallery> Uncooked stuffed mushrooms on a baking tray, 2006.jpg|Plaque de four de champignons farcis avant cuisson. Bild-Waie-1.jpeg|Plaque de four après cuisson d'un plat. Breakfast strata.jpg|Plat posé sur une plaque de four. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Poche à douille|Poche|image=1pastry bag.jpg| texte=Une poche à douille est un sac conique muni d'un embout appelé douille, utilisé en cuisine pour décorer ou garnir des mets. Elle possède deux ouvertures : une grande à la base pour introduire la garniture (crème, ganache, mayonnaise, etc.) et une petite au sommet à laquelle on adapte la douille et par laquelle la garniture sort. La douille est un cône creux en métal ou plastique dont l'ouverture, au sommet, est de forme et de largeur variables donnant une forme spécifique (boudins de différents diamètres, en étoile, plat, etc.) à la préparation qui sort de la poche à douille. Il existe des poches à douilles lavables et d’autres, en matière plastique, à usage unique. Certaines poches ont des douilles interchangeables qui se vissent au bout de la poche. <gallery> Plastic pastry bag.JPG|Poche en plastique avec douilles interchangeables. Douilles de pâtisserie.jpg|Douilles métalliques interchangeables utilisées en pâtisserie. US Navy 050215-N-2636M-015 Petty Officer in Charge, Naval Air Station North Island Bakery, Culinary Specialist 1st Class Nick Leones, decorates the desserts that will be served to the 1600 Sailor's that come to dine at the galley.jpg|Utilisation de la poche pour décorer des desserts. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Poêle|image=Pfanne (Email).jpg| texte=Une poêle est un ustensile de cuisine utilisé pour la cuisson d'aliments solides tels que la viande, les légumes, les œufs…. Il existe différents types de poêles : la poêle à frire, la poêle à poisson, le poêlon, la poêle à blinis, etc., pourvues d'un seul long manche, d'un manche et d'une poignée, ou de deux poignées. Elles peuvent être fabriquées en divers matériaux : fonte, acier, cuivre, pyrex, inox… Grâce à leur fond composé de plusieurs couches, les poêles modernes conviennent souvent à plusieurs sources de chaleur : gaz, induction… <gallery> Pfanne (Edelstahl).jpg|Poêle en acier inoxydable. Pfanne (Antihaftbeschichtung).jpg|Différents poêles sur une cuisinière. Cooking a paella.jpg|Poêle spéciale pour préparer la paella (''Paellera'' en espagnol), avec deux poignées au lieu d'un manche. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Presse-agrume|image=Eskuko zuku-makina.jpg| texte=Un presse-agrume est un ustensile de cuisine permettant de presser les agrumes (citron, orange...) afin d'obtenir leur jus. <gallery> LemonSqueezer.jpg|Presse-agrume en plastique Zitruspresse IMGP2755 wp.jpg|Presse-agrume en verre Zitronenpresse-mit-zitrone.jpg|Presse-agrume en inox </gallery> }} {{Fiche ustensile|Presse-purée|image=Kartoffelstampfer 2015.jpg| texte=Un presse-purée est un ustensile de cuisine, constitué d'un manche et d'une grille ou d'un embout en zig-zag et destiné à écraser des légumes, en particulier les pommes de terre, pour en faire de la purée. <gallery mode="packed" caption="Différents types de presse-purée"> Kartoffelstampfer.jpg|Ancien presse-purée à grille. Passe-legumes.JPG|Passe-légumes avec des grilles interchangeables permettant d'obtenir une purée plus ou moins fine. Kartoffelstampfer_Metall.jpg|Presse-purée moderne en acier inox, à embout en zig-zag. Potato Masher.jpg|Presse-purée moderne à grille, en acier inox. </gallery> Voir aussi {{Ustensile|Passe-légumes}}. }} {{SommaireCompact}} == R == {{Fiche ustensile|Ramequin|image=Ramekin.jpg |texte=Un ramequin est un petit plat, en porcelaine, en verre ou en terre cuite, utilisé pour la cuisson au four ou au bain-marie. Il permet de cuire des repas individuels. Son nom désignait une petite pâtisserie chaude à base de fromage toujours populaire en Suisse sous le nom de "ramequin au fromage", puis est venu à désigner, par métonymie, le récipient où l'on cuit de la crème fromagée, puis par extension, un plat que l'on utilise pour cuire, au four ou au bain-marie, des œufs et toutes préparations, crèmes ou entremets. <gallery> Blue ramekin.jpg|Ramequin bleu. Preparation of panna cotta.jpg|Préparation de [[Livre de cuisine/Panna cotta|panna cotta]] dans des ramequins. Soufflé.JPG|Soufflé servi dans un ramequin. Cherry Crisp in ramekin.jpg|Glace servie dans un ramequin. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Râpe|image=746801 FlatCoarseGrater Lifestyle9x9.jpg |texte=Une râpe est un ustensile de cuisine doté de petits trous aiguisés permettant de détacher de petits copeaux d'aliments par frottement. Une râpe à légumes possède une lame pour couper des légumes en rondelles ; l'épaisseur des rondelles est définie par le réglage de la lame. Il existe différents types de râpe selon la dureté de l'aliment. <gallery> NuezMoscada.jpg|Râpe à noix de muscade. Terka.jpg|Différents types de râpes. Küchenreibe 1.jpg|Râpe multi-usage avec une râpe différente sur chaque face. Ruční struhadlo 03.jpg|Râpe multi-usage vue de dessous, montrant les différentes râpes de chaque face. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Réfrigérateur|Frigidaire|image=LG refrigerator interior.jpg |texte=Un réfrigérateur (ou désigné par la marque frigidaire) est un meuble ou une armoire fermée et calorifugée dont la température est régulée par réfrigération indépendamment de la température extérieure, servant à la conservation des aliments, l'abaissement de la température de boissons pour les rendre plus agréables à la consommation, etc. Le compartiment principal maintient une température inférieure à {{unité|5|°C}}. Un deuxième compartiment peut avoir une température plus basse, soit un freezer à glaçons, soit un compartiment à {{unité|-18|°C}} appelé congélateur. :Voir aussi le chapitre « [[../Gérer son réfrigérateur/]] ». <gallery> A Samsung Refrigerator.jpg|Réfrigérateur avec compartiment congélateur en haut. Bosch Electronic no frost fridge freezer (2019) 05.jpg|Réfrigérateur avec compartiment congélateur en bas. </gallery>}} {{Fiche ustensile|Rouleau à pâtisserie|image=Rollingpin.jpg |texte=Le rouleau à pâtisserie est un ustensile de cuisine cylindrique d'environ 30 à 40 centimètres de long, souvent en bois, qui sert à étendre les pâtes (pâte brisée, pâte feuilletée...). Il peut être muni ou non de poignées (ou manches) à ses extrémités. Après avoir grossièrement aplati le pâton avec les mains, le rouleau est appliqué en plusieurs passages. Selon le type de préparation, la pâte peut être repliée et le rouleau repassé dessus. Pour éviter que la pâte ne colle au rouleau et ne se déforme, le rouleau peut être saupoudré de farine. Certains modèles de rouleaux ont un revêtement anti-adhésif en polytétrafluoroéthylène. Les professionnels utilisent des rouleaux en polyéthylène blanc ou encore en silicone blanc et de taille variable. <gallery> 2020-05-08 19 00 51 Dough and a rolling pin in the Franklin Farm section of Oak Hill, Fairfax County, Virginia.jpg|Pâté étalée au rouleau à pâtisserie. A woman is preparing chapati.jpg|Utilisation d'un rouleau à pâtisserie sans poignées. Bagarstugan 2013-07-09 01.jpg|Rouleaux à pâtisserie. </gallery> }} {{SommaireCompact}} == S == {{Fiche ustensile|Saladier|Grand bol|image=Saladier Ballon.jpg |texte=Un saladier est un récipient de grande taille, généralement de forme hémisphérique, qui a la forme d'un grand bol, utilisé pour mélanger et servir la salade. On peut également l'utiliser en cuisine pour mélanger des ingrédients, battre des œufs en neige... Il peut être en terre cuite, faïence, cristal taillé, en verre ou en matière plastique. <gallery> Mixing Bowl.jpg Saladier franche comté 83759.jpg Vaisselle-Digoin 01.JPG Saladier de mâche nantaise.JPG </gallery> }} {{Fiche ustensile|Soupière|image=Vincennes soft porcelain 1749 1750.jpg |texte=Une soupière est un récipient large et profond, pouvant être muni d'un couvercle et d'anses, utilisé pour servir la soupe ou le potage. Elle peut être fabriquée en terre cuite, faïence, porcelaine, vermeil ou argent. <gallery> ChelseaSwanTureeen.JPG|Soupière en porcelaine de Chelsea en forme de cygne. Soup tureen, Jean-Baptiste-Claude Odiot - Indianapolis Museum of Art - DSC00680.JPG|Soupière en vermeil. FaïenceEmileGallé.jpg|Soupière en faïence. Tureen Paul Charvel.jpg|Soupière en argent doré. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Spatule|image=Pfannenwender-1.jpg |texte=Une spatule est un ustensile en métal ou en bois servant à racler le fond des récipients, à détacher et manipuler les aliments. <gallery> 97 - IMG 20150731 113111.jpg| Fishslice1.jpg| Frying Ladles.JPG|Spatules pour frire. Spatule en bois 2 - dessus.jpg|Spatule en bois. Used soft spatula.jpg|Spatule en plastique utilisée pour étaler, mais ne supporte pas la cuisson. Spatulas.jpg|Différents types de spatules. Maryse cuisine.JPG|Comme la {{ustensile|corne}}, la spatule souple est surtout utilisée pour racler les plats. </gallery> }} {{SommaireCompact}} == T == {{Fiche ustensile|Tajine|Tagine|image=Tajine.JPG |texte=Un tajine peut désigner le contenant ou le plat. Le contenant est un récipient en terre cuite, destiné à la cuisson des aliments, équipé un couvercle de forme conique. <gallery> Plat à Tajine.jpg|Plat traditionnel à tajine, en terre cuite vernissée. ElectricalTajine1.jpg|Tajine électrique. Tajines in a pottery shop in Morocco.jpg|Tajines décorés. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Terrine|Baeckeoffe|image=Terrine.JPG |texte=Une terrine ou un baeckeoffe peut désigner le contenant ou le plat. Le contenant est un récipient en terre cuite, destiné à la cuisson des aliments, comme la {{Ustensile|daubière}}. La terrine à poisson a une forme allongée. <gallery> Baeckeoffe 01.JPG|Baeckeoffe Fischterrine-1788.jpg|Terrine à poisson. Plat baeckeoffe.png Baekeoffe.JPG </gallery> }} {{Fiche ustensile|Thermoplongeur|image=Кипятильник.jpg |texte=Un thermoplongeur est un équipement de laboratoire servant à réguler de façon très précise la température d'un bain marie. Cet appareil a été détourné de son application d'origine par les chefs étoilés qui les utilisent depuis les années 70 pour réaliser des cuissons sous vide à basse température (entre 55°C et 90°C) des viandes et poissons.}} {{Fiche ustensile|Torchon à vaisselle|image=Geschirrtuch am Haken 2 (fcm).jpg |texte=Un torchon à vaisselle, comme son nom l'indique, sert à essuyer la vaisselle, mais peut également servir en cuisine à éponger certaines préparation culinaires. <gallery> Viskestykke.jpg Theedoek van het weverijmuseum in Geldrop 10.jpg </gallery> }} {{SommaireCompact}} == V == {{Fiche ustensile|Verre doseur|Verre mesureur|image=Plastic measuring cup 2017 B1.jpg |texte=Un verre doseur est un récipient en verre ou en plastique transparent gradué, utilisé pour mesurer des ingrédients pour la préparation d'une recette. Le verre peut être gradué en litres pour les liquides et également avec plusieurs échelles en grammes selon le type d'ingrédient mesuré (farine, sucre...). <gallery> Verre doseur de lait.jpg|Verre doseur rempli de lait. </gallery> }} {{Fiche ustensile|Verre tumbler|Verre à cocktail|image=Highball Glass (Tumbler).svg |texte=Les cocktails sont préparés dans des verres de différentes tailles (largeur et hauteur). <gallery widths="200px" heights="200px"> Old Fashioned Glass.jpg|Verre ''old fashioned'', verre ''rocks'', verre ''lowball'', ou verre à ''whisky'', utilisé traditionnellement pour servir des spiritueux, de contenance comprise entre 180 et 300 ml. Highball Glass (Tumbler).svg|Le verre ''highball'' est un ''tumbler'' de contenance comprise entre 240 et 350 ml (taille : 7 cm de diamètre et 15 cm de hauteur, par exemple), utilisé pour servir des cocktails highball et d'autres mélanges. Il est plus grand qu'un verre Old-Fashioned, et plus court et large qu'un verre Collins. Collins Glass.gif|Un verre ''collins'' est un ''tumbler'', de contenance comprise entre 300 et 400 ml, utilisé pour servir des mélanges, en particulier les cocktails Tom Collins ou John Collins. </gallery> }} {{SommaireCompact}} == W == {{Fiche ustensile|Wok|image=Wok 2.jpg |texte=Un wok est un ustensile de cuisson d'origine asiatique en forme de demi-sphère, en métal ou céramique, muni de deux poignées ou d'une poignée et un manche. La forme sphérique favorise la cuisson qui ne nécessite que très peu de matière grasse. Le contact avec la source de chaleur est maintenu par un petit socle conique amovible. <gallery> Wok 5.jpg MealServedInWok.jpg Wok cooking.jpg </gallery> }} == Z == {{Fiche ustensile|Zesteur|image=Juliennejern.JPG |texte=Un zesteur est un ustensile de cuisine permettant de prélever le zeste des agrumes ayant la forme d'un petit couteau dont la lame est incurvée du côté opposé au manche, et perforée par une rangée de trous ronds aux bords aiguisés. Le zesteur s'utilise en l'appuyant contre le fruit et en tirant le long de sa peau. Les bords séparent le zeste du reste de la peau et le découpent en rubans, chacun extrait de l'un des trous. <gallery> Zesteur.jpg|Zesteur en action sur un citron. Zesting an orange.jpg|Zesteur en action sur une orange. Zesteur cuisine.JPG|Zesteur </gallery> }} {{SommaireCompact}} [[en:Cookbook:Utensil]] [[es:Artes culinarias/Instrumental]] [[ro:Carte de bucate:Ustensile]] 8gl8g7ars0m4rggy2hvffj9dsycnbbs Philosophie/Thalès de Milet 0 5276 766183 764920 2026-05-07T10:30:03Z Alex Mtlr 103840 Wikification + éclaircissements du code 766183 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"| | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']][[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']][[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']][[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']][[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]]. <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']][[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]] Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} {| style="border:1px solid darkgray" cellpadding="3" cellspacing="3" align="center" |[[Image:Thales.jpg|thumb|150px|Thalès de Milet]] | :Les sources : :[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Liste des sources]] :Textes et traductions : [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC|Avant l’Ère Commune (AEC)]] - [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire EC|de l’Ère Commune (EC)]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]] :Études : :[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Notice de Theodor Gomperz]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/Tannery|Thalès et ses emprunts à l'Egypte, par P. Tannery]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/L'École milésienne|L'École milésienne]] :<small>Autres textes : [[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Thalès dans la littérature]]</small> |} [[Catégorie:Philosophe]] = Résumé des sources = == Biographie == <poem> <div style="text-align: left; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''<i>phénicienne</i>'']] : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. CLXX.</div> </poem> == Astronomie == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Prédiction d’une éclipse lors de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''<i>La bataille de l’Halys</i>'']] : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXIV.</div> </poem> == Ingénierie == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Détournement du fleuve ''<i>Halys</i>'' : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXV.</div> </poem> == Politique == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Conseil d’instituer une assemblée unique et centrale, et de laisser les autres villes se gouverner, comme des États isolés : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXV.</div> </poem> == Hydrologie == <poem> <div style="text-align: left; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Théorie sur la crue du ''<i>Nil</i>'' :<br /><p style="text-indent: 15px;">- Hérodote, Histoire/Enquête, Livre II — EUTERPE, Chap. XX. (Attribution incertaine)</div> </poem> == Mathématiques == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Apport de la Géométrie en ''<i>Grèce</i>'' depuis l’<i>Égypte</i> :<br /><p style="text-indent: 15px;">- Hérodote, Histoire/Enquête, Livre II — EUTERPE, Chap. CIX. (Attribution incertaine)</div> </poem> {{DEFAULTSORT:Thalès de Milet}} re9gt8pa8xcjcn2hsxpkryxd45mhgn8 766184 766183 2026-05-07T10:50:13Z Alex Mtlr 103840 Découpages des textes et traductions afin de réduire la taille des pages 766184 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"| | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']][[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']][[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']][[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']][[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]]. <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']][[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]] Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} {| style="border:1px solid darkgray" cellpadding="3" cellspacing="3" align="center" |[[Image:Thales.jpg|thumb|150px|Thalès de Milet]] | :Les sources : :[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Liste des sources]] :Textes et traductions : * [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC|Période de la Grèce Classique]], * [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période Grèce Hellénistique|Période de la Grèce Hellénistique]], * [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine|Période de la République Romaine]], * [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire EC|Période du Principat de l’Empire Romain]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]] :Études : :[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Notice de Theodor Gomperz]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/Tannery|Thalès et ses emprunts à l'Egypte, par P. Tannery]] :[[Philosophie/Thalès de Milet/L'École milésienne|L'École milésienne]] :<small>Autres textes : [[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Thalès dans la littérature]]</small> |} [[Catégorie:Philosophe]] = Résumé des sources = == Biographie == <poem> <div style="text-align: left; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''<i>phénicienne</i>'']] : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. CLXX.</div> </poem> == Astronomie == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Prédiction d’une éclipse lors de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''<i>La bataille de l’Halys</i>'']] : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXIV.</div> </poem> == Ingénierie == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Détournement du fleuve ''<i>Halys</i>'' : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXV.</div> </poem> == Politique == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Conseil d’instituer une assemblée unique et centrale, et de laisser les autres villes se gouverner, comme des États isolés : Hérodote, Histoire/Enquête, Livre I — CLIO, Chap. LXXV.</div> </poem> == Hydrologie == <poem> <div style="text-align: left; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Théorie sur la crue du ''<i>Nil</i>'' :<br /><p style="text-indent: 15px;">- Hérodote, Histoire/Enquête, Livre II — EUTERPE, Chap. XX. (Attribution incertaine)</div> </poem> == Mathématiques == <poem> <div style="text-align: justify; direction: ltr; margin-left: 1em; margin-right: 1em;">• Apport de la Géométrie en ''<i>Grèce</i>'' depuis l’<i>Égypte</i> :<br /><p style="text-indent: 15px;">- Hérodote, Histoire/Enquête, Livre II — EUTERPE, Chap. CIX. (Attribution incertaine)</div> </poem> {{DEFAULTSORT:Thalès de Milet}} fmqzzbowm8aq8do2iu57up69c647sxv Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC 0 5295 766179 765360 2026-05-07T08:21:49Z Alex Mtlr 103840 Suppression balisage HTML <i> et </i> 766179 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Histoire de la philosophie/La philosophie antique|La philosophie antique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Wikifier}} {{EnTravaux}} {{navigation Milet|style="margin: 0 2em; text-align: center;"|[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Les sources]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Études]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Littérature]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions Ier millénaire EC]]}} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]].</p> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']] [[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]]Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce|<span id="Grèce_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''Classique'' = <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Bataille_de_Salamine|Victoire ''grecque'' de ''Salamine'']] contre les Perses — [[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]]) {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Grèce|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Grèce_back|<span id="Grèce"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:Γραικός#Grec_ancien|Γραικός / Graikós]], étymologie obscure;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Aristote [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] a été l’un des premiers à utiliser le nom Graeci (Γραικοί) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''La vieille [[w:Grèce_antique#Cadre_géographique|''Hellade'']] est près de [[w:Dodone|''Dodone'']] (Δωδώνη [[wikt:en:Δωδώνη#Ancient_Greek|(en)]]) et de l’[[w:Achéloos_(fleuve)|''Achéloûs'']] ([[wikt:Ἀχελῷος#Grec_ancien|Ἀχελῷος]]); car ce fleuve a souvent changé son cours. Les peuples qui habitaient jadis ces lieux étaient les [[w:Selles_(Dodone)|''Selles'']] (Σελλοί), et ceux qu’on appelait alors Grecs et qui on nomme aujourd’hui Hellènes (Έλληνες [[wikt:en:Ἕλληνες#Ancient_Greek|(en)]]). ''»<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Météorologiques_(Aristote)|<u>Aristote, Météorologie</u>'']]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#1422 ''Livre I, Chapitre XIV, §22.'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Filiation [[w:Noms_des_Grecs|''des Héllènes et des Grecs'']] confirmée par la [[w:Chronique_de_Paros|''Chronique de Paros'']] [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/ {{Info|<sup>🔍</sup>|le premier exemple existant d’un tableau chronologique grec}}] ([[w:264_av._J.-C.|-264]]/[[w:263_av._J.-C.|-263]]) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''À partir du moment où [[w:Hellen|Hellen]] le [fils de] [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deuc[alion]]] devint roi de [[w:Phthiotide|[Phthi]otis]], et ceux qui étaient auparavant appelés Grecs furent nommés Hellènes.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>[[w:Chronique_de_Paros|Chronique de Paros]]</u>, [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/q004008.html ''Fragment perdu, §6'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;"> Après le développement des premiers villages agricoles durant les époques néolithiques, la [[w:Histoire_de_la_Grèce_antique|''Grèce'']] voit l’essor de plusieurs ensembles culturels dans les [[w:Civilisation_des_Cyclades|''Cyclades'']], la ''Crète [[w:Civilisation_minoenne|minoenne]]'' et le sud de la ''Grèce continentale [[w:Helladique|helladique]]'', durant l’[[w:Âge_du_bronze#Grèce_et_Crète|''Âge du Bronze'']] ([[w:XXXIIIe_siècle_av._J.-C.|XXXIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:XIIIe_siècle_av._J.-C.|XIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]). L’effondrement de la dernière grande culture grecque de l’âge du bronze, la [[w:Civilisation_mycénienne|civilisation ''mycénienne'']], ouvre une période de transition et de recompositions, les « [[w:Siècles_obscurs|siècles obscurs]] », qui porte en germe un renouveau de la civilisation grecque. Débutent ensuite les phases généralement tenues pour caractéristiques de la « Grèce antique ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_archaïque|''période archaïque'']] ([[w:Années_800_av._J.-C.|-800]] — [[w:Années_480_av._J.-C.|-480]]), voit la formation de la civilisation des cités grecques, forme d’organisation caractéristique de la Grèce antique, une [[w:Colonisation_grecque|période d’expansion]] par la fondation de nouvelles cités dans d’autres régions de la Méditerranée et de la mer Noire, et l’apparition de formes littéraires et intellectuelles originales (épopées homériques, poésie lyrique, ''philosophie'').<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_classique|''période classique'']] ([[w:Années_480_av._J.-C.|-480]] — [[w:323_av._J.-C.|-323]]), apparaît à la suite de la victoire d’une coalition de cités ''grecques'' face à la [[w:Guerres_médiques|tentative de conquête des ''Perses'']], qui laisse face-à-face les deux cités les plus puissantes, ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]], qui entraînent le monde grec dans un [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''conflit de grande ampleur'']] [[#Péloponnèse_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:431_av._J.-C.|-431]] — [[w:404_av._J.-C.|-404]]). Cette période voit une floraison culturelle se produire autour du foyer athénien, visible dans l’art, l’architecture, le théâtre, la ''philosophie'', etc. Le [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] voit se poursuivre les rivalités entre cités pour l’exercice de l’hégémonie, situation finalement réglée par l’émergence du [[w:Royaume_de_Macédoine|''royaume de Macédoine'']] qui parvient à dominer les cités de ''Grèce'' en [[w:338_av._J.-C.|-338]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_hellénistique|''période hellénistique'']] ([[w:323_av._J.-C.|-323]] — [[w:31_av._J.-C.|-31]]), une nouvelle phase d’expansion des ''Grecs'', cette fois-ci vers l’est et le sud, avec la fondation de nombreuses cités ''grecques'' en Asie occidentale. La civilisation ''grecque'' devient alors dominante sur le plan culturel, aussi bien dans le monde ''méditerranéen'' qu’en ''Orient'', appuyée sur les dynasties d’origine ''gréco-macédonienne'' (''Lagides'' en ''Égypte'', ''Séleucides'' en ''Asie occidentale'', ''Antigonides'' en ''Macédoine'', ''Attalides'' de ''Pergame''). C’est aussi une période très dynamique dans le domaine intellectuel, notamment dans les sciences. Les royaumes ''hellénistiques'' font face à partir de la fin du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] à l’expansion de la République romaine, qui soumet progressivement le monde ''grec'' et annexe ses différentes régions, jusqu’à la conquête de l’Égypte en [[w:31_av._J.-C.|-31]], date qui marque couramment la fin des histoires de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == '''[[w:Hérodote|Hérodote]] ''' [[#Hérodote|<span id="Hérodote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Carie_(Antiquit%C3%A9)|''Carie'']], [[w:Satrapie_de_Carie|''satrapie'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] — [[w:425_av._J.-C.|-425]], à [[w:Thourioi|''Thourioï'']], cité ''grecque'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], fondée sur le site antérieur de [[w:Sybaris|''Sybaris'']], dont '''Hérodote''' a participé à l’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Hérodote|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Bust of Herodotus in Palazzo Massimo (Rome).JPG|vignette|Portrait d’Hérodote, identifié par comparaison avec d’autres bustes nommés de l’historien. Marbre grec, copie romaine d’un original grec du début du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : environs de la [[w:Porta_Metronia|''Porta Metronia'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Rez-de-chaussée [https://www.rome-roma.net/musee-national-romain/palais-massimo-alle-terme/sculptures-epoque-republicaine/ <sup>🔍</sup>] du [[w:Musée_national_romain|''Museo nazionale romano'']] di [[w:Palais_Massimo_des_Thermes|''Palazzo Massimo alle Terme'']] [https://commons.wikimedia.org/wiki/Catalogue_of_the_Collections_of_Museo_nazionale_romano_di_palazzo_Massimo <sup>PMT 85</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_fondateurs_de_l’histoire|Historien]] [[#Histoire_back|<sup>⤵️</sup>]] et [[w:Histoire_de_la_géographie#Grèce_archaïque_et_classique|''géographe'']] [[#géographe|<span id="géographe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], surnommé par '''Cicéron''' [[#Cicéron_back|<sup>⤵️</sup>]] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/lois.htm {{Info|« le père de l’histoire »|Cicéron, Des Lois, Livre I, Chapitre 1, §5.}}].</div> </poem> <span id="théophore_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Hérodote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hérodote_back|<span id="Hérodote"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[#théophore|<sup>II</sup>]] grec ancien Ἡρόδοτος / Hēródotos [[wikt:en:Ἡρόδοτος#Ancient_Greek|(en)]], « donné par Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρα / Hḗra [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « ([[w:Mythologie_grecque|''mythologie grecque'']]) [[w:Héra|Héra]], protectrice des femmes et déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couches. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:δοτός#Grec_ancien|δοτός / dotós]], « accordé, donné, offert »; du verbe δίδωμι / dídōmi [[wikt:en:δίδωμι#Ancient_Greek|(en)]], « Donner, présenter, offrir. Accorder, autoriser, permettre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#théophore_back|<span id="théophore"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:θεόφορος#Grec_ancien|θεόφορος / theóphoros]], « qui porte dieu »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une divinité, un dieu, Dieu. 2. Titre d’un dirigeant. 3. Parfois féminin (ἡ θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe φέρω / phérô [[wikt:en:φέρω#Ancient_Greek|(en)]], « [pour des objets inanimés] apporter, porter »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Nom propre qui contient celui d’une divinité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#géographe_back|<span id="géographe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωγράφος#Grec_ancien|γεωγράφος / geôgraphos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe γεω- / geô- [[wikt:en:γεω-#Greek|(en)]]; forme combinée du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:γράφος#Grec_ancien|γράφος / gráphos]], « écrit »; [[w:Nom_déverbal|''déverbal'']] de [[wikt:γράφω#Grec_ancien|γράφω / gráphô]], « (sens de départ) Égratigner, écorcher. Tracer des signes pour écrire ou pour dessiner, d’où le sens de graver, d’inscrire, d’écrire, de dessiner, de peindre. Aussi : rédiger, composer (en prose). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Description, indication de tailles et mesure de monuments, de villes, de territoires, de mers/fleuves et de la richesse de peuples.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Histoires|Histoire/Enquête]] [[#Histoire|<span id="Histoire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire (Hérodote)|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 18''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_18|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des ''Histoires'' d’Hérodote (chapitres 105-106), écrit en grec, et daterait du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Il a été découvert par [[w:Bernard_Pyne_Grenfell|Grenfell]] et [[w:Arthur_Surridge_Hunt|Hunt]] en 1897 à [[w:Oxyrhynque|''Oxyrhynque'']]. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 19''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_19|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des Histoires d’Hérodote (chapitre 76), écrit en grec. Il daterait du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 2099''' est un fragment du ''Livre VIII'' des ''Histoires'' d’Hérodote, et daterait de la première partie du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]].}}}</div> |} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Seule œuvre connue d’'''Hérodote''', il y expose le développement de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] [[#Perses|<span id="Perses_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] (Livres I à IV), puis relate les [[w:Guerres_médiques|''guerres médiques'']] [[#Mèdes|<span id="Mèdes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui opposèrent les [[w:Perses|''Perses'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] aux ''Grecs'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] ([[w:Guerres_médiques#Première_guerre_médique|Première]] : Livres V et VI; [[w:Guerres_médiques#Seconde_guerre_médique|Seconde]] : Livres VII à IX).</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Histoire/Enquête|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Histoire_back|<span id="Histoire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:ἱστορία#Grec_ancien|ἱστορία / historía]], « Enquête, examination, observation, étude. Compte-rendu, histoire. »; du verbe [[wikt:ἱστορέω#Grec_ancien|ἱστορέω / historéō]] « Enquêter, examiner, observer, rendre compte »; [[w:Dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:ἵστωρ#Grec_ancien|ἵστωρ / hístōr]]; [[w:Attique_(dialecte)|''forme attique'']] du nom commun [[wikt:ἴστωρ#Grec_ancien|ἴστωρ / ístōr]], « connaisseur, juge, témoin, sage »; dérivé du verbe [[wikt:οἶδα#Grec_ancien|οἶδα / oîda]], « savoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le rôle d’historien apparait dès l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']] comme un type de récit mêlant lecture croisée, différents types de narrations et volonté de reconstruction d’une forme de vérité ou véracité sur les événements passés, avec différents objectifs, comme ici, celui de préserver de l’oubli ces événements :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Hérodote d’Halicarnasse consigne dans cette histoire le résultat de ses recherches, afin que les actions des hommes ne soient pas effacées par le temps et que les grands et prodigieux exploits accomplis, tant par les Grecs que par les barbares, ne tombent pas dans l’oubli; il exposera les causes de ces luttes sanglantes et divers événements qui les ont précédées.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f14.item ''Livre I - CLIO, Introduction''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Perses_back|<span id="Perses"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien περσῐ́ς / persís; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎱𐎠𐎼𐎿 / p-a-r-s / ⁠Pārsa [[wikt:en:𐎱𐎠𐎼𐎿#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] le [[w:Plateau_iranien|''plateau iranien'']] est peuplé par les ''Mādā'' dans le nord-ouest et par les ''[[w:Aryens|Āryā]]'' au nord-est et dans le [[w:Fars|''Fars'']]. Autour de [[w:-750|-750]], dans le nord-ouest de l’actuel ''Iran'', [[w:Déjocès|Déjocès]] fonde le premier ''royaume mède'', dont la capitale est [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']]. En [[w:-612|-612]] les ''Mèdes'' s’emparent de [[w:Ninive|''Ninive'']], provoquant la chute de l’[[w:Assyrie|''Empire assyrien'']]. La « Perse » est alors, au sud, une région vassale de l’empire mède, culturellement et linguistiquement proche. En [[w:-552|-552]], Cirus II fonde l’empire perse après avoir conquis l’empire mède.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mèdes_back|<span id="Mèdes"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Μῆδος / Mêdos [[wikt:en:Μῆδος#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Mèdes|''Mède, habitant de Médie'']] »; du nom propre et commun [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎶𐎠𐎭 / m-a-d / Māda [[wikt:en:𐎶𐎠𐎭#Old_Persian|(en)]], « ''Médie'' ; ''Mède, habitant de Médie'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancien peuple qui vivait dans une région du nord-ouest de l’Iran. Bien qu’une place importante dans l’histoire du Moyen-Orient antique lui soit généralement reconnue, ce peuple n’a laissé aucune source textuelle permettant de reconstituer son histoire. Il n’est connu que par des sources extérieures, ainsi que par quelques sites archéologiques ''iraniens'', qui sont supposés avoir été occupés par des ''Mèdes''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les [[w:Guerres_médiques|''guerres dites médiques'']] opposent les ''Grecs'' aux ''Perses'' de l’Empire achéménide au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elles sont déclenchées par la révolte des ''cités grecques asiatiques'' contre la domination ''perse'' et se conclurent par la victoire spectaculaire des ''cités grecques européennes'' conduites par ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le découpage en neuf livres, chacun portant le nom d’une ''Muse'' [[#Muses|<span id="Muses_back"><sup>I</sup></span>]] n’est pas le fait de l’auteur : la première mention en est faite par [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''' de ''Sicile'']] [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]</div> </poem> <span id="NdA_mythologie_grecque_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA mythologie grecque|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Muses_back|<span id="Muses"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Selon la plupart et les plus célèbres mythologues, les Muses sont filles de '''Jupiter''' <nowiki>[</nowiki>[[w:Zeus|Zeus]] [[#Zeus|<span id="Zeus_back"><sup>II</sup></span>]]<nowiki>]</nowiki> et de [[w:Mnémosyne|'''Mnémosyne''']] [[#Mnémosyne|<span id="Mnémosyne_back"><sup>III</sup></span>]]. Quelques poètes cependant, au nombre desquels est [[w:Alcman|'''Alcman''']] disent qu’elles sont filles d’[[w:Ouranos|'''Uranus''']] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de la Terre. On n’est pas non plus d’accord sur leur nombre ; car les uns en admettent trois, les autres neuf. Cependant l’opinion de ceux qui en admettent neuf a prévalu, comme ayant été professée par les hommes les plus célèbres ; je veux parler d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤵️</sup>]], d’[[w:Hésiode|'''Hésiode''']] et de plusieurs autres. [...] On les fait présider chacune aux diverses parties de la [[w:Musique_de_la_Grèce_antique|musique]] [[#musique|<span id="musique_back"><sup>VIII</sup></span>]] [...] La plupart des mythologues disent qu’elles sont vierges, parce que les vertus acquises par l’éducation paraissent incorruptibles. Elles sont appelées Muses, parce qu’elles initient les hommes aux sciences ; c’est-à-dire qu’elles enseignent aux hommes des choses belles et utiles, qui sont hors de la portée des ignorants. Chacun de leurs noms est justifié.<br />[[w:Clio|'''Clio''']] [[#Clio|<span id="Clio_back"><sup>Ia</sup></span>]] a été ainsi appelée, parce que ceux qui sont chantés par les poètes acquièrent une grande gloire ;<br />[[w:Euterpe|'''Euterpe''']] [[#Euterpe|<span id="Euterpe_back"><sup>Ib</sup></span>]], à cause du plaisir que les beaux-arts procurent à ceux qui les entendent ; <br />[[w:Thalie_(Muse)|'''Thalie''']] [[#Thalie|<span id="Thalie_back"><sup>Ic</sup></span>]], parce qu’elle rajeunit éternellement ceux qui sont loués par la poésie ; <br />[[w:Melpomène|'''Melpomène''']] [[#Melpomène|<span id="Melpomène_back"><sup>Id</sup></span>]], parce que la mélodie s’insinue jusque dans le fond de l’âme ; <br />[[w:Terpsichore|'''Terpsichore''']] [[#Terpsichore|<span id="Terpsichore_back"><sup>Ie</sup></span>]], pour indiquer les jouissances que ceux qui sont initiés aux beaux-arts retirent de leurs études ; <br />[[w:Érato|'''Erato''']] [[#Erato|<span id="Erato_back"><sup>If</sup></span>]], parce que les gens instruits sont recherchés et aimés de tout le monde ; <br />[[w:Polymnie|'''Polymnie''']] [[#Polymnie|<span id="Polymnie_back"><sup>Ig</sup></span>]] indique par son nom que les poètes ont acquis par leurs hymnes une gloire immortelle. <br />[[w:Uranie|'''Uranie''']] [[#Uranie|<span id="Uranie_back"><sup>Ih</sup></span>]], parce que ceux qu’elle instruit élèvent leurs pensées et leur gloire jusqu’au ciel. <br />Enfin, [[w:Calliope|'''Calliope''']] [[#Calliope|<span id="Calliope_back"><sup>Ii</sup></span>]], parce qu’elle a une belle voix, c’est-à-dire que les chants de la poésie sont applaudis par ceux qui les écoutent.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre4a.htm#11 ''Tome Premier : Livre IV chapitre VII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Clio_back|<span id="Clio"><sup>Ia</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κλειώ#Grec_ancien|Κλειώ / Kleiố]]; du verbe [[wikt:κλέω#Grec_ancien|κλέω / kleô]], « raconter, rendre célèbre, célébrer. (passif) être célèbre. »; [[w:Causatif|''causatif'']] du verbe [[wikt:κλύω#Grec_ancien|κλύω / klúô]], « entendre. être renommé, réputé. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Euterpe_back|<span id="Euterpe"><sup>Ib</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὐτέρπη#Grec_ancien|Εὐτέρπη / Eutérpê]]; de l’adjectif [[wikt:εὐτερπής#Grec_ancien|εὐτερπής / euterpês]], « charmant, qui sait plaire »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eũ]] [[wikt:en:εὖ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « Bon, brave. »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + de [[wikt:τέρπω#Grec_ancien|τέρπω / térpô]], « 1. Satisfaire. 2. Ravir, enchanter. 3. S’amuser, prendre plaisir. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Thalie_back|<span id="Thalie"><sup>Ic</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλία / Thalía ou Θάλεια / Tháleia [[wikt:en:Θάλεια#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe grec ancien θάλλω / thállō, « 1. Fleurir, germer. 2. Grandir, s’épanouir, prospérer. 3. Gonfler, abonder. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Melpomène_back|<span id="Melpomène"><sup>Id</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μελπομένη / Melpoménē [[wikt:en:Μελπομένη#Ancient_Greek|(en)]]; du participe féminin médiopassif [[wikt:en:Mediopassive_voice|(en)]] du verbe μέλπω / mélpō [[wikt:en:μέλπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Célébrer avec des chants et des danses. 2. Chanter sur la lyre ou la harpe. 3. Chanter, célébrer. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Terpsichore_back|<span id="Terpsichore"><sup>Ie</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē [[wikt:en:Τερψιχόρη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun τέρψις / térpsis [[wikt:en:τέρψις#Ancient_Greek|(en)]], « pleine jouissance, délice, allégresse, plaisir »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ du verbe τέρπω / térpō [[wikt:en:τέρπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ravir. 2. (voix passive et voix moyenne) Profiter, se délecter. »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif, d‎’action, de traitement ou de résultat -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós [[wikt:en:χορός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. piste de danse, danse en rond. 2. Danse accompagnée de chants, danse chorale. 3. Chœur, groupe de chanteurs et danseurs. 4. Fanfare, troupe, groupe. 5. Rangée. 6. Endroit pour danser. 7. (théâtre) Chœur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Erato_back|<span id="Erato"><sup>If</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐρατώ / Eratṓ [[wikt:en:Ἐρατώ#Ancient_Greek|(en)]]; de l‎’adjectif [[wikt:ἐρατός#Grec_ancien|ἐρᾰτός / eratos]], « 1. Aimable, charmant, joli. 2. Aimé. »; du verbe ἐράω / eráô [[wikt:en:ἐράω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (interprété avec le génitif de personne ou avec un accusatif apparenté) Aimer (avec passion sexuelle), être amoureux de. 2. (sans référence sexuelle) Aimer chaleureusement (opposé à φιλέω [[wikt:en:φιλέω#Ancient_Greek|(en)]]). 3. (interprété avec le génitif de chose ou avec un infinitif) Aimer ou désirer passionnément (faire quelque chose, lorsqu'il est interprété avec un infinitif). ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Polymnie_back|<span id="Polymnie"><sup>Ig</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πολῡμνῐ́ᾱ / Polūmníā [[wikt:en:Πολυμνία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe πολῠ- / polu- [[wikt:en:πολυ-#Ancient_Greek|(en)]], « multi-, poly- »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ῠ̔́μνος / húmnos [[wikt:en:ὕμνος#Ancient_Greek|(en)]], « chant, hymne, ode (généralement à la louange des dieux ou des héros) »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Uranie_back|<span id="Uranie"><sup>Ih</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Οὐρᾰνῐ́ᾱ / Ouraníā [[wikt:en:Οὐρανία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Οὐρᾰνός / Ouranós [[#Ouranos|<sup>VII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Calliope_back|<span id="Calliope"><sup>Ii</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλιόπη / Kalliópē [[wikt:en:Καλλιόπη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe κᾰλλῐ- / kalli- [[wikt:en:καλλι-#Ancient_Greek|(en)]], Se référant à la beauté de la racine du mot ci-joint;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ὄψ / óps [[wikt:en:ὄψ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (poétique) Voix. 2. (poétique) Mot. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zeus_back|<span id="Zeus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dieu suprême dans la mythologie grecque, fils du [[w:Titan_(mythologie)|''titan'']] [[w:Cronos|Cronos]] [[#Cronos|<span id="Cronos_back"><sup>IV</sup></span>]] et de la [[w:Titan_(mythologie)|''titanide'']] [[w:Rhéa_(mythologie)|Rhéa]] [[#Rhéa|<span id="Rhéa_back"><sup>V</sup></span>]], marié à sa sœur [[w:Héra|Héra]] [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il a fait régurgiter ses frères et sœurs à son père Cronos, et avec eux, le renversa, lui et les autres Titans.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Mnémosyne_back|<span id="Mnémosyne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Μνημοσύνη#Grec_ancien|Μνημοσύνη / Mnēmosúnē]]; du nom commun μνημοσῠ́νη / mnēmosúnē [[wikt:en:μνημοσύνη#Ancient_Greek|(en)]], « la mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:μνήμων#Grec_ancien|μνήμων / mnḗmōn]], « Souvenant, qui garde en mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif -σύνη / -súnē [[wikt:en:-σύνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]] [[#Gaïa|<span id="Gaïa_back"><sup>VII</sup></span>]], et déesse de la Mémoire. Elle a inventé les mots et le langage de la Terre entière, elle donna un nom à chaque chose, ce qui rendit possible le fait de s’exprimer. Avec Zeus [[#Zeus|<sup>II</sup>]], elle conçut les neuf [[w:Muses|''Muses'']], déesses inspiratrices des Arts.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cronos_back|<span id="Cronos"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κρόνος#Grec_ancien|Κρόνος / Krónos]]; potentiellement du verbe [[wikt:κραίνω#Grec_ancien|κραίνω / krainô]], « Achever, accomplir, réaliser. Régner, commander, diriger, être le chef, dominer. » ([[w:Cronos#Étymologie|mais étymologie sujet à caution]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Plus jeune des [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']], fils d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], époux et frère de Rhéa [[#Rhéa|<sup>V</sup>]]. Emprisonnés, lui et ses frères et sœurs, des entrailles de la Terre maternelle par Ouranos, il se délivra en émasculant ce dernier avec une faucille, donnée par Gaïa, lorsque la nuit venue, le Ciel descendit couvrir la Terre. Ouranos et Gaïa prophétisant alors la chute de Cronos par son propre fils, il engloutira ses propres enfants.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhéa_back|<span id="Rhéa"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥέᾱ / Rhéā [[wikt:en:Ῥέα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], épouse et sœur de Cronos [[#Cronos|<sup>IV</sup>]], mère des dieux et déesses [[w:Hestia|Hestia]], [[w:Déméter|Déméter]], Héra [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Hadès|Hadès]], [[w:Poséidon|Poséidon]] et Zeus [[#Zeus|<sup>III</sup>]]. Sur le conseil de Gaïa, elle dupe Cronos en lui faisant avaler une pierre au lieu de son dernier enfant, Zeus, et cache celui-ci en [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Ouranos_back|<span id="Ouranos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Οὐρανός#Grec_ancien|Οὐρανός / Ouranós]]; [[w:Antonomase|''antonomase'']] du nom commun [[wikt:οὐρανός#Grec_ancien|οὐρανός / ouranós]] [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « Ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait. Région au-dessus de cette voûte, demeure des dieux. (''philosophie'') Univers. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. »; [[w:Ouranos#Étymologie|''vaste possibilité d’origine étymologique'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant le Ciel étoilé.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Gaïa_back|<span id="Gaïa"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Γαῖα#Grec_ancien|Γαῖα / Gaîa]]; du nom commun [[wikt:γαῖα#Grec_ancien|γαῖα / gaîa]], « La terre, comme partie de l’univers. La terre comme contrée, pays. La terre par opposition à l’eau : terrain, culture. »; [[w:Doublet_lexical|''doublet'']] de même sens du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant la terre, unie à Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]], elle engendra les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']] et les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titanides'']], puis les trois [[w:Cyclope#Cyclopes_ouraniens|''Cyclopes'']] et enfin les trois [[w:Hécatonchires|''Hécatonchires'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#musique_back|<span id="musique"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien μουσῐκή / mousikḗ [[wikt:en:μουσική#Ancient_Greek|(en)]], « les arts des Muses. »; [[w:Ellipse|''ellipse'']] de μουσικὴ τέχνη / mousikḕ tékhnē [[wikt:en:τέχνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Artisanat, compétence, commerce. 2. Art. 3. Ruse, astuce. 4. Moyens. »; de l’adjectif μουσικός / mousikós, « 1. De ou pour la musique, musical. 2. Doué en musique, musical. 3. Réalisé, accompli. 4. (nominalisé, masculin singulier) Musicien.ne. 5. (nominalisé, masculin singulier) Adepte des ''Muses'', personne de lettres et d’accomplissement, érudit. 6. (nominalisé, féminin singulier ou neutre pluriel) Musique. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du suffixe adjectival -ικός / -ikós, « de ou se rapportant à, de la manière de ; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La musique tient une place essentielle dans la vie sociale, politique et religieuse de la ''Grèce antique''. Pour les ''Grecs'', la musique est le plus beau des arts, en même temps qu’une science, objet des plus hautes spéculations philosophiques ; en ce sens, les ''Grecs'' lui ont accordé plus de valeur qu’aux arts majeurs que furent pour eux la poésie, la danse et la médecine.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I — [[w:Clio|'''CLIO''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Victoire du Grand roi [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide|<span id="achéménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus II''']] [[#Cyrus_le_Grand|<span id="Cyrus_le_Grand_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] sur le roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie|<span id="Lydie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus|<span id="Crésus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] (Livre I, chapitres VI à XCIV).</div> </poem> <span id="Anatolie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquêtes ''Achéménides''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#achéménide_back|<span id="achéménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀχαιμενίδης / Akhaimenídēs [[wikt:en:Ἀχαιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ᾰ̓χαιμένης / Akhaiménēs [[wikt:en:Ἀχαιμένης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Achéménès|Achéménès]], le fondateur non attesté de la dynastie ''perse Achéménide'' »; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁 / h-x-a-m-n-i-š / Haxāmaniš [[wikt:en:𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁#Old_Persian|(en)]], « avoir l’esprit de quelqu’un d’allégeant, qui allège, soulage, est secourable »; du [[w:Langues_iraniennes#Le_vieil_iranien|''vieil iranien'']] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du radical *haxā-, « celui qui est lié par allégeance, quelqu’un d’allégeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du radical *mani-, « esprit, mentalité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + ‎du suffixe patronymique masculin -ῐ́δης / -ídēs [[wikt:en:-ίδης#Ancient_Greek|(en)]], « fils de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dynastie de rois ayant fondé et dirigé le premier des [[w:Empire_perse|''empires perses'']], qui a régné sur une grande partie du [[w:Moyen-Orient|Moyen-Orient]] durant le [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|Ier millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyrus_le_Grand_back|<span id="Cyrus_le_Grand"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κῦρος#Grec_ancien|Κῦρος / Kŷros]], du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁 / ku-u-ru-u-š / Kuruš [[wikt:en:𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fondateur attesté de l’Empire perse [[#Perses_back|<sup>⤴️</sup>]] de la dynastie des ''Achéménides'', régnant d’environ [[w:Années_550_av._J.-C.|-559]] à [[w:Années_520_av._J.-C.|-529]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]. Son règne a été marqué par des conquêtes d’une ampleur sans précédent : après avoir soumis les ''Mèdes'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]], il a placé sous sa domination le royaume de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] et les cités grecques d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], puis l’[[w:Empire_néo-babylonien|''Empire néo-babylonien'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600 ou -576]], [[w:Anshan_(Élam)|''Anshan'']], en ''Perse'' — [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]], [[w:Pasargades|''Pasargades'']], en ''Perse'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Cyrus_the_Great|(en)]]</sup></small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Lydie_back|<span id="Lydie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Λυδία#Grec_ancien|Λυδία / Lȳdíā]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Λυδός / Lydós [[wikt:en:Λυδός#Ancient_Greek|(en)]], « Roi légendaire [[w:Lydos|Lydos]]. [[w:Lydiens|''Lydien, habitant de Lydie.'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Royaume de l’[[w:Âge_du_fer|''Âge du Fer'']] de l’ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie Mineure'', ou ''Anatolie'']] [[#Anatolie|<span id="Anatolie_back"><sup>V</sup></span>]], situé généralement à l’est de l’ancienne ''Ionie'' dans les provinces turques occidentales modernes d’[[w:Uşak_(province)|''Uşak'']], [[w:Manisa_Province|''Manisa'']] et [[w:İzmir_Province|''des terres intérieures d’Izmir'']]. Le royaume de ''Lydie'' a existé d’environ [[w:Années_1200_av._J.-C.|-1200]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]]. Dans sa plus grande étendue, au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], il couvrait toute l’''Anatolie occidentale''. En -546, il devient une province de l’empire perse achéménide [[#achéménide|<sup>I</sup>]], connue sous le nom de ''[[w:Satrape|satrapie]] de Lydie'' [[w:en:Lydia_(satrapy)|(en)]] ou 𐎿𐎱𐎼𐎭 / Sparda [[wikt:en:𐎿𐎱𐎼𐎭#Old_Persian|(en)]] en [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']]. En [[w:133_av._J.-C.|-133]], il devient une partie de la [[w:Asie_(province_romaine)|''province romaine d’Asie'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Crésus_back|<span id="Crésus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κροῖσος / Kroîsos [[wikt:en:Κροῖσος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom propre [[w:Lydien|''lydien'']] 𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / krowiśaś [[wikt:en:𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], littéralement « le noble Karoś »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre 𐤨𐤠𐤭𐤬𐤮‎ / Karoś;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de la semi-voyelle‎ -𐤥-‎ / -w-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun 𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / iśaś [[wikt:en:𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], « maître, seigneur, noble »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]], dernier souverain de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']], vaincu par Cyrus le Grand [[#Cyrus_le_Grand|<sup>II</sup>]]. Durant son règne, qui s’étend d’environ [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]], il conquiert la [[w:Pamphylie|''Pamphylie'']], la [[w:Mysie|''Mysie'']] et la [[w:Phrygie|''Phrygie'']] jusqu’à l’[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>⤵️</sup>]] mais ne parvient pas à s’implanter plus à l’Est de son royaume.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-596]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]], [[w:Sardes|''Sardes'']], capitale de la ''Lydie'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Croesus|(en)]]</sup>.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anatolie_back|<span id="Anatolie"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀνατολή / anatolḗ [[wikt:en:ἀνατολή#Ancient_Greek|(en)]], « S'élevant au-dessus de l’horizon (de tout corps céleste, en particulier du soleil). La direction du lever du soleil, l’Est »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἀνατέλλω / anatéllō [[wikt:en:ἀνατέλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Lever. Faire grandir. Donner naissance à. Mettre en lumière. Se lever (pour le soleil et la lune) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du préfixe ᾰ̓νᾰ- / ana- [[wikt:en:ἀνα-#Ancient_Greek|(en)]], « jusqu'à, vers le haut, vers le haut. (intensificateur) à fond, complètement. Indiquant une répétition ou une amélioration : re-, encore une fois. En arrière. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe τέλλω / téllō, « (poétique, [[wikt:Dialectes_du_grec_ancien|''crétois'']]) accomplir, exécuter. Monter, s'élever (pour les étoiles). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_o-grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Vaste territoire situé à l’extrémité occidentale de l’Asie. L’Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[w:Troie|''Troie'']] du [[w:XVe_siècle_av._J.-C.|XV<sup>ème</sup>]] au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] (du [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en ''Ionie'', [[w:Éolide|''Éolide'']] et [[w:Doride_(Anatolie)|''Doride'']], et des royaumes en [[w:Bithynie|''Bithynie'']], [[w:Paphlagonie|''Paphlagonie'']], et dans les régions du [[w:Royaume_du_Pont|''Pont'']] et de [[w:Cappadoce|''Cappadoce'']], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la ''Perse'' ([[w:Années_540_av._J.-C.|-548]]).</small>''' {{Boîte déroulante/fin}}</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXIV</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récit de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''La bataille de l’Éclipse'']] [[#Éclipse|<span id="Éclipse_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''/ de l’''[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys|<span id="Halys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], prédite par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre LXXIV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Éclipse_back|<span id="Éclipse"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἔκλειψῐς / ékleipsis [[wikt:en:ἔκλειψις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Disparition, abandon. 2. Particulièrement, disparition d’un astre : éclipse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἐκλείπω / ekleípō [[wikt:ἐκλείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Laisser de côté, omettre, passer outre. 2. Délaisser, déserter, abandonner. 3. S’arrêter, cesser. 4. Échouer, manquer, être inférieur. 5. Laisser tomber (quelqu’un). 6. Mourir. 7. S’évanouir. 8. Partir. 9. Être laissé, rester. 10. (astronomie) Être éclipsé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐκ- / ek- [[wikt:en:ἐκ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Avec un sentiment d’éloignement : dehors, loin, hors. 2. Exprimer l’achèvement ou la totalité : complètement, totalement, finalement. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe λείπω / leípō [[wikt:en:λείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Partir, laisser derrière. 2. Laisser seul, libérer. 3. (passif) Être laissé, rester, survivre. 4. (intransitif) Partir, disparaître. 5. Déserter, échouer. 6. Manquer, échouer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Halys_back|<span id="Halys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἅλυς / Hálus [[wikt:en:Ἅλυς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fleuve d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qui se jette dans la mer Noire, et frontière naturelle entre le royaume [[w:Lydie|''lydien'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Μετὰ δὲ ταῦτα, οὐ γὰρ δὴ ὁ [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττης''']] ἐξεδίδου τοὺς [[w:Scythes|'''Σκύθας''']] ἐξαιτέοντι [https://fr.wikiarabi.org/wiki/Cyaxares '''Κυαξάρῃ'''], πόλεμος τοῖσι [[w:Lydie|'''Λυδοῖσι''']] καὶ τοῖσι [[w:M%C3%A8des|'''Μήδοισι''']] ἐγεγόνεε ἐπ᾽ ἔτεα πέντε, ἐν τοῖσι πολλάκις μὲν οἱ '''Μῆδοι''' τοὺς '''Λυδοὺς''' ἐνίκησαν, πολλάκις δὲ οἱ '''Λυδοὶ''' τοὺς '''Μήδους''', ἐν δὲ καὶ νυκτομαχίην τινὰ ἐποιήσαντο· [2] Διαφέρουσι δέ σφι ἐπὶ ἴσης τὸν πόλεμον τῷ ἕκτῳ ἔτεϊ συμβολῆς γενομένης συνήνεικε ὥστε τῆς μάχης συνεστεώσης τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύκτα γενέσθαι. Τὴν δὲ μεταλλαγὴν ταύτην τῇ ἡμέρης [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς ὁ Μιλήσιος''']] τοῖσι [[w:Ionie|''' Ἴωσι ''']] προηγόρευσε ἔσεσθαι, οὖρον προθέμενος ἐνιαυτὸν τοῦτον ἐν τῷ δὴ καὶ ἐγένετο ἡ μεταβολή. [3] οἱ δὲ '''Λυδοί''' τε καὶ οἱ '''Μῆδοι''' ἐπείτε εἶδον νύκτα ἀντὶ ἡμέρης γενομένην, τῆς μάχης τε ἐπαύσαντο καὶ μᾶλλόν τι ἔσπευσαν καὶ ἀμφότεροι εἰρήνην ἑωυτοῖσι γενέσθαι. Οἱ δὲ συμβιβάσαντες αὐτοὺς ἦσαν οἵδε, [[w:Satrapie_de_Cilicie#Ethnographie_et_historique_avant_Alexandre|'''Συέννεσίς''']] τε ὁ [[w:Cilicie|'''Κίλιξ''']] καὶ [[w:Nabonide|'''Λαβύνητος''']] ὁ [[w:Babylone_(civilisation)|'''Βαβυλώνιος''']]. [4] οὗτοί σφι καὶ τὸ ὅρκιον οἱ σπεύσαντες γενέσθαι ἦσαν καὶ γάμων ἐπαλλαγὴν ἐποίησαν· [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττεα''']] γὰρ ἔγνωσαν δοῦναι τὴν [[wikt:%CE%B8%CF%85%CE%B3%CE%B1%CF%84%CE%AD%CF%81%CE%B1|θυγατέρα]] [[w:en:Aryenis|''' Ἀρύηνιν''']] [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεϊ''']] τῷ '''Κυαξάρεω''' παιδί· ἄνευ γὰρ ἀναγκαίης ἰσχυρῆς συμβάσιες ἰσχυραὶ οὐκ ἐθέλουσι συμμένειν. [5] ὅρκια δὲ ποιέεται ταῦτα τὰ ἔθνεα τὰ πέρ τε [[w:Grecs|''' Ἕλληνες''']], καὶ πρὸς τούτοισι, ἐπεὰν τοὺς [[wikt:%CE%B2%CF%81%CE%B1%CF%87%CE%AF%CE%BF%CE%BD%CE%B1%CF%82|βραχίονας]] ἐπιτάμωνται ἐς τὴν ὁμοχροίην, τὸ αἷμα ἀναλείχουσι ἀλλήλων.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXIV.''] [[s:en:Herodotus_The_Persian_Wars_(Godley)/Book_I|<sup>📚</sup>]], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' [[w:Cyaxare|'''Cyaxare''']] [[#Cyaxare|<span id="Cyaxare_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] les [[#les|<span id="les_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] réclama, le roi de [[w:Sardes|''Sardes'']] [[#Sardes|<span id="Sardes_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] refusa de les [[#les|<sup>'''III'''</sup>]] livrer; une guerre s’engagea entre les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et les [[w:M%C3%A8des|''Mèdes'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]]; elle dura cinq ans, pendant lesquels les deux peuples furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Il y eut même une sorte de bataille nocturne; ce fut en la sixième année; les succès de la lutte jusque-là se balançaient également; on était aux prises, quand, au fort du combat, soudain le jour devint nuit.[[#éclipse_NdT|<span id="éclipse_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] '''Thalès''' de ''Milet'' avait annoncé aux [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] ce changement et avait même fixé d’avance l’année où il arriva. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', lorsqu’ils virent la nuit prendre la place du jour, suspendirent le combat, après quoi ils se montrèrent des deux parts plus empressés de faire la paix. Ceux qui les réconcilièrent furent '''Syennésis''' [[w:en:Syennesis|(en)]] [[#Syennésis|<span id="Syennésis_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] le [[w:Cilicie|''Cilicien'']] [[#Cilicie|<span id="Cilicie_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], et '''Labynète''' [[w:en:Nabonidus|(en)]] [[#Labynète|<span id="Labynète_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]] le [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonien'']] [[#babylonien|<span id="babylonien_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]]. Tous les deux hâtèrent la conclusion du traité, d’où résulta un mariage. En effet, ils décidèrent [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[#Alyatte|<span id="Alyatte_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]] à donner sa fille '''Aryénis''' [[w:en:Aryenis|(en)]] [[#Aryénis|<span id="Aryénis_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] à '''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage|<span id="Astyage_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]], fils de '''Cyaxare''' [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]]. Car, sans un lien puissant, les conventions n’ont aucune solidité. Les traités, chez ces nations, se contractent avec les mêmes cérémonies que chez les ''Grecs'', si ce n’est qu’ils se font aux bras de légères incisions et sucent réciproquement le sang qui s’en échappe.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#éclipse_NdT_back|<span id="éclipse_NdT"><sup>1</sup></span>]] Le 30 septembre 610 avant J. J., dans la matinée [[#éclipse|<span id="éclipse_back"><sup>'''XII'''</sup></span>]].</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXIV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyaxare_back|<span id="Cyaxare"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κυαξάρης / Kuaxárēs [[wikt:en:Κυαξάρης|(en)]]; du radical ''vieux médien'' [[w:en:Median_language|(en)]] 𐎢𐎺𐎧𐏁𐎫𐎼 / *ʰUvaxštra-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils de Phraortès [[w:Phraortes|(en)]], et souverain du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Années_620_av._J.-C.|-625]] à [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]]. Avant qu’il ne se révolte et qu’il ne massacre leurs chefs ivres au cours d’un banquet, les [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<span id="Scythes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] dominaient le royaume ''mède'' depuis 28 ans, après que son père fut tué lors d’une guerre contre l’[[w:Empire_néo-assyrien|''Assyrie'']] en [[w:Années_650_av._J.-C.|-653]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''CII. [...] '''Phraortes''' périt dans cette expédition avec la plus grande partie de son armée, après avoir régné vingt-deux ans.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CII.</small>'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<small>(''date de naissance indéterminée'', à [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']], au sud-ouest de [[w:Téhéran|''Téhéran'']], — [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, il mourrut peu de temps après la bataille de l’Éclipse).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Scythes_back|<span id="Scythes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Σκῠ́θης / Skúthēs [[wikt:en:Σκύθης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Scythes|''Scythe'']], habitant de [[w:Scythie|''Scythie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ensemble de peuples [[w:Langues_indo-européennes|''indo-européens'']] d’[[w:Eurasie|''Eurasie'']], en grande partie cavaliers et nomades.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#les_back|<span id="les"><sup>III</sup></span>]] Des [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<sup>'''II'''</sup>]] expatriés, qui, par vengeance de s’être fait mal traité par Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>I</sup>]] pour être revenu une fois sans gibier, lui ont fait manger un des enfants mèdes dont ils avaient la charge de leur apprendre la langue [[w:Langues_scythes|''scythe'']] et à tirer à l’arc. Ils fuirent à ''Sardes'' [[#Sardes|<sup>IV</sup>]] auprès d’Alyattes (cf chapitre LXXIII).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sardes_back|<span id="Sardes"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Σάρδεις / Sárdeis [[wikt:en:Σάρδεις#Ancient_Greek|(en)]]; ultimement du nom propre ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣‎ / sfard [[wikt:en:𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣#Lydian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne ville d’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], capitale de la [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], sur la rivière [[w:Pactole|''Pactole'']], dans la vallée de l’[[w:Gediz_(fleuve)|''Hermos'']]. Après la chute de l’Empire ''lydien'' au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], la citadelle de ''Sardes'' résiste encore et n’est prise par [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] que par surprise, en -546.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Syennésis_back|<span id="Syennésis"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Συέννεσις / Syennesis [[wikt:en:Συέννεσις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi et fondateur du royaume indépendent de [[w:Cilicie|''Cilicie'']] [[w:en:Kingdom_of_Cilicia_(ancient)|(en)]] [[#Cilicie|<sup>'''VI'''</sup>]] en -612, avec la dissolution de l’[[w:Empire_néo-assyrien|empire néo-assyrien]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cilicie_back|<span id="Cilicie"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῐλῐκῐ́ᾱ / Kilikíā [[wikt:en:Κιλικία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Royaumes_antiques_d%27Anatolie|Royaumes antiques]] d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], indépendant au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], avec [[w:Tarse_(ville)|''Tarse'']] pour capitale.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Labynète_back|<span id="Labynète"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λαβύνητος / Labúnētos [[wikt:en:Λαβύνητος#Ancient_Greek|(en)]], forme hellénisée de [[w:Nabonide|Nabonide]]; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒀭𒀝𒉎𒌇 / dNabû-naʾid [[w:pt:Nabonido|(pt)]], « Le dieu Nabû [[w:en:Nabu|(en)]] est loué » [https://epub.ub.uni-muenchen.de/73674/1/RINBE2_OAPDF.pdf <sup>p.3</sup>];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ambassadeur, puis dernier roi de l’[[w:Empire_néo-babylonien|''empire néo-babylonien'']] [[#babylonien|<sup>VIII</sup>]], régnant de [[w:Années_550_av._J.-C.|-556]] à [[w:Chute_de_Babylone_de_539_av._J.-C.|''la chute de Babylone'']] par l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_610_av._J.-C.|-620/-615]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Harran#Antiquité|''Harran'']], au sud-est de la [[w:Turquie|''Turquie'']], — potentiellement [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carmania'' [[w:en:Carmania_(region)|(en)]], province actuelle iranienne de [[w:Province_de_Kerman|''Kerman'']])</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#babylonien_back|<span id="babylonien"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Βαβυλών#Grec_ancien|Βαβυλών / Babylṓn]], « Babel. Babylone. »; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] [[wikt:𒆍𒀭𒊏𒆠#Akkadien|𒆍𒀭𒊏𒆠 / bābili]], « Babylone »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville antique de [[w:Mésopotamie#L’empire_néo-babylonien|''Mésopotamie'']], et capitale du royaume ''babylonien'', connaissant son apogée au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] sous [[w:Nabuchodonosor_II|Nabuchodonosor II]] (règne de -605 — -562), et perdant son indépendance en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]], passant sous domination [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alyatte_back|<span id="Alyatte"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Ἀλυάττης / Aluáttēs [[wikt:en:Ἀλυάττης#Ancient_Greek|(en)]]; du ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮‎ / walweteś [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮#Lydian|(en)]];<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ de 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤‎ / walwe [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤#Lydian|(en)]], « lion »;<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ et du suffixe abstractif -𐤠𐤯𐤠‎ / -ata;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Roi de ''Lydie'' de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']] de -610 à -561, et père de [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]. Il a été le premier monarque à émettre des pièces de monnaie en [[w:Électrum|électrum]] (et son fils Crésus a été le premier à émettre des pièces d’or). Alyattes est donc parfois mentionné comme l’initiateur de la monnaie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aryénis_back|<span id="Aryénis"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀρύηνις / Arúēnis [[wikt:en:Aryenis|(en)]]; du ''lydien'' apparenté au ''Hittite'' [[w:en:Hittite_language|(en)]] 𒂖 / arawanni-, « libre », par opposition à asservi, non libre;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fille du roi Alyattes de ''Lydie'' [[#Alyatte|<sup>'''IX'''</sup>]] et sœur du roi [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de ''Lydie''.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Astyage_back|<span id="Astyage"><sup>XI</sup></span>]] Orthographié en grec ancien :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυάγης / Astyages [[wikt:en:Ἀστυάγης|(en)]] par Hérodote;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυϊγας / Astyigas [[wikt:en:Ἀστυϊγας#Ancient_Greek|(en)]] par [[w:Ctésias|Ctesias]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀσπάδας / Aspadas par Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px"> de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒅖𒌅𒈨𒄖 / Ištumegu;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Fils de Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]] et dernier roi du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de -585 à -550. Il fut détrôné en -550 par son petit-fils [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qu’il avait tenté de faire assassiner à la naissance à la suite d’un songe, où une vigne sortant du sein de sa fille Mandane [[w:en:Mandane_of_Media|(en)]] couvrait toute l’Asie ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CVIII.). Celle-ci avait été marié à un perse, nommé [[w:Cambyse_Ier|Cambyse]], de "condition inférieure à un mède", à la suite d’un précédent songe d’Astyage, où « elle urinait en si grande abondance, que sa capitale et l’Asie entière en étaient inondées » ({{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, Livre I - CLIO, chapitre CVII.).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#éclipse_back|<span id="éclipse"><sup>XII</sup></span>]] La seule éclipse totale visible en ''Asie Mineure'' durant la seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] et la première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} a eu lieu le 28 mai -584.<br />[[Fichier:Éclipse 28 Mai -584 n2.png|vignette|centre|Éclipse du 24 mai -584 en ''Asie Mineure''.<br /><p style="text-align: right">''Les unités des intervalles de sa durée sont heures:minutes:secondes<br />(une animation est disponible [http://ytliu.epizy.com/eclipse/one_solar_eclipse_general.html?ybeg=-589&ind=39&DE=431 ici]).'']]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Depuis la guerre se mut et continua cinq ans entre les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', parce que '''Halyatte''' ne voulait rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxare''' qui les demandait. Durant ces cinq ans, les ''Mèdes'' gagnèrent plusieurs fois contre les ''Lydiens'', et semblablement les ''Lydiens'' contre les ''Mèdes'' : et fut environ ce temps-là que, à l’heure du combat, le jour fut converti en nuit. Car étant les forces pareilles d’un côté et d’autre, avint, sur la sixième année, que, comme ils combattaient, soudain le jour se tourna en noire nuit. '''Thalès Milésien''' avait prédit cette mutation aux ''Ioniens'', et leur avait déterminé l’an qu’elle avint. Ce vu par les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', ils cessèrent la guerre, et furent près d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennée par '''Syennésis''', roi de ''Cilicie'', et par '''Labynète''', roi de ''Babylone'', qui furent diligents de les allier par mariage. Ils avisèrent que '''Halyatte''' donnerait sa fille '''Arianis''' à '''Astyage''', fils de '''Cyaxare''', pensant bien que, sans grande nécessité et alliance étroite, tels grands marchés ne peuvent tenir. Ces nations se gouvernent en leurs traités et contrats ainsi que font les ''Grecs'', et davantage s’entament le bras, puis lèchent le sang les uns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXIV.''], traduction de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Saliat Pierre Saliat], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' '''Cyaxare''' les redemanda. Sur son refus, la guerre s’alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu’elle dura, les ''Mèdes'' et les ''Lydiens'' eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d’autre, s’étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit [[#éclipse_NdT_P-H_L|<span id="éclipse_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], pendant que les deux armées en étaient aux mains. '''Thalès''' de ''Milet'' avait prédit aux ''Ioniens'' ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n’en furent que plus empressés à faire la paix. '''Syennésis''' [[#Syennésis_NdT_P-H_L|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], roi de ''Cilicie'', et '''Labynète''', roi de ''Babylone'', en furent les médiateurs; ils hâtèrent le traité, et l’assurèrent par un mariage. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent '''Alyattes''' à donner sa fille '''Aryénis''' à '''Astyages''', fils de '''Cyaxare'''. Ces nations observent dans leurs traités les mêmes cérémonies que les ''Grecs''; mais ils se font encore de légères incisions aux bras, et lèchent réciproquement le sang qui en découle.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#éclipse_NdT_P-H_L_back|<span id="éclipse_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Les savants sont divisés sur l’époque précise de cette éclipse. Mais les pères Petau et Hardouin, le chevalier Marsham, le [[w:Jean_Bouhier_de_Savigny|président Bouhier]] et le [[w:Edouard_Corsini|père Corsini, clerc régulier des écoles pies]], se sont déterminés pour l’éclipse qui parut le 9 juillet 4117. J’ai cru devoir l’adopter, parce qu’elle s’accorde mieux avec la chronologie que toutes les autres. La seule objection qu’on y puisse former, n’est que l’ombre passa au-dessus du [[w:Mer_Noire|Pont-Euxin]] par la ''Scythie'' et le [[w:Maeotian_Swamp|''Palus-Maeotis'']]. Il est vrai que cette éclipse ne fut point centrale sur les bords de l’Halys ; cependant elle dut y être très considérable, et il n’est point étonnant qu’elle ait causé de l’épouvante à des nations plongées dans l’ignorance. (L.)</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Syennésis_NdT_P-H_L_back|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L"><sup>2</sup></span>]] Ce nom de Syennésis était commun aux rois de Cilicie ; du moins est-il sûr que quatre princes l’ont porté. Le nom de Labynète se rencontre souvent parmi les rois de Babylone. (BELLANGER.)</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXIV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis la guerre se meut & continua cinq ans entre les ''Medes'' & ''Lydiés'', parce q́ '''Haliattes''' ne vouloit rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxares''' qui les demandoit. Durás ces cinq ans, les ''Medes'' gaignerét plusieurs fois cótre les ''Lydiés'', & semblablemét les ''Lydiés'' cótre les ''Medes''. & fut enuiró ce téps là, qu’à l’heure du combat le iour fut cóuerty en nuit. Car estás les forces pareilles d’vn costé & d’autre, auint sur la sixiéme annee, que cóme ils cóbattoiét, soudain le iour se tourna en noire nuist. '''Thales Milesien''' auoit predit ceste mutatió aux ''Ioniens'', & leur uoit determiné l’an qu’elle auint. Ce veu par les ''Medes'' & ''Lydiens'', ils cesserent la guerre: & furent prests d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennee par '''Syennesis''' Roy de ''Cilicie'', & par '''Labynet''' Roy de ''Babylon'', qui furent diligens de les allier par mariage. Ils auiserent que '''Halyattes''' dóneroit sa fille '''Ariane''' à '''Astyages''' fils de '''Cyaxares''', pensans bié que sans grande necessité & alliáce estroicte, tels grands marches ne peuuent tenir. Ces na tions se gouuernent en leurs traictez & contracts ainsi que font les ''Grecs'', & d’auantage s’entament le bras, puis leichent le sang les vns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA31-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.31-32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXV</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de la traversée de l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] par l’armée de [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] grâce à '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' Τοῦτον δὴ ὦν τὸν [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεα''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κῦρος''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ἐόντα ἑωυτοῦ μητροπάτορα καταστρεψάμενος ἔσχε δι᾽ αἰτίην τὴν ἐγὼ ἐν τοῖσι ὀπίσω λόγοισι σημανέω· [2] Τὰ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']] ἐπιμεμφόμενος τῷ [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κύρῳ''']] ἔς τε τὰ χρηστήρια ἔπεμπε εἰ στρατεύηται ἐπὶ [[w:%CE%A0%CE%AD%CF%81%CF%83%CE%B7%CF%82|'''Πέρσας''']], καὶ δὴ καὶ ἀπικομένου χρησμοῦ κιβδήλου, ἐλπίσας πρὸς ἑωυτοῦ τὸν χρησμὸν εἶναι, ἐστρατεύετο ἐς τὴν '''Περσέων''' μοῖραν. [3] Ὡς δὲ ἀπίκετο ἐπὶ τὸν [[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''' Ἅλυν''']] ποταμὸν ὁ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']], τὸ ἐνθεῦτεν, ὡς μὲν ἐγὼ λέγω, κατὰ τὰς ἐούσας γεφύρας διεβίβασε τὸν στρατόν, ὡς δὲ ὁ πολλὸς λόγος [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']], [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς οἱ ὁ Μιλήσιος''']] διεβίβασε. [4] Ἀπορέοντος γὰρ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροίσου''']] ὅκως οἱ διαβήσεται τὸν ποταμὸν ὁ στρατός (οὐ γὰρ δὴ εἶναι κω τοῦτον τὸν χρόνον τὰς γεφύρας ταύτας) λέγεται παρεόντα τὸν [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆν''']] ἐν τῷ στρατοπέδῳ ποιῆσαι αὐτῷ τὸν ποταμὸν ἐξ ἀριστερῆς χειρὸς ῥέοντα τοῦ στρατοῦ καὶ ἐκ δεξιῆς ῥέειν, ποιῆσαι δὲ ὧδε· [5] Ἄνωθεν τοῦ στρατοπέδου ἀρξάμενον διώρυχα βαθέαν ὀρύσσειν, ἄγοντα μηνοειδέα, ὅκως ἂν τὸ στρατόπεδον ἱδρυμένον κατὰ νώτου λάβοι, ταύτῃ κατὰ τὴν διώρυχα ἐκτραπόμενος ἐκ τῶν ἀρχαίων ῥεέθρων, καὶ αὖτις παραμειβόμενος τὸ στρατόπεδον ἐς τὰ ἀρχαῖα ἐσβάλλοι· ὥστε ἐπείτε καὶ ἐσχίσθη τάχιστα ὁ ποταμός, ἀμφοτέρῃ διαβατὸς ἐγένετο, [6] οἳ δὲ καὶ τὸ παράπαν λέγουσι καὶ τὸ ἀρχαῖον ῥέεθρον ἀποξηρανθῆναι. Ἀλλὰ τοῦτο μὲν οὐ προσίεμαι· κῶς γὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέβησαν αὐτόν;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXV.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] renversa cet [[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], qui était son grand-père maternel : je dirai plus tard pour quels motifs. [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] s’armant de ce grief contre '''Cyrus''', consulta l’oracle pour savoir s’il devait engager la guerre contre lui. Lorsqu’il eut reçu la réponse à double sens, il crut qu’elle était en sa faveur et il marcha pour entrer sur le territoire des [[w:Perses|''Perses'']]. Arrivé sur l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], il fit passer le fleuve à son armée, en profitant, selon moi, des ponts existants. Selon le récit accrédité en ''Grèce'', ce fut '''Thalès''' de ''Milet'' qui dirigea le passage : car disent-ils, les ponts n'étaient pas encore construits et '''Crésus''' était en peine de l’opérer, quand '''Thalès''', qui se trouvait au camp, détournant le fleuve, le fit couler non plus sur le front, mais sur les derrières de l’armée. Il s’y prit de cette manière : en amont du camp, on commença par creuser un fossé profond qui en embrassa tout le contour, de sorte que les eaux, sortant à l’une des ses extrémités de leurs cours habituel, y rentrassent par l’autre; puis cette tranchée achevée, ils y firent couler le fleuve, pour qu’en se divisant, des deux parts il devînt guéable. Quelques-uns ajoutent que l’ancien lit se trouva tout à fait à sec; pour moi, je ne puis admettre ce récit, car comment, dans la retraite, les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] auraient-ils pu passer ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' '''Cyrus''' donc avait défait celui '''Astyage''', son aïeul maternel, pour cause que je toucherai ci-après en cette mienne histoire. '''Crésus''' en fut marri et envoya vers les oracles savoir si devait mener la guerre aux ''Perses''. Entre ces oracles, un fut faux, lequel néanmoins '''Crésus''' espéra être à son avantage, et là-dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' avec son armée. Arrivé au fleuve ''Halys'', il passa sur les ponts qui y étaient, et telle est mon opinion, encore que la commune renommée des ''Grecs'' tienne que '''Thalès''' de ''Milet'' donna le moyen de passer. Car on dit que, se souciant '''Crésus''' comment il passerait son armée, qui fait présupposer faute de ponts, '''Thalès''' fut là présent, qui conseilla expédient, suivant lequel le fleuve, qui coulait à gauche pour le respect de l’armée qui là séait [[#NdT_75_HP|<span id="NdT_75_HP_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], coulerait aussi à droite. Et fut son invention telle. Il fit commencer une tranchée au-dessus du camp, et la fit conduire en forme de croissant, afin que l’armée l’eût à dos, et que, prenant le fleuve cours par icelle tranchée, il laissât son canal accoutumé pour environner le camp, puis retournât. Par ce moyen, le fleuve s’écoula incontinent, et fut guéable d’une part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron [[#NdT_75_HP2|<span id="NdT_75_HP2_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] du fleuve devint tout sec. De ma part, je ne puis accordrer à telles paroles, et je voudrais savoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#NdT_75_HP_back|<span id="NdT_75_HP"><sup>1</sup></span>]] D’après la situation de l’armée qui campait là. — [[#NdT_75_HP2_back|<span id="NdT_75_HP2"><sup>2</sup></span>]] Lit.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXV.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' '''Cyrus''' tenait donc prisonnier '''Astyages''', son aïeul maternel, qu’il avait détrôné pour les raisons que j’exposerai dans la suite de cette histoire. '''Crésus''', irrité à ce sujet contre '''Cyrus''', avait envoyé consulter les oracles pour savoir s’il devait faire la guerre aux ''Perses''. Il lui était venu de [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes_back|<sup>⤵️</sup>]] une réponse ambiguë, qu’il croyait favorable, et là dessus il s’était déterminé à entrer sur les terres des ''Perses''. Quand il fut arrivé sur les bords de l’''Halys'', il le fit, à ce que je crois, passer à son armée sur les ponts qu’on y voit à présent ; mais, s’il faut en croire la plupart des ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' lui en ouvrit le passage. '''Crésus''', disent-ils, étant embarrassé pour faire traverser l’''Halys'' à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n’existaient point encore en ce temps-là, '''Thalès''', qui était alors au camp, fit passer à la droite de l’armée le fleuve, qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s’y prit. Il fit creuser, en commençant au-dessus du camp, un canal profond en forme de croissant, afin que l’armée pût l’avoir à dos dans la position où elle était. Le fleuve, ayant été détourné de l’ancien canal dans le nouveau, longea derechef l’armée, et rentra au-dessous de son ancien lit. Il ne fut pas plutôt partagé en deux bras, qu’il devint également guéable dans l’un et dans l’autre. Quelques-uns disent même que l’ancien canal fut mis entièrement sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Comment en effet '''Crésus''' et les ''Lydiens'' auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour ? </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> '''Cyrus''' donque auoit desfait iceluy '''Astyages''' son ayeul maternel, pour cause que ie toucheray cy apres en ceste mienne histoire. '''Cresus''' en fut marry & enuoya vens les oracles sçauoir, si deuoit mener la guerre aux ''Perses''. Entre des oracles vn fut faux, lequel neantmoins '''Cresus''' espera estre à son auantage, & la dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' auec son armee. Arriué au fleuue ''Halys'' il passa sur les ponts qui y estoyent, & telle est mon opinion, encore que la commune renommee des ''Grecs'' tienne que '''Thales''' de ''Milet'' donna le moyen de passer, car on dit que se souciant '''Cresus''' comment il passeroit son armee, qui fait presupposer faute de ponts, '''Thales''' fut là présent, qui conseilla expedient, fuyuát lequel, le fleuue qui couloit à gauche pour le respect de l’armee qui la seoit, couleroit aussi à droicte. Et fut son inuention telle. Il feit commencer vne tréchee, au dessus du camp, & la feit conduire en forme de croissant, afin que l’armee l’eust à doz & que prenant le fleuue cours par icelle trenchee, il laissast son canal accoustumé pour enuironner le camp, puis retournast. Par ce moyen le fleuue s’escoula incontinent, & fut gueable d’vne part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron du fleuue deuint tout sec. De ma part ie ne puis accorder à tel les paroles, & ie voudrois sçauoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''p.32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit du [[w:Bouleut%C3%A9rion|''Bouleutérion'']] [[#Bouleutérion|<span id="Bouleutérion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos|<span id="Téos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et témoignage sur l’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne|<span id="phénicienne_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CLXX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bouleutérion_back|<span id="Bouleutérion"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:βουλευτήριον#Grec_ancien|βουλευτήριον / bouleutếrion]]; de [[wikt:βουλευτής#Grec_ancien|βουλευτής / bouleutês]], « sénateur, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:βουλεύω#Grec_ancien|βουλεύω / bouleúô]], « délibérer, prendre conseil »; du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Bâtiment où, dans les cités de la [[w:Grèce_antique|''Grèce antique'']], se réunissait la [[w:Boulè|''boulè'']], le conseil, assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la ville.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téos_back|<span id="Téos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τέως / Téos [[wikt:en:Τέως#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville de l’[[w:Époque_archaïque|''Antiquité'']] située sur la côte de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] au nord d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] et à environ 40 kilomètres au sud-ouest de l’actuelle [[w:Izmir|''İzmir'']], près du port de ''Sığacık'' [[w:en:Sığacık|(en)]] en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#phénicienne_back|<span id="phénicienne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φοινίκη / Phoinī́kē [[wikt:en:Φοινίκη|(en)]]; du nom et nom propre Φοῖνῐξ / Phoînix [[wikt:en:Φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Phénicien, phénicienne, habitant/ethnonyme de Phénicie. »; dérivé de ou apparenté à l’homophone φοῖνιξ / phoînix [[wikt:en:φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Couleur [[w:Pourpre_de_Tyr|pourpre de Tyr]]. Palmier. Datte (le fruit du palmier dattier). Phoenix, l’oiseau mythique dérivé de la mythologie ''égyptienne''. (musique) Un instrument semblable à une guitare inventé par les ''Phéniciens''. »; ethnonyme et homophone probablement empruntés à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] fnḫw / fenkhu [[wikt:en:fnḫw#Egyptian|(en)]], probablement terme pluriel pour « bûcherons » ou « charpentiers », qui désignerait les peuples du [[w:Canaan_(région)|''pays de Canaan'']] dans la [[w:Levant_(Proche-Orient)|''région du Levant'']] au nord, qui fournissaient l’Égypte avec le bois de cèdre coupé de leurs forêts; dérivé de ou apparenté à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] bnw / benu, « le [[w:Bénou|Bénou]] ou [[w:Phénix|phénix]], l’oiseau représentant l’âme – le [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ba|''bâ'']] – de [[w:Rê|Rê]] qui le précède dans la [[w:Barque_solaire|barque solaire]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Peuple antique originaire des cités de ''Phénicie'', région qui correspond approximativement au ''Liban'' actuel. À partir du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les [[w:Assyrie|''Assyriens'']], les [[w:Babylone_(civilisation)|''Babyloniens'']] [[#babylonien_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Achéménides|''Perses'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoniens'']] ([[w:Royaume_lagide|''Lagides'']] et [[w:Séleucides|''Séleucides'']]), puis les [[w:Rome_antique|''Romains'']]. Elles préservent cependant leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations ''phéniciennes'' de la mer Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d’entre elles, [[w:Carthage|''Carthage'']], phénomène qui aboutit à la création d’une [[w:Civilisation_carthaginoise|''civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique »'']]. ''</div></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Κεκακωμένων δὲ [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἰώνων''']] καὶ συλλεγομένων οὐδὲν ἧσσον ἐς τὸ [[w:Panionium|'''Πανιώνιον''']], πυνθάνομαι γνώμην [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Βίαντα''']] ἄνδρα [[w:Pri%C3%A8ne|'''Πριηνέα''']] ἀποδέξασθαι [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἴωσι''']] χρησιμωτάτην, τῇ εἰ ἐπείθοντο, παρεῖχε ἂν σφι εὐδαιμονέειν [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']] μάλιστα· [2] Ὃς ἐκέλευε κοινῷ στόλῳ ''' Ἴωνας''' ἀερθέντας πλέειν ἐς [[wikt:%CE%A3%CE%B1%CF%81%CE%B4%CF%8E|'''Σαρδὼ''']] καὶ ἔπειτα πόλιν μίαν κτίζειν πάντων ''' Ἰώνων''', καὶ οὕτω ἀπαλλαχθέντας σφέας δουλοσύνης εὐδαιμονήσειν, νήσων τε ἁπασέων μεγίστην νεμομένους καὶ ἄρχοντας ἄλλων· μένουσι δέ σφι ἐν τῇ [[wikt:en:Ἰωνία#Ancient_Greek|''' Ἰωνίῃ''']] οὐκ ἔφη ἐνορᾶν ἐλευθερίην ἔτι ἐσομένην. [3] Αὕτη μὲν '''Βίαντος τοῦ Πριηνέος''' γνώμη ἐπὶ διεφθαρμένοισι ''' Ἴωσι''' γενομένη, χρηστὴ δὲ καὶ πρὶν ἢ διαφθαρῆναι ''' Ἰωνίην''' [[w:Thal%C3%A8s|'''Θάλεω ἀνδρὸς Μιλησίου''']] ἐγένετο, τὸ ἀνέκαθεν γένος ἐόντος Φοίνικος, ὃς ἐκέλευε ἓν βουλευτήριον Ἴωνας ἐκτῆσθαι, τὸ δὲ εἶναι ἐν Τέῳ (Τέων γὰρ μέσον εἶναι Ἰωνίης), τὰς δὲ ἄλλας πόλιας οἰκεομένας μηδὲν ἧσσον νομίζεσθαι κατά περ ἐς δῆμοι εἶεν· οὗτοι μὲν δή σφι γνώμας τοιάσδε ἀπεδέξαντο.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. CLXX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Les [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], réduits en servitude, ne cessèrent cependant pas de se réunir au [[w:Panionium|''Panionium'']] [[#Panionium|<span id="Panionium_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]; à l’une de ces assemblées, comme je l’ai appris, [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Bias''']] [[#Bias|<span id="Bias_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Pri%C3%A8ne|''Priène'']] [[#Priène|<span id="Priène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] leur donna un conseil excellent ; s’ils l’avaient suivi, ils pouvaient devenir les plus prospères de tous les ''Grecs''. « Équipez une seule flotte, leur dit-il, levez l’ancre, partez pour la [[w:Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne|<span id="Sardaigne_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], fondez-y pour tous les ''Ioniens'' une seule ville, rendez-vous heureux en vous affranchissant ainsi. Car, en colonisant la plus grande des îles, vous gouvernerez toutes les autres, tandis que, si vous demeurez en [[w:Ionie|''Ionie'']], je ne vois pas que vous puissiez jamais recouvrer la liberté. » Tel fut le conseil que '''Bias''' de ''Priène'' donna aux ''Ioniens'', après leurs désastres. Celui de '''Thalès''' de ''Milet'', qui avait précédé la ruine de l’''Ionie'', n'était pas moins salutaire. '''Thalès''', par ses ancêtres d’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], fut d’avis qu’ils devaient instituer une assemblée unique, la placer à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos_back|<sup>⤴️</sup>]] (car ''Téos'' est située au centre de la contrée) et laisser néanmoins les autres villes se gouverner, comme si elles étaient des États isolés. tels furent les deux conseils qui furent donnés aux ''Ioniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f79.item ''Livre I - CLIO, CLXX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Panionium_back|<span id="Panionium"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Πανιώνιον / Paniônion; de l’adjectif [[wikt:Πανιώνιος#Grec_ancien|Πανιώνιος / Paniônios]], « De tous les Ioniens »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun [[wikt:Πανίωνες#Grec_ancien|Πανίωνες / Paníônes]], « Tous les ''Ioniens'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du pronom indéfini [[wikt:πᾶς#Grec_ancien|πᾶς / pâs]], « (Au singulier) Chaque, chacun; Tout entier, tout. (Au pluriel) Tous. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du nom commun et nom propre Ἴων / Íôn, « ''Ionien'', habitant d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]]. [[w:Ion_(mythologie)|Ion, ancêtre mythique des Ioniens]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-ιος#grc|-ιος / -ios]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Sanctuaire_grec|''Sanctuaire central'']], et point de rassemblement de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']], dédié à [[w:Poséidon#Épithètes|''Poséidon Héliconien'']], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bias_back|<span id="Bias"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βίας / Bías [[wikt:en:Βίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], avocat et homme d’État grec du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et fait partie des 4 unanimes des [[w:Sept_sages_de_Grèce|Sept sages de Grèce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_600_av._J.-C.|-600]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène|<sup>III</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Priène'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Priène_back|<span id="Priène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πριήνη / Priḗnē [[wikt:en:Πριήνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Polis|Cité grecque]] d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], dont les ruines sont bien conservées, située à l’embouchure du [[w:Méandre_(fleuve)|''Méandre'']], à proximité du village moderne de Güllübahçe, dans le district de [[w:Söke|''Söke'']], dans la province d’[[w:Aydın_(province)|''Aydın'']], en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Sardaigne_back|<span id="Sardaigne"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σαρδώ / Sardô [[wikt:en:Σαρδώ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île de la mer ''Méditerranée'' et région ''italienne'', qui se trouve à l’ouest de l’Italie continentale, au sud de la ''Corse''. À partir du [[w:IXe_siècle_av._J.-C.|IX<sup>ème</sup>]] et du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, Les ''Phéniciens'' constituent les premières colonies stables, occupant des sites le long de la côte, facilement accessibles, favorables aux échanges et au commerce. Puis, l’[[w:Civilisation_carthaginoise|''Empire carthaginois'']] l’occupe de [[w:Années_530_av._J.-C.|-535]] à [[w:239_av._J.-C.|-239]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Depuis, voyant la grandeur de leurs calamités, non-obstant qu’ils se fussent donnés aux ''Perses'', ils s’assemblèrent au ''Panionion'' : et comme j’entends, '''Brias de Priénéee''' donna conseil fort profitable pour les ''Ioniens'', auquel s’ils eussent prêté l’oreille, il leur baillait expédient pour être les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseillait naviguer de compagnie en la ''Sardaigne'', et là bâtir une ville commune à tous les ''Ioniens'' : en quoi faisant, ils jetteraient servitude et se rendraient heureux, attendu qu’ils posséderaient une des plus grandes îles du monde, et domineraient sur les autres. Au contraire, s’ils demeuraient en ''Ionie'', il disait qu’il n’apercevait moyen par lequel ils pussent jamais regagner liberté. Tel fut le conseil de '''Brias de Priénée''', après que les ''Ioniens'' étaient jà défaits et réduits en servitude. '''Thalès Milésien''' bailla pareillement une opinion, laquelle, avant la ruine des ''Ioniens'', eût été fort bonne. Lui, qui était descendu d’une ancienne race des ''Phéniciens'', opina que les ''Ioniens'' devaient avoir maison de conseil, et la devaient construire en ''Téos'' comme au milieu de ''Ionie'' : voulait néanmoins que les autres villes fussent estimées pour ligues et cantons de même autorité que ''Téos''. Ces deux personnages donc baillèrent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000129 ''Livre Premier. CLIO. CLXX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Quoique accablés de maux, les ''Ioniens'' ne s’en assemblaient pas moins au ''Panionium''. '''Bias de Priène''' leur donna, comme je l’ai appris, un conseil très avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les ''Grecs'', s’ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s’embarquer tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en ''Sardaigne'', et à y fonder une seule ville pour tous les ''Ioniens''. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient d’esclavage, qu’ils s’enrichiraient, et qu’habitant la plus grande de toutes les îles, les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que, s’ils restaient en ''Ionie'', il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna '''Bias''' aux ''Ioniens'', après qu’ils eurent été réduits en esclavage ; mais, avant que leur pays eût été subjugué, '''Thalès''' de ''Milet'', dont les ancêtres étaient originaires de ''Phénicie'', leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d’établir à ''Téos'', au centre de l’''Ionie'', un conseil général pour toute la nation, sans préjudicier au gouvernement des autres villes, qui n’en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers que si elles eussent été autant de cantons différents.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. CLXX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis voyans la grandeur de leurs calamitez, nonobstant qu’ils se sussent donnez aux ''Perses'', ils s’assemblerent au ''Panionión'', & comme i’entens, '''Bias de Prienee''' donna conseil fort profitable pour les ''Iöniens'', auquel s’ils eussent presté l’oreille, il leur bailloit expediét pour estre les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseilloit nauiguer de compaignie en la ''Sardaigne'', & là bastir vne ville commune à tous les ''Iöniens'' : en quoy faisant ils ietteroient seruitude, & se rendroient heureux, attendu qu’ils possederoient vne des plus grandes isles du monde, & dominoroient sur les autres. Au contraire s’ils demouroient en ''Iönie'', il disoit qu’il n’apperceuoit moyé, par lequel ils peussent iamais regaigner liberté. Tel fut le conseil de '''Bias de Prienee''', apres que les ''Iöniens'' estoient ià defaits & reduicts en seruitude. '''Thales Milesien''' bailla pareillement vne opinion, laquelle auant la ruine des ''Iöniens'' eut esté fort bonne. Luy qui estoit descendu d’vne ancienne race des ''Pheniciens'', opina que les ''Iöniens'' deuoient auoir maison de conseil, & là deuoient construire en ''Tee'' comme au milieu de ''Iönie'' : vouloit neantmoins que les autres villes sussent estimees pour ligues & cantons de mesme auctorité que ''Tee''. Ces deux personnages donque baillerent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA63-IA1#v=onepage&q&f=true ''p.63.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre II — [[w:Euterpe|'''EUTERPE''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">[[w:Périodes_perses_dans_l%27Égypte_antique|''Conquête'']] de l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] [[#Égypte|<span id="Égypte_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par [[w:Cambyse_II|'''Cambyse II''']] [[#Cambyse_II|<span id="Cambyse_II_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fils de [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus le Grand''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquête ''Achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤴️</sup>]] de l’Égypte|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Égypte_back|<span id="Égypte"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Αἴγυπτος#Grec_ancien|Αἴγυπτος / Aígyptos]]; du nom propre ancien égyptien [[wikt:𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛#Égyptien_ancien|𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛 / ḥwt-kꜣ-ptḥ]], « (Spécialement) [[w:Temple_de_Ptah_(Memphis)|Temple]] du [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ka|''ka'']] de [[w:Ptah|Ptah]] à [[w:Memphis_(Égypte)|''Memphis'']]. (Par [[w:Métonymie|''métonymie'']]) Ville de ''Memphis''. (Par ''métonymie'') [[w:%C3%89gypte_antique|''Égypte'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de 𓉗𓏏𓉐 / ḥwt [[wikt:en:ḥwt#Egyptian|(en)]], « enclos »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓂓𓏤 / kꜣ [[wikt:en:kꜣ#Egyptian|(en)]], « ka, composante immatérielle des dieux et des hommes sans équivalente dans les langues européennes contemporaines »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓊪𓏏𓎛𓀭 / ptḥ, « Ptah, [[w:Démiurge|''démiurge'']] de ''Memphis'', dieu des artisans, des artistes et des architectes. Dans la [[w:Triade_de_Memphis|''triade de Memphis'']], il est l’époux de [[w:Neith|Neith]] et deviendra tardivement celui de [[w:Sekhmet|Sekhmet]], il est le père de [[w:Néfertoum|Néfertoum]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne civilisation pharaonique du nord-est de l’Afrique, concentrée le long du cours inférieur du Nil, prenant forme vers [[w:IVe_millénaire_av._J.-C.|-3150]] avec l’unification politique de la [[w:Haute-Égypte|''Haute-Égypte'']] au sud et de la [[w:Basse-Égypte|''Basse-Égypte'']] au nord, et se terminant avec l’annexion par l’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Empire romain'']] en [[w:30_av._J.-C.|-30]]. La première invasion perse a lieu durant la [[w:Basse_époque|''Basse époque'']]. Cette dernière débute avec la réunification du pays par un roi originaire de [[w:Saïs|''Saïs'']], [[w:Psammétique_Ier|Psammétique I<sup>er</sup>]], et donc l’initiation de la [[w:XXVIe_dynastie_égyptienne|''XXVI<sup>ème</sup> dynastie égyptienne dite saïte'']], en expulsant les [[w:Assyrie|''Assyriens'']] qui avaient chassés la [[w:XXVe_dynastie_égyptienne|''XXV<sup>ème</sup> dynastie pharaonique dite nubienne'']]; et elle se termine avec l’[[w:Période_macédonienne_de_l%27Égypte_antique|''invasion macédonienne'']] d’[[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre le Grand]]. En [[w:Années_520_av._J.-C.|-525]], [[w:Cambyse_II|Cambyse II]] bat l’armée de [[w:Psammétique_III|Psammétique III]] lors de la bataille de [[w:Péluse|''Péluse'']] [[w:en:Battle_of_Pelusium|(en)]], et initie ainsi la [[w:XXVIIe_dynastie_égyptienne|''XXVII<sup>ème</sup> dynastie de pharaons dite achéménide'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cambyse_II_back|<span id="Cambyse_II"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καμϐύσης / Kambū́sēs [[wikt:en:Καμβύσης#Ancient_Greek|(en)]]; du vieux perse 𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹 / k-b-u-ji-i-y / Kaᵐbūjiya [[wikt:en:𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fils de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et de [[w:Cassandane|Cassandane]], et roi [[w:Achéménides|''achéménide'']] de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] de -529 à sa mort, il est connu pour avoir conquis l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] et y avoir régné en pharaon.<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"> (date et lieu de naissance indéterminé.e.s — [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Agbatana'' [[w:en:Hama|(en)]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XX</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Hérodote''' d’une théorie supposément implicite de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil#%C3%89tymologie|''Nil'']] [[#Nil|<span id="Nil_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (théorie identique mais explicite rapportée par '''Sénèque'''[[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC#Chapitre_II.|<sup>🔄</sup>]]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre XX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Nil_back|<span id="Nil"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νεῖλος#Grec_ancien|Νεῖλος / Neîlos]]; [[w:Nile#Etymology_and_names|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fleuve d’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] issu de la rencontre, à [[w:Khartoum|''Khartoum'']] (capitale du [[w:Soudan|''Soudan'']] actuel), du Nil Blanc (prenant sa source au [[w:Lac_Victoria|''lac Victoria'']]) et du Nil Bleu (issu du [[w:Lac_Tana|''lac Tana'']]), et se jettant dans la ''Méditerranée'' en formant un delta au nord de l’Égypte.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Ἀλλὰ '''Ἑλλῄνων''' μὲν τινὲς ἐπίσημοι βουλόμενοι γενέσθαι σοφίην ἔλεξαν περὶ τοῦ ὕδατος τούτου τριφασίας ὁδούς· τῶν τὰς μὲν δύο τῶν ὁδῶν οὐδ᾽ ἀξιῶ μνησθῆναι εἰ μὴ ὅσον σημῆναι βουλόμενος μοῦνον· [2] Τῶν ἡ ἑτέρη μὲν λέγει τοὺς [[wikt:étésien|ἐτησίας]] ἀνέμους εἶναι αἰτίους πληθύειν τὸν ποταμόν, κωλύοντας ἐς θάλασσαν ἐκρέειν τὸν [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλον''']]. Πολλάκις δὲ ἐτησίαι μὲν οὔκων ἔπνευσαν, ὁ δὲ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']] τὠυτὸ ἐργάζεται. [3] Πρὸς δέ, εἰ ἐτησίαι αἴτιοι ἦσαν, χρῆν καὶ τοὺς ἄλλους ποταμούς, ὅσοι τοῖσι ἐτησίῃσι ἀντίοι ῥέουσι, ὁμοίως πάσχειν καὶ κατὰ τὰ αὐτὰ τῷ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νείλῳ''']], καὶ μᾶλλον ἔτι τοσούτῳ ὅσῳ ἐλάσσονες ἐόντες ἀσθενέστερα τὰ ῥεύματα παρέχονται. Εἰσὶ δὲ πολλοὶ μὲν ἐν τῇ [[wikt:Συρία#grc|'''Συρίῃ''']] ποταμοὶ πολλοὶ δὲ ἐν τῇ [[wikt:en:Λιβύη|'''Λιβύῃ''']], οἳ οὐδὲν τοιοῦτο πάσχουσι οἷόν τι καὶ ὁ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. XX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Quelques ''Grecs'', ambitieux de se signaler par leur sagesse, ont expliqué ce mouvement des eaux de trois manières dont deux ne mériteraient pas que j’en fisse mention, si je voulais faire plus que les indiquer. Selon l’une de ces solutions [[#th_Thales_PG|<span id="th_Thales_PG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], les vents [[w:%C3%89t%C3%A9sien|''étésiens'']] [[#étésiens|<span id="étésiens_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] seraient cause du gonflement du fleuve en empêchant les eaux de s’écouler dans la mer. Or, souvent les ''étésiens'' ne soufflent pas et le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ne déborde pas moins ; outre cela, si les ''étésiens'' avaient cette puissance, les autres fleuves contre lesquels ils soufflent devraient en éprouver les mêmes effets que le ''Nil'', et avec d’autant plus de raison qu’ils sont moindres et qu’ils ont des courants plus faibles. Cependant, il y a beaucoup de fleuves en [[w:Syrie_(r%C3%A9gion)|''Syrie'']] [[#Syrie|<span id="Syrie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et beaucoup en [[w:Libye_antique|''Libye'']] [[#Libye|<span id="Libye_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui en aucune façon ne se comportent comme le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#th_Thales_PG_back|<span id="th_Thales_PG"><sup>1</sup></span>]] Celle de Thalès.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f105.item ''Livre II — EUTERPE, XX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#étésiens_back|<span id="étésiens"><sup>I</sup></span>]] ➥ Soit du nom grec ancien μελτέμι / meltémi [[wikt:en:μελτέμι|(en)]], du [[w:Turc_ottoman|turc ottoman]] ملتم‎ / meltem [[wikt:en:ملتم#Ottoman_Turkish|(en)]], « un vent fort, sec, du nord et saisonnier dans la mer Égée; vent étésien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit de l’adjectif grec ancien [[wikt:étésien|ἐτήσιος / etēsios]], « annuel, qui dure un an »; du nom commun ἔτος / étos, « An, année »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Vent puissant qui souffle périodiquement sur la Méditerranée orientale [[w:en:List_of_local_winds#Europe|<sup>📚</sup>]] : la dénomination est durant l’antiquité généralisée à tous les vents qui soufflent pendant l’été.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Syrie_back|<span id="Syrie"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠρῐ́ᾱ / Suríā [[wikt:en:Συρία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun Σῠ́ρος / Súros [[wikt:en:Σύρος#Ancient_Greek|(en)]] [[w:en:Name_of_Syria|<sup>📚</sup>]]; de l’akkadien 𒀭𒊬 / Aššur;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> L’origine et l’utilisation du terme ont fait l’objet d’intérêt, à la fois parmi les écrivains anciens et modernes. Au début de l’usage grec, les termes Συρία / Suría et Ασσυρία / Assuría [[wikt:en:Ασσυρία|(en)]] étaient utilisés presque de manière interchangeable pour décrire l’[[w:Assyrie|''Assyrie'']], une région englobant le nord de l’Irak moderne, le nord-est de la ''Syrie'', le sud-est de la ''Turquie'' et la bordure nord-ouest de l’Iran. Cependant, sous l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']], les termes ''Syrie'' et ''Assyrie'' sont utilisés comme noms pour des régions géographiques distinctes. La ''Syrie'' à l’époque romaine faisait référence à la [[w:Syrie_(région)|''région de la Syrie'']] (le [[w:Levant_(Proche-Orient)|''Levant'']] occidental), tandis que l’Assyrie ([[w:Assuristan|''Assuristan'']], ''Athura'' [[w:en:Achaemenid_Assyria|(en)]]) faisait partie de l’[[w:Sassanides|''empire sassanide'']] et n’a été que très brièvement sous [[w:Assyrie_(province_romaine)|contrôle romain]] (en 116-118, marquant le pic historique de l’expansion romaine).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Libye_back|<span id="Libye"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῐβῠ́η / Libúē [[wikt:en:Λιβύη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun Λῐ́βῠς / Líbus [[wikt:en:Λίβυς#Ancient_Greek|(en)]]; de ''Libou'' (''Lebou, Ribou ou Rebou''), une ancienne confédération [[w:Libyens|''libyque'']] ayant vécu dans la partie Est de la [[w:Libye_antique|''Libye antique'']], comme les [[w:Mâchaouach|''Mâchaouach'']] (Mšwš), attestée dans les inscriptions égyptiennes du XIII<sup>ème</sup> [[w:Ère_commune|AEC]] sous l’appellation rbw [[wikt:en:rbw#Egyptian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> La [[w:Libye_antique|''Libye antique'']] désigne une ancienne région à l’Ouest du ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]] correspondant à l’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] du Nord-Ouest, territoire des [[w:Libyens|''Libyens anciens'']], ancêtres des [[w:Berbères|''Berbères modernes'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Certains grands personnages de la ''Grèce'' qui se cuident [[#cuident|<span id="cuident_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] la sagesse même assignent trois causes de ce débord, dont je n’estime les deux dignes d’être récitées; seulement je les veux bien conter ici. En l’une [[#th_Thales_HP|<span id="th_Thales_HP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], ils disent que les vents ''étésies'' sont cause que le fleuve s’enfle, parce qu’ils l’empêchent de se décharger en la mer. Mais je leur réponds que souvent les ''étésies'' ne soufflent en sorte qui soit, et néanmoins le fleuve ne laisse à faire son accoutumé. Davantage, si les ''étésies'' étaient cause de ce débord, il faudrait que le pareil avînt aux autres fleuves, voire beaucoup plus, d’autant qu’ils sont moindres, et ont leurs cours plus faibles et plus lents que le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; et on sait assez que plusieurs fleuves sont en ''Syrie'' et [[w:Afrique_du_Nord|''Afrique'']] [[#Afrique|<span id="Afrique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] qui ne souffrent rien tel que le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#cuident_back|<span id="cuident"><sup>1</sup></span>]] Croient. — [[#th_Thales_HP_back|<span id="th_Thales_HP"><sup>2</sup></span>]] C’est l’opinion de Thalès. Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]], liv. I, 38 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm <sup>XXIV.</sup>], la réfute par les mêmes raisons qu’Hérodote.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000162# ''Livre Second. EUTERPE. XX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Saliat de 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#Afrique_back|<span id="Afrique"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Āfrica [[wikt:en:Africa#Latin|(en)]]; de Āfrī; [[wikt:Annexe:Glossaire_grammatical#G|''génitif'']] singulier de Āfer [[wikt:en:Afer#Latin|(en)]], habitant du pays de Carthage :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langue_punique|''punique'']] ou du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤏𐤐𐤓 / ʿpr /ʿafar/, « poussière »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langues_berbères|''berbère'']] ⵉⴼⵔⵉ / ifri, « caverne »; pluriel de ifran, en référence aux habitants des cavernes de [[w:Tunisie|''Tunisie'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit mot composé, signifiant « sans froid/frisson » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe grec ancien [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' [[w:en:Alpha_privative|(en)]] (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' [[w:en:Copulative_a|(en)]], en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[wikt:en:ἁ-#Ancient_Greek|(en)]], pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'', en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón, pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun [[wikt:φρίκη#Grec_ancien|φρίκη / phríkē]], « frisson »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du latin aprica, « ensoleillé »; de l’adjectif aprīcus [[wikt:en:apricus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe aperiō [[wikt:en:aperio#Latin|(en)]], « 1. (littéralement) découvrir, mettre à nu, révéler, dégager. 2. (au sens figuré) rendre visible, découvrir, montrer, révéler, mettre à nu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ suffixe adjectival -cus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les Grecs de l’Antiquité appelaient le continent africain Λιβύη / Libúē [[#Libye_back|<sup>⤴️</sup>]], « Libye » [https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959 <sup>fin p.40</sup>]. Jusqu’à [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]], l’Afrique était considéré de loin comme le plus petit des trois continents, ou était regroupé aussi parfois avec l’Europe, en opposition avec l’Asie [https://www.persee.fr/docAsPDF/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959.pdf <sup>fin p.41</sup>].'''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Cependant il s’est trouvé des gens chez les ''Grecs'' qui, pour se faire un nom par leur savoir, ont entrepris d’expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés, il y en a deux que je ne juge pas même dignes d’être rapportées ; aussi ne ferai-je que les indiquer. Suivant la première, ce sont les vents ''étésiens'' qui, repolissait de leur souffle les eaux du ''Nil'', et les empêchant de se porter à la mer, occasionnent la crue de ce fleuve ; mais il arrive souvent que ces vents n’ont point encore soufflé, et cependant le ''Nil'' n’en grossit pas moins. Bien plus, si les vents ''étésiens'' étaient la cause de l’inondation, il faudrait aussi que tous les autres fleuves dont le cours est opposé à ces vents éprouvassent la même chose que le ''Nil'', et cela d’autant plus qu’ils sont plus petits et moins rapides : or, il y a en ''Syrie'' et en ''Libye'' beaucoup de rivières qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. XX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Certains gráds personnages de la ''Grece'' qui se cuident la sagesse mesme,assignét trois causes de ce desbord,dót ie n’estime les deux dignes d’estre recitees , seulement ie les veux bien cotter icy. En l’vne ils disent que les vens ''Etesies'' sont cause que le fleuue s’enfle , parce qu’ils l’empeschent de se descharger en la mer.Mais ie leur responds,que souuent les ''Etesies'' ne soufflent en forte qui soit,& neátmoins le fleuue ne laisse à faire son accoustumé. D’auantage si les ''Etesies'' estoyent cause de ce desbord,il faudroit que le pareil auint aux autres fleuues,voire beaucoup plus,d’autant que ils sont moindres,& ont leurs cours plus foibles & plus lés que le ''Nil''.Et on sçait assez que plusieurs fleuues sont en ''Syrie'' & ''Affrique'',qui ne souffrent rié tel que le ''Nil''. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA83-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.83-84.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CIX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de l’apport (supposemment implicite) de la [[w:Histoire de la géométrie|''Géométrie'']] [[#Géométrie|<span id="Géométrie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en ''Grèce'' depuis l’[[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte'']] [[#Égypte_back|<sup>⤴️</sup>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CIX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Géométrie_back|<span id="Géométrie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωμετρία#Grec_ancien|γεωμετρία / geōmetría]], « [[w:Arpentage|Arpentage]], mesure de la superficie des terres, en particulier des terrains agricoles. Géométrie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:γεωμέτρης#Grec_ancien|γεωμέτρης / geômétrês]], « arpenteur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « Terre. Terre, élément opposé à l’eau, au feu. Terre où vit l’homme, le monde, l’univers. Partie de la terre, pays, contrée. Terre comme élément producteur, productions nées de la terre, sol. Terre, poussière. Terre, minerai. »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe [[wikt:μετρέω#Grec_ancien|μετρέω / metréô]], « Mesurer, prendre la mesure. Compter. »; [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] du nom commun [[wikt:μέτρον#Grec_ancien|μέτρον / métron]], « Mesure. Instrument pour mesurer. Quantité mesurée ou espace mesuré, développement mesuré. Juste mesure. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal féminin -ία / -ía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’objet de la ''géométrie'' concerne la connaissance des relations spatiales. Dans l’[[w:Mathématiques_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte antique'']], les problèmes de [[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''géométrie'']], présents notamment dans le [[w:Papyrus_Rhind|''Papyrus Rhind'']], servent à évaluer des quantités numériques, en particulier des calculs de longueurs, d’aires et de volumes. Mais, au regard des prouesses techniques et architecturales réalisées très tôt dans leur histoire, il apparait que la géométrie fut sans doute leur domaine de prédilection et cette science associée à l’architecture, fit la grande réputation des ''Égyptiens''. C’est l’une des raisons pour lesquelles leur pays accueillit en pèlerinage les savants de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Κατανεῖμαι δὲ τὴν χώρην [[wikt:en:Αἴγυπτος|'''Αἰγυπτίοισι''']] ἅπασι τοῦτον ἔλεγον τὸν [[wikt:en:βασιλεύς#Ancient_Greek|'''βασιλέα''']], κλῆρον [[wikt:ἴσος|'''ἴσον''']] ἑκάστῳ [[wikt:en:τετράγωνο|'''τετράγωνον''']] διδόντα, καὶ ἀπὸ τούτου τὰς προσόδους ποιήσασθαι, ἐπιτάξαντα ἀποφορὴν ἐπιτελέειν κατ᾽ ἐνιαυτόν. [2] Εἰ δὲ τινὸς τοῦ κλήρου ὁ ποταμός τι παρέλοιτο, ἐλθὼν ἂν πρὸς αὐτὸν ἐσήμαινε τὸ γεγενημένον· ὁ δὲ ἔπεμπε τοὺς ἐπισκεψομένους καὶ ἀναμετρήσοντας ὅσῳ ἐλάσσων ὁ χῶρος γέγονε, ὅκως τοῦ λοιποῦ κατὰ λόγον τῆς τεταγμένης ἀποφορῆς τελέοι. [3] Δοκέει δέ μοι ἐνθεῦτεν [[wikt:en:geometry|'''γεωμετρίη''']] εὑρεθεῖσα ἐς τὴν '''Ἑλλάδα''' ἐπανελθεῖν· πόλον μὲν γὰρ καὶ [[wikt:en:γνώμονας#Greek|'''γνώμονα''']] καὶ τὰ [[wikt:en:δυώδεκα|'''δυώδεκα''']] [[wikt:en:μέρος|'''μέρεα''']] τῆς [[wikt:en:ἡμέρα|'''ἡμέρης''']] παρὰ [[wikt:en:Βαβυλών#grc-nom-pr|'''Βαβυλωνίων''']] ἔμαθον οἱ '''Ἕλληνες'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. CIX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres m’ont dit encore que ce ''roi'' partagea la contrée entre tous les ''Égyptiens'', donnant à chacun un égal carré de terre; qu’il établit en conséquence ses revenus, fixant la redevance à payer par chacun annuellement. Si le fleuve venait à emporter quelque partie de l’héritage d’un habitant, celui-ci allait trouver le roi et lui déclarait ce qui était advenu. '''Sésostris''' [[w:en:Sesostris|(en)]] [[#Sésostris|<span id="Sésostris_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] alors envoyait des inspecteurs pour mesurer de combien le champ était diminué, afin que l’impôt fût réduit, et perçu en proportion de ce qu’il en restait. Il me semble que la ''géométrie'' [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] fut inventée à cette occasion, et qu’elle passa d’Égypte en ''Grèce''. Quand au [[w:Cadran_antique|''cadran solaire'']], au [[w:Gnomon|''gnomon'']] [[#gnomon|<span id="gnomon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et aux [[w:Heure_ancienne|''douzes divisions du jour'']], les ''Grecs'' les ont reçus des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f137.item ''Livre II — EUTERPE, CIX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sésostris_back|<span id="Sésostris"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σέσωστρις / Sésōstris [[wikt:en:Σέσωστρις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de l’Égypte ancienne qui, selon Hérodote, a mené une expédition militaire dans certaines parties de l’Europe. Dans l’[[w:Ægyptiaca|Ægyptiaca]] (Histoire de l’Égypte) de [[w:Manéthon_de_Sebennytos|Manéthon]], un pharaon appelé "Sésostris" occupait la même position que le pharaon connu Sésostris III de la douzième dynastie, et son nom pourrait être une déformation de Senusret/Senwosret/Senwosri. Il est probable que le Sésostris d’Hérodote soit basé sur [[w:Sésostris_III|Sésostris III]], avec potentiellement des ajouts de souvenirs d’[[w:Sésostris|''autres pharaons homonymes'']] de la même dynastie, ainsi que de [[w:Séthi_Ier|Séthi I<sup>er</sup>]] et [[w:Ramsès_II|Ramsès II]] de la XIX<sup>ème</sup> dynastie, beaucoup plus tardive.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gnomon_back|<span id="gnomon"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:γνώμων#Grec_ancien|γνώμων / gnōmōn]] [[wikt:en:γνώμων#Ancient_Greek|(en)]] [[w:Gnomon_(homonymie)|<sup>📚</sup>]], « (Choses) Indicateur : • Aiguille d’un cadran solaire; • Règle en équerre, équerre; • Gnomon, parallélogramme complémentaire d’un autre parallélogramme ou d’un triangle; • Les cinq premiers nombres impairs dans la doctrine pythagoricienne. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:γιγνώσκω#Grec_ancien|γιγνώσκω / gignṓskō]] [[wikt:en:γιγνώσκω#Ancient_Greek|(en)]], « (Au propre) Apprendre, connaître. Se rendre compte. Comprendre, reconnaître. (Par suite) Se faire une opinion, juger, penser. Prendre une décision, décider, résoudre. Connaître, avoir des relations intimes. Faire connaitre, rendre connu, célébrer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Un [[w:Gnomon|gnomon]] est un instrument astronomique qui visualise par son ombre les déplacements du Soleil sur la voute céleste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• En géométrie, un [[w:Gnomon_(géométrie)|gnomon]] est une figure plane formée en enlevant un parallélogramme d’un coin d’un plus grand parallélogramme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Étant donnée une suite de [[w:Nombre_figuré|''nombres figurés'']], le gnomon est une disposition de points dans un plan, représentant un [[w:Nombre_gnomonique|nombre]], et formant un modèle qui permet d’obtenir par juxtaposition à la figure correspondant à un nombre figuré de la suite, la figure d’un nombre de rang suivant. Ce procédé est décrit dans l’article sur les nombres figurés, dans lequel des nombres carrés sont construits à partir du gnomon d’un [[w:Parité_(arithmétique)|''nombre impair'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Outre, disaient les prêtres, que ledit roi '''Sésostris''' avait départi l’Égypte à tous les ''Égyptiens'', baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes et censives [[#censives_NdT|<span id="censives_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; mais avenant que la rivière gagnât sur la portion de quelqu’un, cestui devait avoir recours vers le roi, et faire entendre sa perte. Adonc étaient envoyés commissaires pour visiter les lieux et mesurer la diminution, afin que le tenancier ne payât dorénavant qu’au prorata [[#prorata_NdT|<span id="prorata_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Par cet acensement, comme je pense, fut inventée ''géométrie'', et de là a été apportée en ''Grèce'' : car, quant est de l’élévation du pôle, de l’usage du quadrant et de la division du jour en douze parts, les ''Grecs'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#censives_NdT_back|<span id="censives_NdT"><sup>1</sup></span>]] Redevances annuelles. — [[#prorata_NdT_back|<span id="prorata_NdT"><sup>2</sup></span>]] En proportion de ce qui restait.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000201# ''Livre Second. EUTERPE. CIX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres me dirent encore que ce même roi fit le partage des terres, assignant à chaque ''Égyptien'' une portion égale de terre, et carrée, qu’on tirait au sort ; à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une certaine redevance, qui composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu’un une partie de sa portion, il allait trouver le roi, et lui exposait ce qui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs pour voir de combien l’héritage était diminué, afin de ne faire payer la redevance qu’à proportion du fonds qui restait. Voilà, je crois, l’origine de la ''géométrie'', qui a passé de ce pays en Grèce [[#origine_géométrie_NdT_P-H_L|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. À l’égard du ''gnomon'' du pôle, ou ''cadran solaire'', et de la division du jour en douze parties, les ''Grecs'' les tiennent des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#origine_géométrie_NdT_P-H_L_back|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Pamphile raconte que Thalès de ''Milet'' apprit la ''géométrie'' des ''Égyptiens'' et qu’il en apporta la connaissance en ''Grèce''. ([[w:Diog%C3%A8ne_La%C3%ABrce|Diogène Laërce]], liv. 1.).</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. CIX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Outre disoyent les prestres que ledict Roy '''Sesostris''' auoit departy l’Egypte à tous les ''Egyptiens'',baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes & censiues, mais auenant que la riuiere gaignast sur la portion de quelcun, cestuy deuoit auoir recours vers le Roy,& faire entendre sa perte. Adonq’estoyent enuoyez commissaires pour visiter les lieux & mesurer la diminution,à fin que le tenancier ne payast doresnauant qu’au prorata. Par cest acensement (comme ie pense) fut inuentee ''Geometrie'',& de la a esté apportee en ''Grece'':car quand est de l’eleuation du Pol, de l’vsage du quadrát,& de la diuision du iour en douze parts,les ''Grecz'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA108#v=onepage&q&f=true ''p.108.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon|<span id="Platon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:428_av._J.-C.|-428]]/[[w:427_av._J.-C.|-427]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athènes'']] — [[w:348_av._J.-C.|-348]]/[[w:347_av._J.-C.|-347]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Athènes'') [[s:Auteur:Platon|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA630#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §195 - Platon}}] [[Fichier:Plato_Silanion_Musei_Capitolini_MC1377.jpg|vignette|Portrait de Platon. Marbre blanc à grain fin [[w:Marbre_de_Carrare|{{Info|<sup>?</sup>|ou du marbre Lini ou de Carrare}}]] (hauteur 34 cm), copie romaine du Ier siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}} du portrait exécuté par [[w:Silanion|Silanion]] pour l’[[w:Académie_d%27Athènes|''Académie d’Athènes'']] vers [[w:370_av._J.-C.|-370]] [https://exhibits.museogalileo.it/archimedes/object/PortraitPlato.html?_ga=2.19009328.982857860.1650384257-946673427.1650384257 (en)].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Area_sacra|''aire sacrée du Largo Argentina'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Second étage de la [[w:Musées_du_Capitole#Centrale_Montemartini|Centrale Montemartini]], [[w:Centrale_Montemartini#Salle_des_Machines|Sala Macchine]] [https://www.rome-roma.net/centrale-montemartini/visite-et-photos-de-la-centrale-montemartini/#Sala_Macchine <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], citoyen de la [[w:D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne|''démocratie'']] [[#démocratie|<span id="démocratie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Athènes#Antiquité|''athénienne'']] [[#Athènes|<span id="Athènes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], fondateur de l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie|<span id="Académie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA693#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I - Annexe : Académie, Topographie et archéologie}}] à ''Athènes'' et disciple de '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate|<span id="Socrate_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> <span id="Xénophon_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Platon|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Platon_back|<span id="Platon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πλάτων / Plátôn [[wikt:en:Πλάτων#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif πλατύς / platús [[wikt:en:πλατύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Large. 2. Plat, de niveau. 3. Large d'épaules. 4. Bien avancé (des saisons). 5. Large, fort. 6. Diffusé. 7. Répandu, fréquent. 8. (substantif féminin) • Rue (généralement d’une rue principale); • Plat de la main; • Type de plat ou de tasse; • Large bande ou bordure. 9. Salé, saumâtre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#démocratie_back|<span id="démocratie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:δημοκρατία#Grec_ancien|δημοκρατία / dēmokratía]], « (politique, indénombrable) démocratie, régime populaire; (dénombrable) un gouvernement démocratique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -κρατία / -kratía [[wikt:en:-κρατία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κρᾰ́τος / krátos, « Puissance, force. Acte de force, acte de bravoure. (au pluriel) actes de violence. Domination, pouvoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Régime politique mis en place progressivement dans la cité d’Athènes dans la Grèce antique autour du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Bien que la [[w:Démocratie_athénienne|''démocratie athénienne'']] soit aujourd’hui considérée comme ayant été une forme de [[w:Démocratie_directe|''démocratie directe'']], elle faisait coïncider plusieurs [[w:Démocratie_athénienne#Les_institutions_politiques|organisations politiques]] très différentes :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La [[w:Boulè#La_Boulè_d’Athènes_:_une_institution_évoluant|Boulè]] regroupant environ 500 citoyens tirés au sort, est chargés de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• l’[[w:Ecclésia#À_Athènes|Ecclésia]] est l’Assemblée des [[w:Citoyenneté#Grèce_antique|citoyens]] qui :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− vote des lois, le budget, la paix ou la guerre, l’[[w:Ostracisme|ostracisme]],<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− tire au sort les [[w:Bouleutes|Bouleutes]] (membres du conseil), les [[w:Héliastes|Héliastes]] [[w:Archonte#Grèce_antique|{{Info|<sup>?</sup>|ou éluent par tirage au sort par les archontes}}]] (membres des tribunaux), les 10 [[w:Archonte#Grèce_antique|Archontes]] (magistrats dirigants)<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− et élit les 10 [[w:Stratège#Grèce_classique|Stratèges]] (magistrats militaires).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La Magistrature, comprenant environ 700 magistrats (choisis par élection, désignation, ou par tirage au sort), gèrent les affaires courantes et veillent à l’application des lois. Ils doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale, aucune magistrature n’étant légalement en état de développer un pouvoir personnel, ce qui est censé éviter le retour à la tyrannie.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Aréopage#Époque_classique_:_le_conseil_de_l’Aréopage|Aréopage]], composé d’environs 150 anciens archontes avant qu’ils ne fussent tirés au sort, a pour but premier de conserver les lois, c’est-à-dire de veiller au respect de la constitution, et a donc à cette fin des pouvoirs judiciaires très étendus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Héliée|Héliée]], composé de 6 000 citoyens, toujours âgés de plus de 30 ans et répartis en dix classes de 500 citoyens (1 000 restant en réserve) tirés au sort chaque année, est le tribunal populaire.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Athènes_back|<span id="Athènes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ἀθῆναι#Grec_ancien|Ἀθῆναι / Athênai]]; pluriel de [[wikt:Ἀθήνη#Grec_ancien|Ἀθήνη / Athḗnē]], « (Mythologie) [[w:Athéna|Athéna]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers -800 par le [[w:Synœcisme|''synœcisme'']] de plusieurs villages — à l’initiative de [[w:Thésée|Thésée]], selon [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre2.htm#XV <sup>HdlGdP ''l.''II. §15</sup>] —, la cité domine la Grèce au cours du [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|I<sup>er</sup> millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elle connaît son âge d’or au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], dirigée par le [[w:Stratège|stratège]] [[w:Périclès|Périclès]] [[#Périclès_back|<sup>⤵️</sup>]] : principale puissance militaire de Grèce, à la tête d’une vaste alliance de cités, appelée [[w:Ligue_de_Délos|Ligue de Délos]], elle est également le cœur culturel de la Méditerranée.<br />[[File:1784_Bocage_Map_of_the_City_of_Athens_in_Ancient_Greece_-_Geographicus_-_AthensPlan2-white-1793.jpg|thumb|center|upright=2.0|Plan de 1784 d’Athènes et de l’Acropole, avec l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [https://www.google.com/maps/dir/Plato's+Academy+Park,+Monastiriou+138-140,+Athina+104+42,+Gr%C3%A8ce/Lyc%C3%A9e+d'Aristote,+Rigillis+11,+Athina+106+75,+Gr%C3%A8ce/@37.9848964,23.7045845,4266m/data=!3m1!1e3!4m14!4m13!1m5!1m1!1s0x14a1bd7619805c6d:0x1e043414dee5198a!2m2!1d23.706985!2d37.9936003!1m5!1m1!1s0x14a1bd41165f81af:0xdfffb6294b6d707e!2m2!1d23.7433833!2d37.9752315!3e2?entry=ttu {{Info|<sup>🔍</sup>|Positions actuelles des sites archéologiques de l’Académie et du Lycée.}}] (Un plan plus complet et actuel est disponible [https://www.worldhistory.org/image/16191/the-acropolis-and-ancient-athens/ ici]).]]<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Académie_back|<span id="Académie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀκᾰδημῐ́ᾱ / Akadēmíā [[wikt:en:Ἀκαδημία#Ancient_Greek|(en)]], ''étymologie incertaine''; potentiellement de [[w:Académos|Ἀκάδημος / Akádēmos ou de Ἑκάδημος / Hekádēmos]], un héro athénien qui aurait sauvé Athènes en révélant l’emplacement d’[[w:Hélène_(mythologie)#Origine_et_jeunesse|Hélène]], enlevée par [[w:Thésée#Maturité_et_mort|Thésée]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] fondée à l’extérieur des [[w:Longs_Murs|''murs'']] de la ville d’Athènes [[#Athènes|<sup>III</sup>]] par Platon vers [[w:387_av._J.-C.|-387]], et qui a perduré jusqu’en [[w:86_av._J.-C.|-86]]. L’Académie est située à l’extrémité ouest de la ville d’Athènes, et à proximité de la rivière ''Céphèse'' (''Cephisos'' sur le plan d’Athènes), elle est maintenant recouverte par la route nationale à l’ouest et s’étend jusqu’à Kolonos Hippios au nord, cette zone faisait autrefois partie de l’ancienne oliveraie sacré [https://web.archive.org/web/20190530223457/https://www.culture.gr/DocLib/filladio_akplaton.pdf {{Info|<sup>🔍 pp.24-26</sup>|Brochure intitulée « Académie de Platon » de l’Éphorie des Antiquités d’Athènes (Ministère de la Culture et des Sports, Athènes, 2015)}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Socrate_back|<span id="Socrate"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Σωκράτης#Grec_ancien|Σωκρᾰ́της / Sōkrátēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif σῶς / sôs [[wikt:en:σῶς#Ancient_Greek|(en)]], « sain et sauf, bien vivant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ κράτος / krátos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de troisième déclinaison [[wikt:en:Appendix:Ancient_Greek_third_declension|(en)]] -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'', citoyen de la ''démocratie'' [[#démocratie|<sup>II</sup>]] ''athénienne'' [[#Athènes|<sup>III</sup>]], connu comme l’un des créateurs de la [[w:Philosophie_morale|''philosophie morale'']]. Socrate n’a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, [[w:Platon|Platon]] [[#Platon|<sup>I</sup>]] et [[w:Xénophon|Xénophon]] [[#Xénophon|<sup>VI</sup>]], ont notablement œuvré à maintenir l’image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_460_av._J.-C.|-469/-468]], [[w:Alopèce|''Alopèce'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — [[w:Années_390_av._J.-C.|-399]], [[w:Procès_de_Socrate|''condamné à mort'']], par ingestion de [[w:Grande_ciguë|ciguë]], par le tribunal de l’[[w:Héliée|Héliée]] [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]], à ''Athènes'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA399#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §98 - Socrate d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Xénophon_back|<span id="Xénophon"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ξενοφῶν#Grec_ancien|Ξενοφῶν / Xenophôn]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt: ξένος#Grec_ancien|ξένος / xénos]], « 1. Étranger, qui n’est pas du pays. 2. Étranger à une chose, qui ne connaît pas quelque chose. 3. Étrange, insolite, étonnant, surprenant. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun [[wikt:φωνή#Grec_ancien|φωνή / phōnḗ]], « 1. Son. 2. (En particulier) Son de la voix humaine, cri. 3. Son articulé, voyelle. 4. Discours. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Citoyen ''athénien'', historien [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]], chef militaire et ''philosophe'', élève de Socrate [[#Socrate_back|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_430_av._J.-C.|-430]]/[[w:Années_420_av._J.-C.|-425]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Erchia|''Erchia'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — post [[w:Années_350_av._J.-C.|-355]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA227#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Xénophon d’Erchia}}] </small>'''</td></tr></table> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Protagoras_(Platon)|Protagoras]] [[#Protagoras|<span id="Protagoras_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Protagoras|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Codex Oxoniensis Clarkianus 39'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue entre '''Socrate''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et le [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes|<span id="sophistes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Protagoras|'''Protagoras''']], sur la question de la vertu ou de l’excellence, en s’attachant à définir les parties qui la composent, mais aussi à déterminer si elle peut s’enseigner ou non.</div> <span id="Abdère_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Protagoras|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Protagoras_back|<span id="Protagoras"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Πρωταγόρας#Grec_ancien|Πρωταγόρας / Prōtagóras]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:πρῶτος#Grec_ancien|πρῶτος / prôtos]], « 1. Premier. 2. Premier dans l’ordre. 3. Primaire, primitif, simple. 4. (Mathématiques) Premier, indivisible. 5. (Politique) Relatif à la tête de la société, de la hiérarchie. »; Traditionnellement considéré comme le superlatif de πρό / pró [[wikt:en:πρό#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (de place) avant, devant : • (avec des verbes de mouvement); • avant, devant, dans le but de protéger ou de garder; • plus loin, en avant. 2. (du temps) avant : (chez les écrivains ultérieurs, avec des chiffres). 3. (dans d’autres relations) : • (de préférence) avant, plus tôt, plutôt que; • (de cause ou de motif) pour, hors de, à partir de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορᾱ́ / agorā́]], « 1. Assemblée. 2. Discours devant une assemblée. 3. Lieu de réunion. 4. Place publique. 5. Lieu où siège un tribunal. 6. Marché. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Penseur [[w:Présocratiques|présocratique]] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant et [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes_back|<sup>II</sup>]] autoproclamé :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''[...] je déclare ouvertement que je suis un sophiste et un éducateur, et j’estime ma précaution meilleure que la leur, ma franchise plus sûre que leur dissimulation. Je prends d’autres précautions, d’ailleurs, si bien (les dieux me pardonnent !) que je n’ai jamais souffert aucun inconvénient de ma profession de sophiste.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Protagoras</u>, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/46 ''§317b''], de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''Renommé de son vivant, [[w:Protagoras|Protagoras]] est resté célèbre pour son [[w:Agnosticisme|''agnosticisme'']] avoué :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Quant aux dieux, je ne puis dire s’ils existent ou non ; bien des raisons m’en empêchent, entre autres l’obscurité de la question et la brièveté de la vie humaine.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9protagore1.htm ''Livre IX, Chapitre VIII. Protagoras - ΠΡΩΤΑΓΟΡΑΣ''], de [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''et un certain [[w:Relativisme|relativisme]] :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« L''’homme [...] est la mesure de toutes choses, de l’existence de celles qui existent, et de la non-existence de celles qui n’existent pas.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Théétète</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm#11 ''§152a''], de Platon.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_490_av._J.-C.|-490]], [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']], [[w:Polis|''cité grecque'']] de la [[w:Thrace|''Thrace'']] antique, située près de l’embouchure du fleuve [[w:Nestos|''Nestos'']], en face de l’île de [[w:Thasos_(île)|''Thasos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_420_av._J.-C.|-420]], potentiellement mort lors d’un naufrage en [[w:Mer_Ionienne|''mer ionienne'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1700#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §302 - Protagoras d’Abdère}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#sophistes_back|<span id="sophistes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien σοφιστής / sophistès [[wikt:en:σοφιστής#Ancient_Greek|(en)]], « Un maître de son art. Celui qui est sage, prudent, ''philosophe''. Enseignant, tuteur. (argot, péjoratif) Celui qui profite d’une fausse sagesse : tricheur, escroc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σοφίζω / sophízô [[wikt:en:σοφίζω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rendre sage, instruire : • ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Devenir sage, intelligent, habile; • ([[w:Diathèse#Moyen|''moyen'']]) M’enseigner, apprendre. 2. (''moyen'') Pratiquer un art, être subtil, spéculer : • (''avec accusatif'') Concevoir habilement; • (''avec accusatif de personne'') Tromper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif σοφός / sophós [[wikt:en:σοφός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ingénieux, habile, rusé, capable. 2. Intelligent, sage, prudent. »; ''étymologie indéterminée'';<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du suffixe verbal -ίζω / -ízō [[wikt:en:-ίζω#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal d’agent'']] -τής / -tḗs [[wikt:en:-τής#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Terme désignant à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] (en particulier dans le contexte de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), et en opposition duquel la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] va en partie se développer. Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, les sophistes développent des [[w:Sophisme|raisonnements]] dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Ainsi, dans la contradiction, l’imitation selon l’opinion dans le genre ironique, imitation dépendante de la fantasmagorie, comprise elle-même dans l’art de faire des simulacres, non pas l’art divin, mais l’art humain, qui produit des prestiges à l’aide des discours, telle est “ la race et le sang ” du vrai sophiste : on peut le dire en toute assurance.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Le Sophiste</u>, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/sophiste3.htm#18a ''§268d''], de Platon</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CCCXLIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Liste la plus ancienne des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] de la [[w:Grèce_antique|''Grèce Antique'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[w:Socrate|Σωκράτης]]'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Τοῦτο οὖν αὐτὸ καὶ τῶν νῦν εἰσὶν οἳ κατανενοήκασι καὶ τῶν πάλαι, ὅτι τὸ λακωνίζειν [[wikt:en:Λακωνικός#Ancient_Greek|(en)]] πολὺ μᾶλλόν ἐστιν '''φιλοσοφεῖν''' (« ''aimer la sagesse'' ») ἢ '''φιλογυμναστεῖν''' (« ''aimer la gymnastique'' »), εἰδότες ὅτι τοιαῦτα οἷόν τ' εἶναι ῥήματα φθέγγεσθαι '''[343a]''' τελέως πεπαιδευμένου ἐστὶν ἀνθρώπου. Τούτων ἦν καὶ '''[[w:Thalès|Θαλῆς ὁ Μιλήσιος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Πιττακὸς ὁ Μυτιληναῖος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Βίας ὁ Πριηνεὺς]]''' καὶ '''[[w:Solon|Σόλων]]''' ὁ ἡμέτερος καὶ '''[[w:Cléobule|Κλεόβουλος ὁ Λίνδιος]]''' καὶ '''[[w:Myson_de_Chénée|Μύσων ὁ Χηνεύς]]''', καὶ ἕβδομος ἐν τούτοις ἐλέγετο '''[[w:Chilon|Λακεδαιμόνιος Χίλων]]'''. Οὗτοι πάντες ζηλωταὶ καὶ ἐρασταὶ καὶ μαθηταὶ ἦσαν τῆς '''Λακεδαιμονίων''' [[wikt:en:Λακεδαιμόνιος#Ancient_Greek|(en)]] '''παιδείας''' [[wikt:en:παιδεία#Ancient_Greek|(en)]], καὶ καταμάθοι ἄν τις αὐτῶν τὴν σοφίαν τοιαύτην οὖσαν, ῥήματα βραχέα ἀξιομνημόνευτα ἑκάστῳ εἰρημένα· οὗτοι καὶ κοινῇ συνελθόντες '''[343b]''' ἀπαρχὴν τῆς σοφίας ἀνέθεσαν τῷ Ἀπόλλωνι εἰς τὸν νεὼν τὸν ἐν Δελφοῖς, γράψαντες ταῦτα ἃ δὴ πάντες ὑμνοῦσιν, [[w:Gnothi_seauton|''γνῶθι σεαυτόν'']] (« ''Connais-toi toi-même'' ») καὶ '''μηδὲν ἄγαν''' (« ''Rien de trop'' »).</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Troisième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagorasgrec.htm#342e ''Protagoras, 343a''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Beaucoup d’observateurs, dans le passé comme de nos jours, ont compris que [[w:Laconisme|''laconiser'']] [[#laconiser|<span id="laconiser_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] consistait bien moins à cultiver la [[w:Gymnastique#Grèce_antique|''gymnastique'']] [[#gymnastique|<span id="gymnastique_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] que la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], se rendant compte que prononcer des mots de cette sorte ne pouvait être que le fait d’un homme parfaitement élevé. De ce nombre furent '''Thalès''' de ''Milet'', [[w:Pittacos_de_Mytilène|'''Pittacos''']] [[#Pittacos|<span id="Pittacos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de [[w:Mytilène|''Mitylène'']], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[#Bias_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène_back|<sup>⤴️</sup>]], notre [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon|<span id="Solon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[#Cléobule|<span id="Cléobule_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] de [[w:Lindos|''Lindos'']] [[#Lindos|<span id="Lindos_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''' de ''Chénée'']] [[#Myson_de_Chénée|<span id="Myson_de_Chénée_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]], et un septième, dit-on, [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<span id="Chilon_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA304#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §107 - Cheilon de Sparte}}] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<span id="Lacédémone_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]. Tous ces hommes furent des admirateurs passionnés et des disciples de l’éducation ''lacédémonienne'' [[#liste_7_Sages_NdT_AC|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]]; et ce qui prouve bien que leur science était de même sorte, ce sont les [[w:Apophtegme|''mots brefs et mémorables'']] prononcés par chacun d’eux lorsque, s’étant réunis à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes|<span id="Delphes_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], ils voulurent offrir à '''Apollon''', dans son temple, les prémices de leur sagesse, et qu’ils lui consacrèrent les [[w:Maximes_delphiques|''inscriptions'']] que tout le monde répète, [[w:Gnothi_seauton|« Connais-toi toi-même »]] (''γνῶθι σεαυτόν'') et « Rien de trop » (''Μηδὲν ἄγαν'').</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#liste_7_Sages_NdT_AC_back|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC">1.</span>]] La liste des Sept ''Sages'' est quelque peu flottante, et Platon substitue ici Myson à [[w:Périandre|Périandre]] [[#Périandre|<span id="Périandre_back"><sup>XI</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<span id="Corinthe_back"><sup>XII</sup></span>]]. Mais les personnages que la légende y a fait entrer ont comme trait commun d’être des maîtres de sagesse pratique (plusieurs avaient été des hommes d’état) ; leur groupement est surtout intéressant comme signe de l’esprit positif et réaliste qui apparaît au VIe siècle.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Œuvres_complètes_de_Platon|<u>Œuvres complètes de Platon</u>]], tome III, 1re partie, pp. 20-86, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres_complètes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/110|Protagoras, 343a]]'', traduction par [[w:Alfred_Croiset|Alfred Croiset]], texte établi par Alfred Croiset et Louis Bodin, Les Belles Lettres, 1923</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#laconiser_back|<span id="laconiser"><sup>I</sup></span>]] Du verbe grec ancien Λακωνίζω / Lakônízô, « Laconiser, se comporter comme les Spartiates. » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:Λάκων#Grec_ancien|Λάκων / Lákôn]], « Laconien, de [[w:Laconie#Antiquité|''Laconie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de suffixe verbal [[wikt:-ίζω#Grec_ancien|-ίζω / -ízō]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Imiter les habitudes des [[w:Lacédémoniens|''Lacédémoniens'']], c’est-à-dire parler d’une manière concise, à l’image du peuple ''Spartiate'' dans la ''Grèce antique'' dont c’était la réputation.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gymnastique_back|<span id="gymnastique"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:γυμναστικός#Grec_ancien|γυμναστικός / gumnastikós]], « Gymnastique, d’exercice physique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:en:γυμναστής#Grec_ancien|γυμναστής / gumnastês]], « Entraineur d’athlètes »; + le suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe [[wikt:en:γυμνάζω#Grec_ancien|γυμνάζω / gumnazô]], « S’entrainer, faire de la gymnastique. »; + le suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:γυμνός#Grec_ancien|γυμνός / gumnós]] [[wikt:en:γυμνός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nu : • Non vêtu; • Non couvert (en parlant de choses). 2. Légèrement vêtu : • Sans manteau; • Sans armure, sans armes. »; + le suffixe verbal [[wikt:-άζω#Grec_ancien|-άζω / -ázô]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le [[w:Gymnase_(Grèce_antique)|Gymnase]] désigne l’ensemble des équipements sportifs dont dispose chaque cité pour les exercices du corps. C’est un lieu public, placé sous la surveillance d’un [[w:Gymnasiarchie|''gymnasiarque'']] : à ''Athènes'', il s’agissait d’un citoyen élu par sa [[w:Tribus_(Grèce_antique)|''tribu'']] pour un temps déterminé, et chargé de subvenir aux frais d’entretien des gymnases, de payer les maîtres d’exercices et d’assurer le service des jeux gymniques comme les courses aux flambeaux, les [[w:Lampadédromie|''lampadédromies'']], pour les fêtes et cérémonies. Les athlètes s’entraînaient totalement nus depuis le [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Cet usage a été présenté par [[w:Thucydide|Thucydide]] comme une innovation spartiate, au même titre que l’usage de l’[[wikt:embrocation#Français|''embrocation'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#VI <sup>HdlGdP, ''l.''I, ''§.''VI.</sup>]. Initialement destiné à l’entraînement physique, le gymnase est une institution civique qui joue un rôle essentiel dans la formation de la jeunesse. Cet édifice public et urbain est attesté dans les cités de Grèce dès le [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> De plus, la gymnastique est étymologiquement liée à la notion de nudité, d’absence d combat. En effet, les Jeux Panhelléniques était l’occasion d’une trève sacrée, l’[[w:Écéchiria|''Écéchéirie'']], proclamée afin de permettre aux athlètes et aux spectateurs d’y participer et d’y assister en toute sécurité. Par ailleurs, les Jeux Olympiques étaient, initialement, pratiqués habillés, et Pausanias avance 2 raisons afin d’expliquer les raisons de l’apparition de la nudité chez les athlètes et leurs entraîneurs [https://odysseum.eduscol.education.fr/la-nudite-dans-le-sport-antique-grec <sup>🔍</sup>] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « Le tombeau d’[[w:Orhippos_de_Mégare|'''Orsippus''']] est auprès de celui de '''Coræbus'''. Cet '''Orsippus''', contre l’usage ancien des Athlètes, qui portoient toujours une ceinture dans les jeux publics, gagna tout nu le prix de la course aux jeux Olympiques. On raconte que dans la suite étant devenu général des Mégaréens, il augmenta leur territoire aux dépends de leurs voisins. Je crois qu’il laissa volontairement tomber sa ceinture , sachant bien qu’il étoit plus facile de courir entièrement nu , qu’avec une ceinture. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[s:Auteur:Pausanias|<u>Pausanias, Description de la Grèce</u>]], ''[[s:Page:Description_de_la_Grèce_de_Pausanias,_tome_1,_1814.djvu/339|Livre I - Attique, chapitre XLIV]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/attique.htm#XLIV ici])<br />Selon [[w:Denys_d'Halicarnasse|Denys d’Halicarnasse]], dans ses [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/denys/livre7.htm#XIII <u>Antiquités romaines</u>, ''livre VII, chap. XIII, §V''], [[w:Acanthos_de_Sparte|Acanthus]] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] fut le premier qui mit bas tous ses habits pour courir nu dans les jeux olympiques la ''première année de la quinzième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|olympiade]]'' [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_720_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; d’où l’année -720 pour la première année de la quinzième olympiade.}}].'''<p class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « On trouve sur la route d’[[w:Olympie|Olympie]], avant de traverser l’[[w:Alphée_(fleuve)|Alphée]], une montagne qui, du côté de [[w:Scillonte|Scillonte]], a des rochers très hauts et très escarpés ; on la nomme le mont Typaeos [[w:el:Τυπαίο_όρος|(el)]]. La loi veut chez les [[w:Élée|Éléens]] [[#éléate_back|<sup>⤵️</sup>]], qu’on précipite du haut de cette montagne les femmes qu’on surprend aux jeux Olympiques, ou qui osent seulement traverser l’Alphée pendant les jours où cela leur est défendu. [[w:Kallipateira|'''Callipatira''']] est, disent-ils, la seule femme qui s’y soit laissé prendre ; d’autres la nomment '''Phérénice''', et non '''Callipatira'''. Son mari étant mort avant elle, elle prit tout l’ajustement d'un maître de gymnastique, et conduisit son fils à Olympie pour combattre dans les jeux. '''Pisirodos''' (c’était le nom du jeune homme) ayant remporté le prix, '''Callipatira''', en franchissant la barrière qui tient renfermés les maîtres de gymnastique, laissa reconnaître son sexe. On la renvoya cependant sans la punir, par considération pour son père, ses frères et son fils, qui avaient tous été couronnés aux jeux Olympiques; mais on rendit une loi portant que désormais les maîtres de gymnastique ne se présentassent que nus à ces exercices. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], ''[[s:Pausanias,_Elide-1,_chapitre_VI|Livre V - Elide, chapitre VI]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/elide1.htm#VI ici])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Pittacos_back|<span id="Pittacos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πιττᾰκός / Pittakós [[wikt:en:Πιττακός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Homme d’État et général ''grec''. Il fut choisi comme [[w:Aisymnète|''aisymnète'']] de la ville de ''Mytilène'' pour y restaurer l’ordre et renverser les ennemis de la cité qui avaient à leur tête Antiménide et le poète [[w:Alcée_de_Mytilène|Alcée]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm <sup>Arist. Polit. ''l.''III. ''c.''IX. ''§''5.</sup>]. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#281c <sup>HM. ''§''281c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagoras.htm#343c <sup>Protag. ''§''343c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep1.htm#335e <sup>Rép. ''§''335e.</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_650_av._J.-C.|-650]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Mytilène|''Mytilène'']], dès l’Antiquité, principale cité de l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Solon_back|<span id="Solon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σόλων / Sólōn [[wikt:en:Σόλων#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme d’État, législateur et poète ''athénien''. Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie à ''Athènes'', il a joué un rôle politique important, étant à l’origine d’une série de réformes qui accrurent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique ''athénienne''. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/timee.htm#20e <sup>Timée ''l.''XII. ''§''20e</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:638_av._J.-C.|-638]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:559_av._J.-C.|-559]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cléobule_back|<span id="Cléobule"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun βουλή / boulḗ [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]], « Volonté, vouloir. Décision, conseil. Conseil, sénat ''athénien''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' et ''politicien'' de la Grèce antique, tyran de [[w:Lindos|''Lindos'']], l’une des trois cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:630_av._J.-C.|-630]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à Lindos — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:560_av._J.-C.|-560]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lindos_back|<span id="Lindos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λίνδος / Líndos [[wikt:en:Λίνδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus importantes cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']], située sur la côte est.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Myson_de_Chénée_back|<span id="Myson_de_Chénée"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μύσων ὁ Χηνεύς / Músôn o Khêneús;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« '' [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''']], fils de '''Strymon''', suivant [[w:Hermippe|'''Hermippe''']], cité par [[w:Sosicrate|'''Sosicrate''']], est mis au nombre des sept sages. Il était originaire de Chénée, bourg de l’Oeta [[w:en:Oeta|(en)]] ou de la [[w:Laconie|Laconie]]. Son père exerçait, dit-on, la tyrannie. On prétend aussi qu’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis_back|<sup>⤵️</sup>]] ayant demandé à l’oracle d’Apollon quel homme était plus sage que lui, reçut de la prêtresse cette réponse déjà citée plus haut à propos de [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<sup>VIII</sup>]], dans la vie de '''Thalès''' :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que '''Myson''' , de Chénëe sur l’Oeta, l’emporte sur toi par la sublimité du génie.<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Anacharsis''', vivement piqué par cet oracle, se rendit dans le bourg désigné et trouva '''Myson''' occupé à réparer , en été, le manche de sa charrue. Il lui dit alors : « '''Myson''' ce n’est pas la saison de labourer. — Sans doute, reprit '''Myson''', mais c’est celle de s’y préparer. ». D’autres prétendent que l’oracle était ainsi conçu :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que Myson l’Étéen, etc....<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Et ils se demandent ce que signifie ce mot Étéen. Suivant [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]], Étée est un bourg de Laconie, où était né '''Myson'''. '''Sosicrate''' prétend, dans les Successions [des philosophes] [[w:en:Successions_of_Philosophers|(en)]] que son père était d’Étée et sa mère de Chénée. '''Eutyphron''', fils d’[[w:Héraclide_du_Pont|'''Héraclide de Pont''']], dit qu’il était Crétois, Étée étant une ville de Crète. Enfin [[w:Anaxilaos|'''Anaxilaus''']] le dit originaire d’[[w:Arcadie|Arcadie]].<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_back|<sup>⤵️</sup>]] parle de lui en ces termes : « '''Myson''', qu’Apollon a déclaré le plus sage des hommes ! ».'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Diogène de Laerte</u>, ''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/myson1.htm#01 Livre I, chapitre IX. MYSON - ΜΥΣΩΝ]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Chilon_back|<span id="Chilon"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χίλων / Khílōn ou Χείλων / Kheílōn [[wikt:en:Χείλων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Hist. ''l.''I — Clio. ''c.''LIX.</sup>], originaire de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] et contemporain du roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]] (règne de [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Alcidamas|Alcidamas]], cité par Aristote [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/rheto2.htm <sup>Rhét. ''l.''II. ''c.''XI.</sup>], il était membre du sénat lacédémonien;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pamphila|{{Info|Pamphila|historienne romaine très réputée à son époque et qui vécut sous le règne de l’empereur Néron (règne de 37 à 68)}}]], sur le témoignage de [[w:Sosicrate|Sosicrate]], citée par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/chilon.htm <sup>''l.''I — Chilon.</sup>], il fut premier [[w:Éphore|''éphore'']] pendant qu’Euthydème [[w:en:Euthydemus|(en)]] était [[w:Archonte|''archonte'']], vers la 56<sup>ème</sup> [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_550_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 56ème a eu lieu en -556.}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lacédémone_back|<span id="Lacédémone"><sup>IX</sup></span>]] • Du nom propre grec ancien Λᾰκεδαίμων / Lakedaímōn [[wikt:en:Λακεδαίμων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de Λάκων / Lákōn [[wikt:en:Λάκων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (nom propre) Un laconien, habitant de [[#Laconie|''Laconie'']] ou de ''Lacédémone'', un lacédémonien. 2. (utilisation adjectivale) De ou lié aux Laconiens. 3. Jet de dés. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun δαίμων / daímōn [[wikt:en:δαίμων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Dieu, déesse : • Pouvoir divin, divinité; • Esprit gardien (génie [[wikt:en:genius#Latin|(en)]] latin), et donc son destin, sa destinée, sa fortune. 2. Âme défunte. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe δαίομαι / daíomai [[wikt:en:δαίομαι#Ancient_Greek|(en)]]; première personne du singulier du présent [[wikt:en:Appendix:Glossary#mediopassive|''médiopassif'']] de l’indicatif du verbe δαίω / daíō [[wikt:en:δαίω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ([[w:Transitivité_(grammaire)#Verbes_transitifs|''transitif'']]) Allumer, enflammer, mettre le feu. 2. (''transitif'') Brûler. 3. ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Brûler, flamber. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ ou + du nom commun δᾶμος / dâmos [[wikt:en:δᾶμος#Ancient_Greek|(en)]]; forme [[w:Dorien|''dorique'']] du nom commun δῆμος / dêmos [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terrain : les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Personne ordinaire : (rare) Roturier. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • Gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Mais aussi en grec ancien Σπᾰ́ρτη / Spártē [[wikt:en:Σπάρτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne ville ''grecque'' du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] située sur l’[[w:Eurotas_(fleuve)|''Eurotas'']], dans la plaine de <span id="Laconie">[[w:Laconie|''Laconie'']]</span> [[wikt:en:Λακωνία#Ancient_Greek|(en)]], entre les montagnes [[w:Taygète_(montagnes)|''Taygète'']] et [[w:Parnon|''Parnon'']], elle est l’une des cités-États les plus puissantes de la ''Grèce antique'', avec [[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes'']] et [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']]. Originellement les deux termes avaient une signification différentes :''' <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« ''Privé d’enfants mâles, il <nowiki>[</nowiki>'''[[w:Eurotas_(mythologie)|Eurotas]]'''<nowiki>]</nowiki> laissa son royaume à [[w:Lacédémon|'''Lacédémon''']], qui avait pour mère [[w:Taygète_(Pléiade)|'''Taygète''']] dont la montagne a pris le nom : et pour père, [[w:Jupiter_(mythologie)|'''Jupiter''']], suivant l’opinion commune. '''Lacédémon''' avait épousé [[w:Sparta_(mythologie)|'''Sparte''']], fille d’ '''Eurotas'''. Lorsqu’il fut monté sur le trône, il changea d’abord le nom du pays et de ses habitants, en leur faisant prendre le sien. Il fonda ensuite une ville, et, lui imposant le nom de sa femme, l’appela Sparte : c’est celui que cette cité porte encore.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Pausanias</u>, ''[https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm Description de la Grèce, Livre III - Laconie]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Delphes_back|<span id="Delphes"><sup>X</sup></span>]] Du grec ancien Δελφοί / Delphoí [[wikt:en:Δελφοί#Ancient_Greek|(en)]]; pluriel de [[wikt:δελφύς#Grec_ancien|δελφύς / delphús]], « matrice, giron, creux, utérus »; qui a donné « cochon » (δέλφος / délphos), « dauphin, cochon de mer » (δελφίς / delphís);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Site d’un [[w:Sanctuaire_panhellénique|''sanctuaire panhellénique'']] (honoré par les ''Grecs'' issus de différentes cités), situé au pied du [[w:Mont_Parnasse|''mont Parnasse'']], en [[w:Phocide|''Phocide'']], où parle l’oracle d’[[w:Apollon|Apollon]] à travers sa prophétesse, la [[w:Pythie|Pythie]] qui était assise dans une salle du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] et parlait au nom du dieu. [[w:Delphes|''Delphes'']] abrite également l’[[w:Omphalos|Omphalos]], symbole du centre du monde matérialisé par une pierre sacrée ou [[w:Bétyle|bétyle]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Périandre_back|<span id="Périandre"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περῐ́ᾰνδρος / Períandros [[wikt:en:Περίανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition περῐ́ / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils du tyran [[w:Cypsélos|Cypsélus]], et second tyran de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<sup>XII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Corinthe_back|<span id="Corinthe"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κόρῐνθος / Kórinthos [[wikt:en:Κόρινθος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κόρῠς / kórus [[wikt:en:κόρυς#Ancient_Greek|(en)]], « casque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité-État située sur l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], l’étroite bande de terre qui relie le [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] à la Grèce continentale, entre ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>IX</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme certains l’avaient déjà fait autrefois, que l’institution lacédémonienne repose beaucoup plus sur le goût de la ''philosophie'' que sur le goût de la gymnastique, parce que le talent de trouver des traits pareils n’appartient qu’à des gens d’une éducation parfaite. De ce nombre étaient '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacos''' de ''Mytilène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Mison''' de ''Khéné'' et '''Chilon''' de ''Lacédémone'' qui passait pour être le septième de ces sages. Tous furent des émules, des partisans et des sectateurs de l’éducation ''lacédémonienne'', et il est facile de voir que leur sagesse ressemblait à celle des ''Lacédémoniens'' par les sentences concises et dignes de mémoire attribuées à chacun d’eux. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à '''Apollon''' les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de ''Delphes'' ces maximes qui sont dans toutes les bouches Connais-toi toi-même et Rien de trop.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_complètes_de_Platon,_traduites_par_Émile_Chambry|Œuvres complètes de Platon]], Ion, Lysis, Protagoras, Phedre, Le Banquet</u>, ''[[s:Protagoras_(trad._Chambry)|Protagoras]]'', traduites en français par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Garnier frères, 1919.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme déjà anciennement, que l’institution ''lacédémonienne'' consiste beaucoup plus dans l’étude de la sagesse que dans les exercices de la gymnastique ; car il est évident que le talent de prononcer de pareilles sentences suppose en ceux qui le possèdent une éducation parfaite. De ce nombre ont été '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacus''' de ''Mitylène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Myson''' de ''Chêne'' [[#Myson_de_Chêne_NdT_VC|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et '''Chilon''' de ''Lacédémone'', que l’on compte pour le septième de ces sages. Tous ces personnages ont admiré, aimé et cultivé l’éducation ''lacédémonienne'' ; et il est aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des ''Spartiates'', par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent les prémices de leur sagesse à '''Apollon''', dans son temple de ''Delphes'', y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Myson_de_Chêne_NdT_VC_back|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Myson, Diogène de Laerte, I, 106. — ''Chêne'' était un bourg du mont ''Oéta''. Myson occupe ici parmi les sept sages la place de Périandre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Troisième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_III_et_IV.djvu/91|Protagoras, 343a]]'', traduites par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:La_République|La République]] [[#République|<span id="République_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_République|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue de '''Platon''' portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA République|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#République_back|<span id="République"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin rēspūblica [[wikt:en:respublica#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:res#Latin|rēs]] [[wikt:en:res#Latin|(en)]], « 1. Chose, objet, affaire (sens vague précisé par un adjectif). 2. Fait, ce qui est fait, réalité. 3. Le faire : art, profession, métier, carrière. 4. Le faire : travail, soin, occupation, peine, difficulté. 5. Fait, événement, affaire, action, entreprise, exécution, combat, opération (militaire) ; hauts faits, exploits. 6. Faits historiques, la [[wikt:geste#Nom_commun_2|geste]], l’histoire. 7. Circonstance, occasion; situation, cas, condition, position, état des choses. 8. Avoir, biens, propriété, fortune, richesses. 9. Utilité, intérêt, avantage, profit. 10. Affaire, rapport, relation, commerce. 11. Faits dont on parle : sujet, débat, point de discussion, question, litige, contestation, procès. 12. Motif, raison, cause; but, fin. 13. Moyen, manière. 14. État, puissance, pouvoir, par ellipse du composé [[wikt:res_publica#Latin|res publica]], [[wikt:respublica#Latin|respublica]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif latin [[wikt:publicus#Latin|pūblĭcus]] [[wikt:en:publicus#Latin|(en)]], « 1. Étatique, qui concerne l’État, qui se fait au profit de l’État, qui se fait aux frais de l’État. 2. Qui est à l’usage de tous, public, commun, universel, général. 3. Banal, ordinaire, commun, mauvais, vulgaire, bas, trivial. »; </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre X ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> '''Platon''' se livre à la censure de la poésie, par l’excès de force de son pouvoir, son langage séducteur. La poésie, imitative, doit être rejetée absolument, car elle déforme l’esprit de l’auditoire par la transmission de passions qui contaminent l’âme et fait de mauvais citoyens.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre DC.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Il interroge les poètes : [[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère|<span id="Homère_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] n’a jamais été ni chef de guerre, ni conseiller, ni inventeur (au contraire de '''Thalès''' pour ce dernier point).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre DC|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Homère_back|<span id="Homère"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὅμηρος / Hómēros [[wikt:en:Ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]]; identique à ὅμηρος / hómēros [[wikt:en:ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]], « gage, engagement, caution, sûreté, otage »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Légendaire [[w:Aède|''aède'']], dont la paternité des deux poèmes épiques, l’[[w:Iliade|''Iliade'']] et l’[[w:Odyssée|''Odyssée'']], œuvres fondatrices de la littérature grecque antique, lui sont attribués, et dont l’existence est débattue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλὰ δή τις πόλεμος ἐπὶ [[w:Homère|'''῾Ομήρου''']] ὑπ’ ἐκείνου ἄρχοντος ἢ συμβουλεύοντος εὖ πολεμηθεὶς μνημονεύεται;<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Γλαύκων''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδείς.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλ’ οἷα δὴ εἰς τὰ ἔργα σοφοῦ ἀνδρὸς πολλαὶ ἐπίνοιαι καὶ εὐμήχανοι εἰς τέχνας ἤ τινας ἄλλας πράξεις λέγονται, ὥσπερ αὖ '''Θάλεώ''' τε πέρι τοῦ ''Μιλησίου'' καὶ [[w:Anacharsis|'''Ἀναχάρσιος''']] τοῦ ''Σκύθου'';<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδαμῶς τοιοῦτον οὐδέν.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">[600a] Ἀλλὰ δὴ εἰ μὴ δημοσίᾳ, ἰδίᾳ τισὶν ἡγεμὼν παιδείας αὐτὸς ζῶν λέγεται '''῞Ομηρος''' γενέσθαι, οἳ ἐκεῖνον ἠγάπων ἐπὶ [600b] συνουσίᾳ καὶ τοῖς ὑστέροις ὁδόν τινα παρέδοσαν βίου ''῾Ομηρ[[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|{{Info|ικήν|accusatif singulier féminin}}]]'', ὥσπερ [[w:Pythagore|'''Πυθαγόρας''']] αὐτός τε διαφερόντως ἐπὶ τούτῳ ἠγαπήθη, καὶ οἱ ὕστεροι ἔτι καὶ νῦν ''Πυθαγόρ[[wikt:en:-εῖον#Ancient_Greek|ειον]]'' τρόπον ἐπονομάζοντες τοῦ βίου διαφανεῖς πῃ δοκοῦσιν εἶναι ἐν τοῖς ἄλλοις;<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδ’ αὖ, ἔφη, τοιοῦτον οὐδὲν λέγεται. Ὁ γὰρ [[w:Créophylos_de_Samos|'''Κρεώφυλος''']], ὦ '''Σώκρατες''', ἴσως, ὁ τοῦ '''῾Ομήρου''' ἑταῖρος, τοῦ ὀνόματος ἂν γελοιότερος ἔτι πρὸς παιδείαν φανείη, εἰ τὰ λεγόμενα περὶ '''῾Ομήρου''' ἀληθῆ. Λέγεται γὰρ ὡς πολλή τις ἀμέλεια περὶ [600c] αὐτὸν ἦν ἐπ’ αὐτοῦ ἐκείνου, ὅτε ἔζη.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Dixième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm ''La République, Livre X, §§600a-c''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], 1834</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Socrate''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« [600] Mais quelle guerre mentionne-t-on, à l’époque d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui ait été bien conduite par lui, ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Glaucon''']] [[#Glaucon|<span id="Glaucon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Cite-t-on alors de lui, comme d’un homme habile dans la pratique, plusieurs inventions ingénieuses concernant les arts ou les autres formes de l’activité, ainsi qu’on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis|<span id="Anacharsis_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le [[w:Scythes|''Scythe'']] [[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, on ne cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais si '''Homère''' n’a pas rendu de services publics dit-on au moins qu’il ait, de son vivant, présidé à l’éducation de quelques particuliers, qui l’aient aimé au point de s’attacher à sa personne, et qui aient transmis à la [600b] postérité un plan de vie ''homérique'', comme ce fut le cas de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore|<span id="Pythagore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui inspira un profond attachement de ce genre [[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], et dont les sectateurs nomment encore aujourd’hui ''pythagorique'' le mode d’existence par lequel ils semblent se distinguer des autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, là encore, on ne rapporte rien de pareil; car [[w:Créophylos_de_Samo|'''Créophyle''']] [[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] [[#Créophyle|<span id="Créophyle_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], le compagnon d’'''Homère''', encourut peut-être plus de ridicule pour son éducation que pour son nom, si ce qu’on raconte d’'''Homère''' est vrai. On dit, en effet, que [600c] ce dernier fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès voy. [[w:Eduard_Zeller|Zeller]], [[w:Eduard_Zeller#Histoire_de_la_philosophie|Phil. der Griech.]], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k994542s/f285.item.zoom# I, p. 183], n. 2. Certains auteurs attribuent à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier. - Note d’Adam.<br />[[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT"><sup>2</sup></span>]] [[w:Erwin_Rohde|E. Rôhde]] fait justement remarquer que si Pythagore parvint à imposer une règle de vie à de nombreux disciples, qui formèrent, comme on sait, une sorte de confrérie, il le dut moins au prestige de sa philosophie - la mystique des nombres - qui n’était pas absolument nouvelle, qu’à son vigoureux ascendant personnel : « Il fut pour les siens un modèle, un exemple, un guide qui les força à le suivre et à se faire ses émules. Personnalité cen­trale autour de laquelle toute une communauté se rassembla comme par une intime nécessité. De bonne heure ce fondateur de religion apparut comme un surhomme, unique, incomparable… Et dans le souvenir de ses adhérents, Pythagore devint un saint, un dieu à figure humaine, de qui la légende racontait des miracles. » (Psyché, trad. A. Reymond, p. 395). Voy. également les pp. 394-403 de cette même traduction (pp. [https://www.deutschestextarchiv.de/book/view/rohde_psyche_1894?p=446 430]-464 de l’éd. allemande de 1894).<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT"><sup>3</sup></span>]] Certains auteurs, dit le Scoliaste de la République, rapportent que Créophyle était le gendre d’Homère. Son nom, dont Glaucon souligne ici le ridicule, signifie fils de la viande.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Platon. La République</u>, Texte intégral, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep10.htm ''Livre X, 600-c.''], traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12512083/robert_baccou/ Robert Baccou], Garnier frères, 1936</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Robert Baccou de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Glaucon_back|<span id="Glaucon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γλαύκων / Glaúkōn [[wikt:en:Γλαύκων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif γλαυκός / glaukós [[wikt:en:γλαυκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, lumineux. 2. Bleu-vert ou bleu-gris. 3. (de la couleur des yeux) Bleu clair ou gris. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe -ων / -ōn [[wikt:en:-ων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''musicien'', élève de Socrate.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de [[w:Collytos|''Collytos'']] — lieu de décès indéterminé) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA484#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §21 - Glaucon d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Anacharsis_back|<span id="Anacharsis"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Anacharsis|Ἀνάχαρσις / Anácharsis]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Prince ''scythe'' qui, selon la légende, visita la ''Grèce'' à l’époque archaïque, où il se fit remarquer par sa sagesse.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600]], à [[w:Scythie|''Scythie'']] [[#Cyaxare_back|<sup>⤴️</sup>]] — mort d’une flèche tirée par son frère [[w:Idanthyrse|Saulius]], roi des ''Scythes'', pour avoir pratiqué des coutumes étrangères et avoir eu commerce avec les ''Grecs'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/melpomene.htm <sup>Hérod. Hist. l.IV — Melpomène. §§LXXVI.-LXXVII.</sup>]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA176#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §155 - Anacharsis}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Pythagore_back|<span id="Pythagore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πῡθᾰγόρᾱς / Pūthagórās [[wikt:en:Πυθαγόρας#Ancient_Greek|(en)]] :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''[[w:Aristippe_de_Cyrène|'''Aristippe''']] de ''Cyrène'' [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] prétend, dans le traité sur les Physiologues, qu’il fut surnommé '''Pythagore''' parce qu’il révélait la vérité à l’égal d’[[w:Apollon#L’arrivée_à_Delphes|Apollon Pythien]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Diogène_Laërce|<u>Diogène de Laerte</u>]], ''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/8pythagore1.htm#15 Livre VIII, chapitre I. PYTHAGORE - ΠΥΘΑΓΟΡΑΣ]''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun Πῡθῐ́ᾱ / Pūthíā [[wikt:en:Πυθία#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Pythie|''Pythie'']], l’[[w:Divination_grecque|oracle]] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes'' [[#Delphes_back|<sup>⤴️</sup>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ [[w:Πυθώ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pythô ; l’ancien nom de ''Delphes''. 2. Python, le serpent monstrueux qui aurait été tué par ''Apollon Pythien'' à ''Delphes''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe adjectival féminin‎ -ῐος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe [[wikt:ἀγορεύω#Grec_ancien|ἀγορεύω / agoreúō]], « 1. Parler devant une assemblée. 2. Haranguer. 3. Proclamer. 4. Dire (en public). »; [[wikt:dénominal|''Dénominal'']] de [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορά / agorá]], « assemblée »; [[wikt:déverbal|''Déverbal'']] de [[wikt:ἀγείρω#Grec_ancien|ἀγείρω / ageírô]], « assembler, grouper »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Maître de sagesse charismatique et philosophe présocratique, fondateur controversé d’une communauté mi-philosophique mi-politique en Italie du Sud, caractérisée par son mode de vie particulier. Son nom est lié à l’introduction de la croyance en la [[w:Métempsycose|''métempsycose'']] dans le monde grec, mais aussi aux mathématiques, à la philosophie des nombres et à la notion d’harmonie céleste - notions ou domaines qui furent approfondis davantage par ses disciples et [[wikt:épigone|''épigones'']] (penseurs reprenant et prolongeant les idées d’un mouvement passé), les [[w:École_pythagoricienne|''pythagoriciens'']]. Devenue vite légendaire, sa figure inspira plusieurs philosophes, notamment de matrice platonicienne, et sa pensée connut une réception particulièrement longue et variée à travers les siècles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]], à [[w:Samos|''Samos'']], île grecque de la mer Égée située à 40km au nord-ouest de ''Milet'' [[#Milet_back|<sup>⤴️</sup>]] — ca. [[w:Années_490_av._J.-C.|-495]]/[[w:Années_480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Métaponte|''Métaponte'']], dans la région historique de [[w:Lucanie_(région_historique)|''Lucanie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région de la [[w:Basilicate|''Basilicate'']] du sud de l’Italie) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA681#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §333 - Pythagore de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Créophyle_back|<span id="Créophyle"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κρεώφυλος / Kreṓphulos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun κρείων / kreíōn [[wikt:en:κρείων#Ancient_Greek|(en)]], « seigneur, maître, dirigeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun φῡλή / phūlḗ [[wikt:en:φυλή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une union d’individus dans une communauté. 2. Une union basée sur la filiation : tribu, clan. 3. Une union basé sur la localisation : comté. 4. Une division de soldats. »; du verbe φύω / phúō [[wikt:en:φύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire naître, produire, générer, faire croître. 2. (transitif) Engendrer, porter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 6. (intransitif) être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 7. (impersonnel) C’est naturel, ça arrive naturellement [+infinitif = ça …]. 8. Être son lot naturel [+datif = celui de quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète grec archaïque, contemporain d’Homère.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais fait-on mention d’une guerre qui ait eu lieu de son temps et qu’il ait heureusement conduite par lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« D’aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais le donne-t-on pour un homme habile dans les travaux et cite-t-on de lui mainte invention ingénieuse dans les arts ou dans tout autre domaine d’activité, comme on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’'''Anacharsis''' le ''Scythe'' [[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On n’en cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais ce qu’il n’a point fait pour les États, l’a-t-il fait pour les particuliers ? en est-il dont il passe pour avoir dirigé lui-même l’éducation pendant sa vie, qui l’aient aimé pour ses leçons et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''homérique'', comme '''Pythagore''' qui fut extraordinairement aimé pour cela, et dont les sectateurs suivent encore aujourd’hui un régime de vie qu’ils appellent ''pythagorique'', régime qui les distingue de tous les autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne rapporte non plus, dit-il, aucun souvenir de ce genre ; car Créophyle [[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], le disciple d’'''Homère''', '''Socrate''', est moins ridicule peut-être pour son nom que pour son éducation, s’il en faut croire ce qu’on dit sur '''Homère'''. On dit en effet qu’il fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès, voir [[w:Joseph_Bidez|J. Bidez]], ''Les premiers philosophes grecs techniciens et expérimentateurs'' (extrait du ''Flambeau'' 1921), p. 9 sqq. On attribuait à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Platon parle de Créophyle comme d’un ami ou d’un disciple d’Homère ; d’autres, y compris le scholiaste, prétendent qu’il était son gendre. Le poème épique de la ''Prise d’Œchalie'' est attribué à Créophyle par [[w:Callimaque_de_Cyrène|Callimaque]] [[#Callimaque_back|<sup>⤵️</sup>]] ; selon une autre tradition, Créophyle reçut le poème d’Homère lui-même en récompense de son hospitalité. Son nom signifie : Carnigena, ''fils de la viande''.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:La_République_(trad._Chambry)|<u>Platon. Œuvres Complètes. Tome X. La République.</u>]], [[s:La_République_(trad._Chambry)/Livre_X#3.|''Livre X'']], 600-c., traduit par [[s:Auteur:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Librairie Garnier Frères, 1934</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Fait-on mention de quelque guerre heureusement conduite par Homère lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Nullement.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Ou bien encore, ce qu’aurait dû faire un homme habile, s’est-il signalé par beaucoup d’inventions utiles dans les arts ou autres métiers, comme on le dit de '''Thalès''' de ''Milet'', et du ''Scythe'' '''Anacharsis''' [[#Platon_Rép_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_VC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne raconte de lui rien de semblable.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Si '''Homère''' n’a rendu aucun service au public, en a-t-il du moins rendu aux particuliers ? Dit-on qu’il ait présidé pendant sa vie à l’éducation de quelques jeunes gens qui se soient plu à l’accompagner, et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''Homérique'', comme '''Pythagore''', à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes ''Pythagorique'' ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, '''Socrate''', on ne dit rien de pareil d’'''Homère'''. '''Créophyle''' [[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son compagnon, a dû être encore plus ridicule pour ses mœurs que pour le nom qu’il portait. On dit en effet qu’'''Homère''', pendant sa vie même, fut étrangement négligé par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_VC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Thalès de ''Milet'', Hérodote, I [[#Clio_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; Aristote, Polit., I [[#Politique_back|<sup>'''⤵️'''</sup>]], 2 ; et [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm Diogène de Laërce, I], 24 et sqq.; sur Anacharsis, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/anacharsis1.htm Diogène de Laërce, I], 105.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Le nom de Créophyle se compose des mots ''viande'' et ''race''. Il paraît qu’il circulait dans l’antiquité des traditions peu honorables pour ce personnage, auxquelles Platon fait ici allusion. Il en est parvenu jusqu’à nous quelques-unes, fort incohérentes, sur ses relations avec Homère, soit comme son gendre ou son hôte, soit comme ayant reçu en don un de ses poèmes, qu’il aurait, après la mort de l’auteur, publié sous son propre nom. Voyez [[w:Johann_Albert_Fabricius|Fabricius]], Bibl. Gr., I, 4.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, [[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_IX_et_X.djvu/405|Tome Dixième]], ''[[s:Page%3APlaton_-_Œuvres%2C_trad._Cousin%2C_IX_et_X.djvu/651|La République, 600a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Rey et Gravier, Librairies, 1834<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm#03a '''ici'''] et [https://archive.org/details/bub_gb_pfoSFuT61LIC/page/n251/mode/2up '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Théétète_(Platon)|Théétète]] [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Théétète|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Dialogue de '''Platon''' sur la recherche d’une définition de la science par '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et '''[[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]]''' [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> <span id="Mathématiques_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Théétète|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théétète_back|<span id="Théétète"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεαίτητος / Theaítētos [[wikt:en:Θεαίτητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ l’adjectif αἰτητός / aitētós [[wikt:en:αἰτητός#Ancient_Greek|(en)]], « demandé, requis »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe αἰτέω / aitéō [[wikt:en:αἰτέω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (généralement transitif [[wikt:en:Appendix:Glossary#transitive|(en)]]) Demander, implorer, exiger, mendier [+accusatif = quelque chose], [+deux accusatifs = quelque chose de quelqu’un] ou avec objet omis. 2. (moyen [[wikt:en:Voice_(grammar)#Middle|(en)]], transitif) Demander pour soi-même, pour son propre usage ou but, réclamer. 3. ([[wikt:Voix_passive|passif]], de personnes) Se faire mendier une chose. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''Mathématicien'']] [[#Mathématiques|<sup>II</sup>]] grec dont l’œuvre nous est transmise par [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], son condisciple auprès de [[w:Socrate|Socrate]], et élève du mathématicien [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|Théodore]] [[#Théodore_back|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_415_av._J.-C.|-415]], ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_394_av._J.-C.|-394]] ou [[w:Années_369_av._J.-C.|-369]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort des suites d’une [[w:Dysenterie#Histoire|''dysenterie'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm <sup>Plat. Théét. 142a,b.</sup>] contractée soit (opinion dominante au XIX<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) lors de la de la [[w:Bataille_de_Némée|''bataille de Némée'']] (-394), au début de la [[w:Guerre_de_Corinthe|''guerre de Corinthe'']], où les hoplites ''athéniens'' furent engagés au sein de la coalition anti-''spartiate''; soit (opinion dominante actuelle) lors de la bataille que livrèrent les ''Athéniens'', alliés aux ''Lacédémoniens'', pour défendre ''Corinthe'' contre une attaque des ''Thébains'' (-369)) [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA844#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §32 - Théétète d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mathématiques_back|<span id="Mathématiques"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μαθηματικός / mathematikos [[wikt:en:μαθηματικός#Noun|(en)]], « 1. mathématicien.ne. 2. (école pythagoricienne) Étudiant avancé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:μάθημα#Grec_ancien|μάθημα / máthēma]], « 1. Étude, science, connaissance, chose apprise. 2. (Au pluriel) Les sciences mathématiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ dérivé du verbe μανθάνω / manthánô, « 1. Apprendre : • Étudier, s’instruire ; • (à l’[[w:Aoriste|''aoriste'']] et au parfait) Avoir appris, s’être habitué à, avoir coutume de ; • Apprendre par cœur ; • S’informer de ; (aoriste) Être informé de, avoir appris, savoir. 2. S’apercevoir de : • Remarquer ; • (aoriste 2) Avoir remarqué, se rendre compte. 3. (par suite) Comprendre. »);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal neutre, sur base verbale, [[wikt:-μα#Grec_ancien|-μα / -ma]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]], « -ic »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Discipline théorique issue de la période [[w:Époque_archaïque|''archaïque'']], et développée tout au long des périodes [[w:Époque_hellénistique|''hellénistique'']] et [[w:Rome_antique|''romaine'']], qui se différencie de celle des civilisations précédentes par l’utilisation de ''raisonnement déductif'' [[w:en:Deductive_reasoning|(en)]] comme [[w:Démonstration_(logique_et_mathématiques)|''preuve'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]], sur les rives de la ''Méditerranée'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la chute dans un puits de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Ὥσπερ καὶ [[wikt:en:Θαλῆς|'''Θαλῆν''']] ἀστρονομοῦντα, ὦ [[wikt:en:Θεόδωρος|'''Θεόδωρε''']], καὶ ἄνω βλέποντα, πεσόντα εἰς [[wikt:en:φρέαρ|'''φρέαρ''']], [[wikt:en:Θρᾷττα|'''Θρᾷττά''']] τις [[wikt:en:ἐμμενετός|'''ἐμμελὴς''']] καὶ χαρίεσσα θεραπαινὶς ἀποσκῶψαι λέγεται ὡς τὰ μὲν ἐν [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|'''οὐρανῷ''']] προθυμοῖτο εἰδέναι, τὰ δ' ἔμπροσθεν αὐτοῦ καὶ παρὰ [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|'''πόδας''']] λανθάνοι αὐτόν. ταὐτὸν δὲ ἀρκεῖ σκῶμμα ἐπὶ πάντας ὅσοι ἐν φιλοσοφίᾳ διάγουσι. τῷ γὰρ ὄντι τὸν τοιοῦτον ὁ μὲν πλησίον καὶ ὁ γείτων λέληθεν, οὐ μόνον ὅτι πράττει, ἀλλ' ὀλίγου καὶ εἰ ἄνθρωπός ἐστιν ἤ τι ἄλλο θρέμμα· τί δέ ποτ' ἐστὶν ἄνθρωπος καὶ τί τῇ τοιαύτῃ φύσει προσήκει διάφορον τῶν ἄλλων ποιεῖν ἢ πάσχειν, ζητεῖ τε καὶ πράγματ' ἔχει διερευνώμενος. μανθάνεις γάρ που, ὦ '''Θεόδωρε'''· ἢ οὔ;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Deuxième, ''[https://el.wikisource.org/wiki/%CE%98%CE%B5%CE%B1%CE%AF%CF%84%CE%B7%CF%84%CE%BF%CF%82#p.174a Théétète, 174a]'', textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">L’exemple de '''Thalès''' te le fera comprendre, [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|'''Théodore''']] [[#Théodore|<span id="Théodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de [[w:Thrace|''Thrace'']] [[#Thrace|<span id="Thrace_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à ''philosopher'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, '''Théodore'''; ne comprends-tu pas ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Livre:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu|Platon - Théétète Parménide]]</u>, ''[[s:Page:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu/110|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], GF-Flammarion, 1967</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Chambry de 1967|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théodore_back|<span id="Théodore"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Θεόδωρος [[wikt:en:Θεόδωρος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ Κυρηναῖος [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]] / Theódoros ὁ Kirinaῖos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Histoire_de_la_g%C3%A9om%C3%A9trie|''Géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''mathématicien'']] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]], maître du jeune [[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]] [[#Théétète_back|<sup>⤴️</sup>]], célèbre pour sa contribution de l’énonciation du critère de l’[[w:Commensurabilité_(mathématiques)|''incommensurabilité'']], et donc de la découverte des [[w:Nombre_irrationnel|''nombres irrationnels'']].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]]/[[w:Années_465_av._J.-C.|-465]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] — ''post.'' [[w:Années_399_av._J.-C.|-399]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA972#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §56a - Théodore de Cyrène}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Thrace_back|<span id="Thrace"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾴκη / Thrā́ikē [[wikt:en:Θρᾴκη#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun Θρᾷξ / Thrâix [[wikt:en:Θρᾷξ#Ancient_Greek|(en)]], « un Thrace, un habitant de Thrace »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Territoire situé entre les rivières [[w:Morava_(Serbie)|''Margos'']] ([[w:Golijska_Moravica|''Morava serbe'']]) et Axios ([[w:Vardar|''Vardar'']]) à l’ouest, la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] au sud, le [[w:Mer_Noire|''Pont-Euxin'']] (la ''mer Noire'') à l’est et les [[w:Carpates|''Carpates'']], ainsi que dans le nord-Ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']]. Les [[w:Thraces|''Thraces'']] ([[w:XXXe_siècle_av._J.-C.|XXX<sup>ème</sup>]] — [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}) constituaient un ensemble de peuples de [[w:Langues_paléo-balkaniques|langues ''paléo-balkaniques'']] partageant un ensemble de croyances, un mode de vie et une même langue souche avec des variantes et dialectes.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte de '''Thalès''', '''Théodore''', que tout occupé de l’astronomie [[#astronomie|<span id="astronomie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et regardant en haut, il tomba dans un puits [[#puits_NdT_VC|<span id="puits_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et qu’une servante de ''Thrace'', d’un esprit agréable et facétieux, se moqua de lui, disant qu’il voulait savoir ce qui se passait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui et à ses pieds. Ce bon mot peut s’appliquer à tous ceux qui font profession de ''philosophie''. En effet, non-seulement un ''philosophe'' ne sait pas ce que fait son voisin, il ignore presque si c’est un homme ou un autre animal : mais ce que c’est que l’homme, et quel caractère le distingue des autres êtres pour l’action ou la passion; voilà ce qu’il cherche, et ce qu’il se tourmente à découvrir. Comprends-tu ou non ma pensée, '''Théodore''' ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#puits_NdT_VC_back|<span id="puits_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] DIOG. LAERC. I, 24.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Deuxième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_I_et_II.djvu/512|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824<br />(également disponible [https://archive.org/search.php?query=platon%20th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Victor Cousin de 1824|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#astronomie_back|<span id="astronomie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀστρονομία / astronomía [[w:ἀστρονομία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ἄστρον / ástron [[wikt:en:ἄστρον#Ancient_Greek|(en)]], « corps céleste, astre, constellation, étoile »; du nom commun ᾰ̓στήρ / astḗr [[wikt:en:ἀστήρ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ νόμος / nómos, « 1. Utilisation, personnalisé. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Ancien type de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. 6. Cours de maçonnerie. »; du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, dispenser. 2. (des bergers) Faire paître leurs troupeaux, conduire au pâturage, s’occuper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’astronomie ''grecque'' est en partie caractérisée par la recherche d’explications rationnelles et physiques aux phénomènes célestes. Elle a été influencée par les Babyloniens et, dans une moindre mesure, par l’astronomie égyptienne. La plupart des constellations de l’hémisphère nord, le nom de plusieurs étoiles et le concept même de « planète », la mesure de l’inclinaison du plan de l’[[w:Écliptique|''écliptique'']], et les premiers systèmes [[w:Héliocentrisme#Grèce_antique|''héliocentriques'']] dérivent de l’astronomie ''grecque''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote|<span id="Aristote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:384_av._J.-C.|-384]], à [[w:Stagire|''Stagire'']], cité ''grecque'' de la [[w:Chalcidique_(péninsule)|'' péninsule Chalcidique'']], au nord de la mer [[w:Mer_Égée|''Égée'']] — [[w:322_av._J.-C.|-322]], à [[w:Chalcis|''Chalcis'']], cité ''grecque'' de l’île d’[[w:Euboea|''Euboea'']], à l’ouest de la mer ''Égée'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Aristote|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA413#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA109#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA459#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §A414 - Aristote de Stagire}}] [[Fichier:Aristoteles Louvre.jpg|vignette|Portrait d’ '''Aristote'''. Marbre [[w:Pentélique#Le_marbre_pentélique|''Pentélique'']], copie romaine de période impériale ([[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup>]] ou [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) d’un bronze perdu réalisé par [[w:Lysippe|'''Lysippe''']] [[#Lysippe|<span id="Lysippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Sicyone|''Sicyone'']].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : Collection de la [[w:Villa_Borghèse|''Villa Borghèse'']]; acheté au [[w:Camille_Borghèse|''prince'' '''Borghèse''']] en 1807.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Département_des_antiquités_grecques,_étrusques_et_romaines_du_musée_du_Louvre|Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre]], [[d:Q19296875|Salle 344 - Art grec classique et hellénistique]] [https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010250503 <sup>🔍</sup>] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA445&dq=Richter%20%20The%20Portraits%20of%20the%20Greeks&hl=fr&pg=PA444#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire, Iconographie}}].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], polymathe, disciple de '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant à l’Académie [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] et fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée|<span id="Lycée_back"><sup>III</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1019#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le Lycée}}]. </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Aristote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aristote_back|<span id="Aristote"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélēs [[wikt:en:Ἀριστοτέλης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du superlatif ἄριστος / áristos [[wikt:en:ἄριστος#Ancient_Greek|(en)]], « le meilleur/plus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + τέλος / télos [[wikt:en:τέλος#Ancient_Greek|(en)]], « achèvement, réalisation, accomplissement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival et nominal -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lysippe_back|<span id="Lysippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῡ́σῐππος / Lū́sippos [[wikt:en:Λύσιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe λῠ́σῐς / lúsis [[wikt:en:λύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Délier, libérer, rançonner. 2. Délivrance de la culpabilité par des rites expiatoires. 3. Rachat d’hypothèque ou de nantissement. 4. Séparation. 5. Vidange, évacuation. 6. Solution (à une difficulté ou à un problème). 7. Rémission de la fièvre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe λύω / lúō [[wikt:en:λύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Lâcher, desserrer, délier. 2. Ralentir, ramollir. 3. Détendre. 4. Libérer. 5. Racheter, compenser les défauts ou les mauvais aspects de (quelque chose). 6. Dissoudre, trancher (de façon brutale et avec force). 7. Briser (casser), détruire. 8. Abroger, annuler. 9. Expier, amender. 10. Profiter, être utile. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus‎ -σις / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) Cavalerie, cavaliers. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Sculpteur et bronzier grec, portraitiste attitré d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre le Grand''']], père et maître de [[w:Daippos|'''Daippos''']], [[w:Boédas|'''Boédas''']], [[w:Euthycratès|'''Euthycratès''']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lycée_back|<span id="Lycée"><sup>III</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:Λύκειον#Grec_ancien|Λύκειον / Lúkeion]]; nom tiré du temple voisin d’[[w:en:Lyceus|Ἀπόλλων Λύκειος / Apollôn Lúkeios]], « Apollon Lycien »; l’[[w:Épithète|épithète]] Λύκειος / Lúkeios pourrait venir de [[wikt:λύκος#Grec_ancien|λύκος / lúkos]], « loup », avec le sens de « louvier, chasseur de loups »; ou de [[wikt:λύκη#Grec_ancien|λύκη / lúkê]], « lumière », avec le sens de « lumineux »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''École philosophique'' fondée par [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote|<sup>I</sup>]] à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] en [[w:335_av._J.-C.|-335]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, qui pris fin avec [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos de Rhodes]] [[#Andronicos_back|<sup>⤵️ </sup>]] en [[w:47_av._J.-C.|-47]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>. Le [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] est situé à l’est d’Athènes, encadré par les rivières [[w:Éridanos_(Athènes)|''Éridanos'']] et [[w:Ilissos|''Ilissos'']] (cf. le ''plan d’Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]]).'''<br /><span style="margin: 0 3em; text-indent: 15px"> <sup>💡</sup> ''<u>Des travaux entrepris en 1996 pour l’édification d’un musée d’art moderne, en plein centre d’Athènes, ont mis au jour les vestiges du ''Lycée'' d’Aristote, ceux du ''temple consacré à Apollon lycien'', ainsi que les ruines de la [[w:Palestre|''palestre'']] où les jeunes gens s’entraînaient à la lutte.</u>'' <sup>💡</sup></span></small> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Politique_(Aristote)|Politique]] [[#Politique|<span id="Politique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Politique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA199#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, Les Politiques}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage en huit livres dans lequel '''Aristote''' étudie la vie d’une [[w:Polis|''Polis'']].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Politique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Politique_back|<span id="Politique"><sup>I</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien Πολῑτῐκός / Polītikós [[wikt:en:πολιτικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Civique, constitutionnel, public. 2. Social. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πολίτης / polítēs [[wikt:en:πολίτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Citoyen, homme libre. 2. Concitoyen, compatriote. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal masculin -ῑ́της / -ī́tēs [[wikt:en:-ίτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Étude de la vie de la [[w:Polis|Polis]], qui n’est pas une cité-État, le mot « État » étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes. La cité représente avant tout une structure humaine et sociale, et non une organisation administrative : il n’y a pas d’État indépendamment d’une communauté humaine concrète.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Discussion sur la cité ou la « communauté politique » [[#communauté|<span id="communauté_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par opposition à d’autres types de communautés et de partenariats tels que le « [[w:Oikos|''ménage'']] » [[#ménage|<span id="ménage_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et le village.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}}</span> <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#communauté_back|<span id="communauté"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:κοινωνία#Grec_ancien|κοινωνία]] πολιτικη [[#Politique_back|<sup>⤴️</sup>]] / koinōnia politikē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:κοινωνέω#Grec_ancien|κοινωνέω / koinônéô]], « 1. Être en communauté avec, avoir en commun avec, prendre part à. 2. Avoir des relations intimes. 3. Avoir un caractère commun ou du rapport avec. 4. Mettre en communauté, associer. 5. Communiquer, faire part. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:κοινωνός#Grec_ancien|κοινωνός / koinônós]], « 1. Participant. 2. Partenaire, compagnon. »; du verbe [[wikt:κοινόω#Grec_ancien|κοινόω / koinóô]], « 1. Communiquer. 2. Rendre commun à, communiquer à. 3. Communiquer, faire savoir. 4. Mettre en communication, unir. 5. Rendre commun à tous, prostituer, profaner, souiller. 6. Unir, assembler, ajuster (une pièce d’une construction). 7. (Moyen) Communiquer, mettre en commun. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:κοινός#Grec_ancien|κοινός / koinós]], « 1. (En particulier) Commun à tous, public. 2. Communiqué, publié. 3. Qui participe de deux caractères ou attributs. 4. Qui participe à, qui est en communauté. 5. Qui est d’origine commune, de même race, de même nature. 6. Qui se prête à tous également : • Social, affable; • Équitable, impartial; • Accessible. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#ménage_back|<span id="ménage"><sup>II</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:οἶκος#Grec_ancien|οἶκος / oîkos]], « 1. Maison ou lieu d’habitation : • Pièce, chambre; • Maison de réunion, salle; monument; • Volière; • (astrologie) [[w:Domicile_(astrologie)|Domicile d’une planète]]; 2. Succession, héritage; 3. Maison ou famille régnante. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’ensemble des biens et des êtres rattachés à un même lieu d’habitation et de production. Il s’agit à la fois d’une unité familiale élargie — des parents aux [[w:esclavage_en_Grèce_antique|esclaves]] — et d’une unité de production [[w:Agriculture_en_Grèce_antique|agricole]] et pastorale. L’art de « gérer un oikos » — l’« oikonomíā », ou [[w:Économie_de_la_Grèce_antique|''économie'']] [[#économie|<sup>III</sup>]] — revêt une importance particulière dans la Grèce antique :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Eh bien, dit '''Socrate''''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]]'', le nom d’économie nous a paru être celui d’une science, et cette science, nous l’avons définie celle par laquelle les hommes font prospérer une maison. Une maison est pour nous la même chose que toute espèce de possession, et nous avons appelé possession ce qui pour chacun est utile à la vie ; enfin le mot utile, nous l’avons appliqué à tous les objets dont on sait user.''<br />[...]<br />''Nous avons ensuite prouvé qu’il n’y a pas pour un homme beau et bon de profession ni de science au-dessus de l’agriculture, qui procure aux hommes le nécessaire. Car cette profession est la plus facile à apprendre et la plus agréable à exercer; elle donne au corps la plus grande beauté, la plus grande vigueur, et aux âmes assez de loisir pour songer aux amis et à la chose publique. L’agriculture nous a paru encore exciter les hommes à devenir courageux, vu que c’est en dehors des remparts qu’elle fournit le nécessaire et la nourriture à ceux qui l’exercent. Voilà pourquoi, dans tous les États, c’est la profession la plus honorée, parce qu’elle donne à la société les citoyens les meilleurs et les mieux intentionnés.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Œuvres complètes de Xénophon</u> [[#Xénophon_back|<sup>⤴️</sup>]], [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/economique2.htm <u>De l’économie</u>], ''Chapitre VI''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="économie"><sup>III</sup></span> Du nom commun grec οἰκονομῐ́ᾱ / oikonomíā [[wikt:en:οἰκονομία#Ancient_Greek|(en)]], « 1. La gestion d’un ménage ou d’une famille, d’élevage : • (d’un État) Administration, gestion; • (d’un poème) Arrangement. 2. Les recettes publiques d’un État. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun οἰκονόμος / oikonómos [[wikt:en:οἰκονόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Celui qui gère un ménage, le maître de la maison. 2. Un intendant d’une propriété, d’un domaine. 3. Un gestionnaire, un administrateur. 4. Un surintendant des finances publiques, trésorier d’une ville. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun οἶκος / oîkos [[#ménage|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun νόμος / nómos [[wikt:en:νόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Utilisation, coutume. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Type ancien de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, compter, diviser par un nombre. 2. (des bergers) Faire paître un troupeau, se rendre au pâturage. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance de la récolte d’olives, en monopolisant tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios|<span id="Chios_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre IV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Chios_back|<span id="Chios"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χῐ́ος / Khíos [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], proche [[w:en:Chios_Strait|(en)]] de la [[w:Turquie|''Turquie'']], et originalement une des douze cités grecques de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Herod. Hist. ''l.''I. ''c.''CXLII-CXLIX</sup>], ligue religieuse (ou [[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']]) chargée du culte de [[w:Poséidon|Poséidon]] ''Helikonios'' au sanctuaire du [[w:Panionium|''Panionion'']] [[#Panionium_back|<sup>⤴️</sup>]], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']], et politique des ''Grecs d’Asie mineure'' contre les ''Perses''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Πάντα γὰρ ὠφέλιμα ταῦτ' ἐστὶ τοῖς τιμῶσι τὴν χρηματιστικήν, οἷον καὶ τὸ [[w:Thalès|'''Θάλεω τοῦ Μιλησίου''']]· τοῦτο γάρ ἐστι κατανόημά τι χρηματιστικόν, ἀλλ' ἐκείνῳ μὲν διὰ τὴν [[wikt:σοφία#Grec_ancien|'''σοφίαν''']] προσάπτουσι, τυγχάνει δὲ καθόλου τι ὄν. Ὀνειδιζόντων γὰρ αὐτῷ διὰ τὴν πενίαν ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης, κατανοήσαντά φασιν αὐτὸν [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|ἐλαιῶν]] φορὰν ἐσομένην ἐκ τῆς ἀστρολογίας, ἔτι [[wikt:en:χειμῶνος#Ancient_Greek|χειμῶνος]] ὄντος εὐπορήσαντα χρημάτων ὀλίγων [[wikt:en:ἀρραβών#Ancient_Greek|'''ἀρραβῶνας''']] διαδοῦναι τῶν [[wikt:en:ἔλαιον#Grec_ancien|'''ἐλαιουργίων''']] τῶν τ' ἐν [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|'''Μιλήτῳ''']] (datif singulier) καὶ [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|'''Χίῳ''']] (datif singulier) πάντων, ὀλίγου μισθωσάμενον ἅτ' οὐθενὸς ἐπιβάλλοντος· ἐπειδὴ δ' ὁ καιρὸς ἧκε, πολλῶν ζητουμένων ἅμα καὶ ἐξαίφνης, ἐκμισθοῦντα ὃν τρόπον ἠβούλετο, πολλὰ χρήματα συλλέξαντα ἐπιδεῖξαι ὅτι ῥᾴδιόν ἐστι πλουτεῖν τοῖς φιλοσόφοις, ἂν βούλωνται, ἀλλ' οὐ τοῦτ' ἐστὶ περὶ ὃ σπουδάζουσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 6.'''</small> '''Θαλῆς''' μὲν οὖν λέγεται τοῦτον τὸν τρόπον ἐπίδειξιν ποιήσασθαι τῆς σοφίας· ἔστι δ', ὥσπερ εἴπομεν, καθόλου τὸ τοιοῦτον χρηματιστικόν, ἐάν τις δύνηται μονοπωλίαν αὑτῷ κατασκευάζειν. Διὸ καὶ τῶν πόλεων ἔνιαι τοῦτον ποιοῦνται τὸν πόρον, ὅταν ἀπορῶσι χρημάτων· μονοπωλίαν γὰρ τῶν ὠνίων ποιοῦσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 7.'''</small> Ἐν [[wikt:Σικελία#Grec_ancien|'''Σικελίᾳ''']] δέ τις τεθέντος παρ' αὐτῷ νομίσματος συνεπρίατο πάντα τὸν [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|'''σίδηρον''']] ἐκ τῶν σιδηρείων, μετὰ δὲ ταῦτα ὡς ἀφίκοντο ἐκ τῶν ἐμπορίων οἱ ἔμποροι, ἐπώλει μόνος, οὐ πολλὴν ποιήσας ὑπερβολὴν τῆς τιμῆς· ἀλλ' ὅμως ἐπὶ τοῖς πεντήκοντα ταλάντοις ἐπέλαβεν ἑκατόν. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Τοῦτο μὲν οὖν [[wikt:Διονύσιος#Grec_ancien|'''Διονύσιος''']] αἰσθόμενος τὰ μὲν χρήματα ἐκέλευσεν ἐκκομίσασθαι, μὴ μέντοι γε ἔτι μένειν ἐν [[wikt:en:Συράκουσαι#Ancient_Greek|'''Συρακούσαις''']], ὡς πόρους εὑρίσκοντα τοῖς αὑτοῦ πράγμασιν ἀσυμφόρους· τὸ μέντοι ὅραμα '''Θάλεω''' καὶ τοῦτο ταὐτόν ἐστιν· ἀμφότεροι γὰρ ἑαυτοῖς ἐτέχνασαν γενέσθαι μονοπωλίαν. Χρήσιμον δὲ γνωρίζειν ταῦτα καὶ τοῖς πολιτικοῖς. Πολλαῖς γὰρ πόλεσι δεῖ χρηματισμοῦ καὶ τοιούτων πόρων, ὥσπερ οἰκίᾳ, μᾶλλον δέ· διόπερ τινὲς καὶ πολιτεύονται τῶν πολιτευομένων ταῦτα μόνον.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], texte collationné sur les manuscrits et les éditions principales par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§5_NdT_J_B-S-H|<span id="§5_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 5.'''</small></span>]] Je citerai ce qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; c’est une spéculation lucrative, dont on lui a fait particulièrement honneur, sans doute à cause de sa sagesse, mais dont tout le monde est capable. Ses connaissances en astronomie lui avaient fait supposer, dès l’[[wikt:χειμών#Grec_ancien|''hiver'']], que la récolte suivante des [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|''olives'']] serait abondante ; et, dans la vue de répondre à quelques reproches sur sa pauvreté, dont n’avait pu le garantir une inutile ''philosophie'', il employa le peu d’argent qu’il possédait à fournir des [[wikt:ἀρραβών#Grec_ancien|''arrhes'']] pour la location de tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]; il les eut à bon marché, en l’absence de tout autre enchérisseur. Mais quand le temps fut venu, les pressoirs étant recherchés tout à coup par une foule de cultivateurs, il les sous-loua au prix qu’il voulut. Le profit fut considérable ; et Thalès prouva, par cette spéculation habile, que les ''philosophes'', quand ils le veulent, savent aisément s’enrichir, bien que ce ne soit pas là l’objet de leurs soins.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> On donne ceci pour un grand exemple d’habileté de la part de '''Thalès''' ; mais, je le répète, cette spéculation appartient en général à tous ceux qui sont en position de se créer un monopole. Il y a même des États qui, dans un besoin d’argent, ont recours à cette ressource, et s’attribuent un monopole général de toutes les ventes. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Un particulier, en [[w:Histoire_de_la_Sicile#Antiquité|''Sicile'']], employa les dépôts faits chez lui à acheter le [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|''fer'']] de toutes les usines; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§8_NdT_J_B-S-H|<span id="§8_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 8.'''</small></span>]] [[w:Denys_l%27Ancien|'''Denys''']] [[#Denys|<span id="Denys_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en fut informé; et tout en permettant au spéculateur d’emporter sa fortune, il l’exila de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']] pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince. Cette spéculation cependant est au fond la même que celle de '''Thalès''' : tous deux avaient su se faire un monopole. Les expédients de ce genre sont utiles à connaître, même pour les chefs des États. Bien des gouvernements ont besoin, comme les familles, d’employer ces moyens-là pour s’enrichir ; et l’on pourrait même dire que c’est de cette seule partie du gouvernement que bien des gouvernants croient devoir s’occuper.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§5_NdT_J_B-S-H">§ 5.</span>]] ''Thalès de Milet'', chef de l’école ionienne, né vers 640 av. J.-C., et mort dans une vieillesse fort avancée ; il était contemporain de Solon, et, comme lui, rangé parmi les sept sages. Voir Platon, ''Rép.'', liv. X, p. 245, trad. de M. Cousin. Voir aussi Diogène de Laërte, liv. I. ''Vie de Thalès'', p. 9, § 38, édit. Firmin Didot.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — Cicéron (''de Divin'' , lib. I, cap. III) raconte le même trait. Il est probable qu’il l’avait emprunté à Aristote, dont il connaissait certainement l’ouvrage.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§8_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§8_NdT_J_B-S-H">§ 8.</span>]] ''Denys l’Ancien'', qui régna de 406 à 367 av. J.-C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — ''Pour les chefs des États.'' Presque tous les gouvernements modernes, et nous pourrions citer le nôtre en particulier, sont de l’avis d’Aristote, et ils demandent une partie de leurs ressources au monopole.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1874|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Denys_back|<span id="Denys"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Διονύσιος / Dionýsios [[wikt:en:Διονύσιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Tyran de la colonie grecque de [[w:Royaume_de_Syracuse|''Syracuse'']], qui connait son apogée sous ce règne.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_431_av._J.-C.|-431]]/[[w:Années_430_av._J.-C.|-430]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Syracuse'' — [[w:Années_367_av._J.-C.|-367]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Telle est l’aventure qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; car elle nous fait connaître une invention relative à cette science. Mais on la lui attribue probablement à cause de son habileté connue, car c’est d’ailleurs quelque chose d’assez ordinaire. En effet, comme on lui faisait un sujet de reproche de sa pauvreté, d’où l’on inférait l’inutilité, de la ''philosophie'', on prétend qu’ayant prévu, dès l’hiver, au moyen de ses connaissances en astrologie, qu’il y aurait une abondante récolte d’olives, il loua tous les pressoirs à [[wikt:ἔλαιον#Grec_ancien|''huile'']] de ''Milet'' et de ''Chios'', à un prix fort modéré, attendu que personne ne songeait à enchérir sur lui ; et ensuite, au moment de la récolte, comme il se présentait un grand nombre de demandeurs, qui étaient fort pressés par le temps, il céda (dit-on) ses marchés aux conditions qu’il voulait, et ayant ainsi gagné beaucoup d’argent, il fit bien voir qu’il serait facile aux ''philosophes'' de s’enrichir s’ils le voulaient, mais que ce n’est pas à cela qu’ils s’appliquent [[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back">'''(1)'''</span>]].</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> Telle est donc la manière dont on raconte que '''Thalès''' fit montre de son habileté ; mais c’est, comme je l’ai dit, un genre de spéculation fort ordinaire, quand on est à portée de se ménager quelque monopole ; aussi y a-t-il des gouvernements qui ont recours a cette ressource, quand ils manquent d’argent, et qui s’attribuent le monopole ou la vente exclusive des denrées.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Il y eut aussi en ''Sicile'' un homme qui employa l’argent qu’on avait déposé chez lui à acheter tout le fer qui provenait des mines, et qui ensuite, lorsque les négociants vinrent de tous les marchés pour s’approvisionner, se trouva seul dans le cas de leur en vendre. Sans même augmenter beaucoup le prix ordinaire, il ne laissa pas de faire un bénéfice de cent talents, sur cinquante qu’il avait avancés.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Cependant '''Denis''' ayant été informé de ce fait lui permit à la vérité d’emporter son argent, mais il lui défendit de demeurer plus longtemps à ''Syracuse'', comme ayant imaginé, pour s’enrichir, un moyen contraire aux intérêts du prince. Au reste, la spéculation de ce ''Syracusain'' était la même que celle de '''Thalès''', car tous deux avaient trouvé le moyen d’exercer un monopole. Il est même quelquefois utile à ceux qui gouvernent de connaître, ce genre de ressources [[#monopole_NdT_J-F_T|<span id="monopole_NdT_J-F_T_back">'''(2)'''</span>]], car il y a bien des gouvernements qui sont obligés d’employer de pareils moyens pour s’enrichir, aussi-bien que les simples familles, et qui même en ont encore plus besoin. Aussi, parmi ceux qui s’occupent de l’administration des états, y en a-t-il qui sont uniquement appliqués à cette partie [de la science politique, c’est-à-dire celle des finances].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T">(1)</span>]] Cicéron (''De Divinat'', I.i, c. 49) rapporte la même anecdote en ces termes: ''Qui '' (Thales ''scil.'') ''ut objurgatores suos convinceret, ostenderet que etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientid olearum ubertatem fore.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monopole_NdT_J-F_T_back|<span id="monopole_NdT_J-F_T">(2)</span>]] On trouve, parmi les ouvrages d’Aristote, un petit traité intitulé Œconomica, qui n’est certainement pas de ce ''philosophe'', et dont l’auteur a recueilli un nombre assez considérable d’exemples de ce genre d’industrie, et d’autres traits de violence ou de fourberie encore plus odieux, attribués à des rois, princes, ou républiques. « De quoy (dit L. Leroi, dans ses<br />« notes sur cet endroit de sa traduction) n’est besoing escrire<br />« livres, parce que ès cours des rois, et ès maniemens des au-<br />« tres gouvernemens, se trouvent toujours assez de tels inven-<br />« teurs, voire plus, bien souvent, qu’il ne seroit besoing : à la<br />« grande foulle et oppression des subjects, et peu d’avantage<br />« des seigneurs, qui ne s’en enrichissent guères, despendant<br />« tout à la mesure qu’ils aient, apportant la facilité de recou-<br />« vrer facilité de despendre. »</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Morale et La Politique d’Aristote. Tome II. Politique</u>, [https://books.google.se/books?id=k-VlAAAAcAAJ&pg=PA46#v=onepage&q&f=false ''Livre I. Chap. IV. §§ 5-8.''], traduites du grec par [[w:Jean-François_Thurot|M. Thurot]], Chez Firmin Didot, Père et Fils, 1824</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Des spéculateurs adroits en ont tiré grand parti, et ceux qui attachent du prix aux richesses ne doivent pas négliger des connaissances qui peuvent leur apporter un bon intérêt. Je me contenterai de citer ici la spéculation de '''Thalès''' de ''Milet'' : il fit une affaire d’argent dont le succès fut attribué à ses rares connaissances, quoique, dans le fait, son opération fût fort ordinaire et sûre. On lui reprochait sa pauvreté, d’où l’on concluait que la ''philosophie'' ne servait à rien. Il avait prévu par ses connaissances astronomiques qu’il y aurait l’année suivante une grande abondance d’olives; on était encore en hiver; il se procura quelque argent, loua tous les pressoirs de ''Milet'' et de ''Chio'', et donna des arrhes ; il les afferma tous à un prix très modéré, attendu qu’il ne se trouva pas d’enchérisseurs ; au moment de la récolte, il y eut concurrence ; alors il mit à ses pressoirs le prix qu’il voulut, fit de gros bénéfices, et prouva ainsi qu’il était facile aux ''philosophes'' de gagner de l’argent, quoique les spéculations mercantiles ne soient pas l’objet de leurs études.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', dit-on, fit cette affaire afin de prouver l'étendue des ressources de la ''philosophie'' ; mais, je le répète, son opération n’exigeait pas une science profonde, attendu que l’accaparement réussit toujours. Ainsi, les gouvernements emploient quelquefois le monopole dans la pénurie de leurs finances, et la vente exclusive leur forme une branche de revenu. Un ''Sicilien'' avait une sommé- d’argent en dépôt; il en acheta tout le fer qui se trouva dans les forges ; bientôt les marchands arrivèrent de différentes contrées, et ne trouvèrent du fer que chez lui. Quoiqu’il n’en eût pas trop élevé le prix, il doubla cependant sa mise de fonds qui était de cinquante talents.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Denys''' eut connaissance de cette spéculation. Il ne dépouilla pas cet adroit monopoleur de son argent; mais il lui ordonna de sortir de ''Syracuse'', attendu qu’un tel système de commerce était nuisible à l'État. Ce ''Sicilien'' avait fait le même calcul que '''Thalès''', c’est- à-dire que tous deux avaient habilement accaparé à leur profit.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Il est bon que les hommes qui sont à la tête des gouvernements, connaissent ces sortes de spéculations ; elles sont utiles à un État qui a souvent autant et plus besoin qu’une famille, d’argent et de moyens d’en acquérir. Aussi voit-on partout que quelques-uns des premiers magistrats sont uniquement chargés des finances.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Politique d’Aristote ou La Science des Gouvernements</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1a.htm#VII ''Tome Premier. Chapitre VII. 1259a.''], ouvrage traduit du grec par le Citoyen [[w:Jean-François_Champagne|Champagne]], Imprimerie d’Antoine Bailleul, An V de la République Française (1797)</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Métaphysique_(Aristote)|Métaphysique]] [[#Métaphysique|<span id="Métaphysique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Métaphysique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, La Métaphysique}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ensemble de quatorze livres écrits par Aristote, rassemblés et organisés après sa mort par le bibliothécaire [[w:Andronicos_de_Rhodes|'''Andronicos''']] [[#Andronicos|<span id="Andronicos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Rhodes#Mythologie|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<span id="Rhodes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui leur donna le titre [[w:Métaphysique_(Aristote)|''Métaphysique'']]. </div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Métaphysique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métaphysique_back|<span id="Métaphysique"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Μετᾰ́ φυσικά / Metá phúsiká;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de μετᾰ́ / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — préposition, « 1. (+ génitif) : • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec, à l’aide de; • Concernant ses relations/transactions avec; • (rare) En même temps. 2. (+ datif, uniquement en poésie, généralement épique) : • Entre parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. (+ accusatif) : • Comme un mouvement vers : dans la poursuite de; • De séquence ou de succession : (d’un lieu) Après, derrière; (temps) après; (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adverbe, « 1. Parmi eux, avec eux. 2. Ensuite. 3. Après. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de nominatif, vocatif et accusatif pluriels neutres φυσικά / phúsiká; de l’adjectif [[wikt:φυσικός#Grec_ancien|φυσικός / phusikós]] [[wikt:en:φυσικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Naturel, produit ou causé par la nature, inné, natif. 2. Physique, ayant à voir avec l'étude du monde matériel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du nom commun φύσις / phúsis [[wikt:en:φύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Origine, naissance. 2. Nature, qualité, propriété. 3. Plus tard, la nature de sa personnalité : tempérament. 4. Forme, silhouette. 5. Ce qui est naturel : la nature. 6. Type, genre. 7. La nature, en tant qu’entité, en particulier de puissance productive. 8. Créature. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe φύω / phúô, « 1. (Transitif) Produire, générer, faire grandir. 2. (transitif) Engendrer, enfanter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir, jaillir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (intransitif, aoriste et parfait). 6. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 7. (intransitif) Être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 8. (impersonnel) C’est naturel, cela arrive naturellement [+infinitif = que ...]. 9. Être son lot naturel [+datif = quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ + le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]], « de ou se rapportant à, à la manière de; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Aristote n’employe jamais ce terme, mais plutôt « [[w:Philosophie_première|''philosophie première'']] » [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], la science de l'être en tant qu'être aussi appelé [[w:Ontologie_(philosophie)|''ontologie'']]. La préposition grecque μετά n’est toutefois pas précise, et a plusieurs significations différentes. Ce serait avec le sens « après » qui semble expliquer l’apparition du mot. En effet, ses écrits sont rassemblés par [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos]] [[#Andronicos|<sup>'''II'''</sup>]] de [[w:Rhodes|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<sup>'''III'''</sup>]] vers [[w:Années_60_av._J.-C.|-60]], qui publie la Métaphysique après la Physique. Le sens du mot méta-physique est donc alors purement éditorial. Le terme commence à changer de sens lorsque les platoniciens et néoplatoniciens ont voulu y voir le nom d’une discipline qui porte sur les réalités au-delà de la physique, conformément à ce que Platon avait mis en place avec sa [[w:Théorie_des_formes|''théorie des Idées'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Andronicos_back|<span id="Andronicos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀνδρόνικος / Andrónikos [[wikt:en:Ἀνδρόνικος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun ἀνδρός / andrós [[wikt:en:ἀνδρός#Ancient_Greek|(en)]]; génitif singulier de ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ du nom commun νῑ́κη / nī́kē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « L’acte de gagner : victoire, succès [+génitif = terminé, dans quelque chose] : • Choses gagnées dans la victoire, fruits de la victoire; • Le dessus, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:École_péripatéticienne|''péripatéticien'']] et supposément le dernier [[w:Scholarque|scholarque]] [[#scholarque_back|<sup>⤵️</sup>]] du [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:58_av._J.-C.|-58]] à [[w:47_av._J.-C.|-47]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Rhodes|''Rhodes'']] — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA200#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §181 - Andronicus de Rhodes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhodes_back|<span id="Rhodes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥόδος / Rhódos [[wikt:en:Ῥόδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Île grecque la plus grande du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], bordée au nord-ouest par la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] et au sud-est par la ''mer Méditerranée'', et dont le [[w:Colosse_de_Rhodes|''colosse'']] est une des [[w:Sept_Merveilles_du_monde|''Sept Merveilles du monde'']], située à l’entrée du port de la ville du même nom.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre Α [[#Alpha_majuscule|<span id="Alpha_majuscule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Description de la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. Il y écrit également une courte [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident#Philosophie_antique|histoire de la ''philosophie'']] en examinant la pensée ''philosophique'' antérieure de l’époque, de '''Thalès''' à '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], en particulier leurs traitements de ses causes.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Alpha majuscule|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alpha_majuscule_back|<span id="Alpha_majuscule"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Aλφα [[wikt:en:ἄλφα#Ancient_Greek|(en)]] το μειζον [[wikt:en:μεῖζον#Ancient_Greek|(en)]] / álpha to meîzon, « Alpha majuscule »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤀 [[wikt:en:𐤀#Phoenician|(en)]], la première lettre de l'[[w:Alphabet_consonantique|''abjad'']] [[#abjad|<span id="abjad_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ''phénicien'', appelée aleph; du [[w:Alphabet_protocananéen|''Proto-Cananéen'']] [[Image:Protoalef.svg|20px]], du [[w:Alphabet_protosinaïtique|''Proto-Sinaïtique'']] [[Image:Proto-semiticA-01.svg|20px]], de l’egyptien <big><big><big><big><big><big>𓃾</big></big></big></big></big></big> representant une tête de bœuf, d’où le nom de la lettre phénicienne 𐤀𐤋𐤐 / ʾlp, « tête de bétail »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif μείζων / meízōn [[wikt:en:μείζων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Meilleur, plus large, plus long, plus grand, plus vieux. 2. Trop bien. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le livre I ou Alpha décrit la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. En raison de leur connaissance des causes et des principes premiers, ils sont mieux placés pour commander que pour obéir. Le livre Alpha passe également en revue les ''philosophies'' antérieures de Thales à Platon, en particulier leur traitement des causes.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#abjad_back|<span id="abjad"><sup>II</sup></span>]] du nom commun arabe أبجد / abjad [[wikt:en:أبجد#Arabic|(en)]], « alphabet »; des quatre premières lettres de l’alphabet arabe disposées dans l’ancien style, qui est similaire à l’ordre grec et hébreu : أ / alif [[wikt:en:أ#Arabic|(en)]], « a » + ﺏ / bâ [[wikt:en:ب#Arabic|(en)]], « b » + ﺝ / ǧīm [[wikt:en:ج#Arabic|(en)]], « g » + ﺩ / dāl [[wikt:en:د#Arabic|(en)]], « d ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Fondation par '''Thalès''' d’une ''philosophie'' d’un type nouveau, la conservation de toutes choses, où d’une manière absolue rien ne naît et rien ne périt ; L’eau est le principe de tout et la Terre repose et flotte sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Τῶν δὴ πρώτων [[wikt:en:φιλοσόφησα|'''φιλοσοφησάντων''']] οἱ πλεῖστοι τὰς ἐν ὕλης εἴδει μόνας ᾠήθησαν ἀρχὰς εἶναι πάντων·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' ἐξ οὗ γὰρ ἔστιν ἅπαντα τὰ ὄντα καὶ ἐξ οὗ γίγνεται πρώτου καὶ εἰς ὃ φθείρεται τελευταῖον, τῆς μὲν [10] οὐσίας ὑπομενούσης τοῖς δὲ πάθεσι μεταβαλλούσης, τοῦτο στοιχεῖον καὶ ταύτην ἀρχήν φασιν εἶναι τῶν ὄντων, καὶ διὰ τοῦτο οὔτε γίγνεσθαι οὐθὲν οἴονται οὔτε ἀπόλλυσθαι, ὡς τῆς τοιαύτης φύσεως ἀεὶ σωζομένης,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 9.</small>''' ὥσπερ οὐδὲ τὸν [[w:Socrate|'''Σωκράτην''']] φαμὲν οὔτε γίγνεσθαι ἁπλῶς ὅταν γίγνηται καλὸς ἢ μουσικὸς [15] οὔτε ἀπόλλυσθαι ὅταν ἀποβάλλῃ ταύτας τὰς ἕξεις, διὰ τὸ ὑπομένειν τὸ ὑποκείμενον τὸν '''Σωκράτην''' αὐτόν, οὕτως οὐδὲ τῶν ἄλλων οὐδέν·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 10.</small>''' ἀεὶ γὰρ εἶναί τινα φύσιν ἢ μίαν ἢ πλείους μιᾶς ἐξ ὧν γίγνεται τἆλλα σωζομένης ἐκείνης.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 11.</small>''' Τὸ μέντοι πλῆθος καὶ τὸ εἶδος τῆς τοιαύτης ἀρχῆς οὐ τὸ αὐτὸ [20] πάντες λέγουσιν,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 12.</small>''' ἀλλὰ [[w:Thalès|'''Θαλῆς''']] μὲν ὁ τῆς τοιαύτης ἀρχηγὸς φιλοσοφίας [[wikt:ὕδωρ#Grec_ancien|'''ὕδωρ''']] φησὶν εἶναι (διὸ καὶ τὴν γῆν ἐφ' ὕδατος ἀπεφήνατο εἶναἰ, λαβὼν ἴσως τὴν ὑπόληψιν ταύτην ἐκ τοῦ πάντων ὁρᾶν τὴν τροφὴν ὑγρὰν οὖσαν καὶ αὐτὸ τὸ [[wikt:en:θερμός#Ancient_Greek|'''θερμὸν''']] ἐκ τούτου γιγνόμενον καὶ τούτῳ ζῶν (τὸ δ' ἐξ οὗ γίγνεται, τοῦτ' ἐστὶν [25] ἀρχὴ πάντων) -</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' διά τε δὴ τοῦτο τὴν ὑπόληψιν λαβὼν ταύτην καὶ διὰ τὸ πάντων τὰ σπέρματα τὴν φύσιν ὑγρὰν ἔχειν, τὸ δ' ὕδωρ ἀρχὴν τῆς φύσεως εἶναι τοῖς ὑγροῖς.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Εἰσὶ δέ τινες οἳ καὶ τοὺς παμπαλαίους καὶ πολὺ πρὸ τῆς νῦν γενέσεως καὶ πρώτους [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|'''θεολογήσαντας''']] οὕτως οἴονται περὶ τῆς φύσεως [30] ὑπολαβεῖν· ᾿Ωκεανόν τε γὰρ καὶ Τηθὺν ἐποίησαν τῆς γενέσεως πατέρας, καὶ τὸν ὅρκον τῶν θεῶν ὕδωρ, τὴν καλουμένην ὑπ' αὐτῶν Στύγα [τῶν ποιητῶν]· τιμιώτατον μὲν γὰρ τὸ πρεσβύτατον, ὅρκος δὲ τὸ τιμιώτατόν ἐστιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 15.</small>''' [984a] [1] εἰ μὲν οὖν ἀρχαία τις αὕτη καὶ παλαιὰ τετύχηκεν οὖσα περὶ τῆς φύσεως [1] ἡ δόξα, τάχ' ἂν ἄδηλον εἴη, Θαλῆς μέντοι λέγεται οὕτως ἀποφήνασθαι περὶ τῆς πρώτης αἰτίας</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm <u>Aristotle’s Metaphysics</u>], texte établi par W.D. Ross, Oxford: Clarendon Press. 1924.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' C’est uniquement dans l’ordre de la matière que les premiers ''philosophes'', ou du moins la plupart d’entre eux, ont cru découvrir les principes de tous les êtres.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' En effet, ce qui constitue tous les êtres sans exception, ce qui est la source primordiale d’où ils sortent, ce qui est le terme où ils finissent par rentrer, quand ils sont détruits, substance qui au fond est persistante et qui ne fait que subir des modifications, ce fut là, aux yeux de ces ''philosophes'', l’élément des choses et leur principe; ils en conclurent que d’une manière absolue rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature, telle qu’ils la comprenaient, se conserve et subsiste perpétuellement. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§9_NdT_J_B-S-H|<span id="§9_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 9.'''</small></span>]] De même qu’on ne peut pas dire de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], d’une manière absolue, qu’il est produit et qu’il naît, par cela seul qu’il devient beau ou qu’il devient savant, et que l’on ne dit pas non plus qu’il périt absolument quand il ne perd qu’une de ces manières d’être, par cette excellente raison que le sujet qui est '''Socrate''' lui-même n’en subsiste pas moins ; de même, selon ces premiers ''philosophes'', aucun des autres êtres ne se produit ni ne périt absolument. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§10_NdT_J_B-S-H|<span id="§10_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 10.'''</small></span>]] Car il faut que ce soit ou une nature unique ou des natures multiples, d’où tout le reste puisse sortir, puisque cette nature demeure et persiste toujours.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§11_NdT_J_B-S-H|<span id="§11_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 11.'''</small></span>]] Cependant, quand il s’agît de déterminer le nombre de ces principes ou la nature spéciale de ce principe unique, les opinions ne sont plus unanimes.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§12_NdT_J_B-S-H|<span id="§12_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 12.'''</small></span>]] Par exemple, '''Thalès''', auteur et chef de ce système de ''philosophie'', prétendit que l’eau est le principe de tout, et c’est là ce qui lui fît affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l’eau. Probablement, il tira son hypothèse de ce fait d’observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de l’humidité, et que c’est l’humidité qui fait vivre tout ce qui vit. C’est ainsi que l’élément d’où proviennent quelques-unes des choses parut à '''Thalès''' le principe de toutes choses sans exception. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 13'''</small></span>]] A ce premier motif, qui déjà lui suffisait, il ajouta cette autre observation, que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l’eau est le principe naturel de tous les corps humides. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 14.'''</small></span>]] C’est là, du reste, l’opinion que l’on prête aussi quelquefois aux plus anciens ''philosophes'', qui ont de beaucoup précédé notre âge, et aux premiers [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|''Théologies'']], qui, dit-on, ont compris la nature comme la comprenait '''Thalès'''. Pour eux, en effet, l’[[w:Océan_(mythologie)|'''Océan''']] [[#Océan|<span id="Océan_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et [[w:Téthys_(mythologie)|'''Téthys''']] [[#Téthys|<span id="Téthys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] passaient pour les auteurs de toute génération ; les dieux ne juraient que par l’eau que les poètes nommaient le [[w:Styx|'''Styx''']] [[#Styx|<span id="Styx_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]; or, ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qui est le plus sacré, et rien n’est plus sacré que la chose par laquelle on jure. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 15.'''</small></span>]] [984a] Du reste, que cette antique et vieille idée de la nature ait été réellement professée, c’est ce qu’on ne sait pas très clairement. Mais le système qu’on vient d’attribuer à '''Thalès''' sur la cause première a certainement été le sien.</div></poem> <table cellspacing=30 style="margin: 0 3em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small>[[#§9_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§9_NdT_J_B-S-H">§ 9.</span>]] ''Qu’il est produit et qu’il devient'' II n’y a qu’un seul mot dans le texte. L’idée de Devenir implique nécessairement l’idée d’existence; pour devenir quelque chose, il faut d’abord être.<br /> — ''Des autres êtres, soit animés, soit inanimés.'' Sous toutes les modifications, il y a quelque chose qui subsiste et ne change pas, comme le dit le § suivant. C’est ce qu’on appelle la Substance.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§10_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§10_NdT_J_B-S-H">§ 10.</span>]] ''Une nature.'' C’est le mot même du texte ; on pourrait traduire aussi : « Une substance naturelle ». Cette dernière ve-sion s’accorderait peut-être mieux avec ce qui suit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§11_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§11_NdT_J_B-S-H">§ 11.</span>]] ''Le nombre... ou la nature spéciale...'' Voir la même pensée, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm Traité de l’Âme], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#II liv. I, ch. ii], § 9, p. 114 de ma traduction.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§12_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§12_NdT_J_B-S-H">§ 12.</span>]] ''Thalès.'' Thalès passe pour le plus ancien des ''philosophes grecs''; il serait impossible de préciser le temps où il a vécu ; mais on peut rapporter son existence d’une manière approximative à l’an 600 avant J.-C. C’est près de trois siècles avant Aristote. Le premier témoignage sur Thalès est celui d’Hérodote, liv. I, ch. CLXX, p. 56, édition Firmin-Didot ; Hérodote faisait descendre Thalès d’une famille phénicienne établie à Milet. Voir sur Thalès [https://books.google.fr/books?id=dP9_SKSiThMC&printsec=frontcover&dq=Eduard+Zeller&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj92cbZy6vkAhXTsHEKHWg3C50Q6AEILDAA#v=onepage&q=Eduard%20Zeller&f=false la ''Philosophie des Grecs''], de H. [[w:Eduard_Zeller|Ed. Zeller]], t. I, p. 165 et suiv.<br /> — ''Auteur et chef de ce système de philosophie'', et non, d’une manière générale, « Fondateur de la ''philosophie'' », comme l’ont cru quelques commentateurs. On sait, d’ailleurs, que Thalès n’avait rien écrit.<br /> — ''La terre repose et flotte sur l’eau.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableciel.htm Traité du ciel], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII liv. II, ch. xiii, § 7, p. 194 de ma traduction]. Aristote a parlé plusieurs fois de Thalès, et avec plus d’estime qu’il ne semble en avoir ici.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small> — ''La nourriture de tous les êtres est toujours humide.'' Il est vrai qu’il y a une partie des aliments qui est humide ; mais il y en a aussi une bonne partie qui est sèche, et l’observation de Thalès ne serait pas exacte.<br /> — ''La chaleur même vient de l’humidité.'' Il n’y a pas à s’arrêter beaucoup à ces explications physiques. Dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, liv. 1, ch. ii, § 18], p. 118 de ma traduction, Aristote prête une partie de ces doctrines sur l’eau non point à Thalès, mais à [[w:en:Hippo_(philosopher)|Hippon]] ; voir plus bas, § 16.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Les germes de tous les êtres sont de nature humide.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, loc. cit.]<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§14_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Aux plus anciens philosophes.'' Il n’y a guère avant Thalès d’autres ''philosophes'' que les Théologues, dont il est question un peu plus bas ; mais ici la contexture de la phrase semble distinguer les uns et les autres, quoique des traducteurs paraissent les avoir confondus.<br /> — ''Aux premiers Théologues.'' [[w:Alexandre_d%27Aphrodise|Alexandre d’Aphrodise]] croit qu’Aristote veut désigner ici [[w:Homère|Homère]] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Hésiode|Hésiode]]. On pourrait sans doute ajouter Orphée.<br /> — ''L’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]] et Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]]'', Platon dans le [https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_XI%2C_XII_et_XIII.djvu/63 Cratyle, p. 55, traduction de M. V. Cousin], cite des vers d’Homère, d’Hésiode et d’Orphée, où se retrouvent des idées analogues.<br /> — ''Les poètes.'' C’est Homère qui est certainement désigné ici; voir [https://books.google.se/books?id=sU0YVkeV1hsC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=Et%20l’eau%20noire%20du%20Styx%20en%20ses%20torrents%20secrets%2C%20Le%20plus%20grand%20des%20serments%20que%20les%20dieux%20font%20jamais!%20&f=false l’Iliade, chant xv, vers 37 et 38] : « Et l’eau noire du Styx [[#Styx|<sup>'''III'''</sup>]] en ses torrents secrets, Le plus grand des serments que les dieux font jamais! »<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§15_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_NdT_J_B-S-H">§ 15.</span>]] ''Antique et vieille idée.'' Les deux épithètes sont dans le texte. Cette idée est celle des Théologues et des poètes qu’Aristote vient d’indiquer, et qui étaient de quatre ou cinq siècles antérieurs à Thalès lui-même.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm#III ''Tome Premier. Chapitre III. §§7-15.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Germer-Baillière et C<sup>ie</sup>, 1879</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire de 1879|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Océan_back|<span id="Océan"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὠκεανός / Ōkeanós [[wikt:en:Ὠκεανός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Titan, fils d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]][[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], frère et époux de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téthys_back|<span id="Téthys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τηθύς / Tēthús [[wikt:en:Τηθύς#Ancient_Greek|(en)]]; potentiellement apparenté à τήθη / tḗthē, « grand-mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse marine archaïque, benjamine des [[w:Titan_(mythologie)|Titanides]], fille d’Ouranos et de Gaïa, sœur et épouse d’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στύξ / Stúx; du verbe στυγέω / stugéō, « détester, haïr »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Océanides|Océanide]], fille aînée d’Océan [[#Océan|<sup>'''II'''</sup>]] et de Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]], ou une déesse, fille d’Érèbe [[#Érèbe|<span id="Érèbe_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] et de Nyx [[#Nyx|<span id="Nyx_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] selon d’autres traditions. Elle personnifie le ''Styx'', l’un des fleuves et points de passage des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Érèbe_back|<span id="Érèbe"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Érèbe|Ἔρεβος / Érebos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Frère et époux de Nyx [[#Nyx|<sup>'''V'''</sup>]], divinité primordiale et infernale née du Chaos, personnifiant les ténèbres, l’obscurité des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νύξ#Grec_ancien|Νύξ / Nýx]]; du nom commun [[wikt:νύξ#Grec_ancien|νύξ / nýx]], « 1. Nuit, par opposition au jour. 2. (Par extension) La nuit. 3. (En général) Obscurité, ténèbres. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse primordiale de la Nuit personnifiée.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart de ceux qui philosophèrent les premiers ne considérèrent les principes de toutes choses que sous le point de vue de la matière. Ce d’où sortent tous les êtres, d’où provient tout ce qui se produit, où aboutit toute destruction, la substance persistant la même sous ses diverses modifications, voilà, selon eux, l’élément, voilà le principe des êtres. Aussi pensent-ils que rien ne naît ni ne périt véritablement, parce que cette nature première subsiste toujours. De même que nous ne disons pas que '''Socrate''' naît réellement lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt quand il perd ces manières d’être, parce que le sujet des modifications, parce que '''Socrate''' lui-même persiste dans son existence ; de même on ne peut se servir de ces expressions pour aucun des autres êtres. Car il faut qu’il y ait une nature première, soit unique, soit multiple, qui, subsistant toujours, produit toutes les autres choses. Quant au nombre et au caractère propre des éléments, ces ''philosophes'' ne sont point d’accord.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès [[#Thalès_NdT_AP|<span id="Thalès_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]]''', fondateur de cette ''philosophie'', regarde l’eau comme premier principe. C’est pourquoi il va jusqu’à prétendre que la terre repose sur l’eau ; amené probablement à cette idée, parce qu’il voyait que c’est l’humidité qui nourrit toutes choses, que le chaud lui-même en vient, et que tout animal vit de l’humidité. Or, ce dont viennent les choses, est le principe de toutes choses. Une autre observation encore l’amena à cette opinion. Les semences de toutes choses sont humides de leur nature. Or l’eau est le principe de l’humidité des choses humides.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quelques-uns pensent que les hommes des plus anciens temps, et, avec eux, les premiers ''Théologiens'' [[#Théologiens_NdT_AP|<span id="Théologiens_NdT_AP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], bien antérieurs à notre époque, se figurèrent la nature de la même manière que '''Thalès'''. Ils ont en effet représenté, comme les auteurs de l’univers, l’ '''Océan''' et '''Téthys''' [[#auteurs_univers_NdT_AP|<span id="auteurs_univers_NdT_AP_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; et les dieux jurent, selon eux , par l’eau, par cette eau que les poètes appellent le ''Styx''. Car ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qu’il y a de plus sacré ; et ce qu’il y a de plus sacré, c’est le serment [[#serment_NdT_AP|<span id="serment_NdT_AP_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Y a-t-il dans cette vieille et antique opinion une explication de la nature ? c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Telle fut toutefois, à ce qu’on dit, la doctrine de '''Thalès''' sur la première cause.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: center">'''<small>[[#Thalès_NdT_AP_back|<span id="Thalès_NdT_AP"><sup>1</sup></span>]] De Milet, 600 ans avant J.-C. — [[#Théologiens_NdT_AP_back|<span id="Théologiens_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Orphée, Musée, Eumolpe et les anciens poètes. — [[#auteurs_univers_NdT_AP_back|<span id="auteurs_univers_NdT_AP"><sup>3</sup></span>]] Homère, Hésiode, passim. — [[#serment_NdT_AP_back|<span id="serment_NdT_AP"><sup>4</sup></span>]] Le raisonnement est facile à compléter. Donc le serment est ce qu’il y a de plus ancien. Or, le serment se jure par le ''Styx'', par l’eau ; donc l’eau est ce qu’il y a de plus ancien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm#PIERRON <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm ''Tome Premier. III. §§3-5.''], traduite en français pour la première fois par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]] et [[w:Charles_Zévort|Charles Zévort]], Ébrard, Librairie-Éditeur, Joubert, Librairie-Éditeur, 1840</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart des premiers ''philosophes'' ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidens, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que '''Socrate''' naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même '''Socrate''', sujet de ces changemens, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces élémens, on ne s’accorde pas.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit [[#eau_NdT_VC|<span id="eau_NdT_VC_back"><small>'''(1)'''</small></span>]]; or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides. Plusieurs pensent que dès la plus haute antiquité, bien avant notre époque, les premiers ''théologiens'' ont eu la même opinion sur la nature: car ils avaient fait l’ '''Océan''' et '''Téthys''' auteurs de tous les phénomènes de ce monde, et ils montrent les Dieux jurant par l’eau que les poètes appellent le ''Styx''. En effet, ce qu’il y a de plus ancien est ce qu’il y a de plus saint; et ce qu’il y a de plus saint, c’est le serment. Y a-t-il réellement un système physique dans cette vieille et antique opinion? c’est ce dont on pourrait douter [[#doute_NdT_VC|<span id="doute_NdT_VC_back"><small>'''(2)'''</small></span>]]. Mais pour '''Thalès''' on dit que telle fut sa doctrine.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#eau_NdT_VC_back|<span id="eau_NdT_VC">(1)</span>]] Rapport du système d’Aristote à celui de Thalès, de ὕδωρ à l’[[wikt:ὑγρός#Grec_ancien|ὑγρόν]], considéré comme le principe même du chaud, τὸ [[wikt:θερμός#Grec_ancien|θερμὸν]], et par conséquent comme principe unique. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux1.htm ''Histor. Animal.'' I], 4, Bekk. I, 489. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/partieslivre2.htm ''De partibus animal.'' II], 3, Bekk. I, 649. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie4.htm#IV ''Meterol.'' IV, 4]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/longevite.htm ''De longitudine et brevitate vitæe''], 5, Bekk. I, 240.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#doute_NdT_VC_back|<span id="doute_NdT_VC">(2)</span>]] En effet les prêtres de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] n’avaient pas le système physique de Thalès, et pourtant la mythologie de ces prêtres qui faisaient de l’Océan et de Téthys les auteurs de toutes choses, est le fond primitif d’où plus tard est sorti le système de Thalès á l’insu de Thalès lui-même. La mythologie, non seulement précède, mais enferme déjà la ''philosophie'' à l’insu de l’une et de l’autre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f1.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE <u>De La Métaphysique d’Aristote</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f149.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE ''Tome Premier. Chapitre III. §§2,3.''], essai de traduction du Premier et du Douzième Livres de la Métaphysique par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Chez Ladrange, Librairie, 1835</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Du_ciel|Du ciel]] [[#Du_ciel|<span id="Du_ciel_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Traité_du_Ciel|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Caelo}}] <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Traité [[w:es:Sobre_el_cielo|(es)]] constitué de quatre livres dans lesquels '''Aristote''' expose ses théories astronomiques.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Du ciel|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Du_ciel_back|<span id="Du_ciel"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ οὐρανοῦ / Peri ouranoû;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de la préposition περί / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun οὐρανοῦ / ouranoû [[wikt:en:οὐρανοῦ#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de οὐρανός / ouranós [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait : ciel. 2. La région au-dessus de cette voûte, la demeure des dieux. 3. (''philosophie'') L’univers. 4. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Théorie sur la perfection céleste et la sphéricité de la Terre et des corps célestes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de la Terre reposant sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Ὥστε τὸ μὲν ἀπορεῖν εἰκότως ἐγένετο [[wikt:en:φιλοσόφημα#Ancient_Greek|''φιλοσόφημα'']] πᾶσιν· τὸ δὲ τὰς περὶ τούτου λύσεις μὴ μᾶλλον ἀτόπους εἶναι δοκεῖν τῆς ἀπορίας, θαυμάσειεν ἄν τις. Οἱ μὲν γὰρ διὰ ταῦτα ἄπειρον τὸ κάτω τῆς γῆς εἶναί φασιν, ἐπ´ ἄπειρον αὐτὴν ἐρριζῶσθαι λέγοντες, ὥσπερ '''[[w:Xénophane|Ξενοφάνης]]''' ὁ ''[[w:Colophon_(ville)|Κολοφώνιος]]'', ἵνα μὴ πράγματ´ ἔχωσι ζητοῦντες τὴν αἰτίαν· διὸ καὶ [[w:Empédocle|Ἐμπεδοκλῆς]] οὕτως ἐπέπληξεν, εἰπὼν ὡς<br /><p style="text-indent: 15px;">-εἴ περ ἀπείρονα γῆς τε βάθη καὶ δαψιλὸς [[wikt:en:αἰθήρ#Ancient_Greek|''αἰθήρ'']],<br /><p style="text-indent: 15px;">-ὡς διὰ πολλῶν δὴ γλώσσης ῥηθέντα ματαίως<br /><p style="text-indent: 15px;">-ἐκκέχυται στομάτων, ὀλίγον τοῦ παντὸς ἰδόντων.<br /><p style="text-indent: 15px;">Οἱ δ´ ἐφ´ ὕδατος κεῖσθαι. Τοῦτον γὰρ ἀρχαιότατον παρειλήφαμεν τὸν λόγον, ὅν φασιν εἰπεῖν Θαλῆν τὸν Μιλήσιον, ὡς διὰ τὸ πλωτὴν εἶναι μένουσαν ὥσπερ ξύλον ἤ τι τοιοῦτον ἕτερον (καὶ γὰρ τούτων ἐπ´ ἀέρος μὲν οὐθὲν πέφυκε μένειν, ἀλλ´ ἐφ´ ὕδατος),</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA0#v=onepage&q&f=false <u>Ἀριστοτελους τα σωζομενα. Aristotelis opera omnia quæ extant</u>], [https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA143&lpg=PA143#v=onepage&q&f=false ''Aristotelis De Coelo Liber II. Caput XIII. §7.''], [[d:Q21544592|Karl Hermann Weise]], Lipsiae Sumtibus et Typis Caroli Tauchnitii, 1843<br />(également disponible [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg005.1st1K-grc1:2.13 ici] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2gr.htm#295a là])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 7.</small>'''</span>]] C’est donc à bon droit que tous les ''philosophes'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi. les uns ont soutenu que le bas de la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[w:Xenophanes#Life|(en)]] [[#Xénophane|<span id="Xénophane_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<span id="Colophon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[w:en:Empedocles|(en)]] [[#Empédocle|<span id="Empédocle_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] lui-même n’a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :<br /><p style="text-indent: 15px">» Les fondements du globe et l’éther impalpable,<br /><p style="text-indent: 15px">» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,<br /><p style="text-indent: 15px">» Répétés sans raison par la langue des sots. »<br /><p style="text-indent: 15px">D’autres ''philosophes'' font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de '''Thalès''' de ''Milet'', qui a dit, assure-t-on, qu’elle restait immobile, parce qu’elle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l’ordre de la nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H">§ 7.</span>]] ''Se sont occupés'' : le texte n’est pas aussi explicite.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Plus étranges'', le mot grec est précisément : « plus absurdes. »<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Infini... sans fin'', cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée.<br /><p style="text-indent: 15px"> — Xénophane de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l’édition de Berlin, page 976, a, 32 ; voir aussi l’étude de M. V. Cousin sur Xénophane, pages 32 et 33, édition de 1847.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Empédocle lui-même'', voir les fragments d’Empédocle, édition de Firmin Didot, page 53, colonne 1.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Font reposer la terre sur l’eau'', il restait alors à savoir sur quoi reposait l’eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Thalès de Milet'', voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Ou quelqu’autre matière analogue'', c’est-à-dire plus légère que l’eau.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII ''Livre II. Chapitre XIII. 294b. §7.''] (également disponible [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100118293/IMG00000319 ici]), traduite en français pour la première fois (et au moment de l’écriture de cet article, l’unique traduction disponible en ligne) par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, A. Durand, Librairie-Éditeur, 1866<br />(également disponible [https://archive.org/details/bub_gb_SQWjhZJ4HFkC/page/n3/mode/2up ici])</div> </poem> <span id="éléate_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1866|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Xénophane_back|<span id="Xénophane"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ξενοφάνης / Xenophánēs [[wikt:en:Ξενοφάνης#Ancient_Greek|(en)]]; littéralement « avoir une apparence étrange »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de ξένος / xénos [[wikt:en:ξένος#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adjectif, « 1. Étranger. 2. Étrange, insolite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — nom commun, « 1. Des parties donnant ou recevant l’hospitalité : hôte et bien plus souvent invité. 2. Étranger. 3. Celui qui est employé : ouvrier salarié, mercenaire. 4. Étranger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], poète et précurseur de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<span id="éléate_back2"><sup>IV</sup></span>]]. Il rejette la conception des divinités telles que présentées par Homère ou Hésiode, refusant l’anthropomorphisme des dieux et n’acceptant pas l’idée de comparaison entre dieux et humains. Sa conception est celle d’un Dieu unique et parfait. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03650914v1 <sup>🔍</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] début du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<sup>II</sup>]] — début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Syracuse|''Syracuse'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA211#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §15 - Xénophane de Colophon}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Colophon_back|<span id="Colophon"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κολοφών / Kolophṓn [[wikt:en:Κολοφών#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κολοφών / kolophṓn [[wikt:en:κολοφών#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un sommet. 2. (Figuré) Achèvement, couronnement . 3. Un type de jeu de balle. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], située au nord-ouest d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], et au sud-est de [[w:Lébédos|''Lébédos'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Empédocle_back|<span id="Empédocle"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐμπεδοκλῆς / Empedoklês [[wikt:en:Ἐμπεδοκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἔμπεδος / émpedos [[wikt:en:ἔμπεδος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Debout fermement en place, non renversé, intact. 2. Maintenu en place, stable. 3. En place, non déplacé. 4. Sûr, intact. 5. Non pourri, frais. 6. Non affaibli, non endommagé, conservant sa vigueur. 7. Non diminué en esprit. 8. Bien équilibré. 9. Entretenue avec une vigilance incessante. 10. Sécurisé, non susceptible de confiscation. 11. Assuré, certain, jamais défaillant. 12. Assuré, être attendu avec certitude. 13. En succession infaillible. 14. Offrant un témoignage sûr, sans équivoque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐμ- / em-; du préfixe [[wikt:ἐν-#Grec_ancien|ἐν- / en-]] [[wikt:en:ἐν-#Ancient_Greek|(en)]] dont la consonne change devant [β, μ, π, φ, ψ]; de la préposition ἐν / en [[wikt:en:ἐν#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (lieu) (avec datif) Dans, sur, à ; (avec datif pluriel) Parmi : • (elliptique, avec génitif) Dans la maison ou le pays de; • Entouré par; porter (des habits). 2. (temps) Dans, à, ou pendant le temps de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun πούς / poús [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pied. 2. Jambe. 3. (unité de mesure) Ancienne unité de longueur grecque : pied grec ou [[w:Pous#Culture_et_société|pous]] [[wikt:en:pous#English|(en)]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe de prénoms -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos, « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] grec, membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]], connue pour être l’un des premiers à avoir tenté de découvrir l’[[w:Arkhè|''arkhè'']] du [[w:Cosmos#Philosophie|''cosmos'']], en proposant deux principes qui règnent cycliquement sur l’univers, l’Amour (force d’unification et de cohésion) et la Haine (force de division et de destruction), et qui engendrent les quatre éléments dont sont composées toutes les choses matérielles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_484_av._J.-C.|-484]]/[[w:Années_483_av._J.-C.|-483]], [[w:Histoire_d%27Agrigente#Grande_Grèce|''Agrigente'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_424_av._J.-C.|-424]]/[[w:Années_423_av._J.-C.|-423]], ''lieu de décès indéterminé'') <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]] [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA66#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §19 - Empédocle d’Agrigente}}]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#éléate_back2|<span id="éléate"><sup>IV</sup></span>]] Du ''gentilé'' grec ancien [[wikt:Éléate| Ἑλεάτης / Eleátês]], « 1. (Géographie) Habitant.e d’[[w:Élée|''Élée'']]. 2. Partisan du courant ''philosophique'' créé dans cette ville, l’École éléatique. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du ''toponyme'' Ἑλέα / Eléa, « cité grecque de la côte [[w:Mer_Tyrrhénienne|''tyrrhénienne'']], en [[w:Campanie|''Campanie'']], près du [[w:Golfe_de_Salerne|''golfe de Salerne'']] ».;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe formant les gentilés -άτης / -átês.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] dont étaient membres [[w:Xénophane|Xénophane]] [[#Xénophane_back|<sup>I</sup>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon_back|<sup>II</sup>]], [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée, [[w:Empédocle|Empédocle]] [[#Empédocle_back|<sup>III</sup>]] et [[w:Zénon_d'Élée|Zénon]] [[#Zénon_dElee|<span id="Zénon_dElee_back"><sup>V</sup></span>]] d’Élée.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénon_dElee_back|<span id="Zénon_dElee"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple de [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée et membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Élée|''Élée'']]) <sup>[https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA346#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Zénon d’Élée}}]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_l%27âme|De l’âme]] [[#De_l_ame|<span id="De_l_ame_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:en:On_the_Soul_(Aristotle)|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA335#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Anima}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Œuvre majeure d’ '''Aristote''' sur les principes du vivant, son mouvement, sa génération, ses passions, ses dispositions et ses moyens de connaissance.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De l’âme|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_l_ame_back|<span id="De_l_ame"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ [[#Du_ciel_back|<sup>⤴️</sup>]] Ψυχῆς / Peri psychès;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ψῡχῆς / psūkhês [[wikt:en:ψυχῆς#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de ψυχή / psūkhḗ [[wikt:en:ψυχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le principe d’animation d’un corps humain ou animal, esprit vital, âme, vie (le principe d’animation de la vie) : • (poétique) Souffle de vie, sang de vie ("le principe animant de la vie" dans l’interprétation corporelle); • (''philosophie'', depuis les premiers physiciens) Principe d’animation dans les substances primaires, source de vie et de conscience. 2. Existence animée, considérée comme une possession, sa vie. 3. L’esprit ou l’âme considéré comme distinct du corps et le quittant à la mort (la partie immortelle d’une personne) : • Un esprit désincarné, une ombre ou un fantôme (l’esprit d’une personne décédée). 4. Esprit (attitude animée), soi conscient, personnalité comme centre des émotions, des désirs et des affections, cœur : • (''philosophie'', d’après Platon) L’esprit de l’univers, le principe immatériel du mouvement et de la vie. 5. L’esprit (siège ou organe de la pensée), (la faculté de) raison. 6. (rare, étendu du sens "âme") Papillon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ψῡ́χω / psū́khō [[wikt:en:ψύχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Respirer, souffler. 2. Refroidir, rendre froid. 3. (transitif) Sécher. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Introduction du thème du traité dans le chapitre 1. — Aperçu des points de vue de ses prédécesseurs sur l’âme des chapitres 2 à 5.</div> </poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignages d’une théorie, de '''Thalès''', de l’âme produisant le mouvement, et de son explication du [[w:Magn%C3%A9tisme|''magnétisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' Ἀναξαγόρας δ' ἔοικε μὲν ἕτερον λέγειν ψυχήν τε καὶ νοῦν, ὥσπερ εἴπομεν καὶ πρότερον, χρῆται δ' ἀμφοῖν ὡς μιᾷ φύσει, πλὴν ἀρχήν γε τὸν νοῦν τίθεται μάλιστα πάντων· μόνον γοῦν φησὶν αὐτὸν τῶν ὄντων ἁπλοῦν εἶναι καὶ ἀμιγῆ τε καὶ καθαρόν. Ἀποδίδωσι δ' ἄμφω τῇ αὐτῇ ἀρχῇ, τό τε γινώσκειν καὶ τὸ κινεῖν, λέγων νοῦν κινῆσαι τὸ πᾶν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Ἔοικε δὲ καὶ Θαλῆς ἐξ ὧν ἀπομνημονεύουσι κινητικόν τι τὴν ψυχὴν ὑπολαβεῖν, εἴπερ τὴν λίθον ἔφη ψυχὴν ἔχειν, ὅτι τὸν σίδηρον κινεῖ·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.2/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον B'''], p.164, 405a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#213 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> [[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore|<span id="Anaxagore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], lui, semble distinguer l’âme et l’intellect — on l’a dit plus haut —, mais les traite l’un et l’autre comme une seule nature, avec cette réserve qu’il considère l’intellect comme principe souverain de toutes choses. Il déclare en tout cas que seul, parmi tous les êtres, il est simple, sans mélange et pur. Il assigne au même principe les deux fonctions de connaître et de mouvoir, disant que c’est l’intellect qui imprime le mouvement à l’univers. Il semble que '''Thalès''', lui aussi, d’après ce qu’on rapporte, considérait l’âme comme un principe moteur : l’aimant, selon lui, possède une âme puisqu’il met le fer en mouvement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up ''Chapitre II, 405a, p.9''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Edmond Barbotin de 1966|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaxagore_back|<span id="Anaxagore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξᾰγόρᾱς / Anaxagórās [[wikt:en:Ἀναξαγόρας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ᾰ̓γορᾱ́ / agorā́ [[wikt:en:ἀγορά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Assemblée, en particulier une assemblée du peuple (par opposition à un conseil, βουλή / boulḗ). 2. Le lieu de rassemblement. 3. Discours. 4. Marché, place du marché. 5. Choses vendues au marché, provisions, approvisionnements. 6. Vente. 7. L’heure du marché : midi. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]][[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-500]], [[w:Clazomènes|''Clazomènes'']] — [[w:Années_428_av._J.-C.|-428]], [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA183#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §158 - Anaxagore de Clazomènes}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA751#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Supplément, §180 - Anaxagore}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 13.</small>'''</span>]] '''Anaxagore''' semble distinguer l’âme et l’intelligence, comme nous l’avons déjà dit plus haut, bien qu’il les emploie toutes deux, comme si c’était une seule nature : pourtant il fait surtout de l’intelligence le principe de toutes choses. C’est ainsi qu’il dit que, seule de tout ce qui est, l’intelligence est simple, sans mélange et pure. Il attribue à un même principe tout à la fois et de connaître et de mouvoir. quand il avance que l’intelligence meut l’univers.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 14.</small>'''</span>]] '''Thalès''' aussi peut être rangé parmi ceux qui passent pour avoir considéré l’âme comme ce qui produit le mouvement; car il disait que la pierre d’aimant a une âme, parce qu’elle meut le fer.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Comme nous l’avons déjà dit, plus haut'' , § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu’il a déjà dit sur [[w:Anaxagore|Anaxagore]]. Voir la note relative au § 9. il semble qu’Aristote ne partage pas l’opinion de [[w:Socrate|Socrate]] sur le vice du système d’Anaxagore. Voir le [[s:https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_I_et_II.djvu/286|Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin.]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Thalès aussi.'' [[w:Jean_Philopon|Philopon]] blâme Aristote d’avoir ici rapporté l’opinion de Thalès; car il s’agit dans ce passage des ''philosophes'' qui ont confondu l’âme avec les principes qu’ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l’idée de mouvement dont il n’est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#213 ''Chapitre II, 405a, §§ 13-14''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre V.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 15.'''</small> Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοῖς καλουμένοις ἔπεσι λόγος· φησὶ γὰρ τὴν ψυχὴν ἐκ τοῦ ὅλου εἰσιέναι ἀναπνεόντων, φερομένην ὑπὸ τῶν ἀνέμων, οὐχ οἷόν τε δὲ τοῖς φυτοῖς τοῦτο συμβαίνειν οὐδὲ [411a] τῶν ζῴων ἐνίοις, εἴπερ μὴ πάντα ἀναπνέουσιν· τοῦτο δὲ λέληθε τοὺς οὕτως ὑπειληφότας.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 16.</small>''' (Εἰ δὲ δεῖ τὴν ψυχὴν ἐκ τῶν στοιχείων ποιεῖν, οὐθὲν δεῖ ἐξ ἁπάντων· ἱκανὸν γὰρ θάτερον μέρος τῆς ἐναντιώσεως ἑαυτό τε κρίνειν καὶ τὸ ἀντικείμενον. Καὶ γὰρ τῷ εὐθεῖ καὶ αὐτὸ καὶ τὸ καμπύλον γινώσκομεν· κριτὴς γὰρ ἀμφοῖν ὁ κανών, τὸ δὲ καμπύλον οὔθ' ἑαυτοῦ οὔτε τοῦ εὐθέος.)<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 17.</small>''' Καὶ ἐν τῷ ὅλῳ δή τινες αὐτὴν μεμῖχθαί φασιν, ὅθεν ἴσως καὶ '''Θαλῆς''' ᾠήθη πάντα πλήρη θεῶν εἶναι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.5/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον Ε'''], p.180, 410b-411a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#515 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Sous ce même grief tombe aussi la doctrine exprimée dans les vers attribués à '''Orphée''' : d’après elle, l’âme provient de l’univers extérieur et pénètre dans les êtres vivants par la respiration, les vents lui servant de véhicule — chose impossible dans le cas des plantes et de certains animaux, puisque tous ne sont pas doués de respiration ! C’est ce qui a échappé aux tenants de cette opinion. — Quand bien même il faudrait constituer l’âme en partant des éléments, il n’est nullement nécessaire de les prendre tous comme principes. En effet, l’un ou l’autre terme de la contrariété suffit à se juger lui-même ainsi que son contraire. C’est ainsi que par la ligne droite nous connaissons la ligne droite elle-même et la courbe, car la règle les juge tous deux (tandis que la courbe ne juge ni elle-même ni la ligne droite).<br /><p style="text-indent: 15px;">Certains autres penseurs déclarent que l’âme est mêlée à l’univers entier : peut-être est-ce l’origine de l’opinion de '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up/ <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up ''Chapitre V, 410b-411a, p.25''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 15.</small>'''</span>]] C’est là aussi l’erreur que présente cette pensée dans les vers appelés [[w:Orphisme|''Orphiques'']]. « L’âme, y est-il dit, vient de l’univers entrer dans les animaux, quand ils respirent, apportée par les vents. » Or, cela n’est certes pas possible pour les plantes, ni même pour certains [411a] animaux, puisque tous les animaux ne respirent pas. Mais c’est ce qu’ignoraient ceux qui ont avancé ces assertions hypothétiques.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 16.</small>'''</span>]] S’il faut d’ailleurs composer l’âme avec les éléments, il ne faut pas du moins la composer avec tous. En effet, il suffit d’une des deux parties de l’opposition, pour juger et cette partie même et l’opposé. Ainsi, par le droit , nous connaissons et le droit lui-même et la courbe. Le juge de tous les deux, c’est la règle, tandis que le courbe ne peut être la mesure ni de lui-même ni du droit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 17.</small>'''</span>]] Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers, et c’est là peut-être ce qui a fait penser à '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 15.</small></span>]] ''Dans les vers appelés Orphiques.'' Le mot appelés prouve qu’Aristote ne croyait pas que ces vers fussent réellement d’[[w:Orphée|Orphée]] (en grec ancien [[wikt:Ὀρφεύς#Grec_ancien|Ὀρφεύς / Orpheús]]). Le même doute est exprimé encore dans le traité [[w:Génération_des_animaux|''de la Génération des animaux'']]. liv. II. chap. 1, p. 734, a . 19, édit. de Berlin. — ''Vient de l’univers.'' Le texte dit « du tout. » Voir aussi sur cette opinion d’Aristote, relative à Orphée, [[w:Cicéron|Cicéron]], [[wikt:De_natura_deorum|de Natura deorum]], liv. 1, chap. 38. — ''Pour les plantes.'' Aristote reconnaît une âme dans les plantes, l’âme nutritive. Voir plus loin, liv. Il, chap. 2, § 3.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 16.</small></span>]] ''Pour juger et cette partie même.'' Le texte dit mot à mot . « Et pour que cette partie se juge elle-même. » La traduction que j’ai adoptée me semble plus claire. M. [[w:Friedrich_Adolf_Trendelenburg|Trendelenbourg]] rappelle ce principe de [[w:Baruch_Spinoza|Spinoza]] qui est tout-à-fait identique à celui d’Aristote « Verum sui index et falsi. » — ''La mesure ni de lui-même ni du droit.'' Il a donc peut-être eu tort de dire plus haut d’une manière générale qu’une des deux parties de l’opposition est suffisante.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 17.</small></span>]] ''Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers.'' C’est ainsi que [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]] comprend ce passage, qui semblerait alors s’adresser aux théories du [[w:Timée_(Platon)|Timée]]; mais [[w:Jean_Philopon|Philopon]] admet un autre sens que le texte peut donner aussi « Que l’âme est dans tout corps, et que l’âme se trouve mêlée aux éléments qui composent tous les corps. » Je préfère le premier sens comme étant plus d’accord avec ce qui suit.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#515 ''Chapitre V, 410b-411a, §§ 15-17''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposemment, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposemment, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}] </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><small>2-4</small></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><small>13</small></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><small>14-15</small></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><small>19</small></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><small>22</small></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><small>23</small></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><small>29</small></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><small>30</small></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><small>31-32</small></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</small></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l'''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] = <p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']]) <span id="Oligarchie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Rome|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie"><sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe‎ nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ +‎ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']]. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Cicéron|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_Republica|De Re Publica]] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] === <p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div> ==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Planètes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div> </poem> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉‎ / ḥny (/⁠ḥannī⁠/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ du nom commun 𐤁𐤏𐤋‎ / bʿl (/⁠baʿl⁠/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒‎ / brq (/⁠baraq⁠/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[#scholarque_back|<sup>⤴️</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[#Rhodes_back|<sup>⤴️</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>VI.</small>''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' — P<small>HILUS</small> : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.</small>'''</div> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>VIII.</small>''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴%EF%B8%8F|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Legibus|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em"><small>Lacune de peu d’étendue.</small></div> <table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.</small>'''</poem></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[#Sophiste_back|<sup>⤴️</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’ '''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div> <table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues. </small>'''</td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''M.''' [...]</small> Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<small><sup>NOTES</sup></b></small>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Divinatione|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[#phénicienne_back|<sup>⤴️</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<small>XLIX.</small>''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div> <span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Natura Deorum|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup><small>ODYSSEUM</small></sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|G<small>EDICKE</small>]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.''</small>''' </td> </tr> </table> <div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante/début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|alignT=center|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>'' '''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’ '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.</small> {{Boîte déroulante/fin}}</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup><small>REMARQUES</small></sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]]) </div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’ '''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[#Océan_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys_back|<sup>⤴️</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne_back|<sup>⤴️</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[#Abdère_back|<sup>⤴️</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]). </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’ '''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’ '''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’Epicure portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris. </div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Académiques|Academica]] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem> ==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] <p style="text-align: right;">[[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ==== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div> ===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] ===== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem> ====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent. </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''C<small>HAP</small>. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[#Zénon_dElee_back|<sup>⤴️</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Vitruve|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Architectura|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>II.</small> De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.</small> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>2.</small> Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 2.'''</small> Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALÈS</small> d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALES</small> e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> I<small>NCAPABLES D’ALTERATION</small>.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> A<small>FIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</small></span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''1.'''</small> Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>1.</small>''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VIII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÆFATIO</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">D<small>E</small> septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>INTRODUCTION</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÉFACE</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’A<small>IR</small>, le F<small>EU</small>, l’E<small>AU</small> et la T<small>ERRE</small>, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L<small>E</small> ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre IX ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>CHAPITRE VII.</small>.<br /><p style="text-align: center;"><small>DES CONSTELLATIONS DU MIDI.</small><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[#Historien|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'' [[#Grec|<sup>⤴️</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque_back|<sup>⤴️</sup>]] ''historique'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]]<p style="text-align: right;">[[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Bibliothèque historique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d'Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXIV.</small>''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto 0 auto">Suite des [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions au Ier millénaire EC]]</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] 4ghs50wcfj6upzros7ahwcwjhwj5rtk 766180 766179 2026-05-07T08:49:23Z Alex Mtlr 103840 /* */ Suppression balisage HTML<small> et </small> + éclaircissement du wikicode 766180 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Histoire de la philosophie/La philosophie antique|La philosophie antique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Wikifier}} {{EnTravaux}} {{navigation Milet|style="margin: 0 2em; text-align: center;"|[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Les sources]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Études]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Littérature]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions Ier millénaire EC]]}} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]].</p> <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']] [[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]]Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce|<span id="Grèce_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''Classique'' = <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Bataille_de_Salamine|Victoire ''grecque'' de ''Salamine'']] contre les Perses — [[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]]) {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Grèce|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Grèce_back|<span id="Grèce"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:Γραικός#Grec_ancien|Γραικός / Graikós]], étymologie obscure;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Aristote [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] a été l’un des premiers à utiliser le nom Graeci (Γραικοί) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''La vieille [[w:Grèce_antique#Cadre_géographique|''Hellade'']] est près de [[w:Dodone|''Dodone'']] (Δωδώνη [[wikt:en:Δωδώνη#Ancient_Greek|(en)]]) et de l’[[w:Achéloos_(fleuve)|''Achéloûs'']] ([[wikt:Ἀχελῷος#Grec_ancien|Ἀχελῷος]]); car ce fleuve a souvent changé son cours. Les peuples qui habitaient jadis ces lieux étaient les [[w:Selles_(Dodone)|''Selles'']] (Σελλοί), et ceux qu’on appelait alors Grecs et qui on nomme aujourd’hui Hellènes (Έλληνες [[wikt:en:Ἕλληνες#Ancient_Greek|(en)]]). ''»<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Météorologiques_(Aristote)|<u>Aristote, Météorologie</u>'']]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#1422 ''Livre I, Chapitre XIV, §22.'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Filiation [[w:Noms_des_Grecs|''des Héllènes et des Grecs'']] confirmée par la [[w:Chronique_de_Paros|''Chronique de Paros'']] [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/ {{Info|<sup>🔍</sup>|le premier exemple existant d’un tableau chronologique grec}}] ([[w:264_av._J.-C.|-264]]/[[w:263_av._J.-C.|-263]]) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''À partir du moment où [[w:Hellen|Hellen]] le [fils de] [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deuc[alion]]] devint roi de [[w:Phthiotide|[Phthi]otis]], et ceux qui étaient auparavant appelés Grecs furent nommés Hellènes.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>[[w:Chronique_de_Paros|Chronique de Paros]]</u>, [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/q004008.html ''Fragment perdu, §6'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;"> Après le développement des premiers villages agricoles durant les époques néolithiques, la [[w:Histoire_de_la_Grèce_antique|''Grèce'']] voit l’essor de plusieurs ensembles culturels dans les [[w:Civilisation_des_Cyclades|''Cyclades'']], la ''Crète [[w:Civilisation_minoenne|minoenne]]'' et le sud de la ''Grèce continentale [[w:Helladique|helladique]]'', durant l’[[w:Âge_du_bronze#Grèce_et_Crète|''Âge du Bronze'']] ([[w:XXXIIIe_siècle_av._J.-C.|XXXIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:XIIIe_siècle_av._J.-C.|XIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]). L’effondrement de la dernière grande culture grecque de l’âge du bronze, la [[w:Civilisation_mycénienne|civilisation ''mycénienne'']], ouvre une période de transition et de recompositions, les « [[w:Siècles_obscurs|siècles obscurs]] », qui porte en germe un renouveau de la civilisation grecque. Débutent ensuite les phases généralement tenues pour caractéristiques de la « Grèce antique ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_archaïque|''période archaïque'']] ([[w:Années_800_av._J.-C.|-800]] — [[w:Années_480_av._J.-C.|-480]]), voit la formation de la civilisation des cités grecques, forme d’organisation caractéristique de la Grèce antique, une [[w:Colonisation_grecque|période d’expansion]] par la fondation de nouvelles cités dans d’autres régions de la Méditerranée et de la mer Noire, et l’apparition de formes littéraires et intellectuelles originales (épopées homériques, poésie lyrique, ''philosophie'').<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_classique|''période classique'']] ([[w:Années_480_av._J.-C.|-480]] — [[w:323_av._J.-C.|-323]]), apparaît à la suite de la victoire d’une coalition de cités ''grecques'' face à la [[w:Guerres_médiques|tentative de conquête des ''Perses'']], qui laisse face-à-face les deux cités les plus puissantes, ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]], qui entraînent le monde grec dans un [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''conflit de grande ampleur'']] [[#Péloponnèse_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:431_av._J.-C.|-431]] — [[w:404_av._J.-C.|-404]]). Cette période voit une floraison culturelle se produire autour du foyer athénien, visible dans l’art, l’architecture, le théâtre, la ''philosophie'', etc. Le [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] voit se poursuivre les rivalités entre cités pour l’exercice de l’hégémonie, situation finalement réglée par l’émergence du [[w:Royaume_de_Macédoine|''royaume de Macédoine'']] qui parvient à dominer les cités de ''Grèce'' en [[w:338_av._J.-C.|-338]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_hellénistique|''période hellénistique'']] ([[w:323_av._J.-C.|-323]] — [[w:31_av._J.-C.|-31]]), une nouvelle phase d’expansion des ''Grecs'', cette fois-ci vers l’est et le sud, avec la fondation de nombreuses cités ''grecques'' en Asie occidentale. La civilisation ''grecque'' devient alors dominante sur le plan culturel, aussi bien dans le monde ''méditerranéen'' qu’en ''Orient'', appuyée sur les dynasties d’origine ''gréco-macédonienne'' (''Lagides'' en ''Égypte'', ''Séleucides'' en ''Asie occidentale'', ''Antigonides'' en ''Macédoine'', ''Attalides'' de ''Pergame''). C’est aussi une période très dynamique dans le domaine intellectuel, notamment dans les sciences. Les royaumes ''hellénistiques'' font face à partir de la fin du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] à l’expansion de la République romaine, qui soumet progressivement le monde ''grec'' et annexe ses différentes régions, jusqu’à la conquête de l’Égypte en [[w:31_av._J.-C.|-31]], date qui marque couramment la fin des histoires de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == '''[[w:Hérodote|Hérodote]] ''' [[#Hérodote|<span id="Hérodote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Carie_(Antiquit%C3%A9)|''Carie'']], [[w:Satrapie_de_Carie|''satrapie'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] — [[w:425_av._J.-C.|-425]], à [[w:Thourioi|''Thourioï'']], cité ''grecque'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], fondée sur le site antérieur de [[w:Sybaris|''Sybaris'']], dont '''Hérodote''' a participé à l’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Hérodote|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Bust of Herodotus in Palazzo Massimo (Rome).JPG|vignette|Portrait d’Hérodote, identifié par comparaison avec d’autres bustes nommés de l’historien. Marbre grec, copie romaine d’un original grec du début du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : environs de la [[w:Porta_Metronia|''Porta Metronia'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Rez-de-chaussée [https://www.rome-roma.net/musee-national-romain/palais-massimo-alle-terme/sculptures-epoque-republicaine/ <sup>🔍</sup>] du [[w:Musée_national_romain|''Museo nazionale romano'']] di [[w:Palais_Massimo_des_Thermes|''Palazzo Massimo alle Terme'']] [https://commons.wikimedia.org/wiki/Catalogue_of_the_Collections_of_Museo_nazionale_romano_di_palazzo_Massimo <sup>PMT 85</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_fondateurs_de_l’histoire|Historien]] [[#Histoire_back|<sup>⤵️</sup>]] et [[w:Histoire_de_la_géographie#Grèce_archaïque_et_classique|''géographe'']] [[#géographe|<span id="géographe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], surnommé par '''Cicéron''' [[#Cicéron_back|<sup>⤵️</sup>]] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/lois.htm {{Info|« le père de l’histoire »|Cicéron, Des Lois, Livre I, Chapitre 1, §5.}}].</div> </poem> <span id="théophore_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Hérodote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hérodote_back|<span id="Hérodote"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[#théophore|<sup>II</sup>]] grec ancien Ἡρόδοτος / Hēródotos [[wikt:en:Ἡρόδοτος#Ancient_Greek|(en)]], « donné par Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρα / Hḗra [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « ([[w:Mythologie_grecque|''mythologie grecque'']]) [[w:Héra|Héra]], protectrice des femmes et déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couches. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:δοτός#Grec_ancien|δοτός / dotós]], « accordé, donné, offert »; du verbe δίδωμι / dídōmi [[wikt:en:δίδωμι#Ancient_Greek|(en)]], « Donner, présenter, offrir. Accorder, autoriser, permettre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#théophore_back|<span id="théophore"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:θεόφορος#Grec_ancien|θεόφορος / theóphoros]], « qui porte dieu »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une divinité, un dieu, Dieu. 2. Titre d’un dirigeant. 3. Parfois féminin (ἡ θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe φέρω / phérô [[wikt:en:φέρω#Ancient_Greek|(en)]], « [pour des objets inanimés] apporter, porter »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Nom propre qui contient celui d’une divinité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#géographe_back|<span id="géographe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωγράφος#Grec_ancien|γεωγράφος / geôgraphos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe γεω- / geô- [[wikt:en:γεω-#Greek|(en)]]; forme combinée du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:γράφος#Grec_ancien|γράφος / gráphos]], « écrit »; [[w:Nom_déverbal|''déverbal'']] de [[wikt:γράφω#Grec_ancien|γράφω / gráphô]], « (sens de départ) Égratigner, écorcher. Tracer des signes pour écrire ou pour dessiner, d’où le sens de graver, d’inscrire, d’écrire, de dessiner, de peindre. Aussi : rédiger, composer (en prose). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Description, indication de tailles et mesure de monuments, de villes, de territoires, de mers/fleuves et de la richesse de peuples.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Histoires|Histoire/Enquête]] [[#Histoire|<span id="Histoire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire (Hérodote)|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 18''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_18|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des ''Histoires'' d’Hérodote (chapitres 105-106), écrit en grec, et daterait du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Il a été découvert par [[w:Bernard_Pyne_Grenfell|Grenfell]] et [[w:Arthur_Surridge_Hunt|Hunt]] en 1897 à [[w:Oxyrhynque|''Oxyrhynque'']]. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 19''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_19|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des Histoires d’Hérodote (chapitre 76), écrit en grec. Il daterait du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 2099''' est un fragment du ''Livre VIII'' des ''Histoires'' d’Hérodote, et daterait de la première partie du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]].}}}</div> |} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Seule œuvre connue d’'''Hérodote''', il y expose le développement de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] [[#Perses|<span id="Perses_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] (Livres I à IV), puis relate les [[w:Guerres_médiques|''guerres médiques'']] [[#Mèdes|<span id="Mèdes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui opposèrent les [[w:Perses|''Perses'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] aux ''Grecs'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] ([[w:Guerres_médiques#Première_guerre_médique|Première]] : Livres V et VI; [[w:Guerres_médiques#Seconde_guerre_médique|Seconde]] : Livres VII à IX).</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Histoire/Enquête|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Histoire_back|<span id="Histoire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:ἱστορία#Grec_ancien|ἱστορία / historía]], « Enquête, examination, observation, étude. Compte-rendu, histoire. »; du verbe [[wikt:ἱστορέω#Grec_ancien|ἱστορέω / historéō]] « Enquêter, examiner, observer, rendre compte »; [[w:Dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:ἵστωρ#Grec_ancien|ἵστωρ / hístōr]]; [[w:Attique_(dialecte)|''forme attique'']] du nom commun [[wikt:ἴστωρ#Grec_ancien|ἴστωρ / ístōr]], « connaisseur, juge, témoin, sage »; dérivé du verbe [[wikt:οἶδα#Grec_ancien|οἶδα / oîda]], « savoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le rôle d’historien apparait dès l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']] comme un type de récit mêlant lecture croisée, différents types de narrations et volonté de reconstruction d’une forme de vérité ou véracité sur les événements passés, avec différents objectifs, comme ici, celui de préserver de l’oubli ces événements :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Hérodote d’Halicarnasse consigne dans cette histoire le résultat de ses recherches, afin que les actions des hommes ne soient pas effacées par le temps et que les grands et prodigieux exploits accomplis, tant par les Grecs que par les barbares, ne tombent pas dans l’oubli; il exposera les causes de ces luttes sanglantes et divers événements qui les ont précédées.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f14.item ''Livre I - CLIO, Introduction''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Perses_back|<span id="Perses"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien περσῐ́ς / persís; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎱𐎠𐎼𐎿 / p-a-r-s / ⁠Pārsa [[wikt:en:𐎱𐎠𐎼𐎿#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] le [[w:Plateau_iranien|''plateau iranien'']] est peuplé par les ''Mādā'' dans le nord-ouest et par les ''[[w:Aryens|Āryā]]'' au nord-est et dans le [[w:Fars|''Fars'']]. Autour de [[w:-750|-750]], dans le nord-ouest de l’actuel ''Iran'', [[w:Déjocès|Déjocès]] fonde le premier ''royaume mède'', dont la capitale est [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']]. En [[w:-612|-612]] les ''Mèdes'' s’emparent de [[w:Ninive|''Ninive'']], provoquant la chute de l’[[w:Assyrie|''Empire assyrien'']]. La « Perse » est alors, au sud, une région vassale de l’empire mède, culturellement et linguistiquement proche. En [[w:-552|-552]], Cirus II fonde l’empire perse après avoir conquis l’empire mède.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mèdes_back|<span id="Mèdes"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Μῆδος / Mêdos [[wikt:en:Μῆδος#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Mèdes|''Mède, habitant de Médie'']] »; du nom propre et commun [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎶𐎠𐎭 / m-a-d / Māda [[wikt:en:𐎶𐎠𐎭#Old_Persian|(en)]], « ''Médie'' ; ''Mède, habitant de Médie'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancien peuple qui vivait dans une région du nord-ouest de l’Iran. Bien qu’une place importante dans l’histoire du Moyen-Orient antique lui soit généralement reconnue, ce peuple n’a laissé aucune source textuelle permettant de reconstituer son histoire. Il n’est connu que par des sources extérieures, ainsi que par quelques sites archéologiques ''iraniens'', qui sont supposés avoir été occupés par des ''Mèdes''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les [[w:Guerres_médiques|''guerres dites médiques'']] opposent les ''Grecs'' aux ''Perses'' de l’Empire achéménide au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elles sont déclenchées par la révolte des ''cités grecques asiatiques'' contre la domination ''perse'' et se conclurent par la victoire spectaculaire des ''cités grecques européennes'' conduites par ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le découpage en neuf livres, chacun portant le nom d’une ''Muse'' [[#Muses|<span id="Muses_back"><sup>I</sup></span>]] n’est pas le fait de l’auteur : la première mention en est faite par [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''' de ''Sicile'']] [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]</div> </poem> <span id="NdA_mythologie_grecque_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA mythologie grecque|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Muses_back|<span id="Muses"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Selon la plupart et les plus célèbres mythologues, les Muses sont filles de '''Jupiter''' <nowiki>[</nowiki>[[w:Zeus|Zeus]] [[#Zeus|<span id="Zeus_back"><sup>II</sup></span>]]<nowiki>]</nowiki> et de [[w:Mnémosyne|'''Mnémosyne''']] [[#Mnémosyne|<span id="Mnémosyne_back"><sup>III</sup></span>]]. Quelques poètes cependant, au nombre desquels est [[w:Alcman|'''Alcman''']] disent qu’elles sont filles d’[[w:Ouranos|'''Uranus''']] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de la Terre. On n’est pas non plus d’accord sur leur nombre ; car les uns en admettent trois, les autres neuf. Cependant l’opinion de ceux qui en admettent neuf a prévalu, comme ayant été professée par les hommes les plus célèbres ; je veux parler d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤵️</sup>]], d’[[w:Hésiode|'''Hésiode''']] et de plusieurs autres. [...] On les fait présider chacune aux diverses parties de la [[w:Musique_de_la_Grèce_antique|musique]] [[#musique|<span id="musique_back"><sup>VIII</sup></span>]] [...] La plupart des mythologues disent qu’elles sont vierges, parce que les vertus acquises par l’éducation paraissent incorruptibles. Elles sont appelées Muses, parce qu’elles initient les hommes aux sciences ; c’est-à-dire qu’elles enseignent aux hommes des choses belles et utiles, qui sont hors de la portée des ignorants. Chacun de leurs noms est justifié.<br />[[w:Clio|'''Clio''']] [[#Clio|<span id="Clio_back"><sup>Ia</sup></span>]] a été ainsi appelée, parce que ceux qui sont chantés par les poètes acquièrent une grande gloire ;<br />[[w:Euterpe|'''Euterpe''']] [[#Euterpe|<span id="Euterpe_back"><sup>Ib</sup></span>]], à cause du plaisir que les beaux-arts procurent à ceux qui les entendent ; <br />[[w:Thalie_(Muse)|'''Thalie''']] [[#Thalie|<span id="Thalie_back"><sup>Ic</sup></span>]], parce qu’elle rajeunit éternellement ceux qui sont loués par la poésie ; <br />[[w:Melpomène|'''Melpomène''']] [[#Melpomène|<span id="Melpomène_back"><sup>Id</sup></span>]], parce que la mélodie s’insinue jusque dans le fond de l’âme ; <br />[[w:Terpsichore|'''Terpsichore''']] [[#Terpsichore|<span id="Terpsichore_back"><sup>Ie</sup></span>]], pour indiquer les jouissances que ceux qui sont initiés aux beaux-arts retirent de leurs études ; <br />[[w:Érato|'''Erato''']] [[#Erato|<span id="Erato_back"><sup>If</sup></span>]], parce que les gens instruits sont recherchés et aimés de tout le monde ; <br />[[w:Polymnie|'''Polymnie''']] [[#Polymnie|<span id="Polymnie_back"><sup>Ig</sup></span>]] indique par son nom que les poètes ont acquis par leurs hymnes une gloire immortelle. <br />[[w:Uranie|'''Uranie''']] [[#Uranie|<span id="Uranie_back"><sup>Ih</sup></span>]], parce que ceux qu’elle instruit élèvent leurs pensées et leur gloire jusqu’au ciel. <br />Enfin, [[w:Calliope|'''Calliope''']] [[#Calliope|<span id="Calliope_back"><sup>Ii</sup></span>]], parce qu’elle a une belle voix, c’est-à-dire que les chants de la poésie sont applaudis par ceux qui les écoutent.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre4a.htm#11 ''Tome Premier : Livre IV chapitre VII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Clio_back|<span id="Clio"><sup>Ia</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κλειώ#Grec_ancien|Κλειώ / Kleiố]]; du verbe [[wikt:κλέω#Grec_ancien|κλέω / kleô]], « raconter, rendre célèbre, célébrer. (passif) être célèbre. »; [[w:Causatif|''causatif'']] du verbe [[wikt:κλύω#Grec_ancien|κλύω / klúô]], « entendre. être renommé, réputé. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Euterpe_back|<span id="Euterpe"><sup>Ib</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὐτέρπη#Grec_ancien|Εὐτέρπη / Eutérpê]]; de l’adjectif [[wikt:εὐτερπής#Grec_ancien|εὐτερπής / euterpês]], « charmant, qui sait plaire »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eũ]] [[wikt:en:εὖ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « Bon, brave. »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + de [[wikt:τέρπω#Grec_ancien|τέρπω / térpô]], « 1. Satisfaire. 2. Ravir, enchanter. 3. S’amuser, prendre plaisir. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Thalie_back|<span id="Thalie"><sup>Ic</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλία / Thalía ou Θάλεια / Tháleia [[wikt:en:Θάλεια#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe grec ancien θάλλω / thállō, « 1. Fleurir, germer. 2. Grandir, s’épanouir, prospérer. 3. Gonfler, abonder. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Melpomène_back|<span id="Melpomène"><sup>Id</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μελπομένη / Melpoménē [[wikt:en:Μελπομένη#Ancient_Greek|(en)]]; du participe féminin médiopassif [[wikt:en:Mediopassive_voice|(en)]] du verbe μέλπω / mélpō [[wikt:en:μέλπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Célébrer avec des chants et des danses. 2. Chanter sur la lyre ou la harpe. 3. Chanter, célébrer. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Terpsichore_back|<span id="Terpsichore"><sup>Ie</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē [[wikt:en:Τερψιχόρη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun τέρψις / térpsis [[wikt:en:τέρψις#Ancient_Greek|(en)]], « pleine jouissance, délice, allégresse, plaisir »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ du verbe τέρπω / térpō [[wikt:en:τέρπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ravir. 2. (voix passive et voix moyenne) Profiter, se délecter. »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif, d‎’action, de traitement ou de résultat -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós [[wikt:en:χορός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. piste de danse, danse en rond. 2. Danse accompagnée de chants, danse chorale. 3. Chœur, groupe de chanteurs et danseurs. 4. Fanfare, troupe, groupe. 5. Rangée. 6. Endroit pour danser. 7. (théâtre) Chœur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Erato_back|<span id="Erato"><sup>If</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐρατώ / Eratṓ [[wikt:en:Ἐρατώ#Ancient_Greek|(en)]]; de l‎’adjectif [[wikt:ἐρατός#Grec_ancien|ἐρᾰτός / eratos]], « 1. Aimable, charmant, joli. 2. Aimé. »; du verbe ἐράω / eráô [[wikt:en:ἐράω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (interprété avec le génitif de personne ou avec un accusatif apparenté) Aimer (avec passion sexuelle), être amoureux de. 2. (sans référence sexuelle) Aimer chaleureusement (opposé à φιλέω [[wikt:en:φιλέω#Ancient_Greek|(en)]]). 3. (interprété avec le génitif de chose ou avec un infinitif) Aimer ou désirer passionnément (faire quelque chose, lorsqu'il est interprété avec un infinitif). ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Polymnie_back|<span id="Polymnie"><sup>Ig</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πολῡμνῐ́ᾱ / Polūmníā [[wikt:en:Πολυμνία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe πολῠ- / polu- [[wikt:en:πολυ-#Ancient_Greek|(en)]], « multi-, poly- »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ῠ̔́μνος / húmnos [[wikt:en:ὕμνος#Ancient_Greek|(en)]], « chant, hymne, ode (généralement à la louange des dieux ou des héros) »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Uranie_back|<span id="Uranie"><sup>Ih</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Οὐρᾰνῐ́ᾱ / Ouraníā [[wikt:en:Οὐρανία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Οὐρᾰνός / Ouranós [[#Ouranos|<sup>VII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Calliope_back|<span id="Calliope"><sup>Ii</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλιόπη / Kalliópē [[wikt:en:Καλλιόπη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe κᾰλλῐ- / kalli- [[wikt:en:καλλι-#Ancient_Greek|(en)]], Se référant à la beauté de la racine du mot ci-joint;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ὄψ / óps [[wikt:en:ὄψ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (poétique) Voix. 2. (poétique) Mot. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zeus_back|<span id="Zeus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dieu suprême dans la mythologie grecque, fils du [[w:Titan_(mythologie)|''titan'']] [[w:Cronos|Cronos]] [[#Cronos|<span id="Cronos_back"><sup>IV</sup></span>]] et de la [[w:Titan_(mythologie)|''titanide'']] [[w:Rhéa_(mythologie)|Rhéa]] [[#Rhéa|<span id="Rhéa_back"><sup>V</sup></span>]], marié à sa sœur [[w:Héra|Héra]] [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il a fait régurgiter ses frères et sœurs à son père Cronos, et avec eux, le renversa, lui et les autres Titans.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Mnémosyne_back|<span id="Mnémosyne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Μνημοσύνη#Grec_ancien|Μνημοσύνη / Mnēmosúnē]]; du nom commun μνημοσῠ́νη / mnēmosúnē [[wikt:en:μνημοσύνη#Ancient_Greek|(en)]], « la mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:μνήμων#Grec_ancien|μνήμων / mnḗmōn]], « Souvenant, qui garde en mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif -σύνη / -súnē [[wikt:en:-σύνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]] [[#Gaïa|<span id="Gaïa_back"><sup>VII</sup></span>]], et déesse de la Mémoire. Elle a inventé les mots et le langage de la Terre entière, elle donna un nom à chaque chose, ce qui rendit possible le fait de s’exprimer. Avec Zeus [[#Zeus|<sup>II</sup>]], elle conçut les neuf [[w:Muses|''Muses'']], déesses inspiratrices des Arts.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cronos_back|<span id="Cronos"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κρόνος#Grec_ancien|Κρόνος / Krónos]]; potentiellement du verbe [[wikt:κραίνω#Grec_ancien|κραίνω / krainô]], « Achever, accomplir, réaliser. Régner, commander, diriger, être le chef, dominer. » ([[w:Cronos#Étymologie|mais étymologie sujet à caution]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Plus jeune des [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']], fils d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], époux et frère de Rhéa [[#Rhéa|<sup>V</sup>]]. Emprisonnés, lui et ses frères et sœurs, des entrailles de la Terre maternelle par Ouranos, il se délivra en émasculant ce dernier avec une faucille, donnée par Gaïa, lorsque la nuit venue, le Ciel descendit couvrir la Terre. Ouranos et Gaïa prophétisant alors la chute de Cronos par son propre fils, il engloutira ses propres enfants.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhéa_back|<span id="Rhéa"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥέᾱ / Rhéā [[wikt:en:Ῥέα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], épouse et sœur de Cronos [[#Cronos|<sup>IV</sup>]], mère des dieux et déesses [[w:Hestia|Hestia]], [[w:Déméter|Déméter]], Héra [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Hadès|Hadès]], [[w:Poséidon|Poséidon]] et Zeus [[#Zeus|<sup>III</sup>]]. Sur le conseil de Gaïa, elle dupe Cronos en lui faisant avaler une pierre au lieu de son dernier enfant, Zeus, et cache celui-ci en [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Ouranos_back|<span id="Ouranos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Οὐρανός#Grec_ancien|Οὐρανός / Ouranós]]; [[w:Antonomase|''antonomase'']] du nom commun [[wikt:οὐρανός#Grec_ancien|οὐρανός / ouranós]] [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « Ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait. Région au-dessus de cette voûte, demeure des dieux. (''philosophie'') Univers. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. »; [[w:Ouranos#Étymologie|''vaste possibilité d’origine étymologique'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant le Ciel étoilé.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Gaïa_back|<span id="Gaïa"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Γαῖα#Grec_ancien|Γαῖα / Gaîa]]; du nom commun [[wikt:γαῖα#Grec_ancien|γαῖα / gaîa]], « La terre, comme partie de l’univers. La terre comme contrée, pays. La terre par opposition à l’eau : terrain, culture. »; [[w:Doublet_lexical|''doublet'']] de même sens du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant la terre, unie à Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]], elle engendra les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']] et les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titanides'']], puis les trois [[w:Cyclope#Cyclopes_ouraniens|''Cyclopes'']] et enfin les trois [[w:Hécatonchires|''Hécatonchires'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#musique_back|<span id="musique"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien μουσῐκή / mousikḗ [[wikt:en:μουσική#Ancient_Greek|(en)]], « les arts des Muses. »; [[w:Ellipse|''ellipse'']] de μουσικὴ τέχνη / mousikḕ tékhnē [[wikt:en:τέχνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Artisanat, compétence, commerce. 2. Art. 3. Ruse, astuce. 4. Moyens. »; de l’adjectif μουσικός / mousikós, « 1. De ou pour la musique, musical. 2. Doué en musique, musical. 3. Réalisé, accompli. 4. (nominalisé, masculin singulier) Musicien.ne. 5. (nominalisé, masculin singulier) Adepte des ''Muses'', personne de lettres et d’accomplissement, érudit. 6. (nominalisé, féminin singulier ou neutre pluriel) Musique. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du suffixe adjectival -ικός / -ikós, « de ou se rapportant à, de la manière de ; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La musique tient une place essentielle dans la vie sociale, politique et religieuse de la ''Grèce antique''. Pour les ''Grecs'', la musique est le plus beau des arts, en même temps qu’une science, objet des plus hautes spéculations philosophiques ; en ce sens, les ''Grecs'' lui ont accordé plus de valeur qu’aux arts majeurs que furent pour eux la poésie, la danse et la médecine.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I — [[w:Clio|'''CLIO''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Victoire du Grand roi [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide|<span id="achéménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus II''']] [[#Cyrus_le_Grand|<span id="Cyrus_le_Grand_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] sur le roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie|<span id="Lydie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus|<span id="Crésus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] (Livre I, chapitres VI à XCIV).</div> </poem> <span id="Anatolie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquêtes ''Achéménides''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#achéménide_back|<span id="achéménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀχαιμενίδης / Akhaimenídēs [[wikt:en:Ἀχαιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ᾰ̓χαιμένης / Akhaiménēs [[wikt:en:Ἀχαιμένης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Achéménès|Achéménès]], le fondateur non attesté de la dynastie ''perse Achéménide'' »; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁 / h-x-a-m-n-i-š / Haxāmaniš [[wikt:en:𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁#Old_Persian|(en)]], « avoir l’esprit de quelqu’un d’allégeant, qui allège, soulage, est secourable »; du [[w:Langues_iraniennes#Le_vieil_iranien|''vieil iranien'']] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du radical *haxā-, « celui qui est lié par allégeance, quelqu’un d’allégeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du radical *mani-, « esprit, mentalité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + ‎du suffixe patronymique masculin -ῐ́δης / -ídēs [[wikt:en:-ίδης#Ancient_Greek|(en)]], « fils de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dynastie de rois ayant fondé et dirigé le premier des [[w:Empire_perse|''empires perses'']], qui a régné sur une grande partie du [[w:Moyen-Orient|Moyen-Orient]] durant le [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|Ier millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyrus_le_Grand_back|<span id="Cyrus_le_Grand"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κῦρος#Grec_ancien|Κῦρος / Kŷros]], du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁 / ku-u-ru-u-š / Kuruš [[wikt:en:𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fondateur attesté de l’Empire perse [[#Perses_back|<sup>⤴️</sup>]] de la dynastie des ''Achéménides'', régnant d’environ [[w:Années_550_av._J.-C.|-559]] à [[w:Années_520_av._J.-C.|-529]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]. Son règne a été marqué par des conquêtes d’une ampleur sans précédent : après avoir soumis les ''Mèdes'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]], il a placé sous sa domination le royaume de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] et les cités grecques d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], puis l’[[w:Empire_néo-babylonien|''Empire néo-babylonien'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600 ou -576]], [[w:Anshan_(Élam)|''Anshan'']], en ''Perse'' — [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]], [[w:Pasargades|''Pasargades'']], en ''Perse'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Cyrus_the_Great|(en)]]</sup></small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Lydie_back|<span id="Lydie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Λυδία#Grec_ancien|Λυδία / Lȳdíā]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Λυδός / Lydós [[wikt:en:Λυδός#Ancient_Greek|(en)]], « Roi légendaire [[w:Lydos|Lydos]]. [[w:Lydiens|''Lydien, habitant de Lydie.'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Royaume de l’[[w:Âge_du_fer|''Âge du Fer'']] de l’ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie Mineure'', ou ''Anatolie'']] [[#Anatolie|<span id="Anatolie_back"><sup>V</sup></span>]], situé généralement à l’est de l’ancienne ''Ionie'' dans les provinces turques occidentales modernes d’[[w:Uşak_(province)|''Uşak'']], [[w:Manisa_Province|''Manisa'']] et [[w:İzmir_Province|''des terres intérieures d’Izmir'']]. Le royaume de ''Lydie'' a existé d’environ [[w:Années_1200_av._J.-C.|-1200]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]]. Dans sa plus grande étendue, au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], il couvrait toute l’''Anatolie occidentale''. En -546, il devient une province de l’empire perse achéménide [[#achéménide|<sup>I</sup>]], connue sous le nom de ''[[w:Satrape|satrapie]] de Lydie'' [[w:en:Lydia_(satrapy)|(en)]] ou 𐎿𐎱𐎼𐎭 / Sparda [[wikt:en:𐎿𐎱𐎼𐎭#Old_Persian|(en)]] en [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']]. En [[w:133_av._J.-C.|-133]], il devient une partie de la [[w:Asie_(province_romaine)|''province romaine d’Asie'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Crésus_back|<span id="Crésus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κροῖσος / Kroîsos [[wikt:en:Κροῖσος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom propre [[w:Lydien|''lydien'']] 𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / krowiśaś [[wikt:en:𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], littéralement « le noble Karoś »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre 𐤨𐤠𐤭𐤬𐤮‎ / Karoś;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de la semi-voyelle‎ -𐤥-‎ / -w-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun 𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / iśaś [[wikt:en:𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], « maître, seigneur, noble »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]], dernier souverain de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']], vaincu par Cyrus le Grand [[#Cyrus_le_Grand|<sup>II</sup>]]. Durant son règne, qui s’étend d’environ [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]], il conquiert la [[w:Pamphylie|''Pamphylie'']], la [[w:Mysie|''Mysie'']] et la [[w:Phrygie|''Phrygie'']] jusqu’à l’[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>⤵️</sup>]] mais ne parvient pas à s’implanter plus à l’Est de son royaume.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-596]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]], [[w:Sardes|''Sardes'']], capitale de la ''Lydie'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Croesus|(en)]]</sup>.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anatolie_back|<span id="Anatolie"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀνατολή / anatolḗ [[wikt:en:ἀνατολή#Ancient_Greek|(en)]], « S'élevant au-dessus de l’horizon (de tout corps céleste, en particulier du soleil). La direction du lever du soleil, l’Est »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἀνατέλλω / anatéllō [[wikt:en:ἀνατέλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Lever. Faire grandir. Donner naissance à. Mettre en lumière. Se lever (pour le soleil et la lune) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du préfixe ᾰ̓νᾰ- / ana- [[wikt:en:ἀνα-#Ancient_Greek|(en)]], « jusqu'à, vers le haut, vers le haut. (intensificateur) à fond, complètement. Indiquant une répétition ou une amélioration : re-, encore une fois. En arrière. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe τέλλω / téllō, « (poétique, [[wikt:Dialectes_du_grec_ancien|''crétois'']]) accomplir, exécuter. Monter, s'élever (pour les étoiles). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_o-grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Vaste territoire situé à l’extrémité occidentale de l’Asie. L’Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[w:Troie|''Troie'']] du [[w:XVe_siècle_av._J.-C.|XV<sup>ème</sup>]] au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] (du [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en ''Ionie'', [[w:Éolide|''Éolide'']] et [[w:Doride_(Anatolie)|''Doride'']], et des royaumes en [[w:Bithynie|''Bithynie'']], [[w:Paphlagonie|''Paphlagonie'']], et dans les régions du [[w:Royaume_du_Pont|''Pont'']] et de [[w:Cappadoce|''Cappadoce'']], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la ''Perse'' ([[w:Années_540_av._J.-C.|-548]]).</small>''' {{Boîte déroulante/fin}}</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXIV</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récit de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''La bataille de l’Éclipse'']] [[#Éclipse|<span id="Éclipse_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''/ de l’''[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys|<span id="Halys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], prédite par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre LXXIV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Éclipse_back|<span id="Éclipse"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἔκλειψῐς / ékleipsis [[wikt:en:ἔκλειψις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Disparition, abandon. 2. Particulièrement, disparition d’un astre : éclipse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἐκλείπω / ekleípō [[wikt:ἐκλείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Laisser de côté, omettre, passer outre. 2. Délaisser, déserter, abandonner. 3. S’arrêter, cesser. 4. Échouer, manquer, être inférieur. 5. Laisser tomber (quelqu’un). 6. Mourir. 7. S’évanouir. 8. Partir. 9. Être laissé, rester. 10. (astronomie) Être éclipsé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐκ- / ek- [[wikt:en:ἐκ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Avec un sentiment d’éloignement : dehors, loin, hors. 2. Exprimer l’achèvement ou la totalité : complètement, totalement, finalement. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe λείπω / leípō [[wikt:en:λείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Partir, laisser derrière. 2. Laisser seul, libérer. 3. (passif) Être laissé, rester, survivre. 4. (intransitif) Partir, disparaître. 5. Déserter, échouer. 6. Manquer, échouer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Halys_back|<span id="Halys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἅλυς / Hálus [[wikt:en:Ἅλυς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fleuve d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qui se jette dans la mer Noire, et frontière naturelle entre le royaume [[w:Lydie|''lydien'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Μετὰ δὲ ταῦτα, οὐ γὰρ δὴ ὁ [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττης''']] ἐξεδίδου τοὺς [[w:Scythes|'''Σκύθας''']] ἐξαιτέοντι [https://fr.wikiarabi.org/wiki/Cyaxares '''Κυαξάρῃ'''], πόλεμος τοῖσι [[w:Lydie|'''Λυδοῖσι''']] καὶ τοῖσι [[w:M%C3%A8des|'''Μήδοισι''']] ἐγεγόνεε ἐπ᾽ ἔτεα πέντε, ἐν τοῖσι πολλάκις μὲν οἱ '''Μῆδοι''' τοὺς '''Λυδοὺς''' ἐνίκησαν, πολλάκις δὲ οἱ '''Λυδοὶ''' τοὺς '''Μήδους''', ἐν δὲ καὶ νυκτομαχίην τινὰ ἐποιήσαντο· [2] Διαφέρουσι δέ σφι ἐπὶ ἴσης τὸν πόλεμον τῷ ἕκτῳ ἔτεϊ συμβολῆς γενομένης συνήνεικε ὥστε τῆς μάχης συνεστεώσης τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύκτα γενέσθαι. Τὴν δὲ μεταλλαγὴν ταύτην τῇ ἡμέρης [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς ὁ Μιλήσιος''']] τοῖσι [[w:Ionie|''' Ἴωσι ''']] προηγόρευσε ἔσεσθαι, οὖρον προθέμενος ἐνιαυτὸν τοῦτον ἐν τῷ δὴ καὶ ἐγένετο ἡ μεταβολή. [3] οἱ δὲ '''Λυδοί''' τε καὶ οἱ '''Μῆδοι''' ἐπείτε εἶδον νύκτα ἀντὶ ἡμέρης γενομένην, τῆς μάχης τε ἐπαύσαντο καὶ μᾶλλόν τι ἔσπευσαν καὶ ἀμφότεροι εἰρήνην ἑωυτοῖσι γενέσθαι. Οἱ δὲ συμβιβάσαντες αὐτοὺς ἦσαν οἵδε, [[w:Satrapie_de_Cilicie#Ethnographie_et_historique_avant_Alexandre|'''Συέννεσίς''']] τε ὁ [[w:Cilicie|'''Κίλιξ''']] καὶ [[w:Nabonide|'''Λαβύνητος''']] ὁ [[w:Babylone_(civilisation)|'''Βαβυλώνιος''']]. [4] οὗτοί σφι καὶ τὸ ὅρκιον οἱ σπεύσαντες γενέσθαι ἦσαν καὶ γάμων ἐπαλλαγὴν ἐποίησαν· [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττεα''']] γὰρ ἔγνωσαν δοῦναι τὴν [[wikt:%CE%B8%CF%85%CE%B3%CE%B1%CF%84%CE%AD%CF%81%CE%B1|θυγατέρα]] [[w:en:Aryenis|''' Ἀρύηνιν''']] [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεϊ''']] τῷ '''Κυαξάρεω''' παιδί· ἄνευ γὰρ ἀναγκαίης ἰσχυρῆς συμβάσιες ἰσχυραὶ οὐκ ἐθέλουσι συμμένειν. [5] ὅρκια δὲ ποιέεται ταῦτα τὰ ἔθνεα τὰ πέρ τε [[w:Grecs|''' Ἕλληνες''']], καὶ πρὸς τούτοισι, ἐπεὰν τοὺς [[wikt:%CE%B2%CF%81%CE%B1%CF%87%CE%AF%CE%BF%CE%BD%CE%B1%CF%82|βραχίονας]] ἐπιτάμωνται ἐς τὴν ὁμοχροίην, τὸ αἷμα ἀναλείχουσι ἀλλήλων.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXIV.''] [[s:en:Herodotus_The_Persian_Wars_(Godley)/Book_I|<sup>📚</sup>]], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' [[w:Cyaxare|'''Cyaxare''']] [[#Cyaxare|<span id="Cyaxare_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] les [[#les|<span id="les_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] réclama, le roi de [[w:Sardes|''Sardes'']] [[#Sardes|<span id="Sardes_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] refusa de les [[#les|<sup>'''III'''</sup>]] livrer; une guerre s’engagea entre les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et les [[w:M%C3%A8des|''Mèdes'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]]; elle dura cinq ans, pendant lesquels les deux peuples furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Il y eut même une sorte de bataille nocturne; ce fut en la sixième année; les succès de la lutte jusque-là se balançaient également; on était aux prises, quand, au fort du combat, soudain le jour devint nuit.[[#éclipse_NdT|<span id="éclipse_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] '''Thalès''' de ''Milet'' avait annoncé aux [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] ce changement et avait même fixé d’avance l’année où il arriva. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', lorsqu’ils virent la nuit prendre la place du jour, suspendirent le combat, après quoi ils se montrèrent des deux parts plus empressés de faire la paix. Ceux qui les réconcilièrent furent '''Syennésis''' [[w:en:Syennesis|(en)]] [[#Syennésis|<span id="Syennésis_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] le [[w:Cilicie|''Cilicien'']] [[#Cilicie|<span id="Cilicie_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], et '''Labynète''' [[w:en:Nabonidus|(en)]] [[#Labynète|<span id="Labynète_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]] le [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonien'']] [[#babylonien|<span id="babylonien_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]]. Tous les deux hâtèrent la conclusion du traité, d’où résulta un mariage. En effet, ils décidèrent [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[#Alyatte|<span id="Alyatte_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]] à donner sa fille '''Aryénis''' [[w:en:Aryenis|(en)]] [[#Aryénis|<span id="Aryénis_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] à '''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage|<span id="Astyage_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]], fils de '''Cyaxare''' [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]]. Car, sans un lien puissant, les conventions n’ont aucune solidité. Les traités, chez ces nations, se contractent avec les mêmes cérémonies que chez les ''Grecs'', si ce n’est qu’ils se font aux bras de légères incisions et sucent réciproquement le sang qui s’en échappe.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#éclipse_NdT_back|<span id="éclipse_NdT"><sup>1</sup></span>]] Le 30 septembre 610 avant J. J., dans la matinée [[#éclipse|<span id="éclipse_back"><sup>'''XII'''</sup></span>]].</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXIV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyaxare_back|<span id="Cyaxare"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κυαξάρης / Kuaxárēs [[wikt:en:Κυαξάρης|(en)]]; du radical ''vieux médien'' [[w:en:Median_language|(en)]] 𐎢𐎺𐎧𐏁𐎫𐎼 / *ʰUvaxštra-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils de Phraortès [[w:Phraortes|(en)]], et souverain du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Années_620_av._J.-C.|-625]] à [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]]. Avant qu’il ne se révolte et qu’il ne massacre leurs chefs ivres au cours d’un banquet, les [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<span id="Scythes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] dominaient le royaume ''mède'' depuis 28 ans, après que son père fut tué lors d’une guerre contre l’[[w:Empire_néo-assyrien|''Assyrie'']] en [[w:Années_650_av._J.-C.|-653]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''CII. [...] '''Phraortes''' périt dans cette expédition avec la plus grande partie de son armée, après avoir régné vingt-deux ans.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CII.</small>'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<small>(''date de naissance indéterminée'', à [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']], au sud-ouest de [[w:Téhéran|''Téhéran'']], — [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, il mourrut peu de temps après la bataille de l’Éclipse).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Scythes_back|<span id="Scythes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Σκῠ́θης / Skúthēs [[wikt:en:Σκύθης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Scythes|''Scythe'']], habitant de [[w:Scythie|''Scythie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ensemble de peuples [[w:Langues_indo-européennes|''indo-européens'']] d’[[w:Eurasie|''Eurasie'']], en grande partie cavaliers et nomades.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#les_back|<span id="les"><sup>III</sup></span>]] Des [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<sup>'''II'''</sup>]] expatriés, qui, par vengeance de s’être fait mal traité par Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>I</sup>]] pour être revenu une fois sans gibier, lui ont fait manger un des enfants mèdes dont ils avaient la charge de leur apprendre la langue [[w:Langues_scythes|''scythe'']] et à tirer à l’arc. Ils fuirent à ''Sardes'' [[#Sardes|<sup>IV</sup>]] auprès d’Alyattes (cf chapitre LXXIII).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sardes_back|<span id="Sardes"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Σάρδεις / Sárdeis [[wikt:en:Σάρδεις#Ancient_Greek|(en)]]; ultimement du nom propre ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣‎ / sfard [[wikt:en:𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣#Lydian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne ville d’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], capitale de la [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], sur la rivière [[w:Pactole|''Pactole'']], dans la vallée de l’[[w:Gediz_(fleuve)|''Hermos'']]. Après la chute de l’Empire ''lydien'' au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], la citadelle de ''Sardes'' résiste encore et n’est prise par [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] que par surprise, en -546.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Syennésis_back|<span id="Syennésis"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Συέννεσις / Syennesis [[wikt:en:Συέννεσις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi et fondateur du royaume indépendent de [[w:Cilicie|''Cilicie'']] [[w:en:Kingdom_of_Cilicia_(ancient)|(en)]] [[#Cilicie|<sup>'''VI'''</sup>]] en -612, avec la dissolution de l’[[w:Empire_néo-assyrien|empire néo-assyrien]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cilicie_back|<span id="Cilicie"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῐλῐκῐ́ᾱ / Kilikíā [[wikt:en:Κιλικία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Royaumes_antiques_d%27Anatolie|Royaumes antiques]] d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], indépendant au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], avec [[w:Tarse_(ville)|''Tarse'']] pour capitale.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Labynète_back|<span id="Labynète"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λαβύνητος / Labúnētos [[wikt:en:Λαβύνητος#Ancient_Greek|(en)]], forme hellénisée de [[w:Nabonide|Nabonide]]; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒀭𒀝𒉎𒌇 / dNabû-naʾid [[w:pt:Nabonido|(pt)]], « Le dieu Nabû [[w:en:Nabu|(en)]] est loué » [https://epub.ub.uni-muenchen.de/73674/1/RINBE2_OAPDF.pdf <sup>p.3</sup>];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ambassadeur, puis dernier roi de l’[[w:Empire_néo-babylonien|''empire néo-babylonien'']] [[#babylonien|<sup>VIII</sup>]], régnant de [[w:Années_550_av._J.-C.|-556]] à [[w:Chute_de_Babylone_de_539_av._J.-C.|''la chute de Babylone'']] par l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_610_av._J.-C.|-620/-615]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Harran#Antiquité|''Harran'']], au sud-est de la [[w:Turquie|''Turquie'']], — potentiellement [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carmania'' [[w:en:Carmania_(region)|(en)]], province actuelle iranienne de [[w:Province_de_Kerman|''Kerman'']])</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#babylonien_back|<span id="babylonien"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Βαβυλών#Grec_ancien|Βαβυλών / Babylṓn]], « Babel. Babylone. »; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] [[wikt:𒆍𒀭𒊏𒆠#Akkadien|𒆍𒀭𒊏𒆠 / bābili]], « Babylone »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville antique de [[w:Mésopotamie#L’empire_néo-babylonien|''Mésopotamie'']], et capitale du royaume ''babylonien'', connaissant son apogée au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] sous [[w:Nabuchodonosor_II|Nabuchodonosor II]] (règne de -605 — -562), et perdant son indépendance en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]], passant sous domination [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alyatte_back|<span id="Alyatte"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Ἀλυάττης / Aluáttēs [[wikt:en:Ἀλυάττης#Ancient_Greek|(en)]]; du ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮‎ / walweteś [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮#Lydian|(en)]];<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ de 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤‎ / walwe [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤#Lydian|(en)]], « lion »;<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ et du suffixe abstractif -𐤠𐤯𐤠‎ / -ata;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Roi de ''Lydie'' de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']] de -610 à -561, et père de [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]. Il a été le premier monarque à émettre des pièces de monnaie en [[w:Électrum|électrum]] (et son fils Crésus a été le premier à émettre des pièces d’or). Alyattes est donc parfois mentionné comme l’initiateur de la monnaie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aryénis_back|<span id="Aryénis"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀρύηνις / Arúēnis [[wikt:en:Aryenis|(en)]]; du ''lydien'' apparenté au ''Hittite'' [[w:en:Hittite_language|(en)]] 𒂖 / arawanni-, « libre », par opposition à asservi, non libre;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fille du roi Alyattes de ''Lydie'' [[#Alyatte|<sup>'''IX'''</sup>]] et sœur du roi [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de ''Lydie''.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Astyage_back|<span id="Astyage"><sup>XI</sup></span>]] Orthographié en grec ancien :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυάγης / Astyages [[wikt:en:Ἀστυάγης|(en)]] par Hérodote;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυϊγας / Astyigas [[wikt:en:Ἀστυϊγας#Ancient_Greek|(en)]] par [[w:Ctésias|Ctesias]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀσπάδας / Aspadas par Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px"> de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒅖𒌅𒈨𒄖 / Ištumegu;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Fils de Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]] et dernier roi du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de -585 à -550. Il fut détrôné en -550 par son petit-fils [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qu’il avait tenté de faire assassiner à la naissance à la suite d’un songe, où une vigne sortant du sein de sa fille Mandane [[w:en:Mandane_of_Media|(en)]] couvrait toute l’Asie ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CVIII.). Celle-ci avait été marié à un perse, nommé [[w:Cambyse_Ier|Cambyse]], de "condition inférieure à un mède", à la suite d’un précédent songe d’Astyage, où « elle urinait en si grande abondance, que sa capitale et l’Asie entière en étaient inondées » ({{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, Livre I - CLIO, chapitre CVII.).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#éclipse_back|<span id="éclipse"><sup>XII</sup></span>]] La seule éclipse totale visible en ''Asie Mineure'' durant la seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] et la première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} a eu lieu le 28 mai -584.<br />[[Fichier:Éclipse 28 Mai -584 n2.png|vignette|centre|Éclipse du 24 mai -584 en ''Asie Mineure''.<br /><p style="text-align: right">''Les unités des intervalles de sa durée sont heures:minutes:secondes<br />(une animation est disponible [http://ytliu.epizy.com/eclipse/one_solar_eclipse_general.html?ybeg=-589&ind=39&DE=431 ici]).'']]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Depuis la guerre se mut et continua cinq ans entre les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', parce que '''Halyatte''' ne voulait rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxare''' qui les demandait. Durant ces cinq ans, les ''Mèdes'' gagnèrent plusieurs fois contre les ''Lydiens'', et semblablement les ''Lydiens'' contre les ''Mèdes'' : et fut environ ce temps-là que, à l’heure du combat, le jour fut converti en nuit. Car étant les forces pareilles d’un côté et d’autre, avint, sur la sixième année, que, comme ils combattaient, soudain le jour se tourna en noire nuit. '''Thalès Milésien''' avait prédit cette mutation aux ''Ioniens'', et leur avait déterminé l’an qu’elle avint. Ce vu par les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', ils cessèrent la guerre, et furent près d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennée par '''Syennésis''', roi de ''Cilicie'', et par '''Labynète''', roi de ''Babylone'', qui furent diligents de les allier par mariage. Ils avisèrent que '''Halyatte''' donnerait sa fille '''Arianis''' à '''Astyage''', fils de '''Cyaxare''', pensant bien que, sans grande nécessité et alliance étroite, tels grands marchés ne peuvent tenir. Ces nations se gouvernent en leurs traités et contrats ainsi que font les ''Grecs'', et davantage s’entament le bras, puis lèchent le sang les uns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXIV.''], traduction de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Saliat Pierre Saliat], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' '''Cyaxare''' les redemanda. Sur son refus, la guerre s’alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu’elle dura, les ''Mèdes'' et les ''Lydiens'' eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d’autre, s’étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit [[#éclipse_NdT_P-H_L|<span id="éclipse_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], pendant que les deux armées en étaient aux mains. '''Thalès''' de ''Milet'' avait prédit aux ''Ioniens'' ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n’en furent que plus empressés à faire la paix. '''Syennésis''' [[#Syennésis_NdT_P-H_L|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], roi de ''Cilicie'', et '''Labynète''', roi de ''Babylone'', en furent les médiateurs; ils hâtèrent le traité, et l’assurèrent par un mariage. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent '''Alyattes''' à donner sa fille '''Aryénis''' à '''Astyages''', fils de '''Cyaxare'''. Ces nations observent dans leurs traités les mêmes cérémonies que les ''Grecs''; mais ils se font encore de légères incisions aux bras, et lèchent réciproquement le sang qui en découle.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#éclipse_NdT_P-H_L_back|<span id="éclipse_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Les savants sont divisés sur l’époque précise de cette éclipse. Mais les pères Petau et Hardouin, le chevalier Marsham, le [[w:Jean_Bouhier_de_Savigny|président Bouhier]] et le [[w:Edouard_Corsini|père Corsini, clerc régulier des écoles pies]], se sont déterminés pour l’éclipse qui parut le 9 juillet 4117. J’ai cru devoir l’adopter, parce qu’elle s’accorde mieux avec la chronologie que toutes les autres. La seule objection qu’on y puisse former, n’est que l’ombre passa au-dessus du [[w:Mer_Noire|Pont-Euxin]] par la ''Scythie'' et le [[w:Maeotian_Swamp|''Palus-Maeotis'']]. Il est vrai que cette éclipse ne fut point centrale sur les bords de l’Halys ; cependant elle dut y être très considérable, et il n’est point étonnant qu’elle ait causé de l’épouvante à des nations plongées dans l’ignorance. (L.)</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Syennésis_NdT_P-H_L_back|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L"><sup>2</sup></span>]] Ce nom de Syennésis était commun aux rois de Cilicie ; du moins est-il sûr que quatre princes l’ont porté. Le nom de Labynète se rencontre souvent parmi les rois de Babylone. (BELLANGER.)</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXIV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis la guerre se meut & continua cinq ans entre les ''Medes'' & ''Lydiés'', parce q́ '''Haliattes''' ne vouloit rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxares''' qui les demandoit. Durás ces cinq ans, les ''Medes'' gaignerét plusieurs fois cótre les ''Lydiés'', & semblablemét les ''Lydiés'' cótre les ''Medes''. & fut enuiró ce téps là, qu’à l’heure du combat le iour fut cóuerty en nuit. Car estás les forces pareilles d’vn costé & d’autre, auint sur la sixiéme annee, que cóme ils cóbattoiét, soudain le iour se tourna en noire nuist. '''Thales Milesien''' auoit predit ceste mutatió aux ''Ioniens'', & leur uoit determiné l’an qu’elle auint. Ce veu par les ''Medes'' & ''Lydiens'', ils cesserent la guerre: & furent prests d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennee par '''Syennesis''' Roy de ''Cilicie'', & par '''Labynet''' Roy de ''Babylon'', qui furent diligens de les allier par mariage. Ils auiserent que '''Halyattes''' dóneroit sa fille '''Ariane''' à '''Astyages''' fils de '''Cyaxares''', pensans bié que sans grande necessité & alliáce estroicte, tels grands marches ne peuuent tenir. Ces na tions se gouuernent en leurs traictez & contracts ainsi que font les ''Grecs'', & d’auantage s’entament le bras, puis leichent le sang les vns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA31-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.31-32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXV</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de la traversée de l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] par l’armée de [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] grâce à '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' Τοῦτον δὴ ὦν τὸν [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεα''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κῦρος''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ἐόντα ἑωυτοῦ μητροπάτορα καταστρεψάμενος ἔσχε δι᾽ αἰτίην τὴν ἐγὼ ἐν τοῖσι ὀπίσω λόγοισι σημανέω· [2] Τὰ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']] ἐπιμεμφόμενος τῷ [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κύρῳ''']] ἔς τε τὰ χρηστήρια ἔπεμπε εἰ στρατεύηται ἐπὶ [[w:%CE%A0%CE%AD%CF%81%CF%83%CE%B7%CF%82|'''Πέρσας''']], καὶ δὴ καὶ ἀπικομένου χρησμοῦ κιβδήλου, ἐλπίσας πρὸς ἑωυτοῦ τὸν χρησμὸν εἶναι, ἐστρατεύετο ἐς τὴν '''Περσέων''' μοῖραν. [3] Ὡς δὲ ἀπίκετο ἐπὶ τὸν [[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''' Ἅλυν''']] ποταμὸν ὁ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']], τὸ ἐνθεῦτεν, ὡς μὲν ἐγὼ λέγω, κατὰ τὰς ἐούσας γεφύρας διεβίβασε τὸν στρατόν, ὡς δὲ ὁ πολλὸς λόγος [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']], [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς οἱ ὁ Μιλήσιος''']] διεβίβασε. [4] Ἀπορέοντος γὰρ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροίσου''']] ὅκως οἱ διαβήσεται τὸν ποταμὸν ὁ στρατός (οὐ γὰρ δὴ εἶναι κω τοῦτον τὸν χρόνον τὰς γεφύρας ταύτας) λέγεται παρεόντα τὸν [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆν''']] ἐν τῷ στρατοπέδῳ ποιῆσαι αὐτῷ τὸν ποταμὸν ἐξ ἀριστερῆς χειρὸς ῥέοντα τοῦ στρατοῦ καὶ ἐκ δεξιῆς ῥέειν, ποιῆσαι δὲ ὧδε· [5] Ἄνωθεν τοῦ στρατοπέδου ἀρξάμενον διώρυχα βαθέαν ὀρύσσειν, ἄγοντα μηνοειδέα, ὅκως ἂν τὸ στρατόπεδον ἱδρυμένον κατὰ νώτου λάβοι, ταύτῃ κατὰ τὴν διώρυχα ἐκτραπόμενος ἐκ τῶν ἀρχαίων ῥεέθρων, καὶ αὖτις παραμειβόμενος τὸ στρατόπεδον ἐς τὰ ἀρχαῖα ἐσβάλλοι· ὥστε ἐπείτε καὶ ἐσχίσθη τάχιστα ὁ ποταμός, ἀμφοτέρῃ διαβατὸς ἐγένετο, [6] οἳ δὲ καὶ τὸ παράπαν λέγουσι καὶ τὸ ἀρχαῖον ῥέεθρον ἀποξηρανθῆναι. Ἀλλὰ τοῦτο μὲν οὐ προσίεμαι· κῶς γὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέβησαν αὐτόν;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXV.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] renversa cet [[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], qui était son grand-père maternel : je dirai plus tard pour quels motifs. [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] s’armant de ce grief contre '''Cyrus''', consulta l’oracle pour savoir s’il devait engager la guerre contre lui. Lorsqu’il eut reçu la réponse à double sens, il crut qu’elle était en sa faveur et il marcha pour entrer sur le territoire des [[w:Perses|''Perses'']]. Arrivé sur l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], il fit passer le fleuve à son armée, en profitant, selon moi, des ponts existants. Selon le récit accrédité en ''Grèce'', ce fut '''Thalès''' de ''Milet'' qui dirigea le passage : car disent-ils, les ponts n'étaient pas encore construits et '''Crésus''' était en peine de l’opérer, quand '''Thalès''', qui se trouvait au camp, détournant le fleuve, le fit couler non plus sur le front, mais sur les derrières de l’armée. Il s’y prit de cette manière : en amont du camp, on commença par creuser un fossé profond qui en embrassa tout le contour, de sorte que les eaux, sortant à l’une des ses extrémités de leurs cours habituel, y rentrassent par l’autre; puis cette tranchée achevée, ils y firent couler le fleuve, pour qu’en se divisant, des deux parts il devînt guéable. Quelques-uns ajoutent que l’ancien lit se trouva tout à fait à sec; pour moi, je ne puis admettre ce récit, car comment, dans la retraite, les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] auraient-ils pu passer ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' '''Cyrus''' donc avait défait celui '''Astyage''', son aïeul maternel, pour cause que je toucherai ci-après en cette mienne histoire. '''Crésus''' en fut marri et envoya vers les oracles savoir si devait mener la guerre aux ''Perses''. Entre ces oracles, un fut faux, lequel néanmoins '''Crésus''' espéra être à son avantage, et là-dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' avec son armée. Arrivé au fleuve ''Halys'', il passa sur les ponts qui y étaient, et telle est mon opinion, encore que la commune renommée des ''Grecs'' tienne que '''Thalès''' de ''Milet'' donna le moyen de passer. Car on dit que, se souciant '''Crésus''' comment il passerait son armée, qui fait présupposer faute de ponts, '''Thalès''' fut là présent, qui conseilla expédient, suivant lequel le fleuve, qui coulait à gauche pour le respect de l’armée qui là séait [[#NdT_75_HP|<span id="NdT_75_HP_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], coulerait aussi à droite. Et fut son invention telle. Il fit commencer une tranchée au-dessus du camp, et la fit conduire en forme de croissant, afin que l’armée l’eût à dos, et que, prenant le fleuve cours par icelle tranchée, il laissât son canal accoutumé pour environner le camp, puis retournât. Par ce moyen, le fleuve s’écoula incontinent, et fut guéable d’une part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron [[#NdT_75_HP2|<span id="NdT_75_HP2_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] du fleuve devint tout sec. De ma part, je ne puis accordrer à telles paroles, et je voudrais savoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#NdT_75_HP_back|<span id="NdT_75_HP"><sup>1</sup></span>]] D’après la situation de l’armée qui campait là. — [[#NdT_75_HP2_back|<span id="NdT_75_HP2"><sup>2</sup></span>]] Lit.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXV.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' '''Cyrus''' tenait donc prisonnier '''Astyages''', son aïeul maternel, qu’il avait détrôné pour les raisons que j’exposerai dans la suite de cette histoire. '''Crésus''', irrité à ce sujet contre '''Cyrus''', avait envoyé consulter les oracles pour savoir s’il devait faire la guerre aux ''Perses''. Il lui était venu de [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes_back|<sup>⤵️</sup>]] une réponse ambiguë, qu’il croyait favorable, et là dessus il s’était déterminé à entrer sur les terres des ''Perses''. Quand il fut arrivé sur les bords de l’''Halys'', il le fit, à ce que je crois, passer à son armée sur les ponts qu’on y voit à présent ; mais, s’il faut en croire la plupart des ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' lui en ouvrit le passage. '''Crésus''', disent-ils, étant embarrassé pour faire traverser l’''Halys'' à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n’existaient point encore en ce temps-là, '''Thalès''', qui était alors au camp, fit passer à la droite de l’armée le fleuve, qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s’y prit. Il fit creuser, en commençant au-dessus du camp, un canal profond en forme de croissant, afin que l’armée pût l’avoir à dos dans la position où elle était. Le fleuve, ayant été détourné de l’ancien canal dans le nouveau, longea derechef l’armée, et rentra au-dessous de son ancien lit. Il ne fut pas plutôt partagé en deux bras, qu’il devint également guéable dans l’un et dans l’autre. Quelques-uns disent même que l’ancien canal fut mis entièrement sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Comment en effet '''Crésus''' et les ''Lydiens'' auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour ? </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> '''Cyrus''' donque auoit desfait iceluy '''Astyages''' son ayeul maternel, pour cause que ie toucheray cy apres en ceste mienne histoire. '''Cresus''' en fut marry & enuoya vens les oracles sçauoir, si deuoit mener la guerre aux ''Perses''. Entre des oracles vn fut faux, lequel neantmoins '''Cresus''' espera estre à son auantage, & la dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' auec son armee. Arriué au fleuue ''Halys'' il passa sur les ponts qui y estoyent, & telle est mon opinion, encore que la commune renommee des ''Grecs'' tienne que '''Thales''' de ''Milet'' donna le moyen de passer, car on dit que se souciant '''Cresus''' comment il passeroit son armee, qui fait presupposer faute de ponts, '''Thales''' fut là présent, qui conseilla expedient, fuyuát lequel, le fleuue qui couloit à gauche pour le respect de l’armee qui la seoit, couleroit aussi à droicte. Et fut son inuention telle. Il feit commencer vne tréchee, au dessus du camp, & la feit conduire en forme de croissant, afin que l’armee l’eust à doz & que prenant le fleuue cours par icelle trenchee, il laissast son canal accoustumé pour enuironner le camp, puis retournast. Par ce moyen le fleuue s’escoula incontinent, & fut gueable d’vne part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron du fleuue deuint tout sec. De ma part ie ne puis accorder à tel les paroles, & ie voudrois sçauoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''p.32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit du [[w:Bouleut%C3%A9rion|''Bouleutérion'']] [[#Bouleutérion|<span id="Bouleutérion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos|<span id="Téos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et témoignage sur l’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne|<span id="phénicienne_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CLXX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bouleutérion_back|<span id="Bouleutérion"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:βουλευτήριον#Grec_ancien|βουλευτήριον / bouleutếrion]]; de [[wikt:βουλευτής#Grec_ancien|βουλευτής / bouleutês]], « sénateur, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:βουλεύω#Grec_ancien|βουλεύω / bouleúô]], « délibérer, prendre conseil »; du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Bâtiment où, dans les cités de la [[w:Grèce_antique|''Grèce antique'']], se réunissait la [[w:Boulè|''boulè'']], le conseil, assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la ville.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téos_back|<span id="Téos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τέως / Téos [[wikt:en:Τέως#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville de l’[[w:Époque_archaïque|''Antiquité'']] située sur la côte de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] au nord d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] et à environ 40 kilomètres au sud-ouest de l’actuelle [[w:Izmir|''İzmir'']], près du port de ''Sığacık'' [[w:en:Sığacık|(en)]] en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#phénicienne_back|<span id="phénicienne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φοινίκη / Phoinī́kē [[wikt:en:Φοινίκη|(en)]]; du nom et nom propre Φοῖνῐξ / Phoînix [[wikt:en:Φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Phénicien, phénicienne, habitant/ethnonyme de Phénicie. »; dérivé de ou apparenté à l’homophone φοῖνιξ / phoînix [[wikt:en:φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Couleur [[w:Pourpre_de_Tyr|pourpre de Tyr]]. Palmier. Datte (le fruit du palmier dattier). Phoenix, l’oiseau mythique dérivé de la mythologie ''égyptienne''. (musique) Un instrument semblable à une guitare inventé par les ''Phéniciens''. »; ethnonyme et homophone probablement empruntés à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] fnḫw / fenkhu [[wikt:en:fnḫw#Egyptian|(en)]], probablement terme pluriel pour « bûcherons » ou « charpentiers », qui désignerait les peuples du [[w:Canaan_(région)|''pays de Canaan'']] dans la [[w:Levant_(Proche-Orient)|''région du Levant'']] au nord, qui fournissaient l’Égypte avec le bois de cèdre coupé de leurs forêts; dérivé de ou apparenté à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] bnw / benu, « le [[w:Bénou|Bénou]] ou [[w:Phénix|phénix]], l’oiseau représentant l’âme – le [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ba|''bâ'']] – de [[w:Rê|Rê]] qui le précède dans la [[w:Barque_solaire|barque solaire]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Peuple antique originaire des cités de ''Phénicie'', région qui correspond approximativement au ''Liban'' actuel. À partir du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les [[w:Assyrie|''Assyriens'']], les [[w:Babylone_(civilisation)|''Babyloniens'']] [[#babylonien_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Achéménides|''Perses'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoniens'']] ([[w:Royaume_lagide|''Lagides'']] et [[w:Séleucides|''Séleucides'']]), puis les [[w:Rome_antique|''Romains'']]. Elles préservent cependant leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations ''phéniciennes'' de la mer Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d’entre elles, [[w:Carthage|''Carthage'']], phénomène qui aboutit à la création d’une [[w:Civilisation_carthaginoise|''civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique »'']]. ''</div></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Κεκακωμένων δὲ [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἰώνων''']] καὶ συλλεγομένων οὐδὲν ἧσσον ἐς τὸ [[w:Panionium|'''Πανιώνιον''']], πυνθάνομαι γνώμην [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Βίαντα''']] ἄνδρα [[w:Pri%C3%A8ne|'''Πριηνέα''']] ἀποδέξασθαι [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἴωσι''']] χρησιμωτάτην, τῇ εἰ ἐπείθοντο, παρεῖχε ἂν σφι εὐδαιμονέειν [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']] μάλιστα· [2] Ὃς ἐκέλευε κοινῷ στόλῳ ''' Ἴωνας''' ἀερθέντας πλέειν ἐς [[wikt:%CE%A3%CE%B1%CF%81%CE%B4%CF%8E|'''Σαρδὼ''']] καὶ ἔπειτα πόλιν μίαν κτίζειν πάντων ''' Ἰώνων''', καὶ οὕτω ἀπαλλαχθέντας σφέας δουλοσύνης εὐδαιμονήσειν, νήσων τε ἁπασέων μεγίστην νεμομένους καὶ ἄρχοντας ἄλλων· μένουσι δέ σφι ἐν τῇ [[wikt:en:Ἰωνία#Ancient_Greek|''' Ἰωνίῃ''']] οὐκ ἔφη ἐνορᾶν ἐλευθερίην ἔτι ἐσομένην. [3] Αὕτη μὲν '''Βίαντος τοῦ Πριηνέος''' γνώμη ἐπὶ διεφθαρμένοισι ''' Ἴωσι''' γενομένη, χρηστὴ δὲ καὶ πρὶν ἢ διαφθαρῆναι ''' Ἰωνίην''' [[w:Thal%C3%A8s|'''Θάλεω ἀνδρὸς Μιλησίου''']] ἐγένετο, τὸ ἀνέκαθεν γένος ἐόντος Φοίνικος, ὃς ἐκέλευε ἓν βουλευτήριον Ἴωνας ἐκτῆσθαι, τὸ δὲ εἶναι ἐν Τέῳ (Τέων γὰρ μέσον εἶναι Ἰωνίης), τὰς δὲ ἄλλας πόλιας οἰκεομένας μηδὲν ἧσσον νομίζεσθαι κατά περ ἐς δῆμοι εἶεν· οὗτοι μὲν δή σφι γνώμας τοιάσδε ἀπεδέξαντο.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. CLXX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Les [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], réduits en servitude, ne cessèrent cependant pas de se réunir au [[w:Panionium|''Panionium'']] [[#Panionium|<span id="Panionium_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]; à l’une de ces assemblées, comme je l’ai appris, [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Bias''']] [[#Bias|<span id="Bias_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Pri%C3%A8ne|''Priène'']] [[#Priène|<span id="Priène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] leur donna un conseil excellent ; s’ils l’avaient suivi, ils pouvaient devenir les plus prospères de tous les ''Grecs''. « Équipez une seule flotte, leur dit-il, levez l’ancre, partez pour la [[w:Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne|<span id="Sardaigne_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], fondez-y pour tous les ''Ioniens'' une seule ville, rendez-vous heureux en vous affranchissant ainsi. Car, en colonisant la plus grande des îles, vous gouvernerez toutes les autres, tandis que, si vous demeurez en [[w:Ionie|''Ionie'']], je ne vois pas que vous puissiez jamais recouvrer la liberté. » Tel fut le conseil que '''Bias''' de ''Priène'' donna aux ''Ioniens'', après leurs désastres. Celui de '''Thalès''' de ''Milet'', qui avait précédé la ruine de l’''Ionie'', n'était pas moins salutaire. '''Thalès''', par ses ancêtres d’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], fut d’avis qu’ils devaient instituer une assemblée unique, la placer à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos_back|<sup>⤴️</sup>]] (car ''Téos'' est située au centre de la contrée) et laisser néanmoins les autres villes se gouverner, comme si elles étaient des États isolés. tels furent les deux conseils qui furent donnés aux ''Ioniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f79.item ''Livre I - CLIO, CLXX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Panionium_back|<span id="Panionium"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Πανιώνιον / Paniônion; de l’adjectif [[wikt:Πανιώνιος#Grec_ancien|Πανιώνιος / Paniônios]], « De tous les Ioniens »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun [[wikt:Πανίωνες#Grec_ancien|Πανίωνες / Paníônes]], « Tous les ''Ioniens'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du pronom indéfini [[wikt:πᾶς#Grec_ancien|πᾶς / pâs]], « (Au singulier) Chaque, chacun; Tout entier, tout. (Au pluriel) Tous. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du nom commun et nom propre Ἴων / Íôn, « ''Ionien'', habitant d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]]. [[w:Ion_(mythologie)|Ion, ancêtre mythique des Ioniens]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-ιος#grc|-ιος / -ios]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Sanctuaire_grec|''Sanctuaire central'']], et point de rassemblement de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']], dédié à [[w:Poséidon#Épithètes|''Poséidon Héliconien'']], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bias_back|<span id="Bias"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βίας / Bías [[wikt:en:Βίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], avocat et homme d’État grec du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et fait partie des 4 unanimes des [[w:Sept_sages_de_Grèce|Sept sages de Grèce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_600_av._J.-C.|-600]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène|<sup>III</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Priène'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Priène_back|<span id="Priène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πριήνη / Priḗnē [[wikt:en:Πριήνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Polis|Cité grecque]] d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], dont les ruines sont bien conservées, située à l’embouchure du [[w:Méandre_(fleuve)|''Méandre'']], à proximité du village moderne de Güllübahçe, dans le district de [[w:Söke|''Söke'']], dans la province d’[[w:Aydın_(province)|''Aydın'']], en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Sardaigne_back|<span id="Sardaigne"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σαρδώ / Sardô [[wikt:en:Σαρδώ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île de la mer ''Méditerranée'' et région ''italienne'', qui se trouve à l’ouest de l’Italie continentale, au sud de la ''Corse''. À partir du [[w:IXe_siècle_av._J.-C.|IX<sup>ème</sup>]] et du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, Les ''Phéniciens'' constituent les premières colonies stables, occupant des sites le long de la côte, facilement accessibles, favorables aux échanges et au commerce. Puis, l’[[w:Civilisation_carthaginoise|''Empire carthaginois'']] l’occupe de [[w:Années_530_av._J.-C.|-535]] à [[w:239_av._J.-C.|-239]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Depuis, voyant la grandeur de leurs calamités, non-obstant qu’ils se fussent donnés aux ''Perses'', ils s’assemblèrent au ''Panionion'' : et comme j’entends, '''Brias de Priénéee''' donna conseil fort profitable pour les ''Ioniens'', auquel s’ils eussent prêté l’oreille, il leur baillait expédient pour être les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseillait naviguer de compagnie en la ''Sardaigne'', et là bâtir une ville commune à tous les ''Ioniens'' : en quoi faisant, ils jetteraient servitude et se rendraient heureux, attendu qu’ils posséderaient une des plus grandes îles du monde, et domineraient sur les autres. Au contraire, s’ils demeuraient en ''Ionie'', il disait qu’il n’apercevait moyen par lequel ils pussent jamais regagner liberté. Tel fut le conseil de '''Brias de Priénée''', après que les ''Ioniens'' étaient jà défaits et réduits en servitude. '''Thalès Milésien''' bailla pareillement une opinion, laquelle, avant la ruine des ''Ioniens'', eût été fort bonne. Lui, qui était descendu d’une ancienne race des ''Phéniciens'', opina que les ''Ioniens'' devaient avoir maison de conseil, et la devaient construire en ''Téos'' comme au milieu de ''Ionie'' : voulait néanmoins que les autres villes fussent estimées pour ligues et cantons de même autorité que ''Téos''. Ces deux personnages donc baillèrent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000129 ''Livre Premier. CLIO. CLXX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Quoique accablés de maux, les ''Ioniens'' ne s’en assemblaient pas moins au ''Panionium''. '''Bias de Priène''' leur donna, comme je l’ai appris, un conseil très avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les ''Grecs'', s’ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s’embarquer tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en ''Sardaigne'', et à y fonder une seule ville pour tous les ''Ioniens''. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient d’esclavage, qu’ils s’enrichiraient, et qu’habitant la plus grande de toutes les îles, les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que, s’ils restaient en ''Ionie'', il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna '''Bias''' aux ''Ioniens'', après qu’ils eurent été réduits en esclavage ; mais, avant que leur pays eût été subjugué, '''Thalès''' de ''Milet'', dont les ancêtres étaient originaires de ''Phénicie'', leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d’établir à ''Téos'', au centre de l’''Ionie'', un conseil général pour toute la nation, sans préjudicier au gouvernement des autres villes, qui n’en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers que si elles eussent été autant de cantons différents.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. CLXX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis voyans la grandeur de leurs calamitez, nonobstant qu’ils se sussent donnez aux ''Perses'', ils s’assemblerent au ''Panionión'', & comme i’entens, '''Bias de Prienee''' donna conseil fort profitable pour les ''Iöniens'', auquel s’ils eussent presté l’oreille, il leur bailloit expediét pour estre les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseilloit nauiguer de compaignie en la ''Sardaigne'', & là bastir vne ville commune à tous les ''Iöniens'' : en quoy faisant ils ietteroient seruitude, & se rendroient heureux, attendu qu’ils possederoient vne des plus grandes isles du monde, & dominoroient sur les autres. Au contraire s’ils demouroient en ''Iönie'', il disoit qu’il n’apperceuoit moyé, par lequel ils peussent iamais regaigner liberté. Tel fut le conseil de '''Bias de Prienee''', apres que les ''Iöniens'' estoient ià defaits & reduicts en seruitude. '''Thales Milesien''' bailla pareillement vne opinion, laquelle auant la ruine des ''Iöniens'' eut esté fort bonne. Luy qui estoit descendu d’vne ancienne race des ''Pheniciens'', opina que les ''Iöniens'' deuoient auoir maison de conseil, & là deuoient construire en ''Tee'' comme au milieu de ''Iönie'' : vouloit neantmoins que les autres villes sussent estimees pour ligues & cantons de mesme auctorité que ''Tee''. Ces deux personnages donque baillerent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA63-IA1#v=onepage&q&f=true ''p.63.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre II — [[w:Euterpe|'''EUTERPE''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">[[w:Périodes_perses_dans_l%27Égypte_antique|''Conquête'']] de l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] [[#Égypte|<span id="Égypte_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par [[w:Cambyse_II|'''Cambyse II''']] [[#Cambyse_II|<span id="Cambyse_II_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fils de [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus le Grand''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquête ''Achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤴️</sup>]] de l’Égypte|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Égypte_back|<span id="Égypte"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Αἴγυπτος#Grec_ancien|Αἴγυπτος / Aígyptos]]; du nom propre ancien égyptien [[wikt:𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛#Égyptien_ancien|𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛 / ḥwt-kꜣ-ptḥ]], « (Spécialement) [[w:Temple_de_Ptah_(Memphis)|Temple]] du [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ka|''ka'']] de [[w:Ptah|Ptah]] à [[w:Memphis_(Égypte)|''Memphis'']]. (Par [[w:Métonymie|''métonymie'']]) Ville de ''Memphis''. (Par ''métonymie'') [[w:%C3%89gypte_antique|''Égypte'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de 𓉗𓏏𓉐 / ḥwt [[wikt:en:ḥwt#Egyptian|(en)]], « enclos »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓂓𓏤 / kꜣ [[wikt:en:kꜣ#Egyptian|(en)]], « ka, composante immatérielle des dieux et des hommes sans équivalente dans les langues européennes contemporaines »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓊪𓏏𓎛𓀭 / ptḥ, « Ptah, [[w:Démiurge|''démiurge'']] de ''Memphis'', dieu des artisans, des artistes et des architectes. Dans la [[w:Triade_de_Memphis|''triade de Memphis'']], il est l’époux de [[w:Neith|Neith]] et deviendra tardivement celui de [[w:Sekhmet|Sekhmet]], il est le père de [[w:Néfertoum|Néfertoum]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne civilisation pharaonique du nord-est de l’Afrique, concentrée le long du cours inférieur du Nil, prenant forme vers [[w:IVe_millénaire_av._J.-C.|-3150]] avec l’unification politique de la [[w:Haute-Égypte|''Haute-Égypte'']] au sud et de la [[w:Basse-Égypte|''Basse-Égypte'']] au nord, et se terminant avec l’annexion par l’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Empire romain'']] en [[w:30_av._J.-C.|-30]]. La première invasion perse a lieu durant la [[w:Basse_époque|''Basse époque'']]. Cette dernière débute avec la réunification du pays par un roi originaire de [[w:Saïs|''Saïs'']], [[w:Psammétique_Ier|Psammétique I<sup>er</sup>]], et donc l’initiation de la [[w:XXVIe_dynastie_égyptienne|''XXVI<sup>ème</sup> dynastie égyptienne dite saïte'']], en expulsant les [[w:Assyrie|''Assyriens'']] qui avaient chassés la [[w:XXVe_dynastie_égyptienne|''XXV<sup>ème</sup> dynastie pharaonique dite nubienne'']]; et elle se termine avec l’[[w:Période_macédonienne_de_l%27Égypte_antique|''invasion macédonienne'']] d’[[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre le Grand]]. En [[w:Années_520_av._J.-C.|-525]], [[w:Cambyse_II|Cambyse II]] bat l’armée de [[w:Psammétique_III|Psammétique III]] lors de la bataille de [[w:Péluse|''Péluse'']] [[w:en:Battle_of_Pelusium|(en)]], et initie ainsi la [[w:XXVIIe_dynastie_égyptienne|''XXVII<sup>ème</sup> dynastie de pharaons dite achéménide'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cambyse_II_back|<span id="Cambyse_II"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καμϐύσης / Kambū́sēs [[wikt:en:Καμβύσης#Ancient_Greek|(en)]]; du vieux perse 𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹 / k-b-u-ji-i-y / Kaᵐbūjiya [[wikt:en:𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fils de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et de [[w:Cassandane|Cassandane]], et roi [[w:Achéménides|''achéménide'']] de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] de -529 à sa mort, il est connu pour avoir conquis l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] et y avoir régné en pharaon.<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"> (date et lieu de naissance indéterminé.e.s — [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Agbatana'' [[w:en:Hama|(en)]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XX</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Hérodote''' d’une théorie supposément implicite de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil#%C3%89tymologie|''Nil'']] [[#Nil|<span id="Nil_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (théorie identique mais explicite rapportée par '''Sénèque'''[[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC#Chapitre_II.|<sup>🔄</sup>]]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre XX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Nil_back|<span id="Nil"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νεῖλος#Grec_ancien|Νεῖλος / Neîlos]]; [[w:Nile#Etymology_and_names|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fleuve d’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] issu de la rencontre, à [[w:Khartoum|''Khartoum'']] (capitale du [[w:Soudan|''Soudan'']] actuel), du Nil Blanc (prenant sa source au [[w:Lac_Victoria|''lac Victoria'']]) et du Nil Bleu (issu du [[w:Lac_Tana|''lac Tana'']]), et se jettant dans la ''Méditerranée'' en formant un delta au nord de l’Égypte.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Ἀλλὰ '''Ἑλλῄνων''' μὲν τινὲς ἐπίσημοι βουλόμενοι γενέσθαι σοφίην ἔλεξαν περὶ τοῦ ὕδατος τούτου τριφασίας ὁδούς· τῶν τὰς μὲν δύο τῶν ὁδῶν οὐδ᾽ ἀξιῶ μνησθῆναι εἰ μὴ ὅσον σημῆναι βουλόμενος μοῦνον· [2] Τῶν ἡ ἑτέρη μὲν λέγει τοὺς [[wikt:étésien|ἐτησίας]] ἀνέμους εἶναι αἰτίους πληθύειν τὸν ποταμόν, κωλύοντας ἐς θάλασσαν ἐκρέειν τὸν [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλον''']]. Πολλάκις δὲ ἐτησίαι μὲν οὔκων ἔπνευσαν, ὁ δὲ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']] τὠυτὸ ἐργάζεται. [3] Πρὸς δέ, εἰ ἐτησίαι αἴτιοι ἦσαν, χρῆν καὶ τοὺς ἄλλους ποταμούς, ὅσοι τοῖσι ἐτησίῃσι ἀντίοι ῥέουσι, ὁμοίως πάσχειν καὶ κατὰ τὰ αὐτὰ τῷ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νείλῳ''']], καὶ μᾶλλον ἔτι τοσούτῳ ὅσῳ ἐλάσσονες ἐόντες ἀσθενέστερα τὰ ῥεύματα παρέχονται. Εἰσὶ δὲ πολλοὶ μὲν ἐν τῇ [[wikt:Συρία#grc|'''Συρίῃ''']] ποταμοὶ πολλοὶ δὲ ἐν τῇ [[wikt:en:Λιβύη|'''Λιβύῃ''']], οἳ οὐδὲν τοιοῦτο πάσχουσι οἷόν τι καὶ ὁ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. XX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Quelques ''Grecs'', ambitieux de se signaler par leur sagesse, ont expliqué ce mouvement des eaux de trois manières dont deux ne mériteraient pas que j’en fisse mention, si je voulais faire plus que les indiquer. Selon l’une de ces solutions [[#th_Thales_PG|<span id="th_Thales_PG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], les vents [[w:%C3%89t%C3%A9sien|''étésiens'']] [[#étésiens|<span id="étésiens_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] seraient cause du gonflement du fleuve en empêchant les eaux de s’écouler dans la mer. Or, souvent les ''étésiens'' ne soufflent pas et le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ne déborde pas moins ; outre cela, si les ''étésiens'' avaient cette puissance, les autres fleuves contre lesquels ils soufflent devraient en éprouver les mêmes effets que le ''Nil'', et avec d’autant plus de raison qu’ils sont moindres et qu’ils ont des courants plus faibles. Cependant, il y a beaucoup de fleuves en [[w:Syrie_(r%C3%A9gion)|''Syrie'']] [[#Syrie|<span id="Syrie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et beaucoup en [[w:Libye_antique|''Libye'']] [[#Libye|<span id="Libye_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui en aucune façon ne se comportent comme le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#th_Thales_PG_back|<span id="th_Thales_PG"><sup>1</sup></span>]] Celle de Thalès.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f105.item ''Livre II — EUTERPE, XX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#étésiens_back|<span id="étésiens"><sup>I</sup></span>]] ➥ Soit du nom grec ancien μελτέμι / meltémi [[wikt:en:μελτέμι|(en)]], du [[w:Turc_ottoman|turc ottoman]] ملتم‎ / meltem [[wikt:en:ملتم#Ottoman_Turkish|(en)]], « un vent fort, sec, du nord et saisonnier dans la mer Égée; vent étésien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit de l’adjectif grec ancien [[wikt:étésien|ἐτήσιος / etēsios]], « annuel, qui dure un an »; du nom commun ἔτος / étos, « An, année »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Vent puissant qui souffle périodiquement sur la Méditerranée orientale [[w:en:List_of_local_winds#Europe|<sup>📚</sup>]] : la dénomination est durant l’antiquité généralisée à tous les vents qui soufflent pendant l’été.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Syrie_back|<span id="Syrie"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠρῐ́ᾱ / Suríā [[wikt:en:Συρία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun Σῠ́ρος / Súros [[wikt:en:Σύρος#Ancient_Greek|(en)]] [[w:en:Name_of_Syria|<sup>📚</sup>]]; de l’akkadien 𒀭𒊬 / Aššur;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> L’origine et l’utilisation du terme ont fait l’objet d’intérêt, à la fois parmi les écrivains anciens et modernes. Au début de l’usage grec, les termes Συρία / Suría et Ασσυρία / Assuría [[wikt:en:Ασσυρία|(en)]] étaient utilisés presque de manière interchangeable pour décrire l’[[w:Assyrie|''Assyrie'']], une région englobant le nord de l’Irak moderne, le nord-est de la ''Syrie'', le sud-est de la ''Turquie'' et la bordure nord-ouest de l’Iran. Cependant, sous l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']], les termes ''Syrie'' et ''Assyrie'' sont utilisés comme noms pour des régions géographiques distinctes. La ''Syrie'' à l’époque romaine faisait référence à la [[w:Syrie_(région)|''région de la Syrie'']] (le [[w:Levant_(Proche-Orient)|''Levant'']] occidental), tandis que l’Assyrie ([[w:Assuristan|''Assuristan'']], ''Athura'' [[w:en:Achaemenid_Assyria|(en)]]) faisait partie de l’[[w:Sassanides|''empire sassanide'']] et n’a été que très brièvement sous [[w:Assyrie_(province_romaine)|contrôle romain]] (en 116-118, marquant le pic historique de l’expansion romaine).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Libye_back|<span id="Libye"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῐβῠ́η / Libúē [[wikt:en:Λιβύη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun Λῐ́βῠς / Líbus [[wikt:en:Λίβυς#Ancient_Greek|(en)]]; de ''Libou'' (''Lebou, Ribou ou Rebou''), une ancienne confédération [[w:Libyens|''libyque'']] ayant vécu dans la partie Est de la [[w:Libye_antique|''Libye antique'']], comme les [[w:Mâchaouach|''Mâchaouach'']] (Mšwš), attestée dans les inscriptions égyptiennes du XIII<sup>ème</sup> [[w:Ère_commune|AEC]] sous l’appellation rbw [[wikt:en:rbw#Egyptian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> La [[w:Libye_antique|''Libye antique'']] désigne une ancienne région à l’Ouest du ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]] correspondant à l’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] du Nord-Ouest, territoire des [[w:Libyens|''Libyens anciens'']], ancêtres des [[w:Berbères|''Berbères modernes'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Certains grands personnages de la ''Grèce'' qui se cuident [[#cuident|<span id="cuident_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] la sagesse même assignent trois causes de ce débord, dont je n’estime les deux dignes d’être récitées; seulement je les veux bien conter ici. En l’une [[#th_Thales_HP|<span id="th_Thales_HP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], ils disent que les vents ''étésies'' sont cause que le fleuve s’enfle, parce qu’ils l’empêchent de se décharger en la mer. Mais je leur réponds que souvent les ''étésies'' ne soufflent en sorte qui soit, et néanmoins le fleuve ne laisse à faire son accoutumé. Davantage, si les ''étésies'' étaient cause de ce débord, il faudrait que le pareil avînt aux autres fleuves, voire beaucoup plus, d’autant qu’ils sont moindres, et ont leurs cours plus faibles et plus lents que le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; et on sait assez que plusieurs fleuves sont en ''Syrie'' et [[w:Afrique_du_Nord|''Afrique'']] [[#Afrique|<span id="Afrique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] qui ne souffrent rien tel que le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#cuident_back|<span id="cuident"><sup>1</sup></span>]] Croient. — [[#th_Thales_HP_back|<span id="th_Thales_HP"><sup>2</sup></span>]] C’est l’opinion de Thalès. Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]], liv. I, 38 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm <sup>XXIV.</sup>], la réfute par les mêmes raisons qu’Hérodote.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000162# ''Livre Second. EUTERPE. XX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Saliat de 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#Afrique_back|<span id="Afrique"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Āfrica [[wikt:en:Africa#Latin|(en)]]; de Āfrī; [[wikt:Annexe:Glossaire_grammatical#G|''génitif'']] singulier de Āfer [[wikt:en:Afer#Latin|(en)]], habitant du pays de Carthage :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langue_punique|''punique'']] ou du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤏𐤐𐤓 / ʿpr /ʿafar/, « poussière »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langues_berbères|''berbère'']] ⵉⴼⵔⵉ / ifri, « caverne »; pluriel de ifran, en référence aux habitants des cavernes de [[w:Tunisie|''Tunisie'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit mot composé, signifiant « sans froid/frisson » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe grec ancien [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' [[w:en:Alpha_privative|(en)]] (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' [[w:en:Copulative_a|(en)]], en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[wikt:en:ἁ-#Ancient_Greek|(en)]], pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'', en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón, pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun [[wikt:φρίκη#Grec_ancien|φρίκη / phríkē]], « frisson »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du latin aprica, « ensoleillé »; de l’adjectif aprīcus [[wikt:en:apricus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe aperiō [[wikt:en:aperio#Latin|(en)]], « 1. (littéralement) découvrir, mettre à nu, révéler, dégager. 2. (au sens figuré) rendre visible, découvrir, montrer, révéler, mettre à nu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ suffixe adjectival -cus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les Grecs de l’Antiquité appelaient le continent africain Λιβύη / Libúē [[#Libye_back|<sup>⤴️</sup>]], « Libye » [https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959 <sup>fin p.40</sup>]. Jusqu’à [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]], l’Afrique était considéré de loin comme le plus petit des trois continents, ou était regroupé aussi parfois avec l’Europe, en opposition avec l’Asie [https://www.persee.fr/docAsPDF/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959.pdf <sup>fin p.41</sup>].'''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Cependant il s’est trouvé des gens chez les ''Grecs'' qui, pour se faire un nom par leur savoir, ont entrepris d’expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés, il y en a deux que je ne juge pas même dignes d’être rapportées ; aussi ne ferai-je que les indiquer. Suivant la première, ce sont les vents ''étésiens'' qui, repolissait de leur souffle les eaux du ''Nil'', et les empêchant de se porter à la mer, occasionnent la crue de ce fleuve ; mais il arrive souvent que ces vents n’ont point encore soufflé, et cependant le ''Nil'' n’en grossit pas moins. Bien plus, si les vents ''étésiens'' étaient la cause de l’inondation, il faudrait aussi que tous les autres fleuves dont le cours est opposé à ces vents éprouvassent la même chose que le ''Nil'', et cela d’autant plus qu’ils sont plus petits et moins rapides : or, il y a en ''Syrie'' et en ''Libye'' beaucoup de rivières qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. XX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Certains gráds personnages de la ''Grece'' qui se cuident la sagesse mesme,assignét trois causes de ce desbord,dót ie n’estime les deux dignes d’estre recitees , seulement ie les veux bien cotter icy. En l’vne ils disent que les vens ''Etesies'' sont cause que le fleuue s’enfle , parce qu’ils l’empeschent de se descharger en la mer.Mais ie leur responds,que souuent les ''Etesies'' ne soufflent en forte qui soit,& neátmoins le fleuue ne laisse à faire son accoustumé. D’auantage si les ''Etesies'' estoyent cause de ce desbord,il faudroit que le pareil auint aux autres fleuues,voire beaucoup plus,d’autant que ils sont moindres,& ont leurs cours plus foibles & plus lés que le ''Nil''.Et on sçait assez que plusieurs fleuues sont en ''Syrie'' & ''Affrique'',qui ne souffrent rié tel que le ''Nil''. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA83-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.83-84.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CIX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de l’apport (supposemment implicite) de la [[w:Histoire de la géométrie|''Géométrie'']] [[#Géométrie|<span id="Géométrie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en ''Grèce'' depuis l’[[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte'']] [[#Égypte_back|<sup>⤴️</sup>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CIX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Géométrie_back|<span id="Géométrie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωμετρία#Grec_ancien|γεωμετρία / geōmetría]], « [[w:Arpentage|Arpentage]], mesure de la superficie des terres, en particulier des terrains agricoles. Géométrie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:γεωμέτρης#Grec_ancien|γεωμέτρης / geômétrês]], « arpenteur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « Terre. Terre, élément opposé à l’eau, au feu. Terre où vit l’homme, le monde, l’univers. Partie de la terre, pays, contrée. Terre comme élément producteur, productions nées de la terre, sol. Terre, poussière. Terre, minerai. »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe [[wikt:μετρέω#Grec_ancien|μετρέω / metréô]], « Mesurer, prendre la mesure. Compter. »; [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] du nom commun [[wikt:μέτρον#Grec_ancien|μέτρον / métron]], « Mesure. Instrument pour mesurer. Quantité mesurée ou espace mesuré, développement mesuré. Juste mesure. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal féminin -ία / -ía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’objet de la ''géométrie'' concerne la connaissance des relations spatiales. Dans l’[[w:Mathématiques_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte antique'']], les problèmes de [[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''géométrie'']], présents notamment dans le [[w:Papyrus_Rhind|''Papyrus Rhind'']], servent à évaluer des quantités numériques, en particulier des calculs de longueurs, d’aires et de volumes. Mais, au regard des prouesses techniques et architecturales réalisées très tôt dans leur histoire, il apparait que la géométrie fut sans doute leur domaine de prédilection et cette science associée à l’architecture, fit la grande réputation des ''Égyptiens''. C’est l’une des raisons pour lesquelles leur pays accueillit en pèlerinage les savants de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Κατανεῖμαι δὲ τὴν χώρην [[wikt:en:Αἴγυπτος|'''Αἰγυπτίοισι''']] ἅπασι τοῦτον ἔλεγον τὸν [[wikt:en:βασιλεύς#Ancient_Greek|'''βασιλέα''']], κλῆρον [[wikt:ἴσος|'''ἴσον''']] ἑκάστῳ [[wikt:en:τετράγωνο|'''τετράγωνον''']] διδόντα, καὶ ἀπὸ τούτου τὰς προσόδους ποιήσασθαι, ἐπιτάξαντα ἀποφορὴν ἐπιτελέειν κατ᾽ ἐνιαυτόν. [2] Εἰ δὲ τινὸς τοῦ κλήρου ὁ ποταμός τι παρέλοιτο, ἐλθὼν ἂν πρὸς αὐτὸν ἐσήμαινε τὸ γεγενημένον· ὁ δὲ ἔπεμπε τοὺς ἐπισκεψομένους καὶ ἀναμετρήσοντας ὅσῳ ἐλάσσων ὁ χῶρος γέγονε, ὅκως τοῦ λοιποῦ κατὰ λόγον τῆς τεταγμένης ἀποφορῆς τελέοι. [3] Δοκέει δέ μοι ἐνθεῦτεν [[wikt:en:geometry|'''γεωμετρίη''']] εὑρεθεῖσα ἐς τὴν '''Ἑλλάδα''' ἐπανελθεῖν· πόλον μὲν γὰρ καὶ [[wikt:en:γνώμονας#Greek|'''γνώμονα''']] καὶ τὰ [[wikt:en:δυώδεκα|'''δυώδεκα''']] [[wikt:en:μέρος|'''μέρεα''']] τῆς [[wikt:en:ἡμέρα|'''ἡμέρης''']] παρὰ [[wikt:en:Βαβυλών#grc-nom-pr|'''Βαβυλωνίων''']] ἔμαθον οἱ '''Ἕλληνες'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. CIX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres m’ont dit encore que ce ''roi'' partagea la contrée entre tous les ''Égyptiens'', donnant à chacun un égal carré de terre; qu’il établit en conséquence ses revenus, fixant la redevance à payer par chacun annuellement. Si le fleuve venait à emporter quelque partie de l’héritage d’un habitant, celui-ci allait trouver le roi et lui déclarait ce qui était advenu. '''Sésostris''' [[w:en:Sesostris|(en)]] [[#Sésostris|<span id="Sésostris_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] alors envoyait des inspecteurs pour mesurer de combien le champ était diminué, afin que l’impôt fût réduit, et perçu en proportion de ce qu’il en restait. Il me semble que la ''géométrie'' [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] fut inventée à cette occasion, et qu’elle passa d’Égypte en ''Grèce''. Quand au [[w:Cadran_antique|''cadran solaire'']], au [[w:Gnomon|''gnomon'']] [[#gnomon|<span id="gnomon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et aux [[w:Heure_ancienne|''douzes divisions du jour'']], les ''Grecs'' les ont reçus des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f137.item ''Livre II — EUTERPE, CIX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sésostris_back|<span id="Sésostris"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σέσωστρις / Sésōstris [[wikt:en:Σέσωστρις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de l’Égypte ancienne qui, selon Hérodote, a mené une expédition militaire dans certaines parties de l’Europe. Dans l’[[w:Ægyptiaca|Ægyptiaca]] (Histoire de l’Égypte) de [[w:Manéthon_de_Sebennytos|Manéthon]], un pharaon appelé "Sésostris" occupait la même position que le pharaon connu Sésostris III de la douzième dynastie, et son nom pourrait être une déformation de Senusret/Senwosret/Senwosri. Il est probable que le Sésostris d’Hérodote soit basé sur [[w:Sésostris_III|Sésostris III]], avec potentiellement des ajouts de souvenirs d’[[w:Sésostris|''autres pharaons homonymes'']] de la même dynastie, ainsi que de [[w:Séthi_Ier|Séthi I<sup>er</sup>]] et [[w:Ramsès_II|Ramsès II]] de la XIX<sup>ème</sup> dynastie, beaucoup plus tardive.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gnomon_back|<span id="gnomon"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:γνώμων#Grec_ancien|γνώμων / gnōmōn]] [[wikt:en:γνώμων#Ancient_Greek|(en)]] [[w:Gnomon_(homonymie)|<sup>📚</sup>]], « (Choses) Indicateur : • Aiguille d’un cadran solaire; • Règle en équerre, équerre; • Gnomon, parallélogramme complémentaire d’un autre parallélogramme ou d’un triangle; • Les cinq premiers nombres impairs dans la doctrine pythagoricienne. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:γιγνώσκω#Grec_ancien|γιγνώσκω / gignṓskō]] [[wikt:en:γιγνώσκω#Ancient_Greek|(en)]], « (Au propre) Apprendre, connaître. Se rendre compte. Comprendre, reconnaître. (Par suite) Se faire une opinion, juger, penser. Prendre une décision, décider, résoudre. Connaître, avoir des relations intimes. Faire connaitre, rendre connu, célébrer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Un [[w:Gnomon|gnomon]] est un instrument astronomique qui visualise par son ombre les déplacements du Soleil sur la voute céleste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• En géométrie, un [[w:Gnomon_(géométrie)|gnomon]] est une figure plane formée en enlevant un parallélogramme d’un coin d’un plus grand parallélogramme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Étant donnée une suite de [[w:Nombre_figuré|''nombres figurés'']], le gnomon est une disposition de points dans un plan, représentant un [[w:Nombre_gnomonique|nombre]], et formant un modèle qui permet d’obtenir par juxtaposition à la figure correspondant à un nombre figuré de la suite, la figure d’un nombre de rang suivant. Ce procédé est décrit dans l’article sur les nombres figurés, dans lequel des nombres carrés sont construits à partir du gnomon d’un [[w:Parité_(arithmétique)|''nombre impair'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Outre, disaient les prêtres, que ledit roi '''Sésostris''' avait départi l’Égypte à tous les ''Égyptiens'', baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes et censives [[#censives_NdT|<span id="censives_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; mais avenant que la rivière gagnât sur la portion de quelqu’un, cestui devait avoir recours vers le roi, et faire entendre sa perte. Adonc étaient envoyés commissaires pour visiter les lieux et mesurer la diminution, afin que le tenancier ne payât dorénavant qu’au prorata [[#prorata_NdT|<span id="prorata_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Par cet acensement, comme je pense, fut inventée ''géométrie'', et de là a été apportée en ''Grèce'' : car, quant est de l’élévation du pôle, de l’usage du quadrant et de la division du jour en douze parts, les ''Grecs'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#censives_NdT_back|<span id="censives_NdT"><sup>1</sup></span>]] Redevances annuelles. — [[#prorata_NdT_back|<span id="prorata_NdT"><sup>2</sup></span>]] En proportion de ce qui restait.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000201# ''Livre Second. EUTERPE. CIX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres me dirent encore que ce même roi fit le partage des terres, assignant à chaque ''Égyptien'' une portion égale de terre, et carrée, qu’on tirait au sort ; à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une certaine redevance, qui composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu’un une partie de sa portion, il allait trouver le roi, et lui exposait ce qui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs pour voir de combien l’héritage était diminué, afin de ne faire payer la redevance qu’à proportion du fonds qui restait. Voilà, je crois, l’origine de la ''géométrie'', qui a passé de ce pays en Grèce [[#origine_géométrie_NdT_P-H_L|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. À l’égard du ''gnomon'' du pôle, ou ''cadran solaire'', et de la division du jour en douze parties, les ''Grecs'' les tiennent des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#origine_géométrie_NdT_P-H_L_back|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Pamphile raconte que Thalès de ''Milet'' apprit la ''géométrie'' des ''Égyptiens'' et qu’il en apporta la connaissance en ''Grèce''. ([[w:Diog%C3%A8ne_La%C3%ABrce|Diogène Laërce]], liv. 1.).</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. CIX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Outre disoyent les prestres que ledict Roy '''Sesostris''' auoit departy l’Egypte à tous les ''Egyptiens'',baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes & censiues, mais auenant que la riuiere gaignast sur la portion de quelcun, cestuy deuoit auoir recours vers le Roy,& faire entendre sa perte. Adonq’estoyent enuoyez commissaires pour visiter les lieux & mesurer la diminution,à fin que le tenancier ne payast doresnauant qu’au prorata. Par cest acensement (comme ie pense) fut inuentee ''Geometrie'',& de la a esté apportee en ''Grece'':car quand est de l’eleuation du Pol, de l’vsage du quadrát,& de la diuision du iour en douze parts,les ''Grecz'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA108#v=onepage&q&f=true ''p.108.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon|<span id="Platon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:428_av._J.-C.|-428]]/[[w:427_av._J.-C.|-427]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athènes'']] — [[w:348_av._J.-C.|-348]]/[[w:347_av._J.-C.|-347]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Athènes'') [[s:Auteur:Platon|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA630#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §195 - Platon}}] [[Fichier:Plato_Silanion_Musei_Capitolini_MC1377.jpg|vignette|Portrait de Platon. Marbre blanc à grain fin [[w:Marbre_de_Carrare|{{Info|<sup>?</sup>|ou du marbre Lini ou de Carrare}}]] (hauteur 34 cm), copie romaine du Ier siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}} du portrait exécuté par [[w:Silanion|Silanion]] pour l’[[w:Académie_d%27Athènes|''Académie d’Athènes'']] vers [[w:370_av._J.-C.|-370]] [https://exhibits.museogalileo.it/archimedes/object/PortraitPlato.html?_ga=2.19009328.982857860.1650384257-946673427.1650384257 (en)].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Area_sacra|''aire sacrée du Largo Argentina'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Second étage de la [[w:Musées_du_Capitole#Centrale_Montemartini|Centrale Montemartini]], [[w:Centrale_Montemartini#Salle_des_Machines|Sala Macchine]] [https://www.rome-roma.net/centrale-montemartini/visite-et-photos-de-la-centrale-montemartini/#Sala_Macchine <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], citoyen de la [[w:D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne|''démocratie'']] [[#démocratie|<span id="démocratie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Athènes#Antiquité|''athénienne'']] [[#Athènes|<span id="Athènes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], fondateur de l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie|<span id="Académie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA693#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I - Annexe : Académie, Topographie et archéologie}}] à ''Athènes'' et disciple de '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate|<span id="Socrate_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> <span id="Xénophon_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Platon|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Platon_back|<span id="Platon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πλάτων / Plátôn [[wikt:en:Πλάτων#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif πλατύς / platús [[wikt:en:πλατύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Large. 2. Plat, de niveau. 3. Large d'épaules. 4. Bien avancé (des saisons). 5. Large, fort. 6. Diffusé. 7. Répandu, fréquent. 8. (substantif féminin) • Rue (généralement d’une rue principale); • Plat de la main; • Type de plat ou de tasse; • Large bande ou bordure. 9. Salé, saumâtre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#démocratie_back|<span id="démocratie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:δημοκρατία#Grec_ancien|δημοκρατία / dēmokratía]], « (politique, indénombrable) démocratie, régime populaire; (dénombrable) un gouvernement démocratique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -κρατία / -kratía [[wikt:en:-κρατία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κρᾰ́τος / krátos, « Puissance, force. Acte de force, acte de bravoure. (au pluriel) actes de violence. Domination, pouvoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Régime politique mis en place progressivement dans la cité d’Athènes dans la Grèce antique autour du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Bien que la [[w:Démocratie_athénienne|''démocratie athénienne'']] soit aujourd’hui considérée comme ayant été une forme de [[w:Démocratie_directe|''démocratie directe'']], elle faisait coïncider plusieurs [[w:Démocratie_athénienne#Les_institutions_politiques|organisations politiques]] très différentes :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La [[w:Boulè#La_Boulè_d’Athènes_:_une_institution_évoluant|Boulè]] regroupant environ 500 citoyens tirés au sort, est chargés de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• l’[[w:Ecclésia#À_Athènes|Ecclésia]] est l’Assemblée des [[w:Citoyenneté#Grèce_antique|citoyens]] qui :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− vote des lois, le budget, la paix ou la guerre, l’[[w:Ostracisme|ostracisme]],<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− tire au sort les [[w:Bouleutes|Bouleutes]] (membres du conseil), les [[w:Héliastes|Héliastes]] [[w:Archonte#Grèce_antique|{{Info|<sup>?</sup>|ou éluent par tirage au sort par les archontes}}]] (membres des tribunaux), les 10 [[w:Archonte#Grèce_antique|Archontes]] (magistrats dirigants)<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− et élit les 10 [[w:Stratège#Grèce_classique|Stratèges]] (magistrats militaires).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La Magistrature, comprenant environ 700 magistrats (choisis par élection, désignation, ou par tirage au sort), gèrent les affaires courantes et veillent à l’application des lois. Ils doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale, aucune magistrature n’étant légalement en état de développer un pouvoir personnel, ce qui est censé éviter le retour à la tyrannie.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Aréopage#Époque_classique_:_le_conseil_de_l’Aréopage|Aréopage]], composé d’environs 150 anciens archontes avant qu’ils ne fussent tirés au sort, a pour but premier de conserver les lois, c’est-à-dire de veiller au respect de la constitution, et a donc à cette fin des pouvoirs judiciaires très étendus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Héliée|Héliée]], composé de 6 000 citoyens, toujours âgés de plus de 30 ans et répartis en dix classes de 500 citoyens (1 000 restant en réserve) tirés au sort chaque année, est le tribunal populaire.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Athènes_back|<span id="Athènes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ἀθῆναι#Grec_ancien|Ἀθῆναι / Athênai]]; pluriel de [[wikt:Ἀθήνη#Grec_ancien|Ἀθήνη / Athḗnē]], « (Mythologie) [[w:Athéna|Athéna]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers -800 par le [[w:Synœcisme|''synœcisme'']] de plusieurs villages — à l’initiative de [[w:Thésée|Thésée]], selon [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre2.htm#XV <sup>HdlGdP ''l.''II. §15</sup>] —, la cité domine la Grèce au cours du [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|I<sup>er</sup> millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elle connaît son âge d’or au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], dirigée par le [[w:Stratège|stratège]] [[w:Périclès|Périclès]] [[#Périclès_back|<sup>⤵️</sup>]] : principale puissance militaire de Grèce, à la tête d’une vaste alliance de cités, appelée [[w:Ligue_de_Délos|Ligue de Délos]], elle est également le cœur culturel de la Méditerranée.<br />[[File:1784_Bocage_Map_of_the_City_of_Athens_in_Ancient_Greece_-_Geographicus_-_AthensPlan2-white-1793.jpg|thumb|center|upright=2.0|Plan de 1784 d’Athènes et de l’Acropole, avec l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [https://www.google.com/maps/dir/Plato's+Academy+Park,+Monastiriou+138-140,+Athina+104+42,+Gr%C3%A8ce/Lyc%C3%A9e+d'Aristote,+Rigillis+11,+Athina+106+75,+Gr%C3%A8ce/@37.9848964,23.7045845,4266m/data=!3m1!1e3!4m14!4m13!1m5!1m1!1s0x14a1bd7619805c6d:0x1e043414dee5198a!2m2!1d23.706985!2d37.9936003!1m5!1m1!1s0x14a1bd41165f81af:0xdfffb6294b6d707e!2m2!1d23.7433833!2d37.9752315!3e2?entry=ttu {{Info|<sup>🔍</sup>|Positions actuelles des sites archéologiques de l’Académie et du Lycée.}}] (Un plan plus complet et actuel est disponible [https://www.worldhistory.org/image/16191/the-acropolis-and-ancient-athens/ ici]).]]<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Académie_back|<span id="Académie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀκᾰδημῐ́ᾱ / Akadēmíā [[wikt:en:Ἀκαδημία#Ancient_Greek|(en)]], ''étymologie incertaine''; potentiellement de [[w:Académos|Ἀκάδημος / Akádēmos ou de Ἑκάδημος / Hekádēmos]], un héro athénien qui aurait sauvé Athènes en révélant l’emplacement d’[[w:Hélène_(mythologie)#Origine_et_jeunesse|Hélène]], enlevée par [[w:Thésée#Maturité_et_mort|Thésée]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] fondée à l’extérieur des [[w:Longs_Murs|''murs'']] de la ville d’Athènes [[#Athènes|<sup>III</sup>]] par Platon vers [[w:387_av._J.-C.|-387]], et qui a perduré jusqu’en [[w:86_av._J.-C.|-86]]. L’Académie est située à l’extrémité ouest de la ville d’Athènes, et à proximité de la rivière ''Céphèse'' (''Cephisos'' sur le plan d’Athènes), elle est maintenant recouverte par la route nationale à l’ouest et s’étend jusqu’à Kolonos Hippios au nord, cette zone faisait autrefois partie de l’ancienne oliveraie sacré [https://web.archive.org/web/20190530223457/https://www.culture.gr/DocLib/filladio_akplaton.pdf {{Info|<sup>🔍 pp.24-26</sup>|Brochure intitulée « Académie de Platon » de l’Éphorie des Antiquités d’Athènes (Ministère de la Culture et des Sports, Athènes, 2015)}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Socrate_back|<span id="Socrate"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Σωκράτης#Grec_ancien|Σωκρᾰ́της / Sōkrátēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif σῶς / sôs [[wikt:en:σῶς#Ancient_Greek|(en)]], « sain et sauf, bien vivant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ κράτος / krátos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de troisième déclinaison [[wikt:en:Appendix:Ancient_Greek_third_declension|(en)]] -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'', citoyen de la ''démocratie'' [[#démocratie|<sup>II</sup>]] ''athénienne'' [[#Athènes|<sup>III</sup>]], connu comme l’un des créateurs de la [[w:Philosophie_morale|''philosophie morale'']]. Socrate n’a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, [[w:Platon|Platon]] [[#Platon|<sup>I</sup>]] et [[w:Xénophon|Xénophon]] [[#Xénophon|<sup>VI</sup>]], ont notablement œuvré à maintenir l’image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_460_av._J.-C.|-469/-468]], [[w:Alopèce|''Alopèce'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — [[w:Années_390_av._J.-C.|-399]], [[w:Procès_de_Socrate|''condamné à mort'']], par ingestion de [[w:Grande_ciguë|ciguë]], par le tribunal de l’[[w:Héliée|Héliée]] [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]], à ''Athènes'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA399#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §98 - Socrate d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Xénophon_back|<span id="Xénophon"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ξενοφῶν#Grec_ancien|Ξενοφῶν / Xenophôn]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt: ξένος#Grec_ancien|ξένος / xénos]], « 1. Étranger, qui n’est pas du pays. 2. Étranger à une chose, qui ne connaît pas quelque chose. 3. Étrange, insolite, étonnant, surprenant. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun [[wikt:φωνή#Grec_ancien|φωνή / phōnḗ]], « 1. Son. 2. (En particulier) Son de la voix humaine, cri. 3. Son articulé, voyelle. 4. Discours. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Citoyen ''athénien'', historien [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]], chef militaire et ''philosophe'', élève de Socrate [[#Socrate_back|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_430_av._J.-C.|-430]]/[[w:Années_420_av._J.-C.|-425]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Erchia|''Erchia'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — post [[w:Années_350_av._J.-C.|-355]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA227#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Xénophon d’Erchia}}] </small>'''</td></tr></table> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Protagoras_(Platon)|Protagoras]] [[#Protagoras|<span id="Protagoras_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Protagoras|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Codex Oxoniensis Clarkianus 39'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue entre '''Socrate''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et le [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes|<span id="sophistes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Protagoras|'''Protagoras''']], sur la question de la vertu ou de l’excellence, en s’attachant à définir les parties qui la composent, mais aussi à déterminer si elle peut s’enseigner ou non.</div> <span id="Abdère_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Protagoras|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Protagoras_back|<span id="Protagoras"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Πρωταγόρας#Grec_ancien|Πρωταγόρας / Prōtagóras]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:πρῶτος#Grec_ancien|πρῶτος / prôtos]], « 1. Premier. 2. Premier dans l’ordre. 3. Primaire, primitif, simple. 4. (Mathématiques) Premier, indivisible. 5. (Politique) Relatif à la tête de la société, de la hiérarchie. »; Traditionnellement considéré comme le superlatif de πρό / pró [[wikt:en:πρό#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (de place) avant, devant : • (avec des verbes de mouvement); • avant, devant, dans le but de protéger ou de garder; • plus loin, en avant. 2. (du temps) avant : (chez les écrivains ultérieurs, avec des chiffres). 3. (dans d’autres relations) : • (de préférence) avant, plus tôt, plutôt que; • (de cause ou de motif) pour, hors de, à partir de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορᾱ́ / agorā́]], « 1. Assemblée. 2. Discours devant une assemblée. 3. Lieu de réunion. 4. Place publique. 5. Lieu où siège un tribunal. 6. Marché. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Penseur [[w:Présocratiques|présocratique]] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant et [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes_back|<sup>II</sup>]] autoproclamé :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''[...] je déclare ouvertement que je suis un sophiste et un éducateur, et j’estime ma précaution meilleure que la leur, ma franchise plus sûre que leur dissimulation. Je prends d’autres précautions, d’ailleurs, si bien (les dieux me pardonnent !) que je n’ai jamais souffert aucun inconvénient de ma profession de sophiste.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Protagoras</u>, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/46 ''§317b''], de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''Renommé de son vivant, [[w:Protagoras|Protagoras]] est resté célèbre pour son [[w:Agnosticisme|''agnosticisme'']] avoué :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Quant aux dieux, je ne puis dire s’ils existent ou non ; bien des raisons m’en empêchent, entre autres l’obscurité de la question et la brièveté de la vie humaine.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9protagore1.htm ''Livre IX, Chapitre VIII. Protagoras - ΠΡΩΤΑΓΟΡΑΣ''], de [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''et un certain [[w:Relativisme|relativisme]] :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« L''’homme [...] est la mesure de toutes choses, de l’existence de celles qui existent, et de la non-existence de celles qui n’existent pas.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Théétète</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm#11 ''§152a''], de Platon.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_490_av._J.-C.|-490]], [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']], [[w:Polis|''cité grecque'']] de la [[w:Thrace|''Thrace'']] antique, située près de l’embouchure du fleuve [[w:Nestos|''Nestos'']], en face de l’île de [[w:Thasos_(île)|''Thasos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_420_av._J.-C.|-420]], potentiellement mort lors d’un naufrage en [[w:Mer_Ionienne|''mer ionienne'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1700#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §302 - Protagoras d’Abdère}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#sophistes_back|<span id="sophistes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien σοφιστής / sophistès [[wikt:en:σοφιστής#Ancient_Greek|(en)]], « Un maître de son art. Celui qui est sage, prudent, ''philosophe''. Enseignant, tuteur. (argot, péjoratif) Celui qui profite d’une fausse sagesse : tricheur, escroc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σοφίζω / sophízô [[wikt:en:σοφίζω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rendre sage, instruire : • ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Devenir sage, intelligent, habile; • ([[w:Diathèse#Moyen|''moyen'']]) M’enseigner, apprendre. 2. (''moyen'') Pratiquer un art, être subtil, spéculer : • (''avec accusatif'') Concevoir habilement; • (''avec accusatif de personne'') Tromper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif σοφός / sophós [[wikt:en:σοφός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ingénieux, habile, rusé, capable. 2. Intelligent, sage, prudent. »; ''étymologie indéterminée'';<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du suffixe verbal -ίζω / -ízō [[wikt:en:-ίζω#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal d’agent'']] -τής / -tḗs [[wikt:en:-τής#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Terme désignant à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] (en particulier dans le contexte de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), et en opposition duquel la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] va en partie se développer. Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, les sophistes développent des [[w:Sophisme|raisonnements]] dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Ainsi, dans la contradiction, l’imitation selon l’opinion dans le genre ironique, imitation dépendante de la fantasmagorie, comprise elle-même dans l’art de faire des simulacres, non pas l’art divin, mais l’art humain, qui produit des prestiges à l’aide des discours, telle est “ la race et le sang ” du vrai sophiste : on peut le dire en toute assurance.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Le Sophiste</u>, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/sophiste3.htm#18a ''§268d''], de Platon</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CCCXLIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Liste la plus ancienne des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] de la [[w:Grèce_antique|''Grèce Antique'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[w:Socrate|Σωκράτης]]'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Τοῦτο οὖν αὐτὸ καὶ τῶν νῦν εἰσὶν οἳ κατανενοήκασι καὶ τῶν πάλαι, ὅτι τὸ λακωνίζειν [[wikt:en:Λακωνικός#Ancient_Greek|(en)]] πολὺ μᾶλλόν ἐστιν '''φιλοσοφεῖν''' (« ''aimer la sagesse'' ») ἢ '''φιλογυμναστεῖν''' (« ''aimer la gymnastique'' »), εἰδότες ὅτι τοιαῦτα οἷόν τ' εἶναι ῥήματα φθέγγεσθαι '''[343a]''' τελέως πεπαιδευμένου ἐστὶν ἀνθρώπου. Τούτων ἦν καὶ '''[[w:Thalès|Θαλῆς ὁ Μιλήσιος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Πιττακὸς ὁ Μυτιληναῖος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Βίας ὁ Πριηνεὺς]]''' καὶ '''[[w:Solon|Σόλων]]''' ὁ ἡμέτερος καὶ '''[[w:Cléobule|Κλεόβουλος ὁ Λίνδιος]]''' καὶ '''[[w:Myson_de_Chénée|Μύσων ὁ Χηνεύς]]''', καὶ ἕβδομος ἐν τούτοις ἐλέγετο '''[[w:Chilon|Λακεδαιμόνιος Χίλων]]'''. Οὗτοι πάντες ζηλωταὶ καὶ ἐρασταὶ καὶ μαθηταὶ ἦσαν τῆς '''Λακεδαιμονίων''' [[wikt:en:Λακεδαιμόνιος#Ancient_Greek|(en)]] '''παιδείας''' [[wikt:en:παιδεία#Ancient_Greek|(en)]], καὶ καταμάθοι ἄν τις αὐτῶν τὴν σοφίαν τοιαύτην οὖσαν, ῥήματα βραχέα ἀξιομνημόνευτα ἑκάστῳ εἰρημένα· οὗτοι καὶ κοινῇ συνελθόντες '''[343b]''' ἀπαρχὴν τῆς σοφίας ἀνέθεσαν τῷ Ἀπόλλωνι εἰς τὸν νεὼν τὸν ἐν Δελφοῖς, γράψαντες ταῦτα ἃ δὴ πάντες ὑμνοῦσιν, [[w:Gnothi_seauton|''γνῶθι σεαυτόν'']] (« ''Connais-toi toi-même'' ») καὶ '''μηδὲν ἄγαν''' (« ''Rien de trop'' »).</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Troisième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagorasgrec.htm#342e ''Protagoras, 343a''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Beaucoup d’observateurs, dans le passé comme de nos jours, ont compris que [[w:Laconisme|''laconiser'']] [[#laconiser|<span id="laconiser_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] consistait bien moins à cultiver la [[w:Gymnastique#Grèce_antique|''gymnastique'']] [[#gymnastique|<span id="gymnastique_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] que la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], se rendant compte que prononcer des mots de cette sorte ne pouvait être que le fait d’un homme parfaitement élevé. De ce nombre furent '''Thalès''' de ''Milet'', [[w:Pittacos_de_Mytilène|'''Pittacos''']] [[#Pittacos|<span id="Pittacos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de [[w:Mytilène|''Mitylène'']], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[#Bias_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène_back|<sup>⤴️</sup>]], notre [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon|<span id="Solon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[#Cléobule|<span id="Cléobule_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] de [[w:Lindos|''Lindos'']] [[#Lindos|<span id="Lindos_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''' de ''Chénée'']] [[#Myson_de_Chénée|<span id="Myson_de_Chénée_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]], et un septième, dit-on, [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<span id="Chilon_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA304#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §107 - Cheilon de Sparte}}] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<span id="Lacédémone_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]. Tous ces hommes furent des admirateurs passionnés et des disciples de l’éducation ''lacédémonienne'' [[#liste_7_Sages_NdT_AC|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]]; et ce qui prouve bien que leur science était de même sorte, ce sont les [[w:Apophtegme|''mots brefs et mémorables'']] prononcés par chacun d’eux lorsque, s’étant réunis à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes|<span id="Delphes_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], ils voulurent offrir à '''Apollon''', dans son temple, les prémices de leur sagesse, et qu’ils lui consacrèrent les [[w:Maximes_delphiques|''inscriptions'']] que tout le monde répète, [[w:Gnothi_seauton|« Connais-toi toi-même »]] (''γνῶθι σεαυτόν'') et « Rien de trop » (''Μηδὲν ἄγαν'').</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#liste_7_Sages_NdT_AC_back|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC">1.</span>]] La liste des Sept ''Sages'' est quelque peu flottante, et Platon substitue ici Myson à [[w:Périandre|Périandre]] [[#Périandre|<span id="Périandre_back"><sup>XI</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<span id="Corinthe_back"><sup>XII</sup></span>]]. Mais les personnages que la légende y a fait entrer ont comme trait commun d’être des maîtres de sagesse pratique (plusieurs avaient été des hommes d’état) ; leur groupement est surtout intéressant comme signe de l’esprit positif et réaliste qui apparaît au VIe siècle.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Œuvres_complètes_de_Platon|<u>Œuvres complètes de Platon</u>]], tome III, 1re partie, pp. 20-86, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres_complètes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/110|Protagoras, 343a]]'', traduction par [[w:Alfred_Croiset|Alfred Croiset]], texte établi par Alfred Croiset et Louis Bodin, Les Belles Lettres, 1923</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#laconiser_back|<span id="laconiser"><sup>I</sup></span>]] Du verbe grec ancien Λακωνίζω / Lakônízô, « Laconiser, se comporter comme les Spartiates. » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:Λάκων#Grec_ancien|Λάκων / Lákôn]], « Laconien, de [[w:Laconie#Antiquité|''Laconie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de suffixe verbal [[wikt:-ίζω#Grec_ancien|-ίζω / -ízō]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Imiter les habitudes des [[w:Lacédémoniens|''Lacédémoniens'']], c’est-à-dire parler d’une manière concise, à l’image du peuple ''Spartiate'' dans la ''Grèce antique'' dont c’était la réputation.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gymnastique_back|<span id="gymnastique"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:γυμναστικός#Grec_ancien|γυμναστικός / gumnastikós]], « Gymnastique, d’exercice physique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:en:γυμναστής#Grec_ancien|γυμναστής / gumnastês]], « Entraineur d’athlètes »; + le suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe [[wikt:en:γυμνάζω#Grec_ancien|γυμνάζω / gumnazô]], « S’entrainer, faire de la gymnastique. »; + le suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:γυμνός#Grec_ancien|γυμνός / gumnós]] [[wikt:en:γυμνός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nu : • Non vêtu; • Non couvert (en parlant de choses). 2. Légèrement vêtu : • Sans manteau; • Sans armure, sans armes. »; + le suffixe verbal [[wikt:-άζω#Grec_ancien|-άζω / -ázô]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le [[w:Gymnase_(Grèce_antique)|Gymnase]] désigne l’ensemble des équipements sportifs dont dispose chaque cité pour les exercices du corps. C’est un lieu public, placé sous la surveillance d’un [[w:Gymnasiarchie|''gymnasiarque'']] : à ''Athènes'', il s’agissait d’un citoyen élu par sa [[w:Tribus_(Grèce_antique)|''tribu'']] pour un temps déterminé, et chargé de subvenir aux frais d’entretien des gymnases, de payer les maîtres d’exercices et d’assurer le service des jeux gymniques comme les courses aux flambeaux, les [[w:Lampadédromie|''lampadédromies'']], pour les fêtes et cérémonies. Les athlètes s’entraînaient totalement nus depuis le [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Cet usage a été présenté par [[w:Thucydide|Thucydide]] comme une innovation spartiate, au même titre que l’usage de l’[[wikt:embrocation#Français|''embrocation'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#VI <sup>HdlGdP, ''l.''I, ''§.''VI.</sup>]. Initialement destiné à l’entraînement physique, le gymnase est une institution civique qui joue un rôle essentiel dans la formation de la jeunesse. Cet édifice public et urbain est attesté dans les cités de Grèce dès le [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> De plus, la gymnastique est étymologiquement liée à la notion de nudité, d’absence d combat. En effet, les Jeux Panhelléniques était l’occasion d’une trève sacrée, l’[[w:Écéchiria|''Écéchéirie'']], proclamée afin de permettre aux athlètes et aux spectateurs d’y participer et d’y assister en toute sécurité. Par ailleurs, les Jeux Olympiques étaient, initialement, pratiqués habillés, et Pausanias avance 2 raisons afin d’expliquer les raisons de l’apparition de la nudité chez les athlètes et leurs entraîneurs [https://odysseum.eduscol.education.fr/la-nudite-dans-le-sport-antique-grec <sup>🔍</sup>] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « Le tombeau d’[[w:Orhippos_de_Mégare|'''Orsippus''']] est auprès de celui de '''Coræbus'''. Cet '''Orsippus''', contre l’usage ancien des Athlètes, qui portoient toujours une ceinture dans les jeux publics, gagna tout nu le prix de la course aux jeux Olympiques. On raconte que dans la suite étant devenu général des Mégaréens, il augmenta leur territoire aux dépends de leurs voisins. Je crois qu’il laissa volontairement tomber sa ceinture , sachant bien qu’il étoit plus facile de courir entièrement nu , qu’avec une ceinture. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[s:Auteur:Pausanias|<u>Pausanias, Description de la Grèce</u>]], ''[[s:Page:Description_de_la_Grèce_de_Pausanias,_tome_1,_1814.djvu/339|Livre I - Attique, chapitre XLIV]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/attique.htm#XLIV ici])<br />Selon [[w:Denys_d'Halicarnasse|Denys d’Halicarnasse]], dans ses [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/denys/livre7.htm#XIII <u>Antiquités romaines</u>, ''livre VII, chap. XIII, §V''], [[w:Acanthos_de_Sparte|Acanthus]] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] fut le premier qui mit bas tous ses habits pour courir nu dans les jeux olympiques la ''première année de la quinzième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|olympiade]]'' [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_720_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; d’où l’année -720 pour la première année de la quinzième olympiade.}}].'''<p class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « On trouve sur la route d’[[w:Olympie|Olympie]], avant de traverser l’[[w:Alphée_(fleuve)|Alphée]], une montagne qui, du côté de [[w:Scillonte|Scillonte]], a des rochers très hauts et très escarpés ; on la nomme le mont Typaeos [[w:el:Τυπαίο_όρος|(el)]]. La loi veut chez les [[w:Élée|Éléens]] [[#éléate_back|<sup>⤵️</sup>]], qu’on précipite du haut de cette montagne les femmes qu’on surprend aux jeux Olympiques, ou qui osent seulement traverser l’Alphée pendant les jours où cela leur est défendu. [[w:Kallipateira|'''Callipatira''']] est, disent-ils, la seule femme qui s’y soit laissé prendre ; d’autres la nomment '''Phérénice''', et non '''Callipatira'''. Son mari étant mort avant elle, elle prit tout l’ajustement d'un maître de gymnastique, et conduisit son fils à Olympie pour combattre dans les jeux. '''Pisirodos''' (c’était le nom du jeune homme) ayant remporté le prix, '''Callipatira''', en franchissant la barrière qui tient renfermés les maîtres de gymnastique, laissa reconnaître son sexe. On la renvoya cependant sans la punir, par considération pour son père, ses frères et son fils, qui avaient tous été couronnés aux jeux Olympiques; mais on rendit une loi portant que désormais les maîtres de gymnastique ne se présentassent que nus à ces exercices. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], ''[[s:Pausanias,_Elide-1,_chapitre_VI|Livre V - Elide, chapitre VI]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/elide1.htm#VI ici])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Pittacos_back|<span id="Pittacos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πιττᾰκός / Pittakós [[wikt:en:Πιττακός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Homme d’État et général ''grec''. Il fut choisi comme [[w:Aisymnète|''aisymnète'']] de la ville de ''Mytilène'' pour y restaurer l’ordre et renverser les ennemis de la cité qui avaient à leur tête Antiménide et le poète [[w:Alcée_de_Mytilène|Alcée]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm <sup>Arist. Polit. ''l.''III. ''c.''IX. ''§''5.</sup>]. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#281c <sup>HM. ''§''281c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagoras.htm#343c <sup>Protag. ''§''343c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep1.htm#335e <sup>Rép. ''§''335e.</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_650_av._J.-C.|-650]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Mytilène|''Mytilène'']], dès l’Antiquité, principale cité de l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Solon_back|<span id="Solon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σόλων / Sólōn [[wikt:en:Σόλων#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme d’État, législateur et poète ''athénien''. Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie à ''Athènes'', il a joué un rôle politique important, étant à l’origine d’une série de réformes qui accrurent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique ''athénienne''. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/timee.htm#20e <sup>Timée ''l.''XII. ''§''20e</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:638_av._J.-C.|-638]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:559_av._J.-C.|-559]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cléobule_back|<span id="Cléobule"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun βουλή / boulḗ [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]], « Volonté, vouloir. Décision, conseil. Conseil, sénat ''athénien''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' et ''politicien'' de la Grèce antique, tyran de [[w:Lindos|''Lindos'']], l’une des trois cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:630_av._J.-C.|-630]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à Lindos — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:560_av._J.-C.|-560]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lindos_back|<span id="Lindos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λίνδος / Líndos [[wikt:en:Λίνδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus importantes cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']], située sur la côte est.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Myson_de_Chénée_back|<span id="Myson_de_Chénée"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μύσων ὁ Χηνεύς / Músôn o Khêneús;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« '' [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''']], fils de '''Strymon''', suivant [[w:Hermippe|'''Hermippe''']], cité par [[w:Sosicrate|'''Sosicrate''']], est mis au nombre des sept sages. Il était originaire de Chénée, bourg de l’Oeta [[w:en:Oeta|(en)]] ou de la [[w:Laconie|Laconie]]. Son père exerçait, dit-on, la tyrannie. On prétend aussi qu’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis_back|<sup>⤵️</sup>]] ayant demandé à l’oracle d’Apollon quel homme était plus sage que lui, reçut de la prêtresse cette réponse déjà citée plus haut à propos de [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<sup>VIII</sup>]], dans la vie de '''Thalès''' :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que '''Myson''' , de Chénëe sur l’Oeta, l’emporte sur toi par la sublimité du génie.<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Anacharsis''', vivement piqué par cet oracle, se rendit dans le bourg désigné et trouva '''Myson''' occupé à réparer , en été, le manche de sa charrue. Il lui dit alors : « '''Myson''' ce n’est pas la saison de labourer. — Sans doute, reprit '''Myson''', mais c’est celle de s’y préparer. ». D’autres prétendent que l’oracle était ainsi conçu :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que Myson l’Étéen, etc....<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Et ils se demandent ce que signifie ce mot Étéen. Suivant [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]], Étée est un bourg de Laconie, où était né '''Myson'''. '''Sosicrate''' prétend, dans les Successions [des philosophes] [[w:en:Successions_of_Philosophers|(en)]] que son père était d’Étée et sa mère de Chénée. '''Eutyphron''', fils d’[[w:Héraclide_du_Pont|'''Héraclide de Pont''']], dit qu’il était Crétois, Étée étant une ville de Crète. Enfin [[w:Anaxilaos|'''Anaxilaus''']] le dit originaire d’[[w:Arcadie|Arcadie]].<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_back|<sup>⤵️</sup>]] parle de lui en ces termes : « '''Myson''', qu’Apollon a déclaré le plus sage des hommes ! ».'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Diogène de Laerte</u>, ''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/myson1.htm#01 Livre I, chapitre IX. MYSON - ΜΥΣΩΝ]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Chilon_back|<span id="Chilon"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χίλων / Khílōn ou Χείλων / Kheílōn [[wikt:en:Χείλων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Hist. ''l.''I — Clio. ''c.''LIX.</sup>], originaire de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] et contemporain du roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]] (règne de [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Alcidamas|Alcidamas]], cité par Aristote [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/rheto2.htm <sup>Rhét. ''l.''II. ''c.''XI.</sup>], il était membre du sénat lacédémonien;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pamphila|{{Info|Pamphila|historienne romaine très réputée à son époque et qui vécut sous le règne de l’empereur Néron (règne de 37 à 68)}}]], sur le témoignage de [[w:Sosicrate|Sosicrate]], citée par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/chilon.htm <sup>''l.''I — Chilon.</sup>], il fut premier [[w:Éphore|''éphore'']] pendant qu’Euthydème [[w:en:Euthydemus|(en)]] était [[w:Archonte|''archonte'']], vers la 56<sup>ème</sup> [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_550_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 56ème a eu lieu en -556.}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lacédémone_back|<span id="Lacédémone"><sup>IX</sup></span>]] • Du nom propre grec ancien Λᾰκεδαίμων / Lakedaímōn [[wikt:en:Λακεδαίμων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de Λάκων / Lákōn [[wikt:en:Λάκων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (nom propre) Un laconien, habitant de [[#Laconie|''Laconie'']] ou de ''Lacédémone'', un lacédémonien. 2. (utilisation adjectivale) De ou lié aux Laconiens. 3. Jet de dés. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun δαίμων / daímōn [[wikt:en:δαίμων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Dieu, déesse : • Pouvoir divin, divinité; • Esprit gardien (génie [[wikt:en:genius#Latin|(en)]] latin), et donc son destin, sa destinée, sa fortune. 2. Âme défunte. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe δαίομαι / daíomai [[wikt:en:δαίομαι#Ancient_Greek|(en)]]; première personne du singulier du présent [[wikt:en:Appendix:Glossary#mediopassive|''médiopassif'']] de l’indicatif du verbe δαίω / daíō [[wikt:en:δαίω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ([[w:Transitivité_(grammaire)#Verbes_transitifs|''transitif'']]) Allumer, enflammer, mettre le feu. 2. (''transitif'') Brûler. 3. ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Brûler, flamber. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ ou + du nom commun δᾶμος / dâmos [[wikt:en:δᾶμος#Ancient_Greek|(en)]]; forme [[w:Dorien|''dorique'']] du nom commun δῆμος / dêmos [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terrain : les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Personne ordinaire : (rare) Roturier. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • Gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Mais aussi en grec ancien Σπᾰ́ρτη / Spártē [[wikt:en:Σπάρτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne ville ''grecque'' du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] située sur l’[[w:Eurotas_(fleuve)|''Eurotas'']], dans la plaine de <span id="Laconie">[[w:Laconie|''Laconie'']]</span> [[wikt:en:Λακωνία#Ancient_Greek|(en)]], entre les montagnes [[w:Taygète_(montagnes)|''Taygète'']] et [[w:Parnon|''Parnon'']], elle est l’une des cités-États les plus puissantes de la ''Grèce antique'', avec [[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes'']] et [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']]. Originellement les deux termes avaient une signification différentes :''' <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« ''Privé d’enfants mâles, il <nowiki>[</nowiki>'''[[w:Eurotas_(mythologie)|Eurotas]]'''<nowiki>]</nowiki> laissa son royaume à [[w:Lacédémon|'''Lacédémon''']], qui avait pour mère [[w:Taygète_(Pléiade)|'''Taygète''']] dont la montagne a pris le nom : et pour père, [[w:Jupiter_(mythologie)|'''Jupiter''']], suivant l’opinion commune. '''Lacédémon''' avait épousé [[w:Sparta_(mythologie)|'''Sparte''']], fille d’ '''Eurotas'''. Lorsqu’il fut monté sur le trône, il changea d’abord le nom du pays et de ses habitants, en leur faisant prendre le sien. Il fonda ensuite une ville, et, lui imposant le nom de sa femme, l’appela Sparte : c’est celui que cette cité porte encore.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Pausanias</u>, ''[https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm Description de la Grèce, Livre III - Laconie]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Delphes_back|<span id="Delphes"><sup>X</sup></span>]] Du grec ancien Δελφοί / Delphoí [[wikt:en:Δελφοί#Ancient_Greek|(en)]]; pluriel de [[wikt:δελφύς#Grec_ancien|δελφύς / delphús]], « matrice, giron, creux, utérus »; qui a donné « cochon » (δέλφος / délphos), « dauphin, cochon de mer » (δελφίς / delphís);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Site d’un [[w:Sanctuaire_panhellénique|''sanctuaire panhellénique'']] (honoré par les ''Grecs'' issus de différentes cités), situé au pied du [[w:Mont_Parnasse|''mont Parnasse'']], en [[w:Phocide|''Phocide'']], où parle l’oracle d’[[w:Apollon|Apollon]] à travers sa prophétesse, la [[w:Pythie|Pythie]] qui était assise dans une salle du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] et parlait au nom du dieu. [[w:Delphes|''Delphes'']] abrite également l’[[w:Omphalos|Omphalos]], symbole du centre du monde matérialisé par une pierre sacrée ou [[w:Bétyle|bétyle]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Périandre_back|<span id="Périandre"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περῐ́ᾰνδρος / Períandros [[wikt:en:Περίανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition περῐ́ / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils du tyran [[w:Cypsélos|Cypsélus]], et second tyran de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<sup>XII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Corinthe_back|<span id="Corinthe"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κόρῐνθος / Kórinthos [[wikt:en:Κόρινθος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κόρῠς / kórus [[wikt:en:κόρυς#Ancient_Greek|(en)]], « casque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité-État située sur l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], l’étroite bande de terre qui relie le [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] à la Grèce continentale, entre ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>IX</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme certains l’avaient déjà fait autrefois, que l’institution lacédémonienne repose beaucoup plus sur le goût de la ''philosophie'' que sur le goût de la gymnastique, parce que le talent de trouver des traits pareils n’appartient qu’à des gens d’une éducation parfaite. De ce nombre étaient '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacos''' de ''Mytilène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Mison''' de ''Khéné'' et '''Chilon''' de ''Lacédémone'' qui passait pour être le septième de ces sages. Tous furent des émules, des partisans et des sectateurs de l’éducation ''lacédémonienne'', et il est facile de voir que leur sagesse ressemblait à celle des ''Lacédémoniens'' par les sentences concises et dignes de mémoire attribuées à chacun d’eux. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à '''Apollon''' les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de ''Delphes'' ces maximes qui sont dans toutes les bouches Connais-toi toi-même et Rien de trop.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_complètes_de_Platon,_traduites_par_Émile_Chambry|Œuvres complètes de Platon]], Ion, Lysis, Protagoras, Phedre, Le Banquet</u>, ''[[s:Protagoras_(trad._Chambry)|Protagoras]]'', traduites en français par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Garnier frères, 1919.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme déjà anciennement, que l’institution ''lacédémonienne'' consiste beaucoup plus dans l’étude de la sagesse que dans les exercices de la gymnastique ; car il est évident que le talent de prononcer de pareilles sentences suppose en ceux qui le possèdent une éducation parfaite. De ce nombre ont été '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacus''' de ''Mitylène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Myson''' de ''Chêne'' [[#Myson_de_Chêne_NdT_VC|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et '''Chilon''' de ''Lacédémone'', que l’on compte pour le septième de ces sages. Tous ces personnages ont admiré, aimé et cultivé l’éducation ''lacédémonienne'' ; et il est aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des ''Spartiates'', par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent les prémices de leur sagesse à '''Apollon''', dans son temple de ''Delphes'', y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Myson_de_Chêne_NdT_VC_back|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Myson, Diogène de Laerte, I, 106. — ''Chêne'' était un bourg du mont ''Oéta''. Myson occupe ici parmi les sept sages la place de Périandre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Troisième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_III_et_IV.djvu/91|Protagoras, 343a]]'', traduites par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:La_République|La République]] [[#République|<span id="République_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_République|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue de '''Platon''' portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA République|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#République_back|<span id="République"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin rēspūblica [[wikt:en:respublica#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:res#Latin|rēs]] [[wikt:en:res#Latin|(en)]], « 1. Chose, objet, affaire (sens vague précisé par un adjectif). 2. Fait, ce qui est fait, réalité. 3. Le faire : art, profession, métier, carrière. 4. Le faire : travail, soin, occupation, peine, difficulté. 5. Fait, événement, affaire, action, entreprise, exécution, combat, opération (militaire) ; hauts faits, exploits. 6. Faits historiques, la [[wikt:geste#Nom_commun_2|geste]], l’histoire. 7. Circonstance, occasion; situation, cas, condition, position, état des choses. 8. Avoir, biens, propriété, fortune, richesses. 9. Utilité, intérêt, avantage, profit. 10. Affaire, rapport, relation, commerce. 11. Faits dont on parle : sujet, débat, point de discussion, question, litige, contestation, procès. 12. Motif, raison, cause; but, fin. 13. Moyen, manière. 14. État, puissance, pouvoir, par ellipse du composé [[wikt:res_publica#Latin|res publica]], [[wikt:respublica#Latin|respublica]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif latin [[wikt:publicus#Latin|pūblĭcus]] [[wikt:en:publicus#Latin|(en)]], « 1. Étatique, qui concerne l’État, qui se fait au profit de l’État, qui se fait aux frais de l’État. 2. Qui est à l’usage de tous, public, commun, universel, général. 3. Banal, ordinaire, commun, mauvais, vulgaire, bas, trivial. »; </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre X ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> '''Platon''' se livre à la censure de la poésie, par l’excès de force de son pouvoir, son langage séducteur. La poésie, imitative, doit être rejetée absolument, car elle déforme l’esprit de l’auditoire par la transmission de passions qui contaminent l’âme et fait de mauvais citoyens.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre DC.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Il interroge les poètes : [[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère|<span id="Homère_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] n’a jamais été ni chef de guerre, ni conseiller, ni inventeur (au contraire de '''Thalès''' pour ce dernier point).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre DC|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Homère_back|<span id="Homère"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὅμηρος / Hómēros [[wikt:en:Ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]]; identique à ὅμηρος / hómēros [[wikt:en:ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]], « gage, engagement, caution, sûreté, otage »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Légendaire [[w:Aède|''aède'']], dont la paternité des deux poèmes épiques, l’[[w:Iliade|''Iliade'']] et l’[[w:Odyssée|''Odyssée'']], œuvres fondatrices de la littérature grecque antique, lui sont attribués, et dont l’existence est débattue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλὰ δή τις πόλεμος ἐπὶ [[w:Homère|'''῾Ομήρου''']] ὑπ’ ἐκείνου ἄρχοντος ἢ συμβουλεύοντος εὖ πολεμηθεὶς μνημονεύεται;<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Γλαύκων''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδείς.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλ’ οἷα δὴ εἰς τὰ ἔργα σοφοῦ ἀνδρὸς πολλαὶ ἐπίνοιαι καὶ εὐμήχανοι εἰς τέχνας ἤ τινας ἄλλας πράξεις λέγονται, ὥσπερ αὖ '''Θάλεώ''' τε πέρι τοῦ ''Μιλησίου'' καὶ [[w:Anacharsis|'''Ἀναχάρσιος''']] τοῦ ''Σκύθου'';<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδαμῶς τοιοῦτον οὐδέν.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">[600a] Ἀλλὰ δὴ εἰ μὴ δημοσίᾳ, ἰδίᾳ τισὶν ἡγεμὼν παιδείας αὐτὸς ζῶν λέγεται '''῞Ομηρος''' γενέσθαι, οἳ ἐκεῖνον ἠγάπων ἐπὶ [600b] συνουσίᾳ καὶ τοῖς ὑστέροις ὁδόν τινα παρέδοσαν βίου ''῾Ομηρ[[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|{{Info|ικήν|accusatif singulier féminin}}]]'', ὥσπερ [[w:Pythagore|'''Πυθαγόρας''']] αὐτός τε διαφερόντως ἐπὶ τούτῳ ἠγαπήθη, καὶ οἱ ὕστεροι ἔτι καὶ νῦν ''Πυθαγόρ[[wikt:en:-εῖον#Ancient_Greek|ειον]]'' τρόπον ἐπονομάζοντες τοῦ βίου διαφανεῖς πῃ δοκοῦσιν εἶναι ἐν τοῖς ἄλλοις;<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδ’ αὖ, ἔφη, τοιοῦτον οὐδὲν λέγεται. Ὁ γὰρ [[w:Créophylos_de_Samos|'''Κρεώφυλος''']], ὦ '''Σώκρατες''', ἴσως, ὁ τοῦ '''῾Ομήρου''' ἑταῖρος, τοῦ ὀνόματος ἂν γελοιότερος ἔτι πρὸς παιδείαν φανείη, εἰ τὰ λεγόμενα περὶ '''῾Ομήρου''' ἀληθῆ. Λέγεται γὰρ ὡς πολλή τις ἀμέλεια περὶ [600c] αὐτὸν ἦν ἐπ’ αὐτοῦ ἐκείνου, ὅτε ἔζη.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Dixième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm ''La République, Livre X, §§600a-c''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], 1834</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Socrate''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« [600] Mais quelle guerre mentionne-t-on, à l’époque d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui ait été bien conduite par lui, ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Glaucon''']] [[#Glaucon|<span id="Glaucon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Cite-t-on alors de lui, comme d’un homme habile dans la pratique, plusieurs inventions ingénieuses concernant les arts ou les autres formes de l’activité, ainsi qu’on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis|<span id="Anacharsis_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le [[w:Scythes|''Scythe'']] [[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, on ne cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais si '''Homère''' n’a pas rendu de services publics dit-on au moins qu’il ait, de son vivant, présidé à l’éducation de quelques particuliers, qui l’aient aimé au point de s’attacher à sa personne, et qui aient transmis à la [600b] postérité un plan de vie ''homérique'', comme ce fut le cas de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore|<span id="Pythagore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui inspira un profond attachement de ce genre [[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], et dont les sectateurs nomment encore aujourd’hui ''pythagorique'' le mode d’existence par lequel ils semblent se distinguer des autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, là encore, on ne rapporte rien de pareil; car [[w:Créophylos_de_Samo|'''Créophyle''']] [[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] [[#Créophyle|<span id="Créophyle_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], le compagnon d’'''Homère''', encourut peut-être plus de ridicule pour son éducation que pour son nom, si ce qu’on raconte d’'''Homère''' est vrai. On dit, en effet, que [600c] ce dernier fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès voy. [[w:Eduard_Zeller|Zeller]], [[w:Eduard_Zeller#Histoire_de_la_philosophie|Phil. der Griech.]], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k994542s/f285.item.zoom# I, p. 183], n. 2. Certains auteurs attribuent à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier. - Note d’Adam.<br />[[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT"><sup>2</sup></span>]] [[w:Erwin_Rohde|E. Rôhde]] fait justement remarquer que si Pythagore parvint à imposer une règle de vie à de nombreux disciples, qui formèrent, comme on sait, une sorte de confrérie, il le dut moins au prestige de sa philosophie - la mystique des nombres - qui n’était pas absolument nouvelle, qu’à son vigoureux ascendant personnel : « Il fut pour les siens un modèle, un exemple, un guide qui les força à le suivre et à se faire ses émules. Personnalité cen­trale autour de laquelle toute une communauté se rassembla comme par une intime nécessité. De bonne heure ce fondateur de religion apparut comme un surhomme, unique, incomparable… Et dans le souvenir de ses adhérents, Pythagore devint un saint, un dieu à figure humaine, de qui la légende racontait des miracles. » (Psyché, trad. A. Reymond, p. 395). Voy. également les pp. 394-403 de cette même traduction (pp. [https://www.deutschestextarchiv.de/book/view/rohde_psyche_1894?p=446 430]-464 de l’éd. allemande de 1894).<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT"><sup>3</sup></span>]] Certains auteurs, dit le Scoliaste de la République, rapportent que Créophyle était le gendre d’Homère. Son nom, dont Glaucon souligne ici le ridicule, signifie fils de la viande.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Platon. La République</u>, Texte intégral, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep10.htm ''Livre X, 600-c.''], traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12512083/robert_baccou/ Robert Baccou], Garnier frères, 1936</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Robert Baccou de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Glaucon_back|<span id="Glaucon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γλαύκων / Glaúkōn [[wikt:en:Γλαύκων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif γλαυκός / glaukós [[wikt:en:γλαυκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, lumineux. 2. Bleu-vert ou bleu-gris. 3. (de la couleur des yeux) Bleu clair ou gris. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe -ων / -ōn [[wikt:en:-ων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''musicien'', élève de Socrate.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de [[w:Collytos|''Collytos'']] — lieu de décès indéterminé) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA484#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §21 - Glaucon d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Anacharsis_back|<span id="Anacharsis"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Anacharsis|Ἀνάχαρσις / Anácharsis]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Prince ''scythe'' qui, selon la légende, visita la ''Grèce'' à l’époque archaïque, où il se fit remarquer par sa sagesse.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600]], à [[w:Scythie|''Scythie'']] [[#Cyaxare_back|<sup>⤴️</sup>]] — mort d’une flèche tirée par son frère [[w:Idanthyrse|Saulius]], roi des ''Scythes'', pour avoir pratiqué des coutumes étrangères et avoir eu commerce avec les ''Grecs'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/melpomene.htm <sup>Hérod. Hist. l.IV — Melpomène. §§LXXVI.-LXXVII.</sup>]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA176#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §155 - Anacharsis}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Pythagore_back|<span id="Pythagore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πῡθᾰγόρᾱς / Pūthagórās [[wikt:en:Πυθαγόρας#Ancient_Greek|(en)]] :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''[[w:Aristippe_de_Cyrène|'''Aristippe''']] de ''Cyrène'' [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] prétend, dans le traité sur les Physiologues, qu’il fut surnommé '''Pythagore''' parce qu’il révélait la vérité à l’égal d’[[w:Apollon#L’arrivée_à_Delphes|Apollon Pythien]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Diogène_Laërce|<u>Diogène de Laerte</u>]], ''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/8pythagore1.htm#15 Livre VIII, chapitre I. PYTHAGORE - ΠΥΘΑΓΟΡΑΣ]''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun Πῡθῐ́ᾱ / Pūthíā [[wikt:en:Πυθία#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Pythie|''Pythie'']], l’[[w:Divination_grecque|oracle]] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes'' [[#Delphes_back|<sup>⤴️</sup>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ [[w:Πυθώ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pythô ; l’ancien nom de ''Delphes''. 2. Python, le serpent monstrueux qui aurait été tué par ''Apollon Pythien'' à ''Delphes''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe adjectival féminin‎ -ῐος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe [[wikt:ἀγορεύω#Grec_ancien|ἀγορεύω / agoreúō]], « 1. Parler devant une assemblée. 2. Haranguer. 3. Proclamer. 4. Dire (en public). »; [[wikt:dénominal|''Dénominal'']] de [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορά / agorá]], « assemblée »; [[wikt:déverbal|''Déverbal'']] de [[wikt:ἀγείρω#Grec_ancien|ἀγείρω / ageírô]], « assembler, grouper »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Maître de sagesse charismatique et philosophe présocratique, fondateur controversé d’une communauté mi-philosophique mi-politique en Italie du Sud, caractérisée par son mode de vie particulier. Son nom est lié à l’introduction de la croyance en la [[w:Métempsycose|''métempsycose'']] dans le monde grec, mais aussi aux mathématiques, à la philosophie des nombres et à la notion d’harmonie céleste - notions ou domaines qui furent approfondis davantage par ses disciples et [[wikt:épigone|''épigones'']] (penseurs reprenant et prolongeant les idées d’un mouvement passé), les [[w:École_pythagoricienne|''pythagoriciens'']]. Devenue vite légendaire, sa figure inspira plusieurs philosophes, notamment de matrice platonicienne, et sa pensée connut une réception particulièrement longue et variée à travers les siècles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]], à [[w:Samos|''Samos'']], île grecque de la mer Égée située à 40km au nord-ouest de ''Milet'' [[#Milet_back|<sup>⤴️</sup>]] — ca. [[w:Années_490_av._J.-C.|-495]]/[[w:Années_480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Métaponte|''Métaponte'']], dans la région historique de [[w:Lucanie_(région_historique)|''Lucanie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région de la [[w:Basilicate|''Basilicate'']] du sud de l’Italie) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA681#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §333 - Pythagore de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Créophyle_back|<span id="Créophyle"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κρεώφυλος / Kreṓphulos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun κρείων / kreíōn [[wikt:en:κρείων#Ancient_Greek|(en)]], « seigneur, maître, dirigeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun φῡλή / phūlḗ [[wikt:en:φυλή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une union d’individus dans une communauté. 2. Une union basée sur la filiation : tribu, clan. 3. Une union basé sur la localisation : comté. 4. Une division de soldats. »; du verbe φύω / phúō [[wikt:en:φύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire naître, produire, générer, faire croître. 2. (transitif) Engendrer, porter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 6. (intransitif) être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 7. (impersonnel) C’est naturel, ça arrive naturellement [+infinitif = ça …]. 8. Être son lot naturel [+datif = celui de quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète grec archaïque, contemporain d’Homère.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais fait-on mention d’une guerre qui ait eu lieu de son temps et qu’il ait heureusement conduite par lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« D’aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais le donne-t-on pour un homme habile dans les travaux et cite-t-on de lui mainte invention ingénieuse dans les arts ou dans tout autre domaine d’activité, comme on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’'''Anacharsis''' le ''Scythe'' [[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On n’en cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais ce qu’il n’a point fait pour les États, l’a-t-il fait pour les particuliers ? en est-il dont il passe pour avoir dirigé lui-même l’éducation pendant sa vie, qui l’aient aimé pour ses leçons et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''homérique'', comme '''Pythagore''' qui fut extraordinairement aimé pour cela, et dont les sectateurs suivent encore aujourd’hui un régime de vie qu’ils appellent ''pythagorique'', régime qui les distingue de tous les autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne rapporte non plus, dit-il, aucun souvenir de ce genre ; car Créophyle [[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], le disciple d’'''Homère''', '''Socrate''', est moins ridicule peut-être pour son nom que pour son éducation, s’il en faut croire ce qu’on dit sur '''Homère'''. On dit en effet qu’il fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès, voir [[w:Joseph_Bidez|J. Bidez]], ''Les premiers philosophes grecs techniciens et expérimentateurs'' (extrait du ''Flambeau'' 1921), p. 9 sqq. On attribuait à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Platon parle de Créophyle comme d’un ami ou d’un disciple d’Homère ; d’autres, y compris le scholiaste, prétendent qu’il était son gendre. Le poème épique de la ''Prise d’Œchalie'' est attribué à Créophyle par [[w:Callimaque_de_Cyrène|Callimaque]] [[#Callimaque_back|<sup>⤵️</sup>]] ; selon une autre tradition, Créophyle reçut le poème d’Homère lui-même en récompense de son hospitalité. Son nom signifie : Carnigena, ''fils de la viande''.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:La_République_(trad._Chambry)|<u>Platon. Œuvres Complètes. Tome X. La République.</u>]], [[s:La_République_(trad._Chambry)/Livre_X#3.|''Livre X'']], 600-c., traduit par [[s:Auteur:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Librairie Garnier Frères, 1934</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Fait-on mention de quelque guerre heureusement conduite par Homère lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Nullement.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Ou bien encore, ce qu’aurait dû faire un homme habile, s’est-il signalé par beaucoup d’inventions utiles dans les arts ou autres métiers, comme on le dit de '''Thalès''' de ''Milet'', et du ''Scythe'' '''Anacharsis''' [[#Platon_Rép_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_VC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne raconte de lui rien de semblable.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Si '''Homère''' n’a rendu aucun service au public, en a-t-il du moins rendu aux particuliers ? Dit-on qu’il ait présidé pendant sa vie à l’éducation de quelques jeunes gens qui se soient plu à l’accompagner, et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''Homérique'', comme '''Pythagore''', à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes ''Pythagorique'' ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, '''Socrate''', on ne dit rien de pareil d’'''Homère'''. '''Créophyle''' [[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son compagnon, a dû être encore plus ridicule pour ses mœurs que pour le nom qu’il portait. On dit en effet qu’'''Homère''', pendant sa vie même, fut étrangement négligé par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_VC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Thalès de ''Milet'', Hérodote, I [[#Clio_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; Aristote, Polit., I [[#Politique_back|<sup>'''⤵️'''</sup>]], 2 ; et [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm Diogène de Laërce, I], 24 et sqq.; sur Anacharsis, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/anacharsis1.htm Diogène de Laërce, I], 105.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Le nom de Créophyle se compose des mots ''viande'' et ''race''. Il paraît qu’il circulait dans l’antiquité des traditions peu honorables pour ce personnage, auxquelles Platon fait ici allusion. Il en est parvenu jusqu’à nous quelques-unes, fort incohérentes, sur ses relations avec Homère, soit comme son gendre ou son hôte, soit comme ayant reçu en don un de ses poèmes, qu’il aurait, après la mort de l’auteur, publié sous son propre nom. Voyez [[w:Johann_Albert_Fabricius|Fabricius]], Bibl. Gr., I, 4.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, [[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_IX_et_X.djvu/405|Tome Dixième]], ''[[s:Page%3APlaton_-_Œuvres%2C_trad._Cousin%2C_IX_et_X.djvu/651|La République, 600a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Rey et Gravier, Librairies, 1834<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm#03a '''ici'''] et [https://archive.org/details/bub_gb_pfoSFuT61LIC/page/n251/mode/2up '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Théétète_(Platon)|Théétète]] [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Théétète|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Dialogue de '''Platon''' sur la recherche d’une définition de la science par '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et '''[[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]]''' [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> <span id="Mathématiques_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Théétète|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théétète_back|<span id="Théétète"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεαίτητος / Theaítētos [[wikt:en:Θεαίτητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ l’adjectif αἰτητός / aitētós [[wikt:en:αἰτητός#Ancient_Greek|(en)]], « demandé, requis »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe αἰτέω / aitéō [[wikt:en:αἰτέω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (généralement transitif [[wikt:en:Appendix:Glossary#transitive|(en)]]) Demander, implorer, exiger, mendier [+accusatif = quelque chose], [+deux accusatifs = quelque chose de quelqu’un] ou avec objet omis. 2. (moyen [[wikt:en:Voice_(grammar)#Middle|(en)]], transitif) Demander pour soi-même, pour son propre usage ou but, réclamer. 3. ([[wikt:Voix_passive|passif]], de personnes) Se faire mendier une chose. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''Mathématicien'']] [[#Mathématiques|<sup>II</sup>]] grec dont l’œuvre nous est transmise par [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], son condisciple auprès de [[w:Socrate|Socrate]], et élève du mathématicien [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|Théodore]] [[#Théodore_back|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_415_av._J.-C.|-415]], ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_394_av._J.-C.|-394]] ou [[w:Années_369_av._J.-C.|-369]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort des suites d’une [[w:Dysenterie#Histoire|''dysenterie'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm <sup>Plat. Théét. 142a,b.</sup>] contractée soit (opinion dominante au XIX<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) lors de la de la [[w:Bataille_de_Némée|''bataille de Némée'']] (-394), au début de la [[w:Guerre_de_Corinthe|''guerre de Corinthe'']], où les hoplites ''athéniens'' furent engagés au sein de la coalition anti-''spartiate''; soit (opinion dominante actuelle) lors de la bataille que livrèrent les ''Athéniens'', alliés aux ''Lacédémoniens'', pour défendre ''Corinthe'' contre une attaque des ''Thébains'' (-369)) [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA844#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §32 - Théétète d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mathématiques_back|<span id="Mathématiques"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μαθηματικός / mathematikos [[wikt:en:μαθηματικός#Noun|(en)]], « 1. mathématicien.ne. 2. (école pythagoricienne) Étudiant avancé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:μάθημα#Grec_ancien|μάθημα / máthēma]], « 1. Étude, science, connaissance, chose apprise. 2. (Au pluriel) Les sciences mathématiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ dérivé du verbe μανθάνω / manthánô, « 1. Apprendre : • Étudier, s’instruire ; • (à l’[[w:Aoriste|''aoriste'']] et au parfait) Avoir appris, s’être habitué à, avoir coutume de ; • Apprendre par cœur ; • S’informer de ; (aoriste) Être informé de, avoir appris, savoir. 2. S’apercevoir de : • Remarquer ; • (aoriste 2) Avoir remarqué, se rendre compte. 3. (par suite) Comprendre. »);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal neutre, sur base verbale, [[wikt:-μα#Grec_ancien|-μα / -ma]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]], « -ic »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Discipline théorique issue de la période [[w:Époque_archaïque|''archaïque'']], et développée tout au long des périodes [[w:Époque_hellénistique|''hellénistique'']] et [[w:Rome_antique|''romaine'']], qui se différencie de celle des civilisations précédentes par l’utilisation de ''raisonnement déductif'' [[w:en:Deductive_reasoning|(en)]] comme [[w:Démonstration_(logique_et_mathématiques)|''preuve'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]], sur les rives de la ''Méditerranée'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la chute dans un puits de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Ὥσπερ καὶ [[wikt:en:Θαλῆς|'''Θαλῆν''']] ἀστρονομοῦντα, ὦ [[wikt:en:Θεόδωρος|'''Θεόδωρε''']], καὶ ἄνω βλέποντα, πεσόντα εἰς [[wikt:en:φρέαρ|'''φρέαρ''']], [[wikt:en:Θρᾷττα|'''Θρᾷττά''']] τις [[wikt:en:ἐμμενετός|'''ἐμμελὴς''']] καὶ χαρίεσσα θεραπαινὶς ἀποσκῶψαι λέγεται ὡς τὰ μὲν ἐν [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|'''οὐρανῷ''']] προθυμοῖτο εἰδέναι, τὰ δ' ἔμπροσθεν αὐτοῦ καὶ παρὰ [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|'''πόδας''']] λανθάνοι αὐτόν. ταὐτὸν δὲ ἀρκεῖ σκῶμμα ἐπὶ πάντας ὅσοι ἐν φιλοσοφίᾳ διάγουσι. τῷ γὰρ ὄντι τὸν τοιοῦτον ὁ μὲν πλησίον καὶ ὁ γείτων λέληθεν, οὐ μόνον ὅτι πράττει, ἀλλ' ὀλίγου καὶ εἰ ἄνθρωπός ἐστιν ἤ τι ἄλλο θρέμμα· τί δέ ποτ' ἐστὶν ἄνθρωπος καὶ τί τῇ τοιαύτῃ φύσει προσήκει διάφορον τῶν ἄλλων ποιεῖν ἢ πάσχειν, ζητεῖ τε καὶ πράγματ' ἔχει διερευνώμενος. μανθάνεις γάρ που, ὦ '''Θεόδωρε'''· ἢ οὔ;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Deuxième, ''[https://el.wikisource.org/wiki/%CE%98%CE%B5%CE%B1%CE%AF%CF%84%CE%B7%CF%84%CE%BF%CF%82#p.174a Théétète, 174a]'', textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">L’exemple de '''Thalès''' te le fera comprendre, [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|'''Théodore''']] [[#Théodore|<span id="Théodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de [[w:Thrace|''Thrace'']] [[#Thrace|<span id="Thrace_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à ''philosopher'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, '''Théodore'''; ne comprends-tu pas ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Livre:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu|Platon - Théétète Parménide]]</u>, ''[[s:Page:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu/110|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], GF-Flammarion, 1967</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Chambry de 1967|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théodore_back|<span id="Théodore"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Θεόδωρος [[wikt:en:Θεόδωρος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ Κυρηναῖος [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]] / Theódoros ὁ Kirinaῖos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Histoire_de_la_g%C3%A9om%C3%A9trie|''Géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''mathématicien'']] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]], maître du jeune [[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]] [[#Théétète_back|<sup>⤴️</sup>]], célèbre pour sa contribution de l’énonciation du critère de l’[[w:Commensurabilité_(mathématiques)|''incommensurabilité'']], et donc de la découverte des [[w:Nombre_irrationnel|''nombres irrationnels'']].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]]/[[w:Années_465_av._J.-C.|-465]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] — ''post.'' [[w:Années_399_av._J.-C.|-399]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA972#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §56a - Théodore de Cyrène}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Thrace_back|<span id="Thrace"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾴκη / Thrā́ikē [[wikt:en:Θρᾴκη#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun Θρᾷξ / Thrâix [[wikt:en:Θρᾷξ#Ancient_Greek|(en)]], « un Thrace, un habitant de Thrace »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Territoire situé entre les rivières [[w:Morava_(Serbie)|''Margos'']] ([[w:Golijska_Moravica|''Morava serbe'']]) et Axios ([[w:Vardar|''Vardar'']]) à l’ouest, la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] au sud, le [[w:Mer_Noire|''Pont-Euxin'']] (la ''mer Noire'') à l’est et les [[w:Carpates|''Carpates'']], ainsi que dans le nord-Ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']]. Les [[w:Thraces|''Thraces'']] ([[w:XXXe_siècle_av._J.-C.|XXX<sup>ème</sup>]] — [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}) constituaient un ensemble de peuples de [[w:Langues_paléo-balkaniques|langues ''paléo-balkaniques'']] partageant un ensemble de croyances, un mode de vie et une même langue souche avec des variantes et dialectes.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte de '''Thalès''', '''Théodore''', que tout occupé de l’astronomie [[#astronomie|<span id="astronomie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et regardant en haut, il tomba dans un puits [[#puits_NdT_VC|<span id="puits_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et qu’une servante de ''Thrace'', d’un esprit agréable et facétieux, se moqua de lui, disant qu’il voulait savoir ce qui se passait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui et à ses pieds. Ce bon mot peut s’appliquer à tous ceux qui font profession de ''philosophie''. En effet, non-seulement un ''philosophe'' ne sait pas ce que fait son voisin, il ignore presque si c’est un homme ou un autre animal : mais ce que c’est que l’homme, et quel caractère le distingue des autres êtres pour l’action ou la passion; voilà ce qu’il cherche, et ce qu’il se tourmente à découvrir. Comprends-tu ou non ma pensée, '''Théodore''' ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#puits_NdT_VC_back|<span id="puits_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] DIOG. LAERC. I, 24.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Deuxième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_I_et_II.djvu/512|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824<br />(également disponible [https://archive.org/search.php?query=platon%20th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Victor Cousin de 1824|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#astronomie_back|<span id="astronomie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀστρονομία / astronomía [[w:ἀστρονομία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ἄστρον / ástron [[wikt:en:ἄστρον#Ancient_Greek|(en)]], « corps céleste, astre, constellation, étoile »; du nom commun ᾰ̓στήρ / astḗr [[wikt:en:ἀστήρ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ νόμος / nómos, « 1. Utilisation, personnalisé. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Ancien type de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. 6. Cours de maçonnerie. »; du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, dispenser. 2. (des bergers) Faire paître leurs troupeaux, conduire au pâturage, s’occuper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’astronomie ''grecque'' est en partie caractérisée par la recherche d’explications rationnelles et physiques aux phénomènes célestes. Elle a été influencée par les Babyloniens et, dans une moindre mesure, par l’astronomie égyptienne. La plupart des constellations de l’hémisphère nord, le nom de plusieurs étoiles et le concept même de « planète », la mesure de l’inclinaison du plan de l’[[w:Écliptique|''écliptique'']], et les premiers systèmes [[w:Héliocentrisme#Grèce_antique|''héliocentriques'']] dérivent de l’astronomie ''grecque''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote|<span id="Aristote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:384_av._J.-C.|-384]], à [[w:Stagire|''Stagire'']], cité ''grecque'' de la [[w:Chalcidique_(péninsule)|'' péninsule Chalcidique'']], au nord de la mer [[w:Mer_Égée|''Égée'']] — [[w:322_av._J.-C.|-322]], à [[w:Chalcis|''Chalcis'']], cité ''grecque'' de l’île d’[[w:Euboea|''Euboea'']], à l’ouest de la mer ''Égée'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Aristote|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA413#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA109#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA459#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §A414 - Aristote de Stagire}}] [[Fichier:Aristoteles Louvre.jpg|vignette|Portrait d’ '''Aristote'''. Marbre [[w:Pentélique#Le_marbre_pentélique|''Pentélique'']], copie romaine de période impériale ([[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup>]] ou [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) d’un bronze perdu réalisé par [[w:Lysippe|'''Lysippe''']] [[#Lysippe|<span id="Lysippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Sicyone|''Sicyone'']].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : Collection de la [[w:Villa_Borghèse|''Villa Borghèse'']]; acheté au [[w:Camille_Borghèse|''prince'' '''Borghèse''']] en 1807.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Département_des_antiquités_grecques,_étrusques_et_romaines_du_musée_du_Louvre|Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre]], [[d:Q19296875|Salle 344 - Art grec classique et hellénistique]] [https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010250503 <sup>🔍</sup>] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA445&dq=Richter%20%20The%20Portraits%20of%20the%20Greeks&hl=fr&pg=PA444#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire, Iconographie}}].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], polymathe, disciple de '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant à l’Académie [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] et fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée|<span id="Lycée_back"><sup>III</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1019#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le Lycée}}]. </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Aristote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aristote_back|<span id="Aristote"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélēs [[wikt:en:Ἀριστοτέλης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du superlatif ἄριστος / áristos [[wikt:en:ἄριστος#Ancient_Greek|(en)]], « le meilleur/plus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + τέλος / télos [[wikt:en:τέλος#Ancient_Greek|(en)]], « achèvement, réalisation, accomplissement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival et nominal -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lysippe_back|<span id="Lysippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῡ́σῐππος / Lū́sippos [[wikt:en:Λύσιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe λῠ́σῐς / lúsis [[wikt:en:λύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Délier, libérer, rançonner. 2. Délivrance de la culpabilité par des rites expiatoires. 3. Rachat d’hypothèque ou de nantissement. 4. Séparation. 5. Vidange, évacuation. 6. Solution (à une difficulté ou à un problème). 7. Rémission de la fièvre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe λύω / lúō [[wikt:en:λύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Lâcher, desserrer, délier. 2. Ralentir, ramollir. 3. Détendre. 4. Libérer. 5. Racheter, compenser les défauts ou les mauvais aspects de (quelque chose). 6. Dissoudre, trancher (de façon brutale et avec force). 7. Briser (casser), détruire. 8. Abroger, annuler. 9. Expier, amender. 10. Profiter, être utile. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus‎ -σις / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) Cavalerie, cavaliers. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Sculpteur et bronzier grec, portraitiste attitré d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre le Grand''']], père et maître de [[w:Daippos|'''Daippos''']], [[w:Boédas|'''Boédas''']], [[w:Euthycratès|'''Euthycratès''']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lycée_back|<span id="Lycée"><sup>III</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:Λύκειον#Grec_ancien|Λύκειον / Lúkeion]]; nom tiré du temple voisin d’[[w:en:Lyceus|Ἀπόλλων Λύκειος / Apollôn Lúkeios]], « Apollon Lycien »; l’[[w:Épithète|épithète]] Λύκειος / Lúkeios pourrait venir de [[wikt:λύκος#Grec_ancien|λύκος / lúkos]], « loup », avec le sens de « louvier, chasseur de loups »; ou de [[wikt:λύκη#Grec_ancien|λύκη / lúkê]], « lumière », avec le sens de « lumineux »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''École philosophique'' fondée par [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote|<sup>I</sup>]] à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] en [[w:335_av._J.-C.|-335]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, qui pris fin avec [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos de Rhodes]] [[#Andronicos_back|<sup>⤵️ </sup>]] en [[w:47_av._J.-C.|-47]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>. Le [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] est situé à l’est d’Athènes, encadré par les rivières [[w:Éridanos_(Athènes)|''Éridanos'']] et [[w:Ilissos|''Ilissos'']] (cf. le ''plan d’Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]]).'''<br /><span style="margin: 0 3em; text-indent: 15px"> <sup>💡</sup> ''<u>Des travaux entrepris en 1996 pour l’édification d’un musée d’art moderne, en plein centre d’Athènes, ont mis au jour les vestiges du ''Lycée'' d’Aristote, ceux du ''temple consacré à Apollon lycien'', ainsi que les ruines de la [[w:Palestre|''palestre'']] où les jeunes gens s’entraînaient à la lutte.</u>'' <sup>💡</sup></span></small> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Politique_(Aristote)|Politique]] [[#Politique|<span id="Politique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Politique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA199#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, Les Politiques}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage en huit livres dans lequel '''Aristote''' étudie la vie d’une [[w:Polis|''Polis'']].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Politique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Politique_back|<span id="Politique"><sup>I</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien Πολῑτῐκός / Polītikós [[wikt:en:πολιτικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Civique, constitutionnel, public. 2. Social. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πολίτης / polítēs [[wikt:en:πολίτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Citoyen, homme libre. 2. Concitoyen, compatriote. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal masculin -ῑ́της / -ī́tēs [[wikt:en:-ίτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Étude de la vie de la [[w:Polis|Polis]], qui n’est pas une cité-État, le mot « État » étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes. La cité représente avant tout une structure humaine et sociale, et non une organisation administrative : il n’y a pas d’État indépendamment d’une communauté humaine concrète.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Discussion sur la cité ou la « communauté politique » [[#communauté|<span id="communauté_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par opposition à d’autres types de communautés et de partenariats tels que le « [[w:Oikos|''ménage'']] » [[#ménage|<span id="ménage_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et le village.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}}</span> <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#communauté_back|<span id="communauté"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:κοινωνία#Grec_ancien|κοινωνία]] πολιτικη [[#Politique_back|<sup>⤴️</sup>]] / koinōnia politikē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:κοινωνέω#Grec_ancien|κοινωνέω / koinônéô]], « 1. Être en communauté avec, avoir en commun avec, prendre part à. 2. Avoir des relations intimes. 3. Avoir un caractère commun ou du rapport avec. 4. Mettre en communauté, associer. 5. Communiquer, faire part. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:κοινωνός#Grec_ancien|κοινωνός / koinônós]], « 1. Participant. 2. Partenaire, compagnon. »; du verbe [[wikt:κοινόω#Grec_ancien|κοινόω / koinóô]], « 1. Communiquer. 2. Rendre commun à, communiquer à. 3. Communiquer, faire savoir. 4. Mettre en communication, unir. 5. Rendre commun à tous, prostituer, profaner, souiller. 6. Unir, assembler, ajuster (une pièce d’une construction). 7. (Moyen) Communiquer, mettre en commun. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:κοινός#Grec_ancien|κοινός / koinós]], « 1. (En particulier) Commun à tous, public. 2. Communiqué, publié. 3. Qui participe de deux caractères ou attributs. 4. Qui participe à, qui est en communauté. 5. Qui est d’origine commune, de même race, de même nature. 6. Qui se prête à tous également : • Social, affable; • Équitable, impartial; • Accessible. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#ménage_back|<span id="ménage"><sup>II</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:οἶκος#Grec_ancien|οἶκος / oîkos]], « 1. Maison ou lieu d’habitation : • Pièce, chambre; • Maison de réunion, salle; monument; • Volière; • (astrologie) [[w:Domicile_(astrologie)|Domicile d’une planète]]; 2. Succession, héritage; 3. Maison ou famille régnante. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’ensemble des biens et des êtres rattachés à un même lieu d’habitation et de production. Il s’agit à la fois d’une unité familiale élargie — des parents aux [[w:esclavage_en_Grèce_antique|esclaves]] — et d’une unité de production [[w:Agriculture_en_Grèce_antique|agricole]] et pastorale. L’art de « gérer un oikos » — l’« oikonomíā », ou [[w:Économie_de_la_Grèce_antique|''économie'']] [[#économie|<sup>III</sup>]] — revêt une importance particulière dans la Grèce antique :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Eh bien, dit '''Socrate''''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]]'', le nom d’économie nous a paru être celui d’une science, et cette science, nous l’avons définie celle par laquelle les hommes font prospérer une maison. Une maison est pour nous la même chose que toute espèce de possession, et nous avons appelé possession ce qui pour chacun est utile à la vie ; enfin le mot utile, nous l’avons appliqué à tous les objets dont on sait user.''<br />[...]<br />''Nous avons ensuite prouvé qu’il n’y a pas pour un homme beau et bon de profession ni de science au-dessus de l’agriculture, qui procure aux hommes le nécessaire. Car cette profession est la plus facile à apprendre et la plus agréable à exercer; elle donne au corps la plus grande beauté, la plus grande vigueur, et aux âmes assez de loisir pour songer aux amis et à la chose publique. L’agriculture nous a paru encore exciter les hommes à devenir courageux, vu que c’est en dehors des remparts qu’elle fournit le nécessaire et la nourriture à ceux qui l’exercent. Voilà pourquoi, dans tous les États, c’est la profession la plus honorée, parce qu’elle donne à la société les citoyens les meilleurs et les mieux intentionnés.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Œuvres complètes de Xénophon</u> [[#Xénophon_back|<sup>⤴️</sup>]], [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/economique2.htm <u>De l’économie</u>], ''Chapitre VI''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="économie"><sup>III</sup></span> Du nom commun grec οἰκονομῐ́ᾱ / oikonomíā [[wikt:en:οἰκονομία#Ancient_Greek|(en)]], « 1. La gestion d’un ménage ou d’une famille, d’élevage : • (d’un État) Administration, gestion; • (d’un poème) Arrangement. 2. Les recettes publiques d’un État. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun οἰκονόμος / oikonómos [[wikt:en:οἰκονόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Celui qui gère un ménage, le maître de la maison. 2. Un intendant d’une propriété, d’un domaine. 3. Un gestionnaire, un administrateur. 4. Un surintendant des finances publiques, trésorier d’une ville. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun οἶκος / oîkos [[#ménage|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun νόμος / nómos [[wikt:en:νόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Utilisation, coutume. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Type ancien de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, compter, diviser par un nombre. 2. (des bergers) Faire paître un troupeau, se rendre au pâturage. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance de la récolte d’olives, en monopolisant tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios|<span id="Chios_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre IV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Chios_back|<span id="Chios"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χῐ́ος / Khíos [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], proche [[w:en:Chios_Strait|(en)]] de la [[w:Turquie|''Turquie'']], et originalement une des douze cités grecques de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Herod. Hist. ''l.''I. ''c.''CXLII-CXLIX</sup>], ligue religieuse (ou [[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']]) chargée du culte de [[w:Poséidon|Poséidon]] ''Helikonios'' au sanctuaire du [[w:Panionium|''Panionion'']] [[#Panionium_back|<sup>⤴️</sup>]], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']], et politique des ''Grecs d’Asie mineure'' contre les ''Perses''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Πάντα γὰρ ὠφέλιμα ταῦτ' ἐστὶ τοῖς τιμῶσι τὴν χρηματιστικήν, οἷον καὶ τὸ [[w:Thalès|'''Θάλεω τοῦ Μιλησίου''']]· τοῦτο γάρ ἐστι κατανόημά τι χρηματιστικόν, ἀλλ' ἐκείνῳ μὲν διὰ τὴν [[wikt:σοφία#Grec_ancien|'''σοφίαν''']] προσάπτουσι, τυγχάνει δὲ καθόλου τι ὄν. Ὀνειδιζόντων γὰρ αὐτῷ διὰ τὴν πενίαν ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης, κατανοήσαντά φασιν αὐτὸν [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|ἐλαιῶν]] φορὰν ἐσομένην ἐκ τῆς ἀστρολογίας, ἔτι [[wikt:en:χειμῶνος#Ancient_Greek|χειμῶνος]] ὄντος εὐπορήσαντα χρημάτων ὀλίγων [[wikt:en:ἀρραβών#Ancient_Greek|'''ἀρραβῶνας''']] διαδοῦναι τῶν [[wikt:en:ἔλαιον#Grec_ancien|'''ἐλαιουργίων''']] τῶν τ' ἐν [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|'''Μιλήτῳ''']] (datif singulier) καὶ [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|'''Χίῳ''']] (datif singulier) πάντων, ὀλίγου μισθωσάμενον ἅτ' οὐθενὸς ἐπιβάλλοντος· ἐπειδὴ δ' ὁ καιρὸς ἧκε, πολλῶν ζητουμένων ἅμα καὶ ἐξαίφνης, ἐκμισθοῦντα ὃν τρόπον ἠβούλετο, πολλὰ χρήματα συλλέξαντα ἐπιδεῖξαι ὅτι ῥᾴδιόν ἐστι πλουτεῖν τοῖς φιλοσόφοις, ἂν βούλωνται, ἀλλ' οὐ τοῦτ' ἐστὶ περὶ ὃ σπουδάζουσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 6.'''</small> '''Θαλῆς''' μὲν οὖν λέγεται τοῦτον τὸν τρόπον ἐπίδειξιν ποιήσασθαι τῆς σοφίας· ἔστι δ', ὥσπερ εἴπομεν, καθόλου τὸ τοιοῦτον χρηματιστικόν, ἐάν τις δύνηται μονοπωλίαν αὑτῷ κατασκευάζειν. Διὸ καὶ τῶν πόλεων ἔνιαι τοῦτον ποιοῦνται τὸν πόρον, ὅταν ἀπορῶσι χρημάτων· μονοπωλίαν γὰρ τῶν ὠνίων ποιοῦσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 7.'''</small> Ἐν [[wikt:Σικελία#Grec_ancien|'''Σικελίᾳ''']] δέ τις τεθέντος παρ' αὐτῷ νομίσματος συνεπρίατο πάντα τὸν [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|'''σίδηρον''']] ἐκ τῶν σιδηρείων, μετὰ δὲ ταῦτα ὡς ἀφίκοντο ἐκ τῶν ἐμπορίων οἱ ἔμποροι, ἐπώλει μόνος, οὐ πολλὴν ποιήσας ὑπερβολὴν τῆς τιμῆς· ἀλλ' ὅμως ἐπὶ τοῖς πεντήκοντα ταλάντοις ἐπέλαβεν ἑκατόν. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Τοῦτο μὲν οὖν [[wikt:Διονύσιος#Grec_ancien|'''Διονύσιος''']] αἰσθόμενος τὰ μὲν χρήματα ἐκέλευσεν ἐκκομίσασθαι, μὴ μέντοι γε ἔτι μένειν ἐν [[wikt:en:Συράκουσαι#Ancient_Greek|'''Συρακούσαις''']], ὡς πόρους εὑρίσκοντα τοῖς αὑτοῦ πράγμασιν ἀσυμφόρους· τὸ μέντοι ὅραμα '''Θάλεω''' καὶ τοῦτο ταὐτόν ἐστιν· ἀμφότεροι γὰρ ἑαυτοῖς ἐτέχνασαν γενέσθαι μονοπωλίαν. Χρήσιμον δὲ γνωρίζειν ταῦτα καὶ τοῖς πολιτικοῖς. Πολλαῖς γὰρ πόλεσι δεῖ χρηματισμοῦ καὶ τοιούτων πόρων, ὥσπερ οἰκίᾳ, μᾶλλον δέ· διόπερ τινὲς καὶ πολιτεύονται τῶν πολιτευομένων ταῦτα μόνον.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], texte collationné sur les manuscrits et les éditions principales par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§5_NdT_J_B-S-H|<span id="§5_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 5.'''</small></span>]] Je citerai ce qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; c’est une spéculation lucrative, dont on lui a fait particulièrement honneur, sans doute à cause de sa sagesse, mais dont tout le monde est capable. Ses connaissances en astronomie lui avaient fait supposer, dès l’[[wikt:χειμών#Grec_ancien|''hiver'']], que la récolte suivante des [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|''olives'']] serait abondante ; et, dans la vue de répondre à quelques reproches sur sa pauvreté, dont n’avait pu le garantir une inutile ''philosophie'', il employa le peu d’argent qu’il possédait à fournir des [[wikt:ἀρραβών#Grec_ancien|''arrhes'']] pour la location de tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]; il les eut à bon marché, en l’absence de tout autre enchérisseur. Mais quand le temps fut venu, les pressoirs étant recherchés tout à coup par une foule de cultivateurs, il les sous-loua au prix qu’il voulut. Le profit fut considérable ; et Thalès prouva, par cette spéculation habile, que les ''philosophes'', quand ils le veulent, savent aisément s’enrichir, bien que ce ne soit pas là l’objet de leurs soins.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> On donne ceci pour un grand exemple d’habileté de la part de '''Thalès''' ; mais, je le répète, cette spéculation appartient en général à tous ceux qui sont en position de se créer un monopole. Il y a même des États qui, dans un besoin d’argent, ont recours à cette ressource, et s’attribuent un monopole général de toutes les ventes. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Un particulier, en [[w:Histoire_de_la_Sicile#Antiquité|''Sicile'']], employa les dépôts faits chez lui à acheter le [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|''fer'']] de toutes les usines; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§8_NdT_J_B-S-H|<span id="§8_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 8.'''</small></span>]] [[w:Denys_l%27Ancien|'''Denys''']] [[#Denys|<span id="Denys_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en fut informé; et tout en permettant au spéculateur d’emporter sa fortune, il l’exila de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']] pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince. Cette spéculation cependant est au fond la même que celle de '''Thalès''' : tous deux avaient su se faire un monopole. Les expédients de ce genre sont utiles à connaître, même pour les chefs des États. Bien des gouvernements ont besoin, comme les familles, d’employer ces moyens-là pour s’enrichir ; et l’on pourrait même dire que c’est de cette seule partie du gouvernement que bien des gouvernants croient devoir s’occuper.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§5_NdT_J_B-S-H">§ 5.</span>]] ''Thalès de Milet'', chef de l’école ionienne, né vers 640 av. J.-C., et mort dans une vieillesse fort avancée ; il était contemporain de Solon, et, comme lui, rangé parmi les sept sages. Voir Platon, ''Rép.'', liv. X, p. 245, trad. de M. Cousin. Voir aussi Diogène de Laërte, liv. I. ''Vie de Thalès'', p. 9, § 38, édit. Firmin Didot.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — Cicéron (''de Divin'' , lib. I, cap. III) raconte le même trait. Il est probable qu’il l’avait emprunté à Aristote, dont il connaissait certainement l’ouvrage.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§8_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§8_NdT_J_B-S-H">§ 8.</span>]] ''Denys l’Ancien'', qui régna de 406 à 367 av. J.-C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — ''Pour les chefs des États.'' Presque tous les gouvernements modernes, et nous pourrions citer le nôtre en particulier, sont de l’avis d’Aristote, et ils demandent une partie de leurs ressources au monopole.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1874|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Denys_back|<span id="Denys"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Διονύσιος / Dionýsios [[wikt:en:Διονύσιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Tyran de la colonie grecque de [[w:Royaume_de_Syracuse|''Syracuse'']], qui connait son apogée sous ce règne.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_431_av._J.-C.|-431]]/[[w:Années_430_av._J.-C.|-430]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Syracuse'' — [[w:Années_367_av._J.-C.|-367]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Telle est l’aventure qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; car elle nous fait connaître une invention relative à cette science. Mais on la lui attribue probablement à cause de son habileté connue, car c’est d’ailleurs quelque chose d’assez ordinaire. En effet, comme on lui faisait un sujet de reproche de sa pauvreté, d’où l’on inférait l’inutilité, de la ''philosophie'', on prétend qu’ayant prévu, dès l’hiver, au moyen de ses connaissances en astrologie, qu’il y aurait une abondante récolte d’olives, il loua tous les pressoirs à [[wikt:ἔλαιον#Grec_ancien|''huile'']] de ''Milet'' et de ''Chios'', à un prix fort modéré, attendu que personne ne songeait à enchérir sur lui ; et ensuite, au moment de la récolte, comme il se présentait un grand nombre de demandeurs, qui étaient fort pressés par le temps, il céda (dit-on) ses marchés aux conditions qu’il voulait, et ayant ainsi gagné beaucoup d’argent, il fit bien voir qu’il serait facile aux ''philosophes'' de s’enrichir s’ils le voulaient, mais que ce n’est pas à cela qu’ils s’appliquent [[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back">'''(1)'''</span>]].</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> Telle est donc la manière dont on raconte que '''Thalès''' fit montre de son habileté ; mais c’est, comme je l’ai dit, un genre de spéculation fort ordinaire, quand on est à portée de se ménager quelque monopole ; aussi y a-t-il des gouvernements qui ont recours a cette ressource, quand ils manquent d’argent, et qui s’attribuent le monopole ou la vente exclusive des denrées.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Il y eut aussi en ''Sicile'' un homme qui employa l’argent qu’on avait déposé chez lui à acheter tout le fer qui provenait des mines, et qui ensuite, lorsque les négociants vinrent de tous les marchés pour s’approvisionner, se trouva seul dans le cas de leur en vendre. Sans même augmenter beaucoup le prix ordinaire, il ne laissa pas de faire un bénéfice de cent talents, sur cinquante qu’il avait avancés.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Cependant '''Denis''' ayant été informé de ce fait lui permit à la vérité d’emporter son argent, mais il lui défendit de demeurer plus longtemps à ''Syracuse'', comme ayant imaginé, pour s’enrichir, un moyen contraire aux intérêts du prince. Au reste, la spéculation de ce ''Syracusain'' était la même que celle de '''Thalès''', car tous deux avaient trouvé le moyen d’exercer un monopole. Il est même quelquefois utile à ceux qui gouvernent de connaître, ce genre de ressources [[#monopole_NdT_J-F_T|<span id="monopole_NdT_J-F_T_back">'''(2)'''</span>]], car il y a bien des gouvernements qui sont obligés d’employer de pareils moyens pour s’enrichir, aussi-bien que les simples familles, et qui même en ont encore plus besoin. Aussi, parmi ceux qui s’occupent de l’administration des états, y en a-t-il qui sont uniquement appliqués à cette partie [de la science politique, c’est-à-dire celle des finances].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T">(1)</span>]] Cicéron (''De Divinat'', I.i, c. 49) rapporte la même anecdote en ces termes: ''Qui '' (Thales ''scil.'') ''ut objurgatores suos convinceret, ostenderet que etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientid olearum ubertatem fore.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monopole_NdT_J-F_T_back|<span id="monopole_NdT_J-F_T">(2)</span>]] On trouve, parmi les ouvrages d’Aristote, un petit traité intitulé Œconomica, qui n’est certainement pas de ce ''philosophe'', et dont l’auteur a recueilli un nombre assez considérable d’exemples de ce genre d’industrie, et d’autres traits de violence ou de fourberie encore plus odieux, attribués à des rois, princes, ou républiques. « De quoy (dit L. Leroi, dans ses<br />« notes sur cet endroit de sa traduction) n’est besoing escrire<br />« livres, parce que ès cours des rois, et ès maniemens des au-<br />« tres gouvernemens, se trouvent toujours assez de tels inven-<br />« teurs, voire plus, bien souvent, qu’il ne seroit besoing : à la<br />« grande foulle et oppression des subjects, et peu d’avantage<br />« des seigneurs, qui ne s’en enrichissent guères, despendant<br />« tout à la mesure qu’ils aient, apportant la facilité de recou-<br />« vrer facilité de despendre. »</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Morale et La Politique d’Aristote. Tome II. Politique</u>, [https://books.google.se/books?id=k-VlAAAAcAAJ&pg=PA46#v=onepage&q&f=false ''Livre I. Chap. IV. §§ 5-8.''], traduites du grec par [[w:Jean-François_Thurot|M. Thurot]], Chez Firmin Didot, Père et Fils, 1824</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Des spéculateurs adroits en ont tiré grand parti, et ceux qui attachent du prix aux richesses ne doivent pas négliger des connaissances qui peuvent leur apporter un bon intérêt. Je me contenterai de citer ici la spéculation de '''Thalès''' de ''Milet'' : il fit une affaire d’argent dont le succès fut attribué à ses rares connaissances, quoique, dans le fait, son opération fût fort ordinaire et sûre. On lui reprochait sa pauvreté, d’où l’on concluait que la ''philosophie'' ne servait à rien. Il avait prévu par ses connaissances astronomiques qu’il y aurait l’année suivante une grande abondance d’olives; on était encore en hiver; il se procura quelque argent, loua tous les pressoirs de ''Milet'' et de ''Chio'', et donna des arrhes ; il les afferma tous à un prix très modéré, attendu qu’il ne se trouva pas d’enchérisseurs ; au moment de la récolte, il y eut concurrence ; alors il mit à ses pressoirs le prix qu’il voulut, fit de gros bénéfices, et prouva ainsi qu’il était facile aux ''philosophes'' de gagner de l’argent, quoique les spéculations mercantiles ne soient pas l’objet de leurs études.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', dit-on, fit cette affaire afin de prouver l'étendue des ressources de la ''philosophie'' ; mais, je le répète, son opération n’exigeait pas une science profonde, attendu que l’accaparement réussit toujours. Ainsi, les gouvernements emploient quelquefois le monopole dans la pénurie de leurs finances, et la vente exclusive leur forme une branche de revenu. Un ''Sicilien'' avait une sommé- d’argent en dépôt; il en acheta tout le fer qui se trouva dans les forges ; bientôt les marchands arrivèrent de différentes contrées, et ne trouvèrent du fer que chez lui. Quoiqu’il n’en eût pas trop élevé le prix, il doubla cependant sa mise de fonds qui était de cinquante talents.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Denys''' eut connaissance de cette spéculation. Il ne dépouilla pas cet adroit monopoleur de son argent; mais il lui ordonna de sortir de ''Syracuse'', attendu qu’un tel système de commerce était nuisible à l'État. Ce ''Sicilien'' avait fait le même calcul que '''Thalès''', c’est- à-dire que tous deux avaient habilement accaparé à leur profit.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Il est bon que les hommes qui sont à la tête des gouvernements, connaissent ces sortes de spéculations ; elles sont utiles à un État qui a souvent autant et plus besoin qu’une famille, d’argent et de moyens d’en acquérir. Aussi voit-on partout que quelques-uns des premiers magistrats sont uniquement chargés des finances.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Politique d’Aristote ou La Science des Gouvernements</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1a.htm#VII ''Tome Premier. Chapitre VII. 1259a.''], ouvrage traduit du grec par le Citoyen [[w:Jean-François_Champagne|Champagne]], Imprimerie d’Antoine Bailleul, An V de la République Française (1797)</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Métaphysique_(Aristote)|Métaphysique]] [[#Métaphysique|<span id="Métaphysique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Métaphysique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, La Métaphysique}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ensemble de quatorze livres écrits par Aristote, rassemblés et organisés après sa mort par le bibliothécaire [[w:Andronicos_de_Rhodes|'''Andronicos''']] [[#Andronicos|<span id="Andronicos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Rhodes#Mythologie|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<span id="Rhodes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui leur donna le titre [[w:Métaphysique_(Aristote)|''Métaphysique'']]. </div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Métaphysique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métaphysique_back|<span id="Métaphysique"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Μετᾰ́ φυσικά / Metá phúsiká;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de μετᾰ́ / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — préposition, « 1. (+ génitif) : • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec, à l’aide de; • Concernant ses relations/transactions avec; • (rare) En même temps. 2. (+ datif, uniquement en poésie, généralement épique) : • Entre parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. (+ accusatif) : • Comme un mouvement vers : dans la poursuite de; • De séquence ou de succession : (d’un lieu) Après, derrière; (temps) après; (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adverbe, « 1. Parmi eux, avec eux. 2. Ensuite. 3. Après. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de nominatif, vocatif et accusatif pluriels neutres φυσικά / phúsiká; de l’adjectif [[wikt:φυσικός#Grec_ancien|φυσικός / phusikós]] [[wikt:en:φυσικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Naturel, produit ou causé par la nature, inné, natif. 2. Physique, ayant à voir avec l'étude du monde matériel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du nom commun φύσις / phúsis [[wikt:en:φύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Origine, naissance. 2. Nature, qualité, propriété. 3. Plus tard, la nature de sa personnalité : tempérament. 4. Forme, silhouette. 5. Ce qui est naturel : la nature. 6. Type, genre. 7. La nature, en tant qu’entité, en particulier de puissance productive. 8. Créature. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe φύω / phúô, « 1. (Transitif) Produire, générer, faire grandir. 2. (transitif) Engendrer, enfanter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir, jaillir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (intransitif, aoriste et parfait). 6. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 7. (intransitif) Être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 8. (impersonnel) C’est naturel, cela arrive naturellement [+infinitif = que ...]. 9. Être son lot naturel [+datif = quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ + le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]], « de ou se rapportant à, à la manière de; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Aristote n’employe jamais ce terme, mais plutôt « [[w:Philosophie_première|''philosophie première'']] » [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], la science de l'être en tant qu'être aussi appelé [[w:Ontologie_(philosophie)|''ontologie'']]. La préposition grecque μετά n’est toutefois pas précise, et a plusieurs significations différentes. Ce serait avec le sens « après » qui semble expliquer l’apparition du mot. En effet, ses écrits sont rassemblés par [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos]] [[#Andronicos|<sup>'''II'''</sup>]] de [[w:Rhodes|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<sup>'''III'''</sup>]] vers [[w:Années_60_av._J.-C.|-60]], qui publie la Métaphysique après la Physique. Le sens du mot méta-physique est donc alors purement éditorial. Le terme commence à changer de sens lorsque les platoniciens et néoplatoniciens ont voulu y voir le nom d’une discipline qui porte sur les réalités au-delà de la physique, conformément à ce que Platon avait mis en place avec sa [[w:Théorie_des_formes|''théorie des Idées'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Andronicos_back|<span id="Andronicos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀνδρόνικος / Andrónikos [[wikt:en:Ἀνδρόνικος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun ἀνδρός / andrós [[wikt:en:ἀνδρός#Ancient_Greek|(en)]]; génitif singulier de ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ du nom commun νῑ́κη / nī́kē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « L’acte de gagner : victoire, succès [+génitif = terminé, dans quelque chose] : • Choses gagnées dans la victoire, fruits de la victoire; • Le dessus, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:École_péripatéticienne|''péripatéticien'']] et supposément le dernier [[w:Scholarque|scholarque]] [[#scholarque_back|<sup>⤵️</sup>]] du [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:58_av._J.-C.|-58]] à [[w:47_av._J.-C.|-47]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Rhodes|''Rhodes'']] — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA200#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §181 - Andronicus de Rhodes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhodes_back|<span id="Rhodes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥόδος / Rhódos [[wikt:en:Ῥόδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Île grecque la plus grande du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], bordée au nord-ouest par la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] et au sud-est par la ''mer Méditerranée'', et dont le [[w:Colosse_de_Rhodes|''colosse'']] est une des [[w:Sept_Merveilles_du_monde|''Sept Merveilles du monde'']], située à l’entrée du port de la ville du même nom.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre Α [[#Alpha_majuscule|<span id="Alpha_majuscule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Description de la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. Il y écrit également une courte [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident#Philosophie_antique|histoire de la ''philosophie'']] en examinant la pensée ''philosophique'' antérieure de l’époque, de '''Thalès''' à '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], en particulier leurs traitements de ses causes.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Alpha majuscule|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alpha_majuscule_back|<span id="Alpha_majuscule"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Aλφα [[wikt:en:ἄλφα#Ancient_Greek|(en)]] το μειζον [[wikt:en:μεῖζον#Ancient_Greek|(en)]] / álpha to meîzon, « Alpha majuscule »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤀 [[wikt:en:𐤀#Phoenician|(en)]], la première lettre de l'[[w:Alphabet_consonantique|''abjad'']] [[#abjad|<span id="abjad_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ''phénicien'', appelée aleph; du [[w:Alphabet_protocananéen|''Proto-Cananéen'']] [[Image:Protoalef.svg|20px]], du [[w:Alphabet_protosinaïtique|''Proto-Sinaïtique'']] [[Image:Proto-semiticA-01.svg|20px]], de l’egyptien <big><big><big><big><big><big>𓃾</big></big></big></big></big></big> representant une tête de bœuf, d’où le nom de la lettre phénicienne 𐤀𐤋𐤐 / ʾlp, « tête de bétail »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif μείζων / meízōn [[wikt:en:μείζων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Meilleur, plus large, plus long, plus grand, plus vieux. 2. Trop bien. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le livre I ou Alpha décrit la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. En raison de leur connaissance des causes et des principes premiers, ils sont mieux placés pour commander que pour obéir. Le livre Alpha passe également en revue les ''philosophies'' antérieures de Thales à Platon, en particulier leur traitement des causes.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#abjad_back|<span id="abjad"><sup>II</sup></span>]] du nom commun arabe أبجد / abjad [[wikt:en:أبجد#Arabic|(en)]], « alphabet »; des quatre premières lettres de l’alphabet arabe disposées dans l’ancien style, qui est similaire à l’ordre grec et hébreu : أ / alif [[wikt:en:أ#Arabic|(en)]], « a » + ﺏ / bâ [[wikt:en:ب#Arabic|(en)]], « b » + ﺝ / ǧīm [[wikt:en:ج#Arabic|(en)]], « g » + ﺩ / dāl [[wikt:en:د#Arabic|(en)]], « d ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Fondation par '''Thalès''' d’une ''philosophie'' d’un type nouveau, la conservation de toutes choses, où d’une manière absolue rien ne naît et rien ne périt ; L’eau est le principe de tout et la Terre repose et flotte sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Τῶν δὴ πρώτων [[wikt:en:φιλοσόφησα|'''φιλοσοφησάντων''']] οἱ πλεῖστοι τὰς ἐν ὕλης εἴδει μόνας ᾠήθησαν ἀρχὰς εἶναι πάντων·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' ἐξ οὗ γὰρ ἔστιν ἅπαντα τὰ ὄντα καὶ ἐξ οὗ γίγνεται πρώτου καὶ εἰς ὃ φθείρεται τελευταῖον, τῆς μὲν [10] οὐσίας ὑπομενούσης τοῖς δὲ πάθεσι μεταβαλλούσης, τοῦτο στοιχεῖον καὶ ταύτην ἀρχήν φασιν εἶναι τῶν ὄντων, καὶ διὰ τοῦτο οὔτε γίγνεσθαι οὐθὲν οἴονται οὔτε ἀπόλλυσθαι, ὡς τῆς τοιαύτης φύσεως ἀεὶ σωζομένης,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 9.</small>''' ὥσπερ οὐδὲ τὸν [[w:Socrate|'''Σωκράτην''']] φαμὲν οὔτε γίγνεσθαι ἁπλῶς ὅταν γίγνηται καλὸς ἢ μουσικὸς [15] οὔτε ἀπόλλυσθαι ὅταν ἀποβάλλῃ ταύτας τὰς ἕξεις, διὰ τὸ ὑπομένειν τὸ ὑποκείμενον τὸν '''Σωκράτην''' αὐτόν, οὕτως οὐδὲ τῶν ἄλλων οὐδέν·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 10.</small>''' ἀεὶ γὰρ εἶναί τινα φύσιν ἢ μίαν ἢ πλείους μιᾶς ἐξ ὧν γίγνεται τἆλλα σωζομένης ἐκείνης.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 11.</small>''' Τὸ μέντοι πλῆθος καὶ τὸ εἶδος τῆς τοιαύτης ἀρχῆς οὐ τὸ αὐτὸ [20] πάντες λέγουσιν,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 12.</small>''' ἀλλὰ [[w:Thalès|'''Θαλῆς''']] μὲν ὁ τῆς τοιαύτης ἀρχηγὸς φιλοσοφίας [[wikt:ὕδωρ#Grec_ancien|'''ὕδωρ''']] φησὶν εἶναι (διὸ καὶ τὴν γῆν ἐφ' ὕδατος ἀπεφήνατο εἶναἰ, λαβὼν ἴσως τὴν ὑπόληψιν ταύτην ἐκ τοῦ πάντων ὁρᾶν τὴν τροφὴν ὑγρὰν οὖσαν καὶ αὐτὸ τὸ [[wikt:en:θερμός#Ancient_Greek|'''θερμὸν''']] ἐκ τούτου γιγνόμενον καὶ τούτῳ ζῶν (τὸ δ' ἐξ οὗ γίγνεται, τοῦτ' ἐστὶν [25] ἀρχὴ πάντων) -</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' διά τε δὴ τοῦτο τὴν ὑπόληψιν λαβὼν ταύτην καὶ διὰ τὸ πάντων τὰ σπέρματα τὴν φύσιν ὑγρὰν ἔχειν, τὸ δ' ὕδωρ ἀρχὴν τῆς φύσεως εἶναι τοῖς ὑγροῖς.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Εἰσὶ δέ τινες οἳ καὶ τοὺς παμπαλαίους καὶ πολὺ πρὸ τῆς νῦν γενέσεως καὶ πρώτους [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|'''θεολογήσαντας''']] οὕτως οἴονται περὶ τῆς φύσεως [30] ὑπολαβεῖν· ᾿Ωκεανόν τε γὰρ καὶ Τηθὺν ἐποίησαν τῆς γενέσεως πατέρας, καὶ τὸν ὅρκον τῶν θεῶν ὕδωρ, τὴν καλουμένην ὑπ' αὐτῶν Στύγα [τῶν ποιητῶν]· τιμιώτατον μὲν γὰρ τὸ πρεσβύτατον, ὅρκος δὲ τὸ τιμιώτατόν ἐστιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 15.</small>''' [984a] [1] εἰ μὲν οὖν ἀρχαία τις αὕτη καὶ παλαιὰ τετύχηκεν οὖσα περὶ τῆς φύσεως [1] ἡ δόξα, τάχ' ἂν ἄδηλον εἴη, Θαλῆς μέντοι λέγεται οὕτως ἀποφήνασθαι περὶ τῆς πρώτης αἰτίας</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm <u>Aristotle’s Metaphysics</u>], texte établi par W.D. Ross, Oxford: Clarendon Press. 1924.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' C’est uniquement dans l’ordre de la matière que les premiers ''philosophes'', ou du moins la plupart d’entre eux, ont cru découvrir les principes de tous les êtres.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' En effet, ce qui constitue tous les êtres sans exception, ce qui est la source primordiale d’où ils sortent, ce qui est le terme où ils finissent par rentrer, quand ils sont détruits, substance qui au fond est persistante et qui ne fait que subir des modifications, ce fut là, aux yeux de ces ''philosophes'', l’élément des choses et leur principe; ils en conclurent que d’une manière absolue rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature, telle qu’ils la comprenaient, se conserve et subsiste perpétuellement. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§9_NdT_J_B-S-H|<span id="§9_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 9.'''</small></span>]] De même qu’on ne peut pas dire de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], d’une manière absolue, qu’il est produit et qu’il naît, par cela seul qu’il devient beau ou qu’il devient savant, et que l’on ne dit pas non plus qu’il périt absolument quand il ne perd qu’une de ces manières d’être, par cette excellente raison que le sujet qui est '''Socrate''' lui-même n’en subsiste pas moins ; de même, selon ces premiers ''philosophes'', aucun des autres êtres ne se produit ni ne périt absolument. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§10_NdT_J_B-S-H|<span id="§10_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 10.'''</small></span>]] Car il faut que ce soit ou une nature unique ou des natures multiples, d’où tout le reste puisse sortir, puisque cette nature demeure et persiste toujours.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§11_NdT_J_B-S-H|<span id="§11_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 11.'''</small></span>]] Cependant, quand il s’agît de déterminer le nombre de ces principes ou la nature spéciale de ce principe unique, les opinions ne sont plus unanimes.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§12_NdT_J_B-S-H|<span id="§12_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 12.'''</small></span>]] Par exemple, '''Thalès''', auteur et chef de ce système de ''philosophie'', prétendit que l’eau est le principe de tout, et c’est là ce qui lui fît affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l’eau. Probablement, il tira son hypothèse de ce fait d’observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de l’humidité, et que c’est l’humidité qui fait vivre tout ce qui vit. C’est ainsi que l’élément d’où proviennent quelques-unes des choses parut à '''Thalès''' le principe de toutes choses sans exception. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 13'''</small></span>]] A ce premier motif, qui déjà lui suffisait, il ajouta cette autre observation, que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l’eau est le principe naturel de tous les corps humides. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 14.'''</small></span>]] C’est là, du reste, l’opinion que l’on prête aussi quelquefois aux plus anciens ''philosophes'', qui ont de beaucoup précédé notre âge, et aux premiers [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|''Théologies'']], qui, dit-on, ont compris la nature comme la comprenait '''Thalès'''. Pour eux, en effet, l’[[w:Océan_(mythologie)|'''Océan''']] [[#Océan|<span id="Océan_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et [[w:Téthys_(mythologie)|'''Téthys''']] [[#Téthys|<span id="Téthys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] passaient pour les auteurs de toute génération ; les dieux ne juraient que par l’eau que les poètes nommaient le [[w:Styx|'''Styx''']] [[#Styx|<span id="Styx_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]; or, ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qui est le plus sacré, et rien n’est plus sacré que la chose par laquelle on jure. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 15.'''</small></span>]] [984a] Du reste, que cette antique et vieille idée de la nature ait été réellement professée, c’est ce qu’on ne sait pas très clairement. Mais le système qu’on vient d’attribuer à '''Thalès''' sur la cause première a certainement été le sien.</div></poem> <table cellspacing=30 style="margin: 0 3em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small>[[#§9_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§9_NdT_J_B-S-H">§ 9.</span>]] ''Qu’il est produit et qu’il devient'' II n’y a qu’un seul mot dans le texte. L’idée de Devenir implique nécessairement l’idée d’existence; pour devenir quelque chose, il faut d’abord être.<br /> — ''Des autres êtres, soit animés, soit inanimés.'' Sous toutes les modifications, il y a quelque chose qui subsiste et ne change pas, comme le dit le § suivant. C’est ce qu’on appelle la Substance.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§10_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§10_NdT_J_B-S-H">§ 10.</span>]] ''Une nature.'' C’est le mot même du texte ; on pourrait traduire aussi : « Une substance naturelle ». Cette dernière ve-sion s’accorderait peut-être mieux avec ce qui suit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§11_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§11_NdT_J_B-S-H">§ 11.</span>]] ''Le nombre... ou la nature spéciale...'' Voir la même pensée, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm Traité de l’Âme], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#II liv. I, ch. ii], § 9, p. 114 de ma traduction.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§12_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§12_NdT_J_B-S-H">§ 12.</span>]] ''Thalès.'' Thalès passe pour le plus ancien des ''philosophes grecs''; il serait impossible de préciser le temps où il a vécu ; mais on peut rapporter son existence d’une manière approximative à l’an 600 avant J.-C. C’est près de trois siècles avant Aristote. Le premier témoignage sur Thalès est celui d’Hérodote, liv. I, ch. CLXX, p. 56, édition Firmin-Didot ; Hérodote faisait descendre Thalès d’une famille phénicienne établie à Milet. Voir sur Thalès [https://books.google.fr/books?id=dP9_SKSiThMC&printsec=frontcover&dq=Eduard+Zeller&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj92cbZy6vkAhXTsHEKHWg3C50Q6AEILDAA#v=onepage&q=Eduard%20Zeller&f=false la ''Philosophie des Grecs''], de H. [[w:Eduard_Zeller|Ed. Zeller]], t. I, p. 165 et suiv.<br /> — ''Auteur et chef de ce système de philosophie'', et non, d’une manière générale, « Fondateur de la ''philosophie'' », comme l’ont cru quelques commentateurs. On sait, d’ailleurs, que Thalès n’avait rien écrit.<br /> — ''La terre repose et flotte sur l’eau.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableciel.htm Traité du ciel], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII liv. II, ch. xiii, § 7, p. 194 de ma traduction]. Aristote a parlé plusieurs fois de Thalès, et avec plus d’estime qu’il ne semble en avoir ici.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small> — ''La nourriture de tous les êtres est toujours humide.'' Il est vrai qu’il y a une partie des aliments qui est humide ; mais il y en a aussi une bonne partie qui est sèche, et l’observation de Thalès ne serait pas exacte.<br /> — ''La chaleur même vient de l’humidité.'' Il n’y a pas à s’arrêter beaucoup à ces explications physiques. Dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, liv. 1, ch. ii, § 18], p. 118 de ma traduction, Aristote prête une partie de ces doctrines sur l’eau non point à Thalès, mais à [[w:en:Hippo_(philosopher)|Hippon]] ; voir plus bas, § 16.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Les germes de tous les êtres sont de nature humide.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, loc. cit.]<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§14_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Aux plus anciens philosophes.'' Il n’y a guère avant Thalès d’autres ''philosophes'' que les Théologues, dont il est question un peu plus bas ; mais ici la contexture de la phrase semble distinguer les uns et les autres, quoique des traducteurs paraissent les avoir confondus.<br /> — ''Aux premiers Théologues.'' [[w:Alexandre_d%27Aphrodise|Alexandre d’Aphrodise]] croit qu’Aristote veut désigner ici [[w:Homère|Homère]] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Hésiode|Hésiode]]. On pourrait sans doute ajouter Orphée.<br /> — ''L’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]] et Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]]'', Platon dans le [https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_XI%2C_XII_et_XIII.djvu/63 Cratyle, p. 55, traduction de M. V. Cousin], cite des vers d’Homère, d’Hésiode et d’Orphée, où se retrouvent des idées analogues.<br /> — ''Les poètes.'' C’est Homère qui est certainement désigné ici; voir [https://books.google.se/books?id=sU0YVkeV1hsC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=Et%20l’eau%20noire%20du%20Styx%20en%20ses%20torrents%20secrets%2C%20Le%20plus%20grand%20des%20serments%20que%20les%20dieux%20font%20jamais!%20&f=false l’Iliade, chant xv, vers 37 et 38] : « Et l’eau noire du Styx [[#Styx|<sup>'''III'''</sup>]] en ses torrents secrets, Le plus grand des serments que les dieux font jamais! »<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§15_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_NdT_J_B-S-H">§ 15.</span>]] ''Antique et vieille idée.'' Les deux épithètes sont dans le texte. Cette idée est celle des Théologues et des poètes qu’Aristote vient d’indiquer, et qui étaient de quatre ou cinq siècles antérieurs à Thalès lui-même.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm#III ''Tome Premier. Chapitre III. §§7-15.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Germer-Baillière et C<sup>ie</sup>, 1879</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire de 1879|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Océan_back|<span id="Océan"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὠκεανός / Ōkeanós [[wikt:en:Ὠκεανός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Titan, fils d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]][[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], frère et époux de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téthys_back|<span id="Téthys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τηθύς / Tēthús [[wikt:en:Τηθύς#Ancient_Greek|(en)]]; potentiellement apparenté à τήθη / tḗthē, « grand-mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse marine archaïque, benjamine des [[w:Titan_(mythologie)|Titanides]], fille d’Ouranos et de Gaïa, sœur et épouse d’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στύξ / Stúx; du verbe στυγέω / stugéō, « détester, haïr »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Océanides|Océanide]], fille aînée d’Océan [[#Océan|<sup>'''II'''</sup>]] et de Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]], ou une déesse, fille d’Érèbe [[#Érèbe|<span id="Érèbe_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] et de Nyx [[#Nyx|<span id="Nyx_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] selon d’autres traditions. Elle personnifie le ''Styx'', l’un des fleuves et points de passage des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Érèbe_back|<span id="Érèbe"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Érèbe|Ἔρεβος / Érebos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Frère et époux de Nyx [[#Nyx|<sup>'''V'''</sup>]], divinité primordiale et infernale née du Chaos, personnifiant les ténèbres, l’obscurité des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νύξ#Grec_ancien|Νύξ / Nýx]]; du nom commun [[wikt:νύξ#Grec_ancien|νύξ / nýx]], « 1. Nuit, par opposition au jour. 2. (Par extension) La nuit. 3. (En général) Obscurité, ténèbres. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse primordiale de la Nuit personnifiée.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart de ceux qui philosophèrent les premiers ne considérèrent les principes de toutes choses que sous le point de vue de la matière. Ce d’où sortent tous les êtres, d’où provient tout ce qui se produit, où aboutit toute destruction, la substance persistant la même sous ses diverses modifications, voilà, selon eux, l’élément, voilà le principe des êtres. Aussi pensent-ils que rien ne naît ni ne périt véritablement, parce que cette nature première subsiste toujours. De même que nous ne disons pas que '''Socrate''' naît réellement lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt quand il perd ces manières d’être, parce que le sujet des modifications, parce que '''Socrate''' lui-même persiste dans son existence ; de même on ne peut se servir de ces expressions pour aucun des autres êtres. Car il faut qu’il y ait une nature première, soit unique, soit multiple, qui, subsistant toujours, produit toutes les autres choses. Quant au nombre et au caractère propre des éléments, ces ''philosophes'' ne sont point d’accord.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès [[#Thalès_NdT_AP|<span id="Thalès_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]]''', fondateur de cette ''philosophie'', regarde l’eau comme premier principe. C’est pourquoi il va jusqu’à prétendre que la terre repose sur l’eau ; amené probablement à cette idée, parce qu’il voyait que c’est l’humidité qui nourrit toutes choses, que le chaud lui-même en vient, et que tout animal vit de l’humidité. Or, ce dont viennent les choses, est le principe de toutes choses. Une autre observation encore l’amena à cette opinion. Les semences de toutes choses sont humides de leur nature. Or l’eau est le principe de l’humidité des choses humides.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quelques-uns pensent que les hommes des plus anciens temps, et, avec eux, les premiers ''Théologiens'' [[#Théologiens_NdT_AP|<span id="Théologiens_NdT_AP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], bien antérieurs à notre époque, se figurèrent la nature de la même manière que '''Thalès'''. Ils ont en effet représenté, comme les auteurs de l’univers, l’ '''Océan''' et '''Téthys''' [[#auteurs_univers_NdT_AP|<span id="auteurs_univers_NdT_AP_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; et les dieux jurent, selon eux , par l’eau, par cette eau que les poètes appellent le ''Styx''. Car ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qu’il y a de plus sacré ; et ce qu’il y a de plus sacré, c’est le serment [[#serment_NdT_AP|<span id="serment_NdT_AP_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Y a-t-il dans cette vieille et antique opinion une explication de la nature ? c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Telle fut toutefois, à ce qu’on dit, la doctrine de '''Thalès''' sur la première cause.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: center">'''<small>[[#Thalès_NdT_AP_back|<span id="Thalès_NdT_AP"><sup>1</sup></span>]] De Milet, 600 ans avant J.-C. — [[#Théologiens_NdT_AP_back|<span id="Théologiens_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Orphée, Musée, Eumolpe et les anciens poètes. — [[#auteurs_univers_NdT_AP_back|<span id="auteurs_univers_NdT_AP"><sup>3</sup></span>]] Homère, Hésiode, passim. — [[#serment_NdT_AP_back|<span id="serment_NdT_AP"><sup>4</sup></span>]] Le raisonnement est facile à compléter. Donc le serment est ce qu’il y a de plus ancien. Or, le serment se jure par le ''Styx'', par l’eau ; donc l’eau est ce qu’il y a de plus ancien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm#PIERRON <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm ''Tome Premier. III. §§3-5.''], traduite en français pour la première fois par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]] et [[w:Charles_Zévort|Charles Zévort]], Ébrard, Librairie-Éditeur, Joubert, Librairie-Éditeur, 1840</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart des premiers ''philosophes'' ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidens, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que '''Socrate''' naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même '''Socrate''', sujet de ces changemens, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces élémens, on ne s’accorde pas.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit [[#eau_NdT_VC|<span id="eau_NdT_VC_back"><small>'''(1)'''</small></span>]]; or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides. Plusieurs pensent que dès la plus haute antiquité, bien avant notre époque, les premiers ''théologiens'' ont eu la même opinion sur la nature: car ils avaient fait l’ '''Océan''' et '''Téthys''' auteurs de tous les phénomènes de ce monde, et ils montrent les Dieux jurant par l’eau que les poètes appellent le ''Styx''. En effet, ce qu’il y a de plus ancien est ce qu’il y a de plus saint; et ce qu’il y a de plus saint, c’est le serment. Y a-t-il réellement un système physique dans cette vieille et antique opinion? c’est ce dont on pourrait douter [[#doute_NdT_VC|<span id="doute_NdT_VC_back"><small>'''(2)'''</small></span>]]. Mais pour '''Thalès''' on dit que telle fut sa doctrine.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#eau_NdT_VC_back|<span id="eau_NdT_VC">(1)</span>]] Rapport du système d’Aristote à celui de Thalès, de ὕδωρ à l’[[wikt:ὑγρός#Grec_ancien|ὑγρόν]], considéré comme le principe même du chaud, τὸ [[wikt:θερμός#Grec_ancien|θερμὸν]], et par conséquent comme principe unique. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux1.htm ''Histor. Animal.'' I], 4, Bekk. I, 489. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/partieslivre2.htm ''De partibus animal.'' II], 3, Bekk. I, 649. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie4.htm#IV ''Meterol.'' IV, 4]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/longevite.htm ''De longitudine et brevitate vitæe''], 5, Bekk. I, 240.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#doute_NdT_VC_back|<span id="doute_NdT_VC">(2)</span>]] En effet les prêtres de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] n’avaient pas le système physique de Thalès, et pourtant la mythologie de ces prêtres qui faisaient de l’Océan et de Téthys les auteurs de toutes choses, est le fond primitif d’où plus tard est sorti le système de Thalès á l’insu de Thalès lui-même. La mythologie, non seulement précède, mais enferme déjà la ''philosophie'' à l’insu de l’une et de l’autre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f1.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE <u>De La Métaphysique d’Aristote</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f149.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE ''Tome Premier. Chapitre III. §§2,3.''], essai de traduction du Premier et du Douzième Livres de la Métaphysique par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Chez Ladrange, Librairie, 1835</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Du_ciel|Du ciel]] [[#Du_ciel|<span id="Du_ciel_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Traité_du_Ciel|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Caelo}}] <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Traité [[w:es:Sobre_el_cielo|(es)]] constitué de quatre livres dans lesquels '''Aristote''' expose ses théories astronomiques.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Du ciel|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Du_ciel_back|<span id="Du_ciel"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ οὐρανοῦ / Peri ouranoû;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de la préposition περί / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun οὐρανοῦ / ouranoû [[wikt:en:οὐρανοῦ#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de οὐρανός / ouranós [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait : ciel. 2. La région au-dessus de cette voûte, la demeure des dieux. 3. (''philosophie'') L’univers. 4. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Théorie sur la perfection céleste et la sphéricité de la Terre et des corps célestes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de la Terre reposant sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Ὥστε τὸ μὲν ἀπορεῖν εἰκότως ἐγένετο [[wikt:en:φιλοσόφημα#Ancient_Greek|''φιλοσόφημα'']] πᾶσιν· τὸ δὲ τὰς περὶ τούτου λύσεις μὴ μᾶλλον ἀτόπους εἶναι δοκεῖν τῆς ἀπορίας, θαυμάσειεν ἄν τις. Οἱ μὲν γὰρ διὰ ταῦτα ἄπειρον τὸ κάτω τῆς γῆς εἶναί φασιν, ἐπ´ ἄπειρον αὐτὴν ἐρριζῶσθαι λέγοντες, ὥσπερ '''[[w:Xénophane|Ξενοφάνης]]''' ὁ ''[[w:Colophon_(ville)|Κολοφώνιος]]'', ἵνα μὴ πράγματ´ ἔχωσι ζητοῦντες τὴν αἰτίαν· διὸ καὶ [[w:Empédocle|Ἐμπεδοκλῆς]] οὕτως ἐπέπληξεν, εἰπὼν ὡς<br /><p style="text-indent: 15px;">-εἴ περ ἀπείρονα γῆς τε βάθη καὶ δαψιλὸς [[wikt:en:αἰθήρ#Ancient_Greek|''αἰθήρ'']],<br /><p style="text-indent: 15px;">-ὡς διὰ πολλῶν δὴ γλώσσης ῥηθέντα ματαίως<br /><p style="text-indent: 15px;">-ἐκκέχυται στομάτων, ὀλίγον τοῦ παντὸς ἰδόντων.<br /><p style="text-indent: 15px;">Οἱ δ´ ἐφ´ ὕδατος κεῖσθαι. Τοῦτον γὰρ ἀρχαιότατον παρειλήφαμεν τὸν λόγον, ὅν φασιν εἰπεῖν Θαλῆν τὸν Μιλήσιον, ὡς διὰ τὸ πλωτὴν εἶναι μένουσαν ὥσπερ ξύλον ἤ τι τοιοῦτον ἕτερον (καὶ γὰρ τούτων ἐπ´ ἀέρος μὲν οὐθὲν πέφυκε μένειν, ἀλλ´ ἐφ´ ὕδατος),</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA0#v=onepage&q&f=false <u>Ἀριστοτελους τα σωζομενα. Aristotelis opera omnia quæ extant</u>], [https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA143&lpg=PA143#v=onepage&q&f=false ''Aristotelis De Coelo Liber II. Caput XIII. §7.''], [[d:Q21544592|Karl Hermann Weise]], Lipsiae Sumtibus et Typis Caroli Tauchnitii, 1843<br />(également disponible [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg005.1st1K-grc1:2.13 ici] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2gr.htm#295a là])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 7.</small>'''</span>]] C’est donc à bon droit que tous les ''philosophes'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi. les uns ont soutenu que le bas de la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[w:Xenophanes#Life|(en)]] [[#Xénophane|<span id="Xénophane_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<span id="Colophon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[w:en:Empedocles|(en)]] [[#Empédocle|<span id="Empédocle_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] lui-même n’a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :<br /><p style="text-indent: 15px">» Les fondements du globe et l’éther impalpable,<br /><p style="text-indent: 15px">» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,<br /><p style="text-indent: 15px">» Répétés sans raison par la langue des sots. »<br /><p style="text-indent: 15px">D’autres ''philosophes'' font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de '''Thalès''' de ''Milet'', qui a dit, assure-t-on, qu’elle restait immobile, parce qu’elle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l’ordre de la nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H">§ 7.</span>]] ''Se sont occupés'' : le texte n’est pas aussi explicite.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Plus étranges'', le mot grec est précisément : « plus absurdes. »<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Infini... sans fin'', cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée.<br /><p style="text-indent: 15px"> — Xénophane de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l’édition de Berlin, page 976, a, 32 ; voir aussi l’étude de M. V. Cousin sur Xénophane, pages 32 et 33, édition de 1847.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Empédocle lui-même'', voir les fragments d’Empédocle, édition de Firmin Didot, page 53, colonne 1.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Font reposer la terre sur l’eau'', il restait alors à savoir sur quoi reposait l’eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Thalès de Milet'', voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Ou quelqu’autre matière analogue'', c’est-à-dire plus légère que l’eau.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII ''Livre II. Chapitre XIII. 294b. §7.''] (également disponible [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100118293/IMG00000319 ici]), traduite en français pour la première fois (et au moment de l’écriture de cet article, l’unique traduction disponible en ligne) par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, A. Durand, Librairie-Éditeur, 1866<br />(également disponible [https://archive.org/details/bub_gb_SQWjhZJ4HFkC/page/n3/mode/2up ici])</div> </poem> <span id="éléate_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1866|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Xénophane_back|<span id="Xénophane"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ξενοφάνης / Xenophánēs [[wikt:en:Ξενοφάνης#Ancient_Greek|(en)]]; littéralement « avoir une apparence étrange »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de ξένος / xénos [[wikt:en:ξένος#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adjectif, « 1. Étranger. 2. Étrange, insolite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — nom commun, « 1. Des parties donnant ou recevant l’hospitalité : hôte et bien plus souvent invité. 2. Étranger. 3. Celui qui est employé : ouvrier salarié, mercenaire. 4. Étranger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], poète et précurseur de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<span id="éléate_back2"><sup>IV</sup></span>]]. Il rejette la conception des divinités telles que présentées par Homère ou Hésiode, refusant l’anthropomorphisme des dieux et n’acceptant pas l’idée de comparaison entre dieux et humains. Sa conception est celle d’un Dieu unique et parfait. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03650914v1 <sup>🔍</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] début du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<sup>II</sup>]] — début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Syracuse|''Syracuse'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA211#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §15 - Xénophane de Colophon}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Colophon_back|<span id="Colophon"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κολοφών / Kolophṓn [[wikt:en:Κολοφών#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κολοφών / kolophṓn [[wikt:en:κολοφών#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un sommet. 2. (Figuré) Achèvement, couronnement . 3. Un type de jeu de balle. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], située au nord-ouest d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], et au sud-est de [[w:Lébédos|''Lébédos'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Empédocle_back|<span id="Empédocle"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐμπεδοκλῆς / Empedoklês [[wikt:en:Ἐμπεδοκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἔμπεδος / émpedos [[wikt:en:ἔμπεδος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Debout fermement en place, non renversé, intact. 2. Maintenu en place, stable. 3. En place, non déplacé. 4. Sûr, intact. 5. Non pourri, frais. 6. Non affaibli, non endommagé, conservant sa vigueur. 7. Non diminué en esprit. 8. Bien équilibré. 9. Entretenue avec une vigilance incessante. 10. Sécurisé, non susceptible de confiscation. 11. Assuré, certain, jamais défaillant. 12. Assuré, être attendu avec certitude. 13. En succession infaillible. 14. Offrant un témoignage sûr, sans équivoque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐμ- / em-; du préfixe [[wikt:ἐν-#Grec_ancien|ἐν- / en-]] [[wikt:en:ἐν-#Ancient_Greek|(en)]] dont la consonne change devant [β, μ, π, φ, ψ]; de la préposition ἐν / en [[wikt:en:ἐν#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (lieu) (avec datif) Dans, sur, à ; (avec datif pluriel) Parmi : • (elliptique, avec génitif) Dans la maison ou le pays de; • Entouré par; porter (des habits). 2. (temps) Dans, à, ou pendant le temps de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun πούς / poús [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pied. 2. Jambe. 3. (unité de mesure) Ancienne unité de longueur grecque : pied grec ou [[w:Pous#Culture_et_société|pous]] [[wikt:en:pous#English|(en)]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe de prénoms -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos, « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] grec, membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]], connue pour être l’un des premiers à avoir tenté de découvrir l’[[w:Arkhè|''arkhè'']] du [[w:Cosmos#Philosophie|''cosmos'']], en proposant deux principes qui règnent cycliquement sur l’univers, l’Amour (force d’unification et de cohésion) et la Haine (force de division et de destruction), et qui engendrent les quatre éléments dont sont composées toutes les choses matérielles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_484_av._J.-C.|-484]]/[[w:Années_483_av._J.-C.|-483]], [[w:Histoire_d%27Agrigente#Grande_Grèce|''Agrigente'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_424_av._J.-C.|-424]]/[[w:Années_423_av._J.-C.|-423]], ''lieu de décès indéterminé'') <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]] [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA66#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §19 - Empédocle d’Agrigente}}]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#éléate_back2|<span id="éléate"><sup>IV</sup></span>]] Du ''gentilé'' grec ancien [[wikt:Éléate| Ἑλεάτης / Eleátês]], « 1. (Géographie) Habitant.e d’[[w:Élée|''Élée'']]. 2. Partisan du courant ''philosophique'' créé dans cette ville, l’École éléatique. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du ''toponyme'' Ἑλέα / Eléa, « cité grecque de la côte [[w:Mer_Tyrrhénienne|''tyrrhénienne'']], en [[w:Campanie|''Campanie'']], près du [[w:Golfe_de_Salerne|''golfe de Salerne'']] ».;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe formant les gentilés -άτης / -átês.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] dont étaient membres [[w:Xénophane|Xénophane]] [[#Xénophane_back|<sup>I</sup>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon_back|<sup>II</sup>]], [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée, [[w:Empédocle|Empédocle]] [[#Empédocle_back|<sup>III</sup>]] et [[w:Zénon_d'Élée|Zénon]] [[#Zénon_dElee|<span id="Zénon_dElee_back"><sup>V</sup></span>]] d’Élée.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénon_dElee_back|<span id="Zénon_dElee"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple de [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée et membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Élée|''Élée'']]) <sup>[https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA346#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Zénon d’Élée}}]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_l%27âme|De l’âme]] [[#De_l_ame|<span id="De_l_ame_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:en:On_the_Soul_(Aristotle)|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA335#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Anima}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Œuvre majeure d’ '''Aristote''' sur les principes du vivant, son mouvement, sa génération, ses passions, ses dispositions et ses moyens de connaissance.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De l’âme|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_l_ame_back|<span id="De_l_ame"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ [[#Du_ciel_back|<sup>⤴️</sup>]] Ψυχῆς / Peri psychès;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ψῡχῆς / psūkhês [[wikt:en:ψυχῆς#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de ψυχή / psūkhḗ [[wikt:en:ψυχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le principe d’animation d’un corps humain ou animal, esprit vital, âme, vie (le principe d’animation de la vie) : • (poétique) Souffle de vie, sang de vie ("le principe animant de la vie" dans l’interprétation corporelle); • (''philosophie'', depuis les premiers physiciens) Principe d’animation dans les substances primaires, source de vie et de conscience. 2. Existence animée, considérée comme une possession, sa vie. 3. L’esprit ou l’âme considéré comme distinct du corps et le quittant à la mort (la partie immortelle d’une personne) : • Un esprit désincarné, une ombre ou un fantôme (l’esprit d’une personne décédée). 4. Esprit (attitude animée), soi conscient, personnalité comme centre des émotions, des désirs et des affections, cœur : • (''philosophie'', d’après Platon) L’esprit de l’univers, le principe immatériel du mouvement et de la vie. 5. L’esprit (siège ou organe de la pensée), (la faculté de) raison. 6. (rare, étendu du sens "âme") Papillon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ψῡ́χω / psū́khō [[wikt:en:ψύχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Respirer, souffler. 2. Refroidir, rendre froid. 3. (transitif) Sécher. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Introduction du thème du traité dans le chapitre 1. — Aperçu des points de vue de ses prédécesseurs sur l’âme des chapitres 2 à 5.</div> </poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignages d’une théorie, de '''Thalès''', de l’âme produisant le mouvement, et de son explication du [[w:Magn%C3%A9tisme|''magnétisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' Ἀναξαγόρας δ' ἔοικε μὲν ἕτερον λέγειν ψυχήν τε καὶ νοῦν, ὥσπερ εἴπομεν καὶ πρότερον, χρῆται δ' ἀμφοῖν ὡς μιᾷ φύσει, πλὴν ἀρχήν γε τὸν νοῦν τίθεται μάλιστα πάντων· μόνον γοῦν φησὶν αὐτὸν τῶν ὄντων ἁπλοῦν εἶναι καὶ ἀμιγῆ τε καὶ καθαρόν. Ἀποδίδωσι δ' ἄμφω τῇ αὐτῇ ἀρχῇ, τό τε γινώσκειν καὶ τὸ κινεῖν, λέγων νοῦν κινῆσαι τὸ πᾶν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Ἔοικε δὲ καὶ Θαλῆς ἐξ ὧν ἀπομνημονεύουσι κινητικόν τι τὴν ψυχὴν ὑπολαβεῖν, εἴπερ τὴν λίθον ἔφη ψυχὴν ἔχειν, ὅτι τὸν σίδηρον κινεῖ·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.2/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον B'''], p.164, 405a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#213 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> [[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore|<span id="Anaxagore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], lui, semble distinguer l’âme et l’intellect — on l’a dit plus haut —, mais les traite l’un et l’autre comme une seule nature, avec cette réserve qu’il considère l’intellect comme principe souverain de toutes choses. Il déclare en tout cas que seul, parmi tous les êtres, il est simple, sans mélange et pur. Il assigne au même principe les deux fonctions de connaître et de mouvoir, disant que c’est l’intellect qui imprime le mouvement à l’univers. Il semble que '''Thalès''', lui aussi, d’après ce qu’on rapporte, considérait l’âme comme un principe moteur : l’aimant, selon lui, possède une âme puisqu’il met le fer en mouvement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up ''Chapitre II, 405a, p.9''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Edmond Barbotin de 1966|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaxagore_back|<span id="Anaxagore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξᾰγόρᾱς / Anaxagórās [[wikt:en:Ἀναξαγόρας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ᾰ̓γορᾱ́ / agorā́ [[wikt:en:ἀγορά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Assemblée, en particulier une assemblée du peuple (par opposition à un conseil, βουλή / boulḗ). 2. Le lieu de rassemblement. 3. Discours. 4. Marché, place du marché. 5. Choses vendues au marché, provisions, approvisionnements. 6. Vente. 7. L’heure du marché : midi. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]][[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-500]], [[w:Clazomènes|''Clazomènes'']] — [[w:Années_428_av._J.-C.|-428]], [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA183#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §158 - Anaxagore de Clazomènes}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA751#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Supplément, §180 - Anaxagore}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 13.</small>'''</span>]] '''Anaxagore''' semble distinguer l’âme et l’intelligence, comme nous l’avons déjà dit plus haut, bien qu’il les emploie toutes deux, comme si c’était une seule nature : pourtant il fait surtout de l’intelligence le principe de toutes choses. C’est ainsi qu’il dit que, seule de tout ce qui est, l’intelligence est simple, sans mélange et pure. Il attribue à un même principe tout à la fois et de connaître et de mouvoir. quand il avance que l’intelligence meut l’univers.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 14.</small>'''</span>]] '''Thalès''' aussi peut être rangé parmi ceux qui passent pour avoir considéré l’âme comme ce qui produit le mouvement; car il disait que la pierre d’aimant a une âme, parce qu’elle meut le fer.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Comme nous l’avons déjà dit, plus haut'' , § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu’il a déjà dit sur [[w:Anaxagore|Anaxagore]]. Voir la note relative au § 9. il semble qu’Aristote ne partage pas l’opinion de [[w:Socrate|Socrate]] sur le vice du système d’Anaxagore. Voir le [[s:https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_I_et_II.djvu/286|Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin.]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Thalès aussi.'' [[w:Jean_Philopon|Philopon]] blâme Aristote d’avoir ici rapporté l’opinion de Thalès; car il s’agit dans ce passage des ''philosophes'' qui ont confondu l’âme avec les principes qu’ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l’idée de mouvement dont il n’est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#213 ''Chapitre II, 405a, §§ 13-14''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre V.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 15.'''</small> Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοῖς καλουμένοις ἔπεσι λόγος· φησὶ γὰρ τὴν ψυχὴν ἐκ τοῦ ὅλου εἰσιέναι ἀναπνεόντων, φερομένην ὑπὸ τῶν ἀνέμων, οὐχ οἷόν τε δὲ τοῖς φυτοῖς τοῦτο συμβαίνειν οὐδὲ [411a] τῶν ζῴων ἐνίοις, εἴπερ μὴ πάντα ἀναπνέουσιν· τοῦτο δὲ λέληθε τοὺς οὕτως ὑπειληφότας.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 16.</small>''' (Εἰ δὲ δεῖ τὴν ψυχὴν ἐκ τῶν στοιχείων ποιεῖν, οὐθὲν δεῖ ἐξ ἁπάντων· ἱκανὸν γὰρ θάτερον μέρος τῆς ἐναντιώσεως ἑαυτό τε κρίνειν καὶ τὸ ἀντικείμενον. Καὶ γὰρ τῷ εὐθεῖ καὶ αὐτὸ καὶ τὸ καμπύλον γινώσκομεν· κριτὴς γὰρ ἀμφοῖν ὁ κανών, τὸ δὲ καμπύλον οὔθ' ἑαυτοῦ οὔτε τοῦ εὐθέος.)<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 17.</small>''' Καὶ ἐν τῷ ὅλῳ δή τινες αὐτὴν μεμῖχθαί φασιν, ὅθεν ἴσως καὶ '''Θαλῆς''' ᾠήθη πάντα πλήρη θεῶν εἶναι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.5/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον Ε'''], p.180, 410b-411a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#515 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Sous ce même grief tombe aussi la doctrine exprimée dans les vers attribués à '''Orphée''' : d’après elle, l’âme provient de l’univers extérieur et pénètre dans les êtres vivants par la respiration, les vents lui servant de véhicule — chose impossible dans le cas des plantes et de certains animaux, puisque tous ne sont pas doués de respiration ! C’est ce qui a échappé aux tenants de cette opinion. — Quand bien même il faudrait constituer l’âme en partant des éléments, il n’est nullement nécessaire de les prendre tous comme principes. En effet, l’un ou l’autre terme de la contrariété suffit à se juger lui-même ainsi que son contraire. C’est ainsi que par la ligne droite nous connaissons la ligne droite elle-même et la courbe, car la règle les juge tous deux (tandis que la courbe ne juge ni elle-même ni la ligne droite).<br /><p style="text-indent: 15px;">Certains autres penseurs déclarent que l’âme est mêlée à l’univers entier : peut-être est-ce l’origine de l’opinion de '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up/ <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up ''Chapitre V, 410b-411a, p.25''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 15.</small>'''</span>]] C’est là aussi l’erreur que présente cette pensée dans les vers appelés [[w:Orphisme|''Orphiques'']]. « L’âme, y est-il dit, vient de l’univers entrer dans les animaux, quand ils respirent, apportée par les vents. » Or, cela n’est certes pas possible pour les plantes, ni même pour certains [411a] animaux, puisque tous les animaux ne respirent pas. Mais c’est ce qu’ignoraient ceux qui ont avancé ces assertions hypothétiques.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 16.</small>'''</span>]] S’il faut d’ailleurs composer l’âme avec les éléments, il ne faut pas du moins la composer avec tous. En effet, il suffit d’une des deux parties de l’opposition, pour juger et cette partie même et l’opposé. Ainsi, par le droit , nous connaissons et le droit lui-même et la courbe. Le juge de tous les deux, c’est la règle, tandis que le courbe ne peut être la mesure ni de lui-même ni du droit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 17.</small>'''</span>]] Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers, et c’est là peut-être ce qui a fait penser à '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 15.</small></span>]] ''Dans les vers appelés Orphiques.'' Le mot appelés prouve qu’Aristote ne croyait pas que ces vers fussent réellement d’[[w:Orphée|Orphée]] (en grec ancien [[wikt:Ὀρφεύς#Grec_ancien|Ὀρφεύς / Orpheús]]). Le même doute est exprimé encore dans le traité [[w:Génération_des_animaux|''de la Génération des animaux'']]. liv. II. chap. 1, p. 734, a . 19, édit. de Berlin. — ''Vient de l’univers.'' Le texte dit « du tout. » Voir aussi sur cette opinion d’Aristote, relative à Orphée, [[w:Cicéron|Cicéron]], [[wikt:De_natura_deorum|de Natura deorum]], liv. 1, chap. 38. — ''Pour les plantes.'' Aristote reconnaît une âme dans les plantes, l’âme nutritive. Voir plus loin, liv. Il, chap. 2, § 3.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 16.</small></span>]] ''Pour juger et cette partie même.'' Le texte dit mot à mot . « Et pour que cette partie se juge elle-même. » La traduction que j’ai adoptée me semble plus claire. M. [[w:Friedrich_Adolf_Trendelenburg|Trendelenbourg]] rappelle ce principe de [[w:Baruch_Spinoza|Spinoza]] qui est tout-à-fait identique à celui d’Aristote « Verum sui index et falsi. » — ''La mesure ni de lui-même ni du droit.'' Il a donc peut-être eu tort de dire plus haut d’une manière générale qu’une des deux parties de l’opposition est suffisante.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 17.</small></span>]] ''Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers.'' C’est ainsi que [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]] comprend ce passage, qui semblerait alors s’adresser aux théories du [[w:Timée_(Platon)|Timée]]; mais [[w:Jean_Philopon|Philopon]] admet un autre sens que le texte peut donner aussi « Que l’âme est dans tout corps, et que l’âme se trouve mêlée aux éléments qui composent tous les corps. » Je préfère le premier sens comme étant plus d’accord avec ce qui suit.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#515 ''Chapitre V, 410b-411a, §§ 15-17''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposemment, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposemment, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}] </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><small>2-4</small></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><small>13</small></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><small>14-15</small></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><small>19</small></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><small>22</small></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><small>23</small></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><small>29</small></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><small>30</small></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><small>31-32</small></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</small></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l'''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] = <p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']]) <span id="Oligarchie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Rome|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie"><sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe‎ nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ +‎ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']]. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Cicéron|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_Republica|De Re Publica]] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] === <p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div> ==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Planètes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div> </poem> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉‎ / ḥny (/⁠ḥannī⁠/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ du nom commun 𐤁𐤏𐤋‎ / bʿl (/⁠baʿl⁠/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒‎ / brq (/⁠baraq⁠/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[#scholarque_back|<sup>⤴️</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[#Rhodes_back|<sup>⤴️</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>VI.</small>''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' — P<small>HILUS</small> : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.</small>'''</div> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>VIII.</small>''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴%EF%B8%8F|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Legibus|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em"><small>Lacune de peu d’étendue.</small></div> <table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.</small>'''</poem></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[#Sophiste_back|<sup>⤴️</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’ '''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div> <table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues. </small>'''</td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''M.''' [...]</small> Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<small><sup>NOTES</sup></b></small>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Divinatione|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[#phénicienne_back|<sup>⤴️</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<small>XLIX.</small>''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div> <span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Natura Deorum|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup><small>ODYSSEUM</small></sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|G<small>EDICKE</small>]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.''</small>''' </td> </tr> </table> <div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante/début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|alignT=center|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>'' '''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’ '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.</small> {{Boîte déroulante/fin}}</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup><small>REMARQUES</small></sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]]) </div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’ '''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[#Océan_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys_back|<sup>⤴️</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne_back|<sup>⤴️</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[#Abdère_back|<sup>⤴️</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]). </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’ '''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’ '''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’Epicure portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris. </div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Académiques|Academica]] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem> ==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] <p style="text-align: right;">[[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ==== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div> ===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] ===== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem> ====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent. </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''C<small>HAP</small>. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[#Zénon_dElee_back|<sup>⤴️</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Vitruve|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Architectura|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>II.</small> De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.</small> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>2.</small> Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 2.'''</small> Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALÈS</small> d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALES</small> e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> I<small>NCAPABLES D’ALTERATION</small>.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> A<small>FIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</small></span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''1.'''</small> Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>1.</small>''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VIII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÆFATIO</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">D<small>E</small> septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>INTRODUCTION</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÉFACE</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’A<small>IR</small>, le F<small>EU</small>, l’E<small>AU</small> et la T<small>ERRE</small>, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L<small>E</small> ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre IX ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>CHAPITRE VII.</small>.<br /><p style="text-align: center;"><small>DES CONSTELLATIONS DU MIDI.</small><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[#Historien|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'' [[#Grec|<sup>⤴️</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque_back|<sup>⤴️</sup>]] ''historique'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]]<p style="text-align: right;">[[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Bibliothèque historique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d'Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXIV.</small>''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto 0 auto">Suite des [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions au Ier millénaire EC]]</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] snx1lyp1vgt387whjpc1hyz9kcgmi6b 766181 766180 2026-05-07T09:02:36Z Alex Mtlr 103840 /* */ Correction mineure 766181 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Histoire de la philosophie/La philosophie antique|La philosophie antique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Wikifier}} {{EnTravaux}} {{navigation Milet|style="margin: 0 2em; text-align: center;"|[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Les sources]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Études]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Littérature]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions Ier millénaire EC]]}} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']][[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']][[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']][[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']][[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]]. <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']][[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]] Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce|<span id="Grèce_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''Classique'' = <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Bataille_de_Salamine|Victoire ''grecque'' de ''Salamine'']] contre les Perses — [[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]]) {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Grèce|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Grèce_back|<span id="Grèce"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:Γραικός#Grec_ancien|Γραικός / Graikós]], étymologie obscure;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Aristote [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] a été l’un des premiers à utiliser le nom Graeci (Γραικοί) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''La vieille [[w:Grèce_antique#Cadre_géographique|''Hellade'']] est près de [[w:Dodone|''Dodone'']] (Δωδώνη [[wikt:en:Δωδώνη#Ancient_Greek|(en)]]) et de l’[[w:Achéloos_(fleuve)|''Achéloûs'']] ([[wikt:Ἀχελῷος#Grec_ancien|Ἀχελῷος]]); car ce fleuve a souvent changé son cours. Les peuples qui habitaient jadis ces lieux étaient les [[w:Selles_(Dodone)|''Selles'']] (Σελλοί), et ceux qu’on appelait alors Grecs et qui on nomme aujourd’hui Hellènes (Έλληνες [[wikt:en:Ἕλληνες#Ancient_Greek|(en)]]). ''»<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Météorologiques_(Aristote)|<u>Aristote, Météorologie</u>'']]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#1422 ''Livre I, Chapitre XIV, §22.'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Filiation [[w:Noms_des_Grecs|''des Héllènes et des Grecs'']] confirmée par la [[w:Chronique_de_Paros|''Chronique de Paros'']] [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/ {{Info|<sup>🔍</sup>|le premier exemple existant d’un tableau chronologique grec}}] ([[w:264_av._J.-C.|-264]]/[[w:263_av._J.-C.|-263]]) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''À partir du moment où [[w:Hellen|Hellen]] le [fils de] [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deuc[alion]]] devint roi de [[w:Phthiotide|[Phthi]otis]], et ceux qui étaient auparavant appelés Grecs furent nommés Hellènes.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>[[w:Chronique_de_Paros|Chronique de Paros]]</u>, [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/q004008.html ''Fragment perdu, §6'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;"> Après le développement des premiers villages agricoles durant les époques néolithiques, la [[w:Histoire_de_la_Grèce_antique|''Grèce'']] voit l’essor de plusieurs ensembles culturels dans les [[w:Civilisation_des_Cyclades|''Cyclades'']], la ''Crète [[w:Civilisation_minoenne|minoenne]]'' et le sud de la ''Grèce continentale [[w:Helladique|helladique]]'', durant l’[[w:Âge_du_bronze#Grèce_et_Crète|''Âge du Bronze'']] ([[w:XXXIIIe_siècle_av._J.-C.|XXXIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:XIIIe_siècle_av._J.-C.|XIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]). L’effondrement de la dernière grande culture grecque de l’âge du bronze, la [[w:Civilisation_mycénienne|civilisation ''mycénienne'']], ouvre une période de transition et de recompositions, les « [[w:Siècles_obscurs|siècles obscurs]] », qui porte en germe un renouveau de la civilisation grecque. Débutent ensuite les phases généralement tenues pour caractéristiques de la « Grèce antique ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_archaïque|''période archaïque'']] ([[w:Années_800_av._J.-C.|-800]] — [[w:Années_480_av._J.-C.|-480]]), voit la formation de la civilisation des cités grecques, forme d’organisation caractéristique de la Grèce antique, une [[w:Colonisation_grecque|période d’expansion]] par la fondation de nouvelles cités dans d’autres régions de la Méditerranée et de la mer Noire, et l’apparition de formes littéraires et intellectuelles originales (épopées homériques, poésie lyrique, ''philosophie'').<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_classique|''période classique'']] ([[w:Années_480_av._J.-C.|-480]] — [[w:323_av._J.-C.|-323]]), apparaît à la suite de la victoire d’une coalition de cités ''grecques'' face à la [[w:Guerres_médiques|tentative de conquête des ''Perses'']], qui laisse face-à-face les deux cités les plus puissantes, ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]], qui entraînent le monde grec dans un [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''conflit de grande ampleur'']] [[#Péloponnèse_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:431_av._J.-C.|-431]] — [[w:404_av._J.-C.|-404]]). Cette période voit une floraison culturelle se produire autour du foyer athénien, visible dans l’art, l’architecture, le théâtre, la ''philosophie'', etc. Le [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] voit se poursuivre les rivalités entre cités pour l’exercice de l’hégémonie, situation finalement réglée par l’émergence du [[w:Royaume_de_Macédoine|''royaume de Macédoine'']] qui parvient à dominer les cités de ''Grèce'' en [[w:338_av._J.-C.|-338]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_hellénistique|''période hellénistique'']] ([[w:323_av._J.-C.|-323]] — [[w:31_av._J.-C.|-31]]), une nouvelle phase d’expansion des ''Grecs'', cette fois-ci vers l’est et le sud, avec la fondation de nombreuses cités ''grecques'' en Asie occidentale. La civilisation ''grecque'' devient alors dominante sur le plan culturel, aussi bien dans le monde ''méditerranéen'' qu’en ''Orient'', appuyée sur les dynasties d’origine ''gréco-macédonienne'' (''Lagides'' en ''Égypte'', ''Séleucides'' en ''Asie occidentale'', ''Antigonides'' en ''Macédoine'', ''Attalides'' de ''Pergame''). C’est aussi une période très dynamique dans le domaine intellectuel, notamment dans les sciences. Les royaumes ''hellénistiques'' font face à partir de la fin du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] à l’expansion de la République romaine, qui soumet progressivement le monde ''grec'' et annexe ses différentes régions, jusqu’à la conquête de l’Égypte en [[w:31_av._J.-C.|-31]], date qui marque couramment la fin des histoires de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == '''[[w:Hérodote|Hérodote]] ''' [[#Hérodote|<span id="Hérodote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Carie_(Antiquit%C3%A9)|''Carie'']], [[w:Satrapie_de_Carie|''satrapie'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] — [[w:425_av._J.-C.|-425]], à [[w:Thourioi|''Thourioï'']], cité ''grecque'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], fondée sur le site antérieur de [[w:Sybaris|''Sybaris'']], dont '''Hérodote''' a participé à l’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Hérodote|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Bust of Herodotus in Palazzo Massimo (Rome).JPG|vignette|Portrait d’Hérodote, identifié par comparaison avec d’autres bustes nommés de l’historien. Marbre grec, copie romaine d’un original grec du début du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : environs de la [[w:Porta_Metronia|''Porta Metronia'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Rez-de-chaussée [https://www.rome-roma.net/musee-national-romain/palais-massimo-alle-terme/sculptures-epoque-republicaine/ <sup>🔍</sup>] du [[w:Musée_national_romain|''Museo nazionale romano'']] di [[w:Palais_Massimo_des_Thermes|''Palazzo Massimo alle Terme'']] [https://commons.wikimedia.org/wiki/Catalogue_of_the_Collections_of_Museo_nazionale_romano_di_palazzo_Massimo <sup>PMT 85</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_fondateurs_de_l’histoire|Historien]] [[#Histoire_back|<sup>⤵️</sup>]] et [[w:Histoire_de_la_géographie#Grèce_archaïque_et_classique|''géographe'']] [[#géographe|<span id="géographe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], surnommé par '''Cicéron''' [[#Cicéron_back|<sup>⤵️</sup>]] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/lois.htm {{Info|« le père de l’histoire »|Cicéron, Des Lois, Livre I, Chapitre 1, §5.}}].</div> </poem> <span id="théophore_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Hérodote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hérodote_back|<span id="Hérodote"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[#théophore|<sup>II</sup>]] grec ancien Ἡρόδοτος / Hēródotos [[wikt:en:Ἡρόδοτος#Ancient_Greek|(en)]], « donné par Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρα / Hḗra [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « ([[w:Mythologie_grecque|''mythologie grecque'']]) [[w:Héra|Héra]], protectrice des femmes et déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couches. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:δοτός#Grec_ancien|δοτός / dotós]], « accordé, donné, offert »; du verbe δίδωμι / dídōmi [[wikt:en:δίδωμι#Ancient_Greek|(en)]], « Donner, présenter, offrir. Accorder, autoriser, permettre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#théophore_back|<span id="théophore"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:θεόφορος#Grec_ancien|θεόφορος / theóphoros]], « qui porte dieu »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une divinité, un dieu, Dieu. 2. Titre d’un dirigeant. 3. Parfois féminin (ἡ θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe φέρω / phérô [[wikt:en:φέρω#Ancient_Greek|(en)]], « [pour des objets inanimés] apporter, porter »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Nom propre qui contient celui d’une divinité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#géographe_back|<span id="géographe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωγράφος#Grec_ancien|γεωγράφος / geôgraphos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe γεω- / geô- [[wikt:en:γεω-#Greek|(en)]]; forme combinée du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:γράφος#Grec_ancien|γράφος / gráphos]], « écrit »; [[w:Nom_déverbal|''déverbal'']] de [[wikt:γράφω#Grec_ancien|γράφω / gráphô]], « (sens de départ) Égratigner, écorcher. Tracer des signes pour écrire ou pour dessiner, d’où le sens de graver, d’inscrire, d’écrire, de dessiner, de peindre. Aussi : rédiger, composer (en prose). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Description, indication de tailles et mesure de monuments, de villes, de territoires, de mers/fleuves et de la richesse de peuples.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Histoires|Histoire/Enquête]] [[#Histoire|<span id="Histoire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire (Hérodote)|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 18''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_18|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des ''Histoires'' d’Hérodote (chapitres 105-106), écrit en grec, et daterait du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Il a été découvert par [[w:Bernard_Pyne_Grenfell|Grenfell]] et [[w:Arthur_Surridge_Hunt|Hunt]] en 1897 à [[w:Oxyrhynque|''Oxyrhynque'']]. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 19''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_19|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des Histoires d’Hérodote (chapitre 76), écrit en grec. Il daterait du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 2099''' est un fragment du ''Livre VIII'' des ''Histoires'' d’Hérodote, et daterait de la première partie du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]].}}}</div> |} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Seule œuvre connue d’'''Hérodote''', il y expose le développement de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] [[#Perses|<span id="Perses_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] (Livres I à IV), puis relate les [[w:Guerres_médiques|''guerres médiques'']] [[#Mèdes|<span id="Mèdes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui opposèrent les [[w:Perses|''Perses'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] aux ''Grecs'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] ([[w:Guerres_médiques#Première_guerre_médique|Première]] : Livres V et VI; [[w:Guerres_médiques#Seconde_guerre_médique|Seconde]] : Livres VII à IX).</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Histoire/Enquête|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Histoire_back|<span id="Histoire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:ἱστορία#Grec_ancien|ἱστορία / historía]], « Enquête, examination, observation, étude. Compte-rendu, histoire. »; du verbe [[wikt:ἱστορέω#Grec_ancien|ἱστορέω / historéō]] « Enquêter, examiner, observer, rendre compte »; [[w:Dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:ἵστωρ#Grec_ancien|ἵστωρ / hístōr]]; [[w:Attique_(dialecte)|''forme attique'']] du nom commun [[wikt:ἴστωρ#Grec_ancien|ἴστωρ / ístōr]], « connaisseur, juge, témoin, sage »; dérivé du verbe [[wikt:οἶδα#Grec_ancien|οἶδα / oîda]], « savoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le rôle d’historien apparait dès l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']] comme un type de récit mêlant lecture croisée, différents types de narrations et volonté de reconstruction d’une forme de vérité ou véracité sur les événements passés, avec différents objectifs, comme ici, celui de préserver de l’oubli ces événements :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Hérodote d’Halicarnasse consigne dans cette histoire le résultat de ses recherches, afin que les actions des hommes ne soient pas effacées par le temps et que les grands et prodigieux exploits accomplis, tant par les Grecs que par les barbares, ne tombent pas dans l’oubli; il exposera les causes de ces luttes sanglantes et divers événements qui les ont précédées.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f14.item ''Livre I - CLIO, Introduction''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Perses_back|<span id="Perses"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien περσῐ́ς / persís; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎱𐎠𐎼𐎿 / p-a-r-s / ⁠Pārsa [[wikt:en:𐎱𐎠𐎼𐎿#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] le [[w:Plateau_iranien|''plateau iranien'']] est peuplé par les ''Mādā'' dans le nord-ouest et par les ''[[w:Aryens|Āryā]]'' au nord-est et dans le [[w:Fars|''Fars'']]. Autour de [[w:-750|-750]], dans le nord-ouest de l’actuel ''Iran'', [[w:Déjocès|Déjocès]] fonde le premier ''royaume mède'', dont la capitale est [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']]. En [[w:-612|-612]] les ''Mèdes'' s’emparent de [[w:Ninive|''Ninive'']], provoquant la chute de l’[[w:Assyrie|''Empire assyrien'']]. La « Perse » est alors, au sud, une région vassale de l’empire mède, culturellement et linguistiquement proche. En [[w:-552|-552]], Cirus II fonde l’empire perse après avoir conquis l’empire mède.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mèdes_back|<span id="Mèdes"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Μῆδος / Mêdos [[wikt:en:Μῆδος#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Mèdes|''Mède, habitant de Médie'']] »; du nom propre et commun [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎶𐎠𐎭 / m-a-d / Māda [[wikt:en:𐎶𐎠𐎭#Old_Persian|(en)]], « ''Médie'' ; ''Mède, habitant de Médie'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancien peuple qui vivait dans une région du nord-ouest de l’Iran. Bien qu’une place importante dans l’histoire du Moyen-Orient antique lui soit généralement reconnue, ce peuple n’a laissé aucune source textuelle permettant de reconstituer son histoire. Il n’est connu que par des sources extérieures, ainsi que par quelques sites archéologiques ''iraniens'', qui sont supposés avoir été occupés par des ''Mèdes''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les [[w:Guerres_médiques|''guerres dites médiques'']] opposent les ''Grecs'' aux ''Perses'' de l’Empire achéménide au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elles sont déclenchées par la révolte des ''cités grecques asiatiques'' contre la domination ''perse'' et se conclurent par la victoire spectaculaire des ''cités grecques européennes'' conduites par ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le découpage en neuf livres, chacun portant le nom d’une ''Muse'' [[#Muses|<span id="Muses_back"><sup>I</sup></span>]] n’est pas le fait de l’auteur : la première mention en est faite par [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''' de ''Sicile'']] [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]</div> </poem> <span id="NdA_mythologie_grecque_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA mythologie grecque|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Muses_back|<span id="Muses"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Selon la plupart et les plus célèbres mythologues, les Muses sont filles de '''Jupiter''' <nowiki>[</nowiki>[[w:Zeus|Zeus]] [[#Zeus|<span id="Zeus_back"><sup>II</sup></span>]]<nowiki>]</nowiki> et de [[w:Mnémosyne|'''Mnémosyne''']] [[#Mnémosyne|<span id="Mnémosyne_back"><sup>III</sup></span>]]. Quelques poètes cependant, au nombre desquels est [[w:Alcman|'''Alcman''']] disent qu’elles sont filles d’[[w:Ouranos|'''Uranus''']] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de la Terre. On n’est pas non plus d’accord sur leur nombre ; car les uns en admettent trois, les autres neuf. Cependant l’opinion de ceux qui en admettent neuf a prévalu, comme ayant été professée par les hommes les plus célèbres ; je veux parler d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤵️</sup>]], d’[[w:Hésiode|'''Hésiode''']] et de plusieurs autres. [...] On les fait présider chacune aux diverses parties de la [[w:Musique_de_la_Grèce_antique|musique]] [[#musique|<span id="musique_back"><sup>VIII</sup></span>]] [...] La plupart des mythologues disent qu’elles sont vierges, parce que les vertus acquises par l’éducation paraissent incorruptibles. Elles sont appelées Muses, parce qu’elles initient les hommes aux sciences ; c’est-à-dire qu’elles enseignent aux hommes des choses belles et utiles, qui sont hors de la portée des ignorants. Chacun de leurs noms est justifié.<br />[[w:Clio|'''Clio''']] [[#Clio|<span id="Clio_back"><sup>Ia</sup></span>]] a été ainsi appelée, parce que ceux qui sont chantés par les poètes acquièrent une grande gloire ;<br />[[w:Euterpe|'''Euterpe''']] [[#Euterpe|<span id="Euterpe_back"><sup>Ib</sup></span>]], à cause du plaisir que les beaux-arts procurent à ceux qui les entendent ; <br />[[w:Thalie_(Muse)|'''Thalie''']] [[#Thalie|<span id="Thalie_back"><sup>Ic</sup></span>]], parce qu’elle rajeunit éternellement ceux qui sont loués par la poésie ; <br />[[w:Melpomène|'''Melpomène''']] [[#Melpomène|<span id="Melpomène_back"><sup>Id</sup></span>]], parce que la mélodie s’insinue jusque dans le fond de l’âme ; <br />[[w:Terpsichore|'''Terpsichore''']] [[#Terpsichore|<span id="Terpsichore_back"><sup>Ie</sup></span>]], pour indiquer les jouissances que ceux qui sont initiés aux beaux-arts retirent de leurs études ; <br />[[w:Érato|'''Erato''']] [[#Erato|<span id="Erato_back"><sup>If</sup></span>]], parce que les gens instruits sont recherchés et aimés de tout le monde ; <br />[[w:Polymnie|'''Polymnie''']] [[#Polymnie|<span id="Polymnie_back"><sup>Ig</sup></span>]] indique par son nom que les poètes ont acquis par leurs hymnes une gloire immortelle. <br />[[w:Uranie|'''Uranie''']] [[#Uranie|<span id="Uranie_back"><sup>Ih</sup></span>]], parce que ceux qu’elle instruit élèvent leurs pensées et leur gloire jusqu’au ciel. <br />Enfin, [[w:Calliope|'''Calliope''']] [[#Calliope|<span id="Calliope_back"><sup>Ii</sup></span>]], parce qu’elle a une belle voix, c’est-à-dire que les chants de la poésie sont applaudis par ceux qui les écoutent.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre4a.htm#11 ''Tome Premier : Livre IV chapitre VII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Clio_back|<span id="Clio"><sup>Ia</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κλειώ#Grec_ancien|Κλειώ / Kleiố]]; du verbe [[wikt:κλέω#Grec_ancien|κλέω / kleô]], « raconter, rendre célèbre, célébrer. (passif) être célèbre. »; [[w:Causatif|''causatif'']] du verbe [[wikt:κλύω#Grec_ancien|κλύω / klúô]], « entendre. être renommé, réputé. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Euterpe_back|<span id="Euterpe"><sup>Ib</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὐτέρπη#Grec_ancien|Εὐτέρπη / Eutérpê]]; de l’adjectif [[wikt:εὐτερπής#Grec_ancien|εὐτερπής / euterpês]], « charmant, qui sait plaire »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eũ]] [[wikt:en:εὖ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « Bon, brave. »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + de [[wikt:τέρπω#Grec_ancien|τέρπω / térpô]], « 1. Satisfaire. 2. Ravir, enchanter. 3. S’amuser, prendre plaisir. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Thalie_back|<span id="Thalie"><sup>Ic</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλία / Thalía ou Θάλεια / Tháleia [[wikt:en:Θάλεια#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe grec ancien θάλλω / thállō, « 1. Fleurir, germer. 2. Grandir, s’épanouir, prospérer. 3. Gonfler, abonder. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Melpomène_back|<span id="Melpomène"><sup>Id</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μελπομένη / Melpoménē [[wikt:en:Μελπομένη#Ancient_Greek|(en)]]; du participe féminin médiopassif [[wikt:en:Mediopassive_voice|(en)]] du verbe μέλπω / mélpō [[wikt:en:μέλπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Célébrer avec des chants et des danses. 2. Chanter sur la lyre ou la harpe. 3. Chanter, célébrer. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Terpsichore_back|<span id="Terpsichore"><sup>Ie</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē [[wikt:en:Τερψιχόρη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun τέρψις / térpsis [[wikt:en:τέρψις#Ancient_Greek|(en)]], « pleine jouissance, délice, allégresse, plaisir »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ du verbe τέρπω / térpō [[wikt:en:τέρπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ravir. 2. (voix passive et voix moyenne) Profiter, se délecter. »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif, d‎’action, de traitement ou de résultat -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós [[wikt:en:χορός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. piste de danse, danse en rond. 2. Danse accompagnée de chants, danse chorale. 3. Chœur, groupe de chanteurs et danseurs. 4. Fanfare, troupe, groupe. 5. Rangée. 6. Endroit pour danser. 7. (théâtre) Chœur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Erato_back|<span id="Erato"><sup>If</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐρατώ / Eratṓ [[wikt:en:Ἐρατώ#Ancient_Greek|(en)]]; de l‎’adjectif [[wikt:ἐρατός#Grec_ancien|ἐρᾰτός / eratos]], « 1. Aimable, charmant, joli. 2. Aimé. »; du verbe ἐράω / eráô [[wikt:en:ἐράω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (interprété avec le génitif de personne ou avec un accusatif apparenté) Aimer (avec passion sexuelle), être amoureux de. 2. (sans référence sexuelle) Aimer chaleureusement (opposé à φιλέω [[wikt:en:φιλέω#Ancient_Greek|(en)]]). 3. (interprété avec le génitif de chose ou avec un infinitif) Aimer ou désirer passionnément (faire quelque chose, lorsqu'il est interprété avec un infinitif). ».<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Polymnie_back|<span id="Polymnie"><sup>Ig</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πολῡμνῐ́ᾱ / Polūmníā [[wikt:en:Πολυμνία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe πολῠ- / polu- [[wikt:en:πολυ-#Ancient_Greek|(en)]], « multi-, poly- »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ῠ̔́μνος / húmnos [[wikt:en:ὕμνος#Ancient_Greek|(en)]], « chant, hymne, ode (généralement à la louange des dieux ou des héros) »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Uranie_back|<span id="Uranie"><sup>Ih</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Οὐρᾰνῐ́ᾱ / Ouraníā [[wikt:en:Οὐρανία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Οὐρᾰνός / Ouranós [[#Ouranos|<sup>VII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Calliope_back|<span id="Calliope"><sup>Ii</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλιόπη / Kalliópē [[wikt:en:Καλλιόπη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe κᾰλλῐ- / kalli- [[wikt:en:καλλι-#Ancient_Greek|(en)]], Se référant à la beauté de la racine du mot ci-joint;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ὄψ / óps [[wikt:en:ὄψ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (poétique) Voix. 2. (poétique) Mot. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zeus_back|<span id="Zeus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dieu suprême dans la mythologie grecque, fils du [[w:Titan_(mythologie)|''titan'']] [[w:Cronos|Cronos]] [[#Cronos|<span id="Cronos_back"><sup>IV</sup></span>]] et de la [[w:Titan_(mythologie)|''titanide'']] [[w:Rhéa_(mythologie)|Rhéa]] [[#Rhéa|<span id="Rhéa_back"><sup>V</sup></span>]], marié à sa sœur [[w:Héra|Héra]] [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il a fait régurgiter ses frères et sœurs à son père Cronos, et avec eux, le renversa, lui et les autres Titans.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Mnémosyne_back|<span id="Mnémosyne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Μνημοσύνη#Grec_ancien|Μνημοσύνη / Mnēmosúnē]]; du nom commun μνημοσῠ́νη / mnēmosúnē [[wikt:en:μνημοσύνη#Ancient_Greek|(en)]], « la mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:μνήμων#Grec_ancien|μνήμων / mnḗmōn]], « Souvenant, qui garde en mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif -σύνη / -súnē [[wikt:en:-σύνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]] [[#Gaïa|<span id="Gaïa_back"><sup>VII</sup></span>]], et déesse de la Mémoire. Elle a inventé les mots et le langage de la Terre entière, elle donna un nom à chaque chose, ce qui rendit possible le fait de s’exprimer. Avec Zeus [[#Zeus|<sup>II</sup>]], elle conçut les neuf [[w:Muses|''Muses'']], déesses inspiratrices des Arts.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cronos_back|<span id="Cronos"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κρόνος#Grec_ancien|Κρόνος / Krónos]]; potentiellement du verbe [[wikt:κραίνω#Grec_ancien|κραίνω / krainô]], « Achever, accomplir, réaliser. Régner, commander, diriger, être le chef, dominer. » ([[w:Cronos#Étymologie|mais étymologie sujet à caution]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Plus jeune des [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']], fils d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], époux et frère de Rhéa [[#Rhéa|<sup>V</sup>]]. Emprisonnés, lui et ses frères et sœurs, des entrailles de la Terre maternelle par Ouranos, il se délivra en émasculant ce dernier avec une faucille, donnée par Gaïa, lorsque la nuit venue, le Ciel descendit couvrir la Terre. Ouranos et Gaïa prophétisant alors la chute de Cronos par son propre fils, il engloutira ses propres enfants.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhéa_back|<span id="Rhéa"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥέᾱ / Rhéā [[wikt:en:Ῥέα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], épouse et sœur de Cronos [[#Cronos|<sup>IV</sup>]], mère des dieux et déesses [[w:Hestia|Hestia]], [[w:Déméter|Déméter]], Héra [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Hadès|Hadès]], [[w:Poséidon|Poséidon]] et Zeus [[#Zeus|<sup>III</sup>]]. Sur le conseil de Gaïa, elle dupe Cronos en lui faisant avaler une pierre au lieu de son dernier enfant, Zeus, et cache celui-ci en [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Ouranos_back|<span id="Ouranos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Οὐρανός#Grec_ancien|Οὐρανός / Ouranós]]; [[w:Antonomase|''antonomase'']] du nom commun [[wikt:οὐρανός#Grec_ancien|οὐρανός / ouranós]] [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « Ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait. Région au-dessus de cette voûte, demeure des dieux. (''philosophie'') Univers. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. »; [[w:Ouranos#Étymologie|''vaste possibilité d’origine étymologique'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant le Ciel étoilé.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Gaïa_back|<span id="Gaïa"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Γαῖα#Grec_ancien|Γαῖα / Gaîa]]; du nom commun [[wikt:γαῖα#Grec_ancien|γαῖα / gaîa]], « La terre, comme partie de l’univers. La terre comme contrée, pays. La terre par opposition à l’eau : terrain, culture. »; [[w:Doublet_lexical|''doublet'']] de même sens du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant la terre, unie à Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]], elle engendra les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']] et les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titanides'']], puis les trois [[w:Cyclope#Cyclopes_ouraniens|''Cyclopes'']] et enfin les trois [[w:Hécatonchires|''Hécatonchires'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#musique_back|<span id="musique"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien μουσῐκή / mousikḗ [[wikt:en:μουσική#Ancient_Greek|(en)]], « les arts des Muses. »; [[w:Ellipse|''ellipse'']] de μουσικὴ τέχνη / mousikḕ tékhnē [[wikt:en:τέχνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Artisanat, compétence, commerce. 2. Art. 3. Ruse, astuce. 4. Moyens. »; de l’adjectif μουσικός / mousikós, « 1. De ou pour la musique, musical. 2. Doué en musique, musical. 3. Réalisé, accompli. 4. (nominalisé, masculin singulier) Musicien.ne. 5. (nominalisé, masculin singulier) Adepte des ''Muses'', personne de lettres et d’accomplissement, érudit. 6. (nominalisé, féminin singulier ou neutre pluriel) Musique. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du suffixe adjectival -ικός / -ikós, « de ou se rapportant à, de la manière de ; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La musique tient une place essentielle dans la vie sociale, politique et religieuse de la ''Grèce antique''. Pour les ''Grecs'', la musique est le plus beau des arts, en même temps qu’une science, objet des plus hautes spéculations philosophiques ; en ce sens, les ''Grecs'' lui ont accordé plus de valeur qu’aux arts majeurs que furent pour eux la poésie, la danse et la médecine.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I — [[w:Clio|'''CLIO''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Victoire du Grand roi [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide|<span id="achéménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus II''']] [[#Cyrus_le_Grand|<span id="Cyrus_le_Grand_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] sur le roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie|<span id="Lydie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus|<span id="Crésus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] (Livre I, chapitres VI à XCIV).</div> </poem> <span id="Anatolie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquêtes ''Achéménides''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#achéménide_back|<span id="achéménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀχαιμενίδης / Akhaimenídēs [[wikt:en:Ἀχαιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ᾰ̓χαιμένης / Akhaiménēs [[wikt:en:Ἀχαιμένης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Achéménès|Achéménès]], le fondateur non attesté de la dynastie ''perse Achéménide'' »; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁 / h-x-a-m-n-i-š / Haxāmaniš [[wikt:en:𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁#Old_Persian|(en)]], « avoir l’esprit de quelqu’un d’allégeant, qui allège, soulage, est secourable »; du [[w:Langues_iraniennes#Le_vieil_iranien|''vieil iranien'']] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du radical *haxā-, « celui qui est lié par allégeance, quelqu’un d’allégeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du radical *mani-, « esprit, mentalité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + ‎du suffixe patronymique masculin -ῐ́δης / -ídēs [[wikt:en:-ίδης#Ancient_Greek|(en)]], « fils de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dynastie de rois ayant fondé et dirigé le premier des [[w:Empire_perse|''empires perses'']], qui a régné sur une grande partie du [[w:Moyen-Orient|Moyen-Orient]] durant le [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|Ier millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyrus_le_Grand_back|<span id="Cyrus_le_Grand"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κῦρος#Grec_ancien|Κῦρος / Kŷros]], du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁 / ku-u-ru-u-š / Kuruš [[wikt:en:𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fondateur attesté de l’Empire perse [[#Perses_back|<sup>⤴️</sup>]] de la dynastie des ''Achéménides'', régnant d’environ [[w:Années_550_av._J.-C.|-559]] à [[w:Années_520_av._J.-C.|-529]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]. Son règne a été marqué par des conquêtes d’une ampleur sans précédent : après avoir soumis les ''Mèdes'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]], il a placé sous sa domination le royaume de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] et les cités grecques d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], puis l’[[w:Empire_néo-babylonien|''Empire néo-babylonien'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600 ou -576]], [[w:Anshan_(Élam)|''Anshan'']], en ''Perse'' — [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]], [[w:Pasargades|''Pasargades'']], en ''Perse'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Cyrus_the_Great|(en)]]</sup></small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Lydie_back|<span id="Lydie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Λυδία#Grec_ancien|Λυδία / Lȳdíā]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Λυδός / Lydós [[wikt:en:Λυδός#Ancient_Greek|(en)]], « Roi légendaire [[w:Lydos|Lydos]]. [[w:Lydiens|''Lydien, habitant de Lydie.'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Royaume de l’[[w:Âge_du_fer|''Âge du Fer'']] de l’ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie Mineure'', ou ''Anatolie'']] [[#Anatolie|<span id="Anatolie_back"><sup>V</sup></span>]], situé généralement à l’est de l’ancienne ''Ionie'' dans les provinces turques occidentales modernes d’[[w:Uşak_(province)|''Uşak'']], [[w:Manisa_Province|''Manisa'']] et [[w:İzmir_Province|''des terres intérieures d’Izmir'']]. Le royaume de ''Lydie'' a existé d’environ [[w:Années_1200_av._J.-C.|-1200]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]]. Dans sa plus grande étendue, au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], il couvrait toute l’''Anatolie occidentale''. En -546, il devient une province de l’empire perse achéménide [[#achéménide|<sup>I</sup>]], connue sous le nom de ''[[w:Satrape|satrapie]] de Lydie'' [[w:en:Lydia_(satrapy)|(en)]] ou 𐎿𐎱𐎼𐎭 / Sparda [[wikt:en:𐎿𐎱𐎼𐎭#Old_Persian|(en)]] en [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']]. En [[w:133_av._J.-C.|-133]], il devient une partie de la [[w:Asie_(province_romaine)|''province romaine d’Asie'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Crésus_back|<span id="Crésus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κροῖσος / Kroîsos [[wikt:en:Κροῖσος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom propre [[w:Lydien|''lydien'']] 𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / krowiśaś [[wikt:en:𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], littéralement « le noble Karoś »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre 𐤨𐤠𐤭𐤬𐤮‎ / Karoś;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de la semi-voyelle‎ -𐤥-‎ / -w-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun 𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / iśaś [[wikt:en:𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], « maître, seigneur, noble »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]], dernier souverain de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']], vaincu par Cyrus le Grand [[#Cyrus_le_Grand|<sup>II</sup>]]. Durant son règne, qui s’étend d’environ [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]], il conquiert la [[w:Pamphylie|''Pamphylie'']], la [[w:Mysie|''Mysie'']] et la [[w:Phrygie|''Phrygie'']] jusqu’à l’[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>⤵️</sup>]] mais ne parvient pas à s’implanter plus à l’Est de son royaume.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-596]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]], [[w:Sardes|''Sardes'']], capitale de la ''Lydie'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Croesus|(en)]]</sup>.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anatolie_back|<span id="Anatolie"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀνατολή / anatolḗ [[wikt:en:ἀνατολή#Ancient_Greek|(en)]], « S'élevant au-dessus de l’horizon (de tout corps céleste, en particulier du soleil). La direction du lever du soleil, l’Est »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἀνατέλλω / anatéllō [[wikt:en:ἀνατέλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Lever. Faire grandir. Donner naissance à. Mettre en lumière. Se lever (pour le soleil et la lune) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du préfixe ᾰ̓νᾰ- / ana- [[wikt:en:ἀνα-#Ancient_Greek|(en)]], « jusqu'à, vers le haut, vers le haut. (intensificateur) à fond, complètement. Indiquant une répétition ou une amélioration : re-, encore une fois. En arrière. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe τέλλω / téllō, « (poétique, [[wikt:Dialectes_du_grec_ancien|''crétois'']]) accomplir, exécuter. Monter, s'élever (pour les étoiles). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_o-grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Vaste territoire situé à l’extrémité occidentale de l’Asie. L’Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[w:Troie|''Troie'']] du [[w:XVe_siècle_av._J.-C.|XV<sup>ème</sup>]] au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] (du [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en ''Ionie'', [[w:Éolide|''Éolide'']] et [[w:Doride_(Anatolie)|''Doride'']], et des royaumes en [[w:Bithynie|''Bithynie'']], [[w:Paphlagonie|''Paphlagonie'']], et dans les régions du [[w:Royaume_du_Pont|''Pont'']] et de [[w:Cappadoce|''Cappadoce'']], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la ''Perse'' ([[w:Années_540_av._J.-C.|-548]]).</small>''' {{Boîte déroulante/fin}}</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXIV</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récit de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''La bataille de l’Éclipse'']] [[#Éclipse|<span id="Éclipse_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''/ de l’''[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys|<span id="Halys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], prédite par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre LXXIV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Éclipse_back|<span id="Éclipse"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἔκλειψῐς / ékleipsis [[wikt:en:ἔκλειψις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Disparition, abandon. 2. Particulièrement, disparition d’un astre : éclipse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἐκλείπω / ekleípō [[wikt:ἐκλείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Laisser de côté, omettre, passer outre. 2. Délaisser, déserter, abandonner. 3. S’arrêter, cesser. 4. Échouer, manquer, être inférieur. 5. Laisser tomber (quelqu’un). 6. Mourir. 7. S’évanouir. 8. Partir. 9. Être laissé, rester. 10. (astronomie) Être éclipsé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐκ- / ek- [[wikt:en:ἐκ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Avec un sentiment d’éloignement : dehors, loin, hors. 2. Exprimer l’achèvement ou la totalité : complètement, totalement, finalement. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe λείπω / leípō [[wikt:en:λείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Partir, laisser derrière. 2. Laisser seul, libérer. 3. (passif) Être laissé, rester, survivre. 4. (intransitif) Partir, disparaître. 5. Déserter, échouer. 6. Manquer, échouer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Halys_back|<span id="Halys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἅλυς / Hálus [[wikt:en:Ἅλυς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fleuve d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qui se jette dans la mer Noire, et frontière naturelle entre le royaume [[w:Lydie|''lydien'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Μετὰ δὲ ταῦτα, οὐ γὰρ δὴ ὁ [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττης''']] ἐξεδίδου τοὺς [[w:Scythes|'''Σκύθας''']] ἐξαιτέοντι [https://fr.wikiarabi.org/wiki/Cyaxares '''Κυαξάρῃ'''], πόλεμος τοῖσι [[w:Lydie|'''Λυδοῖσι''']] καὶ τοῖσι [[w:M%C3%A8des|'''Μήδοισι''']] ἐγεγόνεε ἐπ᾽ ἔτεα πέντε, ἐν τοῖσι πολλάκις μὲν οἱ '''Μῆδοι''' τοὺς '''Λυδοὺς''' ἐνίκησαν, πολλάκις δὲ οἱ '''Λυδοὶ''' τοὺς '''Μήδους''', ἐν δὲ καὶ νυκτομαχίην τινὰ ἐποιήσαντο· [2] Διαφέρουσι δέ σφι ἐπὶ ἴσης τὸν πόλεμον τῷ ἕκτῳ ἔτεϊ συμβολῆς γενομένης συνήνεικε ὥστε τῆς μάχης συνεστεώσης τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύκτα γενέσθαι. Τὴν δὲ μεταλλαγὴν ταύτην τῇ ἡμέρης [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς ὁ Μιλήσιος''']] τοῖσι [[w:Ionie|''' Ἴωσι ''']] προηγόρευσε ἔσεσθαι, οὖρον προθέμενος ἐνιαυτὸν τοῦτον ἐν τῷ δὴ καὶ ἐγένετο ἡ μεταβολή. [3] οἱ δὲ '''Λυδοί''' τε καὶ οἱ '''Μῆδοι''' ἐπείτε εἶδον νύκτα ἀντὶ ἡμέρης γενομένην, τῆς μάχης τε ἐπαύσαντο καὶ μᾶλλόν τι ἔσπευσαν καὶ ἀμφότεροι εἰρήνην ἑωυτοῖσι γενέσθαι. Οἱ δὲ συμβιβάσαντες αὐτοὺς ἦσαν οἵδε, [[w:Satrapie_de_Cilicie#Ethnographie_et_historique_avant_Alexandre|'''Συέννεσίς''']] τε ὁ [[w:Cilicie|'''Κίλιξ''']] καὶ [[w:Nabonide|'''Λαβύνητος''']] ὁ [[w:Babylone_(civilisation)|'''Βαβυλώνιος''']]. [4] οὗτοί σφι καὶ τὸ ὅρκιον οἱ σπεύσαντες γενέσθαι ἦσαν καὶ γάμων ἐπαλλαγὴν ἐποίησαν· [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττεα''']] γὰρ ἔγνωσαν δοῦναι τὴν [[wikt:%CE%B8%CF%85%CE%B3%CE%B1%CF%84%CE%AD%CF%81%CE%B1|θυγατέρα]] [[w:en:Aryenis|''' Ἀρύηνιν''']] [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεϊ''']] τῷ '''Κυαξάρεω''' παιδί· ἄνευ γὰρ ἀναγκαίης ἰσχυρῆς συμβάσιες ἰσχυραὶ οὐκ ἐθέλουσι συμμένειν. [5] ὅρκια δὲ ποιέεται ταῦτα τὰ ἔθνεα τὰ πέρ τε [[w:Grecs|''' Ἕλληνες''']], καὶ πρὸς τούτοισι, ἐπεὰν τοὺς [[wikt:%CE%B2%CF%81%CE%B1%CF%87%CE%AF%CE%BF%CE%BD%CE%B1%CF%82|βραχίονας]] ἐπιτάμωνται ἐς τὴν ὁμοχροίην, τὸ αἷμα ἀναλείχουσι ἀλλήλων.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXIV.''] [[s:en:Herodotus_The_Persian_Wars_(Godley)/Book_I|<sup>📚</sup>]], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' [[w:Cyaxare|'''Cyaxare''']] [[#Cyaxare|<span id="Cyaxare_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] les [[#les|<span id="les_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] réclama, le roi de [[w:Sardes|''Sardes'']] [[#Sardes|<span id="Sardes_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] refusa de les [[#les|<sup>'''III'''</sup>]] livrer; une guerre s’engagea entre les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et les [[w:M%C3%A8des|''Mèdes'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]]; elle dura cinq ans, pendant lesquels les deux peuples furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Il y eut même une sorte de bataille nocturne; ce fut en la sixième année; les succès de la lutte jusque-là se balançaient également; on était aux prises, quand, au fort du combat, soudain le jour devint nuit.[[#éclipse_NdT|<span id="éclipse_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] '''Thalès''' de ''Milet'' avait annoncé aux [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] ce changement et avait même fixé d’avance l’année où il arriva. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', lorsqu’ils virent la nuit prendre la place du jour, suspendirent le combat, après quoi ils se montrèrent des deux parts plus empressés de faire la paix. Ceux qui les réconcilièrent furent '''Syennésis''' [[w:en:Syennesis|(en)]] [[#Syennésis|<span id="Syennésis_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] le [[w:Cilicie|''Cilicien'']] [[#Cilicie|<span id="Cilicie_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], et '''Labynète''' [[w:en:Nabonidus|(en)]] [[#Labynète|<span id="Labynète_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]] le [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonien'']] [[#babylonien|<span id="babylonien_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]]. Tous les deux hâtèrent la conclusion du traité, d’où résulta un mariage. En effet, ils décidèrent [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[#Alyatte|<span id="Alyatte_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]] à donner sa fille '''Aryénis''' [[w:en:Aryenis|(en)]] [[#Aryénis|<span id="Aryénis_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] à '''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage|<span id="Astyage_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]], fils de '''Cyaxare''' [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]]. Car, sans un lien puissant, les conventions n’ont aucune solidité. Les traités, chez ces nations, se contractent avec les mêmes cérémonies que chez les ''Grecs'', si ce n’est qu’ils se font aux bras de légères incisions et sucent réciproquement le sang qui s’en échappe.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#éclipse_NdT_back|<span id="éclipse_NdT"><sup>1</sup></span>]] Le 30 septembre 610 avant J. J., dans la matinée [[#éclipse|<span id="éclipse_back"><sup>'''XII'''</sup></span>]].</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXIV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cyaxare_back|<span id="Cyaxare"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κυαξάρης / Kuaxárēs [[wikt:en:Κυαξάρης|(en)]]; du radical ''vieux médien'' [[w:en:Median_language|(en)]] 𐎢𐎺𐎧𐏁𐎫𐎼 / *ʰUvaxštra-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils de Phraortès [[w:Phraortes|(en)]], et souverain du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Années_620_av._J.-C.|-625]] à [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]]. Avant qu’il ne se révolte et qu’il ne massacre leurs chefs ivres au cours d’un banquet, les [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<span id="Scythes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] dominaient le royaume ''mède'' depuis 28 ans, après que son père fut tué lors d’une guerre contre l’[[w:Empire_néo-assyrien|''Assyrie'']] en [[w:Années_650_av._J.-C.|-653]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''CII. [...] '''Phraortes''' périt dans cette expédition avec la plus grande partie de son armée, après avoir régné vingt-deux ans.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CII.</small>'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<small>(''date de naissance indéterminée'', à [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']], au sud-ouest de [[w:Téhéran|''Téhéran'']], — [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, il mourrut peu de temps après la bataille de l’Éclipse).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Scythes_back|<span id="Scythes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Σκῠ́θης / Skúthēs [[wikt:en:Σκύθης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Scythes|''Scythe'']], habitant de [[w:Scythie|''Scythie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ensemble de peuples [[w:Langues_indo-européennes|''indo-européens'']] d’[[w:Eurasie|''Eurasie'']], en grande partie cavaliers et nomades.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#les_back|<span id="les"><sup>III</sup></span>]] Des [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<sup>'''II'''</sup>]] expatriés, qui, par vengeance de s’être fait mal traité par Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>I</sup>]] pour être revenu une fois sans gibier, lui ont fait manger un des enfants mèdes dont ils avaient la charge de leur apprendre la langue [[w:Langues_scythes|''scythe'']] et à tirer à l’arc. Ils fuirent à ''Sardes'' [[#Sardes|<sup>IV</sup>]] auprès d’Alyattes (cf chapitre LXXIII).</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sardes_back|<span id="Sardes"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Σάρδεις / Sárdeis [[wikt:en:Σάρδεις#Ancient_Greek|(en)]]; ultimement du nom propre ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣‎ / sfard [[wikt:en:𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣#Lydian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne ville d’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], capitale de la [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], sur la rivière [[w:Pactole|''Pactole'']], dans la vallée de l’[[w:Gediz_(fleuve)|''Hermos'']]. Après la chute de l’Empire ''lydien'' au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], la citadelle de ''Sardes'' résiste encore et n’est prise par [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] que par surprise, en -546.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Syennésis_back|<span id="Syennésis"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Συέννεσις / Syennesis [[wikt:en:Συέννεσις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi et fondateur du royaume indépendent de [[w:Cilicie|''Cilicie'']] [[w:en:Kingdom_of_Cilicia_(ancient)|(en)]] [[#Cilicie|<sup>'''VI'''</sup>]] en -612, avec la dissolution de l’[[w:Empire_néo-assyrien|empire néo-assyrien]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cilicie_back|<span id="Cilicie"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῐλῐκῐ́ᾱ / Kilikíā [[wikt:en:Κιλικία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Royaumes_antiques_d%27Anatolie|Royaumes antiques]] d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], indépendant au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], avec [[w:Tarse_(ville)|''Tarse'']] pour capitale.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Labynète_back|<span id="Labynète"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λαβύνητος / Labúnētos [[wikt:en:Λαβύνητος#Ancient_Greek|(en)]], forme hellénisée de [[w:Nabonide|Nabonide]]; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒀭𒀝𒉎𒌇 / dNabû-naʾid [[w:pt:Nabonido|(pt)]], « Le dieu Nabû [[w:en:Nabu|(en)]] est loué » [https://epub.ub.uni-muenchen.de/73674/1/RINBE2_OAPDF.pdf <sup>p.3</sup>];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ambassadeur, puis dernier roi de l’[[w:Empire_néo-babylonien|''empire néo-babylonien'']] [[#babylonien|<sup>VIII</sup>]], régnant de [[w:Années_550_av._J.-C.|-556]] à [[w:Chute_de_Babylone_de_539_av._J.-C.|''la chute de Babylone'']] par l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_610_av._J.-C.|-620/-615]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Harran#Antiquité|''Harran'']], au sud-est de la [[w:Turquie|''Turquie'']], — potentiellement [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carmania'' [[w:en:Carmania_(region)|(en)]], province actuelle iranienne de [[w:Province_de_Kerman|''Kerman'']])</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#babylonien_back|<span id="babylonien"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Βαβυλών#Grec_ancien|Βαβυλών / Babylṓn]], « Babel. Babylone. »; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] [[wikt:𒆍𒀭𒊏𒆠#Akkadien|𒆍𒀭𒊏𒆠 / bābili]], « Babylone »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville antique de [[w:Mésopotamie#L’empire_néo-babylonien|''Mésopotamie'']], et capitale du royaume ''babylonien'', connaissant son apogée au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] sous [[w:Nabuchodonosor_II|Nabuchodonosor II]] (règne de -605 — -562), et perdant son indépendance en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]], passant sous domination [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alyatte_back|<span id="Alyatte"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Ἀλυάττης / Aluáttēs [[wikt:en:Ἀλυάττης#Ancient_Greek|(en)]]; du ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮‎ / walweteś [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮#Lydian|(en)]];<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ de 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤‎ / walwe [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤#Lydian|(en)]], « lion »;<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ et du suffixe abstractif -𐤠𐤯𐤠‎ / -ata;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Roi de ''Lydie'' de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']] de -610 à -561, et père de [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]. Il a été le premier monarque à émettre des pièces de monnaie en [[w:Électrum|électrum]] (et son fils Crésus a été le premier à émettre des pièces d’or). Alyattes est donc parfois mentionné comme l’initiateur de la monnaie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aryénis_back|<span id="Aryénis"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀρύηνις / Arúēnis [[wikt:en:Aryenis|(en)]]; du ''lydien'' apparenté au ''Hittite'' [[w:en:Hittite_language|(en)]] 𒂖 / arawanni-, « libre », par opposition à asservi, non libre;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fille du roi Alyattes de ''Lydie'' [[#Alyatte|<sup>'''IX'''</sup>]] et sœur du roi [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de ''Lydie''.</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Astyage_back|<span id="Astyage"><sup>XI</sup></span>]] Orthographié en grec ancien :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυάγης / Astyages [[wikt:en:Ἀστυάγης|(en)]] par Hérodote;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυϊγας / Astyigas [[wikt:en:Ἀστυϊγας#Ancient_Greek|(en)]] par [[w:Ctésias|Ctesias]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀσπάδας / Aspadas par Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px"> de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒅖𒌅𒈨𒄖 / Ištumegu;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Fils de Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]] et dernier roi du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de -585 à -550. Il fut détrôné en -550 par son petit-fils [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qu’il avait tenté de faire assassiner à la naissance à la suite d’un songe, où une vigne sortant du sein de sa fille Mandane [[w:en:Mandane_of_Media|(en)]] couvrait toute l’Asie ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CVIII.). Celle-ci avait été marié à un perse, nommé [[w:Cambyse_Ier|Cambyse]], de "condition inférieure à un mède", à la suite d’un précédent songe d’Astyage, où « elle urinait en si grande abondance, que sa capitale et l’Asie entière en étaient inondées » ({{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, Livre I - CLIO, chapitre CVII.).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#éclipse_back|<span id="éclipse"><sup>XII</sup></span>]] La seule éclipse totale visible en ''Asie Mineure'' durant la seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] et la première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} a eu lieu le 28 mai -584.<br />[[Fichier:Éclipse 28 Mai -584 n2.png|vignette|centre|Éclipse du 24 mai -584 en ''Asie Mineure''.<br /><p style="text-align: right">''Les unités des intervalles de sa durée sont heures:minutes:secondes<br />(une animation est disponible [http://ytliu.epizy.com/eclipse/one_solar_eclipse_general.html?ybeg=-589&ind=39&DE=431 ici]).'']]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>74.</small>''' Depuis la guerre se mut et continua cinq ans entre les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', parce que '''Halyatte''' ne voulait rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxare''' qui les demandait. Durant ces cinq ans, les ''Mèdes'' gagnèrent plusieurs fois contre les ''Lydiens'', et semblablement les ''Lydiens'' contre les ''Mèdes'' : et fut environ ce temps-là que, à l’heure du combat, le jour fut converti en nuit. Car étant les forces pareilles d’un côté et d’autre, avint, sur la sixième année, que, comme ils combattaient, soudain le jour se tourna en noire nuit. '''Thalès Milésien''' avait prédit cette mutation aux ''Ioniens'', et leur avait déterminé l’an qu’elle avint. Ce vu par les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', ils cessèrent la guerre, et furent près d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennée par '''Syennésis''', roi de ''Cilicie'', et par '''Labynète''', roi de ''Babylone'', qui furent diligents de les allier par mariage. Ils avisèrent que '''Halyatte''' donnerait sa fille '''Arianis''' à '''Astyage''', fils de '''Cyaxare''', pensant bien que, sans grande nécessité et alliance étroite, tels grands marchés ne peuvent tenir. Ces nations se gouvernent en leurs traités et contrats ainsi que font les ''Grecs'', et davantage s’entament le bras, puis lèchent le sang les uns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXIV.''], traduction de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Saliat Pierre Saliat], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXIV.</small>''' '''Cyaxare''' les redemanda. Sur son refus, la guerre s’alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu’elle dura, les ''Mèdes'' et les ''Lydiens'' eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d’autre, s’étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit [[#éclipse_NdT_P-H_L|<span id="éclipse_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], pendant que les deux armées en étaient aux mains. '''Thalès''' de ''Milet'' avait prédit aux ''Ioniens'' ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n’en furent que plus empressés à faire la paix. '''Syennésis''' [[#Syennésis_NdT_P-H_L|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], roi de ''Cilicie'', et '''Labynète''', roi de ''Babylone'', en furent les médiateurs; ils hâtèrent le traité, et l’assurèrent par un mariage. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent '''Alyattes''' à donner sa fille '''Aryénis''' à '''Astyages''', fils de '''Cyaxare'''. Ces nations observent dans leurs traités les mêmes cérémonies que les ''Grecs''; mais ils se font encore de légères incisions aux bras, et lèchent réciproquement le sang qui en découle.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#éclipse_NdT_P-H_L_back|<span id="éclipse_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Les savants sont divisés sur l’époque précise de cette éclipse. Mais les pères Petau et Hardouin, le chevalier Marsham, le [[w:Jean_Bouhier_de_Savigny|président Bouhier]] et le [[w:Edouard_Corsini|père Corsini, clerc régulier des écoles pies]], se sont déterminés pour l’éclipse qui parut le 9 juillet 4117. J’ai cru devoir l’adopter, parce qu’elle s’accorde mieux avec la chronologie que toutes les autres. La seule objection qu’on y puisse former, n’est que l’ombre passa au-dessus du [[w:Mer_Noire|Pont-Euxin]] par la ''Scythie'' et le [[w:Maeotian_Swamp|''Palus-Maeotis'']]. Il est vrai que cette éclipse ne fut point centrale sur les bords de l’Halys ; cependant elle dut y être très considérable, et il n’est point étonnant qu’elle ait causé de l’épouvante à des nations plongées dans l’ignorance. (L.)</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Syennésis_NdT_P-H_L_back|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L"><sup>2</sup></span>]] Ce nom de Syennésis était commun aux rois de Cilicie ; du moins est-il sûr que quatre princes l’ont porté. Le nom de Labynète se rencontre souvent parmi les rois de Babylone. (BELLANGER.)</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXIV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis la guerre se meut & continua cinq ans entre les ''Medes'' & ''Lydiés'', parce q́ '''Haliattes''' ne vouloit rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxares''' qui les demandoit. Durás ces cinq ans, les ''Medes'' gaignerét plusieurs fois cótre les ''Lydiés'', & semblablemét les ''Lydiés'' cótre les ''Medes''. & fut enuiró ce téps là, qu’à l’heure du combat le iour fut cóuerty en nuit. Car estás les forces pareilles d’vn costé & d’autre, auint sur la sixiéme annee, que cóme ils cóbattoiét, soudain le iour se tourna en noire nuist. '''Thales Milesien''' auoit predit ceste mutatió aux ''Ioniens'', & leur uoit determiné l’an qu’elle auint. Ce veu par les ''Medes'' & ''Lydiens'', ils cesserent la guerre: & furent prests d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennee par '''Syennesis''' Roy de ''Cilicie'', & par '''Labynet''' Roy de ''Babylon'', qui furent diligens de les allier par mariage. Ils auiserent que '''Halyattes''' dóneroit sa fille '''Ariane''' à '''Astyages''' fils de '''Cyaxares''', pensans bié que sans grande necessité & alliáce estroicte, tels grands marches ne peuuent tenir. Ces na tions se gouuernent en leurs traictez & contracts ainsi que font les ''Grecs'', & d’auantage s’entament le bras, puis leichent le sang les vns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA31-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.31-32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXV</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de la traversée de l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] par l’armée de [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] grâce à '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' Τοῦτον δὴ ὦν τὸν [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεα''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κῦρος''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ἐόντα ἑωυτοῦ μητροπάτορα καταστρεψάμενος ἔσχε δι᾽ αἰτίην τὴν ἐγὼ ἐν τοῖσι ὀπίσω λόγοισι σημανέω· [2] Τὰ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']] ἐπιμεμφόμενος τῷ [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κύρῳ''']] ἔς τε τὰ χρηστήρια ἔπεμπε εἰ στρατεύηται ἐπὶ [[w:%CE%A0%CE%AD%CF%81%CF%83%CE%B7%CF%82|'''Πέρσας''']], καὶ δὴ καὶ ἀπικομένου χρησμοῦ κιβδήλου, ἐλπίσας πρὸς ἑωυτοῦ τὸν χρησμὸν εἶναι, ἐστρατεύετο ἐς τὴν '''Περσέων''' μοῖραν. [3] Ὡς δὲ ἀπίκετο ἐπὶ τὸν [[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''' Ἅλυν''']] ποταμὸν ὁ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']], τὸ ἐνθεῦτεν, ὡς μὲν ἐγὼ λέγω, κατὰ τὰς ἐούσας γεφύρας διεβίβασε τὸν στρατόν, ὡς δὲ ὁ πολλὸς λόγος [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']], [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς οἱ ὁ Μιλήσιος''']] διεβίβασε. [4] Ἀπορέοντος γὰρ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροίσου''']] ὅκως οἱ διαβήσεται τὸν ποταμὸν ὁ στρατός (οὐ γὰρ δὴ εἶναι κω τοῦτον τὸν χρόνον τὰς γεφύρας ταύτας) λέγεται παρεόντα τὸν [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆν''']] ἐν τῷ στρατοπέδῳ ποιῆσαι αὐτῷ τὸν ποταμὸν ἐξ ἀριστερῆς χειρὸς ῥέοντα τοῦ στρατοῦ καὶ ἐκ δεξιῆς ῥέειν, ποιῆσαι δὲ ὧδε· [5] Ἄνωθεν τοῦ στρατοπέδου ἀρξάμενον διώρυχα βαθέαν ὀρύσσειν, ἄγοντα μηνοειδέα, ὅκως ἂν τὸ στρατόπεδον ἱδρυμένον κατὰ νώτου λάβοι, ταύτῃ κατὰ τὴν διώρυχα ἐκτραπόμενος ἐκ τῶν ἀρχαίων ῥεέθρων, καὶ αὖτις παραμειβόμενος τὸ στρατόπεδον ἐς τὰ ἀρχαῖα ἐσβάλλοι· ὥστε ἐπείτε καὶ ἐσχίσθη τάχιστα ὁ ποταμός, ἀμφοτέρῃ διαβατὸς ἐγένετο, [6] οἳ δὲ καὶ τὸ παράπαν λέγουσι καὶ τὸ ἀρχαῖον ῥέεθρον ἀποξηρανθῆναι. Ἀλλὰ τοῦτο μὲν οὐ προσίεμαι· κῶς γὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέβησαν αὐτόν;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXV.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] renversa cet [[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], qui était son grand-père maternel : je dirai plus tard pour quels motifs. [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] s’armant de ce grief contre '''Cyrus''', consulta l’oracle pour savoir s’il devait engager la guerre contre lui. Lorsqu’il eut reçu la réponse à double sens, il crut qu’elle était en sa faveur et il marcha pour entrer sur le territoire des [[w:Perses|''Perses'']]. Arrivé sur l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], il fit passer le fleuve à son armée, en profitant, selon moi, des ponts existants. Selon le récit accrédité en ''Grèce'', ce fut '''Thalès''' de ''Milet'' qui dirigea le passage : car disent-ils, les ponts n'étaient pas encore construits et '''Crésus''' était en peine de l’opérer, quand '''Thalès''', qui se trouvait au camp, détournant le fleuve, le fit couler non plus sur le front, mais sur les derrières de l’armée. Il s’y prit de cette manière : en amont du camp, on commença par creuser un fossé profond qui en embrassa tout le contour, de sorte que les eaux, sortant à l’une des ses extrémités de leurs cours habituel, y rentrassent par l’autre; puis cette tranchée achevée, ils y firent couler le fleuve, pour qu’en se divisant, des deux parts il devînt guéable. Quelques-uns ajoutent que l’ancien lit se trouva tout à fait à sec; pour moi, je ne puis admettre ce récit, car comment, dans la retraite, les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] auraient-ils pu passer ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>75.</small>''' '''Cyrus''' donc avait défait celui '''Astyage''', son aïeul maternel, pour cause que je toucherai ci-après en cette mienne histoire. '''Crésus''' en fut marri et envoya vers les oracles savoir si devait mener la guerre aux ''Perses''. Entre ces oracles, un fut faux, lequel néanmoins '''Crésus''' espéra être à son avantage, et là-dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' avec son armée. Arrivé au fleuve ''Halys'', il passa sur les ponts qui y étaient, et telle est mon opinion, encore que la commune renommée des ''Grecs'' tienne que '''Thalès''' de ''Milet'' donna le moyen de passer. Car on dit que, se souciant '''Crésus''' comment il passerait son armée, qui fait présupposer faute de ponts, '''Thalès''' fut là présent, qui conseilla expédient, suivant lequel le fleuve, qui coulait à gauche pour le respect de l’armée qui là séait [[#NdT_75_HP|<span id="NdT_75_HP_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], coulerait aussi à droite. Et fut son invention telle. Il fit commencer une tranchée au-dessus du camp, et la fit conduire en forme de croissant, afin que l’armée l’eût à dos, et que, prenant le fleuve cours par icelle tranchée, il laissât son canal accoutumé pour environner le camp, puis retournât. Par ce moyen, le fleuve s’écoula incontinent, et fut guéable d’une part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron [[#NdT_75_HP2|<span id="NdT_75_HP2_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] du fleuve devint tout sec. De ma part, je ne puis accordrer à telles paroles, et je voudrais savoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#NdT_75_HP_back|<span id="NdT_75_HP"><sup>1</sup></span>]] D’après la situation de l’armée qui campait là. — [[#NdT_75_HP2_back|<span id="NdT_75_HP2"><sup>2</sup></span>]] Lit.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXV.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>LXXV.</small>''' '''Cyrus''' tenait donc prisonnier '''Astyages''', son aïeul maternel, qu’il avait détrôné pour les raisons que j’exposerai dans la suite de cette histoire. '''Crésus''', irrité à ce sujet contre '''Cyrus''', avait envoyé consulter les oracles pour savoir s’il devait faire la guerre aux ''Perses''. Il lui était venu de [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes_back|<sup>⤵️</sup>]] une réponse ambiguë, qu’il croyait favorable, et là dessus il s’était déterminé à entrer sur les terres des ''Perses''. Quand il fut arrivé sur les bords de l’''Halys'', il le fit, à ce que je crois, passer à son armée sur les ponts qu’on y voit à présent ; mais, s’il faut en croire la plupart des ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' lui en ouvrit le passage. '''Crésus''', disent-ils, étant embarrassé pour faire traverser l’''Halys'' à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n’existaient point encore en ce temps-là, '''Thalès''', qui était alors au camp, fit passer à la droite de l’armée le fleuve, qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s’y prit. Il fit creuser, en commençant au-dessus du camp, un canal profond en forme de croissant, afin que l’armée pût l’avoir à dos dans la position où elle était. Le fleuve, ayant été détourné de l’ancien canal dans le nouveau, longea derechef l’armée, et rentra au-dessous de son ancien lit. Il ne fut pas plutôt partagé en deux bras, qu’il devint également guéable dans l’un et dans l’autre. Quelques-uns disent même que l’ancien canal fut mis entièrement sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Comment en effet '''Crésus''' et les ''Lydiens'' auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour ? </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> '''Cyrus''' donque auoit desfait iceluy '''Astyages''' son ayeul maternel, pour cause que ie toucheray cy apres en ceste mienne histoire. '''Cresus''' en fut marry & enuoya vens les oracles sçauoir, si deuoit mener la guerre aux ''Perses''. Entre des oracles vn fut faux, lequel neantmoins '''Cresus''' espera estre à son auantage, & la dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' auec son armee. Arriué au fleuue ''Halys'' il passa sur les ponts qui y estoyent, & telle est mon opinion, encore que la commune renommee des ''Grecs'' tienne que '''Thales''' de ''Milet'' donna le moyen de passer, car on dit que se souciant '''Cresus''' comment il passeroit son armee, qui fait presupposer faute de ponts, '''Thales''' fut là présent, qui conseilla expedient, fuyuát lequel, le fleuue qui couloit à gauche pour le respect de l’armee qui la seoit, couleroit aussi à droicte. Et fut son inuention telle. Il feit commencer vne tréchee, au dessus du camp, & la feit conduire en forme de croissant, afin que l’armee l’eust à doz & que prenant le fleuue cours par icelle trenchee, il laissast son canal accoustumé pour enuironner le camp, puis retournast. Par ce moyen le fleuue s’escoula incontinent, & fut gueable d’vne part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron du fleuue deuint tout sec. De ma part ie ne puis accorder à tel les paroles, & ie voudrois sçauoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''p.32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit du [[w:Bouleut%C3%A9rion|''Bouleutérion'']] [[#Bouleutérion|<span id="Bouleutérion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos|<span id="Téos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et témoignage sur l’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne|<span id="phénicienne_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CLXX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bouleutérion_back|<span id="Bouleutérion"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:βουλευτήριον#Grec_ancien|βουλευτήριον / bouleutếrion]]; de [[wikt:βουλευτής#Grec_ancien|βουλευτής / bouleutês]], « sénateur, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:βουλεύω#Grec_ancien|βουλεύω / bouleúô]], « délibérer, prendre conseil »; du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Bâtiment où, dans les cités de la [[w:Grèce_antique|''Grèce antique'']], se réunissait la [[w:Boulè|''boulè'']], le conseil, assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la ville.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téos_back|<span id="Téos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τέως / Téos [[wikt:en:Τέως#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville de l’[[w:Époque_archaïque|''Antiquité'']] située sur la côte de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] au nord d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] et à environ 40 kilomètres au sud-ouest de l’actuelle [[w:Izmir|''İzmir'']], près du port de ''Sığacık'' [[w:en:Sığacık|(en)]] en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#phénicienne_back|<span id="phénicienne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φοινίκη / Phoinī́kē [[wikt:en:Φοινίκη|(en)]]; du nom et nom propre Φοῖνῐξ / Phoînix [[wikt:en:Φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Phénicien, phénicienne, habitant/ethnonyme de Phénicie. »; dérivé de ou apparenté à l’homophone φοῖνιξ / phoînix [[wikt:en:φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Couleur [[w:Pourpre_de_Tyr|pourpre de Tyr]]. Palmier. Datte (le fruit du palmier dattier). Phoenix, l’oiseau mythique dérivé de la mythologie ''égyptienne''. (musique) Un instrument semblable à une guitare inventé par les ''Phéniciens''. »; ethnonyme et homophone probablement empruntés à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] fnḫw / fenkhu [[wikt:en:fnḫw#Egyptian|(en)]], probablement terme pluriel pour « bûcherons » ou « charpentiers », qui désignerait les peuples du [[w:Canaan_(région)|''pays de Canaan'']] dans la [[w:Levant_(Proche-Orient)|''région du Levant'']] au nord, qui fournissaient l’Égypte avec le bois de cèdre coupé de leurs forêts; dérivé de ou apparenté à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] bnw / benu, « le [[w:Bénou|Bénou]] ou [[w:Phénix|phénix]], l’oiseau représentant l’âme – le [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ba|''bâ'']] – de [[w:Rê|Rê]] qui le précède dans la [[w:Barque_solaire|barque solaire]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Peuple antique originaire des cités de ''Phénicie'', région qui correspond approximativement au ''Liban'' actuel. À partir du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les [[w:Assyrie|''Assyriens'']], les [[w:Babylone_(civilisation)|''Babyloniens'']] [[#babylonien_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Achéménides|''Perses'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoniens'']] ([[w:Royaume_lagide|''Lagides'']] et [[w:Séleucides|''Séleucides'']]), puis les [[w:Rome_antique|''Romains'']]. Elles préservent cependant leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations ''phéniciennes'' de la mer Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d’entre elles, [[w:Carthage|''Carthage'']], phénomène qui aboutit à la création d’une [[w:Civilisation_carthaginoise|''civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique »'']]. ''</div></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Κεκακωμένων δὲ [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἰώνων''']] καὶ συλλεγομένων οὐδὲν ἧσσον ἐς τὸ [[w:Panionium|'''Πανιώνιον''']], πυνθάνομαι γνώμην [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Βίαντα''']] ἄνδρα [[w:Pri%C3%A8ne|'''Πριηνέα''']] ἀποδέξασθαι [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἴωσι''']] χρησιμωτάτην, τῇ εἰ ἐπείθοντο, παρεῖχε ἂν σφι εὐδαιμονέειν [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']] μάλιστα· [2] Ὃς ἐκέλευε κοινῷ στόλῳ ''' Ἴωνας''' ἀερθέντας πλέειν ἐς [[wikt:%CE%A3%CE%B1%CF%81%CE%B4%CF%8E|'''Σαρδὼ''']] καὶ ἔπειτα πόλιν μίαν κτίζειν πάντων ''' Ἰώνων''', καὶ οὕτω ἀπαλλαχθέντας σφέας δουλοσύνης εὐδαιμονήσειν, νήσων τε ἁπασέων μεγίστην νεμομένους καὶ ἄρχοντας ἄλλων· μένουσι δέ σφι ἐν τῇ [[wikt:en:Ἰωνία#Ancient_Greek|''' Ἰωνίῃ''']] οὐκ ἔφη ἐνορᾶν ἐλευθερίην ἔτι ἐσομένην. [3] Αὕτη μὲν '''Βίαντος τοῦ Πριηνέος''' γνώμη ἐπὶ διεφθαρμένοισι ''' Ἴωσι''' γενομένη, χρηστὴ δὲ καὶ πρὶν ἢ διαφθαρῆναι ''' Ἰωνίην''' [[w:Thal%C3%A8s|'''Θάλεω ἀνδρὸς Μιλησίου''']] ἐγένετο, τὸ ἀνέκαθεν γένος ἐόντος Φοίνικος, ὃς ἐκέλευε ἓν βουλευτήριον Ἴωνας ἐκτῆσθαι, τὸ δὲ εἶναι ἐν Τέῳ (Τέων γὰρ μέσον εἶναι Ἰωνίης), τὰς δὲ ἄλλας πόλιας οἰκεομένας μηδὲν ἧσσον νομίζεσθαι κατά περ ἐς δῆμοι εἶεν· οὗτοι μὲν δή σφι γνώμας τοιάσδε ἀπεδέξαντο.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. CLXX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Les [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], réduits en servitude, ne cessèrent cependant pas de se réunir au [[w:Panionium|''Panionium'']] [[#Panionium|<span id="Panionium_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]; à l’une de ces assemblées, comme je l’ai appris, [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Bias''']] [[#Bias|<span id="Bias_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Pri%C3%A8ne|''Priène'']] [[#Priène|<span id="Priène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] leur donna un conseil excellent ; s’ils l’avaient suivi, ils pouvaient devenir les plus prospères de tous les ''Grecs''. « Équipez une seule flotte, leur dit-il, levez l’ancre, partez pour la [[w:Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne|<span id="Sardaigne_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], fondez-y pour tous les ''Ioniens'' une seule ville, rendez-vous heureux en vous affranchissant ainsi. Car, en colonisant la plus grande des îles, vous gouvernerez toutes les autres, tandis que, si vous demeurez en [[w:Ionie|''Ionie'']], je ne vois pas que vous puissiez jamais recouvrer la liberté. » Tel fut le conseil que '''Bias''' de ''Priène'' donna aux ''Ioniens'', après leurs désastres. Celui de '''Thalès''' de ''Milet'', qui avait précédé la ruine de l’''Ionie'', n'était pas moins salutaire. '''Thalès''', par ses ancêtres d’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], fut d’avis qu’ils devaient instituer une assemblée unique, la placer à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos_back|<sup>⤴️</sup>]] (car ''Téos'' est située au centre de la contrée) et laisser néanmoins les autres villes se gouverner, comme si elles étaient des États isolés. tels furent les deux conseils qui furent donnés aux ''Ioniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f79.item ''Livre I - CLIO, CLXX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Panionium_back|<span id="Panionium"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Πανιώνιον / Paniônion; de l’adjectif [[wikt:Πανιώνιος#Grec_ancien|Πανιώνιος / Paniônios]], « De tous les Ioniens »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun [[wikt:Πανίωνες#Grec_ancien|Πανίωνες / Paníônes]], « Tous les ''Ioniens'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du pronom indéfini [[wikt:πᾶς#Grec_ancien|πᾶς / pâs]], « (Au singulier) Chaque, chacun; Tout entier, tout. (Au pluriel) Tous. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du nom commun et nom propre Ἴων / Íôn, « ''Ionien'', habitant d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]]. [[w:Ion_(mythologie)|Ion, ancêtre mythique des Ioniens]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-ιος#grc|-ιος / -ios]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Sanctuaire_grec|''Sanctuaire central'']], et point de rassemblement de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']], dédié à [[w:Poséidon#Épithètes|''Poséidon Héliconien'']], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Bias_back|<span id="Bias"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βίας / Bías [[wikt:en:Βίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], avocat et homme d’État grec du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et fait partie des 4 unanimes des [[w:Sept_sages_de_Grèce|Sept sages de Grèce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_600_av._J.-C.|-600]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène|<sup>III</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Priène'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Priène_back|<span id="Priène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πριήνη / Priḗnē [[wikt:en:Πριήνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Polis|Cité grecque]] d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], dont les ruines sont bien conservées, située à l’embouchure du [[w:Méandre_(fleuve)|''Méandre'']], à proximité du village moderne de Güllübahçe, dans le district de [[w:Söke|''Söke'']], dans la province d’[[w:Aydın_(province)|''Aydın'']], en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Sardaigne_back|<span id="Sardaigne"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σαρδώ / Sardô [[wikt:en:Σαρδώ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île de la mer ''Méditerranée'' et région ''italienne'', qui se trouve à l’ouest de l’Italie continentale, au sud de la ''Corse''. À partir du [[w:IXe_siècle_av._J.-C.|IX<sup>ème</sup>]] et du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, Les ''Phéniciens'' constituent les premières colonies stables, occupant des sites le long de la côte, facilement accessibles, favorables aux échanges et au commerce. Puis, l’[[w:Civilisation_carthaginoise|''Empire carthaginois'']] l’occupe de [[w:Années_530_av._J.-C.|-535]] à [[w:239_av._J.-C.|-239]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>170.</small>''' Depuis, voyant la grandeur de leurs calamités, non-obstant qu’ils se fussent donnés aux ''Perses'', ils s’assemblèrent au ''Panionion'' : et comme j’entends, '''Brias de Priénéee''' donna conseil fort profitable pour les ''Ioniens'', auquel s’ils eussent prêté l’oreille, il leur baillait expédient pour être les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseillait naviguer de compagnie en la ''Sardaigne'', et là bâtir une ville commune à tous les ''Ioniens'' : en quoi faisant, ils jetteraient servitude et se rendraient heureux, attendu qu’ils posséderaient une des plus grandes îles du monde, et domineraient sur les autres. Au contraire, s’ils demeuraient en ''Ionie'', il disait qu’il n’apercevait moyen par lequel ils pussent jamais regagner liberté. Tel fut le conseil de '''Brias de Priénée''', après que les ''Ioniens'' étaient jà défaits et réduits en servitude. '''Thalès Milésien''' bailla pareillement une opinion, laquelle, avant la ruine des ''Ioniens'', eût été fort bonne. Lui, qui était descendu d’une ancienne race des ''Phéniciens'', opina que les ''Ioniens'' devaient avoir maison de conseil, et la devaient construire en ''Téos'' comme au milieu de ''Ionie'' : voulait néanmoins que les autres villes fussent estimées pour ligues et cantons de même autorité que ''Téos''. Ces deux personnages donc baillèrent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000129 ''Livre Premier. CLIO. CLXX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CLXX.</small>''' Quoique accablés de maux, les ''Ioniens'' ne s’en assemblaient pas moins au ''Panionium''. '''Bias de Priène''' leur donna, comme je l’ai appris, un conseil très avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les ''Grecs'', s’ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s’embarquer tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en ''Sardaigne'', et à y fonder une seule ville pour tous les ''Ioniens''. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient d’esclavage, qu’ils s’enrichiraient, et qu’habitant la plus grande de toutes les îles, les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que, s’ils restaient en ''Ionie'', il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna '''Bias''' aux ''Ioniens'', après qu’ils eurent été réduits en esclavage ; mais, avant que leur pays eût été subjugué, '''Thalès''' de ''Milet'', dont les ancêtres étaient originaires de ''Phénicie'', leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d’établir à ''Téos'', au centre de l’''Ionie'', un conseil général pour toute la nation, sans préjudicier au gouvernement des autres villes, qui n’en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers que si elles eussent été autant de cantons différents.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. CLXX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Depuis voyans la grandeur de leurs calamitez, nonobstant qu’ils se sussent donnez aux ''Perses'', ils s’assemblerent au ''Panionión'', & comme i’entens, '''Bias de Prienee''' donna conseil fort profitable pour les ''Iöniens'', auquel s’ils eussent presté l’oreille, il leur bailloit expediét pour estre les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseilloit nauiguer de compaignie en la ''Sardaigne'', & là bastir vne ville commune à tous les ''Iöniens'' : en quoy faisant ils ietteroient seruitude, & se rendroient heureux, attendu qu’ils possederoient vne des plus grandes isles du monde, & dominoroient sur les autres. Au contraire s’ils demouroient en ''Iönie'', il disoit qu’il n’apperceuoit moyé, par lequel ils peussent iamais regaigner liberté. Tel fut le conseil de '''Bias de Prienee''', apres que les ''Iöniens'' estoient ià defaits & reduicts en seruitude. '''Thales Milesien''' bailla pareillement vne opinion, laquelle auant la ruine des ''Iöniens'' eut esté fort bonne. Luy qui estoit descendu d’vne ancienne race des ''Pheniciens'', opina que les ''Iöniens'' deuoient auoir maison de conseil, & là deuoient construire en ''Tee'' comme au milieu de ''Iönie'' : vouloit neantmoins que les autres villes sussent estimees pour ligues & cantons de mesme auctorité que ''Tee''. Ces deux personnages donque baillerent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA63-IA1#v=onepage&q&f=true ''p.63.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre II — [[w:Euterpe|'''EUTERPE''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">[[w:Périodes_perses_dans_l%27Égypte_antique|''Conquête'']] de l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] [[#Égypte|<span id="Égypte_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par [[w:Cambyse_II|'''Cambyse II''']] [[#Cambyse_II|<span id="Cambyse_II_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fils de [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus le Grand''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquête ''Achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤴️</sup>]] de l’Égypte|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Égypte_back|<span id="Égypte"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Αἴγυπτος#Grec_ancien|Αἴγυπτος / Aígyptos]]; du nom propre ancien égyptien [[wikt:𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛#Égyptien_ancien|𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛 / ḥwt-kꜣ-ptḥ]], « (Spécialement) [[w:Temple_de_Ptah_(Memphis)|Temple]] du [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ka|''ka'']] de [[w:Ptah|Ptah]] à [[w:Memphis_(Égypte)|''Memphis'']]. (Par [[w:Métonymie|''métonymie'']]) Ville de ''Memphis''. (Par ''métonymie'') [[w:%C3%89gypte_antique|''Égypte'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de 𓉗𓏏𓉐 / ḥwt [[wikt:en:ḥwt#Egyptian|(en)]], « enclos »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓂓𓏤 / kꜣ [[wikt:en:kꜣ#Egyptian|(en)]], « ka, composante immatérielle des dieux et des hommes sans équivalente dans les langues européennes contemporaines »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓊪𓏏𓎛𓀭 / ptḥ, « Ptah, [[w:Démiurge|''démiurge'']] de ''Memphis'', dieu des artisans, des artistes et des architectes. Dans la [[w:Triade_de_Memphis|''triade de Memphis'']], il est l’époux de [[w:Neith|Neith]] et deviendra tardivement celui de [[w:Sekhmet|Sekhmet]], il est le père de [[w:Néfertoum|Néfertoum]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne civilisation pharaonique du nord-est de l’Afrique, concentrée le long du cours inférieur du Nil, prenant forme vers [[w:IVe_millénaire_av._J.-C.|-3150]] avec l’unification politique de la [[w:Haute-Égypte|''Haute-Égypte'']] au sud et de la [[w:Basse-Égypte|''Basse-Égypte'']] au nord, et se terminant avec l’annexion par l’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Empire romain'']] en [[w:30_av._J.-C.|-30]]. La première invasion perse a lieu durant la [[w:Basse_époque|''Basse époque'']]. Cette dernière débute avec la réunification du pays par un roi originaire de [[w:Saïs|''Saïs'']], [[w:Psammétique_Ier|Psammétique I<sup>er</sup>]], et donc l’initiation de la [[w:XXVIe_dynastie_égyptienne|''XXVI<sup>ème</sup> dynastie égyptienne dite saïte'']], en expulsant les [[w:Assyrie|''Assyriens'']] qui avaient chassés la [[w:XXVe_dynastie_égyptienne|''XXV<sup>ème</sup> dynastie pharaonique dite nubienne'']]; et elle se termine avec l’[[w:Période_macédonienne_de_l%27Égypte_antique|''invasion macédonienne'']] d’[[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre le Grand]]. En [[w:Années_520_av._J.-C.|-525]], [[w:Cambyse_II|Cambyse II]] bat l’armée de [[w:Psammétique_III|Psammétique III]] lors de la bataille de [[w:Péluse|''Péluse'']] [[w:en:Battle_of_Pelusium|(en)]], et initie ainsi la [[w:XXVIIe_dynastie_égyptienne|''XXVII<sup>ème</sup> dynastie de pharaons dite achéménide'']].</small>'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cambyse_II_back|<span id="Cambyse_II"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καμϐύσης / Kambū́sēs [[wikt:en:Καμβύσης#Ancient_Greek|(en)]]; du vieux perse 𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹 / k-b-u-ji-i-y / Kaᵐbūjiya [[wikt:en:𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fils de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et de [[w:Cassandane|Cassandane]], et roi [[w:Achéménides|''achéménide'']] de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] de -529 à sa mort, il est connu pour avoir conquis l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] et y avoir régné en pharaon.<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"> (date et lieu de naissance indéterminé.e.s — [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Agbatana'' [[w:en:Hama|(en)]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XX</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Hérodote''' d’une théorie supposément implicite de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil#%C3%89tymologie|''Nil'']] [[#Nil|<span id="Nil_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (théorie identique mais explicite rapportée par '''Sénèque'''[[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC#Chapitre_II.|<sup>🔄</sup>]]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre XX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Nil_back|<span id="Nil"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νεῖλος#Grec_ancien|Νεῖλος / Neîlos]]; [[w:Nile#Etymology_and_names|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fleuve d’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] issu de la rencontre, à [[w:Khartoum|''Khartoum'']] (capitale du [[w:Soudan|''Soudan'']] actuel), du Nil Blanc (prenant sa source au [[w:Lac_Victoria|''lac Victoria'']]) et du Nil Bleu (issu du [[w:Lac_Tana|''lac Tana'']]), et se jettant dans la ''Méditerranée'' en formant un delta au nord de l’Égypte.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Ἀλλὰ '''Ἑλλῄνων''' μὲν τινὲς ἐπίσημοι βουλόμενοι γενέσθαι σοφίην ἔλεξαν περὶ τοῦ ὕδατος τούτου τριφασίας ὁδούς· τῶν τὰς μὲν δύο τῶν ὁδῶν οὐδ᾽ ἀξιῶ μνησθῆναι εἰ μὴ ὅσον σημῆναι βουλόμενος μοῦνον· [2] Τῶν ἡ ἑτέρη μὲν λέγει τοὺς [[wikt:étésien|ἐτησίας]] ἀνέμους εἶναι αἰτίους πληθύειν τὸν ποταμόν, κωλύοντας ἐς θάλασσαν ἐκρέειν τὸν [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλον''']]. Πολλάκις δὲ ἐτησίαι μὲν οὔκων ἔπνευσαν, ὁ δὲ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']] τὠυτὸ ἐργάζεται. [3] Πρὸς δέ, εἰ ἐτησίαι αἴτιοι ἦσαν, χρῆν καὶ τοὺς ἄλλους ποταμούς, ὅσοι τοῖσι ἐτησίῃσι ἀντίοι ῥέουσι, ὁμοίως πάσχειν καὶ κατὰ τὰ αὐτὰ τῷ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νείλῳ''']], καὶ μᾶλλον ἔτι τοσούτῳ ὅσῳ ἐλάσσονες ἐόντες ἀσθενέστερα τὰ ῥεύματα παρέχονται. Εἰσὶ δὲ πολλοὶ μὲν ἐν τῇ [[wikt:Συρία#grc|'''Συρίῃ''']] ποταμοὶ πολλοὶ δὲ ἐν τῇ [[wikt:en:Λιβύη|'''Λιβύῃ''']], οἳ οὐδὲν τοιοῦτο πάσχουσι οἷόν τι καὶ ὁ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. XX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Quelques ''Grecs'', ambitieux de se signaler par leur sagesse, ont expliqué ce mouvement des eaux de trois manières dont deux ne mériteraient pas que j’en fisse mention, si je voulais faire plus que les indiquer. Selon l’une de ces solutions [[#th_Thales_PG|<span id="th_Thales_PG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], les vents [[w:%C3%89t%C3%A9sien|''étésiens'']] [[#étésiens|<span id="étésiens_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] seraient cause du gonflement du fleuve en empêchant les eaux de s’écouler dans la mer. Or, souvent les ''étésiens'' ne soufflent pas et le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ne déborde pas moins ; outre cela, si les ''étésiens'' avaient cette puissance, les autres fleuves contre lesquels ils soufflent devraient en éprouver les mêmes effets que le ''Nil'', et avec d’autant plus de raison qu’ils sont moindres et qu’ils ont des courants plus faibles. Cependant, il y a beaucoup de fleuves en [[w:Syrie_(r%C3%A9gion)|''Syrie'']] [[#Syrie|<span id="Syrie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et beaucoup en [[w:Libye_antique|''Libye'']] [[#Libye|<span id="Libye_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui en aucune façon ne se comportent comme le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#th_Thales_PG_back|<span id="th_Thales_PG"><sup>1</sup></span>]] Celle de Thalès.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f105.item ''Livre II — EUTERPE, XX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#étésiens_back|<span id="étésiens"><sup>I</sup></span>]] ➥ Soit du nom grec ancien μελτέμι / meltémi [[wikt:en:μελτέμι|(en)]], du [[w:Turc_ottoman|turc ottoman]] ملتم‎ / meltem [[wikt:en:ملتم#Ottoman_Turkish|(en)]], « un vent fort, sec, du nord et saisonnier dans la mer Égée; vent étésien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit de l’adjectif grec ancien [[wikt:étésien|ἐτήσιος / etēsios]], « annuel, qui dure un an »; du nom commun ἔτος / étos, « An, année »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Vent puissant qui souffle périodiquement sur la Méditerranée orientale [[w:en:List_of_local_winds#Europe|<sup>📚</sup>]] : la dénomination est durant l’antiquité généralisée à tous les vents qui soufflent pendant l’été.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Syrie_back|<span id="Syrie"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠρῐ́ᾱ / Suríā [[wikt:en:Συρία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun Σῠ́ρος / Súros [[wikt:en:Σύρος#Ancient_Greek|(en)]] [[w:en:Name_of_Syria|<sup>📚</sup>]]; de l’akkadien 𒀭𒊬 / Aššur;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> L’origine et l’utilisation du terme ont fait l’objet d’intérêt, à la fois parmi les écrivains anciens et modernes. Au début de l’usage grec, les termes Συρία / Suría et Ασσυρία / Assuría [[wikt:en:Ασσυρία|(en)]] étaient utilisés presque de manière interchangeable pour décrire l’[[w:Assyrie|''Assyrie'']], une région englobant le nord de l’Irak moderne, le nord-est de la ''Syrie'', le sud-est de la ''Turquie'' et la bordure nord-ouest de l’Iran. Cependant, sous l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']], les termes ''Syrie'' et ''Assyrie'' sont utilisés comme noms pour des régions géographiques distinctes. La ''Syrie'' à l’époque romaine faisait référence à la [[w:Syrie_(région)|''région de la Syrie'']] (le [[w:Levant_(Proche-Orient)|''Levant'']] occidental), tandis que l’Assyrie ([[w:Assuristan|''Assuristan'']], ''Athura'' [[w:en:Achaemenid_Assyria|(en)]]) faisait partie de l’[[w:Sassanides|''empire sassanide'']] et n’a été que très brièvement sous [[w:Assyrie_(province_romaine)|contrôle romain]] (en 116-118, marquant le pic historique de l’expansion romaine).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Libye_back|<span id="Libye"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῐβῠ́η / Libúē [[wikt:en:Λιβύη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun Λῐ́βῠς / Líbus [[wikt:en:Λίβυς#Ancient_Greek|(en)]]; de ''Libou'' (''Lebou, Ribou ou Rebou''), une ancienne confédération [[w:Libyens|''libyque'']] ayant vécu dans la partie Est de la [[w:Libye_antique|''Libye antique'']], comme les [[w:Mâchaouach|''Mâchaouach'']] (Mšwš), attestée dans les inscriptions égyptiennes du XIII<sup>ème</sup> [[w:Ère_commune|AEC]] sous l’appellation rbw [[wikt:en:rbw#Egyptian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> La [[w:Libye_antique|''Libye antique'']] désigne une ancienne région à l’Ouest du ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]] correspondant à l’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] du Nord-Ouest, territoire des [[w:Libyens|''Libyens anciens'']], ancêtres des [[w:Berbères|''Berbères modernes'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>20.</small>''' Certains grands personnages de la ''Grèce'' qui se cuident [[#cuident|<span id="cuident_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] la sagesse même assignent trois causes de ce débord, dont je n’estime les deux dignes d’être récitées; seulement je les veux bien conter ici. En l’une [[#th_Thales_HP|<span id="th_Thales_HP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], ils disent que les vents ''étésies'' sont cause que le fleuve s’enfle, parce qu’ils l’empêchent de se décharger en la mer. Mais je leur réponds que souvent les ''étésies'' ne soufflent en sorte qui soit, et néanmoins le fleuve ne laisse à faire son accoutumé. Davantage, si les ''étésies'' étaient cause de ce débord, il faudrait que le pareil avînt aux autres fleuves, voire beaucoup plus, d’autant qu’ils sont moindres, et ont leurs cours plus faibles et plus lents que le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; et on sait assez que plusieurs fleuves sont en ''Syrie'' et [[w:Afrique_du_Nord|''Afrique'']] [[#Afrique|<span id="Afrique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] qui ne souffrent rien tel que le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''<small>[[#cuident_back|<span id="cuident"><sup>1</sup></span>]] Croient. — [[#th_Thales_HP_back|<span id="th_Thales_HP"><sup>2</sup></span>]] C’est l’opinion de Thalès. Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]], liv. I, 38 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm <sup>XXIV.</sup>], la réfute par les mêmes raisons qu’Hérodote.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000162# ''Livre Second. EUTERPE. XX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Saliat de 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''<small>[[#Afrique_back|<span id="Afrique"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Āfrica [[wikt:en:Africa#Latin|(en)]]; de Āfrī; [[wikt:Annexe:Glossaire_grammatical#G|''génitif'']] singulier de Āfer [[wikt:en:Afer#Latin|(en)]], habitant du pays de Carthage :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langue_punique|''punique'']] ou du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤏𐤐𐤓 / ʿpr /ʿafar/, « poussière »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langues_berbères|''berbère'']] ⵉⴼⵔⵉ / ifri, « caverne »; pluriel de ifran, en référence aux habitants des cavernes de [[w:Tunisie|''Tunisie'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit mot composé, signifiant « sans froid/frisson » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe grec ancien [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' [[w:en:Alpha_privative|(en)]] (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' [[w:en:Copulative_a|(en)]], en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[wikt:en:ἁ-#Ancient_Greek|(en)]], pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'', en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón, pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun [[wikt:φρίκη#Grec_ancien|φρίκη / phríkē]], « frisson »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du latin aprica, « ensoleillé »; de l’adjectif aprīcus [[wikt:en:apricus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe aperiō [[wikt:en:aperio#Latin|(en)]], « 1. (littéralement) découvrir, mettre à nu, révéler, dégager. 2. (au sens figuré) rendre visible, découvrir, montrer, révéler, mettre à nu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ suffixe adjectival -cus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les Grecs de l’Antiquité appelaient le continent africain Λιβύη / Libúē [[#Libye_back|<sup>⤴️</sup>]], « Libye » [https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959 <sup>fin p.40</sup>]. Jusqu’à [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]], l’Afrique était considéré de loin comme le plus petit des trois continents, ou était regroupé aussi parfois avec l’Europe, en opposition avec l’Asie [https://www.persee.fr/docAsPDF/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959.pdf <sup>fin p.41</sup>].'''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XX.</small>''' Cependant il s’est trouvé des gens chez les ''Grecs'' qui, pour se faire un nom par leur savoir, ont entrepris d’expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés, il y en a deux que je ne juge pas même dignes d’être rapportées ; aussi ne ferai-je que les indiquer. Suivant la première, ce sont les vents ''étésiens'' qui, repolissait de leur souffle les eaux du ''Nil'', et les empêchant de se porter à la mer, occasionnent la crue de ce fleuve ; mais il arrive souvent que ces vents n’ont point encore soufflé, et cependant le ''Nil'' n’en grossit pas moins. Bien plus, si les vents ''étésiens'' étaient la cause de l’inondation, il faudrait aussi que tous les autres fleuves dont le cours est opposé à ces vents éprouvassent la même chose que le ''Nil'', et cela d’autant plus qu’ils sont plus petits et moins rapides : or, il y a en ''Syrie'' et en ''Libye'' beaucoup de rivières qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. XX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Certains gráds personnages de la ''Grece'' qui se cuident la sagesse mesme,assignét trois causes de ce desbord,dót ie n’estime les deux dignes d’estre recitees , seulement ie les veux bien cotter icy. En l’vne ils disent que les vens ''Etesies'' sont cause que le fleuue s’enfle , parce qu’ils l’empeschent de se descharger en la mer.Mais ie leur responds,que souuent les ''Etesies'' ne soufflent en forte qui soit,& neátmoins le fleuue ne laisse à faire son accoustumé. D’auantage si les ''Etesies'' estoyent cause de ce desbord,il faudroit que le pareil auint aux autres fleuues,voire beaucoup plus,d’autant que ils sont moindres,& ont leurs cours plus foibles & plus lés que le ''Nil''.Et on sçait assez que plusieurs fleuues sont en ''Syrie'' & ''Affrique'',qui ne souffrent rié tel que le ''Nil''. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA83-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.83-84.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CIX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de l’apport (supposemment implicite) de la [[w:Histoire de la géométrie|''Géométrie'']] [[#Géométrie|<span id="Géométrie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en ''Grèce'' depuis l’[[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte'']] [[#Égypte_back|<sup>⤴️</sup>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CIX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Géométrie_back|<span id="Géométrie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωμετρία#Grec_ancien|γεωμετρία / geōmetría]], « [[w:Arpentage|Arpentage]], mesure de la superficie des terres, en particulier des terrains agricoles. Géométrie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:γεωμέτρης#Grec_ancien|γεωμέτρης / geômétrês]], « arpenteur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « Terre. Terre, élément opposé à l’eau, au feu. Terre où vit l’homme, le monde, l’univers. Partie de la terre, pays, contrée. Terre comme élément producteur, productions nées de la terre, sol. Terre, poussière. Terre, minerai. »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe [[wikt:μετρέω#Grec_ancien|μετρέω / metréô]], « Mesurer, prendre la mesure. Compter. »; [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] du nom commun [[wikt:μέτρον#Grec_ancien|μέτρον / métron]], « Mesure. Instrument pour mesurer. Quantité mesurée ou espace mesuré, développement mesuré. Juste mesure. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal féminin -ία / -ía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’objet de la ''géométrie'' concerne la connaissance des relations spatiales. Dans l’[[w:Mathématiques_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte antique'']], les problèmes de [[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''géométrie'']], présents notamment dans le [[w:Papyrus_Rhind|''Papyrus Rhind'']], servent à évaluer des quantités numériques, en particulier des calculs de longueurs, d’aires et de volumes. Mais, au regard des prouesses techniques et architecturales réalisées très tôt dans leur histoire, il apparait que la géométrie fut sans doute leur domaine de prédilection et cette science associée à l’architecture, fit la grande réputation des ''Égyptiens''. C’est l’une des raisons pour lesquelles leur pays accueillit en pèlerinage les savants de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Κατανεῖμαι δὲ τὴν χώρην [[wikt:en:Αἴγυπτος|'''Αἰγυπτίοισι''']] ἅπασι τοῦτον ἔλεγον τὸν [[wikt:en:βασιλεύς#Ancient_Greek|'''βασιλέα''']], κλῆρον [[wikt:ἴσος|'''ἴσον''']] ἑκάστῳ [[wikt:en:τετράγωνο|'''τετράγωνον''']] διδόντα, καὶ ἀπὸ τούτου τὰς προσόδους ποιήσασθαι, ἐπιτάξαντα ἀποφορὴν ἐπιτελέειν κατ᾽ ἐνιαυτόν. [2] Εἰ δὲ τινὸς τοῦ κλήρου ὁ ποταμός τι παρέλοιτο, ἐλθὼν ἂν πρὸς αὐτὸν ἐσήμαινε τὸ γεγενημένον· ὁ δὲ ἔπεμπε τοὺς ἐπισκεψομένους καὶ ἀναμετρήσοντας ὅσῳ ἐλάσσων ὁ χῶρος γέγονε, ὅκως τοῦ λοιποῦ κατὰ λόγον τῆς τεταγμένης ἀποφορῆς τελέοι. [3] Δοκέει δέ μοι ἐνθεῦτεν [[wikt:en:geometry|'''γεωμετρίη''']] εὑρεθεῖσα ἐς τὴν '''Ἑλλάδα''' ἐπανελθεῖν· πόλον μὲν γὰρ καὶ [[wikt:en:γνώμονας#Greek|'''γνώμονα''']] καὶ τὰ [[wikt:en:δυώδεκα|'''δυώδεκα''']] [[wikt:en:μέρος|'''μέρεα''']] τῆς [[wikt:en:ἡμέρα|'''ἡμέρης''']] παρὰ [[wikt:en:Βαβυλών#grc-nom-pr|'''Βαβυλωνίων''']] ἔμαθον οἱ '''Ἕλληνες'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. CIX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres m’ont dit encore que ce ''roi'' partagea la contrée entre tous les ''Égyptiens'', donnant à chacun un égal carré de terre; qu’il établit en conséquence ses revenus, fixant la redevance à payer par chacun annuellement. Si le fleuve venait à emporter quelque partie de l’héritage d’un habitant, celui-ci allait trouver le roi et lui déclarait ce qui était advenu. '''Sésostris''' [[w:en:Sesostris|(en)]] [[#Sésostris|<span id="Sésostris_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] alors envoyait des inspecteurs pour mesurer de combien le champ était diminué, afin que l’impôt fût réduit, et perçu en proportion de ce qu’il en restait. Il me semble que la ''géométrie'' [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] fut inventée à cette occasion, et qu’elle passa d’Égypte en ''Grèce''. Quand au [[w:Cadran_antique|''cadran solaire'']], au [[w:Gnomon|''gnomon'']] [[#gnomon|<span id="gnomon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et aux [[w:Heure_ancienne|''douzes divisions du jour'']], les ''Grecs'' les ont reçus des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f137.item ''Livre II — EUTERPE, CIX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sésostris_back|<span id="Sésostris"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σέσωστρις / Sésōstris [[wikt:en:Σέσωστρις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de l’Égypte ancienne qui, selon Hérodote, a mené une expédition militaire dans certaines parties de l’Europe. Dans l’[[w:Ægyptiaca|Ægyptiaca]] (Histoire de l’Égypte) de [[w:Manéthon_de_Sebennytos|Manéthon]], un pharaon appelé "Sésostris" occupait la même position que le pharaon connu Sésostris III de la douzième dynastie, et son nom pourrait être une déformation de Senusret/Senwosret/Senwosri. Il est probable que le Sésostris d’Hérodote soit basé sur [[w:Sésostris_III|Sésostris III]], avec potentiellement des ajouts de souvenirs d’[[w:Sésostris|''autres pharaons homonymes'']] de la même dynastie, ainsi que de [[w:Séthi_Ier|Séthi I<sup>er</sup>]] et [[w:Ramsès_II|Ramsès II]] de la XIX<sup>ème</sup> dynastie, beaucoup plus tardive.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gnomon_back|<span id="gnomon"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:γνώμων#Grec_ancien|γνώμων / gnōmōn]] [[wikt:en:γνώμων#Ancient_Greek|(en)]] [[w:Gnomon_(homonymie)|<sup>📚</sup>]], « (Choses) Indicateur : • Aiguille d’un cadran solaire; • Règle en équerre, équerre; • Gnomon, parallélogramme complémentaire d’un autre parallélogramme ou d’un triangle; • Les cinq premiers nombres impairs dans la doctrine pythagoricienne. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:γιγνώσκω#Grec_ancien|γιγνώσκω / gignṓskō]] [[wikt:en:γιγνώσκω#Ancient_Greek|(en)]], « (Au propre) Apprendre, connaître. Se rendre compte. Comprendre, reconnaître. (Par suite) Se faire une opinion, juger, penser. Prendre une décision, décider, résoudre. Connaître, avoir des relations intimes. Faire connaitre, rendre connu, célébrer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Un [[w:Gnomon|gnomon]] est un instrument astronomique qui visualise par son ombre les déplacements du Soleil sur la voute céleste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• En géométrie, un [[w:Gnomon_(géométrie)|gnomon]] est une figure plane formée en enlevant un parallélogramme d’un coin d’un plus grand parallélogramme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Étant donnée une suite de [[w:Nombre_figuré|''nombres figurés'']], le gnomon est une disposition de points dans un plan, représentant un [[w:Nombre_gnomonique|nombre]], et formant un modèle qui permet d’obtenir par juxtaposition à la figure correspondant à un nombre figuré de la suite, la figure d’un nombre de rang suivant. Ce procédé est décrit dans l’article sur les nombres figurés, dans lequel des nombres carrés sont construits à partir du gnomon d’un [[w:Parité_(arithmétique)|''nombre impair'']].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>109.</small>''' Outre, disaient les prêtres, que ledit roi '''Sésostris''' avait départi l’Égypte à tous les ''Égyptiens'', baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes et censives [[#censives_NdT|<span id="censives_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; mais avenant que la rivière gagnât sur la portion de quelqu’un, cestui devait avoir recours vers le roi, et faire entendre sa perte. Adonc étaient envoyés commissaires pour visiter les lieux et mesurer la diminution, afin que le tenancier ne payât dorénavant qu’au prorata [[#prorata_NdT|<span id="prorata_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Par cet acensement, comme je pense, fut inventée ''géométrie'', et de là a été apportée en ''Grèce'' : car, quant est de l’élévation du pôle, de l’usage du quadrant et de la division du jour en douze parts, les ''Grecs'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#censives_NdT_back|<span id="censives_NdT"><sup>1</sup></span>]] Redevances annuelles. — [[#prorata_NdT_back|<span id="prorata_NdT"><sup>2</sup></span>]] En proportion de ce qui restait.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000201# ''Livre Second. EUTERPE. CIX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>CIX.</small>''' Les prêtres me dirent encore que ce même roi fit le partage des terres, assignant à chaque ''Égyptien'' une portion égale de terre, et carrée, qu’on tirait au sort ; à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une certaine redevance, qui composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu’un une partie de sa portion, il allait trouver le roi, et lui exposait ce qui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs pour voir de combien l’héritage était diminué, afin de ne faire payer la redevance qu’à proportion du fonds qui restait. Voilà, je crois, l’origine de la ''géométrie'', qui a passé de ce pays en Grèce [[#origine_géométrie_NdT_P-H_L|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. À l’égard du ''gnomon'' du pôle, ou ''cadran solaire'', et de la division du jour en douze parties, les ''Grecs'' les tiennent des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#origine_géométrie_NdT_P-H_L_back|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Pamphile raconte que Thalès de ''Milet'' apprit la ''géométrie'' des ''Égyptiens'' et qu’il en apporta la connaissance en ''Grèce''. ([[w:Diog%C3%A8ne_La%C3%ABrce|Diogène Laërce]], liv. 1.).</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. CIX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Outre disoyent les prestres que ledict Roy '''Sesostris''' auoit departy l’Egypte à tous les ''Egyptiens'',baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes & censiues, mais auenant que la riuiere gaignast sur la portion de quelcun, cestuy deuoit auoir recours vers le Roy,& faire entendre sa perte. Adonq’estoyent enuoyez commissaires pour visiter les lieux & mesurer la diminution,à fin que le tenancier ne payast doresnauant qu’au prorata. Par cest acensement (comme ie pense) fut inuentee ''Geometrie'',& de la a esté apportee en ''Grece'':car quand est de l’eleuation du Pol, de l’vsage du quadrát,& de la diuision du iour en douze parts,les ''Grecz'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA108#v=onepage&q&f=true ''p.108.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon|<span id="Platon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:428_av._J.-C.|-428]]/[[w:427_av._J.-C.|-427]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athènes'']] — [[w:348_av._J.-C.|-348]]/[[w:347_av._J.-C.|-347]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Athènes'') [[s:Auteur:Platon|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA630#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §195 - Platon}}] [[Fichier:Plato_Silanion_Musei_Capitolini_MC1377.jpg|vignette|Portrait de Platon. Marbre blanc à grain fin [[w:Marbre_de_Carrare|{{Info|<sup>?</sup>|ou du marbre Lini ou de Carrare}}]] (hauteur 34 cm), copie romaine du Ier siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}} du portrait exécuté par [[w:Silanion|Silanion]] pour l’[[w:Académie_d%27Athènes|''Académie d’Athènes'']] vers [[w:370_av._J.-C.|-370]] [https://exhibits.museogalileo.it/archimedes/object/PortraitPlato.html?_ga=2.19009328.982857860.1650384257-946673427.1650384257 (en)].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Area_sacra|''aire sacrée du Largo Argentina'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Second étage de la [[w:Musées_du_Capitole#Centrale_Montemartini|Centrale Montemartini]], [[w:Centrale_Montemartini#Salle_des_Machines|Sala Macchine]] [https://www.rome-roma.net/centrale-montemartini/visite-et-photos-de-la-centrale-montemartini/#Sala_Macchine <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], citoyen de la [[w:D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne|''démocratie'']] [[#démocratie|<span id="démocratie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Athènes#Antiquité|''athénienne'']] [[#Athènes|<span id="Athènes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], fondateur de l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie|<span id="Académie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA693#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I - Annexe : Académie, Topographie et archéologie}}] à ''Athènes'' et disciple de '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate|<span id="Socrate_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> <span id="Xénophon_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Platon|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Platon_back|<span id="Platon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πλάτων / Plátôn [[wikt:en:Πλάτων#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif πλατύς / platús [[wikt:en:πλατύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Large. 2. Plat, de niveau. 3. Large d'épaules. 4. Bien avancé (des saisons). 5. Large, fort. 6. Diffusé. 7. Répandu, fréquent. 8. (substantif féminin) • Rue (généralement d’une rue principale); • Plat de la main; • Type de plat ou de tasse; • Large bande ou bordure. 9. Salé, saumâtre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#démocratie_back|<span id="démocratie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:δημοκρατία#Grec_ancien|δημοκρατία / dēmokratía]], « (politique, indénombrable) démocratie, régime populaire; (dénombrable) un gouvernement démocratique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -κρατία / -kratía [[wikt:en:-κρατία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κρᾰ́τος / krátos, « Puissance, force. Acte de force, acte de bravoure. (au pluriel) actes de violence. Domination, pouvoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Régime politique mis en place progressivement dans la cité d’Athènes dans la Grèce antique autour du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Bien que la [[w:Démocratie_athénienne|''démocratie athénienne'']] soit aujourd’hui considérée comme ayant été une forme de [[w:Démocratie_directe|''démocratie directe'']], elle faisait coïncider plusieurs [[w:Démocratie_athénienne#Les_institutions_politiques|organisations politiques]] très différentes :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La [[w:Boulè#La_Boulè_d’Athènes_:_une_institution_évoluant|Boulè]] regroupant environ 500 citoyens tirés au sort, est chargés de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• l’[[w:Ecclésia#À_Athènes|Ecclésia]] est l’Assemblée des [[w:Citoyenneté#Grèce_antique|citoyens]] qui :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− vote des lois, le budget, la paix ou la guerre, l’[[w:Ostracisme|ostracisme]],<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− tire au sort les [[w:Bouleutes|Bouleutes]] (membres du conseil), les [[w:Héliastes|Héliastes]] [[w:Archonte#Grèce_antique|{{Info|<sup>?</sup>|ou éluent par tirage au sort par les archontes}}]] (membres des tribunaux), les 10 [[w:Archonte#Grèce_antique|Archontes]] (magistrats dirigants)<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− et élit les 10 [[w:Stratège#Grèce_classique|Stratèges]] (magistrats militaires).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La Magistrature, comprenant environ 700 magistrats (choisis par élection, désignation, ou par tirage au sort), gèrent les affaires courantes et veillent à l’application des lois. Ils doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale, aucune magistrature n’étant légalement en état de développer un pouvoir personnel, ce qui est censé éviter le retour à la tyrannie.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Aréopage#Époque_classique_:_le_conseil_de_l’Aréopage|Aréopage]], composé d’environs 150 anciens archontes avant qu’ils ne fussent tirés au sort, a pour but premier de conserver les lois, c’est-à-dire de veiller au respect de la constitution, et a donc à cette fin des pouvoirs judiciaires très étendus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Héliée|Héliée]], composé de 6 000 citoyens, toujours âgés de plus de 30 ans et répartis en dix classes de 500 citoyens (1 000 restant en réserve) tirés au sort chaque année, est le tribunal populaire.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Athènes_back|<span id="Athènes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ἀθῆναι#Grec_ancien|Ἀθῆναι / Athênai]]; pluriel de [[wikt:Ἀθήνη#Grec_ancien|Ἀθήνη / Athḗnē]], « (Mythologie) [[w:Athéna|Athéna]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers -800 par le [[w:Synœcisme|''synœcisme'']] de plusieurs villages — à l’initiative de [[w:Thésée|Thésée]], selon [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre2.htm#XV <sup>HdlGdP ''l.''II. §15</sup>] —, la cité domine la Grèce au cours du [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|I<sup>er</sup> millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elle connaît son âge d’or au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], dirigée par le [[w:Stratège|stratège]] [[w:Périclès|Périclès]] [[#Périclès_back|<sup>⤵️</sup>]] : principale puissance militaire de Grèce, à la tête d’une vaste alliance de cités, appelée [[w:Ligue_de_Délos|Ligue de Délos]], elle est également le cœur culturel de la Méditerranée.<br />[[File:1784_Bocage_Map_of_the_City_of_Athens_in_Ancient_Greece_-_Geographicus_-_AthensPlan2-white-1793.jpg|thumb|center|upright=2.0|Plan de 1784 d’Athènes et de l’Acropole, avec l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [https://www.google.com/maps/dir/Plato's+Academy+Park,+Monastiriou+138-140,+Athina+104+42,+Gr%C3%A8ce/Lyc%C3%A9e+d'Aristote,+Rigillis+11,+Athina+106+75,+Gr%C3%A8ce/@37.9848964,23.7045845,4266m/data=!3m1!1e3!4m14!4m13!1m5!1m1!1s0x14a1bd7619805c6d:0x1e043414dee5198a!2m2!1d23.706985!2d37.9936003!1m5!1m1!1s0x14a1bd41165f81af:0xdfffb6294b6d707e!2m2!1d23.7433833!2d37.9752315!3e2?entry=ttu {{Info|<sup>🔍</sup>|Positions actuelles des sites archéologiques de l’Académie et du Lycée.}}] (Un plan plus complet et actuel est disponible [https://www.worldhistory.org/image/16191/the-acropolis-and-ancient-athens/ ici]).]]<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Académie_back|<span id="Académie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀκᾰδημῐ́ᾱ / Akadēmíā [[wikt:en:Ἀκαδημία#Ancient_Greek|(en)]], ''étymologie incertaine''; potentiellement de [[w:Académos|Ἀκάδημος / Akádēmos ou de Ἑκάδημος / Hekádēmos]], un héro athénien qui aurait sauvé Athènes en révélant l’emplacement d’[[w:Hélène_(mythologie)#Origine_et_jeunesse|Hélène]], enlevée par [[w:Thésée#Maturité_et_mort|Thésée]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] fondée à l’extérieur des [[w:Longs_Murs|''murs'']] de la ville d’Athènes [[#Athènes|<sup>III</sup>]] par Platon vers [[w:387_av._J.-C.|-387]], et qui a perduré jusqu’en [[w:86_av._J.-C.|-86]]. L’Académie est située à l’extrémité ouest de la ville d’Athènes, et à proximité de la rivière ''Céphèse'' (''Cephisos'' sur le plan d’Athènes), elle est maintenant recouverte par la route nationale à l’ouest et s’étend jusqu’à Kolonos Hippios au nord, cette zone faisait autrefois partie de l’ancienne oliveraie sacré [https://web.archive.org/web/20190530223457/https://www.culture.gr/DocLib/filladio_akplaton.pdf {{Info|<sup>🔍 pp.24-26</sup>|Brochure intitulée « Académie de Platon » de l’Éphorie des Antiquités d’Athènes (Ministère de la Culture et des Sports, Athènes, 2015)}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Socrate_back|<span id="Socrate"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Σωκράτης#Grec_ancien|Σωκρᾰ́της / Sōkrátēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif σῶς / sôs [[wikt:en:σῶς#Ancient_Greek|(en)]], « sain et sauf, bien vivant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ κράτος / krátos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de troisième déclinaison [[wikt:en:Appendix:Ancient_Greek_third_declension|(en)]] -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'', citoyen de la ''démocratie'' [[#démocratie|<sup>II</sup>]] ''athénienne'' [[#Athènes|<sup>III</sup>]], connu comme l’un des créateurs de la [[w:Philosophie_morale|''philosophie morale'']]. Socrate n’a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, [[w:Platon|Platon]] [[#Platon|<sup>I</sup>]] et [[w:Xénophon|Xénophon]] [[#Xénophon|<sup>VI</sup>]], ont notablement œuvré à maintenir l’image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_460_av._J.-C.|-469/-468]], [[w:Alopèce|''Alopèce'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — [[w:Années_390_av._J.-C.|-399]], [[w:Procès_de_Socrate|''condamné à mort'']], par ingestion de [[w:Grande_ciguë|ciguë]], par le tribunal de l’[[w:Héliée|Héliée]] [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]], à ''Athènes'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA399#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §98 - Socrate d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Xénophon_back|<span id="Xénophon"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ξενοφῶν#Grec_ancien|Ξενοφῶν / Xenophôn]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt: ξένος#Grec_ancien|ξένος / xénos]], « 1. Étranger, qui n’est pas du pays. 2. Étranger à une chose, qui ne connaît pas quelque chose. 3. Étrange, insolite, étonnant, surprenant. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun [[wikt:φωνή#Grec_ancien|φωνή / phōnḗ]], « 1. Son. 2. (En particulier) Son de la voix humaine, cri. 3. Son articulé, voyelle. 4. Discours. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Citoyen ''athénien'', historien [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]], chef militaire et ''philosophe'', élève de Socrate [[#Socrate_back|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_430_av._J.-C.|-430]]/[[w:Années_420_av._J.-C.|-425]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Erchia|''Erchia'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — post [[w:Années_350_av._J.-C.|-355]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA227#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Xénophon d’Erchia}}] </small>'''</td></tr></table> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Protagoras_(Platon)|Protagoras]] [[#Protagoras|<span id="Protagoras_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Protagoras|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Codex Oxoniensis Clarkianus 39'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue entre '''Socrate''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et le [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes|<span id="sophistes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Protagoras|'''Protagoras''']], sur la question de la vertu ou de l’excellence, en s’attachant à définir les parties qui la composent, mais aussi à déterminer si elle peut s’enseigner ou non.</div> <span id="Abdère_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Protagoras|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Protagoras_back|<span id="Protagoras"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Πρωταγόρας#Grec_ancien|Πρωταγόρας / Prōtagóras]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:πρῶτος#Grec_ancien|πρῶτος / prôtos]], « 1. Premier. 2. Premier dans l’ordre. 3. Primaire, primitif, simple. 4. (Mathématiques) Premier, indivisible. 5. (Politique) Relatif à la tête de la société, de la hiérarchie. »; Traditionnellement considéré comme le superlatif de πρό / pró [[wikt:en:πρό#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (de place) avant, devant : • (avec des verbes de mouvement); • avant, devant, dans le but de protéger ou de garder; • plus loin, en avant. 2. (du temps) avant : (chez les écrivains ultérieurs, avec des chiffres). 3. (dans d’autres relations) : • (de préférence) avant, plus tôt, plutôt que; • (de cause ou de motif) pour, hors de, à partir de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορᾱ́ / agorā́]], « 1. Assemblée. 2. Discours devant une assemblée. 3. Lieu de réunion. 4. Place publique. 5. Lieu où siège un tribunal. 6. Marché. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Penseur [[w:Présocratiques|présocratique]] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant et [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes_back|<sup>II</sup>]] autoproclamé :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''[...] je déclare ouvertement que je suis un sophiste et un éducateur, et j’estime ma précaution meilleure que la leur, ma franchise plus sûre que leur dissimulation. Je prends d’autres précautions, d’ailleurs, si bien (les dieux me pardonnent !) que je n’ai jamais souffert aucun inconvénient de ma profession de sophiste.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Protagoras</u>, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/46 ''§317b''], de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''Renommé de son vivant, [[w:Protagoras|Protagoras]] est resté célèbre pour son [[w:Agnosticisme|''agnosticisme'']] avoué :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Quant aux dieux, je ne puis dire s’ils existent ou non ; bien des raisons m’en empêchent, entre autres l’obscurité de la question et la brièveté de la vie humaine.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9protagore1.htm ''Livre IX, Chapitre VIII. Protagoras - ΠΡΩΤΑΓΟΡΑΣ''], de [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''et un certain [[w:Relativisme|relativisme]] :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« L''’homme [...] est la mesure de toutes choses, de l’existence de celles qui existent, et de la non-existence de celles qui n’existent pas.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Théétète</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm#11 ''§152a''], de Platon.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_490_av._J.-C.|-490]], [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']], [[w:Polis|''cité grecque'']] de la [[w:Thrace|''Thrace'']] antique, située près de l’embouchure du fleuve [[w:Nestos|''Nestos'']], en face de l’île de [[w:Thasos_(île)|''Thasos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_420_av._J.-C.|-420]], potentiellement mort lors d’un naufrage en [[w:Mer_Ionienne|''mer ionienne'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1700#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §302 - Protagoras d’Abdère}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#sophistes_back|<span id="sophistes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien σοφιστής / sophistès [[wikt:en:σοφιστής#Ancient_Greek|(en)]], « Un maître de son art. Celui qui est sage, prudent, ''philosophe''. Enseignant, tuteur. (argot, péjoratif) Celui qui profite d’une fausse sagesse : tricheur, escroc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σοφίζω / sophízô [[wikt:en:σοφίζω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rendre sage, instruire : • ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Devenir sage, intelligent, habile; • ([[w:Diathèse#Moyen|''moyen'']]) M’enseigner, apprendre. 2. (''moyen'') Pratiquer un art, être subtil, spéculer : • (''avec accusatif'') Concevoir habilement; • (''avec accusatif de personne'') Tromper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif σοφός / sophós [[wikt:en:σοφός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ingénieux, habile, rusé, capable. 2. Intelligent, sage, prudent. »; ''étymologie indéterminée'';<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du suffixe verbal -ίζω / -ízō [[wikt:en:-ίζω#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal d’agent'']] -τής / -tḗs [[wikt:en:-τής#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Terme désignant à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] (en particulier dans le contexte de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), et en opposition duquel la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] va en partie se développer. Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, les sophistes développent des [[w:Sophisme|raisonnements]] dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Ainsi, dans la contradiction, l’imitation selon l’opinion dans le genre ironique, imitation dépendante de la fantasmagorie, comprise elle-même dans l’art de faire des simulacres, non pas l’art divin, mais l’art humain, qui produit des prestiges à l’aide des discours, telle est “ la race et le sang ” du vrai sophiste : on peut le dire en toute assurance.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Le Sophiste</u>, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/sophiste3.htm#18a ''§268d''], de Platon</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CCCXLIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Liste la plus ancienne des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] de la [[w:Grèce_antique|''Grèce Antique'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[w:Socrate|Σωκράτης]]'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Τοῦτο οὖν αὐτὸ καὶ τῶν νῦν εἰσὶν οἳ κατανενοήκασι καὶ τῶν πάλαι, ὅτι τὸ λακωνίζειν [[wikt:en:Λακωνικός#Ancient_Greek|(en)]] πολὺ μᾶλλόν ἐστιν '''φιλοσοφεῖν''' (« ''aimer la sagesse'' ») ἢ '''φιλογυμναστεῖν''' (« ''aimer la gymnastique'' »), εἰδότες ὅτι τοιαῦτα οἷόν τ' εἶναι ῥήματα φθέγγεσθαι '''[343a]''' τελέως πεπαιδευμένου ἐστὶν ἀνθρώπου. Τούτων ἦν καὶ '''[[w:Thalès|Θαλῆς ὁ Μιλήσιος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Πιττακὸς ὁ Μυτιληναῖος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Βίας ὁ Πριηνεὺς]]''' καὶ '''[[w:Solon|Σόλων]]''' ὁ ἡμέτερος καὶ '''[[w:Cléobule|Κλεόβουλος ὁ Λίνδιος]]''' καὶ '''[[w:Myson_de_Chénée|Μύσων ὁ Χηνεύς]]''', καὶ ἕβδομος ἐν τούτοις ἐλέγετο '''[[w:Chilon|Λακεδαιμόνιος Χίλων]]'''. Οὗτοι πάντες ζηλωταὶ καὶ ἐρασταὶ καὶ μαθηταὶ ἦσαν τῆς '''Λακεδαιμονίων''' [[wikt:en:Λακεδαιμόνιος#Ancient_Greek|(en)]] '''παιδείας''' [[wikt:en:παιδεία#Ancient_Greek|(en)]], καὶ καταμάθοι ἄν τις αὐτῶν τὴν σοφίαν τοιαύτην οὖσαν, ῥήματα βραχέα ἀξιομνημόνευτα ἑκάστῳ εἰρημένα· οὗτοι καὶ κοινῇ συνελθόντες '''[343b]''' ἀπαρχὴν τῆς σοφίας ἀνέθεσαν τῷ Ἀπόλλωνι εἰς τὸν νεὼν τὸν ἐν Δελφοῖς, γράψαντες ταῦτα ἃ δὴ πάντες ὑμνοῦσιν, [[w:Gnothi_seauton|''γνῶθι σεαυτόν'']] (« ''Connais-toi toi-même'' ») καὶ '''μηδὲν ἄγαν''' (« ''Rien de trop'' »).</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Troisième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagorasgrec.htm#342e ''Protagoras, 343a''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Beaucoup d’observateurs, dans le passé comme de nos jours, ont compris que [[w:Laconisme|''laconiser'']] [[#laconiser|<span id="laconiser_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] consistait bien moins à cultiver la [[w:Gymnastique#Grèce_antique|''gymnastique'']] [[#gymnastique|<span id="gymnastique_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] que la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], se rendant compte que prononcer des mots de cette sorte ne pouvait être que le fait d’un homme parfaitement élevé. De ce nombre furent '''Thalès''' de ''Milet'', [[w:Pittacos_de_Mytilène|'''Pittacos''']] [[#Pittacos|<span id="Pittacos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de [[w:Mytilène|''Mitylène'']], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[#Bias_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène_back|<sup>⤴️</sup>]], notre [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon|<span id="Solon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[#Cléobule|<span id="Cléobule_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] de [[w:Lindos|''Lindos'']] [[#Lindos|<span id="Lindos_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''' de ''Chénée'']] [[#Myson_de_Chénée|<span id="Myson_de_Chénée_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]], et un septième, dit-on, [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<span id="Chilon_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA304#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §107 - Cheilon de Sparte}}] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<span id="Lacédémone_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]. Tous ces hommes furent des admirateurs passionnés et des disciples de l’éducation ''lacédémonienne'' [[#liste_7_Sages_NdT_AC|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]]; et ce qui prouve bien que leur science était de même sorte, ce sont les [[w:Apophtegme|''mots brefs et mémorables'']] prononcés par chacun d’eux lorsque, s’étant réunis à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes|<span id="Delphes_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], ils voulurent offrir à '''Apollon''', dans son temple, les prémices de leur sagesse, et qu’ils lui consacrèrent les [[w:Maximes_delphiques|''inscriptions'']] que tout le monde répète, [[w:Gnothi_seauton|« Connais-toi toi-même »]] (''γνῶθι σεαυτόν'') et « Rien de trop » (''Μηδὲν ἄγαν'').</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#liste_7_Sages_NdT_AC_back|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC">1.</span>]] La liste des Sept ''Sages'' est quelque peu flottante, et Platon substitue ici Myson à [[w:Périandre|Périandre]] [[#Périandre|<span id="Périandre_back"><sup>XI</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<span id="Corinthe_back"><sup>XII</sup></span>]]. Mais les personnages que la légende y a fait entrer ont comme trait commun d’être des maîtres de sagesse pratique (plusieurs avaient été des hommes d’état) ; leur groupement est surtout intéressant comme signe de l’esprit positif et réaliste qui apparaît au VIe siècle.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Œuvres_complètes_de_Platon|<u>Œuvres complètes de Platon</u>]], tome III, 1re partie, pp. 20-86, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres_complètes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/110|Protagoras, 343a]]'', traduction par [[w:Alfred_Croiset|Alfred Croiset]], texte établi par Alfred Croiset et Louis Bodin, Les Belles Lettres, 1923</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#laconiser_back|<span id="laconiser"><sup>I</sup></span>]] Du verbe grec ancien Λακωνίζω / Lakônízô, « Laconiser, se comporter comme les Spartiates. » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:Λάκων#Grec_ancien|Λάκων / Lákôn]], « Laconien, de [[w:Laconie#Antiquité|''Laconie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de suffixe verbal [[wikt:-ίζω#Grec_ancien|-ίζω / -ízō]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Imiter les habitudes des [[w:Lacédémoniens|''Lacédémoniens'']], c’est-à-dire parler d’une manière concise, à l’image du peuple ''Spartiate'' dans la ''Grèce antique'' dont c’était la réputation.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gymnastique_back|<span id="gymnastique"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:γυμναστικός#Grec_ancien|γυμναστικός / gumnastikós]], « Gymnastique, d’exercice physique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:en:γυμναστής#Grec_ancien|γυμναστής / gumnastês]], « Entraineur d’athlètes »; + le suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe [[wikt:en:γυμνάζω#Grec_ancien|γυμνάζω / gumnazô]], « S’entrainer, faire de la gymnastique. »; + le suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:γυμνός#Grec_ancien|γυμνός / gumnós]] [[wikt:en:γυμνός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nu : • Non vêtu; • Non couvert (en parlant de choses). 2. Légèrement vêtu : • Sans manteau; • Sans armure, sans armes. »; + le suffixe verbal [[wikt:-άζω#Grec_ancien|-άζω / -ázô]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le [[w:Gymnase_(Grèce_antique)|Gymnase]] désigne l’ensemble des équipements sportifs dont dispose chaque cité pour les exercices du corps. C’est un lieu public, placé sous la surveillance d’un [[w:Gymnasiarchie|''gymnasiarque'']] : à ''Athènes'', il s’agissait d’un citoyen élu par sa [[w:Tribus_(Grèce_antique)|''tribu'']] pour un temps déterminé, et chargé de subvenir aux frais d’entretien des gymnases, de payer les maîtres d’exercices et d’assurer le service des jeux gymniques comme les courses aux flambeaux, les [[w:Lampadédromie|''lampadédromies'']], pour les fêtes et cérémonies. Les athlètes s’entraînaient totalement nus depuis le [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Cet usage a été présenté par [[w:Thucydide|Thucydide]] comme une innovation spartiate, au même titre que l’usage de l’[[wikt:embrocation#Français|''embrocation'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#VI <sup>HdlGdP, ''l.''I, ''§.''VI.</sup>]. Initialement destiné à l’entraînement physique, le gymnase est une institution civique qui joue un rôle essentiel dans la formation de la jeunesse. Cet édifice public et urbain est attesté dans les cités de Grèce dès le [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> De plus, la gymnastique est étymologiquement liée à la notion de nudité, d’absence d combat. En effet, les Jeux Panhelléniques était l’occasion d’une trève sacrée, l’[[w:Écéchiria|''Écéchéirie'']], proclamée afin de permettre aux athlètes et aux spectateurs d’y participer et d’y assister en toute sécurité. Par ailleurs, les Jeux Olympiques étaient, initialement, pratiqués habillés, et Pausanias avance 2 raisons afin d’expliquer les raisons de l’apparition de la nudité chez les athlètes et leurs entraîneurs [https://odysseum.eduscol.education.fr/la-nudite-dans-le-sport-antique-grec <sup>🔍</sup>] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « Le tombeau d’[[w:Orhippos_de_Mégare|'''Orsippus''']] est auprès de celui de '''Coræbus'''. Cet '''Orsippus''', contre l’usage ancien des Athlètes, qui portoient toujours une ceinture dans les jeux publics, gagna tout nu le prix de la course aux jeux Olympiques. On raconte que dans la suite étant devenu général des Mégaréens, il augmenta leur territoire aux dépends de leurs voisins. Je crois qu’il laissa volontairement tomber sa ceinture , sachant bien qu’il étoit plus facile de courir entièrement nu , qu’avec une ceinture. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[s:Auteur:Pausanias|<u>Pausanias, Description de la Grèce</u>]], ''[[s:Page:Description_de_la_Grèce_de_Pausanias,_tome_1,_1814.djvu/339|Livre I - Attique, chapitre XLIV]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/attique.htm#XLIV ici])<br />Selon [[w:Denys_d'Halicarnasse|Denys d’Halicarnasse]], dans ses [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/denys/livre7.htm#XIII <u>Antiquités romaines</u>, ''livre VII, chap. XIII, §V''], [[w:Acanthos_de_Sparte|Acanthus]] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] fut le premier qui mit bas tous ses habits pour courir nu dans les jeux olympiques la ''première année de la quinzième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|olympiade]]'' [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_720_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; d’où l’année -720 pour la première année de la quinzième olympiade.}}].'''<p class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « On trouve sur la route d’[[w:Olympie|Olympie]], avant de traverser l’[[w:Alphée_(fleuve)|Alphée]], une montagne qui, du côté de [[w:Scillonte|Scillonte]], a des rochers très hauts et très escarpés ; on la nomme le mont Typaeos [[w:el:Τυπαίο_όρος|(el)]]. La loi veut chez les [[w:Élée|Éléens]] [[#éléate_back|<sup>⤵️</sup>]], qu’on précipite du haut de cette montagne les femmes qu’on surprend aux jeux Olympiques, ou qui osent seulement traverser l’Alphée pendant les jours où cela leur est défendu. [[w:Kallipateira|'''Callipatira''']] est, disent-ils, la seule femme qui s’y soit laissé prendre ; d’autres la nomment '''Phérénice''', et non '''Callipatira'''. Son mari étant mort avant elle, elle prit tout l’ajustement d'un maître de gymnastique, et conduisit son fils à Olympie pour combattre dans les jeux. '''Pisirodos''' (c’était le nom du jeune homme) ayant remporté le prix, '''Callipatira''', en franchissant la barrière qui tient renfermés les maîtres de gymnastique, laissa reconnaître son sexe. On la renvoya cependant sans la punir, par considération pour son père, ses frères et son fils, qui avaient tous été couronnés aux jeux Olympiques; mais on rendit une loi portant que désormais les maîtres de gymnastique ne se présentassent que nus à ces exercices. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], ''[[s:Pausanias,_Elide-1,_chapitre_VI|Livre V - Elide, chapitre VI]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/elide1.htm#VI ici])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Pittacos_back|<span id="Pittacos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πιττᾰκός / Pittakós [[wikt:en:Πιττακός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Homme d’État et général ''grec''. Il fut choisi comme [[w:Aisymnète|''aisymnète'']] de la ville de ''Mytilène'' pour y restaurer l’ordre et renverser les ennemis de la cité qui avaient à leur tête Antiménide et le poète [[w:Alcée_de_Mytilène|Alcée]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm <sup>Arist. Polit. ''l.''III. ''c.''IX. ''§''5.</sup>]. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#281c <sup>HM. ''§''281c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagoras.htm#343c <sup>Protag. ''§''343c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep1.htm#335e <sup>Rép. ''§''335e.</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_650_av._J.-C.|-650]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Mytilène|''Mytilène'']], dès l’Antiquité, principale cité de l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Solon_back|<span id="Solon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σόλων / Sólōn [[wikt:en:Σόλων#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme d’État, législateur et poète ''athénien''. Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie à ''Athènes'', il a joué un rôle politique important, étant à l’origine d’une série de réformes qui accrurent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique ''athénienne''. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/timee.htm#20e <sup>Timée ''l.''XII. ''§''20e</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:638_av._J.-C.|-638]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:559_av._J.-C.|-559]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cléobule_back|<span id="Cléobule"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun βουλή / boulḗ [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]], « Volonté, vouloir. Décision, conseil. Conseil, sénat ''athénien''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' et ''politicien'' de la Grèce antique, tyran de [[w:Lindos|''Lindos'']], l’une des trois cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:630_av._J.-C.|-630]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à Lindos — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:560_av._J.-C.|-560]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lindos_back|<span id="Lindos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λίνδος / Líndos [[wikt:en:Λίνδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus importantes cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']], située sur la côte est.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Myson_de_Chénée_back|<span id="Myson_de_Chénée"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μύσων ὁ Χηνεύς / Músôn o Khêneús;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« '' [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''']], fils de '''Strymon''', suivant [[w:Hermippe|'''Hermippe''']], cité par [[w:Sosicrate|'''Sosicrate''']], est mis au nombre des sept sages. Il était originaire de Chénée, bourg de l’Oeta [[w:en:Oeta|(en)]] ou de la [[w:Laconie|Laconie]]. Son père exerçait, dit-on, la tyrannie. On prétend aussi qu’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis_back|<sup>⤵️</sup>]] ayant demandé à l’oracle d’Apollon quel homme était plus sage que lui, reçut de la prêtresse cette réponse déjà citée plus haut à propos de [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<sup>VIII</sup>]], dans la vie de '''Thalès''' :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que '''Myson''' , de Chénëe sur l’Oeta, l’emporte sur toi par la sublimité du génie.<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Anacharsis''', vivement piqué par cet oracle, se rendit dans le bourg désigné et trouva '''Myson''' occupé à réparer , en été, le manche de sa charrue. Il lui dit alors : « '''Myson''' ce n’est pas la saison de labourer. — Sans doute, reprit '''Myson''', mais c’est celle de s’y préparer. ». D’autres prétendent que l’oracle était ainsi conçu :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que Myson l’Étéen, etc....<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Et ils se demandent ce que signifie ce mot Étéen. Suivant [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]], Étée est un bourg de Laconie, où était né '''Myson'''. '''Sosicrate''' prétend, dans les Successions [des philosophes] [[w:en:Successions_of_Philosophers|(en)]] que son père était d’Étée et sa mère de Chénée. '''Eutyphron''', fils d’[[w:Héraclide_du_Pont|'''Héraclide de Pont''']], dit qu’il était Crétois, Étée étant une ville de Crète. Enfin [[w:Anaxilaos|'''Anaxilaus''']] le dit originaire d’[[w:Arcadie|Arcadie]].<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_back|<sup>⤵️</sup>]] parle de lui en ces termes : « '''Myson''', qu’Apollon a déclaré le plus sage des hommes ! ».'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Diogène de Laerte</u>, ''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/myson1.htm#01 Livre I, chapitre IX. MYSON - ΜΥΣΩΝ]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Chilon_back|<span id="Chilon"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χίλων / Khílōn ou Χείλων / Kheílōn [[wikt:en:Χείλων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Hist. ''l.''I — Clio. ''c.''LIX.</sup>], originaire de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] et contemporain du roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]] (règne de [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Alcidamas|Alcidamas]], cité par Aristote [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/rheto2.htm <sup>Rhét. ''l.''II. ''c.''XI.</sup>], il était membre du sénat lacédémonien;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pamphila|{{Info|Pamphila|historienne romaine très réputée à son époque et qui vécut sous le règne de l’empereur Néron (règne de 37 à 68)}}]], sur le témoignage de [[w:Sosicrate|Sosicrate]], citée par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/chilon.htm <sup>''l.''I — Chilon.</sup>], il fut premier [[w:Éphore|''éphore'']] pendant qu’Euthydème [[w:en:Euthydemus|(en)]] était [[w:Archonte|''archonte'']], vers la 56<sup>ème</sup> [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_550_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 56ème a eu lieu en -556.}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lacédémone_back|<span id="Lacédémone"><sup>IX</sup></span>]] • Du nom propre grec ancien Λᾰκεδαίμων / Lakedaímōn [[wikt:en:Λακεδαίμων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de Λάκων / Lákōn [[wikt:en:Λάκων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (nom propre) Un laconien, habitant de [[#Laconie|''Laconie'']] ou de ''Lacédémone'', un lacédémonien. 2. (utilisation adjectivale) De ou lié aux Laconiens. 3. Jet de dés. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun δαίμων / daímōn [[wikt:en:δαίμων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Dieu, déesse : • Pouvoir divin, divinité; • Esprit gardien (génie [[wikt:en:genius#Latin|(en)]] latin), et donc son destin, sa destinée, sa fortune. 2. Âme défunte. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe δαίομαι / daíomai [[wikt:en:δαίομαι#Ancient_Greek|(en)]]; première personne du singulier du présent [[wikt:en:Appendix:Glossary#mediopassive|''médiopassif'']] de l’indicatif du verbe δαίω / daíō [[wikt:en:δαίω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ([[w:Transitivité_(grammaire)#Verbes_transitifs|''transitif'']]) Allumer, enflammer, mettre le feu. 2. (''transitif'') Brûler. 3. ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Brûler, flamber. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ ou + du nom commun δᾶμος / dâmos [[wikt:en:δᾶμος#Ancient_Greek|(en)]]; forme [[w:Dorien|''dorique'']] du nom commun δῆμος / dêmos [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terrain : les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Personne ordinaire : (rare) Roturier. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • Gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Mais aussi en grec ancien Σπᾰ́ρτη / Spártē [[wikt:en:Σπάρτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne ville ''grecque'' du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] située sur l’[[w:Eurotas_(fleuve)|''Eurotas'']], dans la plaine de <span id="Laconie">[[w:Laconie|''Laconie'']]</span> [[wikt:en:Λακωνία#Ancient_Greek|(en)]], entre les montagnes [[w:Taygète_(montagnes)|''Taygète'']] et [[w:Parnon|''Parnon'']], elle est l’une des cités-États les plus puissantes de la ''Grèce antique'', avec [[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes'']] et [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']]. Originellement les deux termes avaient une signification différentes :''' <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« ''Privé d’enfants mâles, il <nowiki>[</nowiki>'''[[w:Eurotas_(mythologie)|Eurotas]]'''<nowiki>]</nowiki> laissa son royaume à [[w:Lacédémon|'''Lacédémon''']], qui avait pour mère [[w:Taygète_(Pléiade)|'''Taygète''']] dont la montagne a pris le nom : et pour père, [[w:Jupiter_(mythologie)|'''Jupiter''']], suivant l’opinion commune. '''Lacédémon''' avait épousé [[w:Sparta_(mythologie)|'''Sparte''']], fille d’ '''Eurotas'''. Lorsqu’il fut monté sur le trône, il changea d’abord le nom du pays et de ses habitants, en leur faisant prendre le sien. Il fonda ensuite une ville, et, lui imposant le nom de sa femme, l’appela Sparte : c’est celui que cette cité porte encore.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Pausanias</u>, ''[https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm Description de la Grèce, Livre III - Laconie]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Delphes_back|<span id="Delphes"><sup>X</sup></span>]] Du grec ancien Δελφοί / Delphoí [[wikt:en:Δελφοί#Ancient_Greek|(en)]]; pluriel de [[wikt:δελφύς#Grec_ancien|δελφύς / delphús]], « matrice, giron, creux, utérus »; qui a donné « cochon » (δέλφος / délphos), « dauphin, cochon de mer » (δελφίς / delphís);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Site d’un [[w:Sanctuaire_panhellénique|''sanctuaire panhellénique'']] (honoré par les ''Grecs'' issus de différentes cités), situé au pied du [[w:Mont_Parnasse|''mont Parnasse'']], en [[w:Phocide|''Phocide'']], où parle l’oracle d’[[w:Apollon|Apollon]] à travers sa prophétesse, la [[w:Pythie|Pythie]] qui était assise dans une salle du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] et parlait au nom du dieu. [[w:Delphes|''Delphes'']] abrite également l’[[w:Omphalos|Omphalos]], symbole du centre du monde matérialisé par une pierre sacrée ou [[w:Bétyle|bétyle]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Périandre_back|<span id="Périandre"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περῐ́ᾰνδρος / Períandros [[wikt:en:Περίανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition περῐ́ / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils du tyran [[w:Cypsélos|Cypsélus]], et second tyran de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<sup>XII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Corinthe_back|<span id="Corinthe"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κόρῐνθος / Kórinthos [[wikt:en:Κόρινθος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κόρῠς / kórus [[wikt:en:κόρυς#Ancient_Greek|(en)]], « casque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité-État située sur l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], l’étroite bande de terre qui relie le [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] à la Grèce continentale, entre ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>IX</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme certains l’avaient déjà fait autrefois, que l’institution lacédémonienne repose beaucoup plus sur le goût de la ''philosophie'' que sur le goût de la gymnastique, parce que le talent de trouver des traits pareils n’appartient qu’à des gens d’une éducation parfaite. De ce nombre étaient '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacos''' de ''Mytilène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Mison''' de ''Khéné'' et '''Chilon''' de ''Lacédémone'' qui passait pour être le septième de ces sages. Tous furent des émules, des partisans et des sectateurs de l’éducation ''lacédémonienne'', et il est facile de voir que leur sagesse ressemblait à celle des ''Lacédémoniens'' par les sentences concises et dignes de mémoire attribuées à chacun d’eux. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à '''Apollon''' les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de ''Delphes'' ces maximes qui sont dans toutes les bouches Connais-toi toi-même et Rien de trop.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_complètes_de_Platon,_traduites_par_Émile_Chambry|Œuvres complètes de Platon]], Ion, Lysis, Protagoras, Phedre, Le Banquet</u>, ''[[s:Protagoras_(trad._Chambry)|Protagoras]]'', traduites en français par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Garnier frères, 1919.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme déjà anciennement, que l’institution ''lacédémonienne'' consiste beaucoup plus dans l’étude de la sagesse que dans les exercices de la gymnastique ; car il est évident que le talent de prononcer de pareilles sentences suppose en ceux qui le possèdent une éducation parfaite. De ce nombre ont été '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacus''' de ''Mitylène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Myson''' de ''Chêne'' [[#Myson_de_Chêne_NdT_VC|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et '''Chilon''' de ''Lacédémone'', que l’on compte pour le septième de ces sages. Tous ces personnages ont admiré, aimé et cultivé l’éducation ''lacédémonienne'' ; et il est aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des ''Spartiates'', par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent les prémices de leur sagesse à '''Apollon''', dans son temple de ''Delphes'', y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Myson_de_Chêne_NdT_VC_back|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Myson, Diogène de Laerte, I, 106. — ''Chêne'' était un bourg du mont ''Oéta''. Myson occupe ici parmi les sept sages la place de Périandre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Troisième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_III_et_IV.djvu/91|Protagoras, 343a]]'', traduites par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:La_République|La République]] [[#République|<span id="République_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_République|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue de '''Platon''' portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA République|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#République_back|<span id="République"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin rēspūblica [[wikt:en:respublica#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:res#Latin|rēs]] [[wikt:en:res#Latin|(en)]], « 1. Chose, objet, affaire (sens vague précisé par un adjectif). 2. Fait, ce qui est fait, réalité. 3. Le faire : art, profession, métier, carrière. 4. Le faire : travail, soin, occupation, peine, difficulté. 5. Fait, événement, affaire, action, entreprise, exécution, combat, opération (militaire) ; hauts faits, exploits. 6. Faits historiques, la [[wikt:geste#Nom_commun_2|geste]], l’histoire. 7. Circonstance, occasion; situation, cas, condition, position, état des choses. 8. Avoir, biens, propriété, fortune, richesses. 9. Utilité, intérêt, avantage, profit. 10. Affaire, rapport, relation, commerce. 11. Faits dont on parle : sujet, débat, point de discussion, question, litige, contestation, procès. 12. Motif, raison, cause; but, fin. 13. Moyen, manière. 14. État, puissance, pouvoir, par ellipse du composé [[wikt:res_publica#Latin|res publica]], [[wikt:respublica#Latin|respublica]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif latin [[wikt:publicus#Latin|pūblĭcus]] [[wikt:en:publicus#Latin|(en)]], « 1. Étatique, qui concerne l’État, qui se fait au profit de l’État, qui se fait aux frais de l’État. 2. Qui est à l’usage de tous, public, commun, universel, général. 3. Banal, ordinaire, commun, mauvais, vulgaire, bas, trivial. »; </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre X ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> '''Platon''' se livre à la censure de la poésie, par l’excès de force de son pouvoir, son langage séducteur. La poésie, imitative, doit être rejetée absolument, car elle déforme l’esprit de l’auditoire par la transmission de passions qui contaminent l’âme et fait de mauvais citoyens.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre DC.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Il interroge les poètes : [[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère|<span id="Homère_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] n’a jamais été ni chef de guerre, ni conseiller, ni inventeur (au contraire de '''Thalès''' pour ce dernier point).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre DC|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Homère_back|<span id="Homère"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὅμηρος / Hómēros [[wikt:en:Ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]]; identique à ὅμηρος / hómēros [[wikt:en:ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]], « gage, engagement, caution, sûreté, otage »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Légendaire [[w:Aède|''aède'']], dont la paternité des deux poèmes épiques, l’[[w:Iliade|''Iliade'']] et l’[[w:Odyssée|''Odyssée'']], œuvres fondatrices de la littérature grecque antique, lui sont attribués, et dont l’existence est débattue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλὰ δή τις πόλεμος ἐπὶ [[w:Homère|'''῾Ομήρου''']] ὑπ’ ἐκείνου ἄρχοντος ἢ συμβουλεύοντος εὖ πολεμηθεὶς μνημονεύεται;<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Γλαύκων''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδείς.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλ’ οἷα δὴ εἰς τὰ ἔργα σοφοῦ ἀνδρὸς πολλαὶ ἐπίνοιαι καὶ εὐμήχανοι εἰς τέχνας ἤ τινας ἄλλας πράξεις λέγονται, ὥσπερ αὖ '''Θάλεώ''' τε πέρι τοῦ ''Μιλησίου'' καὶ [[w:Anacharsis|'''Ἀναχάρσιος''']] τοῦ ''Σκύθου'';<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδαμῶς τοιοῦτον οὐδέν.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">[600a] Ἀλλὰ δὴ εἰ μὴ δημοσίᾳ, ἰδίᾳ τισὶν ἡγεμὼν παιδείας αὐτὸς ζῶν λέγεται '''῞Ομηρος''' γενέσθαι, οἳ ἐκεῖνον ἠγάπων ἐπὶ [600b] συνουσίᾳ καὶ τοῖς ὑστέροις ὁδόν τινα παρέδοσαν βίου ''῾Ομηρ[[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|{{Info|ικήν|accusatif singulier féminin}}]]'', ὥσπερ [[w:Pythagore|'''Πυθαγόρας''']] αὐτός τε διαφερόντως ἐπὶ τούτῳ ἠγαπήθη, καὶ οἱ ὕστεροι ἔτι καὶ νῦν ''Πυθαγόρ[[wikt:en:-εῖον#Ancient_Greek|ειον]]'' τρόπον ἐπονομάζοντες τοῦ βίου διαφανεῖς πῃ δοκοῦσιν εἶναι ἐν τοῖς ἄλλοις;<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδ’ αὖ, ἔφη, τοιοῦτον οὐδὲν λέγεται. Ὁ γὰρ [[w:Créophylos_de_Samos|'''Κρεώφυλος''']], ὦ '''Σώκρατες''', ἴσως, ὁ τοῦ '''῾Ομήρου''' ἑταῖρος, τοῦ ὀνόματος ἂν γελοιότερος ἔτι πρὸς παιδείαν φανείη, εἰ τὰ λεγόμενα περὶ '''῾Ομήρου''' ἀληθῆ. Λέγεται γὰρ ὡς πολλή τις ἀμέλεια περὶ [600c] αὐτὸν ἦν ἐπ’ αὐτοῦ ἐκείνου, ὅτε ἔζη.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Dixième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm ''La République, Livre X, §§600a-c''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], 1834</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Socrate''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« [600] Mais quelle guerre mentionne-t-on, à l’époque d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui ait été bien conduite par lui, ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Glaucon''']] [[#Glaucon|<span id="Glaucon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Cite-t-on alors de lui, comme d’un homme habile dans la pratique, plusieurs inventions ingénieuses concernant les arts ou les autres formes de l’activité, ainsi qu’on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis|<span id="Anacharsis_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le [[w:Scythes|''Scythe'']] [[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, on ne cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais si '''Homère''' n’a pas rendu de services publics dit-on au moins qu’il ait, de son vivant, présidé à l’éducation de quelques particuliers, qui l’aient aimé au point de s’attacher à sa personne, et qui aient transmis à la [600b] postérité un plan de vie ''homérique'', comme ce fut le cas de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore|<span id="Pythagore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui inspira un profond attachement de ce genre [[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], et dont les sectateurs nomment encore aujourd’hui ''pythagorique'' le mode d’existence par lequel ils semblent se distinguer des autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, là encore, on ne rapporte rien de pareil; car [[w:Créophylos_de_Samo|'''Créophyle''']] [[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] [[#Créophyle|<span id="Créophyle_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], le compagnon d’'''Homère''', encourut peut-être plus de ridicule pour son éducation que pour son nom, si ce qu’on raconte d’'''Homère''' est vrai. On dit, en effet, que [600c] ce dernier fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès voy. [[w:Eduard_Zeller|Zeller]], [[w:Eduard_Zeller#Histoire_de_la_philosophie|Phil. der Griech.]], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k994542s/f285.item.zoom# I, p. 183], n. 2. Certains auteurs attribuent à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier. - Note d’Adam.<br />[[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT"><sup>2</sup></span>]] [[w:Erwin_Rohde|E. Rôhde]] fait justement remarquer que si Pythagore parvint à imposer une règle de vie à de nombreux disciples, qui formèrent, comme on sait, une sorte de confrérie, il le dut moins au prestige de sa philosophie - la mystique des nombres - qui n’était pas absolument nouvelle, qu’à son vigoureux ascendant personnel : « Il fut pour les siens un modèle, un exemple, un guide qui les força à le suivre et à se faire ses émules. Personnalité cen­trale autour de laquelle toute une communauté se rassembla comme par une intime nécessité. De bonne heure ce fondateur de religion apparut comme un surhomme, unique, incomparable… Et dans le souvenir de ses adhérents, Pythagore devint un saint, un dieu à figure humaine, de qui la légende racontait des miracles. » (Psyché, trad. A. Reymond, p. 395). Voy. également les pp. 394-403 de cette même traduction (pp. [https://www.deutschestextarchiv.de/book/view/rohde_psyche_1894?p=446 430]-464 de l’éd. allemande de 1894).<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT"><sup>3</sup></span>]] Certains auteurs, dit le Scoliaste de la République, rapportent que Créophyle était le gendre d’Homère. Son nom, dont Glaucon souligne ici le ridicule, signifie fils de la viande.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Platon. La République</u>, Texte intégral, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep10.htm ''Livre X, 600-c.''], traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12512083/robert_baccou/ Robert Baccou], Garnier frères, 1936</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Robert Baccou de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Glaucon_back|<span id="Glaucon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γλαύκων / Glaúkōn [[wikt:en:Γλαύκων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif γλαυκός / glaukós [[wikt:en:γλαυκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, lumineux. 2. Bleu-vert ou bleu-gris. 3. (de la couleur des yeux) Bleu clair ou gris. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe -ων / -ōn [[wikt:en:-ων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''musicien'', élève de Socrate.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de [[w:Collytos|''Collytos'']] — lieu de décès indéterminé) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA484#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §21 - Glaucon d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Anacharsis_back|<span id="Anacharsis"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Anacharsis|Ἀνάχαρσις / Anácharsis]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Prince ''scythe'' qui, selon la légende, visita la ''Grèce'' à l’époque archaïque, où il se fit remarquer par sa sagesse.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600]], à [[w:Scythie|''Scythie'']] [[#Cyaxare_back|<sup>⤴️</sup>]] — mort d’une flèche tirée par son frère [[w:Idanthyrse|Saulius]], roi des ''Scythes'', pour avoir pratiqué des coutumes étrangères et avoir eu commerce avec les ''Grecs'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/melpomene.htm <sup>Hérod. Hist. l.IV — Melpomène. §§LXXVI.-LXXVII.</sup>]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA176#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §155 - Anacharsis}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Pythagore_back|<span id="Pythagore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πῡθᾰγόρᾱς / Pūthagórās [[wikt:en:Πυθαγόρας#Ancient_Greek|(en)]] :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''[[w:Aristippe_de_Cyrène|'''Aristippe''']] de ''Cyrène'' [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] prétend, dans le traité sur les Physiologues, qu’il fut surnommé '''Pythagore''' parce qu’il révélait la vérité à l’égal d’[[w:Apollon#L’arrivée_à_Delphes|Apollon Pythien]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Diogène_Laërce|<u>Diogène de Laerte</u>]], ''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/8pythagore1.htm#15 Livre VIII, chapitre I. PYTHAGORE - ΠΥΘΑΓΟΡΑΣ]''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun Πῡθῐ́ᾱ / Pūthíā [[wikt:en:Πυθία#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Pythie|''Pythie'']], l’[[w:Divination_grecque|oracle]] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes'' [[#Delphes_back|<sup>⤴️</sup>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ [[w:Πυθώ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pythô ; l’ancien nom de ''Delphes''. 2. Python, le serpent monstrueux qui aurait été tué par ''Apollon Pythien'' à ''Delphes''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe adjectival féminin‎ -ῐος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe [[wikt:ἀγορεύω#Grec_ancien|ἀγορεύω / agoreúō]], « 1. Parler devant une assemblée. 2. Haranguer. 3. Proclamer. 4. Dire (en public). »; [[wikt:dénominal|''Dénominal'']] de [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορά / agorá]], « assemblée »; [[wikt:déverbal|''Déverbal'']] de [[wikt:ἀγείρω#Grec_ancien|ἀγείρω / ageírô]], « assembler, grouper »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Maître de sagesse charismatique et philosophe présocratique, fondateur controversé d’une communauté mi-philosophique mi-politique en Italie du Sud, caractérisée par son mode de vie particulier. Son nom est lié à l’introduction de la croyance en la [[w:Métempsycose|''métempsycose'']] dans le monde grec, mais aussi aux mathématiques, à la philosophie des nombres et à la notion d’harmonie céleste - notions ou domaines qui furent approfondis davantage par ses disciples et [[wikt:épigone|''épigones'']] (penseurs reprenant et prolongeant les idées d’un mouvement passé), les [[w:École_pythagoricienne|''pythagoriciens'']]. Devenue vite légendaire, sa figure inspira plusieurs philosophes, notamment de matrice platonicienne, et sa pensée connut une réception particulièrement longue et variée à travers les siècles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]], à [[w:Samos|''Samos'']], île grecque de la mer Égée située à 40km au nord-ouest de ''Milet'' [[#Milet_back|<sup>⤴️</sup>]] — ca. [[w:Années_490_av._J.-C.|-495]]/[[w:Années_480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Métaponte|''Métaponte'']], dans la région historique de [[w:Lucanie_(région_historique)|''Lucanie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région de la [[w:Basilicate|''Basilicate'']] du sud de l’Italie) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA681#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §333 - Pythagore de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Créophyle_back|<span id="Créophyle"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κρεώφυλος / Kreṓphulos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun κρείων / kreíōn [[wikt:en:κρείων#Ancient_Greek|(en)]], « seigneur, maître, dirigeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun φῡλή / phūlḗ [[wikt:en:φυλή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une union d’individus dans une communauté. 2. Une union basée sur la filiation : tribu, clan. 3. Une union basé sur la localisation : comté. 4. Une division de soldats. »; du verbe φύω / phúō [[wikt:en:φύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire naître, produire, générer, faire croître. 2. (transitif) Engendrer, porter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 6. (intransitif) être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 7. (impersonnel) C’est naturel, ça arrive naturellement [+infinitif = ça …]. 8. Être son lot naturel [+datif = celui de quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète grec archaïque, contemporain d’Homère.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais fait-on mention d’une guerre qui ait eu lieu de son temps et qu’il ait heureusement conduite par lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« D’aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais le donne-t-on pour un homme habile dans les travaux et cite-t-on de lui mainte invention ingénieuse dans les arts ou dans tout autre domaine d’activité, comme on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’'''Anacharsis''' le ''Scythe'' [[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On n’en cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais ce qu’il n’a point fait pour les États, l’a-t-il fait pour les particuliers ? en est-il dont il passe pour avoir dirigé lui-même l’éducation pendant sa vie, qui l’aient aimé pour ses leçons et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''homérique'', comme '''Pythagore''' qui fut extraordinairement aimé pour cela, et dont les sectateurs suivent encore aujourd’hui un régime de vie qu’ils appellent ''pythagorique'', régime qui les distingue de tous les autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne rapporte non plus, dit-il, aucun souvenir de ce genre ; car Créophyle [[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], le disciple d’'''Homère''', '''Socrate''', est moins ridicule peut-être pour son nom que pour son éducation, s’il en faut croire ce qu’on dit sur '''Homère'''. On dit en effet qu’il fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès, voir [[w:Joseph_Bidez|J. Bidez]], ''Les premiers philosophes grecs techniciens et expérimentateurs'' (extrait du ''Flambeau'' 1921), p. 9 sqq. On attribuait à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Platon parle de Créophyle comme d’un ami ou d’un disciple d’Homère ; d’autres, y compris le scholiaste, prétendent qu’il était son gendre. Le poème épique de la ''Prise d’Œchalie'' est attribué à Créophyle par [[w:Callimaque_de_Cyrène|Callimaque]] [[#Callimaque_back|<sup>⤵️</sup>]] ; selon une autre tradition, Créophyle reçut le poème d’Homère lui-même en récompense de son hospitalité. Son nom signifie : Carnigena, ''fils de la viande''.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:La_République_(trad._Chambry)|<u>Platon. Œuvres Complètes. Tome X. La République.</u>]], [[s:La_République_(trad._Chambry)/Livre_X#3.|''Livre X'']], 600-c., traduit par [[s:Auteur:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Librairie Garnier Frères, 1934</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Fait-on mention de quelque guerre heureusement conduite par Homère lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Nullement.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Ou bien encore, ce qu’aurait dû faire un homme habile, s’est-il signalé par beaucoup d’inventions utiles dans les arts ou autres métiers, comme on le dit de '''Thalès''' de ''Milet'', et du ''Scythe'' '''Anacharsis''' [[#Platon_Rép_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_VC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne raconte de lui rien de semblable.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Si '''Homère''' n’a rendu aucun service au public, en a-t-il du moins rendu aux particuliers ? Dit-on qu’il ait présidé pendant sa vie à l’éducation de quelques jeunes gens qui se soient plu à l’accompagner, et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''Homérique'', comme '''Pythagore''', à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes ''Pythagorique'' ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, '''Socrate''', on ne dit rien de pareil d’'''Homère'''. '''Créophyle''' [[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son compagnon, a dû être encore plus ridicule pour ses mœurs que pour le nom qu’il portait. On dit en effet qu’'''Homère''', pendant sa vie même, fut étrangement négligé par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_VC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Thalès de ''Milet'', Hérodote, I [[#Clio_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; Aristote, Polit., I [[#Politique_back|<sup>'''⤵️'''</sup>]], 2 ; et [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm Diogène de Laërce, I], 24 et sqq.; sur Anacharsis, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/anacharsis1.htm Diogène de Laërce, I], 105.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Le nom de Créophyle se compose des mots ''viande'' et ''race''. Il paraît qu’il circulait dans l’antiquité des traditions peu honorables pour ce personnage, auxquelles Platon fait ici allusion. Il en est parvenu jusqu’à nous quelques-unes, fort incohérentes, sur ses relations avec Homère, soit comme son gendre ou son hôte, soit comme ayant reçu en don un de ses poèmes, qu’il aurait, après la mort de l’auteur, publié sous son propre nom. Voyez [[w:Johann_Albert_Fabricius|Fabricius]], Bibl. Gr., I, 4.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, [[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_IX_et_X.djvu/405|Tome Dixième]], ''[[s:Page%3APlaton_-_Œuvres%2C_trad._Cousin%2C_IX_et_X.djvu/651|La République, 600a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Rey et Gravier, Librairies, 1834<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm#03a '''ici'''] et [https://archive.org/details/bub_gb_pfoSFuT61LIC/page/n251/mode/2up '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Théétète_(Platon)|Théétète]] [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Théétète|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Dialogue de '''Platon''' sur la recherche d’une définition de la science par '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et '''[[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]]''' [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> <span id="Mathématiques_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Théétète|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théétète_back|<span id="Théétète"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεαίτητος / Theaítētos [[wikt:en:Θεαίτητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ l’adjectif αἰτητός / aitētós [[wikt:en:αἰτητός#Ancient_Greek|(en)]], « demandé, requis »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe αἰτέω / aitéō [[wikt:en:αἰτέω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (généralement transitif [[wikt:en:Appendix:Glossary#transitive|(en)]]) Demander, implorer, exiger, mendier [+accusatif = quelque chose], [+deux accusatifs = quelque chose de quelqu’un] ou avec objet omis. 2. (moyen [[wikt:en:Voice_(grammar)#Middle|(en)]], transitif) Demander pour soi-même, pour son propre usage ou but, réclamer. 3. ([[wikt:Voix_passive|passif]], de personnes) Se faire mendier une chose. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''Mathématicien'']] [[#Mathématiques|<sup>II</sup>]] grec dont l’œuvre nous est transmise par [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], son condisciple auprès de [[w:Socrate|Socrate]], et élève du mathématicien [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|Théodore]] [[#Théodore_back|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_415_av._J.-C.|-415]], ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_394_av._J.-C.|-394]] ou [[w:Années_369_av._J.-C.|-369]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort des suites d’une [[w:Dysenterie#Histoire|''dysenterie'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm <sup>Plat. Théét. 142a,b.</sup>] contractée soit (opinion dominante au XIX<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) lors de la de la [[w:Bataille_de_Némée|''bataille de Némée'']] (-394), au début de la [[w:Guerre_de_Corinthe|''guerre de Corinthe'']], où les hoplites ''athéniens'' furent engagés au sein de la coalition anti-''spartiate''; soit (opinion dominante actuelle) lors de la bataille que livrèrent les ''Athéniens'', alliés aux ''Lacédémoniens'', pour défendre ''Corinthe'' contre une attaque des ''Thébains'' (-369)) [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA844#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §32 - Théétète d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mathématiques_back|<span id="Mathématiques"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μαθηματικός / mathematikos [[wikt:en:μαθηματικός#Noun|(en)]], « 1. mathématicien.ne. 2. (école pythagoricienne) Étudiant avancé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:μάθημα#Grec_ancien|μάθημα / máthēma]], « 1. Étude, science, connaissance, chose apprise. 2. (Au pluriel) Les sciences mathématiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ dérivé du verbe μανθάνω / manthánô, « 1. Apprendre : • Étudier, s’instruire ; • (à l’[[w:Aoriste|''aoriste'']] et au parfait) Avoir appris, s’être habitué à, avoir coutume de ; • Apprendre par cœur ; • S’informer de ; (aoriste) Être informé de, avoir appris, savoir. 2. S’apercevoir de : • Remarquer ; • (aoriste 2) Avoir remarqué, se rendre compte. 3. (par suite) Comprendre. »);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal neutre, sur base verbale, [[wikt:-μα#Grec_ancien|-μα / -ma]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]], « -ic »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Discipline théorique issue de la période [[w:Époque_archaïque|''archaïque'']], et développée tout au long des périodes [[w:Époque_hellénistique|''hellénistique'']] et [[w:Rome_antique|''romaine'']], qui se différencie de celle des civilisations précédentes par l’utilisation de ''raisonnement déductif'' [[w:en:Deductive_reasoning|(en)]] comme [[w:Démonstration_(logique_et_mathématiques)|''preuve'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]], sur les rives de la ''Méditerranée'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la chute dans un puits de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Ὥσπερ καὶ [[wikt:en:Θαλῆς|'''Θαλῆν''']] ἀστρονομοῦντα, ὦ [[wikt:en:Θεόδωρος|'''Θεόδωρε''']], καὶ ἄνω βλέποντα, πεσόντα εἰς [[wikt:en:φρέαρ|'''φρέαρ''']], [[wikt:en:Θρᾷττα|'''Θρᾷττά''']] τις [[wikt:en:ἐμμενετός|'''ἐμμελὴς''']] καὶ χαρίεσσα θεραπαινὶς ἀποσκῶψαι λέγεται ὡς τὰ μὲν ἐν [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|'''οὐρανῷ''']] προθυμοῖτο εἰδέναι, τὰ δ' ἔμπροσθεν αὐτοῦ καὶ παρὰ [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|'''πόδας''']] λανθάνοι αὐτόν. ταὐτὸν δὲ ἀρκεῖ σκῶμμα ἐπὶ πάντας ὅσοι ἐν φιλοσοφίᾳ διάγουσι. τῷ γὰρ ὄντι τὸν τοιοῦτον ὁ μὲν πλησίον καὶ ὁ γείτων λέληθεν, οὐ μόνον ὅτι πράττει, ἀλλ' ὀλίγου καὶ εἰ ἄνθρωπός ἐστιν ἤ τι ἄλλο θρέμμα· τί δέ ποτ' ἐστὶν ἄνθρωπος καὶ τί τῇ τοιαύτῃ φύσει προσήκει διάφορον τῶν ἄλλων ποιεῖν ἢ πάσχειν, ζητεῖ τε καὶ πράγματ' ἔχει διερευνώμενος. μανθάνεις γάρ που, ὦ '''Θεόδωρε'''· ἢ οὔ;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Deuxième, ''[https://el.wikisource.org/wiki/%CE%98%CE%B5%CE%B1%CE%AF%CF%84%CE%B7%CF%84%CE%BF%CF%82#p.174a Théétète, 174a]'', textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">L’exemple de '''Thalès''' te le fera comprendre, [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|'''Théodore''']] [[#Théodore|<span id="Théodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de [[w:Thrace|''Thrace'']] [[#Thrace|<span id="Thrace_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à ''philosopher'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, '''Théodore'''; ne comprends-tu pas ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Livre:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu|Platon - Théétète Parménide]]</u>, ''[[s:Page:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu/110|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], GF-Flammarion, 1967</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Chambry de 1967|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théodore_back|<span id="Théodore"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Θεόδωρος [[wikt:en:Θεόδωρος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ Κυρηναῖος [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]] / Theódoros ὁ Kirinaῖos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Histoire_de_la_g%C3%A9om%C3%A9trie|''Géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''mathématicien'']] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]], maître du jeune [[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]] [[#Théétète_back|<sup>⤴️</sup>]], célèbre pour sa contribution de l’énonciation du critère de l’[[w:Commensurabilité_(mathématiques)|''incommensurabilité'']], et donc de la découverte des [[w:Nombre_irrationnel|''nombres irrationnels'']].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]]/[[w:Années_465_av._J.-C.|-465]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] — ''post.'' [[w:Années_399_av._J.-C.|-399]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA972#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §56a - Théodore de Cyrène}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Thrace_back|<span id="Thrace"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾴκη / Thrā́ikē [[wikt:en:Θρᾴκη#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun Θρᾷξ / Thrâix [[wikt:en:Θρᾷξ#Ancient_Greek|(en)]], « un Thrace, un habitant de Thrace »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Territoire situé entre les rivières [[w:Morava_(Serbie)|''Margos'']] ([[w:Golijska_Moravica|''Morava serbe'']]) et Axios ([[w:Vardar|''Vardar'']]) à l’ouest, la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] au sud, le [[w:Mer_Noire|''Pont-Euxin'']] (la ''mer Noire'') à l’est et les [[w:Carpates|''Carpates'']], ainsi que dans le nord-Ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']]. Les [[w:Thraces|''Thraces'']] ([[w:XXXe_siècle_av._J.-C.|XXX<sup>ème</sup>]] — [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}) constituaient un ensemble de peuples de [[w:Langues_paléo-balkaniques|langues ''paléo-balkaniques'']] partageant un ensemble de croyances, un mode de vie et une même langue souche avec des variantes et dialectes.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte de '''Thalès''', '''Théodore''', que tout occupé de l’astronomie [[#astronomie|<span id="astronomie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et regardant en haut, il tomba dans un puits [[#puits_NdT_VC|<span id="puits_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et qu’une servante de ''Thrace'', d’un esprit agréable et facétieux, se moqua de lui, disant qu’il voulait savoir ce qui se passait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui et à ses pieds. Ce bon mot peut s’appliquer à tous ceux qui font profession de ''philosophie''. En effet, non-seulement un ''philosophe'' ne sait pas ce que fait son voisin, il ignore presque si c’est un homme ou un autre animal : mais ce que c’est que l’homme, et quel caractère le distingue des autres êtres pour l’action ou la passion; voilà ce qu’il cherche, et ce qu’il se tourmente à découvrir. Comprends-tu ou non ma pensée, '''Théodore''' ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#puits_NdT_VC_back|<span id="puits_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] DIOG. LAERC. I, 24.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Deuxième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_I_et_II.djvu/512|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824<br />(également disponible [https://archive.org/search.php?query=platon%20th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Victor Cousin de 1824|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#astronomie_back|<span id="astronomie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀστρονομία / astronomía [[w:ἀστρονομία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ἄστρον / ástron [[wikt:en:ἄστρον#Ancient_Greek|(en)]], « corps céleste, astre, constellation, étoile »; du nom commun ᾰ̓στήρ / astḗr [[wikt:en:ἀστήρ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ νόμος / nómos, « 1. Utilisation, personnalisé. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Ancien type de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. 6. Cours de maçonnerie. »; du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, dispenser. 2. (des bergers) Faire paître leurs troupeaux, conduire au pâturage, s’occuper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’astronomie ''grecque'' est en partie caractérisée par la recherche d’explications rationnelles et physiques aux phénomènes célestes. Elle a été influencée par les Babyloniens et, dans une moindre mesure, par l’astronomie égyptienne. La plupart des constellations de l’hémisphère nord, le nom de plusieurs étoiles et le concept même de « planète », la mesure de l’inclinaison du plan de l’[[w:Écliptique|''écliptique'']], et les premiers systèmes [[w:Héliocentrisme#Grèce_antique|''héliocentriques'']] dérivent de l’astronomie ''grecque''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote|<span id="Aristote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:384_av._J.-C.|-384]], à [[w:Stagire|''Stagire'']], cité ''grecque'' de la [[w:Chalcidique_(péninsule)|'' péninsule Chalcidique'']], au nord de la mer [[w:Mer_Égée|''Égée'']] — [[w:322_av._J.-C.|-322]], à [[w:Chalcis|''Chalcis'']], cité ''grecque'' de l’île d’[[w:Euboea|''Euboea'']], à l’ouest de la mer ''Égée'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Aristote|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA413#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA109#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA459#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §A414 - Aristote de Stagire}}] [[Fichier:Aristoteles Louvre.jpg|vignette|Portrait d’ '''Aristote'''. Marbre [[w:Pentélique#Le_marbre_pentélique|''Pentélique'']], copie romaine de période impériale ([[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup>]] ou [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) d’un bronze perdu réalisé par [[w:Lysippe|'''Lysippe''']] [[#Lysippe|<span id="Lysippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Sicyone|''Sicyone'']].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : Collection de la [[w:Villa_Borghèse|''Villa Borghèse'']]; acheté au [[w:Camille_Borghèse|''prince'' '''Borghèse''']] en 1807.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Département_des_antiquités_grecques,_étrusques_et_romaines_du_musée_du_Louvre|Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre]], [[d:Q19296875|Salle 344 - Art grec classique et hellénistique]] [https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010250503 <sup>🔍</sup>] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA445&dq=Richter%20%20The%20Portraits%20of%20the%20Greeks&hl=fr&pg=PA444#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire, Iconographie}}].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], polymathe, disciple de '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant à l’Académie [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] et fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée|<span id="Lycée_back"><sup>III</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1019#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le Lycée}}]. </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Aristote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aristote_back|<span id="Aristote"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélēs [[wikt:en:Ἀριστοτέλης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du superlatif ἄριστος / áristos [[wikt:en:ἄριστος#Ancient_Greek|(en)]], « le meilleur/plus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + τέλος / télos [[wikt:en:τέλος#Ancient_Greek|(en)]], « achèvement, réalisation, accomplissement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival et nominal -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lysippe_back|<span id="Lysippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῡ́σῐππος / Lū́sippos [[wikt:en:Λύσιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe λῠ́σῐς / lúsis [[wikt:en:λύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Délier, libérer, rançonner. 2. Délivrance de la culpabilité par des rites expiatoires. 3. Rachat d’hypothèque ou de nantissement. 4. Séparation. 5. Vidange, évacuation. 6. Solution (à une difficulté ou à un problème). 7. Rémission de la fièvre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe λύω / lúō [[wikt:en:λύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Lâcher, desserrer, délier. 2. Ralentir, ramollir. 3. Détendre. 4. Libérer. 5. Racheter, compenser les défauts ou les mauvais aspects de (quelque chose). 6. Dissoudre, trancher (de façon brutale et avec force). 7. Briser (casser), détruire. 8. Abroger, annuler. 9. Expier, amender. 10. Profiter, être utile. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus‎ -σις / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) Cavalerie, cavaliers. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Sculpteur et bronzier grec, portraitiste attitré d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre le Grand''']], père et maître de [[w:Daippos|'''Daippos''']], [[w:Boédas|'''Boédas''']], [[w:Euthycratès|'''Euthycratès''']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lycée_back|<span id="Lycée"><sup>III</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:Λύκειον#Grec_ancien|Λύκειον / Lúkeion]]; nom tiré du temple voisin d’[[w:en:Lyceus|Ἀπόλλων Λύκειος / Apollôn Lúkeios]], « Apollon Lycien »; l’[[w:Épithète|épithète]] Λύκειος / Lúkeios pourrait venir de [[wikt:λύκος#Grec_ancien|λύκος / lúkos]], « loup », avec le sens de « louvier, chasseur de loups »; ou de [[wikt:λύκη#Grec_ancien|λύκη / lúkê]], « lumière », avec le sens de « lumineux »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''École philosophique'' fondée par [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote|<sup>I</sup>]] à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] en [[w:335_av._J.-C.|-335]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, qui pris fin avec [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos de Rhodes]] [[#Andronicos_back|<sup>⤵️ </sup>]] en [[w:47_av._J.-C.|-47]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>. Le [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] est situé à l’est d’Athènes, encadré par les rivières [[w:Éridanos_(Athènes)|''Éridanos'']] et [[w:Ilissos|''Ilissos'']] (cf. le ''plan d’Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]]).'''<br /><span style="margin: 0 3em; text-indent: 15px"> <sup>💡</sup> ''<u>Des travaux entrepris en 1996 pour l’édification d’un musée d’art moderne, en plein centre d’Athènes, ont mis au jour les vestiges du ''Lycée'' d’Aristote, ceux du ''temple consacré à Apollon lycien'', ainsi que les ruines de la [[w:Palestre|''palestre'']] où les jeunes gens s’entraînaient à la lutte.</u>'' <sup>💡</sup></span></small> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Politique_(Aristote)|Politique]] [[#Politique|<span id="Politique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Politique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA199#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, Les Politiques}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage en huit livres dans lequel '''Aristote''' étudie la vie d’une [[w:Polis|''Polis'']].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Politique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Politique_back|<span id="Politique"><sup>I</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien Πολῑτῐκός / Polītikós [[wikt:en:πολιτικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Civique, constitutionnel, public. 2. Social. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πολίτης / polítēs [[wikt:en:πολίτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Citoyen, homme libre. 2. Concitoyen, compatriote. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal masculin -ῑ́της / -ī́tēs [[wikt:en:-ίτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Étude de la vie de la [[w:Polis|Polis]], qui n’est pas une cité-État, le mot « État » étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes. La cité représente avant tout une structure humaine et sociale, et non une organisation administrative : il n’y a pas d’État indépendamment d’une communauté humaine concrète.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Discussion sur la cité ou la « communauté politique » [[#communauté|<span id="communauté_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par opposition à d’autres types de communautés et de partenariats tels que le « [[w:Oikos|''ménage'']] » [[#ménage|<span id="ménage_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et le village.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}}</span> <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#communauté_back|<span id="communauté"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:κοινωνία#Grec_ancien|κοινωνία]] πολιτικη [[#Politique_back|<sup>⤴️</sup>]] / koinōnia politikē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:κοινωνέω#Grec_ancien|κοινωνέω / koinônéô]], « 1. Être en communauté avec, avoir en commun avec, prendre part à. 2. Avoir des relations intimes. 3. Avoir un caractère commun ou du rapport avec. 4. Mettre en communauté, associer. 5. Communiquer, faire part. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:κοινωνός#Grec_ancien|κοινωνός / koinônós]], « 1. Participant. 2. Partenaire, compagnon. »; du verbe [[wikt:κοινόω#Grec_ancien|κοινόω / koinóô]], « 1. Communiquer. 2. Rendre commun à, communiquer à. 3. Communiquer, faire savoir. 4. Mettre en communication, unir. 5. Rendre commun à tous, prostituer, profaner, souiller. 6. Unir, assembler, ajuster (une pièce d’une construction). 7. (Moyen) Communiquer, mettre en commun. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:κοινός#Grec_ancien|κοινός / koinós]], « 1. (En particulier) Commun à tous, public. 2. Communiqué, publié. 3. Qui participe de deux caractères ou attributs. 4. Qui participe à, qui est en communauté. 5. Qui est d’origine commune, de même race, de même nature. 6. Qui se prête à tous également : • Social, affable; • Équitable, impartial; • Accessible. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#ménage_back|<span id="ménage"><sup>II</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:οἶκος#Grec_ancien|οἶκος / oîkos]], « 1. Maison ou lieu d’habitation : • Pièce, chambre; • Maison de réunion, salle; monument; • Volière; • (astrologie) [[w:Domicile_(astrologie)|Domicile d’une planète]]; 2. Succession, héritage; 3. Maison ou famille régnante. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’ensemble des biens et des êtres rattachés à un même lieu d’habitation et de production. Il s’agit à la fois d’une unité familiale élargie — des parents aux [[w:esclavage_en_Grèce_antique|esclaves]] — et d’une unité de production [[w:Agriculture_en_Grèce_antique|agricole]] et pastorale. L’art de « gérer un oikos » — l’« oikonomíā », ou [[w:Économie_de_la_Grèce_antique|''économie'']] [[#économie|<sup>III</sup>]] — revêt une importance particulière dans la Grèce antique :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Eh bien, dit '''Socrate''''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]]'', le nom d’économie nous a paru être celui d’une science, et cette science, nous l’avons définie celle par laquelle les hommes font prospérer une maison. Une maison est pour nous la même chose que toute espèce de possession, et nous avons appelé possession ce qui pour chacun est utile à la vie ; enfin le mot utile, nous l’avons appliqué à tous les objets dont on sait user.''<br />[...]<br />''Nous avons ensuite prouvé qu’il n’y a pas pour un homme beau et bon de profession ni de science au-dessus de l’agriculture, qui procure aux hommes le nécessaire. Car cette profession est la plus facile à apprendre et la plus agréable à exercer; elle donne au corps la plus grande beauté, la plus grande vigueur, et aux âmes assez de loisir pour songer aux amis et à la chose publique. L’agriculture nous a paru encore exciter les hommes à devenir courageux, vu que c’est en dehors des remparts qu’elle fournit le nécessaire et la nourriture à ceux qui l’exercent. Voilà pourquoi, dans tous les États, c’est la profession la plus honorée, parce qu’elle donne à la société les citoyens les meilleurs et les mieux intentionnés.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Œuvres complètes de Xénophon</u> [[#Xénophon_back|<sup>⤴️</sup>]], [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/economique2.htm <u>De l’économie</u>], ''Chapitre VI''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="économie"><sup>III</sup></span> Du nom commun grec οἰκονομῐ́ᾱ / oikonomíā [[wikt:en:οἰκονομία#Ancient_Greek|(en)]], « 1. La gestion d’un ménage ou d’une famille, d’élevage : • (d’un État) Administration, gestion; • (d’un poème) Arrangement. 2. Les recettes publiques d’un État. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun οἰκονόμος / oikonómos [[wikt:en:οἰκονόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Celui qui gère un ménage, le maître de la maison. 2. Un intendant d’une propriété, d’un domaine. 3. Un gestionnaire, un administrateur. 4. Un surintendant des finances publiques, trésorier d’une ville. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun οἶκος / oîkos [[#ménage|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun νόμος / nómos [[wikt:en:νόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Utilisation, coutume. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Type ancien de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, compter, diviser par un nombre. 2. (des bergers) Faire paître un troupeau, se rendre au pâturage. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance de la récolte d’olives, en monopolisant tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios|<span id="Chios_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre IV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Chios_back|<span id="Chios"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χῐ́ος / Khíos [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], proche [[w:en:Chios_Strait|(en)]] de la [[w:Turquie|''Turquie'']], et originalement une des douze cités grecques de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Herod. Hist. ''l.''I. ''c.''CXLII-CXLIX</sup>], ligue religieuse (ou [[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']]) chargée du culte de [[w:Poséidon|Poséidon]] ''Helikonios'' au sanctuaire du [[w:Panionium|''Panionion'']] [[#Panionium_back|<sup>⤴️</sup>]], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']], et politique des ''Grecs d’Asie mineure'' contre les ''Perses''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Πάντα γὰρ ὠφέλιμα ταῦτ' ἐστὶ τοῖς τιμῶσι τὴν χρηματιστικήν, οἷον καὶ τὸ [[w:Thalès|'''Θάλεω τοῦ Μιλησίου''']]· τοῦτο γάρ ἐστι κατανόημά τι χρηματιστικόν, ἀλλ' ἐκείνῳ μὲν διὰ τὴν [[wikt:σοφία#Grec_ancien|'''σοφίαν''']] προσάπτουσι, τυγχάνει δὲ καθόλου τι ὄν. Ὀνειδιζόντων γὰρ αὐτῷ διὰ τὴν πενίαν ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης, κατανοήσαντά φασιν αὐτὸν [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|ἐλαιῶν]] φορὰν ἐσομένην ἐκ τῆς ἀστρολογίας, ἔτι [[wikt:en:χειμῶνος#Ancient_Greek|χειμῶνος]] ὄντος εὐπορήσαντα χρημάτων ὀλίγων [[wikt:en:ἀρραβών#Ancient_Greek|'''ἀρραβῶνας''']] διαδοῦναι τῶν [[wikt:en:ἔλαιον#Grec_ancien|'''ἐλαιουργίων''']] τῶν τ' ἐν [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|'''Μιλήτῳ''']] (datif singulier) καὶ [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|'''Χίῳ''']] (datif singulier) πάντων, ὀλίγου μισθωσάμενον ἅτ' οὐθενὸς ἐπιβάλλοντος· ἐπειδὴ δ' ὁ καιρὸς ἧκε, πολλῶν ζητουμένων ἅμα καὶ ἐξαίφνης, ἐκμισθοῦντα ὃν τρόπον ἠβούλετο, πολλὰ χρήματα συλλέξαντα ἐπιδεῖξαι ὅτι ῥᾴδιόν ἐστι πλουτεῖν τοῖς φιλοσόφοις, ἂν βούλωνται, ἀλλ' οὐ τοῦτ' ἐστὶ περὶ ὃ σπουδάζουσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 6.'''</small> '''Θαλῆς''' μὲν οὖν λέγεται τοῦτον τὸν τρόπον ἐπίδειξιν ποιήσασθαι τῆς σοφίας· ἔστι δ', ὥσπερ εἴπομεν, καθόλου τὸ τοιοῦτον χρηματιστικόν, ἐάν τις δύνηται μονοπωλίαν αὑτῷ κατασκευάζειν. Διὸ καὶ τῶν πόλεων ἔνιαι τοῦτον ποιοῦνται τὸν πόρον, ὅταν ἀπορῶσι χρημάτων· μονοπωλίαν γὰρ τῶν ὠνίων ποιοῦσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 7.'''</small> Ἐν [[wikt:Σικελία#Grec_ancien|'''Σικελίᾳ''']] δέ τις τεθέντος παρ' αὐτῷ νομίσματος συνεπρίατο πάντα τὸν [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|'''σίδηρον''']] ἐκ τῶν σιδηρείων, μετὰ δὲ ταῦτα ὡς ἀφίκοντο ἐκ τῶν ἐμπορίων οἱ ἔμποροι, ἐπώλει μόνος, οὐ πολλὴν ποιήσας ὑπερβολὴν τῆς τιμῆς· ἀλλ' ὅμως ἐπὶ τοῖς πεντήκοντα ταλάντοις ἐπέλαβεν ἑκατόν. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Τοῦτο μὲν οὖν [[wikt:Διονύσιος#Grec_ancien|'''Διονύσιος''']] αἰσθόμενος τὰ μὲν χρήματα ἐκέλευσεν ἐκκομίσασθαι, μὴ μέντοι γε ἔτι μένειν ἐν [[wikt:en:Συράκουσαι#Ancient_Greek|'''Συρακούσαις''']], ὡς πόρους εὑρίσκοντα τοῖς αὑτοῦ πράγμασιν ἀσυμφόρους· τὸ μέντοι ὅραμα '''Θάλεω''' καὶ τοῦτο ταὐτόν ἐστιν· ἀμφότεροι γὰρ ἑαυτοῖς ἐτέχνασαν γενέσθαι μονοπωλίαν. Χρήσιμον δὲ γνωρίζειν ταῦτα καὶ τοῖς πολιτικοῖς. Πολλαῖς γὰρ πόλεσι δεῖ χρηματισμοῦ καὶ τοιούτων πόρων, ὥσπερ οἰκίᾳ, μᾶλλον δέ· διόπερ τινὲς καὶ πολιτεύονται τῶν πολιτευομένων ταῦτα μόνον.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], texte collationné sur les manuscrits et les éditions principales par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§5_NdT_J_B-S-H|<span id="§5_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 5.'''</small></span>]] Je citerai ce qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; c’est une spéculation lucrative, dont on lui a fait particulièrement honneur, sans doute à cause de sa sagesse, mais dont tout le monde est capable. Ses connaissances en astronomie lui avaient fait supposer, dès l’[[wikt:χειμών#Grec_ancien|''hiver'']], que la récolte suivante des [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|''olives'']] serait abondante ; et, dans la vue de répondre à quelques reproches sur sa pauvreté, dont n’avait pu le garantir une inutile ''philosophie'', il employa le peu d’argent qu’il possédait à fournir des [[wikt:ἀρραβών#Grec_ancien|''arrhes'']] pour la location de tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]; il les eut à bon marché, en l’absence de tout autre enchérisseur. Mais quand le temps fut venu, les pressoirs étant recherchés tout à coup par une foule de cultivateurs, il les sous-loua au prix qu’il voulut. Le profit fut considérable ; et Thalès prouva, par cette spéculation habile, que les ''philosophes'', quand ils le veulent, savent aisément s’enrichir, bien que ce ne soit pas là l’objet de leurs soins.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> On donne ceci pour un grand exemple d’habileté de la part de '''Thalès''' ; mais, je le répète, cette spéculation appartient en général à tous ceux qui sont en position de se créer un monopole. Il y a même des États qui, dans un besoin d’argent, ont recours à cette ressource, et s’attribuent un monopole général de toutes les ventes. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Un particulier, en [[w:Histoire_de_la_Sicile#Antiquité|''Sicile'']], employa les dépôts faits chez lui à acheter le [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|''fer'']] de toutes les usines; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§8_NdT_J_B-S-H|<span id="§8_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 8.'''</small></span>]] [[w:Denys_l%27Ancien|'''Denys''']] [[#Denys|<span id="Denys_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en fut informé; et tout en permettant au spéculateur d’emporter sa fortune, il l’exila de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']] pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince. Cette spéculation cependant est au fond la même que celle de '''Thalès''' : tous deux avaient su se faire un monopole. Les expédients de ce genre sont utiles à connaître, même pour les chefs des États. Bien des gouvernements ont besoin, comme les familles, d’employer ces moyens-là pour s’enrichir ; et l’on pourrait même dire que c’est de cette seule partie du gouvernement que bien des gouvernants croient devoir s’occuper.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§5_NdT_J_B-S-H">§ 5.</span>]] ''Thalès de Milet'', chef de l’école ionienne, né vers 640 av. J.-C., et mort dans une vieillesse fort avancée ; il était contemporain de Solon, et, comme lui, rangé parmi les sept sages. Voir Platon, ''Rép.'', liv. X, p. 245, trad. de M. Cousin. Voir aussi Diogène de Laërte, liv. I. ''Vie de Thalès'', p. 9, § 38, édit. Firmin Didot.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — Cicéron (''de Divin'' , lib. I, cap. III) raconte le même trait. Il est probable qu’il l’avait emprunté à Aristote, dont il connaissait certainement l’ouvrage.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§8_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§8_NdT_J_B-S-H">§ 8.</span>]] ''Denys l’Ancien'', qui régna de 406 à 367 av. J.-C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — ''Pour les chefs des États.'' Presque tous les gouvernements modernes, et nous pourrions citer le nôtre en particulier, sont de l’avis d’Aristote, et ils demandent une partie de leurs ressources au monopole.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1874|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Denys_back|<span id="Denys"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Διονύσιος / Dionýsios [[wikt:en:Διονύσιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Tyran de la colonie grecque de [[w:Royaume_de_Syracuse|''Syracuse'']], qui connait son apogée sous ce règne.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_431_av._J.-C.|-431]]/[[w:Années_430_av._J.-C.|-430]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Syracuse'' — [[w:Années_367_av._J.-C.|-367]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Telle est l’aventure qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; car elle nous fait connaître une invention relative à cette science. Mais on la lui attribue probablement à cause de son habileté connue, car c’est d’ailleurs quelque chose d’assez ordinaire. En effet, comme on lui faisait un sujet de reproche de sa pauvreté, d’où l’on inférait l’inutilité, de la ''philosophie'', on prétend qu’ayant prévu, dès l’hiver, au moyen de ses connaissances en astrologie, qu’il y aurait une abondante récolte d’olives, il loua tous les pressoirs à [[wikt:ἔλαιον#Grec_ancien|''huile'']] de ''Milet'' et de ''Chios'', à un prix fort modéré, attendu que personne ne songeait à enchérir sur lui ; et ensuite, au moment de la récolte, comme il se présentait un grand nombre de demandeurs, qui étaient fort pressés par le temps, il céda (dit-on) ses marchés aux conditions qu’il voulait, et ayant ainsi gagné beaucoup d’argent, il fit bien voir qu’il serait facile aux ''philosophes'' de s’enrichir s’ils le voulaient, mais que ce n’est pas à cela qu’ils s’appliquent [[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back">'''(1)'''</span>]].</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> Telle est donc la manière dont on raconte que '''Thalès''' fit montre de son habileté ; mais c’est, comme je l’ai dit, un genre de spéculation fort ordinaire, quand on est à portée de se ménager quelque monopole ; aussi y a-t-il des gouvernements qui ont recours a cette ressource, quand ils manquent d’argent, et qui s’attribuent le monopole ou la vente exclusive des denrées.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Il y eut aussi en ''Sicile'' un homme qui employa l’argent qu’on avait déposé chez lui à acheter tout le fer qui provenait des mines, et qui ensuite, lorsque les négociants vinrent de tous les marchés pour s’approvisionner, se trouva seul dans le cas de leur en vendre. Sans même augmenter beaucoup le prix ordinaire, il ne laissa pas de faire un bénéfice de cent talents, sur cinquante qu’il avait avancés.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Cependant '''Denis''' ayant été informé de ce fait lui permit à la vérité d’emporter son argent, mais il lui défendit de demeurer plus longtemps à ''Syracuse'', comme ayant imaginé, pour s’enrichir, un moyen contraire aux intérêts du prince. Au reste, la spéculation de ce ''Syracusain'' était la même que celle de '''Thalès''', car tous deux avaient trouvé le moyen d’exercer un monopole. Il est même quelquefois utile à ceux qui gouvernent de connaître, ce genre de ressources [[#monopole_NdT_J-F_T|<span id="monopole_NdT_J-F_T_back">'''(2)'''</span>]], car il y a bien des gouvernements qui sont obligés d’employer de pareils moyens pour s’enrichir, aussi-bien que les simples familles, et qui même en ont encore plus besoin. Aussi, parmi ceux qui s’occupent de l’administration des états, y en a-t-il qui sont uniquement appliqués à cette partie [de la science politique, c’est-à-dire celle des finances].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T">(1)</span>]] Cicéron (''De Divinat'', I.i, c. 49) rapporte la même anecdote en ces termes: ''Qui '' (Thales ''scil.'') ''ut objurgatores suos convinceret, ostenderet que etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientid olearum ubertatem fore.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monopole_NdT_J-F_T_back|<span id="monopole_NdT_J-F_T">(2)</span>]] On trouve, parmi les ouvrages d’Aristote, un petit traité intitulé Œconomica, qui n’est certainement pas de ce ''philosophe'', et dont l’auteur a recueilli un nombre assez considérable d’exemples de ce genre d’industrie, et d’autres traits de violence ou de fourberie encore plus odieux, attribués à des rois, princes, ou républiques. « De quoy (dit L. Leroi, dans ses<br />« notes sur cet endroit de sa traduction) n’est besoing escrire<br />« livres, parce que ès cours des rois, et ès maniemens des au-<br />« tres gouvernemens, se trouvent toujours assez de tels inven-<br />« teurs, voire plus, bien souvent, qu’il ne seroit besoing : à la<br />« grande foulle et oppression des subjects, et peu d’avantage<br />« des seigneurs, qui ne s’en enrichissent guères, despendant<br />« tout à la mesure qu’ils aient, apportant la facilité de recou-<br />« vrer facilité de despendre. »</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Morale et La Politique d’Aristote. Tome II. Politique</u>, [https://books.google.se/books?id=k-VlAAAAcAAJ&pg=PA46#v=onepage&q&f=false ''Livre I. Chap. IV. §§ 5-8.''], traduites du grec par [[w:Jean-François_Thurot|M. Thurot]], Chez Firmin Didot, Père et Fils, 1824</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Des spéculateurs adroits en ont tiré grand parti, et ceux qui attachent du prix aux richesses ne doivent pas négliger des connaissances qui peuvent leur apporter un bon intérêt. Je me contenterai de citer ici la spéculation de '''Thalès''' de ''Milet'' : il fit une affaire d’argent dont le succès fut attribué à ses rares connaissances, quoique, dans le fait, son opération fût fort ordinaire et sûre. On lui reprochait sa pauvreté, d’où l’on concluait que la ''philosophie'' ne servait à rien. Il avait prévu par ses connaissances astronomiques qu’il y aurait l’année suivante une grande abondance d’olives; on était encore en hiver; il se procura quelque argent, loua tous les pressoirs de ''Milet'' et de ''Chio'', et donna des arrhes ; il les afferma tous à un prix très modéré, attendu qu’il ne se trouva pas d’enchérisseurs ; au moment de la récolte, il y eut concurrence ; alors il mit à ses pressoirs le prix qu’il voulut, fit de gros bénéfices, et prouva ainsi qu’il était facile aux ''philosophes'' de gagner de l’argent, quoique les spéculations mercantiles ne soient pas l’objet de leurs études.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', dit-on, fit cette affaire afin de prouver l'étendue des ressources de la ''philosophie'' ; mais, je le répète, son opération n’exigeait pas une science profonde, attendu que l’accaparement réussit toujours. Ainsi, les gouvernements emploient quelquefois le monopole dans la pénurie de leurs finances, et la vente exclusive leur forme une branche de revenu. Un ''Sicilien'' avait une sommé- d’argent en dépôt; il en acheta tout le fer qui se trouva dans les forges ; bientôt les marchands arrivèrent de différentes contrées, et ne trouvèrent du fer que chez lui. Quoiqu’il n’en eût pas trop élevé le prix, il doubla cependant sa mise de fonds qui était de cinquante talents.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Denys''' eut connaissance de cette spéculation. Il ne dépouilla pas cet adroit monopoleur de son argent; mais il lui ordonna de sortir de ''Syracuse'', attendu qu’un tel système de commerce était nuisible à l'État. Ce ''Sicilien'' avait fait le même calcul que '''Thalès''', c’est- à-dire que tous deux avaient habilement accaparé à leur profit.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Il est bon que les hommes qui sont à la tête des gouvernements, connaissent ces sortes de spéculations ; elles sont utiles à un État qui a souvent autant et plus besoin qu’une famille, d’argent et de moyens d’en acquérir. Aussi voit-on partout que quelques-uns des premiers magistrats sont uniquement chargés des finances.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Politique d’Aristote ou La Science des Gouvernements</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1a.htm#VII ''Tome Premier. Chapitre VII. 1259a.''], ouvrage traduit du grec par le Citoyen [[w:Jean-François_Champagne|Champagne]], Imprimerie d’Antoine Bailleul, An V de la République Française (1797)</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Métaphysique_(Aristote)|Métaphysique]] [[#Métaphysique|<span id="Métaphysique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Métaphysique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, La Métaphysique}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ensemble de quatorze livres écrits par Aristote, rassemblés et organisés après sa mort par le bibliothécaire [[w:Andronicos_de_Rhodes|'''Andronicos''']] [[#Andronicos|<span id="Andronicos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Rhodes#Mythologie|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<span id="Rhodes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui leur donna le titre [[w:Métaphysique_(Aristote)|''Métaphysique'']]. </div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Métaphysique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métaphysique_back|<span id="Métaphysique"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Μετᾰ́ φυσικά / Metá phúsiká;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de μετᾰ́ / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — préposition, « 1. (+ génitif) : • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec, à l’aide de; • Concernant ses relations/transactions avec; • (rare) En même temps. 2. (+ datif, uniquement en poésie, généralement épique) : • Entre parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. (+ accusatif) : • Comme un mouvement vers : dans la poursuite de; • De séquence ou de succession : (d’un lieu) Après, derrière; (temps) après; (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adverbe, « 1. Parmi eux, avec eux. 2. Ensuite. 3. Après. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de nominatif, vocatif et accusatif pluriels neutres φυσικά / phúsiká; de l’adjectif [[wikt:φυσικός#Grec_ancien|φυσικός / phusikós]] [[wikt:en:φυσικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Naturel, produit ou causé par la nature, inné, natif. 2. Physique, ayant à voir avec l'étude du monde matériel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du nom commun φύσις / phúsis [[wikt:en:φύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Origine, naissance. 2. Nature, qualité, propriété. 3. Plus tard, la nature de sa personnalité : tempérament. 4. Forme, silhouette. 5. Ce qui est naturel : la nature. 6. Type, genre. 7. La nature, en tant qu’entité, en particulier de puissance productive. 8. Créature. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe φύω / phúô, « 1. (Transitif) Produire, générer, faire grandir. 2. (transitif) Engendrer, enfanter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir, jaillir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (intransitif, aoriste et parfait). 6. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 7. (intransitif) Être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 8. (impersonnel) C’est naturel, cela arrive naturellement [+infinitif = que ...]. 9. Être son lot naturel [+datif = quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ + le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]], « de ou se rapportant à, à la manière de; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Aristote n’employe jamais ce terme, mais plutôt « [[w:Philosophie_première|''philosophie première'']] » [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], la science de l'être en tant qu'être aussi appelé [[w:Ontologie_(philosophie)|''ontologie'']]. La préposition grecque μετά n’est toutefois pas précise, et a plusieurs significations différentes. Ce serait avec le sens « après » qui semble expliquer l’apparition du mot. En effet, ses écrits sont rassemblés par [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos]] [[#Andronicos|<sup>'''II'''</sup>]] de [[w:Rhodes|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<sup>'''III'''</sup>]] vers [[w:Années_60_av._J.-C.|-60]], qui publie la Métaphysique après la Physique. Le sens du mot méta-physique est donc alors purement éditorial. Le terme commence à changer de sens lorsque les platoniciens et néoplatoniciens ont voulu y voir le nom d’une discipline qui porte sur les réalités au-delà de la physique, conformément à ce que Platon avait mis en place avec sa [[w:Théorie_des_formes|''théorie des Idées'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Andronicos_back|<span id="Andronicos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀνδρόνικος / Andrónikos [[wikt:en:Ἀνδρόνικος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun ἀνδρός / andrós [[wikt:en:ἀνδρός#Ancient_Greek|(en)]]; génitif singulier de ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ du nom commun νῑ́κη / nī́kē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « L’acte de gagner : victoire, succès [+génitif = terminé, dans quelque chose] : • Choses gagnées dans la victoire, fruits de la victoire; • Le dessus, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:École_péripatéticienne|''péripatéticien'']] et supposément le dernier [[w:Scholarque|scholarque]] [[#scholarque_back|<sup>⤵️</sup>]] du [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:58_av._J.-C.|-58]] à [[w:47_av._J.-C.|-47]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Rhodes|''Rhodes'']] — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA200#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §181 - Andronicus de Rhodes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhodes_back|<span id="Rhodes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥόδος / Rhódos [[wikt:en:Ῥόδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Île grecque la plus grande du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], bordée au nord-ouest par la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] et au sud-est par la ''mer Méditerranée'', et dont le [[w:Colosse_de_Rhodes|''colosse'']] est une des [[w:Sept_Merveilles_du_monde|''Sept Merveilles du monde'']], située à l’entrée du port de la ville du même nom.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre Α [[#Alpha_majuscule|<span id="Alpha_majuscule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Description de la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. Il y écrit également une courte [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident#Philosophie_antique|histoire de la ''philosophie'']] en examinant la pensée ''philosophique'' antérieure de l’époque, de '''Thalès''' à '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], en particulier leurs traitements de ses causes.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Alpha majuscule|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alpha_majuscule_back|<span id="Alpha_majuscule"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Aλφα [[wikt:en:ἄλφα#Ancient_Greek|(en)]] το μειζον [[wikt:en:μεῖζον#Ancient_Greek|(en)]] / álpha to meîzon, « Alpha majuscule »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤀 [[wikt:en:𐤀#Phoenician|(en)]], la première lettre de l'[[w:Alphabet_consonantique|''abjad'']] [[#abjad|<span id="abjad_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ''phénicien'', appelée aleph; du [[w:Alphabet_protocananéen|''Proto-Cananéen'']] [[Image:Protoalef.svg|20px]], du [[w:Alphabet_protosinaïtique|''Proto-Sinaïtique'']] [[Image:Proto-semiticA-01.svg|20px]], de l’egyptien <big><big><big><big><big><big>𓃾</big></big></big></big></big></big> representant une tête de bœuf, d’où le nom de la lettre phénicienne 𐤀𐤋𐤐 / ʾlp, « tête de bétail »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif μείζων / meízōn [[wikt:en:μείζων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Meilleur, plus large, plus long, plus grand, plus vieux. 2. Trop bien. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le livre I ou Alpha décrit la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. En raison de leur connaissance des causes et des principes premiers, ils sont mieux placés pour commander que pour obéir. Le livre Alpha passe également en revue les ''philosophies'' antérieures de Thales à Platon, en particulier leur traitement des causes.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#abjad_back|<span id="abjad"><sup>II</sup></span>]] du nom commun arabe أبجد / abjad [[wikt:en:أبجد#Arabic|(en)]], « alphabet »; des quatre premières lettres de l’alphabet arabe disposées dans l’ancien style, qui est similaire à l’ordre grec et hébreu : أ / alif [[wikt:en:أ#Arabic|(en)]], « a » + ﺏ / bâ [[wikt:en:ب#Arabic|(en)]], « b » + ﺝ / ǧīm [[wikt:en:ج#Arabic|(en)]], « g » + ﺩ / dāl [[wikt:en:د#Arabic|(en)]], « d ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Fondation par '''Thalès''' d’une ''philosophie'' d’un type nouveau, la conservation de toutes choses, où d’une manière absolue rien ne naît et rien ne périt ; L’eau est le principe de tout et la Terre repose et flotte sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Τῶν δὴ πρώτων [[wikt:en:φιλοσόφησα|'''φιλοσοφησάντων''']] οἱ πλεῖστοι τὰς ἐν ὕλης εἴδει μόνας ᾠήθησαν ἀρχὰς εἶναι πάντων·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' ἐξ οὗ γὰρ ἔστιν ἅπαντα τὰ ὄντα καὶ ἐξ οὗ γίγνεται πρώτου καὶ εἰς ὃ φθείρεται τελευταῖον, τῆς μὲν [10] οὐσίας ὑπομενούσης τοῖς δὲ πάθεσι μεταβαλλούσης, τοῦτο στοιχεῖον καὶ ταύτην ἀρχήν φασιν εἶναι τῶν ὄντων, καὶ διὰ τοῦτο οὔτε γίγνεσθαι οὐθὲν οἴονται οὔτε ἀπόλλυσθαι, ὡς τῆς τοιαύτης φύσεως ἀεὶ σωζομένης,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 9.</small>''' ὥσπερ οὐδὲ τὸν [[w:Socrate|'''Σωκράτην''']] φαμὲν οὔτε γίγνεσθαι ἁπλῶς ὅταν γίγνηται καλὸς ἢ μουσικὸς [15] οὔτε ἀπόλλυσθαι ὅταν ἀποβάλλῃ ταύτας τὰς ἕξεις, διὰ τὸ ὑπομένειν τὸ ὑποκείμενον τὸν '''Σωκράτην''' αὐτόν, οὕτως οὐδὲ τῶν ἄλλων οὐδέν·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 10.</small>''' ἀεὶ γὰρ εἶναί τινα φύσιν ἢ μίαν ἢ πλείους μιᾶς ἐξ ὧν γίγνεται τἆλλα σωζομένης ἐκείνης.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 11.</small>''' Τὸ μέντοι πλῆθος καὶ τὸ εἶδος τῆς τοιαύτης ἀρχῆς οὐ τὸ αὐτὸ [20] πάντες λέγουσιν,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 12.</small>''' ἀλλὰ [[w:Thalès|'''Θαλῆς''']] μὲν ὁ τῆς τοιαύτης ἀρχηγὸς φιλοσοφίας [[wikt:ὕδωρ#Grec_ancien|'''ὕδωρ''']] φησὶν εἶναι (διὸ καὶ τὴν γῆν ἐφ' ὕδατος ἀπεφήνατο εἶναἰ, λαβὼν ἴσως τὴν ὑπόληψιν ταύτην ἐκ τοῦ πάντων ὁρᾶν τὴν τροφὴν ὑγρὰν οὖσαν καὶ αὐτὸ τὸ [[wikt:en:θερμός#Ancient_Greek|'''θερμὸν''']] ἐκ τούτου γιγνόμενον καὶ τούτῳ ζῶν (τὸ δ' ἐξ οὗ γίγνεται, τοῦτ' ἐστὶν [25] ἀρχὴ πάντων) -</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' διά τε δὴ τοῦτο τὴν ὑπόληψιν λαβὼν ταύτην καὶ διὰ τὸ πάντων τὰ σπέρματα τὴν φύσιν ὑγρὰν ἔχειν, τὸ δ' ὕδωρ ἀρχὴν τῆς φύσεως εἶναι τοῖς ὑγροῖς.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Εἰσὶ δέ τινες οἳ καὶ τοὺς παμπαλαίους καὶ πολὺ πρὸ τῆς νῦν γενέσεως καὶ πρώτους [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|'''θεολογήσαντας''']] οὕτως οἴονται περὶ τῆς φύσεως [30] ὑπολαβεῖν· ᾿Ωκεανόν τε γὰρ καὶ Τηθὺν ἐποίησαν τῆς γενέσεως πατέρας, καὶ τὸν ὅρκον τῶν θεῶν ὕδωρ, τὴν καλουμένην ὑπ' αὐτῶν Στύγα [τῶν ποιητῶν]· τιμιώτατον μὲν γὰρ τὸ πρεσβύτατον, ὅρκος δὲ τὸ τιμιώτατόν ἐστιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 15.</small>''' [984a] [1] εἰ μὲν οὖν ἀρχαία τις αὕτη καὶ παλαιὰ τετύχηκεν οὖσα περὶ τῆς φύσεως [1] ἡ δόξα, τάχ' ἂν ἄδηλον εἴη, Θαλῆς μέντοι λέγεται οὕτως ἀποφήνασθαι περὶ τῆς πρώτης αἰτίας</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm <u>Aristotle’s Metaphysics</u>], texte établi par W.D. Ross, Oxford: Clarendon Press. 1924.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' C’est uniquement dans l’ordre de la matière que les premiers ''philosophes'', ou du moins la plupart d’entre eux, ont cru découvrir les principes de tous les êtres.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' En effet, ce qui constitue tous les êtres sans exception, ce qui est la source primordiale d’où ils sortent, ce qui est le terme où ils finissent par rentrer, quand ils sont détruits, substance qui au fond est persistante et qui ne fait que subir des modifications, ce fut là, aux yeux de ces ''philosophes'', l’élément des choses et leur principe; ils en conclurent que d’une manière absolue rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature, telle qu’ils la comprenaient, se conserve et subsiste perpétuellement. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§9_NdT_J_B-S-H|<span id="§9_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 9.'''</small></span>]] De même qu’on ne peut pas dire de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], d’une manière absolue, qu’il est produit et qu’il naît, par cela seul qu’il devient beau ou qu’il devient savant, et que l’on ne dit pas non plus qu’il périt absolument quand il ne perd qu’une de ces manières d’être, par cette excellente raison que le sujet qui est '''Socrate''' lui-même n’en subsiste pas moins ; de même, selon ces premiers ''philosophes'', aucun des autres êtres ne se produit ni ne périt absolument. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§10_NdT_J_B-S-H|<span id="§10_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 10.'''</small></span>]] Car il faut que ce soit ou une nature unique ou des natures multiples, d’où tout le reste puisse sortir, puisque cette nature demeure et persiste toujours.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§11_NdT_J_B-S-H|<span id="§11_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 11.'''</small></span>]] Cependant, quand il s’agît de déterminer le nombre de ces principes ou la nature spéciale de ce principe unique, les opinions ne sont plus unanimes.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§12_NdT_J_B-S-H|<span id="§12_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 12.'''</small></span>]] Par exemple, '''Thalès''', auteur et chef de ce système de ''philosophie'', prétendit que l’eau est le principe de tout, et c’est là ce qui lui fît affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l’eau. Probablement, il tira son hypothèse de ce fait d’observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de l’humidité, et que c’est l’humidité qui fait vivre tout ce qui vit. C’est ainsi que l’élément d’où proviennent quelques-unes des choses parut à '''Thalès''' le principe de toutes choses sans exception. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 13'''</small></span>]] A ce premier motif, qui déjà lui suffisait, il ajouta cette autre observation, que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l’eau est le principe naturel de tous les corps humides. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 14.'''</small></span>]] C’est là, du reste, l’opinion que l’on prête aussi quelquefois aux plus anciens ''philosophes'', qui ont de beaucoup précédé notre âge, et aux premiers [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|''Théologies'']], qui, dit-on, ont compris la nature comme la comprenait '''Thalès'''. Pour eux, en effet, l’[[w:Océan_(mythologie)|'''Océan''']] [[#Océan|<span id="Océan_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et [[w:Téthys_(mythologie)|'''Téthys''']] [[#Téthys|<span id="Téthys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] passaient pour les auteurs de toute génération ; les dieux ne juraient que par l’eau que les poètes nommaient le [[w:Styx|'''Styx''']] [[#Styx|<span id="Styx_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]; or, ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qui est le plus sacré, et rien n’est plus sacré que la chose par laquelle on jure. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 15.'''</small></span>]] [984a] Du reste, que cette antique et vieille idée de la nature ait été réellement professée, c’est ce qu’on ne sait pas très clairement. Mais le système qu’on vient d’attribuer à '''Thalès''' sur la cause première a certainement été le sien.</div></poem> <table cellspacing=30 style="margin: 0 3em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small>[[#§9_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§9_NdT_J_B-S-H">§ 9.</span>]] ''Qu’il est produit et qu’il devient'' II n’y a qu’un seul mot dans le texte. L’idée de Devenir implique nécessairement l’idée d’existence; pour devenir quelque chose, il faut d’abord être.<br /> — ''Des autres êtres, soit animés, soit inanimés.'' Sous toutes les modifications, il y a quelque chose qui subsiste et ne change pas, comme le dit le § suivant. C’est ce qu’on appelle la Substance.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§10_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§10_NdT_J_B-S-H">§ 10.</span>]] ''Une nature.'' C’est le mot même du texte ; on pourrait traduire aussi : « Une substance naturelle ». Cette dernière ve-sion s’accorderait peut-être mieux avec ce qui suit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§11_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§11_NdT_J_B-S-H">§ 11.</span>]] ''Le nombre... ou la nature spéciale...'' Voir la même pensée, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm Traité de l’Âme], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#II liv. I, ch. ii], § 9, p. 114 de ma traduction.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§12_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§12_NdT_J_B-S-H">§ 12.</span>]] ''Thalès.'' Thalès passe pour le plus ancien des ''philosophes grecs''; il serait impossible de préciser le temps où il a vécu ; mais on peut rapporter son existence d’une manière approximative à l’an 600 avant J.-C. C’est près de trois siècles avant Aristote. Le premier témoignage sur Thalès est celui d’Hérodote, liv. I, ch. CLXX, p. 56, édition Firmin-Didot ; Hérodote faisait descendre Thalès d’une famille phénicienne établie à Milet. Voir sur Thalès [https://books.google.fr/books?id=dP9_SKSiThMC&printsec=frontcover&dq=Eduard+Zeller&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj92cbZy6vkAhXTsHEKHWg3C50Q6AEILDAA#v=onepage&q=Eduard%20Zeller&f=false la ''Philosophie des Grecs''], de H. [[w:Eduard_Zeller|Ed. Zeller]], t. I, p. 165 et suiv.<br /> — ''Auteur et chef de ce système de philosophie'', et non, d’une manière générale, « Fondateur de la ''philosophie'' », comme l’ont cru quelques commentateurs. On sait, d’ailleurs, que Thalès n’avait rien écrit.<br /> — ''La terre repose et flotte sur l’eau.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableciel.htm Traité du ciel], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII liv. II, ch. xiii, § 7, p. 194 de ma traduction]. Aristote a parlé plusieurs fois de Thalès, et avec plus d’estime qu’il ne semble en avoir ici.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small> — ''La nourriture de tous les êtres est toujours humide.'' Il est vrai qu’il y a une partie des aliments qui est humide ; mais il y en a aussi une bonne partie qui est sèche, et l’observation de Thalès ne serait pas exacte.<br /> — ''La chaleur même vient de l’humidité.'' Il n’y a pas à s’arrêter beaucoup à ces explications physiques. Dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, liv. 1, ch. ii, § 18], p. 118 de ma traduction, Aristote prête une partie de ces doctrines sur l’eau non point à Thalès, mais à [[w:en:Hippo_(philosopher)|Hippon]] ; voir plus bas, § 16.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Les germes de tous les êtres sont de nature humide.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, loc. cit.]<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§14_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Aux plus anciens philosophes.'' Il n’y a guère avant Thalès d’autres ''philosophes'' que les Théologues, dont il est question un peu plus bas ; mais ici la contexture de la phrase semble distinguer les uns et les autres, quoique des traducteurs paraissent les avoir confondus.<br /> — ''Aux premiers Théologues.'' [[w:Alexandre_d%27Aphrodise|Alexandre d’Aphrodise]] croit qu’Aristote veut désigner ici [[w:Homère|Homère]] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Hésiode|Hésiode]]. On pourrait sans doute ajouter Orphée.<br /> — ''L’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]] et Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]]'', Platon dans le [https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_XI%2C_XII_et_XIII.djvu/63 Cratyle, p. 55, traduction de M. V. Cousin], cite des vers d’Homère, d’Hésiode et d’Orphée, où se retrouvent des idées analogues.<br /> — ''Les poètes.'' C’est Homère qui est certainement désigné ici; voir [https://books.google.se/books?id=sU0YVkeV1hsC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=Et%20l’eau%20noire%20du%20Styx%20en%20ses%20torrents%20secrets%2C%20Le%20plus%20grand%20des%20serments%20que%20les%20dieux%20font%20jamais!%20&f=false l’Iliade, chant xv, vers 37 et 38] : « Et l’eau noire du Styx [[#Styx|<sup>'''III'''</sup>]] en ses torrents secrets, Le plus grand des serments que les dieux font jamais! »<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§15_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_NdT_J_B-S-H">§ 15.</span>]] ''Antique et vieille idée.'' Les deux épithètes sont dans le texte. Cette idée est celle des Théologues et des poètes qu’Aristote vient d’indiquer, et qui étaient de quatre ou cinq siècles antérieurs à Thalès lui-même.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm#III ''Tome Premier. Chapitre III. §§7-15.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Germer-Baillière et C<sup>ie</sup>, 1879</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire de 1879|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Océan_back|<span id="Océan"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὠκεανός / Ōkeanós [[wikt:en:Ὠκεανός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Titan, fils d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]][[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], frère et époux de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téthys_back|<span id="Téthys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τηθύς / Tēthús [[wikt:en:Τηθύς#Ancient_Greek|(en)]]; potentiellement apparenté à τήθη / tḗthē, « grand-mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse marine archaïque, benjamine des [[w:Titan_(mythologie)|Titanides]], fille d’Ouranos et de Gaïa, sœur et épouse d’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στύξ / Stúx; du verbe στυγέω / stugéō, « détester, haïr »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Océanides|Océanide]], fille aînée d’Océan [[#Océan|<sup>'''II'''</sup>]] et de Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]], ou une déesse, fille d’Érèbe [[#Érèbe|<span id="Érèbe_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] et de Nyx [[#Nyx|<span id="Nyx_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] selon d’autres traditions. Elle personnifie le ''Styx'', l’un des fleuves et points de passage des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Érèbe_back|<span id="Érèbe"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Érèbe|Ἔρεβος / Érebos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Frère et époux de Nyx [[#Nyx|<sup>'''V'''</sup>]], divinité primordiale et infernale née du Chaos, personnifiant les ténèbres, l’obscurité des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νύξ#Grec_ancien|Νύξ / Nýx]]; du nom commun [[wikt:νύξ#Grec_ancien|νύξ / nýx]], « 1. Nuit, par opposition au jour. 2. (Par extension) La nuit. 3. (En général) Obscurité, ténèbres. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse primordiale de la Nuit personnifiée.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart de ceux qui philosophèrent les premiers ne considérèrent les principes de toutes choses que sous le point de vue de la matière. Ce d’où sortent tous les êtres, d’où provient tout ce qui se produit, où aboutit toute destruction, la substance persistant la même sous ses diverses modifications, voilà, selon eux, l’élément, voilà le principe des êtres. Aussi pensent-ils que rien ne naît ni ne périt véritablement, parce que cette nature première subsiste toujours. De même que nous ne disons pas que '''Socrate''' naît réellement lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt quand il perd ces manières d’être, parce que le sujet des modifications, parce que '''Socrate''' lui-même persiste dans son existence ; de même on ne peut se servir de ces expressions pour aucun des autres êtres. Car il faut qu’il y ait une nature première, soit unique, soit multiple, qui, subsistant toujours, produit toutes les autres choses. Quant au nombre et au caractère propre des éléments, ces ''philosophes'' ne sont point d’accord.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès [[#Thalès_NdT_AP|<span id="Thalès_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]]''', fondateur de cette ''philosophie'', regarde l’eau comme premier principe. C’est pourquoi il va jusqu’à prétendre que la terre repose sur l’eau ; amené probablement à cette idée, parce qu’il voyait que c’est l’humidité qui nourrit toutes choses, que le chaud lui-même en vient, et que tout animal vit de l’humidité. Or, ce dont viennent les choses, est le principe de toutes choses. Une autre observation encore l’amena à cette opinion. Les semences de toutes choses sont humides de leur nature. Or l’eau est le principe de l’humidité des choses humides.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quelques-uns pensent que les hommes des plus anciens temps, et, avec eux, les premiers ''Théologiens'' [[#Théologiens_NdT_AP|<span id="Théologiens_NdT_AP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], bien antérieurs à notre époque, se figurèrent la nature de la même manière que '''Thalès'''. Ils ont en effet représenté, comme les auteurs de l’univers, l’ '''Océan''' et '''Téthys''' [[#auteurs_univers_NdT_AP|<span id="auteurs_univers_NdT_AP_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; et les dieux jurent, selon eux , par l’eau, par cette eau que les poètes appellent le ''Styx''. Car ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qu’il y a de plus sacré ; et ce qu’il y a de plus sacré, c’est le serment [[#serment_NdT_AP|<span id="serment_NdT_AP_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Y a-t-il dans cette vieille et antique opinion une explication de la nature ? c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Telle fut toutefois, à ce qu’on dit, la doctrine de '''Thalès''' sur la première cause.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: center">'''<small>[[#Thalès_NdT_AP_back|<span id="Thalès_NdT_AP"><sup>1</sup></span>]] De Milet, 600 ans avant J.-C. — [[#Théologiens_NdT_AP_back|<span id="Théologiens_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Orphée, Musée, Eumolpe et les anciens poètes. — [[#auteurs_univers_NdT_AP_back|<span id="auteurs_univers_NdT_AP"><sup>3</sup></span>]] Homère, Hésiode, passim. — [[#serment_NdT_AP_back|<span id="serment_NdT_AP"><sup>4</sup></span>]] Le raisonnement est facile à compléter. Donc le serment est ce qu’il y a de plus ancien. Or, le serment se jure par le ''Styx'', par l’eau ; donc l’eau est ce qu’il y a de plus ancien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm#PIERRON <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm ''Tome Premier. III. §§3-5.''], traduite en français pour la première fois par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]] et [[w:Charles_Zévort|Charles Zévort]], Ébrard, Librairie-Éditeur, Joubert, Librairie-Éditeur, 1840</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart des premiers ''philosophes'' ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidens, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que '''Socrate''' naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même '''Socrate''', sujet de ces changemens, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces élémens, on ne s’accorde pas.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit [[#eau_NdT_VC|<span id="eau_NdT_VC_back"><small>'''(1)'''</small></span>]]; or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides. Plusieurs pensent que dès la plus haute antiquité, bien avant notre époque, les premiers ''théologiens'' ont eu la même opinion sur la nature: car ils avaient fait l’ '''Océan''' et '''Téthys''' auteurs de tous les phénomènes de ce monde, et ils montrent les Dieux jurant par l’eau que les poètes appellent le ''Styx''. En effet, ce qu’il y a de plus ancien est ce qu’il y a de plus saint; et ce qu’il y a de plus saint, c’est le serment. Y a-t-il réellement un système physique dans cette vieille et antique opinion? c’est ce dont on pourrait douter [[#doute_NdT_VC|<span id="doute_NdT_VC_back"><small>'''(2)'''</small></span>]]. Mais pour '''Thalès''' on dit que telle fut sa doctrine.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#eau_NdT_VC_back|<span id="eau_NdT_VC">(1)</span>]] Rapport du système d’Aristote à celui de Thalès, de ὕδωρ à l’[[wikt:ὑγρός#Grec_ancien|ὑγρόν]], considéré comme le principe même du chaud, τὸ [[wikt:θερμός#Grec_ancien|θερμὸν]], et par conséquent comme principe unique. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux1.htm ''Histor. Animal.'' I], 4, Bekk. I, 489. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/partieslivre2.htm ''De partibus animal.'' II], 3, Bekk. I, 649. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie4.htm#IV ''Meterol.'' IV, 4]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/longevite.htm ''De longitudine et brevitate vitæe''], 5, Bekk. I, 240.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#doute_NdT_VC_back|<span id="doute_NdT_VC">(2)</span>]] En effet les prêtres de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] n’avaient pas le système physique de Thalès, et pourtant la mythologie de ces prêtres qui faisaient de l’Océan et de Téthys les auteurs de toutes choses, est le fond primitif d’où plus tard est sorti le système de Thalès á l’insu de Thalès lui-même. La mythologie, non seulement précède, mais enferme déjà la ''philosophie'' à l’insu de l’une et de l’autre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f1.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE <u>De La Métaphysique d’Aristote</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f149.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE ''Tome Premier. Chapitre III. §§2,3.''], essai de traduction du Premier et du Douzième Livres de la Métaphysique par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Chez Ladrange, Librairie, 1835</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Du_ciel|Du ciel]] [[#Du_ciel|<span id="Du_ciel_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Traité_du_Ciel|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Caelo}}] <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Traité [[w:es:Sobre_el_cielo|(es)]] constitué de quatre livres dans lesquels '''Aristote''' expose ses théories astronomiques.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Du ciel|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Du_ciel_back|<span id="Du_ciel"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ οὐρανοῦ / Peri ouranoû;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de la préposition περί / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun οὐρανοῦ / ouranoû [[wikt:en:οὐρανοῦ#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de οὐρανός / ouranós [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait : ciel. 2. La région au-dessus de cette voûte, la demeure des dieux. 3. (''philosophie'') L’univers. 4. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Théorie sur la perfection céleste et la sphéricité de la Terre et des corps célestes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de la Terre reposant sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Ὥστε τὸ μὲν ἀπορεῖν εἰκότως ἐγένετο [[wikt:en:φιλοσόφημα#Ancient_Greek|''φιλοσόφημα'']] πᾶσιν· τὸ δὲ τὰς περὶ τούτου λύσεις μὴ μᾶλλον ἀτόπους εἶναι δοκεῖν τῆς ἀπορίας, θαυμάσειεν ἄν τις. Οἱ μὲν γὰρ διὰ ταῦτα ἄπειρον τὸ κάτω τῆς γῆς εἶναί φασιν, ἐπ´ ἄπειρον αὐτὴν ἐρριζῶσθαι λέγοντες, ὥσπερ '''[[w:Xénophane|Ξενοφάνης]]''' ὁ ''[[w:Colophon_(ville)|Κολοφώνιος]]'', ἵνα μὴ πράγματ´ ἔχωσι ζητοῦντες τὴν αἰτίαν· διὸ καὶ [[w:Empédocle|Ἐμπεδοκλῆς]] οὕτως ἐπέπληξεν, εἰπὼν ὡς<br /><p style="text-indent: 15px;">-εἴ περ ἀπείρονα γῆς τε βάθη καὶ δαψιλὸς [[wikt:en:αἰθήρ#Ancient_Greek|''αἰθήρ'']],<br /><p style="text-indent: 15px;">-ὡς διὰ πολλῶν δὴ γλώσσης ῥηθέντα ματαίως<br /><p style="text-indent: 15px;">-ἐκκέχυται στομάτων, ὀλίγον τοῦ παντὸς ἰδόντων.<br /><p style="text-indent: 15px;">Οἱ δ´ ἐφ´ ὕδατος κεῖσθαι. Τοῦτον γὰρ ἀρχαιότατον παρειλήφαμεν τὸν λόγον, ὅν φασιν εἰπεῖν Θαλῆν τὸν Μιλήσιον, ὡς διὰ τὸ πλωτὴν εἶναι μένουσαν ὥσπερ ξύλον ἤ τι τοιοῦτον ἕτερον (καὶ γὰρ τούτων ἐπ´ ἀέρος μὲν οὐθὲν πέφυκε μένειν, ἀλλ´ ἐφ´ ὕδατος),</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA0#v=onepage&q&f=false <u>Ἀριστοτελους τα σωζομενα. Aristotelis opera omnia quæ extant</u>], [https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA143&lpg=PA143#v=onepage&q&f=false ''Aristotelis De Coelo Liber II. Caput XIII. §7.''], [[d:Q21544592|Karl Hermann Weise]], Lipsiae Sumtibus et Typis Caroli Tauchnitii, 1843<br />(également disponible [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg005.1st1K-grc1:2.13 ici] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2gr.htm#295a là])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 7.</small>'''</span>]] C’est donc à bon droit que tous les ''philosophes'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi. les uns ont soutenu que le bas de la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[w:Xenophanes#Life|(en)]] [[#Xénophane|<span id="Xénophane_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<span id="Colophon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[w:en:Empedocles|(en)]] [[#Empédocle|<span id="Empédocle_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] lui-même n’a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :<br /><p style="text-indent: 15px">» Les fondements du globe et l’éther impalpable,<br /><p style="text-indent: 15px">» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,<br /><p style="text-indent: 15px">» Répétés sans raison par la langue des sots. »<br /><p style="text-indent: 15px">D’autres ''philosophes'' font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de '''Thalès''' de ''Milet'', qui a dit, assure-t-on, qu’elle restait immobile, parce qu’elle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l’ordre de la nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H">§ 7.</span>]] ''Se sont occupés'' : le texte n’est pas aussi explicite.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Plus étranges'', le mot grec est précisément : « plus absurdes. »<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Infini... sans fin'', cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée.<br /><p style="text-indent: 15px"> — Xénophane de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l’édition de Berlin, page 976, a, 32 ; voir aussi l’étude de M. V. Cousin sur Xénophane, pages 32 et 33, édition de 1847.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Empédocle lui-même'', voir les fragments d’Empédocle, édition de Firmin Didot, page 53, colonne 1.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Font reposer la terre sur l’eau'', il restait alors à savoir sur quoi reposait l’eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Thalès de Milet'', voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Ou quelqu’autre matière analogue'', c’est-à-dire plus légère que l’eau.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII ''Livre II. Chapitre XIII. 294b. §7.''] (également disponible [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100118293/IMG00000319 ici]), traduite en français pour la première fois (et au moment de l’écriture de cet article, l’unique traduction disponible en ligne) par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, A. Durand, Librairie-Éditeur, 1866<br />(également disponible [https://archive.org/details/bub_gb_SQWjhZJ4HFkC/page/n3/mode/2up ici])</div> </poem> <span id="éléate_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1866|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Xénophane_back|<span id="Xénophane"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ξενοφάνης / Xenophánēs [[wikt:en:Ξενοφάνης#Ancient_Greek|(en)]]; littéralement « avoir une apparence étrange »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de ξένος / xénos [[wikt:en:ξένος#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adjectif, « 1. Étranger. 2. Étrange, insolite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — nom commun, « 1. Des parties donnant ou recevant l’hospitalité : hôte et bien plus souvent invité. 2. Étranger. 3. Celui qui est employé : ouvrier salarié, mercenaire. 4. Étranger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], poète et précurseur de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<span id="éléate_back2"><sup>IV</sup></span>]]. Il rejette la conception des divinités telles que présentées par Homère ou Hésiode, refusant l’anthropomorphisme des dieux et n’acceptant pas l’idée de comparaison entre dieux et humains. Sa conception est celle d’un Dieu unique et parfait. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03650914v1 <sup>🔍</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] début du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<sup>II</sup>]] — début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Syracuse|''Syracuse'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA211#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §15 - Xénophane de Colophon}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Colophon_back|<span id="Colophon"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κολοφών / Kolophṓn [[wikt:en:Κολοφών#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κολοφών / kolophṓn [[wikt:en:κολοφών#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un sommet. 2. (Figuré) Achèvement, couronnement . 3. Un type de jeu de balle. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], située au nord-ouest d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], et au sud-est de [[w:Lébédos|''Lébédos'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Empédocle_back|<span id="Empédocle"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐμπεδοκλῆς / Empedoklês [[wikt:en:Ἐμπεδοκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἔμπεδος / émpedos [[wikt:en:ἔμπεδος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Debout fermement en place, non renversé, intact. 2. Maintenu en place, stable. 3. En place, non déplacé. 4. Sûr, intact. 5. Non pourri, frais. 6. Non affaibli, non endommagé, conservant sa vigueur. 7. Non diminué en esprit. 8. Bien équilibré. 9. Entretenue avec une vigilance incessante. 10. Sécurisé, non susceptible de confiscation. 11. Assuré, certain, jamais défaillant. 12. Assuré, être attendu avec certitude. 13. En succession infaillible. 14. Offrant un témoignage sûr, sans équivoque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐμ- / em-; du préfixe [[wikt:ἐν-#Grec_ancien|ἐν- / en-]] [[wikt:en:ἐν-#Ancient_Greek|(en)]] dont la consonne change devant [β, μ, π, φ, ψ]; de la préposition ἐν / en [[wikt:en:ἐν#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (lieu) (avec datif) Dans, sur, à ; (avec datif pluriel) Parmi : • (elliptique, avec génitif) Dans la maison ou le pays de; • Entouré par; porter (des habits). 2. (temps) Dans, à, ou pendant le temps de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun πούς / poús [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pied. 2. Jambe. 3. (unité de mesure) Ancienne unité de longueur grecque : pied grec ou [[w:Pous#Culture_et_société|pous]] [[wikt:en:pous#English|(en)]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe de prénoms -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos, « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] grec, membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]], connue pour être l’un des premiers à avoir tenté de découvrir l’[[w:Arkhè|''arkhè'']] du [[w:Cosmos#Philosophie|''cosmos'']], en proposant deux principes qui règnent cycliquement sur l’univers, l’Amour (force d’unification et de cohésion) et la Haine (force de division et de destruction), et qui engendrent les quatre éléments dont sont composées toutes les choses matérielles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_484_av._J.-C.|-484]]/[[w:Années_483_av._J.-C.|-483]], [[w:Histoire_d%27Agrigente#Grande_Grèce|''Agrigente'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_424_av._J.-C.|-424]]/[[w:Années_423_av._J.-C.|-423]], ''lieu de décès indéterminé'') <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]] [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA66#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §19 - Empédocle d’Agrigente}}]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#éléate_back2|<span id="éléate"><sup>IV</sup></span>]] Du ''gentilé'' grec ancien [[wikt:Éléate| Ἑλεάτης / Eleátês]], « 1. (Géographie) Habitant.e d’[[w:Élée|''Élée'']]. 2. Partisan du courant ''philosophique'' créé dans cette ville, l’École éléatique. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du ''toponyme'' Ἑλέα / Eléa, « cité grecque de la côte [[w:Mer_Tyrrhénienne|''tyrrhénienne'']], en [[w:Campanie|''Campanie'']], près du [[w:Golfe_de_Salerne|''golfe de Salerne'']] ».;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe formant les gentilés -άτης / -átês.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] dont étaient membres [[w:Xénophane|Xénophane]] [[#Xénophane_back|<sup>I</sup>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon_back|<sup>II</sup>]], [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée, [[w:Empédocle|Empédocle]] [[#Empédocle_back|<sup>III</sup>]] et [[w:Zénon_d'Élée|Zénon]] [[#Zénon_dElee|<span id="Zénon_dElee_back"><sup>V</sup></span>]] d’Élée.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénon_dElee_back|<span id="Zénon_dElee"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple de [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée et membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Élée|''Élée'']]) <sup>[https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA346#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Zénon d’Élée}}]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_l%27âme|De l’âme]] [[#De_l_ame|<span id="De_l_ame_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:en:On_the_Soul_(Aristotle)|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA335#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Anima}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Œuvre majeure d’ '''Aristote''' sur les principes du vivant, son mouvement, sa génération, ses passions, ses dispositions et ses moyens de connaissance.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De l’âme|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_l_ame_back|<span id="De_l_ame"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ [[#Du_ciel_back|<sup>⤴️</sup>]] Ψυχῆς / Peri psychès;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ψῡχῆς / psūkhês [[wikt:en:ψυχῆς#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de ψυχή / psūkhḗ [[wikt:en:ψυχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le principe d’animation d’un corps humain ou animal, esprit vital, âme, vie (le principe d’animation de la vie) : • (poétique) Souffle de vie, sang de vie ("le principe animant de la vie" dans l’interprétation corporelle); • (''philosophie'', depuis les premiers physiciens) Principe d’animation dans les substances primaires, source de vie et de conscience. 2. Existence animée, considérée comme une possession, sa vie. 3. L’esprit ou l’âme considéré comme distinct du corps et le quittant à la mort (la partie immortelle d’une personne) : • Un esprit désincarné, une ombre ou un fantôme (l’esprit d’une personne décédée). 4. Esprit (attitude animée), soi conscient, personnalité comme centre des émotions, des désirs et des affections, cœur : • (''philosophie'', d’après Platon) L’esprit de l’univers, le principe immatériel du mouvement et de la vie. 5. L’esprit (siège ou organe de la pensée), (la faculté de) raison. 6. (rare, étendu du sens "âme") Papillon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ψῡ́χω / psū́khō [[wikt:en:ψύχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Respirer, souffler. 2. Refroidir, rendre froid. 3. (transitif) Sécher. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Introduction du thème du traité dans le chapitre 1. — Aperçu des points de vue de ses prédécesseurs sur l’âme des chapitres 2 à 5.</div> </poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignages d’une théorie, de '''Thalès''', de l’âme produisant le mouvement, et de son explication du [[w:Magn%C3%A9tisme|''magnétisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' Ἀναξαγόρας δ' ἔοικε μὲν ἕτερον λέγειν ψυχήν τε καὶ νοῦν, ὥσπερ εἴπομεν καὶ πρότερον, χρῆται δ' ἀμφοῖν ὡς μιᾷ φύσει, πλὴν ἀρχήν γε τὸν νοῦν τίθεται μάλιστα πάντων· μόνον γοῦν φησὶν αὐτὸν τῶν ὄντων ἁπλοῦν εἶναι καὶ ἀμιγῆ τε καὶ καθαρόν. Ἀποδίδωσι δ' ἄμφω τῇ αὐτῇ ἀρχῇ, τό τε γινώσκειν καὶ τὸ κινεῖν, λέγων νοῦν κινῆσαι τὸ πᾶν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Ἔοικε δὲ καὶ Θαλῆς ἐξ ὧν ἀπομνημονεύουσι κινητικόν τι τὴν ψυχὴν ὑπολαβεῖν, εἴπερ τὴν λίθον ἔφη ψυχὴν ἔχειν, ὅτι τὸν σίδηρον κινεῖ·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.2/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον B'''], p.164, 405a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#213 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> [[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore|<span id="Anaxagore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], lui, semble distinguer l’âme et l’intellect — on l’a dit plus haut —, mais les traite l’un et l’autre comme une seule nature, avec cette réserve qu’il considère l’intellect comme principe souverain de toutes choses. Il déclare en tout cas que seul, parmi tous les êtres, il est simple, sans mélange et pur. Il assigne au même principe les deux fonctions de connaître et de mouvoir, disant que c’est l’intellect qui imprime le mouvement à l’univers. Il semble que '''Thalès''', lui aussi, d’après ce qu’on rapporte, considérait l’âme comme un principe moteur : l’aimant, selon lui, possède une âme puisqu’il met le fer en mouvement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up ''Chapitre II, 405a, p.9''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Edmond Barbotin de 1966|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaxagore_back|<span id="Anaxagore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξᾰγόρᾱς / Anaxagórās [[wikt:en:Ἀναξαγόρας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ᾰ̓γορᾱ́ / agorā́ [[wikt:en:ἀγορά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Assemblée, en particulier une assemblée du peuple (par opposition à un conseil, βουλή / boulḗ). 2. Le lieu de rassemblement. 3. Discours. 4. Marché, place du marché. 5. Choses vendues au marché, provisions, approvisionnements. 6. Vente. 7. L’heure du marché : midi. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]][[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-500]], [[w:Clazomènes|''Clazomènes'']] — [[w:Années_428_av._J.-C.|-428]], [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA183#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §158 - Anaxagore de Clazomènes}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA751#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Supplément, §180 - Anaxagore}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 13.</small>'''</span>]] '''Anaxagore''' semble distinguer l’âme et l’intelligence, comme nous l’avons déjà dit plus haut, bien qu’il les emploie toutes deux, comme si c’était une seule nature : pourtant il fait surtout de l’intelligence le principe de toutes choses. C’est ainsi qu’il dit que, seule de tout ce qui est, l’intelligence est simple, sans mélange et pure. Il attribue à un même principe tout à la fois et de connaître et de mouvoir. quand il avance que l’intelligence meut l’univers.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 14.</small>'''</span>]] '''Thalès''' aussi peut être rangé parmi ceux qui passent pour avoir considéré l’âme comme ce qui produit le mouvement; car il disait que la pierre d’aimant a une âme, parce qu’elle meut le fer.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Comme nous l’avons déjà dit, plus haut'' , § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu’il a déjà dit sur [[w:Anaxagore|Anaxagore]]. Voir la note relative au § 9. il semble qu’Aristote ne partage pas l’opinion de [[w:Socrate|Socrate]] sur le vice du système d’Anaxagore. Voir le [[s:https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_I_et_II.djvu/286|Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin.]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Thalès aussi.'' [[w:Jean_Philopon|Philopon]] blâme Aristote d’avoir ici rapporté l’opinion de Thalès; car il s’agit dans ce passage des ''philosophes'' qui ont confondu l’âme avec les principes qu’ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l’idée de mouvement dont il n’est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#213 ''Chapitre II, 405a, §§ 13-14''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre V.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 15.'''</small> Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοῖς καλουμένοις ἔπεσι λόγος· φησὶ γὰρ τὴν ψυχὴν ἐκ τοῦ ὅλου εἰσιέναι ἀναπνεόντων, φερομένην ὑπὸ τῶν ἀνέμων, οὐχ οἷόν τε δὲ τοῖς φυτοῖς τοῦτο συμβαίνειν οὐδὲ [411a] τῶν ζῴων ἐνίοις, εἴπερ μὴ πάντα ἀναπνέουσιν· τοῦτο δὲ λέληθε τοὺς οὕτως ὑπειληφότας.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 16.</small>''' (Εἰ δὲ δεῖ τὴν ψυχὴν ἐκ τῶν στοιχείων ποιεῖν, οὐθὲν δεῖ ἐξ ἁπάντων· ἱκανὸν γὰρ θάτερον μέρος τῆς ἐναντιώσεως ἑαυτό τε κρίνειν καὶ τὸ ἀντικείμενον. Καὶ γὰρ τῷ εὐθεῖ καὶ αὐτὸ καὶ τὸ καμπύλον γινώσκομεν· κριτὴς γὰρ ἀμφοῖν ὁ κανών, τὸ δὲ καμπύλον οὔθ' ἑαυτοῦ οὔτε τοῦ εὐθέος.)<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 17.</small>''' Καὶ ἐν τῷ ὅλῳ δή τινες αὐτὴν μεμῖχθαί φασιν, ὅθεν ἴσως καὶ '''Θαλῆς''' ᾠήθη πάντα πλήρη θεῶν εἶναι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.5/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον Ε'''], p.180, 410b-411a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#515 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Sous ce même grief tombe aussi la doctrine exprimée dans les vers attribués à '''Orphée''' : d’après elle, l’âme provient de l’univers extérieur et pénètre dans les êtres vivants par la respiration, les vents lui servant de véhicule — chose impossible dans le cas des plantes et de certains animaux, puisque tous ne sont pas doués de respiration ! C’est ce qui a échappé aux tenants de cette opinion. — Quand bien même il faudrait constituer l’âme en partant des éléments, il n’est nullement nécessaire de les prendre tous comme principes. En effet, l’un ou l’autre terme de la contrariété suffit à se juger lui-même ainsi que son contraire. C’est ainsi que par la ligne droite nous connaissons la ligne droite elle-même et la courbe, car la règle les juge tous deux (tandis que la courbe ne juge ni elle-même ni la ligne droite).<br /><p style="text-indent: 15px;">Certains autres penseurs déclarent que l’âme est mêlée à l’univers entier : peut-être est-ce l’origine de l’opinion de '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up/ <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up ''Chapitre V, 410b-411a, p.25''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 15.</small>'''</span>]] C’est là aussi l’erreur que présente cette pensée dans les vers appelés [[w:Orphisme|''Orphiques'']]. « L’âme, y est-il dit, vient de l’univers entrer dans les animaux, quand ils respirent, apportée par les vents. » Or, cela n’est certes pas possible pour les plantes, ni même pour certains [411a] animaux, puisque tous les animaux ne respirent pas. Mais c’est ce qu’ignoraient ceux qui ont avancé ces assertions hypothétiques.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 16.</small>'''</span>]] S’il faut d’ailleurs composer l’âme avec les éléments, il ne faut pas du moins la composer avec tous. En effet, il suffit d’une des deux parties de l’opposition, pour juger et cette partie même et l’opposé. Ainsi, par le droit , nous connaissons et le droit lui-même et la courbe. Le juge de tous les deux, c’est la règle, tandis que le courbe ne peut être la mesure ni de lui-même ni du droit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 17.</small>'''</span>]] Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers, et c’est là peut-être ce qui a fait penser à '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 15.</small></span>]] ''Dans les vers appelés Orphiques.'' Le mot appelés prouve qu’Aristote ne croyait pas que ces vers fussent réellement d’[[w:Orphée|Orphée]] (en grec ancien [[wikt:Ὀρφεύς#Grec_ancien|Ὀρφεύς / Orpheús]]). Le même doute est exprimé encore dans le traité [[w:Génération_des_animaux|''de la Génération des animaux'']]. liv. II. chap. 1, p. 734, a . 19, édit. de Berlin. — ''Vient de l’univers.'' Le texte dit « du tout. » Voir aussi sur cette opinion d’Aristote, relative à Orphée, [[w:Cicéron|Cicéron]], [[wikt:De_natura_deorum|de Natura deorum]], liv. 1, chap. 38. — ''Pour les plantes.'' Aristote reconnaît une âme dans les plantes, l’âme nutritive. Voir plus loin, liv. Il, chap. 2, § 3.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 16.</small></span>]] ''Pour juger et cette partie même.'' Le texte dit mot à mot . « Et pour que cette partie se juge elle-même. » La traduction que j’ai adoptée me semble plus claire. M. [[w:Friedrich_Adolf_Trendelenburg|Trendelenbourg]] rappelle ce principe de [[w:Baruch_Spinoza|Spinoza]] qui est tout-à-fait identique à celui d’Aristote « Verum sui index et falsi. » — ''La mesure ni de lui-même ni du droit.'' Il a donc peut-être eu tort de dire plus haut d’une manière générale qu’une des deux parties de l’opposition est suffisante.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 17.</small></span>]] ''Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers.'' C’est ainsi que [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]] comprend ce passage, qui semblerait alors s’adresser aux théories du [[w:Timée_(Platon)|Timée]]; mais [[w:Jean_Philopon|Philopon]] admet un autre sens que le texte peut donner aussi « Que l’âme est dans tout corps, et que l’âme se trouve mêlée aux éléments qui composent tous les corps. » Je préfère le premier sens comme étant plus d’accord avec ce qui suit.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#515 ''Chapitre V, 410b-411a, §§ 15-17''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposemment, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposemment, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}] </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><small>2-4</small></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><small>13</small></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><small>14-15</small></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><small>19</small></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><small>22</small></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><small>23</small></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><small>29</small></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><small>30</small></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><small>31-32</small></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</small></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l'''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] = <p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']]) <span id="Oligarchie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Rome|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie"><sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe‎ nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ +‎ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']]. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Cicéron|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_Republica|De Re Publica]] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] === <p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div> ==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Planètes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div> </poem> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉‎ / ḥny (/⁠ḥannī⁠/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ du nom commun 𐤁𐤏𐤋‎ / bʿl (/⁠baʿl⁠/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒‎ / brq (/⁠baraq⁠/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[#scholarque_back|<sup>⤴️</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[#Rhodes_back|<sup>⤴️</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>VI.</small>''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' — P<small>HILUS</small> : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.</small>'''</div> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>VIII.</small>''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴%EF%B8%8F|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Legibus|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em"><small>Lacune de peu d’étendue.</small></div> <table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.</small>'''</poem></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[#Sophiste_back|<sup>⤴️</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’ '''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div> <table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues. </small>'''</td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''M.''' [...]</small> Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<small><sup>NOTES</sup></b></small>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Divinatione|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[#phénicienne_back|<sup>⤴️</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<small>XLIX.</small>''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div> <span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Natura Deorum|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup><small>ODYSSEUM</small></sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|G<small>EDICKE</small>]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.''</small>''' </td> </tr> </table> <div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante/début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|alignT=center|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>'' '''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’ '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.</small> {{Boîte déroulante/fin}}</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup><small>REMARQUES</small></sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]]) </div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’ '''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[#Océan_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys_back|<sup>⤴️</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne_back|<sup>⤴️</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[#Abdère_back|<sup>⤴️</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]). </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’ '''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’ '''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’Epicure portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris. </div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Académiques|Academica]] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem> ==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] <p style="text-align: right;">[[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ==== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div> ===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] ===== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem> ====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent. </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''C<small>HAP</small>. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[#Zénon_dElee_back|<sup>⤴️</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Vitruve|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Architectura|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>II.</small> De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.</small> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>2.</small> Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 2.'''</small> Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALÈS</small> d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALES</small> e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> I<small>NCAPABLES D’ALTERATION</small>.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> A<small>FIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</small></span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''1.'''</small> Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>1.</small>''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VIII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÆFATIO</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">D<small>E</small> septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>INTRODUCTION</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÉFACE</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’A<small>IR</small>, le F<small>EU</small>, l’E<small>AU</small> et la T<small>ERRE</small>, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L<small>E</small> ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre IX ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>CHAPITRE VII.</small>.<br /><p style="text-align: center;"><small>DES CONSTELLATIONS DU MIDI.</small><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[#Historien|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'' [[#Grec|<sup>⤴️</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque_back|<sup>⤴️</sup>]] ''historique'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]]<p style="text-align: right;">[[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Bibliothèque historique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d'Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXIV.</small>''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto 0 auto">Suite des [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions au Ier millénaire EC]]</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] 9kgt4dnydm4q1246kcggatn62plednu 766182 766181 2026-05-07T09:28:03Z Alex Mtlr 103840 /* Hérodote I */ Suppression balisage HTML<small> et </small> + éclaircissements du wikicode 766182 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Histoire de la philosophie|Histoire de la philosophie]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Présocratiques|Présocratiques]]''' | width="34%" align="center"|'''[[Philosophie/Histoire de la philosophie/La philosophie antique|La philosophie antique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Anaximandre de Milet|Anaximandre de Milet]]''' |} {{Wikifier}} {{EnTravaux}} {{navigation Milet|style="margin: 0 2em; text-align: center;"|[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Liste des sources|Les sources]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Theodor Gomperz|Études]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Thalès dans la littérature|Littérature]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Classement thématique|Classement thématique]]|[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions Ier millénaire EC]]}} {{Clr}} <span style="font-size:18pt;">[[w:Thal%C3%A8s|'''Thalès''']] [[#Thalès|<span id="Thalès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Milet|''Milet'']] [[#Milet|<span id="Milet_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]</span> <p style="text-align: right;">([[w:Ann%C3%A9es_620_av._J.-C.|-625/-620]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'' — [[w:Ann%C3%A9es_540_av._J.-C.|-548/-545]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA771#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §19 - Thalès de Milet}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em;">[[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']][[#Philosophe|<span id="Philosophe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Présocratiques|''présocratique'']][[#Présocratique|<span id="Présocratique_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']][[#ionien|<span id="ionien_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Thalès de ''Milet''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Thalès_back|<span id="Thalès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλῆς / Thalễs [[wikt:en:Θαλῆς#Ancient_Greek|(en)]], potentiellement « celui qui prospère »; <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''➥ du verbe θᾰ́λλω / thállō [[wikt:en:θάλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Fleurir, germer. Grandir, s’épanouir, prospérer. Grossir, abonder. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ής#Grec_ancien|-ής / -ês]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, toutes les attributions faites à Thales de ''Milet'', plutôt tardives, sont difficiles à vérifier, et pourraient être dues à la volonté de faire remonter à une grande figure de ''philosophe'' certaines découvertes scientifiques. Mais il est possible que Thalès ait introduit en Grèce un certain nombre de théories scientifiques qui avaient été développées par les ''Égyptiens'' en ''géométrie'' ou les ''Babyloniens'' en ''astronomie''.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Milet_back|<span id="Milet"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μίλητος / Mílētos [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']][[#ionien|<sup>V</sup>]], fondée, selon diverses légendes, par [[w:Milétos|Milétos]], un héro mythologique. Le tyran [[w:Thrasybule_de_Milet|Thrasybule]] conserva l’indépendance de ''Milet'' à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] grâce à une guerre de 12 ans contre la ''Lydie'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]]; mais elle tomba au début du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]; et, au milieu du siècle, passa aux mains des ''perses'' [[#Perses_back|<sup>⤵️</sup>]], à la défaite du roi de ''Lydie'' Crésus [[#Crésus_back|<sup>⤵️</sup>]] par le roi ''achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] Cyrus II [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤵️</sup>]]. <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Philosophe_back|<span id="Philosophe"><sup>III</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:φιλόσοφος#Grec_ancien|φιλόσοφος / philósophos]], « celui qui aime la sagesse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:σοφός#Grec_ancien|σοφός / sophós]], « 1. Habile. 2. (En parlant de l’intelligence ou du caractère) • Prudent, sage; • (En particulier) Initié à la sagesse; • (En particulier) Ingénieux, fin, rusé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les termes de « philosophie » (φιλοσοφία / philosophíā) et « philosophe » (φιλόσοφος / philósophos) ne sont pas utilisés par les premiers penseurs : les termes apparaissent pour la première fois chez [[w:Gorgias|Gorgias]] de Leontinoi [[#Gorgias|<span id="Gorgias_back"><sup>VI</sup></span>]], dans l’[[w:Éloge_d%27Hélène|''Éloge d’Hélène'']], §13 (le terme apparaît également dans le fragment B93 d’[[w:Héraclite|Héraclite]], mais son authenticité est contestée) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''13. Que la persuasion, en s’ajoutant au discours, arrive à imprimer jusque dans l’âme tout ce qu’elle désire, il faut en prendre conscience.<br />Considérons en premier lieu les discours des [[w:Histoire_de_la_météorologie#Antiquité|''météorologues'']][[#météorologie|<span id="météorologie_back"><sup>VII</sup></span>]] : en détruisant une opinion et en en suscitant une autre à sa place, ils font apparaître aux yeux de l’opinion des choses incroyables et invisibles.<br />En second lieu, considérons les plaidoyers judiciaires qui produisent leur effet de contrainte grâce aux paroles : c’est un genre dans lequel un seul discours peut tenir sous le charme et persuader une foule nombreuse, même s’il ne dit pas la vérité, pourvu qu’il ait été écrit avec art. <br />En troisième lieu, considérons les discussions '''philosophiques''' : c’est un genre de discours dans lequel la vivacité de la pensée se montre capable de produire des retournements dans ce que croit l’opinion.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/philosophie/wp-content/uploads/sites/24/2019/06/Chap1_philo-textes.pdf <u>Les Écoles présocratiques</u>, ''Gorgias, Éloge d’Hélène, 1, §13''], traduction du grec ancien par Daniel Delattre, Jean-Paul Dumont et Jean-Louis Poirier, Folio essais, 1991, p. 711-713.<br />(version bilingue grec ancien-français également disponible [https://www.cairn.info/revue-de-philosophie-ancienne-2017-1-page-15.htm ici])<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, on peut généralement considérer qu’il y a une rupture à partir de Thalès de Milet entre les mythologues précédents (Homère et surtout Hésiode) et les philosophes, dans l’explication du monde par une causalité unifiée (et non multiple) et systématique (et donc naturelle, plutôt que dépendante des caprices divins, et donc surnaturelle), et dans la nécessité de justification par argumentation de ces derniers.''' <br/><br/><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Présocratique_back|<span id="Présocratique"><sup>IV</sup></span>]] Les présocratiques sont des ''philosophes'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] qui, dans la ''Grèce antique'', ont participé aux [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident|''origines de la philosophie'']] du milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] jusqu’au [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et n’ayant pas subi l’influence de [[w:Socrate#Place_de_Socrate_dans_la_philosophie_antique|Socrate]] [[#Socrate_back|<sup>⤵️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est difficile de définir leur unité dans une opposition nette à la philosophie socratique, tant ils se différencient même dans les sujets traités. [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] les désigne par le terme de [[wikt:φυσικός#Nom_commun|φῠσῐκοί / phusikoí]], « [[w:Histoire_de_la_physique#Antiquité|''physiciens'']] », définissant l’objet principal de leurs recherches par la [[w:φύσις#Grec_ancien|φῠ́σῐς / phúsis]], « la nature » [http://www.remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys1.htm <sup>Physique, liv.I, chap.II., §§1,7 & chap.V., §1</sup>]. Les premiers présocratiques sont originaires de Milet [[#Milet|<sup>II</sup>]] et sont au nombre de trois : Thalès, Anaximandre [[#Anaximandre_back|<sup>⤵️</sup>]] et Anaximène [[#Anaximène_back|<sup>⤵️</sup>]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#ionien_back|<span id="ionien"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ἴων / Íōn [[wikt:en:Ἴων#Ancient_Greek|(en)]], « ''ionien, un habitant d’Ionie''. [[w:Ion_(mythologie)|Ion]], l’ancêtre mythologique du peuple ''ionien'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Région historique du monde grec antique située dans l’ouest de l’Asie Mineure, ou [[w:Anatolie|''Anatolie'']], entre [[w:Phocée|''Phocée'']] au nord et ''Milet'' [[#Milet|<sup>II</sup>]] au sud; qui passa, au milieu du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] d’une indépendance de chaque cité, à une domination ''lydienne'' [[#Lydie_back|<sup>⤵️</sup>]], puis à une [[w:Satrape|''satrapie'']] ''perse''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Gorgias_back|<span id="Gorgias"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γοργίᾱς / Gorgíās [[wikt:en:Γοργίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif γοργός / gorgós, « 1. Sinistre, féroce, terrible. 2. Fougueux, vigoureux. 3. (du style littéraire) Véhément, vigoureux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal masculin -ίας / -ías [[wikt:en:-ίας#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe|<sup>III</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique|<sup>IV</sup>]], de profession rhéteur enseignant la rhétorique [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm#449a <sup>Platon, Gorgias, §449a</sup>] ou orateur [https://www.cs.uky.edu/~raphael/sol/sol-cgi-bin/search.cgi?login=guest&enlogin=guest&db=REAL&field=adlerhw_gr&searchstr=gamma,388 <sup>Souda, Adler id. gamma 388</sup>], et désigné comme sophiste [[#sophistes_back|<sup>⤵️</sup>]] de Léontium [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#282b <sup>Platon, Hippias Majeur, §282b</sup>] et fondateur de la sophistique primitive, à savoir « la rhétorique appliquée à la philosophie : elle traite, en effet, dans ses dissertations, les mêmes matières que les philosophes ; seulement, voici la différence : avec leur système d’interrogations insidieuses, et leur manière de traiter les questions par une minutieuse analyse des détails, les philosophes nous avouent, sur bien des points, qu’ils sont encore dans l’ignorance, et, ces points-là, le sophiste des anciens temps en parle comme de choses qu’il connaît [... et traite] sans restriction dans toutes ces matières » [https://remacle.org/bloodwolf/roman/philiostrate/vie.htm <sup>Philostrate, Vies des Sophistes, liv. I, Intro.</sup>]. <br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA486#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §28 - Gorgias de Leontinoi}}]''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#météorologie_back|<span id="météorologie"><sup>VII</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μετεωρολογία / meteōrología [[wikt:en:μετεωρολογία|(en)]], « étude/discussion des corps et phénomènes célestes »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif μετέωρᾰ / metéōra [[wikt:en:μετέωρος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Élevé, en haut, dans les airs. 2. (nominalisé, neutre pluriel) Phénomènes astronomiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de la préposition μετά / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. [avec génitif] • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec l’aide de; • Concernant ses relations avec; • (rare) en même temps. 2. (uniquement en poésie, généralement épique) [avec datif] • Entre, parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. [à l’accusatif] • Comme un mouvement vers : à la poursuite de; • De séquence ou de succession : a. (d’un lieu) Après, derrière; b. (temps) Après; c. (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe ἀείρω / aeírō [[wikt:en:ἀείρω#Ancient_Greek|(en)]], « (Épique, ionique, poétique) 1. (transitif) Élever, lever, soutenir : (d’armées, de navires, transitifs) Pour mettre la flotte sous voiles, appareiller. 2. (transitif) Porter, soutenir. 3. (transitif) Élever, exalter : (transitif) Élever par des mots, louer, exalter. 4. (transitif) Soulever et emporter, enlever : • (transitif, avec le génitif) Pour enlever de; • (κοινὴ διάλεκτος / koinḕ diálektos [[wikt:en:Κοινή#Ancient_Greek|(en)]], le « [[w:Koinè_(grec)|langage commun]] » parlée en Grèce depuis l’époque d’Alexandre environ, et comprise partout où l’on parlait grec, transitif) partir soudainement en catimini, tuer. 5. (voix moyenne, transitive) Prendre pour soi, gagner : • (transitif) Prendre sur soi, subir : (transitif) Entreprendre, commencer; • (transitif) Élever; • (transitif) À emporter. 6. (voix passive, intransitive) à suspendre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -λογία / -logía [[wikt:en:-λογία#Ancient_Greek|(en)]], « Base pour les noms désignant l’étude de quelque chose, ou la branche de connaissance d’une discipline. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun λόγος / lógos, « 1. Ce qui est dit : mot, phrase, discours, histoire, débat, énoncé, argument. 2. Ce qui est pensé : raison, considération, calcul, estimation. 3. Un compte rendu, une explication ou un récit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe nominatif abstractif -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu’à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la '''météorologie'''. Elle comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l’élément premier des corps, et qui ont lieu dans l’espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l’air et de l’eau. Enfin cette science comprend l’étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu’ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#12 <u>Météorologie d’Aristote</u>, ''Livre I, § 2.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1863'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce|<span id="Grèce_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''Classique'' = <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Bataille_de_Salamine|Victoire ''grecque'' de ''Salamine'']] contre les Perses — [[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]]) {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Grèce|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Grèce_back|<span id="Grèce"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:Γραικός#Grec_ancien|Γραικός / Graikós]], étymologie obscure;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Aristote [[#Aristote_back|<sup>⤵️</sup>]] a été l’un des premiers à utiliser le nom Graeci (Γραικοί) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''La vieille [[w:Grèce_antique#Cadre_géographique|''Hellade'']] est près de [[w:Dodone|''Dodone'']] (Δωδώνη [[wikt:en:Δωδώνη#Ancient_Greek|(en)]]) et de l’[[w:Achéloos_(fleuve)|''Achéloûs'']] ([[wikt:Ἀχελῷος#Grec_ancien|Ἀχελῷος]]); car ce fleuve a souvent changé son cours. Les peuples qui habitaient jadis ces lieux étaient les [[w:Selles_(Dodone)|''Selles'']] (Σελλοί), et ceux qu’on appelait alors Grecs et qui on nomme aujourd’hui Hellènes (Έλληνες [[wikt:en:Ἕλληνες#Ancient_Greek|(en)]]). ''»<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Météorologiques_(Aristote)|<u>Aristote, Météorologie</u>'']]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie.htm#1422 ''Livre I, Chapitre XIV, §22.'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Filiation [[w:Noms_des_Grecs|''des Héllènes et des Grecs'']] confirmée par la [[w:Chronique_de_Paros|''Chronique de Paros'']] [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/ {{Info|<sup>🔍</sup>|le premier exemple existant d’un tableau chronologique grec}}] ([[w:264_av._J.-C.|-264]]/[[w:263_av._J.-C.|-263]]) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''À partir du moment où [[w:Hellen|Hellen]] le [fils de] [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deuc[alion]]] devint roi de [[w:Phthiotide|[Phthi]otis]], et ceux qui étaient auparavant appelés Grecs furent nommés Hellènes.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>[[w:Chronique_de_Paros|Chronique de Paros]]</u>, [https://ashmolean.museum/ash/faqs/q004/q004008.html ''Fragment perdu, §6'']<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;"> Après le développement des premiers villages agricoles durant les époques néolithiques, la [[w:Histoire_de_la_Grèce_antique|''Grèce'']] voit l’essor de plusieurs ensembles culturels dans les [[w:Civilisation_des_Cyclades|''Cyclades'']], la ''Crète [[w:Civilisation_minoenne|minoenne]]'' et le sud de la ''Grèce continentale [[w:Helladique|helladique]]'', durant l’[[w:Âge_du_bronze#Grèce_et_Crète|''Âge du Bronze'']] ([[w:XXXIIIe_siècle_av._J.-C.|XXXIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:XIIIe_siècle_av._J.-C.|XIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]). L’effondrement de la dernière grande culture grecque de l’âge du bronze, la [[w:Civilisation_mycénienne|civilisation ''mycénienne'']], ouvre une période de transition et de recompositions, les « [[w:Siècles_obscurs|siècles obscurs]] », qui porte en germe un renouveau de la civilisation grecque. Débutent ensuite les phases généralement tenues pour caractéristiques de la « Grèce antique ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_archaïque|''période archaïque'']] ([[w:Années_800_av._J.-C.|-800]] — [[w:Années_480_av._J.-C.|-480]]), voit la formation de la civilisation des cités grecques, forme d’organisation caractéristique de la Grèce antique, une [[w:Colonisation_grecque|période d’expansion]] par la fondation de nouvelles cités dans d’autres régions de la Méditerranée et de la mer Noire, et l’apparition de formes littéraires et intellectuelles originales (épopées homériques, poésie lyrique, ''philosophie'').<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_classique|''période classique'']] ([[w:Années_480_av._J.-C.|-480]] — [[w:323_av._J.-C.|-323]]), apparaît à la suite de la victoire d’une coalition de cités ''grecques'' face à la [[w:Guerres_médiques|tentative de conquête des ''Perses'']], qui laisse face-à-face les deux cités les plus puissantes, ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]], qui entraînent le monde grec dans un [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''conflit de grande ampleur'']] [[#Péloponnèse_back|<sup>⤵️</sup>]] ([[w:431_av._J.-C.|-431]] — [[w:404_av._J.-C.|-404]]). Cette période voit une floraison culturelle se produire autour du foyer athénien, visible dans l’art, l’architecture, le théâtre, la ''philosophie'', etc. Le [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] voit se poursuivre les rivalités entre cités pour l’exercice de l’hégémonie, situation finalement réglée par l’émergence du [[w:Royaume_de_Macédoine|''royaume de Macédoine'']] qui parvient à dominer les cités de ''Grèce'' en [[w:338_av._J.-C.|-338]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La [[w:Époque_hellénistique|''période hellénistique'']] ([[w:323_av._J.-C.|-323]] — [[w:31_av._J.-C.|-31]]), une nouvelle phase d’expansion des ''Grecs'', cette fois-ci vers l’est et le sud, avec la fondation de nombreuses cités ''grecques'' en Asie occidentale. La civilisation ''grecque'' devient alors dominante sur le plan culturel, aussi bien dans le monde ''méditerranéen'' qu’en ''Orient'', appuyée sur les dynasties d’origine ''gréco-macédonienne'' (''Lagides'' en ''Égypte'', ''Séleucides'' en ''Asie occidentale'', ''Antigonides'' en ''Macédoine'', ''Attalides'' de ''Pergame''). C’est aussi une période très dynamique dans le domaine intellectuel, notamment dans les sciences. Les royaumes ''hellénistiques'' font face à partir de la fin du [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] à l’expansion de la République romaine, qui soumet progressivement le monde ''grec'' et annexe ses différentes régions, jusqu’à la conquête de l’Égypte en [[w:31_av._J.-C.|-31]], date qui marque couramment la fin des histoires de la ''Grèce antique''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == '''[[w:Hérodote|Hérodote]] ''' [[#Hérodote|<span id="Hérodote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Halicarnasse|''Halicarnasse'']] en [[w:Carie_(Antiquit%C3%A9)|''Carie'']], [[w:Satrapie_de_Carie|''satrapie'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] — [[w:425_av._J.-C.|-425]], à [[w:Thourioi|''Thourioï'']], cité ''grecque'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], fondée sur le site antérieur de [[w:Sybaris|''Sybaris'']], dont '''Hérodote''' a participé à l’[[w:Colonisation_grecque|''essaimage'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Hérodote|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Bust of Herodotus in Palazzo Massimo (Rome).JPG|vignette|Portrait d’Hérodote, identifié par comparaison avec d’autres bustes nommés de l’historien. Marbre grec, copie romaine d’un original grec du début du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : environs de la [[w:Porta_Metronia|''Porta Metronia'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Rez-de-chaussée [https://www.rome-roma.net/musee-national-romain/palais-massimo-alle-terme/sculptures-epoque-republicaine/ <sup>🔍</sup>] du [[w:Musée_national_romain|''Museo nazionale romano'']] di [[w:Palais_Massimo_des_Thermes|''Palazzo Massimo alle Terme'']] [https://commons.wikimedia.org/wiki/Catalogue_of_the_Collections_of_Museo_nazionale_romano_di_palazzo_Massimo <sup>PMT 85</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_fondateurs_de_l’histoire|Historien]] [[#Histoire_back|<sup>⤵️</sup>]] et [[w:Histoire_de_la_géographie#Grèce_archaïque_et_classique|''géographe'']] [[#géographe|<span id="géographe_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], surnommé par '''Cicéron''' [[#Cicéron_back|<sup>⤵️</sup>]] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/lois.htm {{Info|« le père de l’histoire »|Cicéron, Des Lois, Livre I, Chapitre 1, §5.}}].</div> </poem> <span id="théophore_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Hérodote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Hérodote_back|<span id="Hérodote"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre [[w:Nom_théophore|''théophore'']] [[#théophore|<sup>II</sup>]] grec ancien Ἡρόδοτος / Hēródotos [[wikt:en:Ἡρόδοτος#Ancient_Greek|(en)]], « donné par Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρα / Hḗra [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « ([[w:Mythologie_grecque|''mythologie grecque'']]) [[w:Héra|Héra]], protectrice des femmes et déesse du mariage, gardienne de la fécondité du couple et des femmes en couches. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de l’adjectif [[wikt:δοτός#Grec_ancien|δοτός / dotós]], « accordé, donné, offert »; du verbe δίδωμι / dídōmi [[wikt:en:δίδωμι#Ancient_Greek|(en)]], « Donner, présenter, offrir. Accorder, autoriser, permettre. ». <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#théophore_back|<span id="théophore"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:θεόφορος#Grec_ancien|θεόφορος / theóphoros]], « qui porte dieu »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une divinité, un dieu, Dieu. 2. Titre d’un dirigeant. 3. Parfois féminin (ἡ θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du verbe φέρω / phérô [[wikt:en:φέρω#Ancient_Greek|(en)]], « [pour des objets inanimés] apporter, porter »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Nom propre qui contient celui d’une divinité. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#géographe_back|<span id="géographe"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωγράφος#Grec_ancien|γεωγράφος / geôgraphos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe γεω- / geô- [[wikt:en:γεω-#Greek|(en)]]; forme combinée du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:γράφος#Grec_ancien|γράφος / gráphos]], « écrit »; [[w:Nom_déverbal|''déverbal'']] de [[wikt:γράφω#Grec_ancien|γράφω / gráphô]], « (sens de départ) Égratigner, écorcher. Tracer des signes pour écrire ou pour dessiner, d’où le sens de graver, d’inscrire, d’écrire, de dessiner, de peindre. Aussi : rédiger, composer (en prose). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Description, indication de tailles et mesure de monuments, de villes, de territoires, de mers/fleuves et de la richesse de peuples.'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Histoires|Histoire/Enquête]] [[#Histoire|<span id="Histoire_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Histoire (Hérodote)|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 18''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_18|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des ''Histoires'' d’Hérodote (chapitres 105-106), écrit en grec, et daterait du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]]. Il a été découvert par [[w:Bernard_Pyne_Grenfell|Grenfell]] et [[w:Arthur_Surridge_Hunt|Hunt]] en 1897 à [[w:Oxyrhynque|''Oxyrhynque'']]. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 19''' [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_19|(en)]] est un fragment du ''Livre I'' des Histoires d’Hérodote (chapitre 76), écrit en grec. Il daterait du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] ou du [[w:IIIe_siècle|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}. * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 2099''' est un fragment du ''Livre VIII'' des ''Histoires'' d’Hérodote, et daterait de la première partie du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|EC|de l’Ère Commune}}]].}}}</div> |} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Seule œuvre connue d’'''Hérodote''', il y expose le développement de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] [[#Perses|<span id="Perses_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] (Livres I à IV), puis relate les [[w:Guerres_médiques|''guerres médiques'']] [[#Mèdes|<span id="Mèdes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui opposèrent les [[w:Perses|''Perses'']] de l’Empire achéménide [[#achéménide_back|<sup>⤵️</sup>]] aux ''Grecs'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] ([[w:Guerres_médiques#Première_guerre_médique|Première]] : Livres V et VI; [[w:Guerres_médiques#Seconde_guerre_médique|Seconde]] : Livres VII à IX).</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Histoire/Enquête|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Histoire_back|<span id="Histoire"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:ἱστορία#Grec_ancien|ἱστορία / historía]], « Enquête, examination, observation, étude. Compte-rendu, histoire. »; du verbe [[wikt:ἱστορέω#Grec_ancien|ἱστορέω / historéō]] « Enquêter, examiner, observer, rendre compte »; [[w:Dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:ἵστωρ#Grec_ancien|ἵστωρ / hístōr]]; [[w:Attique_(dialecte)|''forme attique'']] du nom commun [[wikt:ἴστωρ#Grec_ancien|ἴστωρ / ístōr]], « connaisseur, juge, témoin, sage »; dérivé du verbe [[wikt:οἶδα#Grec_ancien|οἶδα / oîda]], « savoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le rôle d’historien apparait dès l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']] comme un type de récit mêlant lecture croisée, différents types de narrations et volonté de reconstruction d’une forme de vérité ou véracité sur les événements passés, avec différents objectifs, comme ici, celui de préserver de l’oubli ces événements :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Hérodote d’Halicarnasse consigne dans cette histoire le résultat de ses recherches, afin que les actions des hommes ne soient pas effacées par le temps et que les grands et prodigieux exploits accomplis, tant par les Grecs que par les barbares, ne tombent pas dans l’oubli; il exposera les causes de ces luttes sanglantes et divers événements qui les ont précédées.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f14.item ''Livre I - CLIO, Introduction''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913.''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Perses_back|<span id="Perses"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien περσῐ́ς / persís; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎱𐎠𐎼𐎿 / p-a-r-s / ⁠Pārsa [[wikt:en:𐎱𐎠𐎼𐎿#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] le [[w:Plateau_iranien|''plateau iranien'']] est peuplé par les ''Mādā'' dans le nord-ouest et par les ''[[w:Aryens|Āryā]]'' au nord-est et dans le [[w:Fars|''Fars'']]. Autour de [[w:-750|-750]], dans le nord-ouest de l’actuel ''Iran'', [[w:Déjocès|Déjocès]] fonde le premier ''royaume mède'', dont la capitale est [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']]. En [[w:-612|-612]] les ''Mèdes'' s’emparent de [[w:Ninive|''Ninive'']], provoquant la chute de l’[[w:Assyrie|''Empire assyrien'']]. La « Perse » est alors, au sud, une région vassale de l’empire mède, culturellement et linguistiquement proche. En [[w:-552|-552]], Cirus II fonde l’empire perse après avoir conquis l’empire mède.''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Mèdes_back|<span id="Mèdes"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Μῆδος / Mêdos [[wikt:en:Μῆδος#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Mèdes|''Mède, habitant de Médie'']] »; du nom propre et commun [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎶𐎠𐎭 / m-a-d / Māda [[wikt:en:𐎶𐎠𐎭#Old_Persian|(en)]], « ''Médie'' ; ''Mède, habitant de Médie'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancien peuple qui vivait dans une région du nord-ouest de l’Iran. Bien qu’une place importante dans l’histoire du Moyen-Orient antique lui soit généralement reconnue, ce peuple n’a laissé aucune source textuelle permettant de reconstituer son histoire. Il n’est connu que par des sources extérieures, ainsi que par quelques sites archéologiques ''iraniens'', qui sont supposés avoir été occupés par des ''Mèdes''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les [[w:Guerres_médiques|''guerres dites médiques'']] opposent les ''Grecs'' aux ''Perses'' de l’Empire achéménide au début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]. Elles sont déclenchées par la révolte des ''cités grecques asiatiques'' contre la domination ''perse'' et se conclurent par la victoire spectaculaire des ''cités grecques européennes'' conduites par ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤵️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤵️</sup>]].'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le découpage en neuf livres, chacun portant le nom d’une ''Muse'' [[#Muses|<span id="Muses_back"><sup>I</sup></span>]] n’est pas le fait de l’auteur : la première mention en est faite par [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''' de ''Sicile'']] [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]]</div> </poem> <span id="NdA_mythologie_grecque_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA mythologie grecque|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#Muses_back|<span id="Muses"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Selon la plupart et les plus célèbres mythologues, les Muses sont filles de '''Jupiter''' <nowiki>[</nowiki>[[w:Zeus|Zeus]] [[#Zeus|<span id="Zeus_back"><sup>II</sup></span>]]<nowiki>]</nowiki> et de [[w:Mnémosyne|'''Mnémosyne''']] [[#Mnémosyne|<span id="Mnémosyne_back"><sup>III</sup></span>]]. Quelques poètes cependant, au nombre desquels est [[w:Alcman|'''Alcman''']] disent qu’elles sont filles d’[[w:Ouranos|'''Uranus''']] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de la Terre. On n’est pas non plus d’accord sur leur nombre ; car les uns en admettent trois, les autres neuf. Cependant l’opinion de ceux qui en admettent neuf a prévalu, comme ayant été professée par les hommes les plus célèbres ; je veux parler d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤵️</sup>]], d’[[w:Hésiode|'''Hésiode''']] et de plusieurs autres. [...] On les fait présider chacune aux diverses parties de la [[w:Musique_de_la_Grèce_antique|musique]] [[#musique|<span id="musique_back"><sup>VIII</sup></span>]] [...] La plupart des mythologues disent qu’elles sont vierges, parce que les vertus acquises par l’éducation paraissent incorruptibles. Elles sont appelées Muses, parce qu’elles initient les hommes aux sciences ; c’est-à-dire qu’elles enseignent aux hommes des choses belles et utiles, qui sont hors de la portée des ignorants. Chacun de leurs noms est justifié.<br />[[w:Clio|'''Clio''']] [[#Clio|<span id="Clio_back"><sup>Ia</sup></span>]] a été ainsi appelée, parce que ceux qui sont chantés par les poètes acquièrent une grande gloire ;<br />[[w:Euterpe|'''Euterpe''']] [[#Euterpe|<span id="Euterpe_back"><sup>Ib</sup></span>]], à cause du plaisir que les beaux-arts procurent à ceux qui les entendent ; <br />[[w:Thalie_(Muse)|'''Thalie''']] [[#Thalie|<span id="Thalie_back"><sup>Ic</sup></span>]], parce qu’elle rajeunit éternellement ceux qui sont loués par la poésie ; <br />[[w:Melpomène|'''Melpomène''']] [[#Melpomène|<span id="Melpomène_back"><sup>Id</sup></span>]], parce que la mélodie s’insinue jusque dans le fond de l’âme ; <br />[[w:Terpsichore|'''Terpsichore''']] [[#Terpsichore|<span id="Terpsichore_back"><sup>Ie</sup></span>]], pour indiquer les jouissances que ceux qui sont initiés aux beaux-arts retirent de leurs études ; <br />[[w:Érato|'''Erato''']] [[#Erato|<span id="Erato_back"><sup>If</sup></span>]], parce que les gens instruits sont recherchés et aimés de tout le monde ; <br />[[w:Polymnie|'''Polymnie''']] [[#Polymnie|<span id="Polymnie_back"><sup>Ig</sup></span>]] indique par son nom que les poètes ont acquis par leurs hymnes une gloire immortelle. <br />[[w:Uranie|'''Uranie''']] [[#Uranie|<span id="Uranie_back"><sup>Ih</sup></span>]], parce que ceux qu’elle instruit élèvent leurs pensées et leur gloire jusqu’au ciel. <br />Enfin, [[w:Calliope|'''Calliope''']] [[#Calliope|<span id="Calliope_back"><sup>Ii</sup></span>]], parce qu’elle a une belle voix, c’est-à-dire que les chants de la poésie sont applaudis par ceux qui les écoutent.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre4a.htm#11 ''Tome Premier : Livre IV chapitre VII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.''' <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">'''[[#Clio_back|<span id="Clio"><sup>Ia</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κλειώ#Grec_ancien|Κλειώ / Kleiố]]; du verbe [[wikt:κλέω#Grec_ancien|κλέω / kleô]], « raconter, rendre célèbre, célébrer. (passif) être célèbre. »; [[w:Causatif|''causatif'']] du verbe [[wikt:κλύω#Grec_ancien|κλύω / klúô]], « entendre. être renommé, réputé. ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Euterpe_back|<span id="Euterpe"><sup>Ib</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὐτέρπη#Grec_ancien|Εὐτέρπη / Eutérpê]]; de l’adjectif [[wikt:εὐτερπής#Grec_ancien|εὐτερπής / euterpês]], « charmant, qui sait plaire »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eũ]] [[wikt:en:εὖ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « Bon, brave. »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + de [[wikt:τέρπω#Grec_ancien|τέρπω / térpô]], « 1. Satisfaire. 2. Ravir, enchanter. 3. S’amuser, prendre plaisir. ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Thalie_back|<span id="Thalie"><sup>Ic</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θαλία / Thalía ou Θάλεια / Tháleia [[wikt:en:Θάλεια#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe grec ancien θάλλω / thállō, « 1. Fleurir, germer. 2. Grandir, s’épanouir, prospérer. 3. Gonfler, abonder. ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Melpomène_back|<span id="Melpomène"><sup>Id</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μελπομένη / Melpoménē [[wikt:en:Μελπομένη#Ancient_Greek|(en)]]; du participe féminin médiopassif [[wikt:en:Mediopassive_voice|(en)]] du verbe μέλπω / mélpō [[wikt:en:μέλπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Célébrer avec des chants et des danses. 2. Chanter sur la lyre ou la harpe. 3. Chanter, célébrer. ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Terpsichore_back|<span id="Terpsichore"><sup>Ie</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē [[wikt:en:Τερψιχόρη#Ancient_Greek|(en)]]; <br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun τέρψις / térpsis [[wikt:en:τέρψις#Ancient_Greek|(en)]], « pleine jouissance, délice, allégresse, plaisir »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ du verbe τέρπω / térpō [[wikt:en:τέρπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ravir. 2. (voix passive et voix moyenne) Profiter, se délecter. »;<br /><p style="margin: 0 6em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif, d‎’action, de traitement ou de résultat -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun χορός / khorós [[wikt:en:χορός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. piste de danse, danse en rond. 2. Danse accompagnée de chants, danse chorale. 3. Chœur, groupe de chanteurs et danseurs. 4. Fanfare, troupe, groupe. 5. Rangée. 6. Endroit pour danser. 7. (théâtre) Chœur. ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Erato_back|<span id="Erato"><sup>If</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐρατώ / Eratṓ [[wikt:en:Ἐρατώ#Ancient_Greek|(en)]]; de l‎’adjectif [[wikt:ἐρατός#Grec_ancien|ἐρᾰτός / eratos]], « 1. Aimable, charmant, joli. 2. Aimé. »; du verbe ἐράω / eráô [[wikt:en:ἐράω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (interprété avec le génitif de personne ou avec un accusatif apparenté) Aimer (avec passion sexuelle), être amoureux de. 2. (sans référence sexuelle) Aimer chaleureusement (opposé à φιλέω [[wikt:en:φιλέω#Ancient_Greek|(en)]]). 3. (interprété avec le génitif de chose ou avec un infinitif) Aimer ou désirer passionnément (faire quelque chose, lorsqu'il est interprété avec un infinitif). ». <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Polymnie_back|<span id="Polymnie"><sup>Ig</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πολῡμνῐ́ᾱ / Polūmníā [[wikt:en:Πολυμνία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe πολῠ- / polu- [[wikt:en:πολυ-#Ancient_Greek|(en)]], « multi-, poly- »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ῠ̔́μνος / húmnos [[wikt:en:ὕμνος#Ancient_Greek|(en)]], « chant, hymne, ode (généralement à la louange des dieux ou des héros) »;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]]. <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Uranie_back|<span id="Uranie"><sup>Ih</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Οὐρᾰνῐ́ᾱ / Ouraníā [[wikt:en:Οὐρανία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Οὐρᾰνός / Ouranós [[#Ouranos|<sup>VII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -iā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]]. <br /><br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">[[#Calliope_back|<span id="Calliope"><sup>Ii</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλιόπη / Kalliópē [[wikt:en:Καλλιόπη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe κᾰλλῐ- / kalli- [[wikt:en:καλλι-#Ancient_Greek|(en)]], Se référant à la beauté de la racine du mot ci-joint;<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ὄψ / óps [[wikt:en:ὄψ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (poétique) Voix. 2. (poétique) Mot. ». <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zeus_back|<span id="Zeus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dieu suprême dans la mythologie grecque, fils du [[w:Titan_(mythologie)|''titan'']] [[w:Cronos|Cronos]] [[#Cronos|<span id="Cronos_back"><sup>IV</sup></span>]] et de la [[w:Titan_(mythologie)|''titanide'']] [[w:Rhéa_(mythologie)|Rhéa]] [[#Rhéa|<span id="Rhéa_back"><sup>V</sup></span>]], marié à sa sœur [[w:Héra|Héra]] [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il a fait régurgiter ses frères et sœurs à son père Cronos, et avec eux, le renversa, lui et les autres Titans. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Mnémosyne_back|<span id="Mnémosyne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Μνημοσύνη#Grec_ancien|Μνημοσύνη / Mnēmosúnē]]; du nom commun μνημοσῠ́νη / mnēmosúnē [[wikt:en:μνημοσύνη#Ancient_Greek|(en)]], « la mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:μνήμων#Grec_ancien|μνήμων / mnḗmōn]], « Souvenant, qui garde en mémoire »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif -σύνη / -súnē [[wikt:en:-σύνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#Ouranos|<span id="Ouranos_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]] [[#Gaïa|<span id="Gaïa_back"><sup>VII</sup></span>]], et déesse de la Mémoire. Elle a inventé les mots et le langage de la Terre entière, elle donna un nom à chaque chose, ce qui rendit possible le fait de s’exprimer. Avec Zeus [[#Zeus|<sup>II</sup>]], elle conçut les neuf [[w:Muses|''Muses'']], déesses inspiratrices des Arts. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cronos_back|<span id="Cronos"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κρόνος#Grec_ancien|Κρόνος / Krónos]]; potentiellement du verbe [[wikt:κραίνω#Grec_ancien|κραίνω / krainô]], « Achever, accomplir, réaliser. Régner, commander, diriger, être le chef, dominer. » ([[w:Cronos#Étymologie|mais étymologie sujet à caution]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Plus jeune des [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']], fils d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], époux et frère de Rhéa [[#Rhéa|<sup>V</sup>]]. Emprisonnés, lui et ses frères et sœurs, des entrailles de la Terre maternelle par Ouranos, il se délivra en émasculant ce dernier avec une faucille, donnée par Gaïa, lorsque la nuit venue, le Ciel descendit couvrir la Terre. Ouranos et Gaïa prophétisant alors la chute de Cronos par son propre fils, il engloutira ses propres enfants. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhéa_back|<span id="Rhéa"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥέᾱ / Rhéā [[wikt:en:Ῥέα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Titan_(mythologie)|''Titanide'']], fille d’Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]] et de Gaïa [[#Gaïa|<sup>VII</sup>]], épouse et sœur de Cronos [[#Cronos|<sup>IV</sup>]], mère des dieux et déesses [[w:Hestia|Hestia]], [[w:Déméter|Déméter]], Héra [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Hadès|Hadès]], [[w:Poséidon|Poséidon]] et Zeus [[#Zeus|<sup>III</sup>]]. Sur le conseil de Gaïa, elle dupe Cronos en lui faisant avaler une pierre au lieu de son dernier enfant, Zeus, et cache celui-ci en [[w:Crète|''Crète'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Ouranos_back|<span id="Ouranos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Οὐρανός#Grec_ancien|Οὐρανός / Ouranós]]; [[w:Antonomase|''antonomase'']] du nom commun [[wikt:οὐρανός#Grec_ancien|οὐρανός / ouranós]] [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « Ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait. Région au-dessus de cette voûte, demeure des dieux. (''philosophie'') Univers. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. »; [[w:Ouranos#Étymologie|''vaste possibilité d’origine étymologique'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant le Ciel étoilé. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Gaïa_back|<span id="Gaïa"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Γαῖα#Grec_ancien|Γαῖα / Gaîa]]; du nom commun [[wikt:γαῖα#Grec_ancien|γαῖα / gaîa]], « La terre, comme partie de l’univers. La terre comme contrée, pays. La terre par opposition à l’eau : terrain, culture. »; [[w:Doublet_lexical|''doublet'']] de même sens du nom commun [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « terre »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Divinités_grecques_primordiales|''Divinité primordiale'']] personnifiant la terre, unie à Ouranos [[#Ouranos|<sup>VI</sup>]], elle engendra les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titans'']] et les six [[w:Titan_(mythologie)|''Titanides'']], puis les trois [[w:Cyclope#Cyclopes_ouraniens|''Cyclopes'']] et enfin les trois [[w:Hécatonchires|''Hécatonchires'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#musique_back|<span id="musique"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien μουσῐκή / mousikḗ [[wikt:en:μουσική#Ancient_Greek|(en)]], « les arts des Muses. »; [[w:Ellipse|''ellipse'']] de μουσικὴ τέχνη / mousikḕ tékhnē [[wikt:en:τέχνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Artisanat, compétence, commerce. 2. Art. 3. Ruse, astuce. 4. Moyens. »; de l’adjectif μουσικός / mousikós, « 1. De ou pour la musique, musical. 2. Doué en musique, musical. 3. Réalisé, accompli. 4. (nominalisé, masculin singulier) Musicien.ne. 5. (nominalisé, masculin singulier) Adepte des ''Muses'', personne de lettres et d’accomplissement, érudit. 6. (nominalisé, féminin singulier ou neutre pluriel) Musique. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Μοῦσα / Moûsa [[wikt:en:Μοῦσα#Ancient_Greek|(en)]], « Muse »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du suffixe adjectival -ικός / -ikós, « de ou se rapportant à, de la manière de ; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">La musique tient une place essentielle dans la vie sociale, politique et religieuse de la ''Grèce antique''. Pour les ''Grecs'', la musique est le plus beau des arts, en même temps qu’une science, objet des plus hautes spéculations philosophiques ; en ce sens, les ''Grecs'' lui ont accordé plus de valeur qu’aux arts majeurs que furent pour eux la poésie, la danse et la médecine.'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I — [[w:Clio|'''CLIO''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Victoire du Grand roi [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide|<span id="achéménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus II''']] [[#Cyrus_le_Grand|<span id="Cyrus_le_Grand_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] sur le roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie|<span id="Lydie_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus|<span id="Crésus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] (Livre I, chapitres VI à XCIV).</div> </poem> <span id="Anatolie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquêtes ''Achéménides''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br/>'''[[#achéménide_back|<span id="achéménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀχαιμενίδης / Akhaimenídēs [[wikt:en:Ἀχαιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ᾰ̓χαιμένης / Akhaiménēs [[wikt:en:Ἀχαιμένης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Achéménès|Achéménès]], le fondateur non attesté de la dynastie ''perse Achéménide'' »; du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁 / h-x-a-m-n-i-š / Haxāmaniš [[wikt:en:𐏃𐎧𐎠𐎶𐎴𐎡𐏁#Old_Persian|(en)]], « avoir l’esprit de quelqu’un d’allégeant, qui allège, soulage, est secourable »; du [[w:Langues_iraniennes#Le_vieil_iranien|''vieil iranien'']] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du radical *haxā-, « celui qui est lié par allégeance, quelqu’un d’allégeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du radical *mani-, « esprit, mentalité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + ‎du suffixe patronymique masculin -ῐ́δης / -ídēs [[wikt:en:-ίδης#Ancient_Greek|(en)]], « fils de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dynastie de rois ayant fondé et dirigé le premier des [[w:Empire_perse|''empires perses'']], qui a régné sur une grande partie du [[w:Moyen-Orient|Moyen-Orient]] durant le [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|Ier millénaire {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Cyrus_le_Grand_back|<span id="Cyrus_le_Grand"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Κῦρος#Grec_ancien|Κῦρος / Kŷros]], du nom propre [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']] 𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁 / ku-u-ru-u-š / Kuruš [[wikt:en:𐎤𐎢𐎽𐎢𐏁#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fondateur attesté de l’Empire perse [[#Perses_back|<sup>⤴️</sup>]] de la dynastie des ''Achéménides'', régnant d’environ [[w:Années_550_av._J.-C.|-559]] à [[w:Années_520_av._J.-C.|-529]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]. Son règne a été marqué par des conquêtes d’une ampleur sans précédent : après avoir soumis les ''Mèdes'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]], il a placé sous sa domination le royaume de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] et les cités grecques d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], puis l’[[w:Empire_néo-babylonien|''Empire néo-babylonien'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600 ou -576]], [[w:Anshan_(Élam)|''Anshan'']], en ''Perse'' — [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]], [[w:Pasargades|''Pasargades'']], en ''Perse'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Cyrus_the_Great|(en)]]</sup>''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Lydie_back|<span id="Lydie"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Λυδία#Grec_ancien|Λυδία / Lȳdíā]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Λυδός / Lydós [[wikt:en:Λυδός#Ancient_Greek|(en)]], « Roi légendaire [[w:Lydos|Lydos]]. [[w:Lydiens|''Lydien, habitant de Lydie.'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Royaume de l’[[w:Âge_du_fer|''Âge du Fer'']] de l’ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie Mineure'', ou ''Anatolie'']] [[#Anatolie|<span id="Anatolie_back"><sup>V</sup></span>]], situé généralement à l’est de l’ancienne ''Ionie'' dans les provinces turques occidentales modernes d’[[w:Uşak_(province)|''Uşak'']], [[w:Manisa_Province|''Manisa'']] et [[w:İzmir_Province|''des terres intérieures d’Izmir'']]. Le royaume de ''Lydie'' a existé d’environ [[w:Années_1200_av._J.-C.|-1200]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]]. Dans sa plus grande étendue, au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], il couvrait toute l’''Anatolie occidentale''. En -546, il devient une province de l’empire perse achéménide [[#achéménide|<sup>I</sup>]], connue sous le nom de ''[[w:Satrape|satrapie]] de Lydie'' [[w:en:Lydia_(satrapy)|(en)]] ou 𐎿𐎱𐎼𐎭 / Sparda [[wikt:en:𐎿𐎱𐎼𐎭#Old_Persian|(en)]] en [[w:Vieux_perse|''vieux perse'']]. En [[w:133_av._J.-C.|-133]], il devient une partie de la [[w:Asie_(province_romaine)|''province romaine d’Asie'']].''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Crésus_back|<span id="Crésus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κροῖσος / Kroîsos [[wikt:en:Κροῖσος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom propre [[w:Lydien|''lydien'']] 𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / krowiśaś [[wikt:en:𐤨𐤭𐤬𐤥𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], littéralement « le noble Karoś »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre 𐤨𐤠𐤭𐤬𐤮‎ / Karoś;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de la semi-voyelle‎ -𐤥-‎ / -w-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun 𐤦𐤮𐤠𐤮‎ / iśaś [[wikt:en:𐤦𐤮𐤠𐤮#Lydian|(en)]], « maître, seigneur, noble »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]], dernier souverain de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']], vaincu par Cyrus le Grand [[#Cyrus_le_Grand|<sup>II</sup>]]. Durant son règne, qui s’étend d’environ [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]], il conquiert la [[w:Pamphylie|''Pamphylie'']], la [[w:Mysie|''Mysie'']] et la [[w:Phrygie|''Phrygie'']] jusqu’à l’[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>⤵️</sup>]] mais ne parvient pas à s’implanter plus à l’Est de son royaume.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-596]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_540_av._J.-C.|-546]], [[w:Sardes|''Sardes'']], capitale de la ''Lydie'') <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]] [[w:en:Croesus|(en)]]</sup>.''' <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Anatolie_back|<span id="Anatolie"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀνατολή / anatolḗ [[wikt:en:ἀνατολή#Ancient_Greek|(en)]], « S'élevant au-dessus de l’horizon (de tout corps céleste, en particulier du soleil). La direction du lever du soleil, l’Est »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἀνατέλλω / anatéllō [[wikt:en:ἀνατέλλω#Ancient_Greek|(en)]], « Lever. Faire grandir. Donner naissance à. Mettre en lumière. Se lever (pour le soleil et la lune) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du préfixe ᾰ̓νᾰ- / ana- [[wikt:en:ἀνα-#Ancient_Greek|(en)]], « jusqu'à, vers le haut, vers le haut. (intensificateur) à fond, complètement. Indiquant une répétition ou une amélioration : re-, encore une fois. En arrière. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe τέλλω / téllō, « (poétique, [[wikt:Dialectes_du_grec_ancien|''crétois'']]) accomplir, exécuter. Monter, s'élever (pour les étoiles). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_o-grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Vaste territoire situé à l’extrémité occidentale de l’Asie. L’Anatolie occidentale a vu fleurir les civilisations de [[w:Troie|''Troie'']] du [[w:XVe_siècle_av._J.-C.|XV<sup>ème</sup>]] au [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, de ''Lydie'' [[#Lydie|<sup>III</sup>]] (du [[w:Xe_siècle_av._J.-C.|X<sup>ème</sup>]] au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}), des colonies grecques qui s'étaient établies en ''Ionie'', [[w:Éolide|''Éolide'']] et [[w:Doride_(Anatolie)|''Doride'']], et des royaumes en [[w:Bithynie|''Bithynie'']], [[w:Paphlagonie|''Paphlagonie'']], et dans les régions du [[w:Royaume_du_Pont|''Pont'']] et de [[w:Cappadoce|''Cappadoce'']], qui, après avoir été longtemps indépendants, furent tous réunis à la ''Perse'' ([[w:Années_540_av._J.-C.|-548]]).'''<br/><br/> {{Boîte déroulante/fin}}</div> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXIV</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récit de [[w:Bataille_de_l%27%C3%89clipse|''La bataille de l’Éclipse'']] [[#Éclipse|<span id="Éclipse_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ''/ de l’''[[w:Kızılırmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys|<span id="Halys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], prédite par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre LXXIV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Éclipse_back|<span id="Éclipse"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἔκλειψῐς / ékleipsis [[wikt:en:ἔκλειψις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Disparition, abandon. 2. Particulièrement, disparition d’un astre : éclipse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ἐκλείπω / ekleípō [[wikt:ἐκλείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Laisser de côté, omettre, passer outre. 2. Délaisser, déserter, abandonner. 3. S’arrêter, cesser. 4. Échouer, manquer, être inférieur. 5. Laisser tomber (quelqu’un). 6. Mourir. 7. S’évanouir. 8. Partir. 9. Être laissé, rester. 10. (astronomie) Être éclipsé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐκ- / ek- [[wikt:en:ἐκ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Avec un sentiment d’éloignement : dehors, loin, hors. 2. Exprimer l’achèvement ou la totalité : complètement, totalement, finalement. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe λείπω / leípō [[wikt:en:λείπω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Partir, laisser derrière. 2. Laisser seul, libérer. 3. (passif) Être laissé, rester, survivre. 4. (intransitif) Partir, disparaître. 5. Déserter, échouer. 6. Manquer, échouer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal abstrait ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Halys_back|<span id="Halys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἅλυς / Hálus [[wikt:en:Ἅλυς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fleuve d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qui se jette dans la mer Noire, et frontière naturelle entre le royaume [[w:Lydie|''lydien'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''74.''' Μετὰ δὲ ταῦτα, οὐ γὰρ δὴ ὁ [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττης''']] ἐξεδίδου τοὺς [[w:Scythes|'''Σκύθας''']] ἐξαιτέοντι [https://fr.wikiarabi.org/wiki/Cyaxares '''Κυαξάρῃ'''], πόλεμος τοῖσι [[w:Lydie|'''Λυδοῖσι''']] καὶ τοῖσι [[w:M%C3%A8des|'''Μήδοισι''']] ἐγεγόνεε ἐπ᾽ ἔτεα πέντε, ἐν τοῖσι πολλάκις μὲν οἱ '''Μῆδοι''' τοὺς '''Λυδοὺς''' ἐνίκησαν, πολλάκις δὲ οἱ '''Λυδοὶ''' τοὺς '''Μήδους''', ἐν δὲ καὶ νυκτομαχίην τινὰ ἐποιήσαντο· [2] Διαφέρουσι δέ σφι ἐπὶ ἴσης τὸν πόλεμον τῷ ἕκτῳ ἔτεϊ συμβολῆς γενομένης συνήνεικε ὥστε τῆς μάχης συνεστεώσης τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύκτα γενέσθαι. Τὴν δὲ μεταλλαγὴν ταύτην τῇ ἡμέρης [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς ὁ Μιλήσιος''']] τοῖσι [[w:Ionie|''' Ἴωσι ''']] προηγόρευσε ἔσεσθαι, οὖρον προθέμενος ἐνιαυτὸν τοῦτον ἐν τῷ δὴ καὶ ἐγένετο ἡ μεταβολή. [3] οἱ δὲ '''Λυδοί''' τε καὶ οἱ '''Μῆδοι''' ἐπείτε εἶδον νύκτα ἀντὶ ἡμέρης γενομένην, τῆς μάχης τε ἐπαύσαντο καὶ μᾶλλόν τι ἔσπευσαν καὶ ἀμφότεροι εἰρήνην ἑωυτοῖσι γενέσθαι. Οἱ δὲ συμβιβάσαντες αὐτοὺς ἦσαν οἵδε, [[w:Satrapie_de_Cilicie#Ethnographie_et_historique_avant_Alexandre|'''Συέννεσίς''']] τε ὁ [[w:Cilicie|'''Κίλιξ''']] καὶ [[w:Nabonide|'''Λαβύνητος''']] ὁ [[w:Babylone_(civilisation)|'''Βαβυλώνιος''']]. [4] οὗτοί σφι καὶ τὸ ὅρκιον οἱ σπεύσαντες γενέσθαι ἦσαν καὶ γάμων ἐπαλλαγὴν ἐποίησαν· [[w:Alyatte_II|''' Ἀλυάττεα''']] γὰρ ἔγνωσαν δοῦναι τὴν [[wikt:%CE%B8%CF%85%CE%B3%CE%B1%CF%84%CE%AD%CF%81%CE%B1|θυγατέρα]] [[w:en:Aryenis|''' Ἀρύηνιν''']] [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεϊ''']] τῷ '''Κυαξάρεω''' παιδί· ἄνευ γὰρ ἀναγκαίης ἰσχυρῆς συμβάσιες ἰσχυραὶ οὐκ ἐθέλουσι συμμένειν. [5] ὅρκια δὲ ποιέεται ταῦτα τὰ ἔθνεα τὰ πέρ τε [[w:Grecs|''' Ἕλληνες''']], καὶ πρὸς τούτοισι, ἐπεὰν τοὺς [[wikt:%CE%B2%CF%81%CE%B1%CF%87%CE%AF%CE%BF%CE%BD%CE%B1%CF%82|βραχίονας]] ἐπιτάμωνται ἐς τὴν ὁμοχροίην, τὸ αἷμα ἀναλείχουσι ἀλλήλων.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXIV.''] [[s:en:Herodotus_The_Persian_Wars_(Godley)/Book_I|<sup>📚</sup>]], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LXXIV.''' [[w:Cyaxare|'''Cyaxare''']] [[#Cyaxare|<span id="Cyaxare_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] les [[#les|<span id="les_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] réclama, le roi de [[w:Sardes|''Sardes'']] [[#Sardes|<span id="Sardes_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] refusa de les [[#les|<sup>'''III'''</sup>]] livrer; une guerre s’engagea entre les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et les [[w:M%C3%A8des|''Mèdes'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]]; elle dura cinq ans, pendant lesquels les deux peuples furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Il y eut même une sorte de bataille nocturne; ce fut en la sixième année; les succès de la lutte jusque-là se balançaient également; on était aux prises, quand, au fort du combat, soudain le jour devint nuit.[[#éclipse_NdT|<span id="éclipse_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] '''Thalès''' de ''Milet'' avait annoncé aux [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] ce changement et avait même fixé d’avance l’année où il arriva. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', lorsqu’ils virent la nuit prendre la place du jour, suspendirent le combat, après quoi ils se montrèrent des deux parts plus empressés de faire la paix. Ceux qui les réconcilièrent furent '''Syennésis''' [[w:en:Syennesis|(en)]] [[#Syennésis|<span id="Syennésis_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] le [[w:Cilicie|''Cilicien'']] [[#Cilicie|<span id="Cilicie_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], et '''Labynète''' [[w:en:Nabonidus|(en)]] [[#Labynète|<span id="Labynète_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]] le [[w:Babylone_(civilisation)|''Babylonien'']] [[#babylonien|<span id="babylonien_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]]. Tous les deux hâtèrent la conclusion du traité, d’où résulta un mariage. En effet, ils décidèrent [[w:Alyatte_II|'''Alyatte''']] [[#Alyatte|<span id="Alyatte_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]] à donner sa fille '''Aryénis''' [[w:en:Aryenis|(en)]] [[#Aryénis|<span id="Aryénis_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] à '''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage|<span id="Astyage_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]], fils de '''Cyaxare''' [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]]. Car, sans un lien puissant, les conventions n’ont aucune solidité. Les traités, chez ces nations, se contractent avec les mêmes cérémonies que chez les ''Grecs'', si ce n’est qu’ils se font aux bras de légères incisions et sucent réciproquement le sang qui s’en échappe.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#éclipse_NdT_back|<span id="éclipse_NdT"><sup>1</sup></span>]] Le 30 septembre 610 avant J. J., dans la matinée [[#éclipse|<span id="éclipse_back"><sup>'''XII'''</sup></span>]].'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>] (Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXIV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Cyaxare_back|<span id="Cyaxare"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κυαξάρης / Kuaxárēs [[wikt:en:Κυαξάρης|(en)]]; du radical ''vieux médien'' [[w:en:Median_language|(en)]] 𐎢𐎺𐎧𐏁𐎫𐎼 / *ʰUvaxštra-;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils de Phraortès [[w:Phraortes|(en)]], et souverain du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Années_620_av._J.-C.|-625]] à [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]]. Avant qu’il ne se révolte et qu’il ne massacre leurs chefs ivres au cours d’un banquet, les [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<span id="Scythes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] dominaient le royaume ''mède'' depuis 28 ans, après que son père fut tué lors d’une guerre contre l’[[w:Empire_néo-assyrien|''Assyrie'']] en [[w:Années_650_av._J.-C.|-653]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''CII. [...] '''Phraortes''' périt dans cette expédition avec la plus grande partie de son armée, après avoir régné vingt-deux ans.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CII.'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''(''date de naissance indéterminée'', à [[w:Ecbatane|''Ecbatane'']], au sud-ouest de [[w:Téhéran|''Téhéran'']], — [[w:Années_580_av._J.-C.|-585]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, il mourrut peu de temps après la bataille de l’Éclipse).'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Scythes_back|<span id="Scythes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Σκῠ́θης / Skúthēs [[wikt:en:Σκύθης#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Scythes|''Scythe'']], habitant de [[w:Scythie|''Scythie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ensemble de peuples [[w:Langues_indo-européennes|''indo-européens'']] d’[[w:Eurasie|''Eurasie'']], en grande partie cavaliers et nomades.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#les_back|<span id="les"><sup>III</sup></span>]] Des [[w:Scythes|''Scythes'']] [[#Scythes|<sup>'''II'''</sup>]] expatriés, qui, par vengeance de s’être fait mal traité par Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>I</sup>]] pour être revenu une fois sans gibier, lui ont fait manger un des enfants mèdes dont ils avaient la charge de leur apprendre la langue [[w:Langues_scythes|''scythe'']] et à tirer à l’arc. Ils fuirent à ''Sardes'' [[#Sardes|<sup>IV</sup>]] auprès d’Alyattes (cf chapitre LXXIII).'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Sardes_back|<span id="Sardes"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Σάρδεις / Sárdeis [[wikt:en:Σάρδεις#Ancient_Greek|(en)]]; ultimement du nom propre ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣‎ / sfard [[wikt:en:𐤳𐤱𐤠𐤭𐤣#Lydian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ancienne ville d’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], capitale de la [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], sur la rivière [[w:Pactole|''Pactole'']], dans la vallée de l’[[w:Gediz_(fleuve)|''Hermos'']]. Après la chute de l’Empire ''lydien'' au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], la citadelle de ''Sardes'' résiste encore et n’est prise par [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] que par surprise, en -546.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Syennésis_back|<span id="Syennésis"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Συέννεσις / Syennesis [[wikt:en:Συέννεσις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi et fondateur du royaume indépendent de [[w:Cilicie|''Cilicie'']] [[w:en:Kingdom_of_Cilicia_(ancient)|(en)]] [[#Cilicie|<sup>'''VI'''</sup>]] en -612, avec la dissolution de l’[[w:Empire_néo-assyrien|empire néo-assyrien]].'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Cilicie_back|<span id="Cilicie"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῐλῐκῐ́ᾱ / Kilikíā [[wikt:en:Κιλικία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Royaumes_antiques_d%27Anatolie|Royaumes antiques]] d’[[w:Anatolie|''Anatolie'']] [[#Anatolie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], indépendant au [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], avec [[w:Tarse_(ville)|''Tarse'']] pour capitale.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Labynète_back|<span id="Labynète"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λαβύνητος / Labúnētos [[wikt:en:Λαβύνητος#Ancient_Greek|(en)]], forme hellénisée de [[w:Nabonide|Nabonide]]; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒀭𒀝𒉎𒌇 / dNabû-naʾid [[w:pt:Nabonido|(pt)]], « Le dieu Nabû [[w:en:Nabu|(en)]] est loué » [https://epub.ub.uni-muenchen.de/73674/1/RINBE2_OAPDF.pdf <sup>p.3</sup>];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ambassadeur, puis dernier roi de l’[[w:Empire_néo-babylonien|''empire néo-babylonien'']] [[#babylonien|<sup>VIII</sup>]], régnant de [[w:Années_550_av._J.-C.|-556]] à [[w:Chute_de_Babylone_de_539_av._J.-C.|''la chute de Babylone'']] par l’empire [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_610_av._J.-C.|-620/-615]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Harran#Antiquité|''Harran'']], au sud-est de la [[w:Turquie|''Turquie'']], — potentiellement [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carmania'' [[w:en:Carmania_(region)|(en)]], province actuelle iranienne de [[w:Province_de_Kerman|''Kerman'']])'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#babylonien_back|<span id="babylonien"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Βαβυλών#Grec_ancien|Βαβυλών / Babylṓn]], « Babel. Babylone. »; de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] [[wikt:𒆍𒀭𒊏𒆠#Akkadien|𒆍𒀭𒊏𒆠 / bābili]], « Babylone »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville antique de [[w:Mésopotamie#L’empire_néo-babylonien|''Mésopotamie'']], et capitale du royaume ''babylonien'', connaissant son apogée au [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]] sous [[w:Nabuchodonosor_II|Nabuchodonosor II]] (règne de -605 — -562), et perdant son indépendance en [[w:Années_530_av._J.-C.|-539]], passant sous domination [[w:Ach%C3%A9m%C3%A9nides|''achéménide'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]].'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Alyatte_back|<span id="Alyatte"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre ancien grec Ἀλυάττης / Aluáttēs [[wikt:en:Ἀλυάττης#Ancient_Greek|(en)]]; du ''lydien'' [[wikt:en:Category:Lydian_language|(en)]] 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮‎ / walweteś [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤𐤯𐤤𐤮#Lydian|(en)]];<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ de 𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤‎ / walwe [[wikt:en:𐤥𐤠𐤩𐤥𐤤#Lydian|(en)]], « lion »;<br /><p style=" text-indent: 45px"> ➥ et du suffixe abstractif -𐤠𐤯𐤠‎ / -ata;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Roi de ''Lydie'' de la dynastie des [[w:Dynastie_des_Mermnades|''Mermnades'']] de -610 à -561, et père de [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]. Il a été le premier monarque à émettre des pièces de monnaie en [[w:Électrum|électrum]] (et son fils Crésus a été le premier à émettre des pièces d’or). Alyattes est donc parfois mentionné comme l’initiateur de la monnaie.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Aryénis_back|<span id="Aryénis"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀρύηνις / Arúēnis [[wikt:en:Aryenis|(en)]]; du ''lydien'' apparenté au ''Hittite'' [[w:en:Hittite_language|(en)]] 𒂖 / arawanni-, « libre », par opposition à asservi, non libre;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fille du roi Alyattes de ''Lydie'' [[#Alyatte|<sup>'''IX'''</sup>]] et sœur du roi [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] de ''Lydie''.'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Astyage_back|<span id="Astyage"><sup>XI</sup></span>]] Orthographié en grec ancien :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυάγης / Astyages [[wikt:en:Ἀστυάγης|(en)]] par Hérodote;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀστυϊγας / Astyigas [[wikt:en:Ἀστυϊγας#Ancient_Greek|(en)]] par [[w:Ctésias|Ctesias]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ Ἀσπάδας / Aspadas par Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px"> de l’[[w:Akkadien|''akkadien'']] 𒅖𒌅𒈨𒄖 / Ištumegu;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Fils de Cyaxare [[#Cyaxare|<sup>'''I'''</sup>]] et dernier roi du royaume [[w:M%C3%A8des|''mède'']] [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] de -585 à -550. Il fut détrôné en -550 par son petit-fils [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] qu’il avait tenté de faire assassiner à la naissance à la suite d’un songe, où une vigne sortant du sein de sa fille Mandane [[w:en:Mandane_of_Media|(en)]] couvrait toute l’Asie ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I - CLIO, chapitre CVIII.). Celle-ci avait été marié à un perse, nommé [[w:Cambyse_Ier|Cambyse]], de "condition inférieure à un mède", à la suite d’un précédent songe d’Astyage, où « elle urinait en si grande abondance, que sa capitale et l’Asie entière en étaient inondées » ({{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, Livre I - CLIO, chapitre CVII.).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}})'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#éclipse_back|<span id="éclipse"><sup>XII</sup></span>]] La seule éclipse totale visible en ''Asie Mineure'' durant la seconde moitié du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] et la première moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}} a eu lieu le 28 mai -584.<br />[[Fichier:Éclipse 28 Mai -584 n2.png|vignette|centre|Éclipse du 24 mai -584 en ''Asie Mineure''.<br /><p style="text-align: right">''Les unités des intervalles de sa durée sont heures:minutes:secondes<br />(une animation est disponible [http://ytliu.epizy.com/eclipse/one_solar_eclipse_general.html?ybeg=-589&ind=39&DE=431 ici]).'']]''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''74.''' Depuis la guerre se mut et continua cinq ans entre les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', parce que '''Halyatte''' ne voulait rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxare''' qui les demandait. Durant ces cinq ans, les ''Mèdes'' gagnèrent plusieurs fois contre les ''Lydiens'', et semblablement les ''Lydiens'' contre les ''Mèdes'' : et fut environ ce temps-là que, à l’heure du combat, le jour fut converti en nuit. Car étant les forces pareilles d’un côté et d’autre, avint, sur la sixième année, que, comme ils combattaient, soudain le jour se tourna en noire nuit. '''Thalès Milésien''' avait prédit cette mutation aux ''Ioniens'', et leur avait déterminé l’an qu’elle avint. Ce vu par les ''Mèdes'' et ''Lydiens'', ils cessèrent la guerre, et furent près d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennée par '''Syennésis''', roi de ''Cilicie'', et par '''Labynète''', roi de ''Babylone'', qui furent diligents de les allier par mariage. Ils avisèrent que '''Halyatte''' donnerait sa fille '''Arianis''' à '''Astyage''', fils de '''Cyaxare''', pensant bien que, sans grande nécessité et alliance étroite, tels grands marchés ne peuvent tenir. Ces nations se gouvernent en leurs traités et contrats ainsi que font les ''Grecs'', et davantage s’entament le bras, puis lèchent le sang les uns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXIV.''], traduction de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Saliat Pierre Saliat], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LXXIV.''' '''Cyaxare''' les redemanda. Sur son refus, la guerre s’alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu’elle dura, les ''Mèdes'' et les ''Lydiens'' eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d’autre, s’étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit [[#éclipse_NdT_P-H_L|<span id="éclipse_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], pendant que les deux armées en étaient aux mains. '''Thalès''' de ''Milet'' avait prédit aux ''Ioniens'' ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra. Les ''Lydiens'' et les ''Mèdes'', voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n’en furent que plus empressés à faire la paix. '''Syennésis''' [[#Syennésis_NdT_P-H_L|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], roi de ''Cilicie'', et '''Labynète''', roi de ''Babylone'', en furent les médiateurs; ils hâtèrent le traité, et l’assurèrent par un mariage. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent '''Alyattes''' à donner sa fille '''Aryénis''' à '''Astyages''', fils de '''Cyaxare'''. Ces nations observent dans leurs traités les mêmes cérémonies que les ''Grecs''; mais ils se font encore de légères incisions aux bras, et lèchent réciproquement le sang qui en découle.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#éclipse_NdT_P-H_L_back|<span id="éclipse_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Les savants sont divisés sur l’époque précise de cette éclipse. Mais les pères Petau et Hardouin, le chevalier Marsham, le [[w:Jean_Bouhier_de_Savigny|président Bouhier]] et le [[w:Edouard_Corsini|père Corsini, clerc régulier des écoles pies]], se sont déterminés pour l’éclipse qui parut le 9 juillet 4117. J’ai cru devoir l’adopter, parce qu’elle s’accorde mieux avec la chronologie que toutes les autres. La seule objection qu’on y puisse former, n’est que l’ombre passa au-dessus du [[w:Mer_Noire|Pont-Euxin]] par la ''Scythie'' et le [[w:Maeotian_Swamp|''Palus-Maeotis'']]. Il est vrai que cette éclipse ne fut point centrale sur les bords de l’Halys ; cependant elle dut y être très considérable, et il n’est point étonnant qu’elle ait causé de l’épouvante à des nations plongées dans l’ignorance. (L.)''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''[[#Syennésis_NdT_P-H_L_back|<span id="Syennésis_NdT_P-H_L"><sup>2</sup></span>]] Ce nom de Syennésis était commun aux rois de Cilicie ; du moins est-il sûr que quatre princes l’ont porté. Le nom de Labynète se rencontre souvent parmi les rois de Babylone. (BELLANGER.)''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXIV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[...] Depuis la guerre se meut & continua cinq ans entre les ''Medes'' & ''Lydiés'', parce q́ '''Haliattes''' ne vouloit rendre les ''Scythes'' à '''Cyaxares''' qui les demandoit. Durás ces cinq ans, les ''Medes'' gaignerét plusieurs fois cótre les ''Lydiés'', & semblablemét les ''Lydiés'' cótre les ''Medes''. & fut enuiró ce téps là, qu’à l’heure du combat le iour fut cóuerty en nuit. Car estás les forces pareilles d’vn costé & d’autre, auint sur la sixiéme annee, que cóme ils cóbattoiét, soudain le iour se tourna en noire nuist. '''Thales Milesien''' auoit predit ceste mutatió aux ''Ioniens'', & leur uoit determiné l’an qu’elle auint. Ce veu par les ''Medes'' & ''Lydiens'', ils cesserent la guerre: & furent prests d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennee par '''Syennesis''' Roy de ''Cilicie'', & par '''Labynet''' Roy de ''Babylon'', qui furent diligens de les allier par mariage. Ils auiserent que '''Halyattes''' dóneroit sa fille '''Ariane''' à '''Astyages''' fils de '''Cyaxares''', pensans bié que sans grande necessité & alliáce estroicte, tels grands marches ne peuuent tenir. Ces na tions se gouuernent en leurs traictez & contracts ainsi que font les ''Grecs'', & d’auantage s’entament le bras, puis leichent le sang les vns des autres.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA31-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.31-32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre LXXV</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de la traversée de l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] par l’armée de [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] grâce à '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''75.''' Τοῦτον δὴ ὦν τὸν [[w:Astyage|''' Ἀστυάγεα''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κῦρος''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ἐόντα ἑωυτοῦ μητροπάτορα καταστρεψάμενος ἔσχε δι᾽ αἰτίην τὴν ἐγὼ ἐν τοῖσι ὀπίσω λόγοισι σημανέω· [2] Τὰ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']] ἐπιμεμφόμενος τῷ [[w:Cyrus_le_Grand|'''Κύρῳ''']] ἔς τε τὰ χρηστήρια ἔπεμπε εἰ στρατεύηται ἐπὶ [[w:%CE%A0%CE%AD%CF%81%CF%83%CE%B7%CF%82|'''Πέρσας''']], καὶ δὴ καὶ ἀπικομένου χρησμοῦ κιβδήλου, ἐλπίσας πρὸς ἑωυτοῦ τὸν χρησμὸν εἶναι, ἐστρατεύετο ἐς τὴν '''Περσέων''' μοῖραν. [3] Ὡς δὲ ἀπίκετο ἐπὶ τὸν [[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''' Ἅλυν''']] ποταμὸν ὁ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροῖσος''']], τὸ ἐνθεῦτεν, ὡς μὲν ἐγὼ λέγω, κατὰ τὰς ἐούσας γεφύρας διεβίβασε τὸν στρατόν, ὡς δὲ ὁ πολλὸς λόγος [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']], [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆς οἱ ὁ Μιλήσιος''']] διεβίβασε. [4] Ἀπορέοντος γὰρ [[w:Cr%C3%A9sus|'''Κροίσου''']] ὅκως οἱ διαβήσεται τὸν ποταμὸν ὁ στρατός (οὐ γὰρ δὴ εἶναι κω τοῦτον τὸν χρόνον τὰς γεφύρας ταύτας) λέγεται παρεόντα τὸν [[w:Thal%C3%A8s|'''Θαλῆν''']] ἐν τῷ στρατοπέδῳ ποιῆσαι αὐτῷ τὸν ποταμὸν ἐξ ἀριστερῆς χειρὸς ῥέοντα τοῦ στρατοῦ καὶ ἐκ δεξιῆς ῥέειν, ποιῆσαι δὲ ὧδε· [5] Ἄνωθεν τοῦ στρατοπέδου ἀρξάμενον διώρυχα βαθέαν ὀρύσσειν, ἄγοντα μηνοειδέα, ὅκως ἂν τὸ στρατόπεδον ἱδρυμένον κατὰ νώτου λάβοι, ταύτῃ κατὰ τὴν διώρυχα ἐκτραπόμενος ἐκ τῶν ἀρχαίων ῥεέθρων, καὶ αὖτις παραμειβόμενος τὸ στρατόπεδον ἐς τὰ ἀρχαῖα ἐσβάλλοι· ὥστε ἐπείτε καὶ ἐσχίσθη τάχιστα ὁ ποταμός, ἀμφοτέρῃ διαβατὸς ἐγένετο, [6] οἳ δὲ καὶ τὸ παράπαν λέγουσι καὶ τὸ ἀρχαῖον ῥέεθρον ἀποξηρανθῆναι. Ἀλλὰ τοῦτο μὲν οὐ προσίεμαι· κῶς γὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέβησαν αὐτόν;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. LXXV.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LXXV.''' [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] renversa cet [[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], qui était son grand-père maternel : je dirai plus tard pour quels motifs. [[w:Cr%C3%A9sus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] s’armant de ce grief contre '''Cyrus''', consulta l’oracle pour savoir s’il devait engager la guerre contre lui. Lorsqu’il eut reçu la réponse à double sens, il crut qu’elle était en sa faveur et il marcha pour entrer sur le territoire des [[w:Perses|''Perses'']]. Arrivé sur l’[[w:K%C4%B1z%C4%B1l%C4%B1rmak_(fleuve)|''Halys'']] [[#Halys_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], il fit passer le fleuve à son armée, en profitant, selon moi, des ponts existants. Selon le récit accrédité en ''Grèce'', ce fut '''Thalès''' de ''Milet'' qui dirigea le passage : car disent-ils, les ponts n'étaient pas encore construits et '''Crésus''' était en peine de l’opérer, quand '''Thalès''', qui se trouvait au camp, détournant le fleuve, le fit couler non plus sur le front, mais sur les derrières de l’armée. Il s’y prit de cette manière : en amont du camp, on commença par creuser un fossé profond qui en embrassa tout le contour, de sorte que les eaux, sortant à l’une des ses extrémités de leurs cours habituel, y rentrassent par l’autre; puis cette tranchée achevée, ils y firent couler le fleuve, pour qu’en se divisant, des deux parts il devînt guéable. Quelques-uns ajoutent que l’ancien lit se trouva tout à fait à sec; pour moi, je ne puis admettre ce récit, car comment, dans la retraite, les [[w:Lydie|''Lydiens'']] [[#Lydie_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] auraient-ils pu passer ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f42.item ''Livre I - CLIO, LXXV''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''75.''' '''Cyrus''' donc avait défait celui '''Astyage''', son aïeul maternel, pour cause que je toucherai ci-après en cette mienne histoire. '''Crésus''' en fut marri et envoya vers les oracles savoir si devait mener la guerre aux ''Perses''. Entre ces oracles, un fut faux, lequel néanmoins '''Crésus''' espéra être à son avantage, et là-dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' avec son armée. Arrivé au fleuve ''Halys'', il passa sur les ponts qui y étaient, et telle est mon opinion, encore que la commune renommée des ''Grecs'' tienne que '''Thalès''' de ''Milet'' donna le moyen de passer. Car on dit que, se souciant '''Crésus''' comment il passerait son armée, qui fait présupposer faute de ponts, '''Thalès''' fut là présent, qui conseilla expédient, suivant lequel le fleuve, qui coulait à gauche pour le respect de l’armée qui là séait [[#NdT_75_HP|<span id="NdT_75_HP_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], coulerait aussi à droite. Et fut son invention telle. Il fit commencer une tranchée au-dessus du camp, et la fit conduire en forme de croissant, afin que l’armée l’eût à dos, et que, prenant le fleuve cours par icelle tranchée, il laissât son canal accoutumé pour environner le camp, puis retournât. Par ce moyen, le fleuve s’écoula incontinent, et fut guéable d’une part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron [[#NdT_75_HP2|<span id="NdT_75_HP2_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] du fleuve devint tout sec. De ma part, je ne puis accordrer à telles paroles, et je voudrais savoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#NdT_75_HP_back|<span id="NdT_75_HP"><sup>1</sup></span>]] D’après la situation de l’armée qui campait là. — [[#NdT_75_HP2_back|<span id="NdT_75_HP2"><sup>2</sup></span>]] Lit.'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000081 ''Livre Premier. CLIO. LXXV.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''LXXV.''' '''Cyrus''' tenait donc prisonnier '''Astyages''', son aïeul maternel, qu’il avait détrôné pour les raisons que j’exposerai dans la suite de cette histoire. '''Crésus''', irrité à ce sujet contre '''Cyrus''', avait envoyé consulter les oracles pour savoir s’il devait faire la guerre aux ''Perses''. Il lui était venu de [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes_back|<sup>⤵️</sup>]] une réponse ambiguë, qu’il croyait favorable, et là dessus il s’était déterminé à entrer sur les terres des ''Perses''. Quand il fut arrivé sur les bords de l’''Halys'', il le fit, à ce que je crois, passer à son armée sur les ponts qu’on y voit à présent ; mais, s’il faut en croire la plupart des ''Grecs'', '''Thalès''' de ''Milet'' lui en ouvrit le passage. '''Crésus''', disent-ils, étant embarrassé pour faire traverser l’''Halys'' à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n’existaient point encore en ce temps-là, '''Thalès''', qui était alors au camp, fit passer à la droite de l’armée le fleuve, qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s’y prit. Il fit creuser, en commençant au-dessus du camp, un canal profond en forme de croissant, afin que l’armée pût l’avoir à dos dans la position où elle était. Le fleuve, ayant été détourné de l’ancien canal dans le nouveau, longea derechef l’armée, et rentra au-dessous de son ancien lit. Il ne fut pas plutôt partagé en deux bras, qu’il devint également guéable dans l’un et dans l’autre. Quelques-uns disent même que l’ancien canal fut mis entièrement sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Comment en effet '''Crésus''' et les ''Lydiens'' auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour ? </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. LXXV.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[...] '''Cyrus''' donque auoit desfait iceluy '''Astyages''' son ayeul maternel, pour cause que ie toucheray cy apres en ceste mienne histoire. '''Cresus''' en fut marry & enuoya vens les oracles sçauoir, si deuoit mener la guerre aux ''Perses''. Entre des oracles vn fut faux, lequel neantmoins '''Cresus''' espera estre à son auantage, & la dessus s’achemina vers le pays des ''Perses'' auec son armee. Arriué au fleuue ''Halys'' il passa sur les ponts qui y estoyent, & telle est mon opinion, encore que la commune renommee des ''Grecs'' tienne que '''Thales''' de ''Milet'' donna le moyen de passer, car on dit que se souciant '''Cresus''' comment il passeroit son armee, qui fait presupposer faute de ponts, '''Thales''' fut là présent, qui conseilla expedient, fuyuát lequel, le fleuue qui couloit à gauche pour le respect de l’armee qui la seoit, couleroit aussi à droicte. Et fut son inuention telle. Il feit commencer vne tréchee, au dessus du camp, & la feit conduire en forme de croissant, afin que l’armee l’eust à doz & que prenant le fleuue cours par icelle trenchee, il laissast son canal accoustumé pour enuironner le camp, puis retournast. Par ce moyen le fleuue s’escoula incontinent, & fut gueable d’vne part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron du fleuue deuint tout sec. De ma part ie ne puis accorder à tel les paroles, & ie voudrois sçauoir le moyen de repasser au retour.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''p.32.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit du [[w:Bouleut%C3%A9rion|''Bouleutérion'']] [[#Bouleutérion|<span id="Bouleutérion_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos|<span id="Téos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et témoignage sur l’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne|<span id="phénicienne_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CLXX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Bouleutérion_back|<span id="Bouleutérion"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:βουλευτήριον#Grec_ancien|βουλευτήριον / bouleutếrion]]; de [[wikt:βουλευτής#Grec_ancien|βουλευτής / bouleutês]], « sénateur, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:βουλεύω#Grec_ancien|βουλεύω / bouleúô]], « délibérer, prendre conseil »; du nom commun [[wikt:βουλή#Grec_ancien|βουλή / boulế]], « Volonté. Décision, conseil. Conseil, sénat athénien. »; du verbe [[wikt:βούλομαι#Grec_ancien|βούλομαι / boúlomai]], « Vouloir, désirer, souhaiter. Vouloir bien, consentir à. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Bâtiment où, dans les cités de la [[w:Grèce_antique|''Grèce antique'']], se réunissait la [[w:Boulè|''boulè'']], le conseil, assemblée restreinte de citoyens chargés des affaires courantes de la ville.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téos_back|<span id="Téos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τέως / Téos [[wikt:en:Τέως#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ville de l’[[w:Époque_archaïque|''Antiquité'']] située sur la côte de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] au nord d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] et à environ 40 kilomètres au sud-ouest de l’actuelle [[w:Izmir|''İzmir'']], près du port de ''Sığacık'' [[w:en:Sığacık|(en)]] en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#phénicienne_back|<span id="phénicienne"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φοινίκη / Phoinī́kē [[wikt:en:Φοινίκη|(en)]]; du nom et nom propre Φοῖνῐξ / Phoînix [[wikt:en:Φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Phénicien, phénicienne, habitant/ethnonyme de Phénicie. »; dérivé de ou apparenté à l’homophone φοῖνιξ / phoînix [[wikt:en:φοῖνιξ#Ancient_Greek|(en)]], « Couleur [[w:Pourpre_de_Tyr|pourpre de Tyr]]. Palmier. Datte (le fruit du palmier dattier). Phoenix, l’oiseau mythique dérivé de la mythologie ''égyptienne''. (musique) Un instrument semblable à une guitare inventé par les ''Phéniciens''. »; ethnonyme et homophone probablement empruntés à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] fnḫw / fenkhu [[wikt:en:fnḫw#Egyptian|(en)]], probablement terme pluriel pour « bûcherons » ou « charpentiers », qui désignerait les peuples du [[w:Canaan_(région)|''pays de Canaan'']] dans la [[w:Levant_(Proche-Orient)|''région du Levant'']] au nord, qui fournissaient l’Égypte avec le bois de cèdre coupé de leurs forêts; dérivé de ou apparenté à l’[[w:Égyptien_ancien|''égyptien'']] bnw / benu, « le [[w:Bénou|Bénou]] ou [[w:Phénix|phénix]], l’oiseau représentant l’âme – le [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ba|''bâ'']] – de [[w:Rê|Rê]] qui le précède dans la [[w:Barque_solaire|barque solaire]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Peuple antique originaire des cités de ''Phénicie'', région qui correspond approximativement au ''Liban'' actuel. À partir du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les [[w:Assyrie|''Assyriens'']], les [[w:Babylone_(civilisation)|''Babyloniens'']] [[#babylonien_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Achéménides|''Perses'']] [[#achéménide_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], les [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoniens'']] ([[w:Royaume_lagide|''Lagides'']] et [[w:Séleucides|''Séleucides'']]), puis les [[w:Rome_antique|''Romains'']]. Elles préservent cependant leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations ''phéniciennes'' de la mer Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d’entre elles, [[w:Carthage|''Carthage'']], phénomène qui aboutit à la création d’une [[w:Civilisation_carthaginoise|''civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique »'']]. ''</div>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''170.''' Κεκακωμένων δὲ [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἰώνων''']] καὶ συλλεγομένων οὐδὲν ἧσσον ἐς τὸ [[w:Panionium|'''Πανιώνιον''']], πυνθάνομαι γνώμην [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Βίαντα''']] ἄνδρα [[w:Pri%C3%A8ne|'''Πριηνέα''']] ἀποδέξασθαι [[wikt:en:Ἰώνων|''' Ἴωσι''']] χρησιμωτάτην, τῇ εἰ ἐπείθοντο, παρεῖχε ἂν σφι εὐδαιμονέειν [[wikt:%E1%BC%99%CE%BB%CE%BB%CE%AE%CE%BD%CF%89%CE%BD|''' Ἑλλήνων''']] μάλιστα· [2] Ὃς ἐκέλευε κοινῷ στόλῳ ''' Ἴωνας''' ἀερθέντας πλέειν ἐς [[wikt:%CE%A3%CE%B1%CF%81%CE%B4%CF%8E|'''Σαρδὼ''']] καὶ ἔπειτα πόλιν μίαν κτίζειν πάντων ''' Ἰώνων''', καὶ οὕτω ἀπαλλαχθέντας σφέας δουλοσύνης εὐδαιμονήσειν, νήσων τε ἁπασέων μεγίστην νεμομένους καὶ ἄρχοντας ἄλλων· μένουσι δέ σφι ἐν τῇ [[wikt:en:Ἰωνία#Ancient_Greek|''' Ἰωνίῃ''']] οὐκ ἔφη ἐνορᾶν ἐλευθερίην ἔτι ἐσομένην. [3] Αὕτη μὲν '''Βίαντος τοῦ Πριηνέος''' γνώμη ἐπὶ διεφθαρμένοισι ''' Ἴωσι''' γενομένη, χρηστὴ δὲ καὶ πρὶν ἢ διαφθαρῆναι ''' Ἰωνίην''' [[w:Thal%C3%A8s|'''Θάλεω ἀνδρὸς Μιλησίου''']] ἐγένετο, τὸ ἀνέκαθεν γένος ἐόντος Φοίνικος, ὃς ἐκέλευε ἓν βουλευτήριον Ἴωνας ἐκτῆσθαι, τὸ δὲ εἶναι ἐν Τέῳ (Τέων γὰρ μέσον εἶναι Ἰωνίης), τὰς δὲ ἄλλας πόλιας οἰκεομένας μηδὲν ἧσσον νομίζεσθαι κατά περ ἐς δῆμοι εἶεν· οὗτοι μὲν δή σφι γνώμας τοιάσδε ἀπεδέξαντο.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Book I. CLIO. CLXX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''CLXX.''' Les [[w:Ioniens|''Ioniens'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], réduits en servitude, ne cessèrent cependant pas de se réunir au [[w:Panionium|''Panionium'']] [[#Panionium|<span id="Panionium_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]; à l’une de ces assemblées, comme je l’ai appris, [[w:Bias_de_Pri%C3%A8ne|'''Bias''']] [[#Bias|<span id="Bias_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Pri%C3%A8ne|''Priène'']] [[#Priène|<span id="Priène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] leur donna un conseil excellent ; s’ils l’avaient suivi, ils pouvaient devenir les plus prospères de tous les ''Grecs''. « Équipez une seule flotte, leur dit-il, levez l’ancre, partez pour la [[w:Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne|<span id="Sardaigne_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], fondez-y pour tous les ''Ioniens'' une seule ville, rendez-vous heureux en vous affranchissant ainsi. Car, en colonisant la plus grande des îles, vous gouvernerez toutes les autres, tandis que, si vous demeurez en [[w:Ionie|''Ionie'']], je ne vois pas que vous puissiez jamais recouvrer la liberté. » Tel fut le conseil que '''Bias''' de ''Priène'' donna aux ''Ioniens'', après leurs désastres. Celui de '''Thalès''' de ''Milet'', qui avait précédé la ruine de l’''Ionie'', n'était pas moins salutaire. '''Thalès''', par ses ancêtres d’origine [[w:Ph%C3%A9niciens|''phénicienne'']] [[#phénicienne_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]], fut d’avis qu’ils devaient instituer une assemblée unique, la placer à [[w:T%C3%A9os_(ville)|''Téos'']] [[#Téos_back|<sup>⤴️</sup>]] (car ''Téos'' est située au centre de la contrée) et laisser néanmoins les autres villes se gouverner, comme si elles étaient des États isolés. tels furent les deux conseils qui furent donnés aux ''Ioniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f79.item ''Livre I - CLIO, CLXX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Panionium_back|<span id="Panionium"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Πανιώνιον / Paniônion; de l’adjectif [[wikt:Πανιώνιος#Grec_ancien|Πανιώνιος / Paniônios]], « De tous les Ioniens »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun [[wikt:Πανίωνες#Grec_ancien|Πανίωνες / Paníônes]], « Tous les ''Ioniens'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du pronom indéfini [[wikt:πᾶς#Grec_ancien|πᾶς / pâs]], « (Au singulier) Chaque, chacun; Tout entier, tout. (Au pluriel) Tous. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + du nom commun et nom propre Ἴων / Íôn, « ''Ionien'', habitant d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]]. [[w:Ion_(mythologie)|Ion, ancêtre mythique des Ioniens]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-ιος#grc|-ιος / -ios]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Sanctuaire_grec|''Sanctuaire central'']], et point de rassemblement de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']], dédié à [[w:Poséidon#Épithètes|''Poséidon Héliconien'']], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']].'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Bias_back|<span id="Bias"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βίας / Bías [[wikt:en:Βίας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], avocat et homme d’État grec du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], et fait partie des 4 unanimes des [[w:Sept_sages_de_Grèce|Sept sages de Grèce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_600_av._J.-C.|-600]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène|<sup>III</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_530_av._J.-C.|-530]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Priène'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Priène_back|<span id="Priène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πριήνη / Priḗnē [[wikt:en:Πριήνη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Polis|Cité grecque]] d’Ionie [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], dont les ruines sont bien conservées, située à l’embouchure du [[w:Méandre_(fleuve)|''Méandre'']], à proximité du village moderne de Güllübahçe, dans le district de [[w:Söke|''Söke'']], dans la province d’[[w:Aydın_(province)|''Aydın'']], en [[w:Turquie|''Turquie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Sardaigne_back|<span id="Sardaigne"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σαρδώ / Sardô [[wikt:en:Σαρδώ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île de la mer ''Méditerranée'' et région ''italienne'', qui se trouve à l’ouest de l’Italie continentale, au sud de la ''Corse''. À partir du [[w:IXe_siècle_av._J.-C.|IX<sup>ème</sup>]] et du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}, Les ''Phéniciens'' constituent les premières colonies stables, occupant des sites le long de la côte, facilement accessibles, favorables aux échanges et au commerce. Puis, l’[[w:Civilisation_carthaginoise|''Empire carthaginois'']] l’occupe de [[w:Années_530_av._J.-C.|-535]] à [[w:239_av._J.-C.|-239]].''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''170.''' Depuis, voyant la grandeur de leurs calamités, non-obstant qu’ils se fussent donnés aux ''Perses'', ils s’assemblèrent au ''Panionion'' : et comme j’entends, '''Brias de Priénéee''' donna conseil fort profitable pour les ''Ioniens'', auquel s’ils eussent prêté l’oreille, il leur baillait expédient pour être les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseillait naviguer de compagnie en la ''Sardaigne'', et là bâtir une ville commune à tous les ''Ioniens'' : en quoi faisant, ils jetteraient servitude et se rendraient heureux, attendu qu’ils posséderaient une des plus grandes îles du monde, et domineraient sur les autres. Au contraire, s’ils demeuraient en ''Ionie'', il disait qu’il n’apercevait moyen par lequel ils pussent jamais regagner liberté. Tel fut le conseil de '''Brias de Priénée''', après que les ''Ioniens'' étaient jà défaits et réduits en servitude. '''Thalès Milésien''' bailla pareillement une opinion, laquelle, avant la ruine des ''Ioniens'', eût été fort bonne. Lui, qui était descendu d’une ancienne race des ''Phéniciens'', opina que les ''Ioniens'' devaient avoir maison de conseil, et la devaient construire en ''Téos'' comme au milieu de ''Ionie'' : voulait néanmoins que les autres villes fussent estimées pour ligues et cantons de même autorité que ''Téos''. Ces deux personnages donc baillèrent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000129 ''Livre Premier. CLIO. CLXX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''CLXX.''' Quoique accablés de maux, les ''Ioniens'' ne s’en assemblaient pas moins au ''Panionium''. '''Bias de Priène''' leur donna, comme je l’ai appris, un conseil très avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les ''Grecs'', s’ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s’embarquer tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en ''Sardaigne'', et à y fonder une seule ville pour tous les ''Ioniens''. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient d’esclavage, qu’ils s’enrichiraient, et qu’habitant la plus grande de toutes les îles, les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que, s’ils restaient en ''Ionie'', il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna '''Bias''' aux ''Ioniens'', après qu’ils eurent été réduits en esclavage ; mais, avant que leur pays eût été subjugué, '''Thalès''' de ''Milet'', dont les ancêtres étaient originaires de ''Phénicie'', leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d’établir à ''Téos'', au centre de l’''Ionie'', un conseil général pour toute la nation, sans préjudicier au gouvernement des autres villes, qui n’en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers que si elles eussent été autant de cantons différents.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm ''Livre I. CLIO. CLXX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[...] Depuis voyans la grandeur de leurs calamitez, nonobstant qu’ils se sussent donnez aux ''Perses'', ils s’assemblerent au ''Panionión'', & comme i’entens, '''Bias de Prienee''' donna conseil fort profitable pour les ''Iöniens'', auquel s’ils eussent presté l’oreille, il leur bailloit expediét pour estre les plus heureux de tous les ''Grecs''. Il leur conseilloit nauiguer de compaignie en la ''Sardaigne'', & là bastir vne ville commune à tous les ''Iöniens'' : en quoy faisant ils ietteroient seruitude, & se rendroient heureux, attendu qu’ils possederoient vne des plus grandes isles du monde, & dominoroient sur les autres. Au contraire s’ils demouroient en ''Iönie'', il disoit qu’il n’apperceuoit moyé, par lequel ils peussent iamais regaigner liberté. Tel fut le conseil de '''Bias de Prienee''', apres que les ''Iöniens'' estoient ià defaits & reduicts en seruitude. '''Thales Milesien''' bailla pareillement vne opinion, laquelle auant la ruine des ''Iöniens'' eut esté fort bonne. Luy qui estoit descendu d’vne ancienne race des ''Pheniciens'', opina que les ''Iöniens'' deuoient auoir maison de conseil, & là deuoient construire en ''Tee'' comme au milieu de ''Iönie'' : vouloit neantmoins que les autres villes sussent estimees pour ligues & cantons de mesme auctorité que ''Tee''. Ces deux personnages donque baillerent ce conseil.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q&f=true ''Premier Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Clio.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA63-IA1#v=onepage&q&f=true ''p.63.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre II — [[w:Euterpe|'''EUTERPE''']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">[[w:Périodes_perses_dans_l%27Égypte_antique|''Conquête'']] de l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] [[#Égypte|<span id="Égypte_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par [[w:Cambyse_II|'''Cambyse II''']] [[#Cambyse_II|<span id="Cambyse_II_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fils de [[w:Cyrus_le_Grand|'''Cyrus le Grand''']] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA conquête ''Achéménide'' [[#achéménide_back|<sup>⤴️</sup>]] de l’Égypte|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Égypte_back|<span id="Égypte"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Αἴγυπτος#Grec_ancien|Αἴγυπτος / Aígyptos]]; du nom propre ancien égyptien [[wikt:𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛#Égyptien_ancien|𓉗𓏏𓉐𓂓𓏤𓊪𓏏𓎛 / ḥwt-kꜣ-ptḥ]], « (Spécialement) [[w:Temple_de_Ptah_(Memphis)|Temple]] du [[w:Composition_de_l%27être_dans_l%27Égypte_antique#Ka|''ka'']] de [[w:Ptah|Ptah]] à [[w:Memphis_(Égypte)|''Memphis'']]. (Par [[w:Métonymie|''métonymie'']]) Ville de ''Memphis''. (Par ''métonymie'') [[w:%C3%89gypte_antique|''Égypte'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de 𓉗𓏏𓉐 / ḥwt [[wikt:en:ḥwt#Egyptian|(en)]], « enclos »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓂓𓏤 / kꜣ [[wikt:en:kꜣ#Egyptian|(en)]], « ka, composante immatérielle des dieux et des hommes sans équivalente dans les langues européennes contemporaines »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + 𓊪𓏏𓎛𓀭 / ptḥ, « Ptah, [[w:Démiurge|''démiurge'']] de ''Memphis'', dieu des artisans, des artistes et des architectes. Dans la [[w:Triade_de_Memphis|''triade de Memphis'']], il est l’époux de [[w:Neith|Neith]] et deviendra tardivement celui de [[w:Sekhmet|Sekhmet]], il est le père de [[w:Néfertoum|Néfertoum]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne civilisation pharaonique du nord-est de l’Afrique, concentrée le long du cours inférieur du Nil, prenant forme vers [[w:IVe_millénaire_av._J.-C.|-3150]] avec l’unification politique de la [[w:Haute-Égypte|''Haute-Égypte'']] au sud et de la [[w:Basse-Égypte|''Basse-Égypte'']] au nord, et se terminant avec l’annexion par l’[[w:Égypte_romaine_et_byzantine|''Empire romain'']] en [[w:30_av._J.-C.|-30]]. La première invasion perse a lieu durant la [[w:Basse_époque|''Basse époque'']]. Cette dernière débute avec la réunification du pays par un roi originaire de [[w:Saïs|''Saïs'']], [[w:Psammétique_Ier|Psammétique I<sup>er</sup>]], et donc l’initiation de la [[w:XXVIe_dynastie_égyptienne|''XXVI<sup>ème</sup> dynastie égyptienne dite saïte'']], en expulsant les [[w:Assyrie|''Assyriens'']] qui avaient chassés la [[w:XXVe_dynastie_égyptienne|''XXV<sup>ème</sup> dynastie pharaonique dite nubienne'']]; et elle se termine avec l’[[w:Période_macédonienne_de_l%27Égypte_antique|''invasion macédonienne'']] d’[[w:Alexandre_le_Grand|Alexandre le Grand]]. En [[w:Années_520_av._J.-C.|-525]], [[w:Cambyse_II|Cambyse II]] bat l’armée de [[w:Psammétique_III|Psammétique III]] lors de la bataille de [[w:Péluse|''Péluse'']] [[w:en:Battle_of_Pelusium|(en)]], et initie ainsi la [[w:XXVIIe_dynastie_égyptienne|''XXVII<sup>ème</sup> dynastie de pharaons dite achéménide'']].'''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Cambyse_II_back|<span id="Cambyse_II"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καμϐύσης / Kambū́sēs [[wikt:en:Καμβύσης#Ancient_Greek|(en)]]; du vieux perse 𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹 / k-b-u-ji-i-y / Kaᵐbūjiya [[wikt:en:𐎣𐎲𐎢𐎪𐎡𐎹#Old_Persian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fils de [[w:Cyrus_le_Grand|Cyrus le Grand]] [[#Cyrus_le_Grand_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] et de [[w:Cassandane|Cassandane]], et roi [[w:Achéménides|''achéménide'']] de l’[[w:Empire_perse|''empire perse'']] de -529 à sa mort, il est connu pour avoir conquis l’[[w:Basse_époque|''Égypte'']] et y avoir régné en pharaon.<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"> (date et lieu de naissance indéterminé.e.s — [[w:Années_520_av._J.-C.|-522]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Agbatana'' [[w:en:Hama|(en)]])''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XX</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Hérodote''' d’une théorie supposément implicite de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil#%C3%89tymologie|''Nil'']] [[#Nil|<span id="Nil_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] (théorie identique mais explicite rapportée par '''Sénèque'''[[Philosophie/Thalès_de_Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC#Chapitre_II.|<sup>🔄</sup>]]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre XX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Nil_back|<span id="Nil"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νεῖλος#Grec_ancien|Νεῖλος / Neîlos]]; [[w:Nile#Etymology_and_names|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Fleuve d’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] issu de la rencontre, à [[w:Khartoum|''Khartoum'']] (capitale du [[w:Soudan|''Soudan'']] actuel), du Nil Blanc (prenant sa source au [[w:Lac_Victoria|''lac Victoria'']]) et du Nil Bleu (issu du [[w:Lac_Tana|''lac Tana'']]), et se jettant dans la ''Méditerranée'' en formant un delta au nord de l’Égypte.''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''20.''' Ἀλλὰ '''Ἑλλῄνων''' μὲν τινὲς ἐπίσημοι βουλόμενοι γενέσθαι σοφίην ἔλεξαν περὶ τοῦ ὕδατος τούτου τριφασίας ὁδούς· τῶν τὰς μὲν δύο τῶν ὁδῶν οὐδ᾽ ἀξιῶ μνησθῆναι εἰ μὴ ὅσον σημῆναι βουλόμενος μοῦνον· [2] Τῶν ἡ ἑτέρη μὲν λέγει τοὺς [[wikt:étésien|ἐτησίας]] ἀνέμους εἶναι αἰτίους πληθύειν τὸν ποταμόν, κωλύοντας ἐς θάλασσαν ἐκρέειν τὸν [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλον''']]. Πολλάκις δὲ ἐτησίαι μὲν οὔκων ἔπνευσαν, ὁ δὲ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']] τὠυτὸ ἐργάζεται. [3] Πρὸς δέ, εἰ ἐτησίαι αἴτιοι ἦσαν, χρῆν καὶ τοὺς ἄλλους ποταμούς, ὅσοι τοῖσι ἐτησίῃσι ἀντίοι ῥέουσι, ὁμοίως πάσχειν καὶ κατὰ τὰ αὐτὰ τῷ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νείλῳ''']], καὶ μᾶλλον ἔτι τοσούτῳ ὅσῳ ἐλάσσονες ἐόντες ἀσθενέστερα τὰ ῥεύματα παρέχονται. Εἰσὶ δὲ πολλοὶ μὲν ἐν τῇ [[wikt:Συρία#grc|'''Συρίῃ''']] ποταμοὶ πολλοὶ δὲ ἐν τῇ [[wikt:en:Λιβύη|'''Λιβύῃ''']], οἳ οὐδὲν τοιοῦτο πάσχουσι οἷόν τι καὶ ὁ [[wikt:Νεῖλος#grc|'''Νεῖλος''']].</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. XX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XX.''' Quelques ''Grecs'', ambitieux de se signaler par leur sagesse, ont expliqué ce mouvement des eaux de trois manières dont deux ne mériteraient pas que j’en fisse mention, si je voulais faire plus que les indiquer. Selon l’une de ces solutions [[#th_Thales_PG|<span id="th_Thales_PG_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], les vents [[w:%C3%89t%C3%A9sien|''étésiens'']] [[#étésiens|<span id="étésiens_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] seraient cause du gonflement du fleuve en empêchant les eaux de s’écouler dans la mer. Or, souvent les ''étésiens'' ne soufflent pas et le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]] ne déborde pas moins ; outre cela, si les ''étésiens'' avaient cette puissance, les autres fleuves contre lesquels ils soufflent devraient en éprouver les mêmes effets que le ''Nil'', et avec d’autant plus de raison qu’ils sont moindres et qu’ils ont des courants plus faibles. Cependant, il y a beaucoup de fleuves en [[w:Syrie_(r%C3%A9gion)|''Syrie'']] [[#Syrie|<span id="Syrie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et beaucoup en [[w:Libye_antique|''Libye'']] [[#Libye|<span id="Libye_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] qui en aucune façon ne se comportent comme le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''[[#th_Thales_PG_back|<span id="th_Thales_PG"><sup>1</sup></span>]] Celle de Thalès.'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f105.item ''Livre II — EUTERPE, XX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''[[#étésiens_back|<span id="étésiens"><sup>I</sup></span>]] ➥ Soit du nom grec ancien μελτέμι / meltémi [[wikt:en:μελτέμι|(en)]], du [[w:Turc_ottoman|turc ottoman]] ملتم‎ / meltem [[wikt:en:ملتم#Ottoman_Turkish|(en)]], « un vent fort, sec, du nord et saisonnier dans la mer Égée; vent étésien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit de l’adjectif grec ancien [[wikt:étésien|ἐτήσιος / etēsios]], « annuel, qui dure un an »; du nom commun ἔτος / étos, « An, année »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Vent puissant qui souffle périodiquement sur la Méditerranée orientale [[w:en:List_of_local_winds#Europe|<sup>📚</sup>]] : la dénomination est durant l’antiquité généralisée à tous les vents qui soufflent pendant l’été.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Syrie_back|<span id="Syrie"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῠρῐ́ᾱ / Suríā [[wikt:en:Συρία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun Σῠ́ρος / Súros [[wikt:en:Σύρος#Ancient_Greek|(en)]] [[w:en:Name_of_Syria|<sup>📚</sup>]]; de l’akkadien 𒀭𒊬 / Aššur;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> L’origine et l’utilisation du terme ont fait l’objet d’intérêt, à la fois parmi les écrivains anciens et modernes. Au début de l’usage grec, les termes Συρία / Suría et Ασσυρία / Assuría [[wikt:en:Ασσυρία|(en)]] étaient utilisés presque de manière interchangeable pour décrire l’[[w:Assyrie|''Assyrie'']], une région englobant le nord de l’Irak moderne, le nord-est de la ''Syrie'', le sud-est de la ''Turquie'' et la bordure nord-ouest de l’Iran. Cependant, sous l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']], les termes ''Syrie'' et ''Assyrie'' sont utilisés comme noms pour des régions géographiques distinctes. La ''Syrie'' à l’époque romaine faisait référence à la [[w:Syrie_(région)|''région de la Syrie'']] (le [[w:Levant_(Proche-Orient)|''Levant'']] occidental), tandis que l’Assyrie ([[w:Assuristan|''Assuristan'']], ''Athura'' [[w:en:Achaemenid_Assyria|(en)]]) faisait partie de l’[[w:Sassanides|''empire sassanide'']] et n’a été que très brièvement sous [[w:Assyrie_(province_romaine)|contrôle romain]] (en 116-118, marquant le pic historique de l’expansion romaine).<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Libye_back|<span id="Libye"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῐβῠ́η / Libúē [[wikt:en:Λιβύη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun Λῐ́βῠς / Líbus [[wikt:en:Λίβυς#Ancient_Greek|(en)]]; de ''Libou'' (''Lebou, Ribou ou Rebou''), une ancienne confédération [[w:Libyens|''libyque'']] ayant vécu dans la partie Est de la [[w:Libye_antique|''Libye antique'']], comme les [[w:Mâchaouach|''Mâchaouach'']] (Mšwš), attestée dans les inscriptions égyptiennes du XIII<sup>ème</sup> [[w:Ère_commune|AEC]] sous l’appellation rbw [[wikt:en:rbw#Egyptian|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> La [[w:Libye_antique|''Libye antique'']] désigne une ancienne région à l’Ouest du ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]] correspondant à l’Afrique [[#Afrique_back|<sup>⤵️</sup>]] du Nord-Ouest, territoire des [[w:Libyens|''Libyens anciens'']], ancêtres des [[w:Berbères|''Berbères modernes'']].''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''20.''' Certains grands personnages de la ''Grèce'' qui se cuident [[#cuident|<span id="cuident_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] la sagesse même assignent trois causes de ce débord, dont je n’estime les deux dignes d’être récitées; seulement je les veux bien conter ici. En l’une [[#th_Thales_HP|<span id="th_Thales_HP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], ils disent que les vents ''étésies'' sont cause que le fleuve s’enfle, parce qu’ils l’empêchent de se décharger en la mer. Mais je leur réponds que souvent les ''étésies'' ne soufflent en sorte qui soit, et néanmoins le fleuve ne laisse à faire son accoutumé. Davantage, si les ''étésies'' étaient cause de ce débord, il faudrait que le pareil avînt aux autres fleuves, voire beaucoup plus, d’autant qu’ils sont moindres, et ont leurs cours plus faibles et plus lents que le ''Nil'' [[#Nil_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; et on sait assez que plusieurs fleuves sont en ''Syrie'' et [[w:Afrique_du_Nord|''Afrique'']] [[#Afrique|<span id="Afrique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] qui ne souffrent rien tel que le ''Nil''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 3em;">'''[[#cuident_back|<span id="cuident"><sup>1</sup></span>]] Croient. — [[#th_Thales_HP_back|<span id="th_Thales_HP"><sup>2</sup></span>]] C’est l’opinion de Thalès. Diodore de ''Sicile'' [[#Diodore_back|<sup>⤵️</sup>]], liv. I, 38 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm <sup>XXIV.</sup>], la réfute par les mêmes raisons qu’Hérodote.'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000162# ''Livre Second. EUTERPE. XX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Saliat de 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 8px;">'''[[#Afrique_back|<span id="Afrique"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Āfrica [[wikt:en:Africa#Latin|(en)]]; de Āfrī; [[wikt:Annexe:Glossaire_grammatical#G|''génitif'']] singulier de Āfer [[wikt:en:Afer#Latin|(en)]], habitant du pays de Carthage :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langue_punique|''punique'']] ou du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤏𐤐𐤓 / ʿpr /ʿafar/, « poussière »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du [[w:Langues_berbères|''berbère'']] ⵉⴼⵔⵉ / ifri, « caverne »; pluriel de ifran, en référence aux habitants des cavernes de [[w:Tunisie|''Tunisie'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit mot composé, signifiant « sans froid/frisson » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe grec ancien [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' [[w:en:Alpha_privative|(en)]] (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' [[w:en:Copulative_a|(en)]], en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[wikt:en:ἁ-#Ancient_Greek|(en)]], pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'', en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón, pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun [[wikt:φρίκη#Grec_ancien|φρίκη / phríkē]], « frisson »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Soit du latin aprica, « ensoleillé »; de l’adjectif aprīcus [[wikt:en:apricus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe aperiō [[wikt:en:aperio#Latin|(en)]], « 1. (littéralement) découvrir, mettre à nu, révéler, dégager. 2. (au sens figuré) rendre visible, découvrir, montrer, révéler, mettre à nu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ suffixe adjectival -cus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Les Grecs de l’Antiquité appelaient le continent africain Λιβύη / Libúē [[#Libye_back|<sup>⤴️</sup>]], « Libye » [https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959 <sup>fin p.40</sup>]. Jusqu’à [[w:Claude_Ptolémée|Ptolémée]], l’Afrique était considéré de loin comme le plus petit des trois continents, ou était regroupé aussi parfois avec l’Europe, en opposition avec l’Asie [https://www.persee.fr/docAsPDF/keryl_1275-6229_1997_act_7_1_959.pdf <sup>fin p.41</sup>].'''''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''XX.''' Cependant il s’est trouvé des gens chez les ''Grecs'' qui, pour se faire un nom par leur savoir, ont entrepris d’expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés, il y en a deux que je ne juge pas même dignes d’être rapportées ; aussi ne ferai-je que les indiquer. Suivant la première, ce sont les vents ''étésiens'' qui, repolissait de leur souffle les eaux du ''Nil'', et les empêchant de se porter à la mer, occasionnent la crue de ce fleuve ; mais il arrive souvent que ces vents n’ont point encore soufflé, et cependant le ''Nil'' n’en grossit pas moins. Bien plus, si les vents ''étésiens'' étaient la cause de l’inondation, il faudrait aussi que tous les autres fleuves dont le cours est opposé à ces vents éprouvassent la même chose que le ''Nil'', et cela d’autant plus qu’ils sont plus petits et moins rapides : or, il y a en ''Syrie'' et en ''Libye'' beaucoup de rivières qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. XX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[...] Certains gráds personnages de la ''Grece'' qui se cuident la sagesse mesme,assignét trois causes de ce desbord,dót ie n’estime les deux dignes d’estre recitees , seulement ie les veux bien cotter icy. En l’vne ils disent que les vens ''Etesies'' sont cause que le fleuue s’enfle , parce qu’ils l’empeschent de se descharger en la mer.Mais ie leur responds,que souuent les ''Etesies'' ne soufflent en forte qui soit,& neátmoins le fleuue ne laisse à faire son accoustumé. D’auantage si les ''Etesies'' estoyent cause de ce desbord,il faudroit que le pareil auint aux autres fleuues,voire beaucoup plus,d’autant que ils sont moindres,& ont leurs cours plus foibles & plus lés que le ''Nil''.Et on sçait assez que plusieurs fleuues sont en ''Syrie'' & ''Affrique'',qui ne souffrent rié tel que le ''Nil''. </div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA83-IA1#v=onepage&q&f=true ''pp.83-84.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CIX</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Récit de l’apport (supposemment implicite) de la [[w:Histoire de la géométrie|''Géométrie'']] [[#Géométrie|<span id="Géométrie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en ''Grèce'' depuis l’[[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte'']] [[#Égypte_back|<sup>⤴️</sup>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre CIX|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Géométrie_back|<span id="Géométrie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:γεωμετρία#Grec_ancien|γεωμετρία / geōmetría]], « [[w:Arpentage|Arpentage]], mesure de la superficie des terres, en particulier des terrains agricoles. Géométrie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:γεωμέτρης#Grec_ancien|γεωμέτρης / geômétrês]], « arpenteur »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:γῆ#Grec_ancien|γῆ / gê]], « Terre. Terre, élément opposé à l’eau, au feu. Terre où vit l’homme, le monde, l’univers. Partie de la terre, pays, contrée. Terre comme élément producteur, productions nées de la terre, sol. Terre, poussière. Terre, minerai. »; [[w:Gaïa#Étymologie|''étymologie incertaine'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du verbe [[wikt:μετρέω#Grec_ancien|μετρέω / metréô]], « Mesurer, prendre la mesure. Compter. »; [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] du nom commun [[wikt:μέτρον#Grec_ancien|μέτρον / métron]], « Mesure. Instrument pour mesurer. Quantité mesurée ou espace mesuré, développement mesuré. Juste mesure. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe nominal féminin -ία / -ía;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’objet de la ''géométrie'' concerne la connaissance des relations spatiales. Dans l’[[w:Mathématiques_dans_l%27Égypte_antique|''Égypte antique'']], les problèmes de [[w:Géométrie_dans_l%27Égypte_antique|''géométrie'']], présents notamment dans le [[w:Papyrus_Rhind|''Papyrus Rhind'']], servent à évaluer des quantités numériques, en particulier des calculs de longueurs, d’aires et de volumes. Mais, au regard des prouesses techniques et architecturales réalisées très tôt dans leur histoire, il apparait que la géométrie fut sans doute leur domaine de prédilection et cette science associée à l’architecture, fit la grande réputation des ''Égyptiens''. C’est l’une des raisons pour lesquelles leur pays accueillit en pèlerinage les savants de la ''Grèce antique''.''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''109.''' Κατανεῖμαι δὲ τὴν χώρην [[wikt:en:Αἴγυπτος|'''Αἰγυπτίοισι''']] ἅπασι τοῦτον ἔλεγον τὸν [[wikt:en:βασιλεύς#Ancient_Greek|'''βασιλέα''']], κλῆρον [[wikt:ἴσος|'''ἴσον''']] ἑκάστῳ [[wikt:en:τετράγωνο|'''τετράγωνον''']] διδόντα, καὶ ἀπὸ τούτου τὰς προσόδους ποιήσασθαι, ἐπιτάξαντα ἀποφορὴν ἐπιτελέειν κατ᾽ ἐνιαυτόν. [2] Εἰ δὲ τινὸς τοῦ κλήρου ὁ ποταμός τι παρέλοιτο, ἐλθὼν ἂν πρὸς αὐτὸν ἐσήμαινε τὸ γεγενημένον· ὁ δὲ ἔπεμπε τοὺς ἐπισκεψομένους καὶ ἀναμετρήσοντας ὅσῳ ἐλάσσων ὁ χῶρος γέγονε, ὅκως τοῦ λοιποῦ κατὰ λόγον τῆς τεταγμένης ἀποφορῆς τελέοι. [3] Δοκέει δέ μοι ἐνθεῦτεν [[wikt:en:geometry|'''γεωμετρίη''']] εὑρεθεῖσα ἐς τὴν '''Ἑλλάδα''' ἐπανελθεῖν· πόλον μὲν γὰρ καὶ [[wikt:en:γνώμονας#Greek|'''γνώμονα''']] καὶ τὰ [[wikt:en:δυώδεκα|'''δυώδεκα''']] [[wikt:en:μέρος|'''μέρεα''']] τῆς [[wikt:en:ἡμέρα|'''ἡμέρης''']] παρὰ [[wikt:en:Βαβυλών#grc-nom-pr|'''Βαβυλωνίων''']] ἔμαθον οἱ '''Ἕλληνες'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Herodotus, With an English Translation by A. D. Godley</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Book II. EUTERPE. CIX.''], texte établi par A. D. Godley [[w:en:A._D._Godley|(en)]] [[s:en:Author:Alfred_Denis_Godley|<sup>📚</sup>]], Cambridge, 1920</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' [https://www.brepolsonline.net/doi/epdf/10.1484/J.EUPHR.5.125495 {{Info|<sup>🔍</sup>|Hérodote et ses traducteurs français (XVIe-XXe siècles): histoire politique ou histoire des mœurs? par Pascal Payen, professeur d’Histoire grecque à l’université de Toulouse II, publié dans le journal Euphrosyne de janvier 2001, v.29, pp.9-28}}] <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''CIX.''' Les prêtres m’ont dit encore que ce ''roi'' partagea la contrée entre tous les ''Égyptiens'', donnant à chacun un égal carré de terre; qu’il établit en conséquence ses revenus, fixant la redevance à payer par chacun annuellement. Si le fleuve venait à emporter quelque partie de l’héritage d’un habitant, celui-ci allait trouver le roi et lui déclarait ce qui était advenu. '''Sésostris''' [[w:en:Sesostris|(en)]] [[#Sésostris|<span id="Sésostris_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] alors envoyait des inspecteurs pour mesurer de combien le champ était diminué, afin que l’impôt fût réduit, et perçu en proportion de ce qu’il en restait. Il me semble que la ''géométrie'' [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] fut inventée à cette occasion, et qu’elle passa d’Égypte en ''Grèce''. Quand au [[w:Cadran_antique|''cadran solaire'']], au [[w:Gnomon|''gnomon'']] [[#gnomon|<span id="gnomon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et aux [[w:Heure_ancienne|''douzes divisions du jour'']], les ''Grecs'' les ont reçus des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f6.item <u>Histoires d’Hérodote</u>](Neuvième edition), [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112115h/f137.item ''Livre II — EUTERPE, CIX''], traduction par [[w:Pierre_Giguet|Pierre Giguet]], Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1913</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Sésostris_back|<span id="Sésostris"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σέσωστρις / Sésōstris [[wikt:en:Σέσωστρις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Roi de l’Égypte ancienne qui, selon Hérodote, a mené une expédition militaire dans certaines parties de l’Europe. Dans l’[[w:Ægyptiaca|Ægyptiaca]] (Histoire de l’Égypte) de [[w:Manéthon_de_Sebennytos|Manéthon]], un pharaon appelé "Sésostris" occupait la même position que le pharaon connu Sésostris III de la douzième dynastie, et son nom pourrait être une déformation de Senusret/Senwosret/Senwosri. Il est probable que le Sésostris d’Hérodote soit basé sur [[w:Sésostris_III|Sésostris III]], avec potentiellement des ajouts de souvenirs d’[[w:Sésostris|''autres pharaons homonymes'']] de la même dynastie, ainsi que de [[w:Séthi_Ier|Séthi I<sup>er</sup>]] et [[w:Ramsès_II|Ramsès II]] de la XIX<sup>ème</sup> dynastie, beaucoup plus tardive.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gnomon_back|<span id="gnomon"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:γνώμων#Grec_ancien|γνώμων / gnōmōn]] [[wikt:en:γνώμων#Ancient_Greek|(en)]] [[w:Gnomon_(homonymie)|<sup>📚</sup>]], « (Choses) Indicateur : • Aiguille d’un cadran solaire; • Règle en équerre, équerre; • Gnomon, parallélogramme complémentaire d’un autre parallélogramme ou d’un triangle; • Les cinq premiers nombres impairs dans la doctrine pythagoricienne. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:γιγνώσκω#Grec_ancien|γιγνώσκω / gignṓskō]] [[wikt:en:γιγνώσκω#Ancient_Greek|(en)]], « (Au propre) Apprendre, connaître. Se rendre compte. Comprendre, reconnaître. (Par suite) Se faire une opinion, juger, penser. Prendre une décision, décider, résoudre. Connaître, avoir des relations intimes. Faire connaitre, rendre connu, célébrer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Un [[w:Gnomon|gnomon]] est un instrument astronomique qui visualise par son ombre les déplacements du Soleil sur la voute céleste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• En géométrie, un [[w:Gnomon_(géométrie)|gnomon]] est une figure plane formée en enlevant un parallélogramme d’un coin d’un plus grand parallélogramme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px;">• Étant donnée une suite de [[w:Nombre_figuré|''nombres figurés'']], le gnomon est une disposition de points dans un plan, représentant un [[w:Nombre_gnomonique|nombre]], et formant un modèle qui permet d’obtenir par juxtaposition à la figure correspondant à un nombre figuré de la suite, la figure d’un nombre de rang suivant. Ce procédé est décrit dans l’article sur les nombres figurés, dans lequel des nombres carrés sont construits à partir du gnomon d’un [[w:Parité_(arithmétique)|''nombre impair'']].''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''109.''' Outre, disaient les prêtres, que ledit roi '''Sésostris''' avait départi l’Égypte à tous les ''Égyptiens'', baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes et censives [[#censives_NdT|<span id="censives_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; mais avenant que la rivière gagnât sur la portion de quelqu’un, cestui devait avoir recours vers le roi, et faire entendre sa perte. Adonc étaient envoyés commissaires pour visiter les lieux et mesurer la diminution, afin que le tenancier ne payât dorénavant qu’au prorata [[#prorata_NdT|<span id="prorata_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Par cet acensement, comme je pense, fut inventée ''géométrie'', et de là a été apportée en ''Grèce'' : car, quant est de l’élévation du pôle, de l’usage du quadrant et de la division du jour en douze parts, les ''Grecs'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#censives_NdT_back|<span id="censives_NdT"><sup>1</sup></span>]] Redevances annuelles. — [[#prorata_NdT_back|<span id="prorata_NdT"><sup>2</sup></span>]] En proportion de ce qui restait.'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000008 <u>Histoires d’Hérodote</u>], [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100125108/IMG00000201# ''Livre Second. EUTERPE. CIX.''], traduction de [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Henri Plon, 1864</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''CIX.''' Les prêtres me dirent encore que ce même roi fit le partage des terres, assignant à chaque ''Égyptien'' une portion égale de terre, et carrée, qu’on tirait au sort ; à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une certaine redevance, qui composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu’un une partie de sa portion, il allait trouver le roi, et lui exposait ce qui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs pour voir de combien l’héritage était diminué, afin de ne faire payer la redevance qu’à proportion du fonds qui restait. Voilà, je crois, l’origine de la ''géométrie'', qui a passé de ce pays en Grèce [[#origine_géométrie_NdT_P-H_L|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. À l’égard du ''gnomon'' du pôle, ou ''cadran solaire'', et de la division du jour en douze parties, les ''Grecs'' les tiennent des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''[[#origine_géométrie_NdT_P-H_L_back|<span id="origine_géométrie_NdT_P-H_L"><sup>1</sup></span>]] Pamphile raconte que Thalès de ''Milet'' apprit la ''géométrie'' des ''Égyptiens'' et qu’il en apporta la connaissance en ''Grèce''. ([[w:Diog%C3%A8ne_La%C3%ABrce|Diogène Laërce]], liv. 1.).'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/ <u>Histoire d’Hérodote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm ''Livre II. EUTERPE. CIX.''], traduit par [[w:Pierre-Henri_Larcher|Pierre-Henri Larcher]], Charpentier, 1802</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[...] Outre disoyent les prestres que ledict Roy '''Sesostris''' auoit departy l’Egypte à tous les ''Egyptiens'',baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes & censiues, mais auenant que la riuiere gaignast sur la portion de quelcun, cestuy deuoit auoir recours vers le Roy,& faire entendre sa perte. Adonq’estoyent enuoyez commissaires pour visiter les lieux & mesurer la diminution,à fin que le tenancier ne payast doresnauant qu’au prorata. Par cest acensement (comme ie pense) fut inuentee ''Geometrie'',& de la a esté apportee en ''Grece'':car quand est de l’eleuation du Pol, de l’vsage du quadrát,& de la diuision du iour en douze parts,les ''Grecz'' ont appris les trois des ''Babyloniens''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA1#v=onepage&q&f=true <u>Histoire des neuf livres de Hérodote d’Alicarnasse, Prince & premier des Historiographes ''Grecs'', intitulez du nom des ''Muses''</u>], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA78#v=onepage&q&f=true ''Second Livre des Histoires d’Herodote Halicarnasse, intitulé Evterpe.''], [https://books.google.fr/books?id=0bVs5NjmtlgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=herodote%20clio&hl=fr&pg=PA108#v=onepage&q&f=true ''p.108.''], le tout traduict de ''Grec'' en ''François'' par [[w:Pierre_Saliat|Pierre Saliat]], Chez Claude Micard, au cles Bruneau, à l’enseigne de la Chaire, 1580</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon|<span id="Platon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:428_av._J.-C.|-428]]/[[w:427_av._J.-C.|-427]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athènes'']] — [[w:348_av._J.-C.|-348]]/[[w:347_av._J.-C.|-347]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Athènes'') [[s:Auteur:Platon|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=tRsuD3WJT-UC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA630#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Va, §195 - Platon}}] [[Fichier:Plato_Silanion_Musei_Capitolini_MC1377.jpg|vignette|Portrait de Platon. Marbre blanc à grain fin [[w:Marbre_de_Carrare|{{Info|<sup>?</sup>|ou du marbre Lini ou de Carrare}}]] (hauteur 34 cm), copie romaine du Ier siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}} du portrait exécuté par [[w:Silanion|Silanion]] pour l’[[w:Académie_d%27Athènes|''Académie d’Athènes'']] vers [[w:370_av._J.-C.|-370]] [https://exhibits.museogalileo.it/archimedes/object/PortraitPlato.html?_ga=2.19009328.982857860.1650384257-946673427.1650384257 (en)].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Area_sacra|''aire sacrée du Largo Argentina'']], ''Rome''.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Second étage de la [[w:Musées_du_Capitole#Centrale_Montemartini|Centrale Montemartini]], [[w:Centrale_Montemartini#Salle_des_Machines|Sala Macchine]] [https://www.rome-roma.net/centrale-montemartini/visite-et-photos-de-la-centrale-montemartini/#Sala_Macchine <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], citoyen de la [[w:D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne|''démocratie'']] [[#démocratie|<span id="démocratie_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Athènes#Antiquité|''athénienne'']] [[#Athènes|<span id="Athènes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], fondateur de l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie|<span id="Académie_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA693#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I - Annexe : Académie, Topographie et archéologie}}] à ''Athènes'' et disciple de '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate|<span id="Socrate_back"><sup>'''V'''</sup></span>]].</div> </poem> <span id="Xénophon_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Platon|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Platon_back|<span id="Platon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πλάτων / Plátôn [[wikt:en:Πλάτων#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif πλατύς / platús [[wikt:en:πλατύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Large. 2. Plat, de niveau. 3. Large d'épaules. 4. Bien avancé (des saisons). 5. Large, fort. 6. Diffusé. 7. Répandu, fréquent. 8. (substantif féminin) • Rue (généralement d’une rue principale); • Plat de la main; • Type de plat ou de tasse; • Large bande ou bordure. 9. Salé, saumâtre. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#démocratie_back|<span id="démocratie"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:δημοκρατία#Grec_ancien|δημοκρατία / dēmokratía]], « (politique, indénombrable) démocratie, régime populaire; (dénombrable) un gouvernement démocratique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe -κρατία / -kratía [[wikt:en:-κρατία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κρᾰ́τος / krátos, « Puissance, force. Acte de force, acte de bravoure. (au pluriel) actes de violence. Domination, pouvoir »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal abstractif féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Régime politique mis en place progressivement dans la cité d’Athènes dans la Grèce antique autour du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Bien que la [[w:Démocratie_athénienne|''démocratie athénienne'']] soit aujourd’hui considérée comme ayant été une forme de [[w:Démocratie_directe|''démocratie directe'']], elle faisait coïncider plusieurs [[w:Démocratie_athénienne#Les_institutions_politiques|organisations politiques]] très différentes :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La [[w:Boulè#La_Boulè_d’Athènes_:_une_institution_évoluant|Boulè]] regroupant environ 500 citoyens tirés au sort, est chargés de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• l’[[w:Ecclésia#À_Athènes|Ecclésia]] est l’Assemblée des [[w:Citoyenneté#Grèce_antique|citoyens]] qui :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− vote des lois, le budget, la paix ou la guerre, l’[[w:Ostracisme|ostracisme]],<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− tire au sort les [[w:Bouleutes|Bouleutes]] (membres du conseil), les [[w:Héliastes|Héliastes]] [[w:Archonte#Grèce_antique|{{Info|<sup>?</sup>|ou éluent par tirage au sort par les archontes}}]] (membres des tribunaux), les 10 [[w:Archonte#Grèce_antique|Archontes]] (magistrats dirigants)<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">− et élit les 10 [[w:Stratège#Grèce_classique|Stratèges]] (magistrats militaires).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• La Magistrature, comprenant environ 700 magistrats (choisis par élection, désignation, ou par tirage au sort), gèrent les affaires courantes et veillent à l’application des lois. Ils doivent exercer leur pouvoir de manière collégiale, aucune magistrature n’étant légalement en état de développer un pouvoir personnel, ce qui est censé éviter le retour à la tyrannie.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Aréopage#Époque_classique_:_le_conseil_de_l’Aréopage|Aréopage]], composé d’environs 150 anciens archontes avant qu’ils ne fussent tirés au sort, a pour but premier de conserver les lois, c’est-à-dire de veiller au respect de la constitution, et a donc à cette fin des pouvoirs judiciaires très étendus.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• L’[[w:Héliée|Héliée]], composé de 6 000 citoyens, toujours âgés de plus de 30 ans et répartis en dix classes de 500 citoyens (1 000 restant en réserve) tirés au sort chaque année, est le tribunal populaire.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Athènes_back|<span id="Athènes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ἀθῆναι#Grec_ancien|Ἀθῆναι / Athênai]]; pluriel de [[wikt:Ἀθήνη#Grec_ancien|Ἀθήνη / Athḗnē]], « (Mythologie) [[w:Athéna|Athéna]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers -800 par le [[w:Synœcisme|''synœcisme'']] de plusieurs villages — à l’initiative de [[w:Thésée|Thésée]], selon [[w:Thucydide|Thucydide]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre2.htm#XV <sup>HdlGdP ''l.''II. §15</sup>] —, la cité domine la Grèce au cours du [[w:Ier_millénaire_av._J.-C.|I<sup>er</sup> millénaire {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Elle connaît son âge d’or au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], dirigée par le [[w:Stratège|stratège]] [[w:Périclès|Périclès]] [[#Périclès_back|<sup>⤵️</sup>]] : principale puissance militaire de Grèce, à la tête d’une vaste alliance de cités, appelée [[w:Ligue_de_Délos|Ligue de Délos]], elle est également le cœur culturel de la Méditerranée.<br />[[File:1784_Bocage_Map_of_the_City_of_Athens_in_Ancient_Greece_-_Geographicus_-_AthensPlan2-white-1793.jpg|thumb|center|upright=2.0|Plan de 1784 d’Athènes et de l’Acropole, avec l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [https://www.google.com/maps/dir/Plato's+Academy+Park,+Monastiriou+138-140,+Athina+104+42,+Gr%C3%A8ce/Lyc%C3%A9e+d'Aristote,+Rigillis+11,+Athina+106+75,+Gr%C3%A8ce/@37.9848964,23.7045845,4266m/data=!3m1!1e3!4m14!4m13!1m5!1m1!1s0x14a1bd7619805c6d:0x1e043414dee5198a!2m2!1d23.706985!2d37.9936003!1m5!1m1!1s0x14a1bd41165f81af:0xdfffb6294b6d707e!2m2!1d23.7433833!2d37.9752315!3e2?entry=ttu {{Info|<sup>🔍</sup>|Positions actuelles des sites archéologiques de l’Académie et du Lycée.}}] (Un plan plus complet et actuel est disponible [https://www.worldhistory.org/image/16191/the-acropolis-and-ancient-athens/ ici]).]]<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Académie_back|<span id="Académie"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀκᾰδημῐ́ᾱ / Akadēmíā [[wikt:en:Ἀκαδημία#Ancient_Greek|(en)]], ''étymologie incertaine''; potentiellement de [[w:Académos|Ἀκάδημος / Akádēmos ou de Ἑκάδημος / Hekádēmos]], un héro athénien qui aurait sauvé Athènes en révélant l’emplacement d’[[w:Hélène_(mythologie)#Origine_et_jeunesse|Hélène]], enlevée par [[w:Thésée#Maturité_et_mort|Thésée]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] fondée à l’extérieur des [[w:Longs_Murs|''murs'']] de la ville d’Athènes [[#Athènes|<sup>III</sup>]] par Platon vers [[w:387_av._J.-C.|-387]], et qui a perduré jusqu’en [[w:86_av._J.-C.|-86]]. L’Académie est située à l’extrémité ouest de la ville d’Athènes, et à proximité de la rivière ''Céphèse'' (''Cephisos'' sur le plan d’Athènes), elle est maintenant recouverte par la route nationale à l’ouest et s’étend jusqu’à Kolonos Hippios au nord, cette zone faisait autrefois partie de l’ancienne oliveraie sacré [https://web.archive.org/web/20190530223457/https://www.culture.gr/DocLib/filladio_akplaton.pdf {{Info|<sup>🔍 pp.24-26</sup>|Brochure intitulée « Académie de Platon » de l’Éphorie des Antiquités d’Athènes (Ministère de la Culture et des Sports, Athènes, 2015)}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Socrate_back|<span id="Socrate"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Σωκράτης#Grec_ancien|Σωκρᾰ́της / Sōkrátēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif σῶς / sôs [[wikt:en:σῶς#Ancient_Greek|(en)]], « sain et sauf, bien vivant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ κράτος / krátos [[wikt:en:κράτος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Puissance, force. 2. Acte de force, acte de bravoure. 3. (au pluriel) Actes de violence. 4. Domination, pouvoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de troisième déclinaison [[wikt:en:Appendix:Ancient_Greek_third_declension|(en)]] -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'', citoyen de la ''démocratie'' [[#démocratie|<sup>II</sup>]] ''athénienne'' [[#Athènes|<sup>III</sup>]], connu comme l’un des créateurs de la [[w:Philosophie_morale|''philosophie morale'']]. Socrate n’a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, [[w:Platon|Platon]] [[#Platon|<sup>I</sup>]] et [[w:Xénophon|Xénophon]] [[#Xénophon|<sup>VI</sup>]], ont notablement œuvré à maintenir l’image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_460_av._J.-C.|-469/-468]], [[w:Alopèce|''Alopèce'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — [[w:Années_390_av._J.-C.|-399]], [[w:Procès_de_Socrate|''condamné à mort'']], par ingestion de [[w:Grande_ciguë|ciguë]], par le tribunal de l’[[w:Héliée|Héliée]] [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]], à ''Athènes'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA399#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §98 - Socrate d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Xénophon_back|<span id="Xénophon"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ξενοφῶν#Grec_ancien|Ξενοφῶν / Xenophôn]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt: ξένος#Grec_ancien|ξένος / xénos]], « 1. Étranger, qui n’est pas du pays. 2. Étranger à une chose, qui ne connaît pas quelque chose. 3. Étrange, insolite, étonnant, surprenant. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun [[wikt:φωνή#Grec_ancien|φωνή / phōnḗ]], « 1. Son. 2. (En particulier) Son de la voix humaine, cri. 3. Son articulé, voyelle. 4. Discours. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Citoyen ''athénien'', historien [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]], chef militaire et ''philosophe'', élève de Socrate [[#Socrate_back|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_430_av._J.-C.|-430]]/[[w:Années_420_av._J.-C.|-425]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Erchia|''Erchia'']], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de l’[[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes antique'']], en [[w:Attique|''Attique'']] — post [[w:Années_350_av._J.-C.|-355]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA227#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Xénophon d’Erchia}}] </small>'''</td></tr></table> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Protagoras_(Platon)|Protagoras]] [[#Protagoras|<span id="Protagoras_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Protagoras|📚]] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Codex Oxoniensis Clarkianus 39'''.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue entre '''Socrate''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et le [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes|<span id="sophistes_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:Protagoras|'''Protagoras''']], sur la question de la vertu ou de l’excellence, en s’attachant à définir les parties qui la composent, mais aussi à déterminer si elle peut s’enseigner ou non.</div> <span id="Abdère_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Protagoras|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Protagoras_back|<span id="Protagoras"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Πρωταγόρας#Grec_ancien|Πρωταγόρας / Prōtagóras]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif [[wikt:πρῶτος#Grec_ancien|πρῶτος / prôtos]], « 1. Premier. 2. Premier dans l’ordre. 3. Primaire, primitif, simple. 4. (Mathématiques) Premier, indivisible. 5. (Politique) Relatif à la tête de la société, de la hiérarchie. »; Traditionnellement considéré comme le superlatif de πρό / pró [[wikt:en:πρό#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (de place) avant, devant : • (avec des verbes de mouvement); • avant, devant, dans le but de protéger ou de garder; • plus loin, en avant. 2. (du temps) avant : (chez les écrivains ultérieurs, avec des chiffres). 3. (dans d’autres relations) : • (de préférence) avant, plus tôt, plutôt que; • (de cause ou de motif) pour, hors de, à partir de »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορᾱ́ / agorā́]], « 1. Assemblée. 2. Discours devant une assemblée. 3. Lieu de réunion. 4. Place publique. 5. Lieu où siège un tribunal. 6. Marché. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Penseur [[w:Présocratiques|présocratique]] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant et [[w:Sophiste|''sophiste'']] [[#sophistes_back|<sup>II</sup>]] autoproclamé :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''[...] je déclare ouvertement que je suis un sophiste et un éducateur, et j’estime ma précaution meilleure que la leur, ma franchise plus sûre que leur dissimulation. Je prends d’autres précautions, d’ailleurs, si bien (les dieux me pardonnent !) que je n’ai jamais souffert aucun inconvénient de ma profession de sophiste.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Protagoras</u>, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/46 ''§317b''], de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''Renommé de son vivant, [[w:Protagoras|Protagoras]] est resté célèbre pour son [[w:Agnosticisme|''agnosticisme'']] avoué :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Quant aux dieux, je ne puis dire s’ils existent ou non ; bien des raisons m’en empêchent, entre autres l’obscurité de la question et la brièveté de la vie humaine.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9protagore1.htm ''Livre IX, Chapitre VIII. Protagoras - ΠΡΩΤΑΓΟΡΑΣ''], de [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: left; text-indent: 0px;">'''et un certain [[w:Relativisme|relativisme]] :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« L''’homme [...] est la mesure de toutes choses, de l’existence de celles qui existent, et de la non-existence de celles qui n’existent pas.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Théétète</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm#11 ''§152a''], de Platon.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_490_av._J.-C.|-490]], [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']], [[w:Polis|''cité grecque'']] de la [[w:Thrace|''Thrace'']] antique, située près de l’embouchure du fleuve [[w:Nestos|''Nestos'']], en face de l’île de [[w:Thasos_(île)|''Thasos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_420_av._J.-C.|-420]], potentiellement mort lors d’un naufrage en [[w:Mer_Ionienne|''mer ionienne'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1700#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §302 - Protagoras d’Abdère}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#sophistes_back|<span id="sophistes"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien σοφιστής / sophistès [[wikt:en:σοφιστής#Ancient_Greek|(en)]], « Un maître de son art. Celui qui est sage, prudent, ''philosophe''. Enseignant, tuteur. (argot, péjoratif) Celui qui profite d’une fausse sagesse : tricheur, escroc. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe σοφίζω / sophízô [[wikt:en:σοφίζω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rendre sage, instruire : • ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Devenir sage, intelligent, habile; • ([[w:Diathèse#Moyen|''moyen'']]) M’enseigner, apprendre. 2. (''moyen'') Pratiquer un art, être subtil, spéculer : • (''avec accusatif'') Concevoir habilement; • (''avec accusatif de personne'') Tromper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif σοφός / sophós [[wikt:en:σοφός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ingénieux, habile, rusé, capable. 2. Intelligent, sage, prudent. »; ''étymologie indéterminée'';<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ du suffixe verbal -ίζω / -ízō [[wikt:en:-ίζω#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal d’agent'']] -τής / -tḗs [[wikt:en:-τής#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Terme désignant à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] (en particulier dans le contexte de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), et en opposition duquel la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] va en partie se développer. Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, les sophistes développent des [[w:Sophisme|raisonnements]] dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Ainsi, dans la contradiction, l’imitation selon l’opinion dans le genre ironique, imitation dépendante de la fantasmagorie, comprise elle-même dans l’art de faire des simulacres, non pas l’art divin, mais l’art humain, qui produit des prestiges à l’aide des discours, telle est “ la race et le sang ” du vrai sophiste : on peut le dire en toute assurance.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Le Sophiste</u>, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/sophiste3.htm#18a ''§268d''], de Platon</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CCCXLIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Liste la plus ancienne des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] de la [[w:Grèce_antique|''Grèce Antique'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''[[w:Socrate|Σωκράτης]]'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Τοῦτο οὖν αὐτὸ καὶ τῶν νῦν εἰσὶν οἳ κατανενοήκασι καὶ τῶν πάλαι, ὅτι τὸ λακωνίζειν [[wikt:en:Λακωνικός#Ancient_Greek|(en)]] πολὺ μᾶλλόν ἐστιν '''φιλοσοφεῖν''' (« ''aimer la sagesse'' ») ἢ '''φιλογυμναστεῖν''' (« ''aimer la gymnastique'' »), εἰδότες ὅτι τοιαῦτα οἷόν τ' εἶναι ῥήματα φθέγγεσθαι '''[343a]''' τελέως πεπαιδευμένου ἐστὶν ἀνθρώπου. Τούτων ἦν καὶ '''[[w:Thalès|Θαλῆς ὁ Μιλήσιος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Πιττακὸς ὁ Μυτιληναῖος]]''' καὶ '''[[w:Pittacos_de_Mytilène|Βίας ὁ Πριηνεὺς]]''' καὶ '''[[w:Solon|Σόλων]]''' ὁ ἡμέτερος καὶ '''[[w:Cléobule|Κλεόβουλος ὁ Λίνδιος]]''' καὶ '''[[w:Myson_de_Chénée|Μύσων ὁ Χηνεύς]]''', καὶ ἕβδομος ἐν τούτοις ἐλέγετο '''[[w:Chilon|Λακεδαιμόνιος Χίλων]]'''. Οὗτοι πάντες ζηλωταὶ καὶ ἐρασταὶ καὶ μαθηταὶ ἦσαν τῆς '''Λακεδαιμονίων''' [[wikt:en:Λακεδαιμόνιος#Ancient_Greek|(en)]] '''παιδείας''' [[wikt:en:παιδεία#Ancient_Greek|(en)]], καὶ καταμάθοι ἄν τις αὐτῶν τὴν σοφίαν τοιαύτην οὖσαν, ῥήματα βραχέα ἀξιομνημόνευτα ἑκάστῳ εἰρημένα· οὗτοι καὶ κοινῇ συνελθόντες '''[343b]''' ἀπαρχὴν τῆς σοφίας ἀνέθεσαν τῷ Ἀπόλλωνι εἰς τὸν νεὼν τὸν ἐν Δελφοῖς, γράψαντες ταῦτα ἃ δὴ πάντες ὑμνοῦσιν, [[w:Gnothi_seauton|''γνῶθι σεαυτόν'']] (« ''Connais-toi toi-même'' ») καὶ '''μηδὲν ἄγαν''' (« ''Rien de trop'' »).</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Troisième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagorasgrec.htm#342e ''Protagoras, 343a''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Beaucoup d’observateurs, dans le passé comme de nos jours, ont compris que [[w:Laconisme|''laconiser'']] [[#laconiser|<span id="laconiser_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] consistait bien moins à cultiver la [[w:Gymnastique#Grèce_antique|''gymnastique'']] [[#gymnastique|<span id="gymnastique_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] que la ''philosophie'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], se rendant compte que prononcer des mots de cette sorte ne pouvait être que le fait d’un homme parfaitement élevé. De ce nombre furent '''Thalès''' de ''Milet'', [[w:Pittacos_de_Mytilène|'''Pittacos''']] [[#Pittacos|<span id="Pittacos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] de [[w:Mytilène|''Mitylène'']], [[w:Bias_de_Priène|'''Bias''']] [[#Bias_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:Priène|''Priène'']] [[#Priène_back|<sup>⤴️</sup>]], notre [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon|<span id="Solon_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], [[w:Cléobule|'''Cléobule''']] [[#Cléobule|<span id="Cléobule_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] de [[w:Lindos|''Lindos'']] [[#Lindos|<span id="Lindos_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''' de ''Chénée'']] [[#Myson_de_Chénée|<span id="Myson_de_Chénée_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]], et un septième, dit-on, [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<span id="Chilon_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA304#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §107 - Cheilon de Sparte}}] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<span id="Lacédémone_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]. Tous ces hommes furent des admirateurs passionnés et des disciples de l’éducation ''lacédémonienne'' [[#liste_7_Sages_NdT_AC|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]]; et ce qui prouve bien que leur science était de même sorte, ce sont les [[w:Apophtegme|''mots brefs et mémorables'']] prononcés par chacun d’eux lorsque, s’étant réunis à [[w:Delphes|''Delphes'']] [[#Delphes|<span id="Delphes_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], ils voulurent offrir à '''Apollon''', dans son temple, les prémices de leur sagesse, et qu’ils lui consacrèrent les [[w:Maximes_delphiques|''inscriptions'']] que tout le monde répète, [[w:Gnothi_seauton|« Connais-toi toi-même »]] (''γνῶθι σεαυτόν'') et « Rien de trop » (''Μηδὲν ἄγαν'').</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#liste_7_Sages_NdT_AC_back|<span id="liste_7_Sages_NdT_AC">1.</span>]] La liste des Sept ''Sages'' est quelque peu flottante, et Platon substitue ici Myson à [[w:Périandre|Périandre]] [[#Périandre|<span id="Périandre_back"><sup>XI</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<span id="Corinthe_back"><sup>XII</sup></span>]]. Mais les personnages que la légende y a fait entrer ont comme trait commun d’être des maîtres de sagesse pratique (plusieurs avaient été des hommes d’état) ; leur groupement est surtout intéressant comme signe de l’esprit positif et réaliste qui apparaît au VIe siècle.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Œuvres_complètes_de_Platon|<u>Œuvres complètes de Platon</u>]], tome III, 1re partie, pp. 20-86, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres_complètes,_Les_Belles_Lettres,_tome_III,_1.djvu/110|Protagoras, 343a]]'', traduction par [[w:Alfred_Croiset|Alfred Croiset]], texte établi par Alfred Croiset et Louis Bodin, Les Belles Lettres, 1923</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Pierre Giguet de 1913|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#laconiser_back|<span id="laconiser"><sup>I</sup></span>]] Du verbe grec ancien Λακωνίζω / Lakônízô, « Laconiser, se comporter comme les Spartiates. » :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:Λάκων#Grec_ancien|Λάκων / Lákôn]], « Laconien, de [[w:Laconie#Antiquité|''Laconie'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + de suffixe verbal [[wikt:-ίζω#Grec_ancien|-ίζω / -ízō]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Imiter les habitudes des [[w:Lacédémoniens|''Lacédémoniens'']], c’est-à-dire parler d’une manière concise, à l’image du peuple ''Spartiate'' dans la ''Grèce antique'' dont c’était la réputation.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#gymnastique_back|<span id="gymnastique"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien [[wikt:γυμναστικός#Grec_ancien|γυμναστικός / gumnastikós]], « Gymnastique, d’exercice physique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:en:γυμναστής#Grec_ancien|γυμναστής / gumnastês]], « Entraineur d’athlètes »; + le suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe [[wikt:en:γυμνάζω#Grec_ancien|γυμνάζω / gumnazô]], « S’entrainer, faire de la gymnastique. »; + le suffixe nominal [[wikt:-τής#Grec_ancien|-τής / -tês]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:γυμνός#Grec_ancien|γυμνός / gumnós]] [[wikt:en:γυμνός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nu : • Non vêtu; • Non couvert (en parlant de choses). 2. Légèrement vêtu : • Sans manteau; • Sans armure, sans armes. »; + le suffixe verbal [[wikt:-άζω#Grec_ancien|-άζω / -ázô]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le [[w:Gymnase_(Grèce_antique)|Gymnase]] désigne l’ensemble des équipements sportifs dont dispose chaque cité pour les exercices du corps. C’est un lieu public, placé sous la surveillance d’un [[w:Gymnasiarchie|''gymnasiarque'']] : à ''Athènes'', il s’agissait d’un citoyen élu par sa [[w:Tribus_(Grèce_antique)|''tribu'']] pour un temps déterminé, et chargé de subvenir aux frais d’entretien des gymnases, de payer les maîtres d’exercices et d’assurer le service des jeux gymniques comme les courses aux flambeaux, les [[w:Lampadédromie|''lampadédromies'']], pour les fêtes et cérémonies. Les athlètes s’entraînaient totalement nus depuis le [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]. Cet usage a été présenté par [[w:Thucydide|Thucydide]] comme une innovation spartiate, au même titre que l’usage de l’[[wikt:embrocation#Français|''embrocation'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#VI <sup>HdlGdP, ''l.''I, ''§.''VI.</sup>]. Initialement destiné à l’entraînement physique, le gymnase est une institution civique qui joue un rôle essentiel dans la formation de la jeunesse. Cet édifice public et urbain est attesté dans les cités de Grèce dès le [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> De plus, la gymnastique est étymologiquement liée à la notion de nudité, d’absence d combat. En effet, les Jeux Panhelléniques était l’occasion d’une trève sacrée, l’[[w:Écéchiria|''Écéchéirie'']], proclamée afin de permettre aux athlètes et aux spectateurs d’y participer et d’y assister en toute sécurité. Par ailleurs, les Jeux Olympiques étaient, initialement, pratiqués habillés, et Pausanias avance 2 raisons afin d’expliquer les raisons de l’apparition de la nudité chez les athlètes et leurs entraîneurs [https://odysseum.eduscol.education.fr/la-nudite-dans-le-sport-antique-grec <sup>🔍</sup>] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « Le tombeau d’[[w:Orhippos_de_Mégare|'''Orsippus''']] est auprès de celui de '''Coræbus'''. Cet '''Orsippus''', contre l’usage ancien des Athlètes, qui portoient toujours une ceinture dans les jeux publics, gagna tout nu le prix de la course aux jeux Olympiques. On raconte que dans la suite étant devenu général des Mégaréens, il augmenta leur territoire aux dépends de leurs voisins. Je crois qu’il laissa volontairement tomber sa ceinture , sachant bien qu’il étoit plus facile de courir entièrement nu , qu’avec une ceinture. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[s:Auteur:Pausanias|<u>Pausanias, Description de la Grèce</u>]], ''[[s:Page:Description_de_la_Grèce_de_Pausanias,_tome_1,_1814.djvu/339|Livre I - Attique, chapitre XLIV]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/attique.htm#XLIV ici])<br />Selon [[w:Denys_d'Halicarnasse|Denys d’Halicarnasse]], dans ses [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/denys/livre7.htm#XIII <u>Antiquités romaines</u>, ''livre VII, chap. XIII, §V''], [[w:Acanthos_de_Sparte|Acanthus]] de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] fut le premier qui mit bas tous ses habits pour courir nu dans les jeux olympiques la ''première année de la quinzième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|olympiade]]'' [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_720_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; d’où l’année -720 pour la première année de la quinzième olympiade.}}].'''<p class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">'' « On trouve sur la route d’[[w:Olympie|Olympie]], avant de traverser l’[[w:Alphée_(fleuve)|Alphée]], une montagne qui, du côté de [[w:Scillonte|Scillonte]], a des rochers très hauts et très escarpés ; on la nomme le mont Typaeos [[w:el:Τυπαίο_όρος|(el)]]. La loi veut chez les [[w:Élée|Éléens]] [[#éléate_back|<sup>⤵️</sup>]], qu’on précipite du haut de cette montagne les femmes qu’on surprend aux jeux Olympiques, ou qui osent seulement traverser l’Alphée pendant les jours où cela leur est défendu. [[w:Kallipateira|'''Callipatira''']] est, disent-ils, la seule femme qui s’y soit laissé prendre ; d’autres la nomment '''Phérénice''', et non '''Callipatira'''. Son mari étant mort avant elle, elle prit tout l’ajustement d'un maître de gymnastique, et conduisit son fils à Olympie pour combattre dans les jeux. '''Pisirodos''' (c’était le nom du jeune homme) ayant remporté le prix, '''Callipatira''', en franchissant la barrière qui tient renfermés les maîtres de gymnastique, laissa reconnaître son sexe. On la renvoya cependant sans la punir, par considération pour son père, ses frères et son fils, qui avaient tous été couronnés aux jeux Olympiques; mais on rendit une loi portant que désormais les maîtres de gymnastique ne se présentassent que nus à ces exercices. » ''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], ''[[s:Pausanias,_Elide-1,_chapitre_VI|Livre V - Elide, chapitre VI]]'', traduction nouvelle avec le texte grec collationné sur les manuscrits de la bibliothèque du roi par M. Clavier, chez J.-M. Eberhart, 1814<br />(édition de 1821 également disponible [https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/elide1.htm#VI ici])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Pittacos_back|<span id="Pittacos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πιττᾰκός / Pittakós [[wikt:en:Πιττακός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Homme d’État et général ''grec''. Il fut choisi comme [[w:Aisymnète|''aisymnète'']] de la ville de ''Mytilène'' pour y restaurer l’ordre et renverser les ennemis de la cité qui avaient à leur tête Antiménide et le poète [[w:Alcée_de_Mytilène|Alcée]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm <sup>Arist. Polit. ''l.''III. ''c.''IX. ''§''5.</sup>]. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/hippias.htm#281c <sup>HM. ''§''281c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/protagoras.htm#343c <sup>Protag. ''§''343c.</sup>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep1.htm#335e <sup>Rép. ''§''335e.</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_650_av._J.-C.|-650]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, [[w:Mytilène|''Mytilène'']], dès l’Antiquité, principale cité de l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Solon_back|<span id="Solon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σόλων / Sólōn [[wikt:en:Σόλων#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme d’État, législateur et poète ''athénien''. Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie à ''Athènes'', il a joué un rôle politique important, étant à l’origine d’une série de réformes qui accrurent considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique ''athénienne''. Il figure au nombre des « [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']] » de l’Antiquité <sup>Platon</sup> [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/timee.htm#20e <sup>Timée ''l.''XII. ''§''20e</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:638_av._J.-C.|-638]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:559_av._J.-C.|-559]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cléobule_back|<span id="Cléobule"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κλεόβουλος / Kleóboulos [[wikt:en:Κλεόβουλος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun βουλή / boulḗ [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]], « Volonté, vouloir. Décision, conseil. Conseil, sénat ''athénien''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' et ''politicien'' de la Grèce antique, tyran de [[w:Lindos|''Lindos'']], l’une des trois cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:630_av._J.-C.|-630]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à Lindos — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:560_av._J.-C.|-560]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lindos_back|<span id="Lindos"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λίνδος / Líndos [[wikt:en:Λίνδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Une des plus importantes cités de l’île de [[w:Rhodes|''Rhodes'']], située sur la côte est.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Myson_de_Chénée_back|<span id="Myson_de_Chénée"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μύσων ὁ Χηνεύς / Músôn o Khêneús;'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« '' [[w:Myson_de_Chénée|'''Myson''']], fils de '''Strymon''', suivant [[w:Hermippe|'''Hermippe''']], cité par [[w:Sosicrate|'''Sosicrate''']], est mis au nombre des sept sages. Il était originaire de Chénée, bourg de l’Oeta [[w:en:Oeta|(en)]] ou de la [[w:Laconie|Laconie]]. Son père exerçait, dit-on, la tyrannie. On prétend aussi qu’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis_back|<sup>⤵️</sup>]] ayant demandé à l’oracle d’Apollon quel homme était plus sage que lui, reçut de la prêtresse cette réponse déjà citée plus haut à propos de [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon|<sup>VIII</sup>]], dans la vie de '''Thalès''' :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que '''Myson''' , de Chénëe sur l’Oeta, l’emporte sur toi par la sublimité du génie.<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Anacharsis''', vivement piqué par cet oracle, se rendit dans le bourg désigné et trouva '''Myson''' occupé à réparer , en été, le manche de sa charrue. Il lui dit alors : « '''Myson''' ce n’est pas la saison de labourer. — Sans doute, reprit '''Myson''', mais c’est celle de s’y préparer. ». D’autres prétendent que l’oracle était ainsi conçu :<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">Je déclare que Myson l’Étéen, etc....<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Et ils se demandent ce que signifie ce mot Étéen. Suivant [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]], Étée est un bourg de Laconie, où était né '''Myson'''. '''Sosicrate''' prétend, dans les Successions [des philosophes] [[w:en:Successions_of_Philosophers|(en)]] que son père était d’Étée et sa mère de Chénée. '''Eutyphron''', fils d’[[w:Héraclide_du_Pont|'''Héraclide de Pont''']], dit qu’il était Crétois, Étée étant une ville de Crète. Enfin [[w:Anaxilaos|'''Anaxilaus''']] le dit originaire d’[[w:Arcadie|Arcadie]].<br /><p style="text-align: left; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_back|<sup>⤵️</sup>]] parle de lui en ces termes : « '''Myson''', qu’Apollon a déclaré le plus sage des hommes ! ».'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Diogène de Laerte</u>, ''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/myson1.htm#01 Livre I, chapitre IX. MYSON - ΜΥΣΩΝ]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Chilon_back|<span id="Chilon"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χίλων / Khílōn ou Χείλων / Kheílōn [[wikt:en:Χείλων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Hist. ''l.''I — Clio. ''c.''LIX.</sup>], originaire de [[w:Sparte|''Lacédémone'']] [[#Lacédémone|<sup>IX</sup>]] et contemporain du roi de [[w:Lydie|''Lydie'']] [[#Lydie_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Cr%C3%A9sus|Crésus]] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]] (règne de [[w:Années_560_av._J.-C.|-561]] à [[w:Années_540_av._J.-C.|-547/-546]]);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Alcidamas|Alcidamas]], cité par Aristote [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/rheto2.htm <sup>Rhét. ''l.''II. ''c.''XI.</sup>], il était membre du sénat lacédémonien;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pamphila|{{Info|Pamphila|historienne romaine très réputée à son époque et qui vécut sous le règne de l’empereur Néron (règne de 37 à 68)}}]], sur le témoignage de [[w:Sosicrate|Sosicrate]], citée par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/chilon.htm <sup>''l.''I — Chilon.</sup>], il fut premier [[w:Éphore|''éphore'']] pendant qu’Euthydème [[w:en:Euthydemus|(en)]] était [[w:Archonte|''archonte'']], vers la 56<sup>ème</sup> [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_550_av._J.-C.#Europe {{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 56ème a eu lieu en -556.}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lacédémone_back|<span id="Lacédémone"><sup>IX</sup></span>]] • Du nom propre grec ancien Λᾰκεδαίμων / Lakedaímōn [[wikt:en:Λακεδαίμων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de Λάκων / Lákōn [[wikt:en:Λάκων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (nom propre) Un laconien, habitant de [[#Laconie|''Laconie'']] ou de ''Lacédémone'', un lacédémonien. 2. (utilisation adjectivale) De ou lié aux Laconiens. 3. Jet de dés. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun δαίμων / daímōn [[wikt:en:δαίμων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Dieu, déesse : • Pouvoir divin, divinité; • Esprit gardien (génie [[wikt:en:genius#Latin|(en)]] latin), et donc son destin, sa destinée, sa fortune. 2. Âme défunte. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe δαίομαι / daíomai [[wikt:en:δαίομαι#Ancient_Greek|(en)]]; première personne du singulier du présent [[wikt:en:Appendix:Glossary#mediopassive|''médiopassif'']] de l’indicatif du verbe δαίω / daíō [[wikt:en:δαίω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ([[w:Transitivité_(grammaire)#Verbes_transitifs|''transitif'']]) Allumer, enflammer, mettre le feu. 2. (''transitif'') Brûler. 3. ([[w:Voix_passive|''passif'']]) Brûler, flamber. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe [[w:en:Agent_noun|''nominal (et adjectival) d’agent'']] -μων / -mōn [[wikt:en:-μων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ ou + du nom commun δᾶμος / dâmos [[wikt:en:δᾶμος#Ancient_Greek|(en)]]; forme [[w:Dorien|''dorique'']] du nom commun δῆμος / dêmos [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terrain : les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Personne ordinaire : (rare) Roturier. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • Gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Mais aussi en grec ancien Σπᾰ́ρτη / Spártē [[wikt:en:Σπάρτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancienne ville ''grecque'' du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] située sur l’[[w:Eurotas_(fleuve)|''Eurotas'']], dans la plaine de <span id="Laconie">[[w:Laconie|''Laconie'']]</span> [[wikt:en:Λακωνία#Ancient_Greek|(en)]], entre les montagnes [[w:Taygète_(montagnes)|''Taygète'']] et [[w:Parnon|''Parnon'']], elle est l’une des cités-États les plus puissantes de la ''Grèce antique'', avec [[w:Histoire_d%27Athènes#L’Athènes_classique|''Athènes'']] et [[w:Thèbes_(Grèce)|''Thèbes'']]. Originellement les deux termes avaient une signification différentes :''' <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">« ''Privé d’enfants mâles, il <nowiki>[</nowiki>'''[[w:Eurotas_(mythologie)|Eurotas]]'''<nowiki>]</nowiki> laissa son royaume à [[w:Lacédémon|'''Lacédémon''']], qui avait pour mère [[w:Taygète_(Pléiade)|'''Taygète''']] dont la montagne a pris le nom : et pour père, [[w:Jupiter_(mythologie)|'''Jupiter''']], suivant l’opinion commune. '''Lacédémon''' avait épousé [[w:Sparta_(mythologie)|'''Sparte''']], fille d’ '''Eurotas'''. Lorsqu’il fut monté sur le trône, il changea d’abord le nom du pays et de ses habitants, en leur faisant prendre le sien. Il fonda ensuite une ville, et, lui imposant le nom de sa femme, l’appela Sparte : c’est celui que cette cité porte encore.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Pausanias</u>, ''[https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm Description de la Grèce, Livre III - Laconie]''<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Delphes_back|<span id="Delphes"><sup>X</sup></span>]] Du grec ancien Δελφοί / Delphoí [[wikt:en:Δελφοί#Ancient_Greek|(en)]]; pluriel de [[wikt:δελφύς#Grec_ancien|δελφύς / delphús]], « matrice, giron, creux, utérus »; qui a donné « cochon » (δέλφος / délphos), « dauphin, cochon de mer » (δελφίς / delphís);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Site d’un [[w:Sanctuaire_panhellénique|''sanctuaire panhellénique'']] (honoré par les ''Grecs'' issus de différentes cités), situé au pied du [[w:Mont_Parnasse|''mont Parnasse'']], en [[w:Phocide|''Phocide'']], où parle l’oracle d’[[w:Apollon|Apollon]] à travers sa prophétesse, la [[w:Pythie|Pythie]] qui était assise dans une salle du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] et parlait au nom du dieu. [[w:Delphes|''Delphes'']] abrite également l’[[w:Omphalos|Omphalos]], symbole du centre du monde matérialisé par une pierre sacrée ou [[w:Bétyle|bétyle]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Périandre_back|<span id="Périandre"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περῐ́ᾰνδρος / Períandros [[wikt:en:Περίανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition περῐ́ / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Fils du tyran [[w:Cypsélos|Cypsélus]], et second tyran de [[w:Histoire_de_Corinthe_dans_l%27Antiquité|''Corinthe'']] [[#Corinthe|<sup>XII</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIIe_siècle|VII<sup>ème</sup>]] — première moitié du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Corinthe_back|<span id="Corinthe"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κόρῐνθος / Kórinthos [[wikt:en:Κόρινθος#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κόρῠς / kórus [[wikt:en:κόρυς#Ancient_Greek|(en)]], « casque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité-État située sur l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], l’étroite bande de terre qui relie le [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']] à la Grèce continentale, entre ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''Sparte'' [[#Lacédémone_back|<sup>IX</sup>]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme certains l’avaient déjà fait autrefois, que l’institution lacédémonienne repose beaucoup plus sur le goût de la ''philosophie'' que sur le goût de la gymnastique, parce que le talent de trouver des traits pareils n’appartient qu’à des gens d’une éducation parfaite. De ce nombre étaient '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacos''' de ''Mytilène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Mison''' de ''Khéné'' et '''Chilon''' de ''Lacédémone'' qui passait pour être le septième de ces sages. Tous furent des émules, des partisans et des sectateurs de l’éducation ''lacédémonienne'', et il est facile de voir que leur sagesse ressemblait à celle des ''Lacédémoniens'' par les sentences concises et dignes de mémoire attribuées à chacun d’eux. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à '''Apollon''' les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de ''Delphes'' ces maximes qui sont dans toutes les bouches Connais-toi toi-même et Rien de trop.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_complètes_de_Platon,_traduites_par_Émile_Chambry|Œuvres complètes de Platon]], Ion, Lysis, Protagoras, Phedre, Le Banquet</u>, ''[[s:Protagoras_(trad._Chambry)|Protagoras]]'', traduites en français par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Garnier frères, 1919.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme déjà anciennement, que l’institution ''lacédémonienne'' consiste beaucoup plus dans l’étude de la sagesse que dans les exercices de la gymnastique ; car il est évident que le talent de prononcer de pareilles sentences suppose en ceux qui le possèdent une éducation parfaite. De ce nombre ont été '''Thalès''' de ''Milet'', '''Pittacus''' de ''Mitylène'', '''Bias''' de ''Priène'', notre '''Solon''', '''Cléobule''' de ''Lindos'', '''Myson''' de ''Chêne'' [[#Myson_de_Chêne_NdT_VC|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et '''Chilon''' de ''Lacédémone'', que l’on compte pour le septième de ces sages. Tous ces personnages ont admiré, aimé et cultivé l’éducation ''lacédémonienne'' ; et il est aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des ''Spartiates'', par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent les prémices de leur sagesse à '''Apollon''', dans son temple de ''Delphes'', y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Myson_de_Chêne_NdT_VC_back|<span id="Myson_de_Chêne_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Myson, Diogène de Laerte, I, 106. — ''Chêne'' était un bourg du mont ''Oéta''. Myson occupe ici parmi les sept sages la place de Périandre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Troisième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_III_et_IV.djvu/91|Protagoras, 343a]]'', traduites par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:La_République|La République]] [[#République|<span id="République_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_République|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue de '''Platon''' portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA République|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#République_back|<span id="République"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin rēspūblica [[wikt:en:respublica#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:res#Latin|rēs]] [[wikt:en:res#Latin|(en)]], « 1. Chose, objet, affaire (sens vague précisé par un adjectif). 2. Fait, ce qui est fait, réalité. 3. Le faire : art, profession, métier, carrière. 4. Le faire : travail, soin, occupation, peine, difficulté. 5. Fait, événement, affaire, action, entreprise, exécution, combat, opération (militaire) ; hauts faits, exploits. 6. Faits historiques, la [[wikt:geste#Nom_commun_2|geste]], l’histoire. 7. Circonstance, occasion; situation, cas, condition, position, état des choses. 8. Avoir, biens, propriété, fortune, richesses. 9. Utilité, intérêt, avantage, profit. 10. Affaire, rapport, relation, commerce. 11. Faits dont on parle : sujet, débat, point de discussion, question, litige, contestation, procès. 12. Motif, raison, cause; but, fin. 13. Moyen, manière. 14. État, puissance, pouvoir, par ellipse du composé [[wikt:res_publica#Latin|res publica]], [[wikt:respublica#Latin|respublica]] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif latin [[wikt:publicus#Latin|pūblĭcus]] [[wikt:en:publicus#Latin|(en)]], « 1. Étatique, qui concerne l’État, qui se fait au profit de l’État, qui se fait aux frais de l’État. 2. Qui est à l’usage de tous, public, commun, universel, général. 3. Banal, ordinaire, commun, mauvais, vulgaire, bas, trivial. »; </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre X ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> '''Platon''' se livre à la censure de la poésie, par l’excès de force de son pouvoir, son langage séducteur. La poésie, imitative, doit être rejetée absolument, car elle déforme l’esprit de l’auditoire par la transmission de passions qui contaminent l’âme et fait de mauvais citoyens.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre DC.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Il interroge les poètes : [[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère|<span id="Homère_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] n’a jamais été ni chef de guerre, ni conseiller, ni inventeur (au contraire de '''Thalès''' pour ce dernier point).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre DC|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Homère_back|<span id="Homère"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὅμηρος / Hómēros [[wikt:en:Ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]]; identique à ὅμηρος / hómēros [[wikt:en:ὅμηρος#Ancient_Greek|(en)]], « gage, engagement, caution, sûreté, otage »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Légendaire [[w:Aède|''aède'']], dont la paternité des deux poèmes épiques, l’[[w:Iliade|''Iliade'']] et l’[[w:Odyssée|''Odyssée'']], œuvres fondatrices de la littérature grecque antique, lui sont attribués, et dont l’existence est débattue.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλὰ δή τις πόλεμος ἐπὶ [[w:Homère|'''῾Ομήρου''']] ὑπ’ ἐκείνου ἄρχοντος ἢ συμβουλεύοντος εὖ πολεμηθεὶς μνημονεύεται;<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Γλαύκων''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδείς.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Ἀλλ’ οἷα δὴ εἰς τὰ ἔργα σοφοῦ ἀνδρὸς πολλαὶ ἐπίνοιαι καὶ εὐμήχανοι εἰς τέχνας ἤ τινας ἄλλας πράξεις λέγονται, ὥσπερ αὖ '''Θάλεώ''' τε πέρι τοῦ ''Μιλησίου'' καὶ [[w:Anacharsis|'''Ἀναχάρσιος''']] τοῦ ''Σκύθου'';<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδαμῶς τοιοῦτον οὐδέν.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Σωκράτης'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">[600a] Ἀλλὰ δὴ εἰ μὴ δημοσίᾳ, ἰδίᾳ τισὶν ἡγεμὼν παιδείας αὐτὸς ζῶν λέγεται '''῞Ομηρος''' γενέσθαι, οἳ ἐκεῖνον ἠγάπων ἐπὶ [600b] συνουσίᾳ καὶ τοῖς ὑστέροις ὁδόν τινα παρέδοσαν βίου ''῾Ομηρ[[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|{{Info|ικήν|accusatif singulier féminin}}]]'', ὥσπερ [[w:Pythagore|'''Πυθαγόρας''']] αὐτός τε διαφερόντως ἐπὶ τούτῳ ἠγαπήθη, καὶ οἱ ὕστεροι ἔτι καὶ νῦν ''Πυθαγόρ[[wikt:en:-εῖον#Ancient_Greek|ειον]]'' τρόπον ἐπονομάζοντες τοῦ βίου διαφανεῖς πῃ δοκοῦσιν εἶναι ἐν τοῖς ἄλλοις;<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Γλαύκων'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">Οὐδ’ αὖ, ἔφη, τοιοῦτον οὐδὲν λέγεται. Ὁ γὰρ [[w:Créophylos_de_Samos|'''Κρεώφυλος''']], ὦ '''Σώκρατες''', ἴσως, ὁ τοῦ '''῾Ομήρου''' ἑταῖρος, τοῦ ὀνόματος ἂν γελοιότερος ἔτι πρὸς παιδείαν φανείη, εἰ τὰ λεγόμενα περὶ '''῾Ομήρου''' ἀληθῆ. Λέγεται γὰρ ὡς πολλή τις ἀμέλεια περὶ [600c] αὐτὸν ἦν ἐπ’ αὐτοῦ ἐκείνου, ὅτε ἔζη.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Dixième, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm ''La République, Livre X, §§600a-c''], textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], 1834</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Socrate''']]<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« [600] Mais quelle guerre mentionne-t-on, à l’époque d’[[w:Homère|'''Homère''']] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui ait été bien conduite par lui, ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">[[w:Glaucon|'''Glaucon''']] [[#Glaucon|<span id="Glaucon_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Cite-t-on alors de lui, comme d’un homme habile dans la pratique, plusieurs inventions ingénieuses concernant les arts ou les autres formes de l’activité, ainsi qu’on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’[[w:Anacharsis|'''Anacharsis''']] [[#Anacharsis|<span id="Anacharsis_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] le [[w:Scythes|''Scythe'']] [[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, on ne cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais si '''Homère''' n’a pas rendu de services publics dit-on au moins qu’il ait, de son vivant, présidé à l’éducation de quelques particuliers, qui l’aient aimé au point de s’attacher à sa personne, et qui aient transmis à la [600b] postérité un plan de vie ''homérique'', comme ce fut le cas de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore|<span id="Pythagore_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui inspira un profond attachement de ce genre [[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], et dont les sectateurs nomment encore aujourd’hui ''pythagorique'' le mode d’existence par lequel ils semblent se distinguer des autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, là encore, on ne rapporte rien de pareil; car [[w:Créophylos_de_Samo|'''Créophyle''']] [[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] [[#Créophyle|<span id="Créophyle_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], le compagnon d’'''Homère''', encourut peut-être plus de ridicule pour son éducation que pour son nom, si ce qu’on raconte d’'''Homère''' est vrai. On dit, en effet, que [600c] ce dernier fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_RB_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès voy. [[w:Eduard_Zeller|Zeller]], [[w:Eduard_Zeller#Histoire_de_la_philosophie|Phil. der Griech.]], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k994542s/f285.item.zoom# I, p. 183], n. 2. Certains auteurs attribuent à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier. - Note d’Adam.<br />[[#Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Pythagore_RB_NdT"><sup>2</sup></span>]] [[w:Erwin_Rohde|E. Rôhde]] fait justement remarquer que si Pythagore parvint à imposer une règle de vie à de nombreux disciples, qui formèrent, comme on sait, une sorte de confrérie, il le dut moins au prestige de sa philosophie - la mystique des nombres - qui n’était pas absolument nouvelle, qu’à son vigoureux ascendant personnel : « Il fut pour les siens un modèle, un exemple, un guide qui les força à le suivre et à se faire ses émules. Personnalité cen­trale autour de laquelle toute une communauté se rassembla comme par une intime nécessité. De bonne heure ce fondateur de religion apparut comme un surhomme, unique, incomparable… Et dans le souvenir de ses adhérents, Pythagore devint un saint, un dieu à figure humaine, de qui la légende racontait des miracles. » (Psyché, trad. A. Reymond, p. 395). Voy. également les pp. 394-403 de cette même traduction (pp. [https://www.deutschestextarchiv.de/book/view/rohde_psyche_1894?p=446 430]-464 de l’éd. allemande de 1894).<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_RB_NdT"><sup>3</sup></span>]] Certains auteurs, dit le Scoliaste de la République, rapportent que Créophyle était le gendre d’Homère. Son nom, dont Glaucon souligne ici le ridicule, signifie fils de la viande.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Platon. La République</u>, Texte intégral, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep10.htm ''Livre X, 600-c.''], traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12512083/robert_baccou/ Robert Baccou], Garnier frères, 1936</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Robert Baccou de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Glaucon_back|<span id="Glaucon"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Γλαύκων / Glaúkōn [[wikt:en:Γλαύκων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif γλαυκός / glaukós [[wikt:en:γλαυκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, lumineux. 2. Bleu-vert ou bleu-gris. 3. (de la couleur des yeux) Bleu clair ou gris. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ + le suffixe -ων / -ōn [[wikt:en:-ων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''musicien'', élève de Socrate.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Dème_(Athènes_antique)|''dème'']] de [[w:Collytos|''Collytos'']] — lieu de décès indéterminé) [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA484#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §21 - Glaucon d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Anacharsis_back|<span id="Anacharsis"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Anacharsis|Ἀνάχαρσις / Anácharsis]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Prince ''scythe'' qui, selon la légende, visita la ''Grèce'' à l’époque archaïque, où il se fit remarquer par sa sagesse.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_590_av._J.-C.|-600]], à [[w:Scythie|''Scythie'']] [[#Cyaxare_back|<sup>⤴️</sup>]] — mort d’une flèche tirée par son frère [[w:Idanthyrse|Saulius]], roi des ''Scythes'', pour avoir pratiqué des coutumes étrangères et avoir eu commerce avec les ''Grecs'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/melpomene.htm <sup>Hérod. Hist. l.IV — Melpomène. §§LXXVI.-LXXVII.</sup>]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA176#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §155 - Anacharsis}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Pythagore_back|<span id="Pythagore"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πῡθᾰγόρᾱς / Pūthagórās [[wikt:en:Πυθαγόρας#Ancient_Greek|(en)]] :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''[[w:Aristippe_de_Cyrène|'''Aristippe''']] de ''Cyrène'' [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] prétend, dans le traité sur les Physiologues, qu’il fut surnommé '''Pythagore''' parce qu’il révélait la vérité à l’égal d’[[w:Apollon#L’arrivée_à_Delphes|Apollon Pythien]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[[w:Diogène_Laërce|<u>Diogène de Laerte</u>]], ''[https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/8pythagore1.htm#15 Livre VIII, chapitre I. PYTHAGORE - ΠΥΘΑΓΟΡΑΣ]''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun Πῡθῐ́ᾱ / Pūthíā [[wikt:en:Πυθία#Ancient_Greek|(en)]], « [[w:Pythie|''Pythie'']], l’[[w:Divination_grecque|oracle]] du [[w:Temple_d%27Apollon_(Delphes)|''temple d’Apollon'']] à ''Delphes'' [[#Delphes_back|<sup>⤴️</sup>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ du nom propre Πῡθώ / Pūthṓ [[w:Πυθώ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pythô ; l’ancien nom de ''Delphes''. 2. Python, le serpent monstrueux qui aurait été tué par ''Apollon Pythien'' à ''Delphes''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du suffixe adjectival féminin‎ -ῐος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe [[wikt:ἀγορεύω#Grec_ancien|ἀγορεύω / agoreúō]], « 1. Parler devant une assemblée. 2. Haranguer. 3. Proclamer. 4. Dire (en public). »; [[wikt:dénominal|''Dénominal'']] de [[wikt:ἀγορά#Grec_ancien|ἀγορά / agorá]], « assemblée »; [[wikt:déverbal|''Déverbal'']] de [[wikt:ἀγείρω#Grec_ancien|ἀγείρω / ageírô]], « assembler, grouper »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Maître de sagesse charismatique et philosophe présocratique, fondateur controversé d’une communauté mi-philosophique mi-politique en Italie du Sud, caractérisée par son mode de vie particulier. Son nom est lié à l’introduction de la croyance en la [[w:Métempsycose|''métempsycose'']] dans le monde grec, mais aussi aux mathématiques, à la philosophie des nombres et à la notion d’harmonie céleste - notions ou domaines qui furent approfondis davantage par ses disciples et [[wikt:épigone|''épigones'']] (penseurs reprenant et prolongeant les idées d’un mouvement passé), les [[w:École_pythagoricienne|''pythagoriciens'']]. Devenue vite légendaire, sa figure inspira plusieurs philosophes, notamment de matrice platonicienne, et sa pensée connut une réception particulièrement longue et variée à travers les siècles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_570_av._J.-C.|-570]], à [[w:Samos|''Samos'']], île grecque de la mer Égée située à 40km au nord-ouest de ''Milet'' [[#Milet_back|<sup>⤴️</sup>]] — ca. [[w:Années_490_av._J.-C.|-495]]/[[w:Années_480_av._J.-C.|-480]], à [[w:Métaponte|''Métaponte'']], dans la région historique de [[w:Lucanie_(région_historique)|''Lucanie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région de la [[w:Basilicate|''Basilicate'']] du sud de l’Italie) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA681#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §333 - Pythagore de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px; text-align: left;">[[#Créophyle_back|<span id="Créophyle"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κρεώφυλος / Kreṓphulos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun κρείων / kreíōn [[wikt:en:κρείων#Ancient_Greek|(en)]], « seigneur, maître, dirigeant »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun φῡλή / phūlḗ [[wikt:en:φυλή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Une union d’individus dans une communauté. 2. Une union basée sur la filiation : tribu, clan. 3. Une union basé sur la localisation : comté. 4. Une division de soldats. »; du verbe φύω / phúō [[wikt:en:φύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire naître, produire, générer, faire croître. 2. (transitif) Engendrer, porter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 6. (intransitif) être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 7. (impersonnel) C’est naturel, ça arrive naturellement [+infinitif = ça …]. 8. Être son lot naturel [+datif = celui de quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète grec archaïque, contemporain d’Homère.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais fait-on mention d’une guerre qui ait eu lieu de son temps et qu’il ait heureusement conduite par lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« D’aucune.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais le donne-t-on pour un homme habile dans les travaux et cite-t-on de lui mainte invention ingénieuse dans les arts ou dans tout autre domaine d’activité, comme on le fait de '''Thalès''' de ''Milet'' et d’'''Anacharsis''' le ''Scythe'' [[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On n’en cite rien de tel.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Mais ce qu’il n’a point fait pour les États, l’a-t-il fait pour les particuliers ? en est-il dont il passe pour avoir dirigé lui-même l’éducation pendant sa vie, qui l’aient aimé pour ses leçons et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''homérique'', comme '''Pythagore''' qui fut extraordinairement aimé pour cela, et dont les sectateurs suivent encore aujourd’hui un régime de vie qu’ils appellent ''pythagorique'', régime qui les distingue de tous les autres hommes ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne rapporte non plus, dit-il, aucun souvenir de ce genre ; car Créophyle [[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], le disciple d’'''Homère''', '''Socrate''', est moins ridicule peut-être pour son nom que pour son éducation, s’il en faut croire ce qu’on dit sur '''Homère'''. On dit en effet qu’il fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_Thales_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Thales_EC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Sur les inventions de Thalès, voir [[w:Joseph_Bidez|J. Bidez]], ''Les premiers philosophes grecs techniciens et expérimentateurs'' (extrait du ''Flambeau'' 1921), p. 9 sqq. On attribuait à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_EC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Platon parle de Créophyle comme d’un ami ou d’un disciple d’Homère ; d’autres, y compris le scholiaste, prétendent qu’il était son gendre. Le poème épique de la ''Prise d’Œchalie'' est attribué à Créophyle par [[w:Callimaque_de_Cyrène|Callimaque]] [[#Callimaque_back|<sup>⤵️</sup>]] ; selon une autre tradition, Créophyle reçut le poème d’Homère lui-même en récompense de son hospitalité. Son nom signifie : Carnigena, ''fils de la viande''.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:La_République_(trad._Chambry)|<u>Platon. Œuvres Complètes. Tome X. La République.</u>]], [[s:La_République_(trad._Chambry)/Livre_X#3.|''Livre X'']], 600-c., traduit par [[s:Auteur:Émile_Chambry|Émile Chambry]], Librairie Garnier Frères, 1934</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Fait-on mention de quelque guerre heureusement conduite par Homère lui-même ou par ses conseils ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Nullement.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Ou bien encore, ce qu’aurait dû faire un homme habile, s’est-il signalé par beaucoup d’inventions utiles dans les arts ou autres métiers, comme on le dit de '''Thalès''' de ''Milet'', et du ''Scythe'' '''Anacharsis''' [[#Platon_Rép_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_VC_NdT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« On ne raconte de lui rien de semblable.<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Socrate'''<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Si '''Homère''' n’a rendu aucun service au public, en a-t-il du moins rendu aux particuliers ? Dit-on qu’il ait présidé pendant sa vie à l’éducation de quelques jeunes gens qui se soient plu à l’accompagner, et qui aient transmis à la postérité un plan de vie ''Homérique'', comme '''Pythagore''', à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes ''Pythagorique'' ?<br /><br /><p style="text-align: center;">'''Glaucon''' d’Athènes<br /><p style="text-align: justify; direction: ltr;">« Non, '''Socrate''', on ne dit rien de pareil d’'''Homère'''. '''Créophyle''' [[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], son compagnon, a dû être encore plus ridicule pour ses mœurs que pour le nom qu’il portait. On dit en effet qu’'''Homère''', pendant sa vie même, fut étrangement négligé par ce personnage.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Platon_Rép_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_VC_NdT"><sup>1</sup></span>]] Voyez sur Thalès de ''Milet'', Hérodote, I [[#Clio_back|<sup>'''⤴️'''</sup>]]; Aristote, Polit., I [[#Politique_back|<sup>'''⤵️'''</sup>]], 2 ; et [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm Diogène de Laërce, I], 24 et sqq.; sur Anacharsis, [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/anacharsis1.htm Diogène de Laërce, I], 105.<br />[[#Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT_back|<span id="Platon_Rép_Créophyle_VC_NdT"><sup>2</sup></span>]] Le nom de Créophyle se compose des mots ''viande'' et ''race''. Il paraît qu’il circulait dans l’antiquité des traditions peu honorables pour ce personnage, auxquelles Platon fait ici allusion. Il en est parvenu jusqu’à nous quelques-unes, fort incohérentes, sur ses relations avec Homère, soit comme son gendre ou son hôte, soit comme ayant reçu en don un de ses poèmes, qu’il aurait, après la mort de l’auteur, publié sous son propre nom. Voyez [[w:Johann_Albert_Fabricius|Fabricius]], Bibl. Gr., I, 4.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, [[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_IX_et_X.djvu/405|Tome Dixième]], ''[[s:Page%3APlaton_-_Œuvres%2C_trad._Cousin%2C_IX_et_X.djvu/651|La République, 600a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Rey et Gravier, Librairies, 1834<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/rep10.htm#03a '''ici'''] et [https://archive.org/details/bub_gb_pfoSFuT61LIC/page/n251/mode/2up '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Théétète_(Platon)|Théétète]] [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Théétète|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Dialogue de '''Platon''' sur la recherche d’une définition de la science par '''[[w:Socrate|Socrate]]''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]] et '''[[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]]''' [[#Théétète|<span id="Théétète_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> <span id="Mathématiques_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Théétète|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théétète_back|<span id="Théétète"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεαίτητος / Theaítētos [[wikt:en:Θεαίτητος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ l’adjectif αἰτητός / aitētós [[wikt:en:αἰτητός#Ancient_Greek|(en)]], « demandé, requis »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe αἰτέω / aitéō [[wikt:en:αἰτέω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (généralement transitif [[wikt:en:Appendix:Glossary#transitive|(en)]]) Demander, implorer, exiger, mendier [+accusatif = quelque chose], [+deux accusatifs = quelque chose de quelqu’un] ou avec objet omis. 2. (moyen [[wikt:en:Voice_(grammar)#Middle|(en)]], transitif) Demander pour soi-même, pour son propre usage ou but, réclamer. 3. ([[wikt:Voix_passive|passif]], de personnes) Se faire mendier une chose. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''Mathématicien'']] [[#Mathématiques|<sup>II</sup>]] grec dont l’œuvre nous est transmise par [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], son condisciple auprès de [[w:Socrate|Socrate]], et élève du mathématicien [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|Théodore]] [[#Théodore_back|<sup>⤵️</sup>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_415_av._J.-C.|-415]], ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_394_av._J.-C.|-394]] ou [[w:Années_369_av._J.-C.|-369]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort des suites d’une [[w:Dysenterie#Histoire|''dysenterie'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm <sup>Plat. Théét. 142a,b.</sup>] contractée soit (opinion dominante au XIX<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) lors de la de la [[w:Bataille_de_Némée|''bataille de Némée'']] (-394), au début de la [[w:Guerre_de_Corinthe|''guerre de Corinthe'']], où les hoplites ''athéniens'' furent engagés au sein de la coalition anti-''spartiate''; soit (opinion dominante actuelle) lors de la bataille que livrèrent les ''Athéniens'', alliés aux ''Lacédémoniens'', pour défendre ''Corinthe'' contre une attaque des ''Thébains'' (-369)) [https://books.google.fr/books?id=_HZTvAxN7CIC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA844#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VI, §32 - Théétète d’Athènes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mathématiques_back|<span id="Mathématiques"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun grec ancien μαθηματικός / mathematikos [[wikt:en:μαθηματικός#Noun|(en)]], « 1. mathématicien.ne. 2. (école pythagoricienne) Étudiant avancé. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:μάθημα#Grec_ancien|μάθημα / máthēma]], « 1. Étude, science, connaissance, chose apprise. 2. (Au pluriel) Les sciences mathématiques. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ dérivé du verbe μανθάνω / manthánô, « 1. Apprendre : • Étudier, s’instruire ; • (à l’[[w:Aoriste|''aoriste'']] et au parfait) Avoir appris, s’être habitué à, avoir coutume de ; • Apprendre par cœur ; • S’informer de ; (aoriste) Être informé de, avoir appris, savoir. 2. S’apercevoir de : • Remarquer ; • (aoriste 2) Avoir remarqué, se rendre compte. 3. (par suite) Comprendre. »);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du suffixe nominal neutre, sur base verbale, [[wikt:-μα#Grec_ancien|-μα / -ma]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe adjectival [[wikt:-ικός#Grec_ancien|-ικός / -ikós]], « -ic »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Discipline théorique issue de la période [[w:Époque_archaïque|''archaïque'']], et développée tout au long des périodes [[w:Époque_hellénistique|''hellénistique'']] et [[w:Rome_antique|''romaine'']], qui se différencie de celle des civilisations précédentes par l’utilisation de ''raisonnement déductif'' [[w:en:Deductive_reasoning|(en)]] comme [[w:Démonstration_(logique_et_mathématiques)|''preuve'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] — [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]], sur les rives de la ''Méditerranée'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre CLXXIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la chute dans un puits de '''Thalès'''.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">[[w:Socrate|'''Σωκράτης''']]<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">Ὥσπερ καὶ [[wikt:en:Θαλῆς|'''Θαλῆν''']] ἀστρονομοῦντα, ὦ [[wikt:en:Θεόδωρος|'''Θεόδωρε''']], καὶ ἄνω βλέποντα, πεσόντα εἰς [[wikt:en:φρέαρ|'''φρέαρ''']], [[wikt:en:Θρᾷττα|'''Θρᾷττά''']] τις [[wikt:en:ἐμμενετός|'''ἐμμελὴς''']] καὶ χαρίεσσα θεραπαινὶς ἀποσκῶψαι λέγεται ὡς τὰ μὲν ἐν [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|'''οὐρανῷ''']] προθυμοῖτο εἰδέναι, τὰ δ' ἔμπροσθεν αὐτοῦ καὶ παρὰ [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|'''πόδας''']] λανθάνοι αὐτόν. ταὐτὸν δὲ ἀρκεῖ σκῶμμα ἐπὶ πάντας ὅσοι ἐν φιλοσοφίᾳ διάγουσι. τῷ γὰρ ὄντι τὸν τοιοῦτον ὁ μὲν πλησίον καὶ ὁ γείτων λέληθεν, οὐ μόνον ὅτι πράττει, ἀλλ' ὀλίγου καὶ εἰ ἄνθρωπός ἐστιν ἤ τι ἄλλο θρέμμα· τί δέ ποτ' ἐστὶν ἄνθρωπος καὶ τί τῇ τοιαύτῃ φύσει προσήκει διάφορον τῶν ἄλλων ποιεῖν ἢ πάσχειν, ζητεῖ τε καὶ πράγματ' ἔχει διερευνώμενος. μανθάνεις γάρ που, ὦ '''Θεόδωρε'''· ἢ οὔ;</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Œuvres de Platon</u>, Tome Deuxième, ''[https://el.wikisource.org/wiki/%CE%98%CE%B5%CE%B1%CE%AF%CF%84%CE%B7%CF%84%CE%BF%CF%82#p.174a Théétète, 174a]'', textes établis par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''Socrate'''<br /><p style="text-indent: 15px; text-align: justify;">L’exemple de '''Thalès''' te le fera comprendre, [[w:Th%C3%A9odore_de_Cyr%C3%A8ne|'''Théodore''']] [[#Théodore|<span id="Théodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de [[w:Thrace|''Thrace'']] [[#Thrace|<span id="Thrace_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à ''philosopher'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, '''Théodore'''; ne comprends-tu pas ?</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Livre:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu|Platon - Théétète Parménide]]</u>, ''[[s:Page:Platon_-_Théétète._Parménide,_trad._Chambry.djvu/110|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Émile_Chambry|Émile Chambry]], GF-Flammarion, 1967</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Chambry de 1967|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théodore_back|<span id="Théodore"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Θεόδωρος [[wikt:en:Θεόδωρος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ Κυρηναῖος [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]] / Theódoros ὁ Kirinaῖos;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin » ou du nom, « 1. une divinité, un dieu. 2. titre de souverain. 3. Parfois féminin ([[wikt:ἡ#Grec_ancien|ἡ]] θεός) : une déesse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Histoire_de_la_g%C3%A9om%C3%A9trie|''Géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|''mathématicien'']] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]], maître du jeune [[w:Théétète_d%27Athènes|Théétète]] [[#Théétète_back|<sup>⤴️</sup>]], célèbre pour sa contribution de l’énonciation du critère de l’[[w:Commensurabilité_(mathématiques)|''incommensurabilité'']], et donc de la découverte des [[w:Nombre_irrationnel|''nombres irrationnels'']].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 0px; text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_470_av._J.-C.|-470]]/[[w:Années_465_av._J.-C.|-465]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène_back|<sup>⤵️</sup>]] — ''post.'' [[w:Années_399_av._J.-C.|-399]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'') [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA972#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §56a - Théodore de Cyrène}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Thrace_back|<span id="Thrace"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θρᾴκη / Thrā́ikē [[wikt:en:Θρᾴκη#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun Θρᾷξ / Thrâix [[wikt:en:Θρᾷξ#Ancient_Greek|(en)]], « un Thrace, un habitant de Thrace »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Territoire situé entre les rivières [[w:Morava_(Serbie)|''Margos'']] ([[w:Golijska_Moravica|''Morava serbe'']]) et Axios ([[w:Vardar|''Vardar'']]) à l’ouest, la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] au sud, le [[w:Mer_Noire|''Pont-Euxin'']] (la ''mer Noire'') à l’est et les [[w:Carpates|''Carpates'']], ainsi que dans le nord-Ouest de l’[[w:Anatolie|''Asie mineure'']]. Les [[w:Thraces|''Thraces'']] ([[w:XXXe_siècle_av._J.-C.|XXX<sup>ème</sup>]] — [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}) constituaient un ensemble de peuples de [[w:Langues_paléo-balkaniques|langues ''paléo-balkaniques'']] partageant un ensemble de croyances, un mode de vie et une même langue souche avec des variantes et dialectes.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">On raconte de '''Thalès''', '''Théodore''', que tout occupé de l’astronomie [[#astronomie|<span id="astronomie_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et regardant en haut, il tomba dans un puits [[#puits_NdT_VC|<span id="puits_NdT_VC_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], et qu’une servante de ''Thrace'', d’un esprit agréable et facétieux, se moqua de lui, disant qu’il voulait savoir ce qui se passait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui et à ses pieds. Ce bon mot peut s’appliquer à tous ceux qui font profession de ''philosophie''. En effet, non-seulement un ''philosophe'' ne sait pas ce que fait son voisin, il ignore presque si c’est un homme ou un autre animal : mais ce que c’est que l’homme, et quel caractère le distingue des autres êtres pour l’action ou la passion; voilà ce qu’il cherche, et ce qu’il se tourmente à découvrir. Comprends-tu ou non ma pensée, '''Théodore''' ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 4em;">'''<small>[[#puits_NdT_VC_back|<span id="puits_NdT_VC"><sup>1</sup></span>]] DIOG. LAERC. I, 24.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>[[s:Œuvres_de_Platon,_traduites_par_Victor_Cousin|Œuvres de Platon]]</u>, Tome Deuxième, ''[[s:Page:Platon_-_Œuvres,_trad._Cousin,_I_et_II.djvu/512|Théétète, 174a]]'', traduction par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Bossange Frères, 1824<br />(également disponible [https://archive.org/search.php?query=platon%20th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Victor Cousin de 1824|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#astronomie_back|<span id="astronomie"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀστρονομία / astronomía [[w:ἀστρονομία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ἄστρον / ástron [[wikt:en:ἄστρον#Ancient_Greek|(en)]], « corps céleste, astre, constellation, étoile »; du nom commun ᾰ̓στήρ / astḗr [[wikt:en:ἀστήρ#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ νόμος / nómos, « 1. Utilisation, personnalisé. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Ancien type de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. 6. Cours de maçonnerie. »; du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, dispenser. 2. (des bergers) Faire paître leurs troupeaux, conduire au pâturage, s’occuper. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’astronomie ''grecque'' est en partie caractérisée par la recherche d’explications rationnelles et physiques aux phénomènes célestes. Elle a été influencée par les Babyloniens et, dans une moindre mesure, par l’astronomie égyptienne. La plupart des constellations de l’hémisphère nord, le nom de plusieurs étoiles et le concept même de « planète », la mesure de l’inclinaison du plan de l’[[w:Écliptique|''écliptique'']], et les premiers systèmes [[w:Héliocentrisme#Grèce_antique|''héliocentriques'']] dérivent de l’astronomie ''grecque''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote|<span id="Aristote_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:384_av._J.-C.|-384]], à [[w:Stagire|''Stagire'']], cité ''grecque'' de la [[w:Chalcidique_(péninsule)|'' péninsule Chalcidique'']], au nord de la mer [[w:Mer_Égée|''Égée'']] — [[w:322_av._J.-C.|-322]], à [[w:Chalcis|''Chalcis'']], cité ''grecque'' de l’île d’[[w:Euboea|''Euboea'']], à l’ouest de la mer ''Égée'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Aristote|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA413#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA109#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §414 - Aristote de Stagire}}] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA459#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, §A414 - Aristote de Stagire}}] [[Fichier:Aristoteles Louvre.jpg|vignette|Portrait d’ '''Aristote'''. Marbre [[w:Pentélique#Le_marbre_pentélique|''Pentélique'']], copie romaine de période impériale ([[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup>]] ou [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}) d’un bronze perdu réalisé par [[w:Lysippe|'''Lysippe''']] [[#Lysippe|<span id="Lysippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Sicyone|''Sicyone'']].<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : Collection de la [[w:Villa_Borghèse|''Villa Borghèse'']]; acheté au [[w:Camille_Borghèse|''prince'' '''Borghèse''']] en 1807.<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Département_des_antiquités_grecques,_étrusques_et_romaines_du_musée_du_Louvre|Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre]], [[d:Q19296875|Salle 344 - Art grec classique et hellénistique]] [https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010250503 <sup>🔍</sup>] [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA445&dq=Richter%20%20The%20Portraits%20of%20the%20Greeks&hl=fr&pg=PA444#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §414 - Aristote de Stagire, Iconographie}}].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], polymathe, disciple de '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], enseignant à l’Académie [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] et fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée|<span id="Lycée_back"><sup>III</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1019#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le Lycée}}]. </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Aristote|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Aristote_back|<span id="Aristote"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélēs [[wikt:en:Ἀριστοτέλης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du superlatif ἄριστος / áristos [[wikt:en:ἄριστος#Ancient_Greek|(en)]], « le meilleur/plus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + τέλος / télos [[wikt:en:τέλος#Ancient_Greek|(en)]], « achèvement, réalisation, accomplissement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival et nominal -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Lysippe_back|<span id="Lysippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λῡ́σῐππος / Lū́sippos [[wikt:en:Λύσιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe λῠ́σῐς / lúsis [[wikt:en:λύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Délier, libérer, rançonner. 2. Délivrance de la culpabilité par des rites expiatoires. 3. Rachat d’hypothèque ou de nantissement. 4. Séparation. 5. Vidange, évacuation. 6. Solution (à une difficulté ou à un problème). 7. Rémission de la fièvre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe λύω / lúō [[wikt:en:λύω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Lâcher, desserrer, délier. 2. Ralentir, ramollir. 3. Détendre. 4. Libérer. 5. Racheter, compenser les défauts ou les mauvais aspects de (quelque chose). 6. Dissoudre, trancher (de façon brutale et avec force). 7. Briser (casser), détruire. 8. Abroger, annuler. 9. Expier, amender. 10. Profiter, être utile. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus‎ -σις / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) Cavalerie, cavaliers. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Sculpteur et bronzier grec, portraitiste attitré d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre le Grand''']], père et maître de [[w:Daippos|'''Daippos''']], [[w:Boédas|'''Boédas''']], [[w:Euthycratès|'''Euthycratès''']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lycée_back|<span id="Lycée"><sup>III</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:Λύκειον#Grec_ancien|Λύκειον / Lúkeion]]; nom tiré du temple voisin d’[[w:en:Lyceus|Ἀπόλλων Λύκειος / Apollôn Lúkeios]], « Apollon Lycien »; l’[[w:Épithète|épithète]] Λύκειος / Lúkeios pourrait venir de [[wikt:λύκος#Grec_ancien|λύκος / lúkos]], « loup », avec le sens de « louvier, chasseur de loups »; ou de [[wikt:λύκη#Grec_ancien|λύκη / lúkê]], « lumière », avec le sens de « lumineux »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''École philosophique'' fondée par [[w:Aristote|Aristote]] [[#Aristote|<sup>I</sup>]] à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] en [[w:335_av._J.-C.|-335]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, qui pris fin avec [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos de Rhodes]] [[#Andronicos_back|<sup>⤵️ </sup>]] en [[w:47_av._J.-C.|-47]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>. Le [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] est situé à l’est d’Athènes, encadré par les rivières [[w:Éridanos_(Athènes)|''Éridanos'']] et [[w:Ilissos|''Ilissos'']] (cf. le ''plan d’Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]]).'''<br /><span style="margin: 0 3em; text-indent: 15px"> <sup>💡</sup> ''<u>Des travaux entrepris en 1996 pour l’édification d’un musée d’art moderne, en plein centre d’Athènes, ont mis au jour les vestiges du ''Lycée'' d’Aristote, ceux du ''temple consacré à Apollon lycien'', ainsi que les ruines de la [[w:Palestre|''palestre'']] où les jeunes gens s’entraînaient à la lutte.</u>'' <sup>💡</sup></span></small> {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Politique_(Aristote)|Politique]] [[#Politique|<span id="Politique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Politique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA199#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, Les Politiques}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Ouvrage en huit livres dans lequel '''Aristote''' étudie la vie d’une [[w:Polis|''Polis'']].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Politique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Politique_back|<span id="Politique"><sup>I</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien Πολῑτῐκός / Polītikós [[wikt:en:πολιτικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Civique, constitutionnel, public. 2. Social. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πολίτης / polítēs [[wikt:en:πολίτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Citoyen, homme libre. 2. Concitoyen, compatriote. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal masculin -ῑ́της / -ī́tēs [[wikt:en:-ίτης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Étude de la vie de la [[w:Polis|Polis]], qui n’est pas une cité-État, le mot « État » étant anachronique, mais une communauté de citoyens libres et autonomes. La cité représente avant tout une structure humaine et sociale, et non une organisation administrative : il n’y a pas d’État indépendamment d’une communauté humaine concrète.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Discussion sur la cité ou la « communauté politique » [[#communauté|<span id="communauté_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par opposition à d’autres types de communautés et de partenariats tels que le « [[w:Oikos|''ménage'']] » [[#ménage|<span id="ménage_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] et le village.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}}</span> <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#communauté_back|<span id="communauté"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:κοινωνία#Grec_ancien|κοινωνία]] πολιτικη [[#Politique_back|<sup>⤴️</sup>]] / koinōnia politikē;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe [[wikt:κοινωνέω#Grec_ancien|κοινωνέω / koinônéô]], « 1. Être en communauté avec, avoir en commun avec, prendre part à. 2. Avoir des relations intimes. 3. Avoir un caractère commun ou du rapport avec. 4. Mettre en communauté, associer. 5. Communiquer, faire part. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ [[w:Verbe_dénominal|''dénominal'']] de [[wikt:κοινωνός#Grec_ancien|κοινωνός / koinônós]], « 1. Participant. 2. Partenaire, compagnon. »; du verbe [[wikt:κοινόω#Grec_ancien|κοινόω / koinóô]], « 1. Communiquer. 2. Rendre commun à, communiquer à. 3. Communiquer, faire savoir. 4. Mettre en communication, unir. 5. Rendre commun à tous, prostituer, profaner, souiller. 6. Unir, assembler, ajuster (une pièce d’une construction). 7. (Moyen) Communiquer, mettre en commun. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ de l’adjectif [[wikt:κοινός#Grec_ancien|κοινός / koinós]], « 1. (En particulier) Commun à tous, public. 2. Communiqué, publié. 3. Qui participe de deux caractères ou attributs. 4. Qui participe à, qui est en communauté. 5. Qui est d’origine commune, de même race, de même nature. 6. Qui se prête à tous également : • Social, affable; • Équitable, impartial; • Accessible. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#ménage_back|<span id="ménage"><sup>II</sup></span>]] En grec ancien [[wikt:οἶκος#Grec_ancien|οἶκος / oîkos]], « 1. Maison ou lieu d’habitation : • Pièce, chambre; • Maison de réunion, salle; monument; • Volière; • (astrologie) [[w:Domicile_(astrologie)|Domicile d’une planète]]; 2. Succession, héritage; 3. Maison ou famille régnante. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L’ensemble des biens et des êtres rattachés à un même lieu d’habitation et de production. Il s’agit à la fois d’une unité familiale élargie — des parents aux [[w:esclavage_en_Grèce_antique|esclaves]] — et d’une unité de production [[w:Agriculture_en_Grèce_antique|agricole]] et pastorale. L’art de « gérer un oikos » — l’« oikonomíā », ou [[w:Économie_de_la_Grèce_antique|''économie'']] [[#économie|<sup>III</sup>]] — revêt une importance particulière dans la Grèce antique :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Eh bien, dit '''Socrate''''' [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]]'', le nom d’économie nous a paru être celui d’une science, et cette science, nous l’avons définie celle par laquelle les hommes font prospérer une maison. Une maison est pour nous la même chose que toute espèce de possession, et nous avons appelé possession ce qui pour chacun est utile à la vie ; enfin le mot utile, nous l’avons appliqué à tous les objets dont on sait user.''<br />[...]<br />''Nous avons ensuite prouvé qu’il n’y a pas pour un homme beau et bon de profession ni de science au-dessus de l’agriculture, qui procure aux hommes le nécessaire. Car cette profession est la plus facile à apprendre et la plus agréable à exercer; elle donne au corps la plus grande beauté, la plus grande vigueur, et aux âmes assez de loisir pour songer aux amis et à la chose publique. L’agriculture nous a paru encore exciter les hommes à devenir courageux, vu que c’est en dehors des remparts qu’elle fournit le nécessaire et la nourriture à ceux qui l’exercent. Voilà pourquoi, dans tous les États, c’est la profession la plus honorée, parce qu’elle donne à la société les citoyens les meilleurs et les mieux intentionnés.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' <u>Œuvres complètes de Xénophon</u> [[#Xénophon_back|<sup>⤴️</sup>]], [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/economique2.htm <u>De l’économie</u>], ''Chapitre VI''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="économie"><sup>III</sup></span> Du nom commun grec οἰκονομῐ́ᾱ / oikonomíā [[wikt:en:οἰκονομία#Ancient_Greek|(en)]], « 1. La gestion d’un ménage ou d’une famille, d’élevage : • (d’un État) Administration, gestion; • (d’un poème) Arrangement. 2. Les recettes publiques d’un État. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun οἰκονόμος / oikonómos [[wikt:en:οἰκονόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Celui qui gère un ménage, le maître de la maison. 2. Un intendant d’une propriété, d’un domaine. 3. Un gestionnaire, un administrateur. 4. Un surintendant des finances publiques, trésorier d’une ville. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun οἶκος / oîkos [[#ménage|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun νόμος / nómos [[wikt:en:νόμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Utilisation, coutume. 2. Loi, ordonnance. 3. Mélodie, tension. 4. (musique) Type ancien de chanson. 5. Sorte de pièce de monnaie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe νέμω / némō [[wikt:en:νέμω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Distribuer, compter, diviser par un nombre. 2. (des bergers) Faire paître un troupeau, se rendre au pâturage. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre IV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Récit de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance de la récolte d’olives, en monopolisant tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios|<span id="Chios_back"><sup>'''I'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Chapitre IV|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Chios_back|<span id="Chios"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Χῐ́ος / Khíos [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']], proche [[w:en:Chios_Strait|(en)]] de la [[w:Turquie|''Turquie'']], et originalement une des douze cités grecques de la [[w:Confédération_ionienne|''Confédération ionienne'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/clio.htm <sup>Herod. Hist. ''l.''I. ''c.''CXLII-CXLIX</sup>], ligue religieuse (ou [[w:Amphictyonie|''Amphictyonie'']]) chargée du culte de [[w:Poséidon|Poséidon]] ''Helikonios'' au sanctuaire du [[w:Panionium|''Panionion'']] [[#Panionium_back|<sup>⤴️</sup>]], au [[w:Cap_Mycale|''cap Mycale'']], et politique des ''Grecs d’Asie mineure'' contre les ''Perses''.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Πάντα γὰρ ὠφέλιμα ταῦτ' ἐστὶ τοῖς τιμῶσι τὴν χρηματιστικήν, οἷον καὶ τὸ [[w:Thalès|'''Θάλεω τοῦ Μιλησίου''']]· τοῦτο γάρ ἐστι κατανόημά τι χρηματιστικόν, ἀλλ' ἐκείνῳ μὲν διὰ τὴν [[wikt:σοφία#Grec_ancien|'''σοφίαν''']] προσάπτουσι, τυγχάνει δὲ καθόλου τι ὄν. Ὀνειδιζόντων γὰρ αὐτῷ διὰ τὴν πενίαν ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης, κατανοήσαντά φασιν αὐτὸν [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|ἐλαιῶν]] φορὰν ἐσομένην ἐκ τῆς ἀστρολογίας, ἔτι [[wikt:en:χειμῶνος#Ancient_Greek|χειμῶνος]] ὄντος εὐπορήσαντα χρημάτων ὀλίγων [[wikt:en:ἀρραβών#Ancient_Greek|'''ἀρραβῶνας''']] διαδοῦναι τῶν [[wikt:en:ἔλαιον#Grec_ancien|'''ἐλαιουργίων''']] τῶν τ' ἐν [[wikt:en:Μίλητος#Ancient_Greek|'''Μιλήτῳ''']] (datif singulier) καὶ [[wikt:en:Χίος#Ancient_Greek|'''Χίῳ''']] (datif singulier) πάντων, ὀλίγου μισθωσάμενον ἅτ' οὐθενὸς ἐπιβάλλοντος· ἐπειδὴ δ' ὁ καιρὸς ἧκε, πολλῶν ζητουμένων ἅμα καὶ ἐξαίφνης, ἐκμισθοῦντα ὃν τρόπον ἠβούλετο, πολλὰ χρήματα συλλέξαντα ἐπιδεῖξαι ὅτι ῥᾴδιόν ἐστι πλουτεῖν τοῖς φιλοσόφοις, ἂν βούλωνται, ἀλλ' οὐ τοῦτ' ἐστὶ περὶ ὃ σπουδάζουσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 6.'''</small> '''Θαλῆς''' μὲν οὖν λέγεται τοῦτον τὸν τρόπον ἐπίδειξιν ποιήσασθαι τῆς σοφίας· ἔστι δ', ὥσπερ εἴπομεν, καθόλου τὸ τοιοῦτον χρηματιστικόν, ἐάν τις δύνηται μονοπωλίαν αὑτῷ κατασκευάζειν. Διὸ καὶ τῶν πόλεων ἔνιαι τοῦτον ποιοῦνται τὸν πόρον, ὅταν ἀπορῶσι χρημάτων· μονοπωλίαν γὰρ τῶν ὠνίων ποιοῦσιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px"><small>'''§ 7.'''</small> Ἐν [[wikt:Σικελία#Grec_ancien|'''Σικελίᾳ''']] δέ τις τεθέντος παρ' αὐτῷ νομίσματος συνεπρίατο πάντα τὸν [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|'''σίδηρον''']] ἐκ τῶν σιδηρείων, μετὰ δὲ ταῦτα ὡς ἀφίκοντο ἐκ τῶν ἐμπορίων οἱ ἔμποροι, ἐπώλει μόνος, οὐ πολλὴν ποιήσας ὑπερβολὴν τῆς τιμῆς· ἀλλ' ὅμως ἐπὶ τοῖς πεντήκοντα ταλάντοις ἐπέλαβεν ἑκατόν. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Τοῦτο μὲν οὖν [[wikt:Διονύσιος#Grec_ancien|'''Διονύσιος''']] αἰσθόμενος τὰ μὲν χρήματα ἐκέλευσεν ἐκκομίσασθαι, μὴ μέντοι γε ἔτι μένειν ἐν [[wikt:en:Συράκουσαι#Ancient_Greek|'''Συρακούσαις''']], ὡς πόρους εὑρίσκοντα τοῖς αὑτοῦ πράγμασιν ἀσυμφόρους· τὸ μέντοι ὅραμα '''Θάλεω''' καὶ τοῦτο ταὐτόν ἐστιν· ἀμφότεροι γὰρ ἑαυτοῖς ἐτέχνασαν γενέσθαι μονοπωλίαν. Χρήσιμον δὲ γνωρίζειν ταῦτα καὶ τοῖς πολιτικοῖς. Πολλαῖς γὰρ πόλεσι δεῖ χρηματισμοῦ καὶ τοιούτων πόρων, ὥσπερ οἰκίᾳ, μᾶλλον δέ· διόπερ τινὲς καὶ πολιτεύονται τῶν πολιτευομένων ταῦτα μόνον.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], texte collationné sur les manuscrits et les éditions principales par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§5_NdT_J_B-S-H|<span id="§5_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 5.'''</small></span>]] Je citerai ce qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; c’est une spéculation lucrative, dont on lui a fait particulièrement honneur, sans doute à cause de sa sagesse, mais dont tout le monde est capable. Ses connaissances en astronomie lui avaient fait supposer, dès l’[[wikt:χειμών#Grec_ancien|''hiver'']], que la récolte suivante des [[wikt:ἐλαία#Grec_ancien|''olives'']] serait abondante ; et, dans la vue de répondre à quelques reproches sur sa pauvreté, dont n’avait pu le garantir une inutile ''philosophie'', il employa le peu d’argent qu’il possédait à fournir des [[wikt:ἀρραβών#Grec_ancien|''arrhes'']] pour la location de tous les pressoirs de ''Milet'' et de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]; il les eut à bon marché, en l’absence de tout autre enchérisseur. Mais quand le temps fut venu, les pressoirs étant recherchés tout à coup par une foule de cultivateurs, il les sous-loua au prix qu’il voulut. Le profit fut considérable ; et Thalès prouva, par cette spéculation habile, que les ''philosophes'', quand ils le veulent, savent aisément s’enrichir, bien que ce ne soit pas là l’objet de leurs soins.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> On donne ceci pour un grand exemple d’habileté de la part de '''Thalès''' ; mais, je le répète, cette spéculation appartient en général à tous ceux qui sont en position de se créer un monopole. Il y a même des États qui, dans un besoin d’argent, ont recours à cette ressource, et s’attribuent un monopole général de toutes les ventes. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Un particulier, en [[w:Histoire_de_la_Sicile#Antiquité|''Sicile'']], employa les dépôts faits chez lui à acheter le [[wikt:σίδηρος#Grec_ancien|''fer'']] de toutes les usines; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§8_NdT_J_B-S-H|<span id="§8_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 8.'''</small></span>]] [[w:Denys_l%27Ancien|'''Denys''']] [[#Denys|<span id="Denys_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] en fut informé; et tout en permettant au spéculateur d’emporter sa fortune, il l’exila de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']] pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince. Cette spéculation cependant est au fond la même que celle de '''Thalès''' : tous deux avaient su se faire un monopole. Les expédients de ce genre sont utiles à connaître, même pour les chefs des États. Bien des gouvernements ont besoin, comme les familles, d’employer ces moyens-là pour s’enrichir ; et l’on pourrait même dire que c’est de cette seule partie du gouvernement que bien des gouvernants croient devoir s’occuper.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§5_NdT_J_B-S-H">§ 5.</span>]] ''Thalès de Milet'', chef de l’école ionienne, né vers 640 av. J.-C., et mort dans une vieillesse fort avancée ; il était contemporain de Solon, et, comme lui, rangé parmi les sept sages. Voir Platon, ''Rép.'', liv. X, p. 245, trad. de M. Cousin. Voir aussi Diogène de Laërte, liv. I. ''Vie de Thalès'', p. 9, § 38, édit. Firmin Didot.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — Cicéron (''de Divin'' , lib. I, cap. III) raconte le même trait. Il est probable qu’il l’avait emprunté à Aristote, dont il connaissait certainement l’ouvrage.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§8_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§8_NdT_J_B-S-H">§ 8.</span>]] ''Denys l’Ancien'', qui régna de 406 à 367 av. J.-C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small> — ''Pour les chefs des États.'' Presque tous les gouvernements modernes, et nous pourrions citer le nôtre en particulier, sont de l’avis d’Aristote, et ils demandent une partie de leurs ressources au monopole.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablepolitique.htm <u>Politique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1.htm#IV ''Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1874</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1874|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Denys_back|<span id="Denys"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Διονύσιος / Dionýsios [[wikt:en:Διονύσιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Tyran de la colonie grecque de [[w:Royaume_de_Syracuse|''Syracuse'']], qui connait son apogée sous ce règne.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_431_av._J.-C.|-431]]/[[w:Années_430_av._J.-C.|-430]] <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Syracuse'' — [[w:Années_367_av._J.-C.|-367]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 5.'''</small> Telle est l’aventure qu’on raconte de '''Thalès''' de ''Milet'' ; car elle nous fait connaître une invention relative à cette science. Mais on la lui attribue probablement à cause de son habileté connue, car c’est d’ailleurs quelque chose d’assez ordinaire. En effet, comme on lui faisait un sujet de reproche de sa pauvreté, d’où l’on inférait l’inutilité, de la ''philosophie'', on prétend qu’ayant prévu, dès l’hiver, au moyen de ses connaissances en astrologie, qu’il y aurait une abondante récolte d’olives, il loua tous les pressoirs à [[wikt:ἔλαιον#Grec_ancien|''huile'']] de ''Milet'' et de ''Chios'', à un prix fort modéré, attendu que personne ne songeait à enchérir sur lui ; et ensuite, au moment de la récolte, comme il se présentait un grand nombre de demandeurs, qui étaient fort pressés par le temps, il céda (dit-on) ses marchés aux conditions qu’il voulait, et ayant ainsi gagné beaucoup d’argent, il fit bien voir qu’il serait facile aux ''philosophes'' de s’enrichir s’ils le voulaient, mais que ce n’est pas à cela qu’ils s’appliquent [[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back">'''(1)'''</span>]].</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 6.'''</small> Telle est donc la manière dont on raconte que '''Thalès''' fit montre de son habileté ; mais c’est, comme je l’ai dit, un genre de spéculation fort ordinaire, quand on est à portée de se ménager quelque monopole ; aussi y a-t-il des gouvernements qui ont recours a cette ressource, quand ils manquent d’argent, et qui s’attribuent le monopole ou la vente exclusive des denrées.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 7.'''</small> Il y eut aussi en ''Sicile'' un homme qui employa l’argent qu’on avait déposé chez lui à acheter tout le fer qui provenait des mines, et qui ensuite, lorsque les négociants vinrent de tous les marchés pour s’approvisionner, se trouva seul dans le cas de leur en vendre. Sans même augmenter beaucoup le prix ordinaire, il ne laissa pas de faire un bénéfice de cent talents, sur cinquante qu’il avait avancés.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 8.'''</small> Cependant '''Denis''' ayant été informé de ce fait lui permit à la vérité d’emporter son argent, mais il lui défendit de demeurer plus longtemps à ''Syracuse'', comme ayant imaginé, pour s’enrichir, un moyen contraire aux intérêts du prince. Au reste, la spéculation de ce ''Syracusain'' était la même que celle de '''Thalès''', car tous deux avaient trouvé le moyen d’exercer un monopole. Il est même quelquefois utile à ceux qui gouvernent de connaître, ce genre de ressources [[#monopole_NdT_J-F_T|<span id="monopole_NdT_J-F_T_back">'''(2)'''</span>]], car il y a bien des gouvernements qui sont obligés d’employer de pareils moyens pour s’enrichir, aussi-bien que les simples familles, et qui même en ont encore plus besoin. Aussi, parmi ceux qui s’occupent de l’administration des états, y en a-t-il qui sont uniquement appliqués à cette partie [de la science politique, c’est-à-dire celle des finances].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T_back|<span id="pressoirs_à_huile_NdT_J-F_T">(1)</span>]] Cicéron (''De Divinat'', I.i, c. 49) rapporte la même anecdote en ces termes: ''Qui '' (Thales ''scil.'') ''ut objurgatores suos convinceret, ostenderet que etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientid olearum ubertatem fore.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monopole_NdT_J-F_T_back|<span id="monopole_NdT_J-F_T">(2)</span>]] On trouve, parmi les ouvrages d’Aristote, un petit traité intitulé Œconomica, qui n’est certainement pas de ce ''philosophe'', et dont l’auteur a recueilli un nombre assez considérable d’exemples de ce genre d’industrie, et d’autres traits de violence ou de fourberie encore plus odieux, attribués à des rois, princes, ou républiques. « De quoy (dit L. Leroi, dans ses<br />« notes sur cet endroit de sa traduction) n’est besoing escrire<br />« livres, parce que ès cours des rois, et ès maniemens des au-<br />« tres gouvernemens, se trouvent toujours assez de tels inven-<br />« teurs, voire plus, bien souvent, qu’il ne seroit besoing : à la<br />« grande foulle et oppression des subjects, et peu d’avantage<br />« des seigneurs, qui ne s’en enrichissent guères, despendant<br />« tout à la mesure qu’ils aient, apportant la facilité de recou-<br />« vrer facilité de despendre. »</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Morale et La Politique d’Aristote. Tome II. Politique</u>, [https://books.google.se/books?id=k-VlAAAAcAAJ&pg=PA46#v=onepage&q&f=false ''Livre I. Chap. IV. §§ 5-8.''], traduites du grec par [[w:Jean-François_Thurot|M. Thurot]], Chez Firmin Didot, Père et Fils, 1824</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Des spéculateurs adroits en ont tiré grand parti, et ceux qui attachent du prix aux richesses ne doivent pas négliger des connaissances qui peuvent leur apporter un bon intérêt. Je me contenterai de citer ici la spéculation de '''Thalès''' de ''Milet'' : il fit une affaire d’argent dont le succès fut attribué à ses rares connaissances, quoique, dans le fait, son opération fût fort ordinaire et sûre. On lui reprochait sa pauvreté, d’où l’on concluait que la ''philosophie'' ne servait à rien. Il avait prévu par ses connaissances astronomiques qu’il y aurait l’année suivante une grande abondance d’olives; on était encore en hiver; il se procura quelque argent, loua tous les pressoirs de ''Milet'' et de ''Chio'', et donna des arrhes ; il les afferma tous à un prix très modéré, attendu qu’il ne se trouva pas d’enchérisseurs ; au moment de la récolte, il y eut concurrence ; alors il mit à ses pressoirs le prix qu’il voulut, fit de gros bénéfices, et prouva ainsi qu’il était facile aux ''philosophes'' de gagner de l’argent, quoique les spéculations mercantiles ne soient pas l’objet de leurs études.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', dit-on, fit cette affaire afin de prouver l'étendue des ressources de la ''philosophie'' ; mais, je le répète, son opération n’exigeait pas une science profonde, attendu que l’accaparement réussit toujours. Ainsi, les gouvernements emploient quelquefois le monopole dans la pénurie de leurs finances, et la vente exclusive leur forme une branche de revenu. Un ''Sicilien'' avait une sommé- d’argent en dépôt; il en acheta tout le fer qui se trouva dans les forges ; bientôt les marchands arrivèrent de différentes contrées, et ne trouvèrent du fer que chez lui. Quoiqu’il n’en eût pas trop élevé le prix, il doubla cependant sa mise de fonds qui était de cinquante talents.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Denys''' eut connaissance de cette spéculation. Il ne dépouilla pas cet adroit monopoleur de son argent; mais il lui ordonna de sortir de ''Syracuse'', attendu qu’un tel système de commerce était nuisible à l'État. Ce ''Sicilien'' avait fait le même calcul que '''Thalès''', c’est- à-dire que tous deux avaient habilement accaparé à leur profit.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Il est bon que les hommes qui sont à la tête des gouvernements, connaissent ces sortes de spéculations ; elles sont utiles à un État qui a souvent autant et plus besoin qu’une famille, d’argent et de moyens d’en acquérir. Aussi voit-on partout que quelques-uns des premiers magistrats sont uniquement chargés des finances.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>La Politique d’Aristote ou La Science des Gouvernements</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique1a.htm#VII ''Tome Premier. Chapitre VII. 1259a.''], ouvrage traduit du grec par le Citoyen [[w:Jean-François_Champagne|Champagne]], Imprimerie d’Antoine Bailleul, An V de la République Française (1797)</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Métaphysique_(Aristote)|Métaphysique]] [[#Métaphysique|<span id="Métaphysique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:La_Métaphysique|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, La Métaphysique}}] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ensemble de quatorze livres écrits par Aristote, rassemblés et organisés après sa mort par le bibliothécaire [[w:Andronicos_de_Rhodes|'''Andronicos''']] [[#Andronicos|<span id="Andronicos_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] de [[w:Rhodes#Mythologie|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<span id="Rhodes_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui leur donna le titre [[w:Métaphysique_(Aristote)|''Métaphysique'']]. </div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Métaphysique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métaphysique_back|<span id="Métaphysique"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Μετᾰ́ φυσικά / Metá phúsiká;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de μετᾰ́ / metá [[wikt:en:μετά#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — préposition, « 1. (+ génitif) : • Au milieu de, parmi, entre, avec; • En commun, avec, à l’aide de; • Concernant ses relations/transactions avec; • (rare) En même temps. 2. (+ datif, uniquement en poésie, généralement épique) : • Entre parmi; • D’ailleurs, au-delà. 3. (+ accusatif) : • Comme un mouvement vers : dans la poursuite de; • De séquence ou de succession : (d’un lieu) Après, derrière; (temps) après; (valeur, rang) Suivant, après; • Après, selon; • Parmi, entre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adverbe, « 1. Parmi eux, avec eux. 2. Ensuite. 3. Après. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de nominatif, vocatif et accusatif pluriels neutres φυσικά / phúsiká; de l’adjectif [[wikt:φυσικός#Grec_ancien|φυσικός / phusikós]] [[wikt:en:φυσικός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Naturel, produit ou causé par la nature, inné, natif. 2. Physique, ayant à voir avec l'étude du monde matériel. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ du nom commun φύσις / phúsis [[wikt:en:φύσις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Origine, naissance. 2. Nature, qualité, propriété. 3. Plus tard, la nature de sa personnalité : tempérament. 4. Forme, silhouette. 5. Ce qui est naturel : la nature. 6. Type, genre. 7. La nature, en tant qu’entité, en particulier de puissance productive. 8. Créature. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ du verbe φύω / phúô, « 1. (Transitif) Produire, générer, faire grandir. 2. (transitif) Engendrer, enfanter, donner naissance à. 3. (intransitif) Grandir, surgir, jaillir. 4. (intransitif, présent) Devenir [+adjectif]. 5. (intransitif, aoriste et parfait). 6. (copulatif) Être par nature [+adjectif]. 7. (intransitif) Être naturellement disposé à, enclin [+infinitif = faire]. 8. (impersonnel) C’est naturel, cela arrive naturellement [+infinitif = que ...]. 9. Être son lot naturel [+datif = quelqu’un]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px"> ➥ + le suffixe nominal abstractif ou d’action, de résultat ou de processus -σῐς / -sis [[wikt:en:-σις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> ➥ + le suffixe adjectival -ικός / -ikós [[wikt:en:-ικός#Ancient_Greek|(en)]], « de ou se rapportant à, à la manière de; -ique »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Aristote n’employe jamais ce terme, mais plutôt « [[w:Philosophie_première|''philosophie première'']] » [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], la science de l'être en tant qu'être aussi appelé [[w:Ontologie_(philosophie)|''ontologie'']]. La préposition grecque μετά n’est toutefois pas précise, et a plusieurs significations différentes. Ce serait avec le sens « après » qui semble expliquer l’apparition du mot. En effet, ses écrits sont rassemblés par [[w:Andronicos_de_Rhodes|Andronicos]] [[#Andronicos|<sup>'''II'''</sup>]] de [[w:Rhodes|''Rhodes'']] [[#Rhodes|<sup>'''III'''</sup>]] vers [[w:Années_60_av._J.-C.|-60]], qui publie la Métaphysique après la Physique. Le sens du mot méta-physique est donc alors purement éditorial. Le terme commence à changer de sens lorsque les platoniciens et néoplatoniciens ont voulu y voir le nom d’une discipline qui porte sur les réalités au-delà de la physique, conformément à ce que Platon avait mis en place avec sa [[w:Théorie_des_formes|''théorie des Idées'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Andronicos_back|<span id="Andronicos"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀνδρόνικος / Andrónikos [[wikt:en:Ἀνδρόνικος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun ἀνδρός / andrós [[wikt:en:ἀνδρός#Ancient_Greek|(en)]]; génitif singulier de ἀνήρ / anḗr [[wikt:en:ἀνήρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Homme (mâle adulte). 2. Mari. 3. Être humain, par opposition à un dieu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ du nom commun νῑ́κη / nī́kē [[wikt:en:νίκη#Ancient_Greek|(en)]], « L’acte de gagner : victoire, succès [+génitif = terminé, dans quelque chose] : • Choses gagnées dans la victoire, fruits de la victoire; • Le dessus, l’avantage. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ +‎ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:École_péripatéticienne|''péripatéticien'']] et supposément le dernier [[w:Scholarque|scholarque]] [[#scholarque_back|<sup>⤵️</sup>]] du [[w:Lycée_(école_philosophique)|''Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:58_av._J.-C.|-58]] à [[w:47_av._J.-C.|-47]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Rhodes|''Rhodes'']] — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA200#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §181 - Andronicus de Rhodes}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Rhodes_back|<span id="Rhodes"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ῥόδος / Rhódos [[wikt:en:Ῥόδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Île grecque la plus grande du [[w:Dodécanèse|''Dodécanèse'']], bordée au nord-ouest par la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] et au sud-est par la ''mer Méditerranée'', et dont le [[w:Colosse_de_Rhodes|''colosse'']] est une des [[w:Sept_Merveilles_du_monde|''Sept Merveilles du monde'']], située à l’entrée du port de la ville du même nom.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre Α [[#Alpha_majuscule|<span id="Alpha_majuscule_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Description de la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. Il y écrit également une courte [[w:Histoire_de_la_philosophie_en_Occident#Philosophie_antique|histoire de la ''philosophie'']] en examinant la pensée ''philosophique'' antérieure de l’époque, de '''Thalès''' à '''[[w:Platon|Platon]]''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], en particulier leurs traitements de ses causes.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Alpha majuscule|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Alpha_majuscule_back|<span id="Alpha_majuscule"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Aλφα [[wikt:en:ἄλφα#Ancient_Greek|(en)]] το μειζον [[wikt:en:μεῖζον#Ancient_Greek|(en)]] / álpha to meîzon, « Alpha majuscule »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤀 [[wikt:en:𐤀#Phoenician|(en)]], la première lettre de l'[[w:Alphabet_consonantique|''abjad'']] [[#abjad|<span id="abjad_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] ''phénicien'', appelée aleph; du [[w:Alphabet_protocananéen|''Proto-Cananéen'']] [[Image:Protoalef.svg|20px]], du [[w:Alphabet_protosinaïtique|''Proto-Sinaïtique'']] [[Image:Proto-semiticA-01.svg|20px]], de l’egyptien <big><big><big><big><big><big>𓃾</big></big></big></big></big></big> representant une tête de bœuf, d’où le nom de la lettre phénicienne 𐤀𐤋𐤐 / ʾlp, « tête de bétail »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de l’adjectif μείζων / meízōn [[wikt:en:μείζων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Meilleur, plus large, plus long, plus grand, plus vieux. 2. Trop bien. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Le livre I ou Alpha décrit la « ''philosophie première'' », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. En raison de leur connaissance des causes et des principes premiers, ils sont mieux placés pour commander que pour obéir. Le livre Alpha passe également en revue les ''philosophies'' antérieures de Thales à Platon, en particulier leur traitement des causes.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#abjad_back|<span id="abjad"><sup>II</sup></span>]] du nom commun arabe أبجد / abjad [[wikt:en:أبجد#Arabic|(en)]], « alphabet »; des quatre premières lettres de l’alphabet arabe disposées dans l’ancien style, qui est similaire à l’ordre grec et hébreu : أ / alif [[wikt:en:أ#Arabic|(en)]], « a » + ﺏ / bâ [[wikt:en:ب#Arabic|(en)]], « b » + ﺝ / ǧīm [[wikt:en:ج#Arabic|(en)]], « g » + ﺩ / dāl [[wikt:en:د#Arabic|(en)]], « d ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre III.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Fondation par '''Thalès''' d’une ''philosophie'' d’un type nouveau, la conservation de toutes choses, où d’une manière absolue rien ne naît et rien ne périt ; L’eau est le principe de tout et la Terre repose et flotte sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Τῶν δὴ πρώτων [[wikt:en:φιλοσόφησα|'''φιλοσοφησάντων''']] οἱ πλεῖστοι τὰς ἐν ὕλης εἴδει μόνας ᾠήθησαν ἀρχὰς εἶναι πάντων·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' ἐξ οὗ γὰρ ἔστιν ἅπαντα τὰ ὄντα καὶ ἐξ οὗ γίγνεται πρώτου καὶ εἰς ὃ φθείρεται τελευταῖον, τῆς μὲν [10] οὐσίας ὑπομενούσης τοῖς δὲ πάθεσι μεταβαλλούσης, τοῦτο στοιχεῖον καὶ ταύτην ἀρχήν φασιν εἶναι τῶν ὄντων, καὶ διὰ τοῦτο οὔτε γίγνεσθαι οὐθὲν οἴονται οὔτε ἀπόλλυσθαι, ὡς τῆς τοιαύτης φύσεως ἀεὶ σωζομένης,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 9.</small>''' ὥσπερ οὐδὲ τὸν [[w:Socrate|'''Σωκράτην''']] φαμὲν οὔτε γίγνεσθαι ἁπλῶς ὅταν γίγνηται καλὸς ἢ μουσικὸς [15] οὔτε ἀπόλλυσθαι ὅταν ἀποβάλλῃ ταύτας τὰς ἕξεις, διὰ τὸ ὑπομένειν τὸ ὑποκείμενον τὸν '''Σωκράτην''' αὐτόν, οὕτως οὐδὲ τῶν ἄλλων οὐδέν·</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 10.</small>''' ἀεὶ γὰρ εἶναί τινα φύσιν ἢ μίαν ἢ πλείους μιᾶς ἐξ ὧν γίγνεται τἆλλα σωζομένης ἐκείνης.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 11.</small>''' Τὸ μέντοι πλῆθος καὶ τὸ εἶδος τῆς τοιαύτης ἀρχῆς οὐ τὸ αὐτὸ [20] πάντες λέγουσιν,</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 12.</small>''' ἀλλὰ [[w:Thalès|'''Θαλῆς''']] μὲν ὁ τῆς τοιαύτης ἀρχηγὸς φιλοσοφίας [[wikt:ὕδωρ#Grec_ancien|'''ὕδωρ''']] φησὶν εἶναι (διὸ καὶ τὴν γῆν ἐφ' ὕδατος ἀπεφήνατο εἶναἰ, λαβὼν ἴσως τὴν ὑπόληψιν ταύτην ἐκ τοῦ πάντων ὁρᾶν τὴν τροφὴν ὑγρὰν οὖσαν καὶ αὐτὸ τὸ [[wikt:en:θερμός#Ancient_Greek|'''θερμὸν''']] ἐκ τούτου γιγνόμενον καὶ τούτῳ ζῶν (τὸ δ' ἐξ οὗ γίγνεται, τοῦτ' ἐστὶν [25] ἀρχὴ πάντων) -</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' διά τε δὴ τοῦτο τὴν ὑπόληψιν λαβὼν ταύτην καὶ διὰ τὸ πάντων τὰ σπέρματα τὴν φύσιν ὑγρὰν ἔχειν, τὸ δ' ὕδωρ ἀρχὴν τῆς φύσεως εἶναι τοῖς ὑγροῖς.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Εἰσὶ δέ τινες οἳ καὶ τοὺς παμπαλαίους καὶ πολὺ πρὸ τῆς νῦν γενέσεως καὶ πρώτους [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|'''θεολογήσαντας''']] οὕτως οἴονται περὶ τῆς φύσεως [30] ὑπολαβεῖν· ᾿Ωκεανόν τε γὰρ καὶ Τηθὺν ἐποίησαν τῆς γενέσεως πατέρας, καὶ τὸν ὅρκον τῶν θεῶν ὕδωρ, τὴν καλουμένην ὑπ' αὐτῶν Στύγα [τῶν ποιητῶν]· τιμιώτατον μὲν γὰρ τὸ πρεσβύτατον, ὅρκος δὲ τὸ τιμιώτατόν ἐστιν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 15.</small>''' [984a] [1] εἰ μὲν οὖν ἀρχαία τις αὕτη καὶ παλαιὰ τετύχηκεν οὖσα περὶ τῆς φύσεως [1] ἡ δόξα, τάχ' ἂν ἄδηλον εἴη, Θαλῆς μέντοι λέγεται οὕτως ἀποφήνασθαι περὶ τῆς πρώτης αἰτίας</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm <u>Aristotle’s Metaphysics</u>], texte établi par W.D. Ross, Oxford: Clarendon Press. 1924.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' C’est uniquement dans l’ordre de la matière que les premiers ''philosophes'', ou du moins la plupart d’entre eux, ont cru découvrir les principes de tous les êtres.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 8.</small>''' En effet, ce qui constitue tous les êtres sans exception, ce qui est la source primordiale d’où ils sortent, ce qui est le terme où ils finissent par rentrer, quand ils sont détruits, substance qui au fond est persistante et qui ne fait que subir des modifications, ce fut là, aux yeux de ces ''philosophes'', l’élément des choses et leur principe; ils en conclurent que d’une manière absolue rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature, telle qu’ils la comprenaient, se conserve et subsiste perpétuellement. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§9_NdT_J_B-S-H|<span id="§9_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 9.'''</small></span>]] De même qu’on ne peut pas dire de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], d’une manière absolue, qu’il est produit et qu’il naît, par cela seul qu’il devient beau ou qu’il devient savant, et que l’on ne dit pas non plus qu’il périt absolument quand il ne perd qu’une de ces manières d’être, par cette excellente raison que le sujet qui est '''Socrate''' lui-même n’en subsiste pas moins ; de même, selon ces premiers ''philosophes'', aucun des autres êtres ne se produit ni ne périt absolument. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§10_NdT_J_B-S-H|<span id="§10_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 10.'''</small></span>]] Car il faut que ce soit ou une nature unique ou des natures multiples, d’où tout le reste puisse sortir, puisque cette nature demeure et persiste toujours.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§11_NdT_J_B-S-H|<span id="§11_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 11.'''</small></span>]] Cependant, quand il s’agît de déterminer le nombre de ces principes ou la nature spéciale de ce principe unique, les opinions ne sont plus unanimes.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§12_NdT_J_B-S-H|<span id="§12_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 12.'''</small></span>]] Par exemple, '''Thalès''', auteur et chef de ce système de ''philosophie'', prétendit que l’eau est le principe de tout, et c’est là ce qui lui fît affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l’eau. Probablement, il tira son hypothèse de ce fait d’observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de l’humidité, et que c’est l’humidité qui fait vivre tout ce qui vit. C’est ainsi que l’élément d’où proviennent quelques-unes des choses parut à '''Thalès''' le principe de toutes choses sans exception. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 13'''</small></span>]] A ce premier motif, qui déjà lui suffisait, il ajouta cette autre observation, que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l’eau est le principe naturel de tous les corps humides. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 14.'''</small></span>]] C’est là, du reste, l’opinion que l’on prête aussi quelquefois aux plus anciens ''philosophes'', qui ont de beaucoup précédé notre âge, et aux premiers [[wikt:θεολόγος#Grec_ancien|''Théologies'']], qui, dit-on, ont compris la nature comme la comprenait '''Thalès'''. Pour eux, en effet, l’[[w:Océan_(mythologie)|'''Océan''']] [[#Océan|<span id="Océan_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] et [[w:Téthys_(mythologie)|'''Téthys''']] [[#Téthys|<span id="Téthys_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] passaient pour les auteurs de toute génération ; les dieux ne juraient que par l’eau que les poètes nommaient le [[w:Styx|'''Styx''']] [[#Styx|<span id="Styx_back"><sup>'''III'''</sup></span>]]; or, ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qui est le plus sacré, et rien n’est plus sacré que la chose par laquelle on jure. </div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_NdT_J_B-S-H_back"><small>'''§ 15.'''</small></span>]] [984a] Du reste, que cette antique et vieille idée de la nature ait été réellement professée, c’est ce qu’on ne sait pas très clairement. Mais le système qu’on vient d’attribuer à '''Thalès''' sur la cause première a certainement été le sien.</div></poem> <table cellspacing=30 style="margin: 0 3em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small>[[#§9_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§9_NdT_J_B-S-H">§ 9.</span>]] ''Qu’il est produit et qu’il devient'' II n’y a qu’un seul mot dans le texte. L’idée de Devenir implique nécessairement l’idée d’existence; pour devenir quelque chose, il faut d’abord être.<br /> — ''Des autres êtres, soit animés, soit inanimés.'' Sous toutes les modifications, il y a quelque chose qui subsiste et ne change pas, comme le dit le § suivant. C’est ce qu’on appelle la Substance.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§10_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§10_NdT_J_B-S-H">§ 10.</span>]] ''Une nature.'' C’est le mot même du texte ; on pourrait traduire aussi : « Une substance naturelle ». Cette dernière ve-sion s’accorderait peut-être mieux avec ce qui suit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§11_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§11_NdT_J_B-S-H">§ 11.</span>]] ''Le nombre... ou la nature spéciale...'' Voir la même pensée, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm Traité de l’Âme], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#II liv. I, ch. ii], § 9, p. 114 de ma traduction.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§12_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§12_NdT_J_B-S-H">§ 12.</span>]] ''Thalès.'' Thalès passe pour le plus ancien des ''philosophes grecs''; il serait impossible de préciser le temps où il a vécu ; mais on peut rapporter son existence d’une manière approximative à l’an 600 avant J.-C. C’est près de trois siècles avant Aristote. Le premier témoignage sur Thalès est celui d’Hérodote, liv. I, ch. CLXX, p. 56, édition Firmin-Didot ; Hérodote faisait descendre Thalès d’une famille phénicienne établie à Milet. Voir sur Thalès [https://books.google.fr/books?id=dP9_SKSiThMC&printsec=frontcover&dq=Eduard+Zeller&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj92cbZy6vkAhXTsHEKHWg3C50Q6AEILDAA#v=onepage&q=Eduard%20Zeller&f=false la ''Philosophie des Grecs''], de H. [[w:Eduard_Zeller|Ed. Zeller]], t. I, p. 165 et suiv.<br /> — ''Auteur et chef de ce système de philosophie'', et non, d’une manière générale, « Fondateur de la ''philosophie'' », comme l’ont cru quelques commentateurs. On sait, d’ailleurs, que Thalès n’avait rien écrit.<br /> — ''La terre repose et flotte sur l’eau.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableciel.htm Traité du ciel], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII liv. II, ch. xiii, § 7, p. 194 de ma traduction]. Aristote a parlé plusieurs fois de Thalès, et avec plus d’estime qu’il ne semble en avoir ici.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small> — ''La nourriture de tous les êtres est toujours humide.'' Il est vrai qu’il y a une partie des aliments qui est humide ; mais il y en a aussi une bonne partie qui est sèche, et l’observation de Thalès ne serait pas exacte.<br /> — ''La chaleur même vient de l’humidité.'' Il n’y a pas à s’arrêter beaucoup à ces explications physiques. Dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, liv. 1, ch. ii, § 18], p. 118 de ma traduction, Aristote prête une partie de ces doctrines sur l’eau non point à Thalès, mais à [[w:en:Hippo_(philosopher)|Hippon]] ; voir plus bas, § 16.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Les germes de tous les êtres sont de nature humide.'' Voir le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#217 Traité de l’âme, loc. cit.]<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§14_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Aux plus anciens philosophes.'' Il n’y a guère avant Thalès d’autres ''philosophes'' que les Théologues, dont il est question un peu plus bas ; mais ici la contexture de la phrase semble distinguer les uns et les autres, quoique des traducteurs paraissent les avoir confondus.<br /> — ''Aux premiers Théologues.'' [[w:Alexandre_d%27Aphrodise|Alexandre d’Aphrodise]] croit qu’Aristote veut désigner ici [[w:Homère|Homère]] [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Hésiode|Hésiode]]. On pourrait sans doute ajouter Orphée.<br /> — ''L’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]] et Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]]'', Platon dans le [https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_XI%2C_XII_et_XIII.djvu/63 Cratyle, p. 55, traduction de M. V. Cousin], cite des vers d’Homère, d’Hésiode et d’Orphée, où se retrouvent des idées analogues.<br /> — ''Les poètes.'' C’est Homère qui est certainement désigné ici; voir [https://books.google.se/books?id=sU0YVkeV1hsC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=Et%20l’eau%20noire%20du%20Styx%20en%20ses%20torrents%20secrets%2C%20Le%20plus%20grand%20des%20serments%20que%20les%20dieux%20font%20jamais!%20&f=false l’Iliade, chant xv, vers 37 et 38] : « Et l’eau noire du Styx [[#Styx|<sup>'''III'''</sup>]] en ses torrents secrets, Le plus grand des serments que les dieux font jamais! »<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§15_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_NdT_J_B-S-H">§ 15.</span>]] ''Antique et vieille idée.'' Les deux épithètes sont dans le texte. Cette idée est celle des Théologues et des poètes qu’Aristote vient d’indiquer, et qui étaient de quatre ou cinq siècles antérieurs à Thalès lui-même.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1.htm#III ''Tome Premier. Chapitre III. §§7-15.''], traduite en français par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Germer-Baillière et C<sup>ie</sup>, 1879</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire de 1879|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Océan_back|<span id="Océan"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ὠκεανός / Ōkeanós [[wikt:en:Ὠκεανός#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Titan, fils d’[[w:Ouranos|Ouranos]] [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Gaïa|Gaïa]][[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], frère et époux de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Téthys_back|<span id="Téthys"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Τηθύς / Tēthús [[wikt:en:Τηθύς#Ancient_Greek|(en)]]; potentiellement apparenté à τήθη / tḗthē, « grand-mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse marine archaïque, benjamine des [[w:Titan_(mythologie)|Titanides]], fille d’Ouranos et de Gaïa, sœur et épouse d’Océan [[#Océan|<sup>'''I'''</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Στύξ / Stúx; du verbe στυγέω / stugéō, « détester, haïr »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Océanides|Océanide]], fille aînée d’Océan [[#Océan|<sup>'''II'''</sup>]] et de Téthys [[#Téthys|<sup>'''II'''</sup>]], ou une déesse, fille d’Érèbe [[#Érèbe|<span id="Érèbe_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] et de Nyx [[#Nyx|<span id="Nyx_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] selon d’autres traditions. Elle personnifie le ''Styx'', l’un des fleuves et points de passage des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Érèbe_back|<span id="Érèbe"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Érèbe|Ἔρεβος / Érebos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Frère et époux de Nyx [[#Nyx|<sup>'''V'''</sup>]], divinité primordiale et infernale née du Chaos, personnifiant les ténèbres, l’obscurité des Enfers.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Styx_back|<span id="Styx"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Νύξ#Grec_ancien|Νύξ / Nýx]]; du nom commun [[wikt:νύξ#Grec_ancien|νύξ / nýx]], « 1. Nuit, par opposition au jour. 2. (Par extension) La nuit. 3. (En général) Obscurité, ténèbres. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Déesse primordiale de la Nuit personnifiée.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart de ceux qui philosophèrent les premiers ne considérèrent les principes de toutes choses que sous le point de vue de la matière. Ce d’où sortent tous les êtres, d’où provient tout ce qui se produit, où aboutit toute destruction, la substance persistant la même sous ses diverses modifications, voilà, selon eux, l’élément, voilà le principe des êtres. Aussi pensent-ils que rien ne naît ni ne périt véritablement, parce que cette nature première subsiste toujours. De même que nous ne disons pas que '''Socrate''' naît réellement lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt quand il perd ces manières d’être, parce que le sujet des modifications, parce que '''Socrate''' lui-même persiste dans son existence ; de même on ne peut se servir de ces expressions pour aucun des autres êtres. Car il faut qu’il y ait une nature première, soit unique, soit multiple, qui, subsistant toujours, produit toutes les autres choses. Quant au nombre et au caractère propre des éléments, ces ''philosophes'' ne sont point d’accord.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès [[#Thalès_NdT_AP|<span id="Thalès_NdT_AP_back"><sup>1</sup></span>]]''', fondateur de cette ''philosophie'', regarde l’eau comme premier principe. C’est pourquoi il va jusqu’à prétendre que la terre repose sur l’eau ; amené probablement à cette idée, parce qu’il voyait que c’est l’humidité qui nourrit toutes choses, que le chaud lui-même en vient, et que tout animal vit de l’humidité. Or, ce dont viennent les choses, est le principe de toutes choses. Une autre observation encore l’amena à cette opinion. Les semences de toutes choses sont humides de leur nature. Or l’eau est le principe de l’humidité des choses humides.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Quelques-uns pensent que les hommes des plus anciens temps, et, avec eux, les premiers ''Théologiens'' [[#Théologiens_NdT_AP|<span id="Théologiens_NdT_AP_back"><sup>'''2'''</sup></span>]], bien antérieurs à notre époque, se figurèrent la nature de la même manière que '''Thalès'''. Ils ont en effet représenté, comme les auteurs de l’univers, l’ '''Océan''' et '''Téthys''' [[#auteurs_univers_NdT_AP|<span id="auteurs_univers_NdT_AP_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] ; et les dieux jurent, selon eux , par l’eau, par cette eau que les poètes appellent le ''Styx''. Car ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qu’il y a de plus sacré ; et ce qu’il y a de plus sacré, c’est le serment [[#serment_NdT_AP|<span id="serment_NdT_AP_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Y a-t-il dans cette vieille et antique opinion une explication de la nature ? c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Telle fut toutefois, à ce qu’on dit, la doctrine de '''Thalès''' sur la première cause.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: center">'''<small>[[#Thalès_NdT_AP_back|<span id="Thalès_NdT_AP"><sup>1</sup></span>]] De Milet, 600 ans avant J.-C. — [[#Théologiens_NdT_AP_back|<span id="Théologiens_NdT_AP"><sup>2</sup></span>]] Orphée, Musée, Eumolpe et les anciens poètes. — [[#auteurs_univers_NdT_AP_back|<span id="auteurs_univers_NdT_AP"><sup>3</sup></span>]] Homère, Hésiode, passim. — [[#serment_NdT_AP_back|<span id="serment_NdT_AP"><sup>4</sup></span>]] Le raisonnement est facile à compléter. Donc le serment est ce qu’il y a de plus ancien. Or, le serment se jure par le ''Styx'', par l’eau ; donc l’eau est ce qu’il y a de plus ancien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm#PIERRON <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm ''Tome Premier. III. §§3-5.''], traduite en français pour la première fois par [[w:Alexis_Pierron|Alexis Pierron]] et [[w:Charles_Zévort|Charles Zévort]], Ébrard, Librairie-Éditeur, Joubert, Librairie-Éditeur, 1840</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">La plupart des premiers ''philosophes'' ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidens, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que '''Socrate''' naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même '''Socrate''', sujet de ces changemens, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces élémens, on ne s’accorde pas.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''', le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit [[#eau_NdT_VC|<span id="eau_NdT_VC_back"><small>'''(1)'''</small></span>]]; or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides. Plusieurs pensent que dès la plus haute antiquité, bien avant notre époque, les premiers ''théologiens'' ont eu la même opinion sur la nature: car ils avaient fait l’ '''Océan''' et '''Téthys''' auteurs de tous les phénomènes de ce monde, et ils montrent les Dieux jurant par l’eau que les poètes appellent le ''Styx''. En effet, ce qu’il y a de plus ancien est ce qu’il y a de plus saint; et ce qu’il y a de plus saint, c’est le serment. Y a-t-il réellement un système physique dans cette vieille et antique opinion? c’est ce dont on pourrait douter [[#doute_NdT_VC|<span id="doute_NdT_VC_back"><small>'''(2)'''</small></span>]]. Mais pour '''Thalès''' on dit que telle fut sa doctrine.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#eau_NdT_VC_back|<span id="eau_NdT_VC">(1)</span>]] Rapport du système d’Aristote à celui de Thalès, de ὕδωρ à l’[[wikt:ὑγρός#Grec_ancien|ὑγρόν]], considéré comme le principe même du chaud, τὸ [[wikt:θερμός#Grec_ancien|θερμὸν]], et par conséquent comme principe unique. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux1.htm ''Histor. Animal.'' I], 4, Bekk. I, 489. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/partieslivre2.htm ''De partibus animal.'' II], 3, Bekk. I, 649. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie4.htm#IV ''Meterol.'' IV, 4]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/longevite.htm ''De longitudine et brevitate vitæe''], 5, Bekk. I, 240.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#doute_NdT_VC_back|<span id="doute_NdT_VC">(2)</span>]] En effet les prêtres de l’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] n’avaient pas le système physique de Thalès, et pourtant la mythologie de ces prêtres qui faisaient de l’Océan et de Téthys les auteurs de toutes choses, est le fond primitif d’où plus tard est sorti le système de Thalès á l’insu de Thalès lui-même. La mythologie, non seulement précède, mais enferme déjà la ''philosophie'' à l’insu de l’une et de l’autre.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f1.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE <u>De La Métaphysique d’Aristote</u>], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2064958/f149.item.r=MetaphysiquehilaireARISTOTE%20hilaire%20ARISTOTE ''Tome Premier. Chapitre III. §§2,3.''], essai de traduction du Premier et du Douzième Livres de la Métaphysique par [[w:Victor_Cousin|Victor Cousin]], Chez Ladrange, Librairie, 1835</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Du_ciel|Du ciel]] [[#Du_ciel|<span id="Du_ciel_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:Traité_du_Ciel|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Caelo}}] <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Traité [[w:es:Sobre_el_cielo|(es)]] constitué de quatre livres dans lesquels '''Aristote''' expose ses théories astronomiques.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Du ciel|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Du_ciel_back|<span id="Du_ciel"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ οὐρανοῦ / Peri ouranoû;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ de la préposition περί / perí [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) À propos de, concernant, à cause de. 2. (+ datif) Autour, pour, environ. 3. (+ accusatif) Autour (à la fois dans le sens circulaire et dans le sens de la proximité), près, à propos. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> ➥ du nom commun οὐρανοῦ / ouranoû [[wikt:en:οὐρανοῦ#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de οὐρανός / ouranós [[wikt:en:οὐρανός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le ciel voûté, sur lequel les étoiles étaient attachées et le soleil voyageait : ciel. 2. La région au-dessus de cette voûte, la demeure des dieux. 3. (''philosophie'') L’univers. 4. Tout ce qui a la forme du ciel : plafond voûté, tente. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Théorie sur la perfection céleste et la sphéricité de la Terre et des corps célestes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de la Terre reposant sur l’eau.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 7.</small>''' Ὥστε τὸ μὲν ἀπορεῖν εἰκότως ἐγένετο [[wikt:en:φιλοσόφημα#Ancient_Greek|''φιλοσόφημα'']] πᾶσιν· τὸ δὲ τὰς περὶ τούτου λύσεις μὴ μᾶλλον ἀτόπους εἶναι δοκεῖν τῆς ἀπορίας, θαυμάσειεν ἄν τις. Οἱ μὲν γὰρ διὰ ταῦτα ἄπειρον τὸ κάτω τῆς γῆς εἶναί φασιν, ἐπ´ ἄπειρον αὐτὴν ἐρριζῶσθαι λέγοντες, ὥσπερ '''[[w:Xénophane|Ξενοφάνης]]''' ὁ ''[[w:Colophon_(ville)|Κολοφώνιος]]'', ἵνα μὴ πράγματ´ ἔχωσι ζητοῦντες τὴν αἰτίαν· διὸ καὶ [[w:Empédocle|Ἐμπεδοκλῆς]] οὕτως ἐπέπληξεν, εἰπὼν ὡς<br /><p style="text-indent: 15px;">-εἴ περ ἀπείρονα γῆς τε βάθη καὶ δαψιλὸς [[wikt:en:αἰθήρ#Ancient_Greek|''αἰθήρ'']],<br /><p style="text-indent: 15px;">-ὡς διὰ πολλῶν δὴ γλώσσης ῥηθέντα ματαίως<br /><p style="text-indent: 15px;">-ἐκκέχυται στομάτων, ὀλίγον τοῦ παντὸς ἰδόντων.<br /><p style="text-indent: 15px;">Οἱ δ´ ἐφ´ ὕδατος κεῖσθαι. Τοῦτον γὰρ ἀρχαιότατον παρειλήφαμεν τὸν λόγον, ὅν φασιν εἰπεῖν Θαλῆν τὸν Μιλήσιον, ὡς διὰ τὸ πλωτὴν εἶναι μένουσαν ὥσπερ ξύλον ἤ τι τοιοῦτον ἕτερον (καὶ γὰρ τούτων ἐπ´ ἀέρος μὲν οὐθὲν πέφυκε μένειν, ἀλλ´ ἐφ´ ὕδατος),</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA0#v=onepage&q&f=false <u>Ἀριστοτελους τα σωζομενα. Aristotelis opera omnia quæ extant</u>], [https://books.google.se/books?id=W2ljAAAAcAAJ&pg=PA143&lpg=PA143#v=onepage&q&f=false ''Aristotelis De Coelo Liber II. Caput XIII. §7.''], [[d:Q21544592|Karl Hermann Weise]], Lipsiae Sumtibus et Typis Caroli Tauchnitii, 1843<br />(également disponible [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg005.1st1K-grc1:2.13 ici] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2gr.htm#295a là])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 7.</small>'''</span>]] C’est donc à bon droit que tous les ''philosophes'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi. les uns ont soutenu que le bas de la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[w:Xenophanes#Life|(en)]] [[#Xénophane|<span id="Xénophane_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<span id="Colophon_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[w:en:Empedocles|(en)]] [[#Empédocle|<span id="Empédocle_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] lui-même n’a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :<br /><p style="text-indent: 15px">» Les fondements du globe et l’éther impalpable,<br /><p style="text-indent: 15px">» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,<br /><p style="text-indent: 15px">» Répétés sans raison par la langue des sots. »<br /><p style="text-indent: 15px">D’autres ''philosophes'' font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de '''Thalès''' de ''Milet'', qui a dit, assure-t-on, qu’elle restait immobile, parce qu’elle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l’ordre de la nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§7_Du_ciel_c13_NdT_J_B-S-H">§ 7.</span>]] ''Se sont occupés'' : le texte n’est pas aussi explicite.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Plus étranges'', le mot grec est précisément : « plus absurdes. »<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Infini... sans fin'', cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée.<br /><p style="text-indent: 15px"> — Xénophane de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l’édition de Berlin, page 976, a, 32 ; voir aussi l’étude de M. V. Cousin sur Xénophane, pages 32 et 33, édition de 1847.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Empédocle lui-même'', voir les fragments d’Empédocle, édition de Firmin Didot, page 53, colonne 1.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Font reposer la terre sur l’eau'', il restait alors à savoir sur quoi reposait l’eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Thalès de Milet'', voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin.<br /><p style="text-indent: 15px"> — ''Ou quelqu’autre matière analogue'', c’est-à-dire plus légère que l’eau.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tablemetaphysique.htm <u>La Métaphysique d’Aristote</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm#XIII ''Livre II. Chapitre XIII. 294b. §7.''] (également disponible [https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001100118293/IMG00000319 ici]), traduite en français pour la première fois (et au moment de l’écriture de cet article, l’unique traduction disponible en ligne) par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|Jules Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, A. Durand, Librairie-Éditeur, 1866<br />(également disponible [https://archive.org/details/bub_gb_SQWjhZJ4HFkC/page/n3/mode/2up ici])</div> </poem> <span id="éléate_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par J. Barthélemy-Saint-Hilaire de 1866|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Xénophane_back|<span id="Xénophane"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ξενοφάνης / Xenophánēs [[wikt:en:Ξενοφάνης#Ancient_Greek|(en)]]; littéralement « avoir une apparence étrange »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de ξένος / xénos [[wikt:en:ξένος#Ancient_Greek|(en)]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — adjectif, « 1. Étranger. 2. Étrange, insolite. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px"> — nom commun, « 1. Des parties donnant ou recevant l’hospitalité : hôte et bien plus souvent invité. 2. Étranger. 3. Celui qui est employé : ouvrier salarié, mercenaire. 4. Étranger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> ''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], poète et précurseur de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<span id="éléate_back2"><sup>IV</sup></span>]]. Il rejette la conception des divinités telles que présentées par Homère ou Hésiode, refusant l’anthropomorphisme des dieux et n’acceptant pas l’idée de comparaison entre dieux et humains. Sa conception est celle d’un Dieu unique et parfait. [https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03650914v1 <sup>🔍</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] début du [[w:VIe_siècle|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon|<sup>II</sup>]] — début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Syracuse|''Syracuse'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA211#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §15 - Xénophane de Colophon}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Colophon_back|<span id="Colophon"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κολοφών / Kolophṓn [[wikt:en:Κολοφών#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun κολοφών / kolophṓn [[wikt:en:κολοφών#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Un sommet. 2. (Figuré) Achèvement, couronnement . 3. Un type de jeu de balle. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Cité grecque d’[[w:Ionie|''Ionie'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]], située au nord-ouest d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']], et au sud-est de [[w:Lébédos|''Lébédos'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Empédocle_back|<span id="Empédocle"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐμπεδοκλῆς / Empedoklês [[wikt:en:Ἐμπεδοκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἔμπεδος / émpedos [[wikt:en:ἔμπεδος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Debout fermement en place, non renversé, intact. 2. Maintenu en place, stable. 3. En place, non déplacé. 4. Sûr, intact. 5. Non pourri, frais. 6. Non affaibli, non endommagé, conservant sa vigueur. 7. Non diminué en esprit. 8. Bien équilibré. 9. Entretenue avec une vigilance incessante. 10. Sécurisé, non susceptible de confiscation. 11. Assuré, certain, jamais défaillant. 12. Assuré, être attendu avec certitude. 13. En succession infaillible. 14. Offrant un témoignage sûr, sans équivoque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe ἐμ- / em-; du préfixe [[wikt:ἐν-#Grec_ancien|ἐν- / en-]] [[wikt:en:ἐν-#Ancient_Greek|(en)]] dont la consonne change devant [β, μ, π, φ, ψ]; de la préposition ἐν / en [[wikt:en:ἐν#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (lieu) (avec datif) Dans, sur, à ; (avec datif pluriel) Parmi : • (elliptique, avec génitif) Dans la maison ou le pays de; • Entouré par; porter (des habits). 2. (temps) Dans, à, ou pendant le temps de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun πούς / poús [[wikt:en:πούς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Pied. 2. Jambe. 3. (unité de mesure) Ancienne unité de longueur grecque : pied grec ou [[w:Pous#Culture_et_société|pous]] [[wikt:en:pous#English|(en)]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe de prénoms -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos, « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] grec, membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]], connue pour être l’un des premiers à avoir tenté de découvrir l’[[w:Arkhè|''arkhè'']] du [[w:Cosmos#Philosophie|''cosmos'']], en proposant deux principes qui règnent cycliquement sur l’univers, l’Amour (force d’unification et de cohésion) et la Haine (force de division et de destruction), et qui engendrent les quatre éléments dont sont composées toutes les choses matérielles.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_484_av._J.-C.|-484]]/[[w:Années_483_av._J.-C.|-483]], [[w:Histoire_d%27Agrigente#Grande_Grèce|''Agrigente'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:Années_424_av._J.-C.|-424]]/[[w:Années_423_av._J.-C.|-423]], ''lieu de décès indéterminé'') <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]] [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA66#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §19 - Empédocle d’Agrigente}}]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#éléate_back2|<span id="éléate"><sup>IV</sup></span>]] Du ''gentilé'' grec ancien [[wikt:Éléate| Ἑλεάτης / Eleátês]], « 1. (Géographie) Habitant.e d’[[w:Élée|''Élée'']]. 2. Partisan du courant ''philosophique'' créé dans cette ville, l’École éléatique. » ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du ''toponyme'' Ἑλέα / Eléa, « cité grecque de la côte [[w:Mer_Tyrrhénienne|''tyrrhénienne'']], en [[w:Campanie|''Campanie'']], près du [[w:Golfe_de_Salerne|''golfe de Salerne'']] ».;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe formant les gentilés -άτης / -átês.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''École philosophique'']] [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]] dont étaient membres [[w:Xénophane|Xénophane]] [[#Xénophane_back|<sup>I</sup>]] de [[w:Colophon_(ville)|''Colophon'']] [[#Colophon_back|<sup>II</sup>]], [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée, [[w:Empédocle|Empédocle]] [[#Empédocle_back|<sup>III</sup>]] et [[w:Zénon_d'Élée|Zénon]] [[#Zénon_dElee|<span id="Zénon_dElee_back"><sup>V</sup></span>]] d’Élée.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénon_dElee_back|<span id="Zénon_dElee"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple de [[w:Parménide|Parménide]] [[#Parménide_back|<sup>⤵️</sup>]] d’Élée et membre de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate|<sup>IV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, [[w:Élée|''Élée'']]) <sup>[https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA346#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §19 - Zénon d’Élée}}]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_l%27âme|De l’âme]] [[#De_l_ame|<span id="De_l_ame_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: right;">[[s:en:On_the_Soul_(Aristotle)|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA335#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Anima}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Œuvre majeure d’ '''Aristote''' sur les principes du vivant, son mouvement, sa génération, ses passions, ses dispositions et ses moyens de connaissance.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De l’âme|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_l_ame_back|<span id="De_l_ame"><sup>I</sup></span>]] En grec ancien Περὶ [[#Du_ciel_back|<sup>⤴️</sup>]] Ψυχῆς / Peri psychès;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ψῡχῆς / psūkhês [[wikt:en:ψυχῆς#Ancient_Greek|(en)]]; [[w:Génitif#En_grec_ancien|''génitif'']] singulier de ψυχή / psūkhḗ [[wikt:en:ψυχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Le principe d’animation d’un corps humain ou animal, esprit vital, âme, vie (le principe d’animation de la vie) : • (poétique) Souffle de vie, sang de vie ("le principe animant de la vie" dans l’interprétation corporelle); • (''philosophie'', depuis les premiers physiciens) Principe d’animation dans les substances primaires, source de vie et de conscience. 2. Existence animée, considérée comme une possession, sa vie. 3. L’esprit ou l’âme considéré comme distinct du corps et le quittant à la mort (la partie immortelle d’une personne) : • Un esprit désincarné, une ombre ou un fantôme (l’esprit d’une personne décédée). 4. Esprit (attitude animée), soi conscient, personnalité comme centre des émotions, des désirs et des affections, cœur : • (''philosophie'', d’après Platon) L’esprit de l’univers, le principe immatériel du mouvement et de la vie. 5. L’esprit (siège ou organe de la pensée), (la faculté de) raison. 6. (rare, étendu du sens "âme") Papillon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe ψῡ́χω / psū́khō [[wikt:en:ψύχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Respirer, souffler. 2. Refroidir, rendre froid. 3. (transitif) Sécher. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe nominal d’action -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]].</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Introduction du thème du traité dans le chapitre 1. — Aperçu des points de vue de ses prédécesseurs sur l’âme des chapitres 2 à 5.</div> </poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignages d’une théorie, de '''Thalès''', de l’âme produisant le mouvement, et de son explication du [[w:Magn%C3%A9tisme|''magnétisme'']].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 13.</small>''' Ἀναξαγόρας δ' ἔοικε μὲν ἕτερον λέγειν ψυχήν τε καὶ νοῦν, ὥσπερ εἴπομεν καὶ πρότερον, χρῆται δ' ἀμφοῖν ὡς μιᾷ φύσει, πλὴν ἀρχήν γε τὸν νοῦν τίθεται μάλιστα πάντων· μόνον γοῦν φησὶν αὐτὸν τῶν ὄντων ἁπλοῦν εἶναι καὶ ἀμιγῆ τε καὶ καθαρόν. Ἀποδίδωσι δ' ἄμφω τῇ αὐτῇ ἀρχῇ, τό τε γινώσκειν καὶ τὸ κινεῖν, λέγων νοῦν κινῆσαι τὸ πᾶν.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>§ 14.</small>''' Ἔοικε δὲ καὶ Θαλῆς ἐξ ὧν ἀπομνημονεύουσι κινητικόν τι τὴν ψυχὴν ὑπολαβεῖν, εἴπερ τὴν λίθον ἔφη ψυχὴν ἔχειν, ὅτι τὸν σίδηρον κινεῖ·</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.2/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον B'''], p.164, 405a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#213 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>[...]</small> [[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore|<span id="Anaxagore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], lui, semble distinguer l’âme et l’intellect — on l’a dit plus haut —, mais les traite l’un et l’autre comme une seule nature, avec cette réserve qu’il considère l’intellect comme principe souverain de toutes choses. Il déclare en tout cas que seul, parmi tous les êtres, il est simple, sans mélange et pur. Il assigne au même principe les deux fonctions de connaître et de mouvoir, disant que c’est l’intellect qui imprime le mouvement à l’univers. Il semble que '''Thalès''', lui aussi, d’après ce qu’on rapporte, considérait l’âme comme un principe moteur : l’aimant, selon lui, possède une âme puisqu’il met le fer en mouvement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n65/mode/2up ''Chapitre II, 405a, p.9''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Edmond Barbotin de 1966|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaxagore_back|<span id="Anaxagore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξᾰγόρᾱς / Anaxagórās [[wikt:en:Ἀναξαγόρας#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun ᾰ̓γορᾱ́ / agorā́ [[wikt:en:ἀγορά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Assemblée, en particulier une assemblée du peuple (par opposition à un conseil, βουλή / boulḗ). 2. Le lieu de rassemblement. 3. Discours. 4. Marché, place du marché. 5. Choses vendues au marché, provisions, approvisionnements. 6. Vente. 7. L’heure du marché : midi. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ le suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]][[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-500]], [[w:Clazomènes|''Clazomènes'']] — [[w:Années_428_av._J.-C.|-428]], [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']]) [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA183#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §158 - Anaxagore de Clazomènes}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA751#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Supplément, §180 - Anaxagore}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 13.</small>'''</span>]] '''Anaxagore''' semble distinguer l’âme et l’intelligence, comme nous l’avons déjà dit plus haut, bien qu’il les emploie toutes deux, comme si c’était une seule nature : pourtant il fait surtout de l’intelligence le principe de toutes choses. C’est ainsi qu’il dit que, seule de tout ce qui est, l’intelligence est simple, sans mélange et pure. Il attribue à un même principe tout à la fois et de connaître et de mouvoir. quand il avance que l’intelligence meut l’univers.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 14.</small>'''</span>]] '''Thalès''' aussi peut être rangé parmi ceux qui passent pour avoir considéré l’âme comme ce qui produit le mouvement; car il disait que la pierre d’aimant a une âme, parce qu’elle meut le fer.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§13_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 13.</span>]] ''Comme nous l’avons déjà dit, plus haut'' , § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu’il a déjà dit sur [[w:Anaxagore|Anaxagore]]. Voir la note relative au § 9. il semble qu’Aristote ne partage pas l’opinion de [[w:Socrate|Socrate]] sur le vice du système d’Anaxagore. Voir le [[s:https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3APlaton_-_%C5%92uvres%2C_trad._Cousin%2C_I_et_II.djvu/286|Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin.]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§14_De_l_ame_c2_NdT_J_B-S-H">§ 14.</span>]] ''Thalès aussi.'' [[w:Jean_Philopon|Philopon]] blâme Aristote d’avoir ici rapporté l’opinion de Thalès; car il s’agit dans ce passage des ''philosophes'' qui ont confondu l’âme avec les principes qu’ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l’idée de mouvement dont il n’est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#213 ''Chapitre II, 405a, §§ 13-14''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre V.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''§ 15.'''</small> Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοῖς καλουμένοις ἔπεσι λόγος· φησὶ γὰρ τὴν ψυχὴν ἐκ τοῦ ὅλου εἰσιέναι ἀναπνεόντων, φερομένην ὑπὸ τῶν ἀνέμων, οὐχ οἷόν τε δὲ τοῖς φυτοῖς τοῦτο συμβαίνειν οὐδὲ [411a] τῶν ζῴων ἐνίοις, εἴπερ μὴ πάντα ἀναπνέουσιν· τοῦτο δὲ λέληθε τοὺς οὕτως ὑπειληφότας.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 16.</small>''' (Εἰ δὲ δεῖ τὴν ψυχὴν ἐκ τῶν στοιχείων ποιεῖν, οὐθὲν δεῖ ἐξ ἁπάντων· ἱκανὸν γὰρ θάτερον μέρος τῆς ἐναντιώσεως ἑαυτό τε κρίνειν καὶ τὸ ἀντικείμενον. Καὶ γὰρ τῷ εὐθεῖ καὶ αὐτὸ καὶ τὸ καμπύλον γινώσκομεν· κριτὴς γὰρ ἀμφοῖν ὁ κανών, τὸ δὲ καμπύλον οὔθ' ἑαυτοῦ οὔτε τοῦ εὐθέος.)<br /><p style="text-indent: 15px;">'''<small>§ 17.</small>''' Καὶ ἐν τῷ ὅλῳ δή τινες αὐτὴν μεμῖχθαί φασιν, ὅθεν ἴσως καὶ '''Θαλῆς''' ᾠήθη πάντα πλήρη θεῶν εἶναι.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://scaife.perseus.org/library/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002/ <u>Aristotle, De Anima</u>], [https://scaife.perseus.org/reader/urn:cts:greekLit:tlg0086.tlg002.1st1K-grc1:1.5/ ''Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον Ε'''], p.180, 410b-411a, texte établi par [[w:Immanuel_Bekker|August Immanuel Bekker]], Oxford, 1837.<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1gr.htm#515 ici] et [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up là])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Sous ce même grief tombe aussi la doctrine exprimée dans les vers attribués à '''Orphée''' : d’après elle, l’âme provient de l’univers extérieur et pénètre dans les êtres vivants par la respiration, les vents lui servant de véhicule — chose impossible dans le cas des plantes et de certains animaux, puisque tous ne sont pas doués de respiration ! C’est ce qui a échappé aux tenants de cette opinion. — Quand bien même il faudrait constituer l’âme en partant des éléments, il n’est nullement nécessaire de les prendre tous comme principes. En effet, l’un ou l’autre terme de la contrariété suffit à se juger lui-même ainsi que son contraire. C’est ainsi que par la ligne droite nous connaissons la ligne droite elle-même et la courbe, car la règle les juge tous deux (tandis que la courbe ne juge ni elle-même ni la ligne droite).<br /><p style="text-indent: 15px;">Certains autres penseurs déclarent que l’âme est mêlée à l’univers entier : peut-être est-ce l’origine de l’opinion de '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n5/mode/2up/ <u>Aristote, De l’ame</u>], [https://archive.org/details/trent_0116301457416/page/n97/mode/2up ''Chapitre V, 410b-411a, p.25''], traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 15.</small>'''</span>]] C’est là aussi l’erreur que présente cette pensée dans les vers appelés [[w:Orphisme|''Orphiques'']]. « L’âme, y est-il dit, vient de l’univers entrer dans les animaux, quand ils respirent, apportée par les vents. » Or, cela n’est certes pas possible pour les plantes, ni même pour certains [411a] animaux, puisque tous les animaux ne respirent pas. Mais c’est ce qu’ignoraient ceux qui ont avancé ces assertions hypothétiques.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 16.</small>'''</span>]] S’il faut d’ailleurs composer l’âme avec les éléments, il ne faut pas du moins la composer avec tous. En effet, il suffit d’une des deux parties de l’opposition, pour juger et cette partie même et l’opposé. Ainsi, par le droit , nous connaissons et le droit lui-même et la courbe. Le juge de tous les deux, c’est la règle, tandis que le courbe ne peut être la mesure ni de lui-même ni du droit.<br /><p style="text-indent: 15px;">[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back">'''<small>§ 17.</small>'''</span>]] Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers, et c’est là peut-être ce qui a fait penser à '''Thalès''' que tout est plein de dieux.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§15_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 15.</small></span>]] ''Dans les vers appelés Orphiques.'' Le mot appelés prouve qu’Aristote ne croyait pas que ces vers fussent réellement d’[[w:Orphée|Orphée]] (en grec ancien [[wikt:Ὀρφεύς#Grec_ancien|Ὀρφεύς / Orpheús]]). Le même doute est exprimé encore dans le traité [[w:Génération_des_animaux|''de la Génération des animaux'']]. liv. II. chap. 1, p. 734, a . 19, édit. de Berlin. — ''Vient de l’univers.'' Le texte dit « du tout. » Voir aussi sur cette opinion d’Aristote, relative à Orphée, [[w:Cicéron|Cicéron]], [[wikt:De_natura_deorum|de Natura deorum]], liv. 1, chap. 38. — ''Pour les plantes.'' Aristote reconnaît une âme dans les plantes, l’âme nutritive. Voir plus loin, liv. Il, chap. 2, § 3.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§16_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 16.</small></span>]] ''Pour juger et cette partie même.'' Le texte dit mot à mot . « Et pour que cette partie se juge elle-même. » La traduction que j’ai adoptée me semble plus claire. M. [[w:Friedrich_Adolf_Trendelenburg|Trendelenbourg]] rappelle ce principe de [[w:Baruch_Spinoza|Spinoza]] qui est tout-à-fait identique à celui d’Aristote « Verum sui index et falsi. » — ''La mesure ni de lui-même ni du droit.'' Il a donc peut-être eu tort de dire plus haut d’une manière générale qu’une des deux parties de l’opposition est suffisante.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H_back|<span id="§17_De_l_ame_c5_NdT_J_B-S-H"><small>§ 17.</small></span>]] ''Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers.'' C’est ainsi que [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]] comprend ce passage, qui semblerait alors s’adresser aux théories du [[w:Timée_(Platon)|Timée]]; mais [[w:Jean_Philopon|Philopon]] admet un autre sens que le texte peut donner aussi « Que l’âme est dans tout corps, et que l’âme se trouve mêlée aux éléments qui composent tous les corps. » Je préfère le premier sens comme étant plus d’accord avec ce qui suit.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/tableame.htm <u>Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame</u>], [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#515 ''Chapitre V, 410b-411a, §§ 15-17''], traduit en français pour la première fois par [[w:Jules_Barthélemy-Saint-Hilaire|J. Barthélemy-Saint-Hilaire]], Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposemment, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposemment, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}] </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><small>2-4</small></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><small>13</small></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><small>14-15</small></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><small>19</small></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><small>22</small></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><small>23</small></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><small>29</small></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><small>30</small></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><small>31-32</small></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</small></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l'''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> = Période de la [[w:République_romaine|''République'']] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] [[w:Rome_antique|''Romaine'']] [[#Rome|<span id="Rome_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] = <p style="text-align: right;">([[w:Années_500_av._J.-C.|-509]], chute de la [[w:Royauté_romaine|''royauté romaine'']] — 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], nomination de [[w:Auguste|'''Caius Iulius Caesar Octavianus''']] aux titres d’[[w:Auguste_(titre)|''Augustus'']] et de [[w:Princeps_senatus|''Princeps'']] par le [[w:Sénat_romain|''Sénat romain'']]) <span id="Oligarchie_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA Rome|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Rome_back|<span id="Rome"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Rōma [[wikt:en:Roma#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’époque ''républicaine'', la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions ''politiques'' (dans le cadre du [[w:Sénat_de_la_République_romaine|''Sénat'']] mais aussi dans le cadre des réunions [[w:Comices|''comitiales'']]), de [[w:Collégialité|''collégialité'']] des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux [[w:Consul_(Rome_antique)|''consuls'']]), de spécialisation des [[w:Magistrature|''magistratures'']] (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’[[w:Élection|électivité]] des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est [[w:Senatus_populusque_Romanus|''Senatus populusque Romanus'']] (SPQR), « le ''Sénat'' et le peuple ''romain'' ». Elle symbolise l’union consensuelle du ''Sénat'', où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des [[w:Citoyenneté_romaine|''citoyens romains'']], qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie [[w:Patricien|''patricienne'']], héritière de la [[w:Fondation_de_Rome|''fondation de Rome'']], lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre ''patriciens'' et [[w:Plèbe|''plébéiens'']] s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes [[w:Sécessions_de_la_plèbe|''sécessions plébéiennes'']] permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de [[w:367 av. J.-C.|-367]], le droit d’élire un ''consul'' chaque année. L’essentiel des ''citoyens romains'' reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de [[w:Latifundium_(Antiquité)|''vastes domaines cultivés'']], les ''Latifundia'' (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la ''République'' se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la [[w:Gens_(Rome antique)|''gens'']]. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au [[w:Clientélisme_(Rome)|''système clientélaire'']] : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La ''République romaine'' est loin d’être une ''démocratie'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]] : il s’agit avant tout d’un [[w:Oligarchie|''régime oligarchique'']] [[#Oligarchie|<sup>II</sup>]] dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des [[w:Cens_(époque romaine)|''classes censitaires'']] ''romaines'', établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La ''République romaine'' est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles ''patricio-plébéiennes'' formant la [[w:Nobilitas|''nobilitas'']], la noblesse.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><span id="Oligarchie"><sup>II</sup></span> Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā [[wikt:en:ὀλιγαρχία#Ancient_Greek|(en)]], « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs [[wikt:en:ὀλιγάρχης#Ancient_Greek|(en)]], « oligarque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos [[wikt:en:ὀλίγος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs [[wikt:en:-άρχης#Ancient_Greek|(en)]], « souverain, chef »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 60px;">➥ + du suffixe‎ nominal -η / -ē [[wikt:en:-η#Ancient_Greek:_zero_grade|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ +‎ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Forme_de_gouvernement|''Forme de gouvernement'']] où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une [[w:Classe_dominante|''classe dominante'']]. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} == [[w:Cicéron|'''Cicéron''']] [[#Cicéron|<span id="Cicéron_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">(3 janvier [[w:106_av._J.-C.|-106]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — 7 décembre [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné en quittant sa villa de [[w:Formia|''Formia'']], par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']], sur ordre de [[w:Marc_Antoine|'''Marc Antoine''']]) [[s:Auteur:Cicéron|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA365#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA655#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §123 - Cicero (Marcus Tullius –) père}}] [[Fichier:Bust of Cicero (1st-cent. BC) - Palazzo Nuovo - Musei Capitolini - Rome 2016.jpg|vignette|Portrait posthume de Cicéron de la moitié du [[w:Ier_siècle|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]. Marbre.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : [[w:Palais_Neuf_(Rome)#Salle_des_Philosophes|Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini]] [https://www.museicapitolini.org/en/opera/ritratto-di-cicerone-0 <sup>🔍</sup>].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">''Orateur'', ''politicien'', ''philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''citoyen romain'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]]; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la [[w:Rhétorique|rhétorique]] et d’adaptation en latin des [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''théories philosophiques grecques'']], considérée comme un modèle de l’expression [[w:Latin_classique|''latine classique'']], et dont une grande partie nous est parvenue.</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Cicéron|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cicéron_back|<span id="Cicéron"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Marcus [[w:Tullii|Tullius]] Cicero :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Marcus#Latin|Marcus]]; forme contractée de *Marticus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de l’adjectif [[wikt:Martius#Latin|Martius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ dérivé de [[wikt:Mars#Latin|Mars]], « [[w:Mars_(mythologie)|Mars]], dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-ius#Latin|-ius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:-icus#Latin|-icus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]]; de [[wikt:cicer#Latin|cicer]], « pois chiche » [[#pois_chiche|<span id="pois_chiche_back"><sup>II</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#pois_chiche_back|<span id="pois_chiche"><sup>II</sup></span>]] Sens original multiple :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Pline_l%27Ancien|Pline l’Ancien]] ([[w:23|23]], à [[w:Côme#Histoire|''Novum Comum'']] — [[w:79|79]] [[w:Mort_de_Pline_l%27Ancien|<sup>📚</sup>]], à [[w:Stabies#Éruption_de_79_ap._J.-C.|''Stabies'']]) <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup> :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''2. Les [[w:Fabii|'''Fabius''']], les [[w:Cornelii_Lentuli|'''Lentulus''']], les '''Cicéron''' ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre18.htm <u>Histoire Naturelle</u>, ''l. XVIII'']'', c. III, §2''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Selon [[w:Plutarque|Plutarque]] ([[w:46|46]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Chéronée|''Chéronée'']] — [[w:125|125]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>) :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Le premier de cette famille qui eut le surnom de '''Cicéron''' fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. '''Cicéron''', celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de '''Cicéron''' plus célèbre que ceux des [[w:Aemilius_Scaurus|'''Scaurus''']] et des '''Catulus'''. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, '''Marcus Tullius'''; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/Ciceron.htm <u>La Vie de Cicéron</u>]'', c. I''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_Republica|De Re Publica]] [[#République_back|<sup>⤴️</sup>]] === <p style="text-align: right;">[[s:De_la_République|📚]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA680#v=onepage&q&f=false {{Info|➕|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, De Republica}}] {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; margin: 0 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende|L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du [[w:Songe_de_Scipion|''Songe de Scipion'']] fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par [[w:Angelo_Mai|'''Angelo Mai''']], préfet de la bibliothèque de manuscrits du ''Vatican'', dans un [[w:Palimpseste|''palimpseste'']] d’un ouvrage d’[[w:Augustin_d%27Hippone|'''Augustin''']] d’Hippone, référencé [[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|'''Vaticanus Latinus 5757''']], copié au début du VIII<sup>ème</sup> siècle sur les pages lavées et grattées d’un [[w:Codex|''codex'']] du IV<sup>ème</sup> siècle.}}}</div> |} <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la politique, écrit en [[w:54_av._J.-C.|-54]]. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec ''La Politique'' d’[[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''La République'' de [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]]. '''Cicéron''' applique leurs analyses aux institutions de la [[w:République_romaine|République romaine]], pour établir que la République du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le [[#De_Legibus_I|''De Legibus'']], ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.</div> ==== [[w:De_Republica#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Introduction, présentation des protagonistes, '''Cicéron''' place ses dialogues vers [[w:129_av._J.-C.|-129]], moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des [[w:Gracques|'''Gracques''']] [[#Gracques|<span id="Gracques_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] ne bouleverse l’harmonie républicaine.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Gracques_back|<span id="Gracques"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Gracchus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Nom donné à deux frères et hommes d’État ''romains'', [[w:Tiberius_Gracchus|Tiberius Gracchus]] et [[w:Caius_Gracchus|Caius Gracchus]], petits-fils de [[w:Scipion_l'Africain|Scipion l’Africain]], connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire ''romain'' durant la deuxième moitié du [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• En [[w:-133|-133]], Tiberius fait voter une [[w:Question_agraire_%C3%A0_Rome|''loi agraire'']] connue sous le nom de [[w:Lex_Sempronia|''Rogatio Sempronia'']] qui reprend le principe de l’[[w:Anadasmos|''Anadasmos'']] grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_163_av._J.-C.|-163]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_133_av._J.-C.|-133]], ''Rome'', assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Et de [[w:-123|-123]] à [[w:-121|-121]], Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du [[w:S%C3%A9nat_de_la_R%C3%A9publique_romaine|''Sénat romain'']] et d’accroître ceux des [[w:Comices|''comices'']], assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_154_av._J.-C.|-154]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_121_av._J.-C.|-121]], ''Rome'', assassiné par le ''Sénat'' en promulguant pour la première fois un [[w:Senatus_consultum_ultimum|''senatus consultum ultimum '']], donnant au consul [[w:Lucius_Opimius|Lucius Opimius]] les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à [[w:Carthage#Cité_romaine,_vandale_et_byzantine|''Carthage'']]) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup></small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XIV.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de l’invention du premier [[w:Planétaire|''planétaire'']] [[#Planetes|<span id="Planetes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] par '''Thalès'''.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Planètes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Planetes_back|<span id="Planetes"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin planeta, planetes [[wikt:en:planeta#Latin|(en)]]; du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs [[wikt:en:πλανήτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:πλανάω#Ancient_Greek|πλανάω / planáō]], « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs [[wikt:en:-της#Ancient_Greek:_agent_noun|(en)]].'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' Platon, [https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Platon_-_%C5%92uvres,_trad._Cousin,_VII_et_VIII.djvu/707 <u>Les Lois</u>, ''l.VII'', ''§822 a-c'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''C. Sulpicium Gallum''']] , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''M. Marcellum''']] , qui cum eo consul fuerat, sphæram [[#sphæram|<span id="sphæram_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], quam [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|'''M. Marcellus''' avus]] [[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] captis [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracusis'']] ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter [[w:Archimède|'''Archimedi''']] [[#Archimedi_De_Re_Publica|<span id="Archimedi_De_Re_Publica_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior [[#nobilior|<span id="nobilior_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in [[w:Pudicitia#Les_temples|''templo Virtutis'']] '''Marcellus''' idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam [[#judicabam|<span id="judicabam_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''milesio'' primum esse tornatam [[#tornatam|<span id="tornatam_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] : post autem ab [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxo''' ''cnidio'']] discipulo, ut ferebat, [[w:Platon|'''Platonis''']] eamdem illam astris [[#astris|<span id="astris_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] cœlo inhærentibus [[#inhærentibus|<span id="inhærentibus_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratum''']] extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot [[#quot|<span id="quot_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra [[#sphæra|<span id="sphæra_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#sphæram_back|<span id="sphæram"><sup>1</sup></span>]] In codice modo scribitur ''sfæra'', modo ''sphæra'', modo ''sphera''.<br />[[#Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)_back|<span id="Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)"><sup>2</sup></span>]] Cod. primâ manu ''Marcellus''; secundâ ''Marcelli avus'', quæ est emendatio certissima.<br />[[#Archimedi_De_Re_Publica_back|<span id="Archimedi_De_Re_Publica"><sup>3</sup></span>]] ''Archimedi'' in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV ''Theophani''; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 ''Themistocli''; ad Att. XIII. 28 ''Aristoteli''; Brut. VII. LXXXIII ''Thucydidi'', Tusc. I. 41 ''Ulyxi''; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII ''Demostheni'' et ''Pericli'': unde etiam Persius IV. 3 ''magni pupille Pericli''. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.<br />[[#nobilior_back|<span id="nobilior"><sup>4</sup></span>]] Cod. primâ manu ''novilior'', secundâ ''nobilior''.<br />[[#judicabam_back|<span id="judicabam"><sup>5</sup></span>]] Cod. ''judicam''; sed mox factum ''judicabat''. Mihi videbatur scribendum ''judicabam''.</small>''' </td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%;">'''<small>[[#tornatam_back|<span id="tornatam"><sup>6</sup></span>]] lta cod. secundâ manu; et primâ ''ornatam''. Cicero in Arateis 3o4 : ''tam tornare cate contorlos possiet orbes''.<br />[[#astris_back|<span id="astris"><sup>7</sup></span>]] Cod. primâ manu ''illam stellisque cœlo;'' secundâ vero deletum ''stellisque'' et scriptum ''astris''.<br />[[#inhærentibus_back|<span id="inhærentibus"><sup>8</sup></span>]] Cod. sine diphthongo, ''inherentibus'' , sed deinde haud scio an sit superaddita ''a''.<br />[[#quot_back|<span id="quot"><sup>9</sup></span>]] Cod. habet ''quod'', ob sonum videlicet similem sequentis litteræ ''d''. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, ''quot'' et ''quod'' male aliquoties confundi.<br />[[#sphæra_back|<span id="sphæra"><sup>10</sup></span>]] Cod. ''sphela'', quamquam ''l'' non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus ''lacelari''. Sed enim vox ipsa ''sphœra'' hîc omittenda videtur, vel scribendum ''cœli sphœrâ''.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Tum '''Philus''' : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, '''C. Sulpicium Gallum''', doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud '''M. Marcellum''', quicum eo consul fuerat, sphæram, quam '''M. Marcelli''' avus, captis ''Syracusis'', ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter '''Archimedi''' gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem '''Archimede''' factam posuerat in ''templo Virtutis'' '''Marcellus''' idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime '''Gallus''' exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim '''Gallus''', sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a '''Thalete''' ''Milesio'' primum esse tornatam : post autem ab '''Eudoxo''' ''Cnidio'' discipulo, ut ferebat, '''Plalonis''' eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab '''Eudoxo''', multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus '''Aratum''' extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum '''Archimedi''', quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram '''Gallus''' quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Octo paginæ hic a '''Maio''' desiderantur.'')</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' [[w:Lucius_Furius_Philus|'''Philus''']] [[#Philus|<span id="Philus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. [[w:Caius_Sulpicius_Gallus|'''Sulpicius Gallus''']] [[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] [[#Caius_Sulpicius_Gallus|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-166)|'''Marcellus''']] [[#Marcellus-166|<span id="Marcellus-166_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste [[#Machine_Anticythere|<span id="Machine_Anticythere_back"><sup>💡</sup></span>]], que [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|l’aïeul de '''Marcellus''']] [[#Marcellus-222|<span id="Marcellus-222_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] avait autrefois enlevé après la prise de [[w:Syracuse#Période_romaine|''Syracuse'']], du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’[[w:Archimède|'''Archimède''']] [[#Archimède|<span id="Archimède_back"><sup>'''VII'''</sup></span>]]. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même '''Archimède''', et placée par le même '''Marcellus''' à [[w:Rome_antique|''Rome'']], dans le [[w:Pudicitia#Les_temples|''temple de la Vertu'']]. Mais sitôt que '''Gallus''' eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre [[#géomètre_AM|<span id="géomètre_AM_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. '''Gallus''' nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par '''Thalès''' de ''Milet''; que, dans la suite, [[w:Eudoxe_de_Cnide|'''Eudoxe''' de ''Gnide'']] [[#Eudoxe_de_Cnide|<span id="Eudoxe_de_Cnide_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]], disciple de [[w:Platon|'''Platon''']], avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à '''Eudoxe''' ce dessin et cette belle ordonnance, [[w:Aratos_de_Soles|'''Aratus''']] [[#Aratos_de_Soles|<span id="Aratos_de_Soles_back"><sup>'''X'''</sup></span>]] leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq [[w:Astronomie_grecque#Mouvements_réguliers_des_planètes|''étoiles nommées errantes ou irrégulières'']] [[#Planètes_back|<sup>⤴️</sup>]], n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, '''Gallus''' touchait-il cette sphère [[#sphere_AM|<span id="sphere_AM_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. [[#etc_AM|<span id="etc_AM_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]</div> </poem> <table cellspacing=15 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Caius_Sulpicius_Gallus_AM_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus_AM"><sup>1</sup></span>]] Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre2.htm <u>Pline, liv. II, ch. xix</u>], le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#géomètre_AM_back|<span id="géomètre_AM"><sup>2</sup></span>]] On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à ''Syracuse'', la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#sphere_AM_back|<span id="sphere_AM"><sup>3</sup></span>]] Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée [[w:en:Orrery|''Orery'']], du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit [[w:Voltaire|Voltaire]], une très-faible copie de notre monde<br />« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-<br />« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour<br />« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course<br />« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par<br />« des mains humaines, dans nos ''Orery''. Cette machine est très-<br />« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-<br />« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez<br />« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-<br />« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal<br />« assortis à l’Être suprême ! » [[#Voltaire_Histoire_de_Jenni|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni_back"><sup>XII</sup></span>]] La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces ''Orery''; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#etc_AM_back|<span id="etc_AM"><sup>4</sup></span>]] La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou [[w:Scipion_Émilien|Scipion]] en revient à parler de Gallus.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n115/mode/2up ''XIV''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Philus_back|<span id="Philus"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:φίλος#Grec_ancien|φίλος / phílos]], « ce qui est aimé »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Consul de la [[w:République_romaine|''République romaine'']], affecté à la province d’[[w:Hispanie_citérieure|''Hispanie citérieure'']] en [[w:136_av._J.-C.|-136]], durant la [[w:Guerre_de_Numance|''guerre contre Numance'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_179_av._J.-C.|-179]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — post [[w:Années_136_av._J.-C.|-136]], lieu indéterminé) <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Caius_Sulpicius_Gallus_back|<span id="Caius_Sulpicius_Gallus"><sup>II</sup></span>]] Du nom commun latin gallus [[wikt:en:gallus#Latin|(en)]], « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la ''Gaule''; • Un galate, un habitant de la [[w:Galatie|''Galatie'']], en ''Anatolie''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Préteur en [[w:-169|-169]] puis, l’année d’après, tribun militaire de la II<sup>ème</sup> [[w:Légion_romaine|''légion'']] pendant la [[w:Troisième_guerre_macédonienne|''troisième guerre macédonienne'']] contre [[w:Persée_(roi)|Persée]], le roi de [[w:Royaume_de_Macédoine|''Macédoine'']]. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en [[w:-166|-166]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_209_av._J.-C.|-209]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]] — date <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> et lieu indéterminé.e.s)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-166_back|<span id="Marcellus-166"><sup>III</sup></span>]] Diminutif latin de Mārculus [[wikt:en:Marcellus#Latin|(en)]], lui même diminutif de Mārcus [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Homme politique ''romain'', consul à 3 reprises en [[w:Années_166_av._J.-C.|-166]], [[w:Années_155_av._J.-C.|-155]] et [[w:Années_152_av._J.-C.|-152]]. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron [[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]] de lettres dénonçant la [[w:Conjuration_de_Catilina|''tentative de coup d’État de Catilina'']] et choisit le camp de [[w:Pompée|''Pompée'']] lors de la [[w:Guerre_civile_de_César|''guerre civile de César'']], s’exilant sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos_back|<sup>⤵️</sup>]] à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre ''Rome'' par la mer [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ciceron_ad_fam_IV/lecture/12.htm <sup>C., LàdF, l.IV, XII</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Rome'' — [[w:Années_148_av._J.-C.|-148]]<sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi [[w:Massinissa|Massinissa]] de [[w:Royaume_de_Numidie|''Numidie'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Marcellus-222_back|<span id="Marcellus-222"><sup>IV</sup></span>]] Consul ''romain'' à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre les celtes [[w:Gésates|''Gésates'']] lors de la [[w:Bataille_de_Clastidium|''bataille de Clastidium'']] et en rapportant la [[w:Dépouilles_opimes|''dépouille opimes'']] (ou en latin ''spolia opima'') de leur chef [[w:Viridomaros_(Gésate)|Viridomaros]] en [[w:-222|-222]] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• contre [[w:Hannibal_Barca|Hannibal Barca]] [[#Hannibal_Barca|<span id="Hannibal_Barca_back"><sup>V</sup></span>]] lors des 3 batailles de [[w:Nola_(Italie)#Histoire|''Nola'']] de [[w:Bataille_de_Nola_(216_av._J.-C.)|-216]], [[w:Bataille_de_Nola_(215_av._J.-C.)|-215]] et [[w:Bataille_de_Nola_(214_av._J.-C.)|-214]] de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">• et lors du [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''siège'']] de [[w:Syracuse#Deuxième_guerre_punique|''Syracuse'']], qu’il s’empara en [[w:-212|-212]]; [[w:Archimède|Archimède]] [[#Archimède|<sup>VII</sup>]] est tué au cours du pillage qui a suivi.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]], à [[w:Rome_antique|''Rome'']] — [[w:Années_208_av._J.-C.|-208]], à [[w:Venosa#Histoire|''Venosa'']], transpercé par une lance lors d’une embuscade ''carthaginoise'' au cours d’une mission de reconnaissance pendant la ''deuxième guerre punique'' <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/185|Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181]]</sup>) <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hannibal_Barca_back|<span id="Hannibal_Barca"><sup>V</sup></span>]] Du nom propre latin Hannibal [[wikt:en:Hannibal#Latin|(en)]]; du nom propre [[w:Punique_(langue)|''punique'']] 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) [[wikt:en:𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « Que Baal me fasse grâce. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la [[w:Proposition_subordonnée|''proposition subordonnée'']] 𐤇𐤍𐤉‎ / ḥny (/⁠ḥannī⁠/), « qu’il me fasse grâce »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ du nom commun 𐤁𐤏𐤋‎ / bʿl (/⁠baʿl⁠/) [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Punic|(en)]], « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun [[w:Phénicien|''phénicien'']] 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du [[w:Proche-Orient_ancien|''Proche-Orient ancien'']], en Syrie et au Levant ([[w:Ugarit|''Ugarit'']], [[w:Phénicie|''Phénicie'']], [[w:Canaan_(région)|''Canaan'']]) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée ([[w:Carthage|''Carthage'']]). 6. Bourgeois, citoyen. » [[wikt:en:𐤁𐤏𐤋#Phoenician|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Et du nom propre Barca [[w:Barca#Etymology_2|(en)]]; du ''punique'' 𐤁𐤓𐤒‎ / brq (/⁠baraq⁠/), « éclair, foudre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Commandant en chef [[w:Civilisation_carthaginoise|''carthaginois'']] contre les ''romains'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']], battu par [[w:Scipion_l’Africain|Scipion l’Africain]] à la [[w:Bataille_de_Zama|''bataille de Zama'']] en [[w:-202|-202]]; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en ''Asie'' à cause de dissenssion politique en [[w:-195|-195]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:Années_247_av._J.-C.|-247]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Carthage'' — [[w:Années_183_av._J.-C.|-183]]/[[w:Années_181_av._J.-C.|-181]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Bithynie|''Bithynie'']], suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de [[w:Bithynie|''Bithynie'']] [[w:Prusias_Ier|Prusias I<sup>er</sup>]], et que ce dernier fut forcé par les ''romains'' de le livrer)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Machine_Anticythere_back|<span id="Machine_Anticythere"><sup>💡</sup></span>]] Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé [[w:Machine_d%27Anticythère|Machine d’Anticythère]] [[#Anticythere|<span id="Anticythere_back"><sup>VI</sup></span>]] puisque découverte au large de cette [[w:Anticythère|''île grecque du même nom'']] en 1901 dans une [[w:Épave_d%27Anticythère|''épave d’un navire de charge romain'']] qui a fait naufrage au deuxième quart du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [https://www.namuseum.gr/en/collection/ellinistiki-periodos-3/ <sup>🔍</sup>]. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que [[w:Posidonios|Posidonius]] [[#Posidonius|<span id="Posidonius_back"><sup>VIII</sup></span>]] a construit une sphère mobile (assez pour être « ''transportée en [[w:Scythie|Scythie]] ou en [[w:Histoire_des_îles_Britanniques#Période_pré-romaine|Bretagne]]'' ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une [[w:Clepsydre|clepsydre]] nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami '''Posidonius''' et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ?'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <u>De Natura Deorum</u>, ''livre II'', ''§XXXIV''.]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anticythere_back|<span id="Anticythere"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra [[wikt:en:Ἀντικύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « en face de Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe [[wikt:ἀντί#Grec_ancien|ᾰ̓ντῐ- / anti-]], « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí [[wikt:en:ἀντί#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra [[wikt:en:Κύθηρα#Ancient_Greek|(en)]], « Cythère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] située au sud-est du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], entre l’île de [[w:Cythère|''Cythère'']] et la [[w:Crète|''Crète'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Archimède_back|<span id="Archimède"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:en:Ἀρχιμήδης#Ancient_Greek|Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un [[w:Archonte|''archonte'']], détenir un ''archontat''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « dirigeant, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μήδεα / mḗdea [[wikt:en:μήδεα#Ancient_Greek|(en)]], « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Illustre [[w:Archimède#Apports_en_géométrie|''géomètre'']] [[#Géométrie_back|<sup>⤴️</sup>]], ''mathématicien'' [[w:en:Archimedes#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] dont de nombreux écrits nous sont parvenus [[w:en:Archimedes#Writings|(en)]], et encore plus illustre [[w:Archimède#Apports_en_mécanique|''physicien'']], ''astronome'' [[w:en:Archimedes#Astronomical_instruments|(en)]], ''ingénieur'' et ''inventeur'' [[w:en:Archimedes#Discoveries_and_inventions|(en)]].<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Lors de la chute de [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], [[w:Plutarque|Plutarque]] <sup>[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/169|lVdHI. VdM. éd.1853, p.165]]</sup> rapporte que Marcus Claudius Marcellus [[#Marcellus-222|<sup>II</sup>]] s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves<nowiki>[</nowiki>, en leur défendant<nowiki>]</nowiki> expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/170|p.166]]</sup> décrit 3 récits de celle-ci :<br />• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;<br />• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;<br />• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.<p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Plutarque <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/168|p.164]]</sup> rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa [[w:questeur (Rome antique)|questure]] en Sicile en [[w:-75|-75]], Cicéron <sup>[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/71|Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61]]</sup> raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:287_av._J.-C.|-287]], à [[w:Syracuse#Antiquité|''Syracuse'']], ville du sud-est de l’île de [[w:Trinacrie|''Trinacrie'']] ([[wikt:Τρινακρία#Grec_ancien|Τρινακρία / Trniakría]], « trois pointes »), actuelle ''Sicile'' — [[w:212_av._J.-C.|-212]], assassiné lors de la prise de ''Syracuse'') <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup><br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Posidonius_back|<span id="Posidonius"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Ποσειδώνιος#Grec_ancien|Ποσειδώνιος / Poseidônios]], « De Poséidon. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn [[wikt:en:Ποσειδῶν#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios [[wikt:en:-ιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''stoïcien'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Prytane|''prytane'']] (magistrat issu des Cinq-Cents de la ''Boulè'' [[#Bouleutérion_back|<sup>⤴️</sup>]] de la ''démocratie athénienne'' [[#démocratie_back|<sup>⤴️</sup>]]), astronome [[w:en:Posidonius#Astronomy_and_Meteorology|(en)]] (notamment créateur d’un ''planétaire'' [[#Machine_Anticythere|<sup>⤴️</sup>]] et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc [[w:en:Arc_measurement|(en)]]), ''géographe'' [[w:en:Posidonius#Geography,_ethnology,_and_geology|(en)]] (grâce à de nombreux voyages autours de la ''Méditerranée'' : ''Grèce'', [[w:Hispanie|''Hispanie'']], ''Italie'', ''Sicile'', [[w:Dalmatie#Période_romaine|''Dalmatie'']], ''Gaule'', [[w:Histoire_de_la_Ligurie#Époque_romaine|''Ligurie'']], ''Afrique du Nord'' et sur les rives orientales de l’[[w:Mer_Adriatique|''Adriatique'']].), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de [[w:Polybe|Polybe]] sur la conquête romaine de la Méditerranée), ''mathématicien'' [[w:en:Posidonius#Mathematics|(en)]] [[#Mathématiques_back|<sup>⤴️</sup>]] (tentant notamment de prouver le [[w:Axiome_des_parallèles|''cinquième postulat de géométrie'']] d’[[w:Euclide|Euclide]].), et sixième ''scholarque'' [[#scholarque_back|<sup>⤴️</sup>]] du ''Portique'' [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] à la mort de son maître, [[w:Panétios_de_Rhodes|Panétios]] de ''Rhodes'' [[#Rhodes_back|<sup>⤴️</sup>]], en [[w:-112|-112]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:-135|-135]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Apamée|''Apamée'']], une des quatre [[w:Satrape|''satrapies'']] qui formaient la [[w:Séleucides|''Séleucide'']], sur la côte ''méditerranéenne'' de la ''Syrie'' actuelle — ''ca.'' [[w:-51|-51]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rhodes'' ou à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=qfl1xwEACAAJ&lpg=PA1067&hl=fr&pg=PA1481#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Vb, §267 - Posidonius d’Apamée}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Eudoxe_de_Cnide_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide"><sup>IX</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios [[wikt:en:Κνίδος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Astronome'', ''géomètre'' (élève du pythagoricien [[w:Archytas_de_Tarente|Archytas de Tarente]]), ''médecin'' (élève de [[w:Philistion_de_Locres|Philistion de Locres]]) et ''philosophe'', il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur [[w:Aratos_de_Soles#Les_Phénomènes|''Les Phénomènes'']] qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos [[#Aratos_de_Soles|<sup>X</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:395_av._J.-C.|-395]], à [[w:Cnide|''Cnide'']] — ''ca.'' [[w:342_av._J.-C.|-342]], à ''Cnide'') <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA293#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §98 - Eudoxe de Cnide}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Aratos_de_Soles_back|<span id="Aratos_de_Soles"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄρατος [[wikt:en:Ἄρατος#Ancient_Greek|(en)]] ὁ [[wikt:Soloe#Latin|Σολεύς]] / Áratos ho Soleús ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poête grec, dont seuls ''les Phénomènes'', un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’[[w:Eudoxe_de_Cnide|Eudoxe]] sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la [[w:Catastérisation|''catastérisation'']] [[#catastérisation|<span id="catastérisation_back"><sup>XI</sup></span>]], transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du [[w:Théophraste#Météorologie|''Des Signes du temps'']] de [[w:Théophraste|Théophraste]], premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Soles_(Cilicie)|''Soles'']], sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle ''Turquie'' — ''lieu de décès indéterminé'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA322#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §298 - Aratos de Soles}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#catastérisation_back|<span id="catastérisation"><sup>XI</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[w:Catastérisation#Sens_savant|καταστεισμός / katasterismós]], « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » [[w:Jean_Martin_(helléniste)|<sup>Jean Martin</sup>]] [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 <sup>Pallas n°59, p.21</sup>]; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}, [https://www.jstor.org/stable/43684972?refreqid=excelsior%3Aea2cab106212917e502559eb8148c943 p.20]</sup>;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe κατά- / katá- [[wikt:en:κατα-#Ancient_Greek|(en)]], « Qui vient du bas »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun [[wikt:ἀστήρ#Grec_ancien|ἀστήρ / astḗr]], « corps céleste ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Voltaire_Histoire_de_Jenni_back|<span id="Voltaire_Histoire_de_Jenni"><sup>XII</sup></span>]] [[s:Livre:Voltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu|<u>Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans.</u>]] [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée|<u>L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée</u>]], [[s:L’Histoire_de_Jenni_ou_le_Sage_et_l’Athée/Chapitre_VIII|''Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme'']], [[s:Page%3AVoltaire_-_Œuvres_complètes_Garnier_tome21.djvu/580|p.554]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' Ce que je vous dirai, reprit '''Philus''', n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que '''C. Sulpicius Gallus''', un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez '''M. Marcellus''', qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que '''Gallus''' fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de '''Marcellus''' voulut orner sa maison après la prise de ''Syracuse'', ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ '''Archimède''', et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. '''Marcellus''' avait déposé dans le ''temple de la Vertu'' une autre sphère d’ '''Archimède''', plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque '''Gallus''' eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. '''Gallus''' nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que '''Thalès''' de ''Milet'' en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple de '''Platon''', avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, '''Aratus''', qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ '''Eudoxe'''. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ '''Archimède''' était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque '''Gallus''' mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">(''Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon '''Angelo Mai''''').</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/296|''XIV'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>VI.</small>''' — '''Philus'''. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''S. Gallus''', un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez '''Marcellus''', son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de '''Marcellus''' se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique ''Syracuse''.<br /><p style="text-indent: 15px;">J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ '''Archimède''', et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le ''temple de la Vertu''. Mais aussitôt que '''Gallus''', avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à '''Thalès''' de ''Milet''; dans la suite, '''Eudoxe''' de ''Gnide'', disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ '''Eudoxe''', '''Aratus''', étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''' ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ '''Archimède''' était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.<br /><p style="text-indent: 15px;">'''Gallus''', en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f35.item ''VI''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XIV.</small>''' — P<small>HILUS</small> : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que '''C. Sulpicius Gallus''' [[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez '''M. Marcellus''', son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de '''M. Marcellus''' à ''Syracuse'' — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art [[#Syracuse_JVLC|<span id="Syracuse_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ '''Archimède''', ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même '''Marcellus''' avait fait placer dans le ''temple de la Vertu'', et qui était aussi l’œuvre d’ '''Archimède'''. Mais quand '''Gallus''' eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce ''Sicilien'' plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. '''Gallus''' donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que '''Thalès''' de ''Milet'' avait tourné la première, puis que, plus tard '''Eudoxe''' de ''Cnide'', disciple, disait-il, de '''Platon''', y avait représenté les astres de la voûte céleste [[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Bien des années après, '''Aratus''' [[#Aratus_JVLC|<span id="Aratus_JVLC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à '''Eudoxe''', et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ '''Archimède''', qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand '''Gallus''' faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#C_Sulpicius_Gallus_JVLC_back|<span id="C_Sulpicius_Gallus_JVLC"><sup>1</sup></span>]] Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de ''Syracuse'' après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le [[w:De_oratore|''De Oratore'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm liv. I, chap. 53]), dans le [[w:Brutus_(Cicéron)|''Brutus'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/brutus.htm chap. 20]), dans le [[w:De_officiis|''De Officiis'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/officiis1a.htm liv. I, chap. 6]), dans le [[w:Cato_Maior_de_Senectute|''De Senectute'']] (chap. 16 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/senectute.htm <sup>XIV.</sup>]).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Syracuse_JVLC_back|<span id="Syracuse_JVLC"><sup>2</sup></span>]] En revanche, Marcellus, d’après Plutarque <sup>lVdHI. VdM. éd.1853, pp.[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/172|168]]-[[s:Page:Plutarque_-_Vies_des_hommes_illustres,_Charpentier,_1853,_Tome_2.djvu/173|169]]</sup>, avait transporté à ''Rome'' ce qu’il y avait de plus beau à ''Syracuse'' en tableaux et en statues.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Eudoxe_de_Cnide_JVLC_back|<span id="Eudoxe_de_Cnide_JVLC"><sup>3</sup></span>]] Eudoxe, dit de ''Cnide'', mathématicien et astronome, vivant au IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des ''Phénomènes'' qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Aratus_JVLC_back|<span id="Aratus_JVLC"><sup>4</sup></span>]] Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de [[w:Théocrite|Théocrite]] [[#Théocrite|<span id="Théocrite_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des ''Phénomènes'' et ''Pronostics''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn de 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Théocrite_back|<span id="Théocrite"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Θεόκριτος / Theókritos [[wikt:en:Θεόκριτος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif et du nom commun θεός / theós [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|(en)]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe κρίνω / krínō, « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Commander, organiser. 3. S’enquérir, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (voix moyenne, voix passive) Décider d’un concours ; (voix moyenne et voix passive) Se disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Discerner entre le bien et le mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. 11. Sécréter, cacher, dissimuler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival récessif‎ -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">''Poète'', auteur de [[w:Mime|''mimes'']] (imitations comiques du langage ou des gestes), d’[[w:Poésie_pastorale|''idylles pastorales'']] et de [[w:Épopée|''contes épiques'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]]<sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Théocrite#cite_ref-2|''Syracuse'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:250_av._J.-C.|-250]]<sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XVI.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;"> Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par '''Thalès'''.</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello [[#bello|<span id="bello_back"><sup>'''1'''</sup></span>]] illo maximo, quod ''Athenienses'' et [[wikt:Lacedaemon#Latin|''Lacædemonii'']] [[#Lacædemonii|<span id="Lacædemonii_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] summâ inter se contentione gesserunt, [[w:Périclès|'''Pericles''']] ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent [[#sacris_litteris|<span id="sacris_litteris_back"><sup>'''3'''</sup></span>]] repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab [[w:Anaxagore|'''Anaxagora''']], cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud [[#illud|<span id="illud_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo [[#intermenstruo|<span id="intermenstruo_back"><sup>'''5'''</sup></span>]] tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc [[#tunc|<span id="tunc_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod '''Thaletem''' ''milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem [[w:Ennius|'''Ennium''']] fugit, qui [[#qui|<span id="qui_back"><sup>'''7'''</sup></span>]] ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post [[w:Rome_antique|''Romam'']] conditam [[w:Iunius#Calendrier|''non. juniis'']] [[#juniis|<span id="juniis_back"><sup>'''8'''</sup></span>]] « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores [[#superiores|<span id="superiores_back"><sup>'''9'''</sup></span>]] solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ [[w:Quintilis#Calendrier|nonis quinctilibus]] [[#quinctilibus|<span id="quinctilibus_back"><sup>'''10'''</sup></span>]] fuit regnante [[wikt:en:Romulus#Latin|'''Romulo''']] : quibus quidem '''Romulum''' tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em;"> <tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#bello_back|<span id="bello"><sup>1</sup></span>]] Cod. primâ manu ''vello'', secundâ ''bello''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#Lacædemonii_back|<span id="Lacædemonii"><sup>2</sup></span>]] Ita in cod. constanter ''Lacœdemonius'' et ''Lacœdemon'' curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile ''lacœna'', et vocis etymologia, siqua est, ex [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος]] [[#Λακεδαίμων#Grec_ancien|<sup>📚</sup>]]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#sacris_litteris_back|<span id="sacris_litteris"><sup>3</sup></span>]] Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#illud_back|<span id="illud"><sup>4</sup></span>]] Cod. illut pro ''illud''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#intermenstruo_back|<span id="intermenstruo"><sup>5</sup></span>]] ''Intermenstruo'' superadditum est secundâ manu.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#tunc_back|<span id="tunc"><sup>6</sup></span>]] Cod. primâ manu ''tum'', secundâ ''tunc''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#qui_back|<span id="qui"><sup>7</sup></span>]] Ita cod.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#juniis_back|<span id="juniis"><sup>8</sup></span>]] Cod. ''junis'' pro ''juniis''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#superiores_back|<span id="superiores"><sup>9</sup></span>]] Cod. primâ manu ''superioris'', secundâ ''superiores''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify;">'''<small>[[#quinctilibus_back|<span id="quinctilibus"><sup>10</sup></span>]] Cod. primâ manu ''quinctilibus''; mox deleta ''c'', quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.</small>'''</td></tr></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par [[w:Angelo_Mai|'''M. Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''M. Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod ''Athenienses'' et ''Lacedæmonii'' summa inter se contentione gesserunt, '''Pericles''' ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, ''Atheniensiumque'' animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab '''Anaxagora''', cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod '''Thaletem''' ''Milesium'' primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem '''Ennium''' fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post ''Romam'' conditam ?</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">.... ''Nonis Junis'' soli luna obstitit et nox.</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud '''Ennium''' et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ ''Nonis Quintilibus'' fuit regnante '''Romulo''' : quibus quidem '''Romulum''' tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>De Re Publica. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les ''Athéniens'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et les ''Lacédémoniens'' [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux [[w:Périclès|'''Périclès''']] [[#Périclès|<span id="Périclès_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les ''Athéniens'' préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’'''Anaxagore''' [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]]; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que '''Thalès''' de ''Milet'' l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre [[w:Ennius|'''Ennius''']] [[#Ennius|<span id="Ennius_back"><sup>'''VI'''</sup></span>]], qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de ''Rome'', aux [[w:Iunius#Calendrier|''nones de juin'']],</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.</small>'''</div> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’'''Ennius''', et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux [[w:Quintilis#Calendrier|''nones de juillet'']], sous le règne de [[w:Romulus_et_Rémus#Fondation_de_la_ville_de_Rome|'''Romulus''']] [[#Rome_back|<sup>⤴️</sup>]], éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que '''Romulus''', en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n9/mode/2up <u>La République de Cicéron. Tome Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n77/mode/2up <u>De La République. Livre Premier.</u>] [https://archive.org/details/bub_gb_k8xa1ugzycYC/page/n121/mode/2up ''XVI''], d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. [[w:Angelo_Mai|'''Mai''']] ([[w:De_Republica#Le_palimpseste_Vaticanus_Latinus_5757|''Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757'']] ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/abel-francois-villemain?fauteuil=17&election=24-04-1821 '''Villemain'''], de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible [https://archive.org/details/larpubliquedeci00maigoog/page/n141/mode/2up ''ici''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Francois Villemain 1823|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Périclès_back|<span id="Périclès"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs [[wikt:en:Περικλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition [[wikt:περί#Grec_ancien|περί / perí]], « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:κλέος#Grec_ancien|κλέος / kléos]], « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Stratège, orateur, homme d’État et général ''athénien'' très influent durant l’[[w:Siècle_de_Périclès|''Âge d’Or d’Athènes'']] (aussi appelé [[w:Pentécontaétie|''pentécontaétie'']], « période de cinquante ans »), en particulier entre les ''guerres médiques'' [[#Mèdes_back|<sup>⤴️</sup>]] ([[w:-490|-490]] — [[w:-479|-479]]) et la [[w:Guerre_du_Péloponnèse|''guerre du Péloponnèse'']] [[#Péloponnèse|<span id="Péloponnèse_back"><sup>II</sup></span>]] ([[w:-431|-404]] — [[w:-479|-479]]). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’[[w:Acropole_d%27Athènes|''Acropole d’Athènes'']] (cf. Plan d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] et de son ''Acropole'' [[#Acropole|<span id="Acropole_back"><sup>III</sup></span>]]) dont le [[w:Parthénon|''Parthénon'']] [[#Parthénon|<span id="Parthénon_back"><sup>IV</sup></span>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:495_av._J.-C.|-495]], à ''Athènes'' — [[w:429_av._J.-C.|-429]], à ''Athènes'', en succombant à la [[w:Peste_d%27Athènes|''peste d’Athènes'']]) <sup>[[w:Ve_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Péloponnèse_back|<span id="Péloponnèse"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos [[wikt:en:Πελοπόννησος#Ancient_Greek|(en)]], « l’île de Pélops »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops [[wikt:en:Πέλοψ#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Roi de [[w:Pise_(Élide)|''Pise'']], ''cité grecque'' de l’[[w:Élide|''Élide'']], située à l’ouest de la ''péninsule du Péloponnèse'' sur la ''mer Ionienne'' [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] entre la [[w:Messénie|''Messénie'']] et l’[[w:Achaïe|''Achaïe'']]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos [[wikt:en:πελλός#Ancient_Greek|(en)]], « de couleur foncée, sombre »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ὤψ / ṓps [[wikt:en:ὤψ#Ancient_Greek|(en)]], « œil »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun νῆσος / nêsos [[wikt:en:νῆσος#Ancient_Greek|(en)]], « île »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> [[w:Péninsule|''Péninsule'']] du sud de la ''Grèce'' [[Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]], et région la plus méridionale des [[w:Balkans|''Balkans'']]. Elle est reliée à la [[w:Grèce_Centrale_(région_traditionnelle)|''Grèce continentale'']] par le pont terrestre de l’[[w:Isthme_de_Corinthe|''isthme de Corinthe'']], aussi appelé [[w:Mégaride|''Mégaride'']], qui sépare le [[w:Golfe_de_Corinthe|''golfe de Corinthe'']], situé en [[w:Mer_Ionienne|''mer Ionienne'']], et le [[w:Golfe_Saronique|''golfe Saronique'']], situé en [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Acropole_back|<span id="Acropole"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis [[wikt:en:ἀκρόπολις#Ancient_Greek|(en)]], « ville haute »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun πόλις / pólis [[wikt:en:πόλις#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : [[w:Cité-État|''Cité-état'']]. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la ''Grèce antique''. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Parthénon_back|<span id="Parthénon"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn [[wikt:en:Παρθενών#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif παρθένος / parthénos [[wikt:en:παρθένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Trésor_(architecture)|''Trésor grec'']] [[#trésor|<sup>V</sup>]], situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture [[w:Chryséléphantin|''chryséléphantine'']] de la déesse Athéna [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], l’[[w:Athéna_Parthénos|''Athéna Parthénos'']], que les ''Athéniens'' considéraient comme la patronne de leur cité.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="trésor"><sup>V</sup></span> Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós [[wikt:en:θησαυρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »; <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Édifice où l’on dépose des objets de valeur.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Ennius_back|<span id="Ennius"><sup>VI</sup></span>]] ''Poète'', ''dramaturge'', ''écrivain'', ''historien'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Annales|''annaliste'']] de l’époque de la ''République romaine'', dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:-239|-239]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rudiae|''Rudiae'']], dans la région historique de [[w:Apulie|''Apulie'']] de la [[w:Grande-Grèce|''Grande-Grèce'']], actuelle région des [[w:Pouilles|''Pouilles'']] du sud de l’Italie — [[w:-169|-169]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Rome'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA99#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §25 - Ennius (Q. -)}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 15px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les ''Athéniens'' et les ''Lacédémoniens'' avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que '''Périclès''', qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'''Athènes'', voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître '''Anaxagore''', qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. '''Périclès''' décrivit aux ''Athéniens'' tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. '''Thalès''' de ''Milet'' est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre '''Ennius''', puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par '''Ennius''' et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de '''Romulus''', et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de ''Rome'', enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/289|<u>Traité De La République. Livre Premier</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/297|''XVI'']], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n295/mode/2up '''ici'''] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f289 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>VIII.</small>''' — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où ''Athènes'' et ''Lacédémone'' luttèrent avec tant de haine.<br /><p style="text-indent: 15px">'''Périclès''', à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les ''Athéniens'' frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître '''Anaxagore''' pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.<br /><p style="text-indent: 15px">Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et '''Thalès''' de ''Milet'' en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre '''Ennius''' n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de ''Rome'', écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »<br /><p style="text-indent: 15px">Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans '''Ennius''' et les ''Livres des Pontifes'', on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de '''Romulus''', ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f5.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f19.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56958289/f38.item ''VIII''], traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XVI.</small>''' — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises ''Athènes'' et ''Lacédémone'', '''Périclès''' de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les ''Athéniens'' remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite [[#Éclipse_JVLC|<span id="Éclipse_JVLC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]], exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ '''Anaxagore''', son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est '''Thalès''' de ''Milet'' qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète '''Ennuis''' [[#Ennius_JVLC|<span id="Ennius_JVLC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de ''Rome'', aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par '''Ennius''' et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de '''Romulus'''. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.</div></poem> <table cellspacing=10 align=center style="margin: 0 4em;"> <tr> <td style="text-align: justify; margin: 0 4em;">'''<small>[[#Éclipse_JVLC_back|<span id="Éclipse_JVLC"><sup>1</sup></span>]] L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/periclespierron.htm ''Vie de Périclès''], s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).</small>'''</td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; direction: ltr;">'''<small>[[#Ennius_JVLC_back|<span id="Ennius_JVLC"><sup>2</sup></span>]] Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. De La République</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f12.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f22.item ''XIV''], [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f24.item ''XVI''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f210.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_legibus|De Legibus]] [[#De_legibus|<span id="De_legibus_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité sur la ''politique romaine'', écrit en [[w:52_av._J.-C.|-52]], est le complément d’un précédent traité sur les ''institutions romaines'', le [[#De_Re_Publica_⤴%EF%B8%8F|''De Republica'']]. Comme '''Cicéron''' ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages ''philosophiques'' [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]], on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Legibus|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_legibus_back|<span id="De_legibus"><sup>I</sup></span>]] Datif [[w:en:Dative_case#Latin|(en)]] / [[w:Ablatif#En_latin|ablatif]] pluriel du nom commun lex [[wikt:en:lex#Latin|(en)]], « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_legibus#Livre_II|Livre II]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin [[wikt:positum|positum]] « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au [[w:De_legibus#Livre_I|Livre I]], '''Cicéron''' distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', du Tout plein de dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene [[#Dictum_est_a_Pythagora|''dictum est a '''Pythagora''''']], doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod '''Thales''', qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|''Eamdemque rationem luci habent in agris'']]. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio [[w:Lares_(mythologie)|''Larum'']], repudianda est.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.</div></poem> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed [[#Fortium_bonorumque_divinos|''fortium bonorumque divinos'']]. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), [[#Deos_ipsos_in_animis|''deos ipsos in animis'']] suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, [[#Cylonio|'''Cylonio''']] scelere expiato, [[w:Épiménide|'''Epimenide''' ''Crete'']] suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in [[w:Mont_Palatin|''Palatio'']], Febris; et altera [[w:Esquilin|''Esquiliis'']], Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, [[#Vicepotæ_CdR|<span id="Vicepotæ_CdR_back"><sup>1</sup></span>]] [[#Vicepotæ|''Vicepotæ'']] potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina [[#Salutis|''Salutis'']], Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. [[#Fortunaque|''Fortunaque sit vel Hujusce diei'']], nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel [[#Primigenia_CdR|<span id="Primigenia_CdR_back"><sup>2</sup></span>]] Primigenia a gigendo, [[#Comes_CdR|<span id="Comes_CdR_back"><sup>3</sup></span>]] Comes. Tum..... ***</div></poem> <div style="text-align: center; direction: ltr;">''Desunt pauca.''</div> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Vicepotæ_CdR">[[#Vicepotæ_CdR_back|<sup>1</sup>]]</span> ''Vulg. hæc leguntur depravata turpiter'', Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. ''Gôrenz verba illa'' vincendi, potiundi, ''et'' standi, ''ut glossemata'', ''uncis inclusit''. ''Schütz'', ''suo more'', ''omnino delevit'', ''Nos tantum mutavimus'', ''Gronovio et Davisio ducibus'', ''barbarum verbum'' statassandi.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigenia_CdR">[[#Primigenia_CdR_back|<sup>2</sup>]]</span> Primigeniam. ⸺ <span id="Comes_CdR">[[#Comes_CdR_back|<sup>3</sup>]]</span> ''Al. mss.'', comestum. ''Desperatus locus''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>] [https://la.wikisource.org/wiki/De_legibus/Liber_II <sup>📜</sup>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f414.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et '''Thalès''', le plus renommé des [[w:Sept_sages_de_Grèce|sept sages]], a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires [[#Thales_CA_De_Legibus|<span id="Thales_CA_De_Legibus_back"><sup>'''1'''</span>]]. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux [[w:Lares_(mythologie)|''Lares'']] en vue du champ et de la maison.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les [[w:Histoire_d%27Ath%C3%A8nes#Antiquit%C3%A9|''Athéniens'']] en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du [[w:Histoire_de_la_Cr%C3%A8te#P%C3%A9riode_d%C3%A9dalique,_ou_renaissance_cr%C3%A9toise|''Crétois'']] [[w:Épiménide|'''Epiménide''']] [[#Epiménide|<span id="Epiménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant [[w:Cylon|'''Cylon''']] [[#Cylon_CA_De_Legibus|<span id="Cylon_CA_De_Legibus_back"><sup>'''2'''</span>]], ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence [[#temples_CA_De_Legibus|<span id="temples_CA_De_Legibus_back"><sup>'''3'''</span>]]. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le [[w:Mont_Palatin|''mont Palatin'']] se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’[[w:Esquilin|''Esquilin'']] à la Fortune [[#Fortune_CA_De_Legibus|<span id="Fortune_CA_De_Legibus_back"><sup>'''4'''</span>]] mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de ''"vincere"'' et ''"potiri"'' (vaincre et se rendre maître), Stata de ''"stare"'' (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|'''Calatinus''']] a consacré l’[[w:Spes_(déesse)|''Espérance'']] [[#Espérance_CA_De_Legibus|<span id="Espérance_CA_De_Legibus_back"><sup>'''5'''</span>]]. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Fortune de ce jour'']], car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']], c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''Fortune Primigénie'']] [[#Primigénie_CA_De_Legibus|<span id="Primigénie_CA_De_Legibus_back"><sup>'''6'''</span>]] qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em"><small>Lacune de peu d’étendue.</small></div> <table cellspacing=5 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_CA_De_Legibus">[[#Thales_CA_De_Legibus_back|1.]]</span> La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des ''Perses'' qu’avec celle que défend Cicéron.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Cylon_CA_De_Legibus">[[#Cylon_CA_De_Legibus_back|2.]]</span> On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le ''temple de Pallas'', furent massacrés. Une peste désola ensuite ''Athènes'' et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="temples_CA_De_Legibus">[[#temples_CA_De_Legibus_back|3.]]</span> [[w:Zénobios|Zénobius]] [[#Zénobius|<span id="Zénobius_back"><sup>II</sup></span>]] (''Proverbium de Impudentia'') rapporte que d’après [[w:Théophraste|Théophraste]] [[#Théophraste|<span id="Théophraste_back"><sup>IV</sup></span>]], il y avait à ''Athènes'' des autels dressés à la [[wikt:en:ὕβρις#Ancient_Greek|Violence Ὕϐρις]] et à l’[[wikt:en:αναίδεια#Greek|Impudence Ἀναίδεια]].</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Fortune_CA_De_Legibus">[[#Fortune_CA_De_Legibus_back|4.]]</span> La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du [[w:Tibre|Tibre]] et les ''Romains'' lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Espérance_CA_De_Legibus">[[#Espérance_CA_De_Legibus_back|5.]]</span> [[w:Aulus_Atilius_Calatinus|A. Atilius de Calatie]], consul en [[w:258_av._J.-C.|258]] et [[w:254_av._J.-C.|254 avant J.-C.]], dictateur en [[w:249_av._J.-C.|249]], remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Primigénie_CA_De_Legibus">[[#Primigénie_CA_De_Legibus_back|6.]]</span> Le Hasard avait son temple au-delà du ''Tibre'', la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au ''Capitole'' et un autre sur le mont Quirinal.</small>'''</poem></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f4.item <u>Cicéron. Des Lois</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f152.item <u>Livre Deuxième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f163.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6146d/f243.item <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction, notices et notes par [[w:Charles_Appuhn|Charles Appuhn]], GF Flammarion, 1965<br />(également disponible [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_loisII/lecture/3.htm ici])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1965|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Epiménide_back|<span id="Epiménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs [[wikt:en:Ἐπιμενίδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Poète et [[w:Iatromante|''iatromante'']] [[w:Crète|''crétois'']], actif :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Platon|Platon]], à la fin du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] / début du [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm#15 <sup>Les Lois ''l.''I</sup>]; il aurait prédit aux ''athéniens'' les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des ''Perses''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> • Selon [[w:Plutarque|Plutarque]], à la fin du [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm <sup>lVdHI. ''l.''I - VdS. ''c.''XV.</sup>]; il serait venu à ''Athènes'' expier les profanations du massacre des complices du conspirateur [[w:Cylon|Cylon]] par l’archonte [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|Mégaclès]], se serait lié d’amitié avec [[w:Solon|Solon]], l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de [[w:Phaistos |''Phaistos'']] (au sud de la ''Crète'').<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Zénobius_back|<span id="Zénobius"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios [[wikt:en:Ζηνόβιος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ζήν / Zḗn [[wikt:en:Ζήν#Ancient_Greek|(en)]]; forme poétique de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos [[wikt:en:βίος#Ancient_Greek|(en)]], « la vie (souvent avec une connotation positive) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Sophiste'' [[#Sophiste_back|<sup>⤴️</sup>]] grec qui enseignait la rhétorique à ''Rome'' sous l’empereur [[w:Hadrien|Hadrien]] [[#Hadrien|<span id="Hadrien_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] (règne de 117 à 138).<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς.'' »<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. '''Théophraste''' dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''<u>Ἑκατοντάς Δ΄</u>, [[s:el:Επιτομή_εκ_των_Ταρραίου_και_Διδύμου_παροιμιών_συντεθείσα_κατά_στοιχείον/Δ#p4.36|§36]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] première moitié du [[w:IIe_siècle|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>EC</small>|de l’Ère Commune}}]]) [[s:el:Συγγραφέας:Ζηνόβιος|<sup>📚</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hadrien_back|<span id="Hadrien"><sup>III</sup></span>]] En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un ''empereur romain'' lettré, ''poète'' et ''philosophe'' à la réputation pacifique, de la dynastie des [[w:Antonins_(Rome)|Antonins]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(24 janvier [[w:76|76]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Italica_(Espagne)|''Italica'']], près de [[w:Séville|''Séville'']], — 10 juillet [[w:138|138]] <sup>[[w:IIe_siècle|⏳]]</sup>, à [[w:Baïes|''Baïes'']], près de [[w:Naples|''Naples'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Théophraste_back|<span id="Théophraste"><sup>IV</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Θεόφραστος#Ancient_Greek|Θεόφρᾰστος / Theóphrastos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:θεός#Ancient_Greek|θεός / theós]], « divin, dieu, divinité »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + [[wikt:en:φράζω#Ancient_Greek|φράζω / phrázō]], « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival récessif [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|-τος / -tos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">''Philosophe grec'' et élève d’[[w:Aristote|Aristote]], il fut le premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] [[#scholarque|<span id="scholarque_back"><sup>V</sup></span>]] du ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:322_av._J.-C.|-322]] à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-indent: 15px">« ''4. Cette ville d’[[w:Eresós|Eressos]] a vu naître '''Théophraste''' et [[w:Phainias_d%27Érèse|'''Phanias''']], tous deux philosophes [[w:École_péripatéticienne|péripatéticiens]] [[#péripatéticiens|<span id="péripatéticiens_back"><sup>VIII</sup></span>]], tous deux disciples et amis d’ '''Aristote'''. '''Théophraste''' s’était appelé d’abord '''Tyrtamos''', c’est '''Aristote''' qui changea son nom et l’appela '''Théophraste''', dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f9.item <u>Géographie de Strabon</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f11.item <u>Livre XIII</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f77.item <u>Chapitre II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6535174f/f80.item.r=Tyrtamos# ''4.''] (également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/livre132.htm ici]).<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">([[w:371_av._J.-C.|-371]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Eresós|''Eresós'']], sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<span id="Lesbos_back"><sup>VII</sup></span>]], — [[w:288_av._J.-C.|-288]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Athènes'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scholarque_back|<span id="scholarque"><sup>V</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:σχολάρχης#Grec_ancien|σχολάρχης / skholárkhês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:σχολή#Grec_ancien|σχολή / skholế]], « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + de [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|ἄρχω / árkhô]], « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Directeur d’une [[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école de philosophie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lesbos_back|<span id="Lesbos"><sup>VI</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Λέσβος#Ancient_Greek|Λέσβος / Lésbos]]; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt [[w:Hittites|''Hittite'']], car le nom ''Hittite'' d’origine de l’île était [[w:en:Lesbos#Etymology|''Lazpa'']];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Île grecque de la périphérie d’[[w:Égée-Septentrionale|''Égée-Septentrionale'']], située dans le nord-est de la [[w:Mer_Égée|''mer Égée'']] à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de [[w:Lesbianisme|lesbienne]] découle de la poésie antique de [[w:Sappho|Sappho]] [[#Sappho|<span id="Sappho_back"><sup>VII</sup></span>]], qui est née à ''Lesbos''.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sappho_back|<span id="Sappho"><sup>VII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:Σαπφώ#Ancient_Greek|Σαπφώ / Sapphṓ]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des [[w:Neuf_lyriques_grecs|''neuf poète.sse.s lyriques'']] de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments ([https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr01grenuoft/page/10/mode/2up papyrus d’Oxyrhynque n°7] [[w:Papyrus_d%27Oxyrhynque|<sup>📚</sup>]], notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de ''Lesbos'', l’île sur laquelle elle a vécu.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|VII<sup>ème</sup>]] — [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] sur l’île de [[w:Lesbos|''Lesbos'']] [[#Lesbos|<sup>VI</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#péripatéticiens_back|<span id="péripatéticiens"><sup>VIII</sup></span>]] Du grec ancien [[wikt:en:περιπατητικός#Ancient_Greek|περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós]], « qui se promène »;;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ de [[wikt:en:περιπατέω#Ancient_Greek|περῐπᾰτέω / peripatéō]], « se promener »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de [[wikt:en:περί#Ancient_Greek|περῐ / perí]], « autour »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ +‎ [[wikt:en:πατέω#Ancient_Greek|πατέω / patéō]], « marcher »; de [[wikt:en:πάτος#Ancient_Greek|πάτος / pátos]], « chemin »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + le suffixe adjectival [[wikt:en:-τικός#Ancient_Greek|-τῐκός / -tikós]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Courant ''philosophique'' d’Aristote qui enseignait au ''Lycée d’Athènes'' en marchant avec ses élèves :'''<br /><p style="margin: 0 3em; text-align: center">« ''Les [[wikt:sectateur|sectateurs]] d’ '''Aristote''' furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le ''Lycée'' [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]].'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f12.item <u>Œuvres Complètes de Cicéron.] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f14.item Académiques II</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f20.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58176184/f30.image.r=peripateliciens ''IV.''].<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm ici])</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XI.</small>''' Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant '''Pythagore''', que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de '''Thalès''', le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence [[#Dictum_est_a_Pythagora|<span id="Dictum_est_a_Pythagora_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés [[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris|<span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back"><sup>'''2'''</sup></span>]] ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des ''Lares'' ne doit pas être oublié.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px">Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines [[#Fortium_bonorumque_divinos|<span id="Fortium_bonorumque_divinos_back"><sup>'''3'''</span>]]. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux [[#Deos_ipsos_in_animis|<span id="Deos_ipsos_in_animis_back"><sup>'''4'''</sup></span>]]. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à ''Athènes'', lorsque après l’expiation du crime de '''Cylon''' [[#Cylonio|<span id="Cylonio_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], sur le conseil d’ '''Épiménide de Crète''', on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le ''mont Palatin'', à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme ''Vicepota'' [[#Vicepotæ|<span id="Vicepotæ_back">'''<sup>6</sup>'''</span>]] ; l’immutabilité, comme ''Stata'' ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, '''Calatinus''' a eu raison d’élever un temple à l’Espérance [[#Salutis|<span id="Salutis_back">'''<sup>7</sup>'''</span>]]. La fortune aussi peut en avoir, soit la ''Fortune de ce jour'' [[#Fortunaque|<span id="Fortunaque_back">'''<sup>8</sup>'''</span>]] car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la ''Fortune Respiciens'', c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la ''Fortune Primigènie'', qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......</div></poem> <div style="text-align: center; margin: 0 2em 0 2em">''Lacune.''</div> <table cellspacing=30 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Dictum_est_a_Pythagora">[[#Dictum_est_a_Pythagora_back|1.]]</span> — XI. [[w:Pythagore|Pythagore]] disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., ''de Sperst.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/supestition.htm#27 <sup>(169e)</sup>], et ''de Orac. defect.''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/oracles1.htm <sup><nowiki>[7]</nowiki></sup>]); ou, selon la version de [[w:Sénèque|Sénèque]], qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (''Epist. 94''[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/lucilius3.htm#_ftnref116 <sup><nowiki>[116]</nowiki></sup>]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) <sup>ici traduit par ''dieux'', mais aussi par [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales.htm#27 ''esprits''] et [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''âmes'']</sup>. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. ([https://data.bnf.fr/fr/17106914/johann_friedrich_wagner/ ''Wagner.''])<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris">[[#Eamdemque_rationem_luci_habent_in_agris_back|2.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortium_bonorumque_divinos">[[#Fortium_bonorumque_divinos_back|3.]]</span> — {{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du [[w:Conjuration_de_Catilina|''vainqueur de Catilina'']], qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les [[w:Di_indigetes|dieux ''indigètes'']]. (''Nat. des Dieux'', II, 24[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIV.</sup>] ; ''Devoirs'', III, [https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/deofficiis3_fran.htm 5.] ; ''Républi.'', VI, 7[[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/354|<sup>VII.</sup>]] ; Lactance, I, 15[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>CAPUT XV.</sup>], etc.)<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Deos_ipsos_in_animis">[[#Deos_ipsos_in_animis_back|4.]]</span> — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à [[w:Rome_antique|''Rome'']] (''Nat. des Dieux'', II, 23[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]). [[w:Lactance|Lactance]] blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20[http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm#_ftnref82 <sup>CAPUT XX.</sup>]). [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues. </small>'''</td> <td valign=top style="text-align: justify; width: 50%; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylonio">[[#Cylonio_back|5.]]</span> — [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [[w:Cylon|Cylon]], athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des [[w:Érinyes|Euménides]] (Thucydide, I, 126[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#CXXVI <sup>CXXVI.</sup>]). Pour expier ce crime, on fit venir de [[w:Histoire_de_la_Crète#Crète_minoenne_et_mycénienne|''Crète'']] [[w:Épiménide|Épiménide]], dix ans avant la [[w:Guerres_médiques|''guerre Persique'']] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/loislivre1.htm Platon, ''Lois, I''] ; [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/epimenide.htm Diog. L., ''I''], 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi [[w:Tullus_Hostilius|Tullus]] avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (''[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm liv. I], 27'' <sup>XXVII.(7)</sup>). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature3a.htm ''Nat. des D., III''], 25 <sup>XXV.</sup>).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Vicepotæ">[[#Vicepotæ_back|6.]]</span> — XI. On trouve ''Vicepota'' ou ''Vicapota'', dans Tite Live, II, 7, et la déesse ''Stata'', dans Festus. L’origine du titre ''Stator'' est connue ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm Tite Live, ''I'']'', t2'' <sup>XII.</sup> ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 793[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§791-794</sup>]). Il y parle aussi de celui d’Invictus ([[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], v. 650[http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§649-650</sup>]).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Salutis">[[#Salutis_back|7.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} Il y avait à Rome des temples érigés au [[w:Salus|Salut]], sur le [[w:Quirinal|Quirinal]] ([http://remacle.org/bloodwolf/orateurs/atticus4.htm ''ad Att., IV''], I ; Plin., ''H. N.'' XXXV, 4 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre35.htm <sup>VII.</sup>]); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre27.htm <sup>XXV.</sup>]); au Secours (Varr., ''de Ling. lat.'', IV, 10 ; Macr., ''Sat.'' I, 10 [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>X., XII.</sup>]); à la Victoire, à l’[[w:Spes_(déesse)|Espérance]] (''Nat. des D.'', II, 23 [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm <sup>XXIII.</sup>]), etc.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"><span id="Fortunaque">[[#Fortunaque_back|8.]]</span> —{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [[w:en:Fortuna_Huiusce_Diei|''Le temple de la Fortune de ce jour'']] avait été dédié par [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|Q. Catulus]], à l’époque de la [[w:Guerre_des_Cimbres|''guerre des Cimbres'']], en [[w:102_av._J.-C.|651]][[w:Calendrier_romain#Les_années|<sup>📚</sup>]] ; celui de la [[w:en:Temple_of_Fortuna_Respiciens|''Fortune Respiciens'']] était auprès du [[w:en:Temple_of_Jupiter_Victor|''temple de Jupiter vainqueur'']] (Plut., ''Quest. Rom.'')[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/questionsromaines.htm <sup>§74</sup>]. [[w:Servius_Tullius|Servius Tullius]] invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus#Early_career|Carvilius]], pendant la [[w:Troisième_guerre_samnite#L’an_293|guerre de Toscane]] (Tite Live, X, 46 [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XLVI <sup>XLVI.</sup>] ; Ovid., ''Fast.'', VI, V. 773 [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>§§771-784</sup>]). Le [[w:Sanctuaire_de_la_Fortuna_Primigenia|''temple de la Fortune primigénie'']], déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la [[w:Deuxième_guerre_punique|deuxième guerre Punique]] (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre29.htm <sup>XXXVI.</sup>]. L’épithète de ''Comes'', compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième</u>], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f275.item <u>Des Lois</u>], traduction nouvelle, par [[w:Charles_de_Rémusat|Ch. de Rémusat]]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f386.item <u>De Legibus Liber Secundus</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f415.item ''XI.''][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796195p/f472.item '''<small><sup>NOTES</sup></small>'''] Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.<br />(également une édition de 1864 disponible [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/395|'''ici''']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=395 <sup>📚</sup>] et une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f388 '''là'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''M.''' [...]</small> Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de [[#Pythagore_JM_Des_Loix|<span id="Pythagore_JM_Des_Loix_back"><sup>'''1'''</span>]] Pythagore , ''la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin'' ; & que suivant [[#Thales_JM_Des_Loix|<span id="Thales_JM_Des_Loix_back"><sup>'''2'''</span>]] Thales le plus renommé des sept Sages , ''nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux'' ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , [[#certaine_opinion_JM_Des_Loix|<span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix_back"><sup>'''3'''</span>]] ils s’en font une image visible.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Les [[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix|<span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''4'''</span>]] ''Bois Sacrez'' doivent être conservez par la même raison qne les temples.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Le culte [[#culte_JM_Des_Loix|<span id="culte_JM_Des_Loix_back"><sup>'''5'''</span>]] que maîtres & domestiques nous rendons au ''Lares'' à la vûe de nos maisons de campagne & dans les [[#carrefours_JM_Des_Loix|<span id="carrefours_JM_Des_Loix_back"><sup>'''6'''</span>]] carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Pour ce qui est des [[#cérémonies_JM_Des_Loix|<span id="cérémonies_JM_Des_Loix_back"><sup>'''7'''</span>]] ''cérémonies propres à chaque famille'' , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les [[#hommes_JM_Des_Loix|<span id="hommes_JM_Des_Loix_back"><sup>'''8'''</span>]] ''hommes'' que nous avons ''consacrez'' , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> À la bonne heure que ''l’Intelligence'' , ''le Courage'' , ''la Fidélité'' , ''la Religion'' ayent des temples , comme [[#ces_vertus_JM_Des_Loix|<span id="ces_vertus_JM_Des_Loix_back"><sup>'''9'''</span>]] ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. [[#divinitez_JM_Des_Loix|<span id="divinitez_JM_Des_Loix_back"><sup>'''10'''</sup></span>]]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un ''temple à l’Ignominie'' & ''à l’Impudence'' ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié [[#Cylon_JM_Des_Loix|<span id="Cylon_JM_Des_Loix_back"><sup>'''11'''</span>]] le crime de ''Cylon'' : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien [[#autel_JM_Des_Loix|<span id="autel_JM_Des_Loix_back"><sup>'''12'''</span>]] Autel dédié ''à la Fiévre'' sur le mont ''Palatin'' , un autre ''à la mauvaise Fortune'' sur l'''Esquilin'' , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px"> Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens ''de vaincre'' , ''de recueillir les fruits de la victoire'' , [[#déroute_JM_Des_Loix|<span id="déroute_JM_Des_Loix_back"><sup>'''13'''</span>]] ''d’arrêter une déroute'' , tels que sont ceux de ''Stateur'' & ''d’Invaincu'' que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des [[#desirables_JM_Des_Loix|<span id="desirables_JM_Des_Loix_back"><sup>'''14'''</span>]] choses desirables , comme ''le salut'' , ''l’honneur'' , ''le secours'' , & ''la victoire'' , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que ''Calatinus'' ait consacré ''l’Espérance'' , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé ''la Fortune'' , ne fût - ce que ''de ce jour'' , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre ''la fortune secourable'' , à celui -ci ''le hasard'' qui préside aux événemens imprévus , à celui là la ''fortune primitive'' qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Pythagore_JM_Des_Loix">[[#Pythagore_JM_Des_Loix_back|1. ''Pythagore'' ]]]</span> Chef de la [[s:L’Encyclopédie/1re_édition/ITALIQUE|secte dite ''Italique'']] , étoit de [[w:Samos|''Samos'']] , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à [[w:Crotone|''Crotone'']] , [[w:Métaponte|''Métapont'']] , & [[w:Tarente|''Tarente'']]. Il excella particulièrement dans les [[w:Mathématiques_de_la_Grèce_antique|Mathématiques]] , & fut le premier des Philosophes qui soutint [[w:Âme#cite_ref-52|l’immortalité de l’ame]]. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Thales_JM_Des_Loix">[[#Thales_JM_Des_Loix_back|2. ''Thales'' ]]]</span> le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la [[w:L’Encyclopédie/1re_édition/IONIQUE|secte ''Ionienne'']] , ainsi nommée à cause de ''Milet'' en ''Ionie'' sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="certaine_opinion_JM_Des_Loix">[[#certaine_opinion_JM_Des_Loix_back|3. ''Ils s’en font une image visible.'' ]]]</span> L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Bois_Sacrez_JM_Des_Loix">[[#Bois_Sacrez_JM_Des_Loix_back|4. ''Bois Sacrez.'' ]]]</span> Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de [[w:Judée#Nom|Juda]] eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="culte_JM_Des_Loix">[[#culte_JM_Des_Loix_back|5. ''Culte que nous rendons aux Lares.'' ]]]</span> Les fêtes à l’honneur des ''Lares'' étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient ''Compitales'' du mot latin qui signifie ''carrefour'' , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans ''Pline l.''36. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/plineancien/livre36.htm <sup>''c.''LXX</sup>] ''c''. 27. ''Macrob. c.'' 7. ''Sat. l.'' I. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>fin Chap. VII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="carrefours_JM_Des_Loix">[[#carrefours_JM_Des_Loix_back|6. ''Carrefours.'' ]]]</span> Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="cérémonies_JM_Des_Loix">[[#cérémonies_JM_Des_Loix_back|7. ''Cérémonies propres à chaque famille.'' ]]]</span> Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles ''Claudia'' , ''Emilia'' , ''Julia'' , ''Cornelia'' , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. ''Macrob.'' I. ''Sat. c.'' 16. [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/macrobe/saturnales1.htm <sup>§2 Chap. XVI.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="hommes_JM_Des_Loix">[[#hommes_JM_Des_Loix_back|8. ''Hommes consacrez.'' ]]]</span> Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des ''Vertus divinisées'' , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit ''Indigetes''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="ces_vertus_JM_Des_Loix">[[#ces_vertus_JM_Des_Loix_back|9. ''Temples des Vertus.'' ]]]</span> Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; ''l’Esprit'' dans le Capitole , consacré par [[w:en:Titus_Otacilius_Crassus_(praetor_217_BC)|'''T. Otacilius''']] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/XXII.html <sup><nowiki>[22,10] §2 (10)</nowiki></sup>] ; la ''Piété'' par [[w:Manius_Acilius_Glabrio_(consul_en_-154)|'''M. Acilius Glabrio''']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre40.htm <sup>''c.''<nowiki>[34] §[5]</nowiki></sup>] ; la ''Valeur'' par [[w:Scipion_Émilien|'''Scipion le Numantin''']] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10022291w/f22.item <sup>fin de page, « hardiesse »</sup>] ; [[w:en:Temple_of_Honor_and_Virtue|la ''Vertu'' & l'''Honneur'']] par [[w:Marcus_Claudius_Marcellus_(consul_en_-222)|Marcellus]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marcellus.htm <sup><nowiki>Plut. VdHI. [28] XXXVIII.</nowiki></sup>] ; & la [[w:Fides_(mythologie)|''Fidélité'']] par [[w:Numa_Pompilius|Numa]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''I. ''c.''XXI. (4)</sup>]. [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature2.htm ''Cic.'' 2. ''de nat. Deor.'' <sup>XXIII.</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="divinitez_JM_Des_Loix">[[#divinitez_JM_Des_Loix_back|10. ''Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable.'' ]]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnébe]] croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par [[w:Lactance|Lactance]] , [http://remacle.org/bloodwolf/eglise/lactance/instit1.htm <sup>ID.</sup> ''l.''I. ''c.''20. <sup>§9</sup>] » Cicéron , dit-il ,<br />» nous apprend que la Gréce fit une<br />» entreprise bien grande & bien ha-<br />» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-<br />» présentations de Cupidons & d’A-<br />» mours dans ses lieux d’éxercice. Il<br />» flatte Atticus , mais en le flattant il<br />» se moque de lui ; car il ajoûte que<br />» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-<br />» tion pour les Vertus , il ne convient<br />» nullement de respecter les vices.<br />Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="Cylon_JM_Des_Loix">[[#Cylon_JM_Des_Loix_back|11. ''Le crime de Cylon.'' ]]]</span> ''Cylon'' voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant [[w:Mégaclès_(archonte_en_632_av._J.-C.)|''Mégacles'']] leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide ''Mégacles'' & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe [[w:Épiménide|''Epimenides'']] , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. [[w:Thucydide|''Thucidid.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/thucydide/livre1.htm#99 <sup>HdlGdP.</sup> ''l.''I. <sup>''c.''CXXVI.</sup>] ''Herod.'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/terpsichore.htm#57 ''l.''5. <sup>''c.''LXXI.</sup>] [[w:Plutarque|''Plutarq.'']] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/solon.htm ''Vie de Solon'' <sup><nowiki>[12] XIV.</nowiki></sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="autel_JM_Des_Loix">[[#autel_JM_Des_Loix_back|12. ''Autel dédié à la Fiévre.'' ]]]</span> Selon [[w:Valère_Maxime|Val. Maxime]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre2.htm <sup>A&PM. ''l.''2. ''c.''V. §6.</sup>] , la [[w:en:Febris|Fiévre]] avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="déroute_JM_Des_Loix">[[#déroute_JM_Des_Loix_back|13. ''D’arrêter une déroute.'' ]]]</span> ''Statassandi'' est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit [[w:Adrien_Turnèbe|''Turnebe'']] , un ''Oedipe'' pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de ''Stare faciendi'' , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les [[w:Sabins|Sabins]] déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. [[w:Marcus_Atilius_Regulus_(consul_en_-267)|''M. Attilius Regulus'']] fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre10.htm#XXXVI <sup>T-L. AUC. ''l.''X. ''c.''XXXVI.</sup>]. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'''invaincu'' [[w:Temple_de_Jupiter_Stator#Histoire|<sup>📚</sup>]]. [[w:Ovide|Ovid.]] [[w:Fastes|Fast.]] [http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fast/FVI.html <sup>''l.''6. §§791-794</sup>]</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small><span id="desirables_JM_Des_Loix">[[#desirables_JM_Des_Loix_back|14. ''Choses desirables.'' ]]]</span> Le ''Salut'' , l’Honneur , le ''Secours'' , la ''Victoire'' , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ''ces choses desirables'' qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. [[w:Ancus_Marcius|''Ancus Martius'']] quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de ''la Fortune virile'' [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/fortuneromains1.htm <sup><nowiki>Plut. dlFdR. §[5]</nowiki></sup>]. [[w:Servius_Tullius|''Serv. Tullius'']] suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de ''primigénie'' ou de ''primitive'' , comme je l’ai traduit , à laquelle [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus|''P. Sempronius'']] Consul en voua aussi un pendant [[w:Deuxième_guerre_punique|la deuxième Guerre Punique]] [[w:Publius_Sempronius_Tuditanus#cite_ref-4|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre34.htm <sup>T-L. AUC. ''l.''XXXIV. ''c.''LIII. §<nowiki>[5]</nowiki></sup>]. [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|''Q. Catulus'']] pendant [[w:Guerre_des_Cimbres|la guerre]] contre les [[w:Cimbres|Cimbres]] voua [[w:Largo_di_Torre_Argentina#Temple_B|un Temple ''à la Fortune de ce jour'']] [[w:en:Temple_of_Fortuna_Primigenia|<sup>📚</sup>]] [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/marius.htm <sup>Plut. lVdM. ''c.''27.</sup>]. Le Temple de ''la Fortune secourable'' étoit auprès de celui de ''Jupiter vainqueur'' ; & celui de ''la Fortune du hazard'' , fondé anciennement par ''Serv. Tullius'' sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par [[w:en:Spurius_Carvilius_Maximus|''Carvilius'']] pendant [[w:Troisième_guerre_samnite|la guerre de Toscane]]. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes ''obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux''. [[w:Johann_Roszfeld|''Rosin'']] [https://books.google.fr/books?id=ZyQVAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PA161#v=onepage&q&f=true <sup>ARCA.</sup> ''l.''2. ''c.''16.]</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Traité Des Lois, de Cicéron.</u>], traduit par Monsieur [[w:Jacques_Morabin|Morabin]]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA123#v=onepage&q&f=true <u>Livre Second</u>]. [https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA177#v=onepage&q&f=true ''pp.177-183.''][https://books.google.fr/books?id=WYtfAAAAcAAJ&hl=fr&pg=RA1-PA71#v=onepage&q&f=true '''<small><sup>NOTES</sup></b></small>''']. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_divinatione|De Divinatione]] [[#De_divinatione|<span id="De_divinatione_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:la:De_divinatione|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Dialogue philosophique de '''Cicéron''', publié en [[w:44_av._J.-C.|-44]] qui traite des divers procédés de [[w:Divination|divination]] connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec [[w:De_natura_deorum|''De natura deorum'']] et [[w:De_fato|''De fato'']] une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. '''Cicéron''' y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme|<span id="Stoïcisme_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] qui la défendent.</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Divinatione|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_divinatione_back|<span id="De_divinatione"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun divinatio [[wikt:en:divinatio#Latin|(en)]], « divination, prophétie »; du verbe divino [[wikt:en:divino#Latin|(en)]], « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus [[wikt:en:divinus#Latin|(en)]], « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus [[wikt:en:divus#Latin|(en)]], « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Stoïcisme_back|<span id="Stoïcisme"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre ''(ποικίλη)'' στοά / ''(poikílē)'' stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’[[w:Agora_d%27Athènes|''agora d’Athènes'']] »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ ''(de l’adjectif [[w:ποικίλος#Grec_ancien|ποικίλος / poikílos]], « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)''<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun [[wikt:στοά#Grec_ancien|στοᾱ́ / stoā́]] [[wikt:en:στοά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la [[w:Stoa_du_roi|''Stoa Basileios'']] [[w:en:Stoa_Basileios|(en)]] et la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikile'']] dans l’ancienne [[w:Agora|''Agora'']] d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la [[w:Stoa_d%27Attale|''Stoa d’Attalos'']] dans l’ancienne ''Agora'' d’Athènes). 4. Cour royale. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">École de [[w:Philosophie_hellénistique|''philosophie hellénistique'']] fondée par [[w:Zénon_de_Kition|Zénon]] [[#Zénon_de_Kitton|<span id="Zénon_de_Kitton_back"><sup>III</sup></span>]] de [[w:Kition|''Kition'']] à la fin du [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], et nommée ainsi car enseignée sous la [[w:Stoa_Poikilè|''Stoa Poikilè'']] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1020#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Stoa Poikilè}}].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Zénon_de_Kitton_back|<span id="Zénon_de_Kitton"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn [[wikt:en:Ζήνων#Ancient_Greek|(en)]]; dérivé de Ζεύς / Zeús [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''grec'' d’origine ''phénicienne'' [[#phénicienne_back|<sup>⤴️</sup>]], fondateur en [[w:301_av._J.-C.|-301]] du ''stoïcisme'', l’école du ''Portique'' [[#Stoïcisme|<sup>II</sup>]]. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:334_av._J.-C.|-334]]/[[w:333_av._J.-C.|-333]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Kition|''Kition'']], Cité de la côte sud-est de l’[[w:Chypre_(île)|''île de Chypre'']] (« Κῠ́προς / Kúpros » [[wikt:en:Κύπρος#Ancient_Greek|(en)]]) — [[w:262_av._J.-C.|-262]]/[[w:261_av._J.-C.|-261]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA364#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII, §20 - Zénon de Citium}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== [[w:De_divinatione#Livre_I|Livre I]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Le frère cadet de Cicéron, [[w:Quintus_Tullius_Cicero|'''Quintus Tullius Cicero''']] [[#Quintus_Tullius_Cicero|<span id="Quintus_Tullius_Cicero_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Platon|'''Platon''']], qui distingue la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « artificielle »]], faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la [[w:Divination#Divination_naturelle/artificielle|divination « inspirée » dite aussi « naturelle »]] selon la terminologie introduite par '''Cicéron'''. '''Quintus''' s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Quintus_Tullius_Cicero_back|<span id="Quintus_Tullius_Cicero"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Quintus#Latin|Quintus]]; de l’adjectif numéral [[wikt:quintus#Latin|quintus]], « cinquième »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ de [[wikt:quinque#Latin|quinque]], « cinq »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus [[wikt:en:-tus#Etymology_1|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Tullius#Latin|Tullius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Cicero#Latin|Cicero]][[#Cicéron_back|<sup>⤴️</sup>]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le [[w:Cursus_honorum|''cursus honorum'']] jusqu’à la charge de [[w:Préteur|''préteur'']], il est [[w:Propréteur|''propréteur'']] en ''Asie'' puis participe à la [[w:Guerre_des_Gaules|''Guerre des Gaules'']] en tant que [[w:Légat_de_légion|''légat de légion'']] servant sous [[w:Jules_César|Jules César]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:102_av._J.-C.|-102]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Arpino|''Arpinum'']], [[w:Citoyenneté_romaine|''cité romaine'']] de [[w:Latium#Antiquité|''Latium'']] — [[w:43_av._J.-C.|-43]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, assassiné, avec son fils, par la [[w:Proscription_de_43_av._J.-C.|''proscription'']] du [[w:Second triumvirat|''second triumvirat'']]) [[s:Auteur:Quintus_Tullius_Cicero|<sup>📚</sup>]]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XLIX.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Récits de la spéculation de '''Thalès''' sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de ''Milet'' avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’'''Astyage''' [[w:en:Astyages|(en)]] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Textes latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne [[w:Épicure|'''Epicuro''']] [[w:Carnéade|'''Carneadiue''']] respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de [[w:Solon|'''Atheniensi Solone''']] accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam '''Milesium Thalem''', qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae [[w:Astyage|'''Astyage''']] regnante facta est, praedixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne '''Epicuro Carneadive''' respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de '''Atheniensi Solone''' accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam '''Milesium Thalem''', qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro ''Milesio'' coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, '''Astyage''' regnante, facta est, prædixisse fertur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>] [[s:la:De_divinatione/Liber_I#XLIX|<sup>📜</sup>]], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid;"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px">'''<small>XLIX.</small>''' Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure|<span id="Épicure_back"><sup>'''I'''</sup>]] ou à [[w:Carnéade|'''Carnéade''']] [[#Carnéade|<span id="Carnéade_back"><sup>'''II'''</sup>]] en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]], d’après ce que nous savons, a vu par avance la [[w:Tyran|''tyrannie'']] se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que '''Thalès''' de ''Milet'' qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire ''milésien''. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même '''Thalès''' qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’[[w:Astyage|'''Astyage''']] [[#Astyage_back|<sup>⤴️</sup>]].</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/default.htm <u>De Divinatione. Liber Primus</u>]. [http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin01/lecture/5.htm ''XLIX''], avec la traduction nouvelle de [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], Classiques Garnier, 1936</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Charles Appuhn de 1936|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Épicure_back|<span id="Épicure"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros [[wikt:en:Ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]]; de ἐπίκουρος / epíkouros [[wikt:en:ἐπίκουρος#Ancient_Greek|(en)]], « aider, assister »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, fondateur de l’[[w:Philosophie_en_Grèce_antique|''école philosophique'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin_back|<sup>⤵️</sup>]] et du courant de pensée [[w:Épicurisme|''épicuriste'']]. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]], tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:342_av._J.-C.|-342]]/[[w:341_av._J.-C.|-341]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Samos|''Samos'']] ou à [[w:Athènes|''Athènes'']] — [[w:271_av._J.-C.|-271]]/[[w:270_av._J.-C.|-270]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à ''Athènes'') [https://books.google.fr/books?id=DrvWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA5&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA154#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume III, §36 - Épicure de Samos}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Carnéade_back|<span id="Carnéade"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs [[wikt:en:Καρνεάδης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe de la [[w:Nouvelle_Académie|Nouvelle Académie]], [[w:Probabilisme_gnoséologique|''probabiliste'']] de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième [[w:Scholarque|''scholarque'']] de l’[[w:Académie_de_Platon|Académie]] en [[w:186_av._J.-C.|-186]] ou en [[w:160_av._J.-C.|-160]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:214_av._J.-C.|-214]]/[[w:213_av._J.-C.|-213]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Cyrène|''Cyrène'']] — [[w:129_av._J.-C.|-129]]/[[w:128_av._J.-C.|-128]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Athènes|''Athènes'']]) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA224#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §42 - Carnéade de Cyrène}}]</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à '''Épicure''' et à '''Carnéade''' ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison [[#raison_NdT_J-V_L|<span id="raison_NdT_J-V_L_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme '''Solon''', la naissance de la tyrannie [[#tyrannie_NdT_J-V_L|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe '''Thalès''', qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de ''Milet'', et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs [[#oliviers_NdT_J-V_L|<span id="oliviers_NdT_J-V_L_back"><sup>'''3'''</sup>]]. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous '''Astyage'''. [[#Astyage_NdT_J-V_L|<span id="Astyage_NdT_J-V_L_back"><sup>'''4'''</sup>]]</div> <div style="text-align: center; margin: 0 1em;">'''<small>[[#raison_NdT_J-V_L_back|<span id="raison_NdT_J-V_L"><sup>1</sup></span>]] ''Voy.'' [[w:Maxime_de_Tyr|Maxime de Tyr]], ''Dissertat.'' XIX, c. 5, saint Augustin, ''de Divin. dæmon.'', c. 4, etc. ''Davies.''—— [[#tyrannie_NdT_J-V_L_back|<span id="tyrannie_NdT_J-V_L"><sup>2</sup></span>]] Celle de [[w:Pisistrate|Pisistrate]].—— [[#oliviers_NdT_J-V_L_back|<span id="oliviers_NdT_J-V_L"><sup>3</sup></span>]] ''Voy.'' la ''Politique'' d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— [[#Astyage_NdT_J-V_L_back|<span id="Astyage_NdT_J-V_L"><sup>4</sup></span>]] Hérodote, I, 74, 103, etc.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f7.item <u>Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f9.item <u>De Divinatione.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f29.item <u>Livre Premier</u>]. [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f135.item ''XLIX''], publiées en français, avec le texte en regard, par [[w:Joseph-Victor_Leclerc|Jos.-Vict. Le Clerc]], professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-indent: 18px; text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XLIX.</small>''' Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à '''Épicure''' et '''Carnéade''' ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien '''Solon''', la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à '''Thales''' de ''Milet'' qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de ''Milet'' avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ '''Astyage'''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[[s:Livre:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu|<u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième</u>]]. [[s:Page:Cicéron_-_Œuvres_complètes_Nisard_1864_tome_4.djvu/192|<u>De Divinatione. Liber Primus</u>]]. [[s:Page:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu/219|''XLIX'']] [https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Fichier:Cic%C3%A9ron_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Nisard_1864_tome_4.djvu&page=219 <sup>📚</sup>], avec la traduction en français publiées sous la direction de [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 '''M. Nisard'''] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n217/mode/2up '''ici'''], une édition de 1868 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f212 '''là'''] ainsi qu’une autre publication de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9795804z/f134.item '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:De_natura_deorum|De Natura Deorum]] [[#De_natura_deorum|<span id="De_natura_deorum_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <p style="text-align: left;">[[s:De_la_Nature_des_Dieux/Table|📚]] <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Traité philosophique, écrit en [[w:45_av._J.-C.|-45]] et dédié à [[w:Marcus_Junius_Brutus|'''Brutus''']] [[#Brutus|<span id="Brutus_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], un ami de '''Cicéron''', qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à ''Rome'' : le [[w:Stoïcisme|''stoïcisme'']], l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] et l’[[w:Nouvelle_Académie|''académisme sceptique'']], en trois livres.</div> <span id="Jules_César_back"></span>{{Boîte déroulante/début|titre=NdA De Natura Deorum|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#De_natura_deorum_back|<span id="De_natura_deorum"><sup>I</sup></span>]] [[w:Ablatif#En_latin|Ablatif]] singulier du nom commun [[wikt:natura#Latin|natura]] + [[w:Génitif#En_latin|géntif]] pluriel du nom commun [[wikt:deus#Latin|deus]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Brutus_back|<span id="Brutus"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif latin brūtus [[wikt:en:brutus#Latin|(en)]], « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’[[w:Osque|''osque'']];<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;"> [[w:Sénat_de_la_République_romaine|Sénateur romain]], juriste et philosophe de la fin de la [[w:République_romaine|République romaine]], fils de [[w:Servilia_Caepionis|Servilia]], la maîtresse de [[w:Jules_César|Jules César]] [[#Jules_César|<sup>III</sup>]], et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le [[w:Assassinat_de_Jules_César|poignardant le 15 mars -44]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:85_av._J.-C.|-85]], à [[w:Rome|''Rome'']] — [[w:42_av._J.-C.|23 octobre 42]], mort par suicide à la suite de sa défaite contre [[w:Marc_Antoine|Marc Antoine]], poursuivi pour l’assassinat de son frère, [[w:Caius_Antonius|Caius Antonius]] (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à [[w:Philippes|''Philippes'']]) [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"><span id="Jules_César"><sup>III</sup></span>[[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin {{Info|Caius|praenomen, nom individuel du citoyen romain}} {{Info|Julius|nomen, nom de famille}} {{Info|Caesar|cognomen, surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}};<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 2em;">Général, homme d’État et écrivain ''romain''</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== <span id="Cic_de_Nat_Deor_LibI">Livre I</span> [[w:en:De_Natura_Deorum#Book_1|(en)]] ==== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">'''Cicéron''' est invité chez [[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] [[#Cotta|<span id="Cotta_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], un [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']] <sup>[[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''XXII.]</sup>, où il retrouve '''C. Velléius''', un ''épicurien'', et '''Q. Lucilius Balbus''' [[w:en:Quintus_Lucilius_Balbus|(en)]], un partisan des [[w:Stoïcisme|''stoïciens'']] [[#Stoïcisme_back|<sup>⤴️</sup>]] <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VI.]</sup>. '''Cotta''' lui-même est un [[w:Nouvelle_Académie|''académicien sceptique'']], et il informe '''Cicéron''' qu’ils discouraient sur la nature des dieux. <sup>{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}} [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm ''c.''VII.]</sup> Velleius avait exposé les sentiments d’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie ''platonicienne'' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] et ''stoïcienne'' ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie ''épicurienne''. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée ''épicurienne'' de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, '''Cotta''' attaque les positions de '''Velleius''' en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Cotta_back|<span id="Cotta"><sup>I</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] latin : <br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] Caius [[wikt:en:Caius#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[w:Aurelii|Aurelius]] [[wikt:en:Aurelius#Latin|(en)]]; du nom commun aurum [[wikt:en:aurum#Latin|(en)]], « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">• Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] Cotta [[wikt:en:Cotta#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[w:Consul_(Rome_antique)|Consul]], orateur, [[w:Pontife#Dans_la_religion_romaine|''pontife'']], et académicien sceptique, oncle de [[w:Jules_César|Jules César]] par la mère de celui-ci, sa sœur, [[w:Aurelia_Cotta|Aurelia]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:124_av._J.-C.|-124]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de naissance indéterminé'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:74_av._J.-C.|-74]]/[[w:73_av._J.-C.|-73]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], ''lieu de décès indéterminé'')</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre X.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage par '''C. Velléius''' d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem '''Plato'''. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, '''Lucili''' : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. '''Thales''' enim ''Milesius'', qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? '''Anaximandri''' autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst '''Anaximenes''', aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n161/mode/2up ''X.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA26#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant '''Platon''' [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est la plus belle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Telles sont en gros, '''Lucilius''', les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> L’opinion d’[[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre|<span id="Anaximandre_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène|<span id="Anaximène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''X.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximandre_back|<span id="Anaximandre"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros [[wikt:en:Ἀναξίμανδρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā [[wikt:en:μάνδρα#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) [[w:Joaillerie#Sertissage|''serti'']] d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] ''présocratique'' [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]]. Selon Mathilde Brémond [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup>🔍</sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}], Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :<br />• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’[[w:Apeiron|''Apeiron'']] ([[wikt:ἄπειρος#Grec_ancien|ἀπειρον / ápeiron]]) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet ''Apeiron'' est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’''Apeiron'' en périssant.<br />• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :<br />• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,<br />• Une sphère représentant les astres<br />• La première carte du monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:610_av._J.-C.|-610]]/[[w:609_av._J.-C.|-609]] <sup>[[w:VIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:547_av._J.-C.|-547]]/[[w:546_av._J.-C.|-546]] <sup>[[w:VIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA192#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §165 - Anaximandre de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA759#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §170 - Anaximandre}}] [https://odysseum.eduscol.education.fr/anaximandre-philosophe-grec-pre-socratique-et-astronome {{Info|<sup><small>ODYSSEUM</small></sup>|Anaximandre, philosophe grec pré-socratique et astronome, article de l’Odysseum, site des ressources des langues, cultures et civilisations de l’Antiquité du Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Anaximène_back|<span id="Anaximène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs [[wikt:en:Ἀναξιμένης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax [[wikt:en:ἄναξ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du nom commun μένος / ménos [[wikt:en:μένος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Suffix_2|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''présocratique'', considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre [[#Anaximandre|<sup>I</sup>]], et le maître d’Anaxagore [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Diogène_d'Apollonie|Diogène d’Apollonie]] [[#Diogène_d'Apollonie|<span id="Diogène_d'Apollonie_back"><sup>III</sup></span>]]. Aristote rapporte que Anaximène considère : <br />• L’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Diogène) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>], <br />• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤵️</sup>]]) [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ciel2.htm <sup>Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11</sup>], <br />• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/meteorologie2.htm#76 <sup>Météorologie, liv. II, chap.VII, §6</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Milet'') [https://books.google.fr/books?id=crnWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP1&dq=Richard%20Goulet%20dictionnaire%20des%20auteurs%20antiques&hl=fr&pg=PA195#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume I, §168 - Anaximène de Milet}}] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA761#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §168 - Anaximène}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Diogène_d'Apollonie_back|<span id="Diogène_d'Apollonie"><sup>III</sup></span>]] Du [[w:Nom_théophore|''nom théophore'']] grec ancien Δῐογένης / Diogénēs [[wikt:en:Διογένης#Ancient_Greek|(en)]]; de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs [[wikt:en:διογενής#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « né de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Διός / Diós, [[w:Génitif|''génitif'']] singulier de Ζεύς / Zeús [[wikt:en:Ζεύς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ +‎ du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe considéré comme le dernier ''présocratique'' (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote : <br />• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/animaux3.htm#II <sup>Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11</sup>];<br />• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/respiration.htm <sup>Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5</sup>];<br />• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/corruption1.htm#63 <sup>De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3</sup>];<br />• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « [[w:Arkhè|''arkhè'']] » (de même pour Anaximène [[#Anaximène|<sup>II</sup>]]) [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/metaphysique1pierron.htm <sup>Métaphysique, liv.I, chap.III, §6</sup>] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/ame1.htm#215 <sup>Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], localisation de l’[[w:Apollonie|Apollonie]] indéterminée) [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA801#v=onepage&q&f=true {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §139 - Diogène d’Apollonie}}] [https://encyclo-philo.fr/les-presocratiques-a {{Info|<sup><small>ENCYCLO-PHILO</small></sup>|Brémond, Mathilde (2019), «Les Présocratiques (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), service gratuit créé dans le but de favoriser la réflexion personnelle et collective.}}]</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>X.</small>''' Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que '''Platon''' considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent [[#monde_divin_Platon_NdT_Matter|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telles sont vos opinions, cher '''Balbus'''; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord '''Thalès''', le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance [[#mens_force_NdT_Matter|<span id="mens_force_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi '''Thalès''' l’a-t-il jointe à l’eau ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Après ce philosophe, '''Anaximène''' enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable [[#Anaximène_NdT_Matter|<span id="Anaximène_NdT_Matter_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]].</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#monde_divin_Platon_NdT_Matter_back|<span id="monde_divin_Platon_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent''. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de ''divin'', il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#mens_force_NdT_Matter_back|<span id="mens_force_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Dieu est cette puissance.'' Le texte porte ''mens'' ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de ''force'', de ''cause motrice'', qu’il faut prendre ce terme. ''Voyez'' [[w:Friedrich_Gedike|G<small>EDICKE</small>]], ''Hist. philosoph. Ciceron.'', p. 40; cf. ''Æneidos'' lib. VI, v.727.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Anaximène_NdT_Matter_back|<span id="Anaximène_NdT_Matter"><sup>3</sup></span>]] ''Tout ce qui naît est périssable.'' Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que ''l’air avait toujours été''.</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA27#v=onepage&q&f=true ''X.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA129#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu [[#épicurien_NdT_P-J_TdO|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant '''Platon''', est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Voilà, '''Balbus''', les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Thalès''' de ''Milet'', le premier qui ait examiné ces questions, a dit [[#Thalès_NdT_P-J_TdO|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout [[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximandre''' croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> '''Anaximène''' prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#épicurien_NdT_P-J_TdO_back|<span id="épicurien_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un ''Epicurien'' comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Thalès_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Thalès_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de [[#Remarques_NdT_P-J_TdO|<span id="Remarques_NdT_P-J_TdO_back">''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''</span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Deus_autem_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Deus_autem_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Il y a dans le Texte, ''Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret.'' Sur quoi Gassendi, ''Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2.'' fait cette remarque : ''Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Plutarque_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] Plutarque, ''De plac. Philos, lib. I, cap. 3'', où il ne fait que copier Aristote, ''Metaphys. lib. I, cap. 3'', dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» mence est le principe de tous les ani-<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» maux, laquelle semence est humide, ainsi<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» est-il vrai-semblable que toutes autres<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» choses aussi ont leur principe d’humidité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» Secondement, que toutes sortes de plantes<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» sont nourries d’humeur, et fructifient par<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» humeur, et quand elles en ont faute, elles<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» se dessèchent. Troisièmement, que le feu<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» du Soleil même et des astres se nourrit<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» et entretient des vapeurs procédantes des<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» eaux, et par conséquent aussi tout le<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">» monde. ''Traduct. d’Amyot.''</small>''' </td> </tr> </table> <div id="Remarques_NdT_P-J_TdO">{{Boîte déroulante/début|titre=''Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs''|alignT=center|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>'' '''Thalès''' de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quand on dit que '''Thalès''' fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. '''Arisrote''' (''Lib. I. Metaphys. cap. 3.'') prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’ '''Homère''' [[#Homère_back|<sup>⤴️</sup>]], qui paroît y avoir beaucoup de rapport.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Quoi qu’il en soit, l’opinion de '''Thalès''', ainsi que '''Cicéron''' l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, ''Que l’eau est le principe de toutes choses.'' L’autre, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?''<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (''De Iside et Osiride.'') qu’ '''Homère''' et '''Thalès''' avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que '''Plutarque''' [[#Plutarque_NdT_P-J_TdO|<span id="Plutarque_NdT_P-J_TdO_back"><sup>4</sup></span>]] a copiées d’ '''Aristote'''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Pour la seconde proposition, ''Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau'', tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que '''Thalès''' l’ait enseignée.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle ''Thalès'', Remarque C ; et à l’article ''Anaxagoras'', remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que '''Thalès''' fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de '''Thalès''', '''Cicéron''' étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner '''Cicéron''' de se tromper, lorsqu’il dit que '''Thalès''' reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> '''Aristote''' (''De Anima, lib. I, cap. 5.'') nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à '''Thalès''', que tout étoit plein de Dieux. '''Plutarque''' (''De plac. Philos. lib. I, cap. 7.'') nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant '''Thalès'''. On voit dans l’Historien des Philosophes, que '''Thalès''' croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde ''animé'' : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de '''Cicéron''', si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que '''Thalès''' eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que '''Cicéron''' s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ '''Anaxagore''' fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. '''Thalès''', selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais '''Anaxagore''' l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par '''Thalès''', et la seconde par '''Anaxagore''', '''Cicéron''' a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Il ne reste plus qu’à développer la dernière (''Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ?'' De nat. Deor. I, 10.) phrase de '''Cicéron''', qui contient la réfutation de '''Thalès'''. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de '''Velléius'''. Il prétend, que '''Thalès''' a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme '''Epicure''' l’a cru des atômes, ''si Dii possunt esse sine sensu et mente'' : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme '''Anaxagore''' le croyoit, ''si ipsa mens constare potest vacans corpore''.<br /><p style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.</small> {{Boîte déroulante/fin}}</div> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n59/mode/2up ''X.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n215/mode/2up <sup><small>REMARQUES</small></sup>], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f88.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n93/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div><br /> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">[[w:Caius_Aurelius_Cotta_(consul_en_-75)|'''Cotta''']] reprend ici l’argument de '''C. Velléius''', selon lequel '''Thalès''' de ''Milet'' semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse ''Romano'' tantam scientiam) usque a '''Thale Milesio''' de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò '''Epicurus''' , et '''Metrodorus''' , et '''Hermachus''' contra '''Pythagoram''' , '''Empedoclemque''' dixerunt , sed meretricula etiam '''Leontium''' contra '''Theophrastum''' scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et '''Attico''' : sed tamen. Tantum '''Epicuri''' hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. '''Zeno''' quidem etiam litigabat. Quid dicam '''Albutium''' ? Nam '''Phædro''' nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm '''Epicurus''' contumeliosissimè '''Aristotelem''' vexaverit : '''Phædoni''' '''Socratico''' turpissimè maledixerit : '''Metrodori''' , sodalis sui , fratem , '''Timocratem''' , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : '''Nausiphanem''' , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n149/mode/2up ''M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n192/mode/1up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA92#v=onepage&q&f=true là] et [[s:la:De_natura_deorum/Liber_I|là encore]]) </div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis '''Thalès''' de ''Milet'', sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un ''Romain'' qui en sait si long.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’[[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Métrodore_de_Lampsaque_(le_Jeune)|'''Métrodore''']] [[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], [[w:Hermarque_de_Mytilène|'''Hermarque''']] [[#Hermarque_de_Mytilène|<span id="Hermarque_de_Mytilène_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] ont dressé un réquisitoire contre [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]]; bien mieux que [[w:Léontion|'''Léontium''']] [[#Léontion|<span id="Léontion_back"><sup>'''VIII'''</sup></span>]], une femme galante, n’a pas craint d’attaquer [[w:Théophraste|'''Théophraste''']] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]] dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']] [[#école_Jardin|<span id="école_Jardin_back"><sup>'''V'''</sup></span>]] [https://books.google.fr/books?id=aYPX2VYQhpUC&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA1021#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume VII - Compléments, Annexe I - Le “Jardin” (Κῆπος) d’Épicure}}] d’ '''Épicure''' qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. [[w:Zénon_de_Kition|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]] était d’humeur querelleuse.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;"> Que dire d’[[w:Titus_Albucius|'''Albucius''']] [[#Albucius|<span id="Albucius_back"><sup>'''IX'''</sup></span>]]? Quant à [[w:Phèdre_(philosophe)|'''Phèdre''']] [[#Phèdre|<span id="Phèdre_back"><sup>'''X'''</sup></span>]], le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ '''Épicure''' a invectivé contre [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], a calomnié [[w:Phédon_d%27Élis|'''Phédon''']] [[#Phédon|<span id="Phédon_back"><sup>'''XI'''</sup></span>]] le disciple de [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], a en plusieurs volumes tenté d’écraser '''Timocrate''', le frère de son grand ami '''Métrodore''', parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite|<span id="Démocrite_back"><sup>'''XIII'''</sup></span>]] même auquel il devait beaucoup, a médit de [[w:Nausiphane|'''Nausiphanès''']] [[#Nausiphanès|<span id="Nausiphanès_back"><sup>'''XIV'''</sup></span>]] son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm <u>Cicéron, De la nature des dieux</u>. ''Livre Premier.''] ''XXXIII.'', traduction par [[w:Charles_Appuhn|Charles APPUHN]], 1935</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Charles Appuhn 1935|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune_back|<span id="Métrodore_de_Lampsaque_le_Jeune"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros [[wikt:en:Μητρόδωρος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec originaire de [[w:Lampsaque|''Lampsaque'']] [[#Lampsaque|<span id="Lampsaque_back"><sup>II</sup></span>]] en ''Asie Mineure'', très lié à Épicure [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], et appartenant à son [[w:Épicurisme|''école'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:321_av._J.-C.|-321]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Lampsaque'' — [[w:277_av._J.-C.|-277]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lampsaque_back|<span id="Lampsaque"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos [[wikt:en:Λάμψακος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’[[w:Dardanelles|''Hellespont'']], en [[w:Troade|''Troade'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Hermarque_de_Mytilène_back|<span id="Hermarque_de_Mytilène"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos [[wikt:en:Ἕρμαρχος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês [[wikt:en:Ἑρμῆς#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] et [[w:Maïa_(Pléiade)|Maïa]] [[#Maïa|<span id="Maïa_back"><sup>IV</sup></span>]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archontat|archontat]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurien'', successeur d’Épicure en tant que premier [[w:Scholarque|''scholarque'']] du [[w:Jardin_d%27Épicure|''Jardin'']] [[#école_Jardin|<sup>V</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], à [[w:Mytilène|''Mytilène'']] — [[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:250_av._J.-C.|-250]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Maïa_back|<span id="Maïa"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa [[wikt:en:Μαῖα#Ancient_Greek|(en)]]; de μαῖα / maîa [[wikt:en:μαῖα#Ancient_Greek|(en)]], « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr [[wikt:en:μήτηρ#Ancient_Greek|(en)]], « mère »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">L’aînée des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], 7 sœurs, filles d’[[w:Atlas_(mythologie)|Atlas]] [[#Atlas|<span id="Atlas_back"><sup>VI</sup></span>]] et de [[w:Pléioné|Pléioné]] [[#Pléioné|<span id="Pléioné_back"><sup>VII</sup></span>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#école_Jardin_back|<span id="école_Jardin"><sup>V</sup></span>]] En grec ancien κῆπος / kêpos [[wikt:en:κῆπος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en [[w:306_av._J.-C.|-306]], située au nord d’Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Atlas_back|<span id="Atlas"><sup>VI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās [[wikt:en:Ἄτλας#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord [[w:Atlas_(massif)|Atlas]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Titan_(mythologie)|Titan]] [[w:Hésiode|''hésiodique'']] du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des [[w:Pléiades_(mythologie)|Pléiades]], des [[w:Hyades_(mythologie)|Hyades]], des [[w:Hespérides|Hespérides]] et de [[w:Calypso|Calypso]]. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus [[#Zeus_back|<sup>⤴️</sup>]] pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par [[w:Persée|Persée]] avec la tête de [[w:Méduse_(mythologie)|Méduse]] et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pléioné_back|<span id="Pléioné"><sup>VII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Une [[w:Océanides|Océanide]], fille d’[[w:Océan_(mythologie)|Océan]] [[#Océan_back|<sup>⤴️</sup>]] et de [[w:Téthys_(mythologie)|Téthys]] [[#Téthys_back|<sup>⤴️</sup>]], et épouse d’Atlas [[#Atlas_back|<sup>VI</sup>]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Léontion_back|<span id="Léontion"><sup>VIII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe ''épicurienne'' et [[w:Hétaïre|''hétaïre'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Albucius_back|<span id="Albucius"><sup>IX</sup></span>]] Préteur de la [[w:Corse-Sardaigne|''Sardaigne'']] [[#Sardaigne_back|<sup>⤴️</sup>]] vers [[w:105_av._J.-C.|-105]], orateur, hellénophile et adepte de l’[[w:Épicurisme|''épicurisme'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IIe_siècle_av._J.-C.|II<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phèdre_back|<span id="Phèdre"><sup>X</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Φαῖδρος#Grec_ancien|Φαῖδρος / Phaîdros]]; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós [[wikt:en:φαιδρός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe [[w:Épicurisme|''épicurien'']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'', chef de l’école ''épicurienne'' à Athènes [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]] de [[w:75_av._J.-C.|-75]] à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à [[w:Rome_antique|''Rome'']] lors de la [[w:Siège_d%27Athènes_et_du_Pirée|prise d’Athènes]], il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:138_av._J.-C.|-138]] <sup>[[w:IIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de naissance indéterminé'' — [[w:70_av._J.-C.|-70]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, ''lieu de décès indéterminé'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Phédon_back|<span id="Phédon"><sup>XI</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn [[wikt:en:Φαίδων#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Philosophe grec, originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis|<span id="Élis_back"><sup>XII</sup></span>]], et capturé lors de la guerre contre [[w:Sparte|''Sparte'']] [[#Lacédémone_back|<sup>⤴️</sup>]] alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à ''Athènes'' [[#Athènes_back|<sup>⤴️</sup>]], il en devient un élève régulier jusqu’à [[w:Procès_de_Socrate|''sa mort'']], au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant [[w:Phédon_(Platon)|''son nom'']]. Par la suite, il retourne à ''Élis'' et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie [[w:Eretrian_school|(en)]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] — début [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Élis_back|<span id="Élis"><sup>XII</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis [[wikt:en:Ἦλις#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">Cité grecque située au nord-ouest du [[w:Péloponnèse|''Péloponnèse'']], à l’ouest de l’[[w:Arcadie|''Arcadie'']]. Elle était la capitale de l’[[w:Élide|''Élide'']]. Le sanctuaire d’[[w:Olympie|''Olympie'']] dépendant de son territoire, ''Élis'' avait la charge d’organiser les [[w:Jeux_olympiques_antiques|''Jeux olympiques antiques'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Démocrite_back|<span id="Démocrite"><sup>XIII</sup></span>]] Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos [[wikt:en:Δημόκριτος#Ancient_Greek|(en)]], « choisi par le peuple »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun [[wikt:δῆμος#Grec_ancien|δῆμος / dêmos]] [[wikt:en:δῆμος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) [[wikt:roturier|Roturier]]. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō [[wikt:en:κρίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe grec considéré comme [[w:Matérialisme|''matérialiste'']] en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤵️</sup>]], l’un des premiers [[w:Atomisme|''atomiste'']]. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre [[w:Démocrite#Œuvres|<sup>📚</sup>]] nous ont été transmis par de nombreux [[w:Doxographe|''doxographes'']] dont [[w:Simplicius_(philosophe)|Simplicius]], [[w:Aristote|Aristote]], [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] et [[w:Plutarque|Plutarque]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:460_av._J.-C.|-460]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], à [[w:Abdère_(cité_antique)|''Abdère'']] [[#Abdère_back|<sup>⤴️</sup>]] — [[w:370_av._J.-C.|-370]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|<sup>⏳</sup>]], en [[w:Grèce#Antiquité|''Grèce'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Nausiphanès_back|<span id="Nausiphanès"><sup>XIV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs [[wikt:en:Ναυσιφάνης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun ναῦς / naûs [[wikt:en:ναῦς#Ancient_Greek|(en)]], « bateau »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe φαίνω / phaínō [[wikt:en:φαίνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Philosophe [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptique'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] et [[w:Rhétorique#Rhétorique_dans_l’Antiquité_grecque|rhéteur]] grec, disciple de [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>XIII</sup>]] et de [[w:Pyrrhon_d’Élis|Pyrrhon]] [[#Pyrrhon_back|<sup>XV</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:IVe_siècle_av._J.-C.|IV<sup>ème</sup>]] — [[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|III<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Pyrrhon_back|<span id="Pyrrhon"><sup>XV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Un des premiers philosophes [[w:Scepticisme_(philosophie)|''sceptiques'']] [[w:en:Skepticism|(en)]] [[#scepticisme|<span id="scepticisme_back"><sup>XVI</sup></span>]] et inspirateur du ''pyrrhonisme'' [[#scepticisme_back|<sup>XVI</sup>]] [[w:en:Pyrrhonism|(en)]], originaire d’[[w:Élis|''Élis'']] [[#Élis_back|<sup>XII</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Années_360_av._J.-C.|-360]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Élis'' — [[w:Années_270_av._J.-C.|-270]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>)<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#scepticisme_back|<span id="scepticisme"><sup>XVI</sup></span>]] De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós [[wikt:en:σκεπτικός#Ancient_Greek|(en)]], « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai [[wikt:en:σκέπτομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''scepticisme'' est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> Le ''pyrrhonisme'' est une ancienne école grecque de ''scepticisme philosophique'' qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement [[wikt:en:Epoché|(en)]] (ἐποχή / epokhē [[wikt:en:ἐποχή#Ancient_Greek|(en)]]) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale [[w:en:Ataraxia|(en)]] (ἀταραξία / ataraxía [[wikt:en:ἀταραξία#Ancient_Greek|(en)]]). </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXIII.</small>''' Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis '''Thalès''' de ''Milet'', tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un ''Romain''. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Et c’est avec de pareils songes [[#songe_Epicure_NdT_Matter|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] qu’ '''Epicure''', '''Métrodore''' et '''Hermachus''' se sont déclarés contre '''Pythagore''', '''Platon''' , '''Empédocle'''! que la courtisane '''Leontium''' a osé écrire contre '''Théophraste'''! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore [[#Mais_encore_NdT_Matter|<span id="Mais_encore_NdT_Matter_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] !<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Telle est la licence du jardin d’ '''Épicure''', et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette ''béatité'' ou cette ''béatitude'' (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? ''La raison le dit''. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#songe_Epicure_NdT_Matter_back|<span id="songe_Epicure_NdT_Matter"><sup>1</sup></span>]] ''C’est avec de pareils songes, etc.'' [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.</small>'''</td> </tr> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Mais_encore_NdT_Matter_back|<span id="Mais_encore_NdT_Matter"><sup>2</sup></span>]] ''Mais encore.'' — ''Sed tamen.'' L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de [[w:ἀποσιώπησις#Grec_ancien|άποσιώπησις'']].</small>'''</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Œuvres complètes de Cicéron</u>.][https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA5#v=onepage&q&f=true ''De la nature des dieux. Livre Premier.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA93#v=onepage&q&f=true ''XXXIII.''] [https://books.google.fr/books?id=ko_4tQjYbzgC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=Cic%C3%A9ron%20De%20la%20nature%20des%20Dieux&hl=fr&pg=PA137#v=onepage&q&f=true <sup><small>NOTES</small></sup>], traduction nouvelle par M. [[w:Jacques_Matter|Matter]], inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"> Tout ce que les Philosophes depuis '''Thalès''' ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un ''Romain''. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à '''Épicure''', à '''Métrodore''', à '''Hermachus''', l’audace de s’élever contre '''Pythagore''', contre '''Platon''', contre '''Empédocle'''? Que dis-je? la courtisane [[#Léontium_NdT_P-J_TdO|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]] '''Léontium''' osa écrire contre '''Théophraste'''; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin [[#jardin_NdT_P-J_TdO|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]] d’Epicure portoit la licence; et votre [[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>3</sup>'''</span>]] coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec [[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>4</sup>'''</span>]] '''Zénon'''. '''Albutius''' entendait-il mieux raillerie ? '''Phèdre''', ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ '''Épicure''' contre '''Aristote''', et ses médisances infâmes contre '''Phédon''', disciple de '''Socrate'''? Il a écrit des volumes entiers contre '''Timocrate''', qui étoit le frère de son ami '''Métrodore''', et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour '''Démocrite''', l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal '''Nausiphane''', son maître, qui ne lui avoit [[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back">'''<sup>5</sup>'''</span>]] rien appris. </div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Léontium_NdT_P-J_TdO_back|<span id="Léontium_NdT_P-J_TdO"><sup>1</sup></span>]] Le P. [[w:Jean_Hardouin|Hardouin]], dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. ''Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.''</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#jardin_NdT_P-J_TdO_back|<span id="jardin_NdT_P-J_TdO"><sup>2</sup></span>]] C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un [[w:Jardin_d%27Épicure|''jardin'']]. De même on dit l’[[w:Académie_de_Platon|''Académie'']] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison [[w:Lycée_(école_philosophique)|''le Lycée'']] [[#Lycée_back|<sup>⤴️</sup>]] pour l’école d’Aristote, et ''le Portique'' [[wikt:en:Stoa_Poikile|(en)]] pour celle des ''Stoïciens''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO_back|<span id="coutume_épicurienne_NdT_P-J_TdO"><sup>3</sup></span>]] Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les ''Epicuriens'', qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO_back|<span id="querelle_Zenon_NdT_P-J_TdO"><sup>4</sup></span>]] C’est Zénon l’Epicurien. [[w:Pierre_Bayle|Bayle]], dans son [[w:Dictionnaire_historique_et_critique|Dictionnaire]] [https://books.google.fr/books?id=BvaympyA3LQC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22Zenon%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique&hl=fr&pg=PA607#v=onepage&q&f=true <sup>Zénon pp.607-610</sup>], a une article entier touchant Albutius [https://books.google.fr/books?id=DEn89SsJaYIC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=bayle%20%22albutius%22%20dictionnaire%20historique%20et%20critique%201734&hl=fr&pg=PA193#v=onepage&q&f=true <sup>pp.193-195</sup>]. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#plaisanterie_NdT_P-J_TdO_back|<span id="plaisanterie_NdT_P-J_TdO"><sup>5</sup></span>]] Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n3/mode/2up <u>Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier</u>.][https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n35/mode/2up ''Livre Premier.''] [https://archive.org/details/entretiensdecic00cic/page/n117/mode/2up ''XXXIII.''], traduits par [[w:Pierre-Joseph_Thoulier_d%27Olivet|M. l’abbé d’Olivet]], de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793<br />(également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282068z/f103.item '''ici'''], [[s:De_la_Nature_des_Dieux/1|'''là''']] et [https://archive.org/details/TomeQuatrieme.OeuvresCompletesDeCiceronParM.NisardFirminDidot1881/page/n109/mode/2up là encore])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> === [[w:Académiques|Academica]] [[#Académie_back|<sup>⤴️</sup>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> Dialogue de '''Cicéron''', publié en [[w:45_av._J.-C.|-45]], qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de ''Lucullus''; le premier, ''Catulus'', étant perdu) de la première édition (appelée ''Academica Priora''), des fragments du premier livre de la seconde édition (''Academica Posteriora'') remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de '''Cicéron''' qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de '''Platon''' et initiée par [[w:Arcésilas_de_Pitane|'''Arcésilas''']] de [[w:Pitane|''Pitane'']]. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de '''Platon''', mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.</div></poem> ==== [[w:Académiques#Academica_Priora|Academica Priora]] <p style="text-align: right;">[[s:Premiers_Académiques|<sup>📚</sup>]] ==== <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en [[w:62_av._J.-C.|-62]]. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-78)|'''Quintus Lutatius Catulus Capitolinus''']], [[w:Quintus_Hortensius_Hortalus|'''Quintus Hortensius''']], [[w:Lucullus|'''Lucius Licinius Lucullus''']] et '''Cicéron'''. Le ''Catulus'' (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de '''Catulus''', et le ''Lucullus'' le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ '''Hortensius'''.</div> ===== Livre II — [[w:Lucullus|'''Lucullus''']] ===== <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px"> '''Lucullus''' insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’[[w:Antiochos_d%27Ascalon|'''Antiochos''']]. '''Catulus''' dit qu’il répète les vues de son [[w:Quintus_Lutatius_Catulus_(consul_en_-102)|père]], qui semblent être les mêmes que les vues initiales de [[w:Philon_de_Larissa|'''Philon''']]. '''Hortensius''' nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de [[w:Clitomaque_de_Carthage|'''Clitomaque''']].</div></poem> ====== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVII.</div> ====== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;"> Témoignage de '''Thalès''' comme l’un des [[w:Sept_sages_de_Grèce|''Sept sages'']], et d’une théorie de l’eau principe universel.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' Princeps '''Thales''', unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc '''Anaximandro''', populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor '''Anaximenes''' infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. '''Anaxagoras''' materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. '''Xenophanes''', paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: '''Parmenides''' ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: [[w:Leucippe|'''Leucippus''']], plenum et inane: '''Democritus''' huic in hoc similis, uberior in ceteris: '''Empedocles''' haec pervolgata et nota quattuor: '''Heraclitus''' ignem: '''Melissus''' hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. '''Plato''' [[#Platon_NdT_Nisard|<span id="Platon_NdT_Nisard_back">''ex materia in se omnia recipiente''</span>]] mundum factum esse censet a deo sempiternum. '''Pythagorei''' ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>[[#Platon_NdT_Nisard_back|<span id="Platon_NdT_Nisard">''Ex materia in se omnia recipiente.''</span>]] C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques0.htm premier livre des deuxièmes Académ.], 7.</small>'''</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1150/1175 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9078196z/f61.item.zoom '''là'''] et une édition de 1885 [https://books.google.fr/books?id=S6vqLJ7tOusC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=academica%20priora%20cicero&hl=fr&pg=PA313#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVII.</small>''' À leur tête, '''Thalès''', l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à [[w:Anaximandre|'''Anaximandre''']] [[#Anaximandre_back|<sup>⤴️</sup>]], son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. [[w:Anaximène|'''Anaximène''']] [[#Anaximène_back|<sup>⤴️</sup>]], disciple d’ '''Anaximandre''', vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]], dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour [[w:Parménide|'''Parménide''']] [[#Parménide|<span id="Parménide_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour [[w:Leucippe|'''Leucippe''']] [[#Leucippe|<span id="Leucippe_back"><sup>'''II'''</sup></span>]], c’est le plein et le vide ; [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour [[w:Empédocle|'''Empédocle''']] [[#Empédocle_back|<sup>⤴️</sup>]], ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour [[w:Héraclite|'''Heraclite''']] [[#Heraclite|<span id="Heraclite_back"><sup>'''III'''</sup></span>]], c’est le feu ; pour [[w:Mélissos|'''Mélissus''']] [[#Mélissus|<span id="Mélissus_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]], l’être infini, immuable et éternel. '''Platon''' pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les ''pythagoriciens'' veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un ''stoïcien'', que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f1.item <u>Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième</u>.][https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f436.item ''Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second.''] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k282067k/f473.item ''XXXVII.''], avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. [https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/desire-nisard?fauteuil=39&election=28-11-1850 Nisard] de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et C<sup>ie</sup>, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864<br />(également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/academiques11.htm '''ici'''], une édition de 1875 [https://books.google.fr/books?id=pSagZf-k42kC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=A%20leur%20t%C3%AAte%2C%20Thal%C3%A8s%2C%20des%20sept%20sages%2C%20%C3%A0%20qui%20lon%20dit%20que%20les%20six%20autres%2C%20dun%20commun%20accord%2C%20abandonn%C3%A8rent%20le%20premier%20rang&hl=fr&pg=PA472#v=onepage&q&f=true '''là'''] et une édition de 2017 [https://books.google.fr/books?id=1oEkDwAAQBAJ&pg=PT2167&dq=A+leur+t%C3%AAte,+Thal%C3%A8s,+des+sept+sages,+%C3%A0+qui+lon+dit+que+les+six+autres,+dun+commun+accord,+abandonn%C3%A8rent+le+premier+rang&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwjZotbsz5P4AhUOYxoKHV8RCcQQ6AF6BAgHEAI#v=onepage&q&f=true '''là encore'''])</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de trad. Nisard 1864|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parménide_back|<span id="Parménide"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Παρμενίδης#Grec_ancien|Παρμενίδης / Parmenidês]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du verbe παραμένω / paraménô [[wikt:en:παραμένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px">➥ + du verbe μένω / ménō [[wikt:en:μένω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Pythagore|''pythagoricien'']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]], puis [[w:École_éléatique|''éléate'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]]. Il est célèbre pour un poème en vers, ''De la nature'', qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. [[w:Platon|Platon]] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]] a consacré un dialogue qui porte son nom, [[w:Parménide_(Platon)|''le Parménide'']], pour traiter la question de l’[[w:Être#Philosophie_occidentale|''Être'']], dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le [[w:Non-être#Antiquité|''Non-Être'']] n’est pas.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] fin [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup>]], [[w:Élée|''Élée'']] — milieu [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècles {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Leucippe_back|<span id="Leucippe"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos [[wikt:en:Λεύκιππος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif λευκός / leukós [[wikt:en:λευκός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos [[wikt:en:ἵππος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px"> [[w:Philosophie_antique|''Philosophe'']] [[#Philosophe_back|<sup>⤴️</sup>]] grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], et un des premiers [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomistes'']] [[#atomes_back|<sup>⤵️</sup>]]''grecs''.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}})<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Héraclite_back|<span id="Héraclite"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos [[wikt:en:Ἡράκλειτος#Ancient_Greek|(en)]], « gloire d’Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā [[wikt:en:Ἥρα#Ancient_Greek|(en)]], « (Mythologie grecque) Héra »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós [[wikt:en:κλειτός#Ancient_Greek|(en)]], « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe κλέω / kléō [[wikt:en:κλέω#Ancient_Greek|(en)]], « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos [[wikt:en:-τος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;"> « ''Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;"><u>Vies et Doctrines des Philosophes</u>, [http://ugo.bratelli.free.fr/Laerce/IsolesSceptiques/Heraclite.htm ''Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ''] [https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9heraclite1.htm (autre traduction + texte grec)], de [[w:Diogène_Laërce|'''Diogène Laërce''']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">'''([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] milieu [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]] — début [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], ''Éphèse'')<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Mélissus_back|<span id="Mélissus"><sup>IV</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Melissus#Latin|Μέλισσος / Mélissos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Philosophe grec [[w:Présocratiques|''présocratique'']] [[#Présocratique_back|<sup>⤴️</sup>]], un [[w:Triérarchie|''triérarque'']] [[#triérarque|<span id="triérarque_back"><sup>V</sup></span>]] [[w:Ionie|''ionien'']] [[#ionien_back|<sup>⤴️</sup>]] et dernier représentant de l’[[w:École_éléatique|''école éléatique'']] [[#éléate_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], [[w:Samos#Ligue_de_Délos,_guerre_du_Péloponnèse_et_seconde_confédération_athénienne|''Samos'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#triérarque_back|<span id="triérarque"><sup>V</sup></span>]] Du nom commun grec ancien [[wikt:triérarque|τριήραρχος / triērarchos]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun grec ancien [[wikt:τριήρης#Grec_ancien|τριήρης / trierēs]] [[wikt:en:τριήρης#Ancient_Greek|(en)]], « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du préfixe τρῐ- / tri- [[wikt:en:τρι-#Ancient_Greek|(en)]], « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’[[w:Nombre_cardinal|''adjectif numéral cardinal'']] τρεῖς / treîs [[wikt:en:τρεῖς#Ancient_Greek|(en)]], « trois », et de l’[[w:Numéral|''adverbe numéral'']] τρῐ́ς / trís [[wikt:en:τρίς#Ancient_Greek|(en)]], « trois fois »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs [[wikt:en:ἐρέτης#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + suffixe [[wikt:-άρχης#Grec_ancien|-άρχης / -árkhês]], « -arque (souverain, chef) »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ [[wikt:en:ἀρχή#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 45px;">➥ du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">En Grèce antique, la [[w:Triérarchie|''triérarchie'']] (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une [[w:Liturgie_(Grèce_antique)|''liturgie'']] [[#liturgie|<span id="liturgie_back"><sup>VI</sup></span>]] militaire, qui consiste à entretenir le [[w:Gréement|gréement]] et la coque d’une [[w:Trière|''trière'']] fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des [[w:Stratège|''stratèges'']] parmi les plus riches citoyens, [[w:Métèque|''métèques'']] et [[w:Archonte#Grèce_antique|''archontes'']] exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent. </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''C<small>HAP</small>. 37.'''<br />''Divers [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />entiments [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ur les éléments'' [[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back"><sup>1</sup></span>]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> D’abord '''Thalès''', un des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ept Sages, avec lequel on dit que les autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix s’accorderent les premiers [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]], donne l’eau pour principe de tout [[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back"><sup>3</sup></span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourtant ce qu’il ne per{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uada point à '''Anaximandre''', {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ami & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature [[#Anaximandre_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC_back"><sup>4</sup></span>]]. En{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite '''Anaximene''', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de ce dernier, en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’immen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité de l’air étoit ce principe; mais que les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qui en ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ultoient, étoient finies, & qu’il en nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la terre, l’eau & le feu, qui produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent tout [[#Anaximene_NdT_GFS_dC|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC_back"><sup>5</sup></span>]]. Selon '''Anaxagore''' c’étoit la matiere infinie, compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée de parties très petites, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite l’intelligence divine les mit en ordre. '''Xénophane''', qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un, immuable, & Dieu [[#Xénophane_NdT_GFS_dC|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC_back"><sup>6</sup></span>]]; qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point né, qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, & de figure {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique. '''Parménide''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . '''Leucippe''', que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plein & le vuide. '''Démocrite''' e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t en cela du même avis; il s’étend d’avantage {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te. '''Empédocle''' veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient les quatre éléments vulgaires & connus. '''Héraclite''' dit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le feu. '''Meli{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us''' que ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, immuable, a toujours exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té, & exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tera toujours. '''Platon''' pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e que Dieu a fait le monde, qui e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les ''Pythagoriciens'' veulent que tout vienne des nombres & des éléments des ''Mathématiciens''. Entre tous ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, votre Sage, je pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, en choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ira un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on guide; & les autres, qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grands hommes & en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> Quelque {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment qu’il embra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, il en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ûr que de ce qui tombe {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, qu’il ne croira, puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''Stoïcien'', que ce monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, & qui regle & dirige tout [[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back"><sup>7</sup></span>]]. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era également convaincu que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC_back|<span id="Sentiments_éléments_NdT_GFS_dC"><sup>1</sup></span>]] Je trouve dans [[w:Sextus_Empiricus|Sextus Empiricus]] (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iciens, Sect.310-318. p.684-686.<sup>pp.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/363/mode/1up?q=thales 363], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/365/mode/1up?q=thales 365], [https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/367/mode/1up?q=thales 367]</sup>) un article qui me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble très-propre à donner une idée nette des pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les principes des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. Sextus en parle au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ailleurs ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 30.] & Liv. I. contre les Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. Sect. 319. &c. <sup>p.[https://archive.org/details/sextusempiricus0003unse/page/173/mode/1up?q=thales 173]</sup>); mais le pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age que je choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''„Ceux qui ont fait des recherches {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}titution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & les autres de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont tenus à un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul principe, l’ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans aucune qualité, les autres avec des qualités.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„De ceux qui ont admis plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui veulent que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ceux qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; ceux-là qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient différents.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Des derniers, les uns {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outiennent que les éléments {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont inaltérables, & les autres qu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ceptibles d’altération.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Les [[w:Stoïcisme|''Stoïciens'']] forment l’Univers d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance unique de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tituée de toute qualité. Car, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon eux, ce principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t une matière {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité, & capable de toute {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte de changements, après lesquels {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit formé d’une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance, mais douée de qualités, c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’[[w:Hippase_de_Métaponte|Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us]], d’[[w:Anaximandre|Anaximandre]], & de Thalès. Hippa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, &, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon quelques auteurs, [[w:Héraclite|Héraclite]] d’[[w:Éphèse|''Éphè{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'']], attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; [[w:Xénophane|Xénophane]], au dire de quelques-uns, à la terre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Homère|Homere]] reconnoît plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t du même avis--- [[w:Euripide|Euripide]] veut que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit l’éther & la terre.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Empédocle|Empédocle]] en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet d’Empédocle, Sextus dit la même cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon3.htm#4 Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Ocellos|Ocellus Lucanus]] & Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut circulairement, & dont, à ce qu’ils di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont faites les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es céle{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle compte jusqu’à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes; [quatre quand il parle comme ci-de{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}us, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix quand il leur joint l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde]. De ces {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ix principes quatre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actifs, l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répul{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des phénomenes, des effets, non des principes].<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Que le nombre des principes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini, c’a été la pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ée d’[[w:Anaxagore|Anaxagore de Clazomene]], de [[w:Démocrite|Démocrite]], d’[[w:Épicure|Épicure]], & de plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Mais Anaxagore crut que les principes étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Héraclide_du_Pont|Héraclide de Pont]] & [[w:Asclépiade|A{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}clépiade]] firent les principes différents des chho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es produites, mais altérables, étant des corpu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cules {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans qualité déterminée.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[[w:Eusèbe_de_Césarée|Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe]] ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I.] ch. 8.) explique au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i les différentes pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes Grecs {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur les premiers principes.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2</sup></span>]] Le texte porte: ''cui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ex reliquos con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primos {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erunt.'' Davi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ius, Ur{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}inus &c. li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent : ''conce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e primas'', „ont cedé la premiere place.“</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC_back|<span id="Eau_principe_tout_NdT_GFS_dC"><sup>3</sup></span>]] „Les plus {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages des prêtres Égyptiens --- pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. d’I{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is & d’O{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iris pag. 364. D. <sup>[http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/isisetosiris1.htm §34]</sup>). Mais il ne faut pas oublier que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i „Thalès de Milet dit que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’élément des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es [il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}], que Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de Nat. Deor. Lib. I.]] cap. 18.).</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximandre_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximandre_NdT_GFS_dC"><sup>4</sup></span>]] Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er de la pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance à l’acte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e efficiente“ (Plut. [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.]). Ici j’ai été obligé de paraphra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de ''actu e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'', traduit: ''rem creare nullam''.{{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Anaximandre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéra la matiere „comme un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet informe, & l’appella ''infini'', c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, indéterminé, parce que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la forme qui finit ou circon{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}crit tout être matériel dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece“ ([[w:https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Batteux|Batt.]] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f230.image cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. p. 207.]). Cette rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même. Plutarque, en explo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximandre ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm#07 des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.]) {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert du mot ''apeiron'', qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie également infini, & indéterminé. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/phys3.htm#92 Leçons de Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique Liv. III. ch. 9. No. 2.] p. 348. D.) appelle ''apeirous'' les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivant l’explication d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tathius & de Jean le Grammairien. Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote & Homere n’ont pas cru, l’un {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a bague, & l’autre la terre infinies: elles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’explication de Batteux e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bonne en elle-même, je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expre{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t l’apeiron; que tout en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ort & tout y rentre: que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent les mondes qui en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés & y retournent, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont ''apeiroi'':“ & que „leur principe e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ''apeiron'', afin que les générations ne ce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble que les deux dernieres phra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es montrent clairement que le mot ''apeiros'' ici {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote (lieu cité) dit que l’anneau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t appellé ''apeiron'', en parlant „par une certaine re{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblance, non proprement.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent & meurent de loin à loin; & que ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont des mondes innombrables“ ([[#Cic_de_Nat_Deor_LibI|Cic. de nat. Deor. Lib. I.]] cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age porte: ''innumerabiles mundos''; le mot ''innumerabiles'' confirme le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens que je donne au terme ''apeiros''.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Anaximene_NdT_GFS_dC_back|<span id="Anaximene_NdT_GFS_dC"><sup>5</sup></span>]] Les opinions Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iques de ces Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes anciens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont très-peu connues, parce qu’ils nous re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te peu de mémoires {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur lesquels on pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e compter. Je ne m’étendrai donc pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet ([https://books.google.fr/books?id=i7HqMwsDd0wC&newbks=1&newbks_redir=0&dq=abb%C3%A9%20d%27olivet%20th%C3%A9ologie%20des%20philosophes%20%C3%A9ternit%C3%A9%20matiere&hl=fr&pg=PA258#v=onepage&q&f=true Théol. des Phil.] pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p style="text-align: justify;">'''Mais la plupart [[#la_plupart_NdT_GFS_dC|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC_back">(*)</span>]] ne la con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idéroient avant la formation du monde, que comme une ma{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e informe & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans ordre, ''rudis indige{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}taque moles'' [[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back">(**)</span>]]. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ce qu’ils appelloient ''chaos''. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pontanée, par lequel, à force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.---<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene donc, rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}onnant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd état de la matiere, quand elle pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it la terre, l’eau, & le feu, d’où {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e formerent tous les êtres particuliers.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#la_plupart_NdT_GFS_dC_back|<span id="la_plupart_NdT_GFS_dC">(*)</span>]] Je dis avec re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}triction ''la plupart'', à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e d’Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote qui étoit pour l’éternité du monde.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[#rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC_back|<span id="rudis_indigestaque_moles_NdT_GFS_dC">(**)</span>]] Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on dictionnaire (article ''Jupiter'', remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene, & cela {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur des paroles de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin y dit: ''Anaximenes omnium rerum cau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}as infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}is aërem factum, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ed ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}os ex aëre natos credidit''. Ces Dieux nés {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter les ''Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervationes Halen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es'', (Tom. II. Ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulter la lettre de St. Augu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tin à Dio{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}core, laquelle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’ai con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rapporte à Ciceron ''de natura Deorum''. Pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ons à Anaxagore.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaxagore dit que les corps“ [les parties {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}imilaires] „exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance aux cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ (Plut. [https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/opionionsphilo.htm des {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.]). Mais, ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age de l’intelligence; il ne rend aucune rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on de ce bel arrangement; & les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es qu’il a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igne, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont l’air, l’éther, l’eau, & plu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ieurs autres cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es ab{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urdes.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Socrate dans la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite de ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age, décrit parfaitement l’Optimi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, par ces mots entr’autres: „il ne me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit jamais venu dans l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}prit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que ''tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t bien comme il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t;'' &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}igné à chaque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e une cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">N’ayant pas Platon {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ous main, je tire ce pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}age d’Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation14a.htm#44 Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15.] p. 751. D.).{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Xénophane_NdT_GFS_dC_back|<span id="Xénophane_NdT_GFS_dC"><sup>6</sup></span>]] Xénophane en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, & qu’il étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phérique, impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible, immuable, & intelligent“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33.] Sect. 225.); „par-tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même, & tout intelligence“ ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/empiricus/pyrrhon.htm#33 là même], Sect. 224.): c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à dire, que le monde e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Ciceron/nature1.htm Cic. de nat. Deor. Lib. I.] cap. 11.) au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. {{Boîte déroulante/début|titre=[⋯]|alignT=center}}<p cellspacing=15 style="text-align: justify;">'''A mon avis, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tances {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont unies. En di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere gro{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ubtile. S’il avoit attribué à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere impa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/9xenophane1.htm#1 Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane]), ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eignoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}implement que „la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ub{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tance de Dieu e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pire pas; & que tout exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Origene dans les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">J’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pere que quelques-uns de mes Lecteurs me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}auront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujet que nous traitons. Ce morceau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t de Plutarque : il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e trouvoit dans les ''Stromates'', ouvrage que nous avons perdu. Eu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ebe nous en a con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ervé ces lignes ([http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/preparation1.htm Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8.] pag. 22-25.).<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orti de l’eau & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e ré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olvoit en eau. Après lui Anaximandre {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eigna que l’infini renferme la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e univer{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans nombre étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de lui; que de lui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}éparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phere {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e bri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e partagea en cercles, & produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e nourri{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent d’eux-mêmes; l’homme a be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pendant longtemps de lait & de nourrice, en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte qu’au commencement il n’auroit pas pu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}erver, s’il eût été tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à pré{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit tout, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e conden{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, en partie en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outenoit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur l’air; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, la lune, & les uatres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres étoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortis de la terre. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pourquoi il appelloit terre le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, qui, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}elon lui, avoit fort à propos acquis {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a grande chaleur par un mouvement très-violent.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiment de tous ceux dont nous venons de parler, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}upprime toute génération & toute de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}truction, pen{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant que cet univers a toujours été {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uivroit néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont trompeurs, & avec eux il calomnie la rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on en tout. Il dit que la terre avec le temps de{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cend, & tombe peu à peu dans la mer : que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infinie, & que l’air n’enveloppe pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es parties; que tout e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t fait de terre; mais que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & les autres a{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tres doivent leur origine aux nuages.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Parménide d’Élée, di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ciple de Xénophane, en partie adopta {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entiments, & en partie en imagina d’oppo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}és. Car il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outint que cet univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, immobile, & conforme à la vérité des cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es“ [e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e réelle],„étant {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es auxquelles on attribue fau{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ement l’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence; & que les {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide a{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ure de plus que, s’il y a quelque part quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e outre ce qui exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te réellement, ce n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être; que ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas un être, n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te pas dans l’univers; & qu’ain{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i l’être n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t point engendré. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que la terre a été formée par l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i qui s’écouloit.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„[[w:Zénon_d’Élée|'''Zénon''' d’Élée]] [[#Zénon_dElee_back|<sup>⤴️</sup>]] ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Démocrite d’Abdere veut que l’univers {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i que dans le monde tel qu’il est, les cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es de ce qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ou {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t lié depuis un temps infini par la force de la néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i chauds & brillants qu’ils le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont actuellement, mais {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t augmenté, le feu s’y e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ra{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblé & renfermé.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le fa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de ce qui regarde les Dieux. Il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}outient que rien ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait de ce qui n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas; que cet univers a toujours été, & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}era toujours tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t; qu’à l’exception du temps infini déjà pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é, il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait rien de nouveau; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un corps non {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement immuable, mais au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i infini; & que le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ouverain bien.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tippe de Cyrene place au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i le plus grand bien dans le plai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te de la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iologie au point de dire que la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eule con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}idération du bien & du mal e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t utile.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}corde {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont la cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de ces éléments; que dans la confu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion primitive des éléments, l’air {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}épara & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e répandit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}phériquement; que le feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut cha{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é par le froid de l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i; que deux hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}pheres e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t tout de feu, & que l’autre e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité du feu prévalut; que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil par {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, non un feu, mais une réflexion du feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblable à celle qui {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e fait dans l’eau; que la lune {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i comme de la grêle; & qu’elle emprunte {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a lumiere du {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil; enfin que la partie principale de l’ame n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, & que par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent la partie du corps où il y a le plus de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ang, e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t la principale dans l’homme.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Métrodore de Chios affirme que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit pas; que puisqu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternel, il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immobile, parce qu’il ne peut pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ans pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er d’un lieu dans un autre, & que néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement il devroit pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er dans le plein ou dans le vuide : que l’air épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i forme d’abord les nuages, & en{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uite la pluie, qui tombant dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil, en éteint le feu; & que ce feu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’épai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it par la {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}échere{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e; que les étoiles {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es viennent de ce que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil s’éteint & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rallume alternativement.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">„Diogene d’Apollonie établit que l’air e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t un élément; que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e meut; & que les mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont formés parce que, pendant que tout {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité; & que la plus grande den{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ité produi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit un tourbillon; que le re{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont placées en haut, & ont produit le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oleil.“<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes débitoient {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur la formation de l’Univers. Je ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépri{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}at la Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emblent plus propres à nous humilier, & à nous faire {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entir notre foible{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e. Cependant elles contiennent quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de bon. Elles nous montrent que tous les Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes ont reconnu cette grande vérité que, ''puisque quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te, quelque cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e a exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té de toute éternité''. Si, comme Mr. Sulzer ([https://books.google.fr/books?id=oDsSH5ylYJoC&hl=fr&pg=RA2-PA268#v=onepage&q&f=true Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268.] & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tence à aucune cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e extérieure; qu’il exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te par la force de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a nature, ou néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}airement; qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on genre, parce que, s’il en exi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}econd cas les deux êtres {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroient indi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}cernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont pas e{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}entielles à l’autre, qui par con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}équent {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néce{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t. Par la même rai{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}é la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tinguer l’ouvrage de l’ouvrier.{{Boîte déroulante/fin}}</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC_back|<span id="monde_Stoïcien_NdT_GFS_dC"><sup>7</sup></span>]] Cette ame du monde qui s’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t faite elle-même, n’a pas manqué d’embara{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e qui (Phy{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iol. Stoic. Lib. I. di{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ert. 7.), demande en quel {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens la cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t vraie, puisque cette ame e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t éternelle. Il répond que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94210n/f335 Cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}. prem. page. 312]-316.). D’autres, & Ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te-Lip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e même, omettent le ''{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e'' & li{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent ''quæ & ip{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}um fabricata {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}it.'' C’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t couper le nœud gordien.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PR1#v=onepage&q&f=true <u>Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II</u>.][https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA29#v=onepage&q&f=true ''Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron.''] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA111#v=onepage&q&f=true ''XXXVII.''] , traduits et éclaircis par Mr. [[w:Giovanni_Francesco_Salvemini_da_Castiglione|de Castillon]] [https://books.google.fr/books?id=r6QTAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=castillon%20Acad%C3%A9miques%20Cic%C3%A9ron%201779&hl=fr&pg=PA266#v=onepage&q&f=true <sup>NOTES</sup>], de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779<br />(également disponible une édition de 1826 [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9796311p/f241.item '''ici'''])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Vitruve|'''Vitruve''']] [[#Vitruve|<span id="Vitruve_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:80_av._J.-C.|-80]], [[w:Rome_antique|''Rome'']] — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:15_av._J.-C.|-15]], lieu de décès indéterminé) <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup> [[s:Auteur:Vitruve|<sup>📚</sup>]] [[Fichier:Busto di Vitruvio.jpg|vignette|Portrait de Vitruve.<br /><p style="text-indent: 15px;">Provenance : ? .<br /><p style="text-indent: 15px;">Exposition : Promoteca veronese [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona#Promoteca_veronese|(it)]], [[w:Bibliothèque_municipale_de_Vérone|Biblioteca Civica di Verona]] [[w:it:Biblioteca_civica_di_Verona|(it)]].]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé [[w:De_architectura|''De architectura'']]. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : [[wikt:firmitas#Latin|''firmitas'']], [[wikt:utilitas#Latin|''utilitas'']] et [[wikt:venustas#Latin|''venustas'']] (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin [[w:Renaissance|''Renaissance'']] de l’[[w:Homme_de_Vitruve|''Homme de Vitruve'']] de [[w:Léonard_de_Vinci|'''Léonard''']] de [[w:Vinci_(Toscane)|''Vinci'']].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Vitruve|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Vitruve_back|<span id="Vitruve"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre latin Vitrūvius. </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:De_architectura|''De architectura'']] [[#Architectura|<span id="Architectura_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’[[w:Antiquité_classique|''Antiquité classique'']], dédié à l’empereur [[w:Auguste|'''Auguste''']] [[#Auguste|<span id="Auguste_back"><sup>'''II'''</sup></span>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Architectura|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Architectura_back|<span id="Architectura"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn [[wikt:en:ἀρχιτέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « maître d’œuvre, architecte »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- [[wikt:en:ἀρχι-#Ancient_Greek|(en)]], dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō [[wikt:en:ἄρχω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un [[w:Archonte|Archonte]]. » ou ἀρχός / arkhós [[wikt:en:ἀρχός#Ancient_Greek|(en)]], « Souverain, chef, prince »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">➥ du nom commun τέκτων / téktōn [[wikt:en:τέκτων#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Auguste_back|<span id="Auguste"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus [[wikt:en:augustus#Latin|(en)]], « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Premier [[w:Empereur_romain|''empereur romain'']], le 16 janvier [[w:27_av._J.-C.|-27]], et fondateur de l’[[w:Empire_romain|''empire romain'']].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre [[w:63_av._J.-C.|-63]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à [[w:Rome_antique|''Rome'']] – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son ''père adoptif'' [[w:en:Adoption_in_ancient_Rome|(en)’]], [[w:Jules_César|Jules César]], avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août [[w:14|14]] <sup>[[w:Ier_siècle|⏳]]</sup>, à ''Nola'' [[w:en:Nola#Antiquity|(en)]])'''<br /><p style="text-align: center; margin: 0 2em;">« ''Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...]'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], Livre I, Introduction, § 1.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre II ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre II.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', de l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''<small>II.</small> De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. [[w:Héraclite|'''Heraclitus Ephesius''']], qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis [[wikt:σκοτεινός|Σκοτεινὸς]] est appellatus, ignem. [[w:Démocrite|'''Democritus''']] quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. [[w:Pythagore|'''Pythagoreorum''']] vero disciplina [[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM|<span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo [[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] infinitam retinent in se soliditatem.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM">[[#Pythagoreorum_vero_disciplina_MCHLM_back|(1) - Pythagoreorum vero disciplina]]</span>. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM">[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_MCHLM_back|(2) - Sempiterno aevo perpetuo]]</span>. Cicéron ([https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/catilinaire4.htm ive Catilinaire, ch. 9]) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternus[[#Sempiterno_aevo_perpetuo|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo_back"><sup>I</sup></span>]]. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Sempiterno_aevo_perpetuo_back|<span id="Sempiterno_aevo_perpetuo"><sup>I</sup></span>]]''' IX. [...]le feu éternel et sacré de Vesta[...]<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]] : Quatrième discours contre L. Catilina, prononcé dans le Sénat, chapitre IX.</small> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">De principiis re[[w:ꝴ|{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}}]] [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />c[[w:D_barré|{{Info|đ|La lettre đ ou d barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />m p[[w:Ħ|{{Info|ħ|La lettre ħ ou h barré, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée pour noter tous les phonèmes des langues qui l’utilisent.}}]]<nowiki />orú opinióes.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">tHales quidé primú aquá putauit oíum re{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} e{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e príncípíum Heraclitus ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius qui [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pter ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curitaté {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ctipto{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} a græcis Scotinos e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t appellatus ignem. Democritus quiq; eú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecutus e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t.Epicurus Athomos quos nŕi in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ecabilia cor[[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]]<nowiki />a:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo{{Info|ꝴ|La lettre num, ꝴ (minuscule uniquement), est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de -num ou -nus.}} uero di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i nó proprie res noiauit:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed tín indiuidua cor{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}a {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}uit.Ideo ea ip̃a dixi{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e ui det́ [[w:Ꝙ|{{Info|ꝙ|La lettre ꝙ ou q à barre diagonale, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de quod, qui et que.}}]]<nowiki /> ea cú {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}int di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ectionibus diuidunt́:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ed {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}empiterno æuo {{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}petuo infinitá retinent in {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oliditaté.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://libcoll.mpiwg-berlin.mpg.de/libview?start=31&viewMode=image&mode=texttool&characterNormalization=orig&viewLayer=dict&url=/mpiwg/online/permanent//library/4YSU4X91/index.meta&pn=31 <u>De architectura</u>]. [[w:Giovanni_Sulpizio_da_Veroli|Giovanni Sulpizio da Veroli]], 1486-1487</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>2.</small> Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 1.'''</small> '''Thalès''' est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. [[w:Héraclite|'''Héraclite''']] [[#Héraclite_back|<sup>⤴️</sup>]] d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']] [[#Éphèse_back|<sup>⤴️</sup>]], qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς [[#skoteinós|<span id="skoteinós_back"><sup>I</sup></span>]], croyait que c’était le feu. [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] et son sectateur [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] prétendirent que c’étaient les [[w:Atomisme#En_Grèce_antique|''atomes'']] [[#atomes|<span id="atomes_back"><sup>II</sup></span>]], que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de [[w:Pythagore|'''Pythagore''']] [[#Pythagore_back|<sup>⤴️</sup>]] ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. '''Démocrite''', bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> <small>'''§ 2.'''</small> Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre2.htm <u>Vitruve, De l’Architecture</u>. ''Tome Premier. Livre II.''] ''Chapitre II.'', traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k236629/f149 ''ici''])</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#skoteinós_back|<span id="skoteinós"><sup>I</sup></span>]] Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós [[wikt:en:σκοτεινός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun σκότος / skótos [[wikt:en:σκότος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós [[wikt:en:-εινός#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#atomes_back|<span id="atomes"><sup>II</sup></span>]] De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos [[wikt:en:ἄτομος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du préfixe [[wikt:ἀ-#Grec_ancien|ἀ- / a-]] [[wikt:en:ἀ-#Ancient_Greek|(en)]], « 1. ''Préfixe privatif'', aussi appelé ''alpha privatif'' (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón [[w:en:Alpha_privative|(en)]]), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. ''Préfixe copulatif'' (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon [[w:en:Copulative_a|(en)]]) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. ''Préfixe augmentatif ou intensif'' (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. ''Préfixe prosthétique ou euphonique'' pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif τομός / tomós [[wikt:en:τομός#Ancient_Greek|(en)]], « Coupant, pointu. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du verbe τέμνω / témnō [[wikt:en:τέμνω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. [[w:Leucippe|Leucippe]] [[#Leucippe_back|<sup>⤴️</sup>]] et son élève [[w:Démocrite|Démocrite]] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]] sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au [[w:Ve_siècle_av._J.-C.|V<sup>ème</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, doctrine reprise par [[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]], puis à [[w:Rome_antique|''Rome'']] par [[w:Lucrèce|Lucrèce]] [[#Lucrèce|<span id="Lucrèce_back"><sup>III</sup></span>]] au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Lucrèce_back|<span id="Lucrèce"><sup>III</sup></span>]] [[w:Nom_romain|Tria Nomina]] en latin Titus Lucretius Carus;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Prénom_romain|{{Info|praenomen|nom individuel du citoyen romain}}]] [[wikt:Titus#Latin|Titus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Liste_de_nomina|{{Info|nomen|nom de famille}}]] [[wikt:Lucretius#Latin|Lucretius]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Le [[w:Cognomen|{{Info|cognomen|surnom héréditaire, servant à distinguer les diverses branches d’une même gens}}]] [[wikt:Carus#Latin|Carus]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Poète philosophe latin du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup>]] siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le [[w:De_rerum_natura|''De rerum natura'']] (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’[[w:Épicure|Épicure]] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) </small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALÈS</small> d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos [[#Scoteinos_NdT_ET_AC|<span id="Scoteinos_NdT_ET_AC_back">(1)</span>]], disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des ''éléments''; car lorsqu’il présente ces ''corps'' ou principes comme incapables d’altération [[#altération_NdT_ET_AC|<span id="altération_NdT_ET_AC_back">(2)</span>]] et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir [[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back">(3)</span>]], en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Scoteinos_NdT_ET_AC_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP">(1)</span>]] C’est-à-dire ténébreux.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#altération_NdT_ET_AC_back|<span id="altération_NdT_ET_AC">(2)</span>]] Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire ''individua corpora disjuncta non læduntur'' au lieu de ''non leguntur'', comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC_back|<span id="ceux_qui_veulent_bâtir_NdT_ET_AC">(3)</span>]] Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA45#v=onepage&q=thales&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''CHAPITRE II.'''<br />''Des principes de toutes cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon l’opinion des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes.''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"> T<small>HALES</small> e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t le premier qui a crû que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le principe de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es. '''Heraclite''' ''Ephe{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ien'', qui à cau{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e de l’ob{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es écrits fut {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}urnommé ''Scotinos'', di{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit le feu. '''Democrite''' & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ectateur '''Epicure''' vouloient que ce fu{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre coupez ny divi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i Democrite n’a pas donné ces me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}mes noms aux principes qu’il établit, mais les a {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eulement propo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez en qualité de corps indivi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ibles, il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble pourtant qu’il ait pretendu {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ignifier la me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e, car quand il les a établis comme [[#Incapables_d_alteration_NdT_CP|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP_back"><sup>1</sup></span>]] incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}olide ; c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t parce qu’il les con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ideroit comme n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tant point encore joints les uns aux autres. De {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}orte que pui{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’il paroi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ées & nai{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de ces principes, & que ces Atomes {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont differents en une infinité de cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}es differentes, je crois qu’il e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t à-propos de parler de leurs divers u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ages, & comment leurs differentes qualitez doivent e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}iderées dans les Edifices, afin que [[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back"><sup>2</sup></span>]] ceux qui veulent ba{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tir en ayant connoi{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ance, ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient pas {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ujets à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e tromper, mais qu’ils pui{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent faire un bon choix de tout ce qui leur peut e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Incapables_d_alteration_NdT_CP_back|<span id="Incapables_d_alteration_NdT_CP"><sup>1.</sup> I<small>NCAPABLES D’ALTERATION</small>.</span>]] Il me {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}emble qu’il n’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t pas difficile de voir qu’il faut lire <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|individua corpora diſiuncta non laduntur|les corps individuels ne sont pas séparés}}''<FONT COLOR="#000000"> au lieu de <FONT COLOR="#3366BB">''{{Info|non leguntur|ils ne sont pas .}}''<FONT COLOR="#000000">, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ens e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que les corps ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ont compo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ez.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#premier_7_sages_NdT_GFS_dC_back|<span id="premier_7_sages_NdT_GFS_dC"><sup>2.</sup> A<small>FIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR.</small></span>]] Ceux qui veulent faire pa{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}er Vitruve pour un bonhomme, demy {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait, ou qu’il ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie qu’il n’en {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çait & qu’il n’en e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t be{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oin pour connoi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tre & pour choi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}t que c’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}toit la coûtume de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on temps à Rome où l’e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tude de la Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie étoit une cho{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e rare & nouvelle, d’en faire parade avec une o{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tentation qui ne rendoit pas un autheur au{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}i ridicule qu’elle {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eroit à pre{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent. [[w:Varron_(écrivain)|Varren]] & [[w:Columelle|Columelle]] en une pareille occa{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ion en u{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ent de me{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}me que Vitruve ; car le premier au commencement de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on livre de l’Agriculture qu’il dedie à {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}a femme, s’excu{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}e {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ur {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on peu de loi{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ir de n’avoir pas traité la matiere de {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}on ouvrage, comme il auroit e{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}té nece{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}aire ; & il luy con{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}eille pour {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}uppléer à ce défaut de lire les livres des Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophes, dont il luy en nomme ju{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}qu’à cinquante, & entr’autres Democrite, [[w:Xénophon|Xenophon]], [[w:Aristote|Ari{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}tote]] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Théophraste|Theophra{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}te]] [[#Théophraste_back|<sup>⤴️</sup>]], [[w:Archytas_de_Tarente|Architas]] & [[w:Magon_le_Carthaginois|Magon]], qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}oient guerres moins {{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}çavans en Philo{{Info|ſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ophie, que Democrite & que Pythagore.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP9#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=o11fAAAAcAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PA32#v=onepage&q&f=true ''Livre II. Chapitre II.''], corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeï{{Info|ſſ|forme ancienne de la lettre s minuscule longue}}ant, & très-fidele Serviteur & Sujet [[w:Claude_Perrault|Claude Perrault]], De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673<br />(également disponible [http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/01665A0013Index.asp ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON<br />''les opinions des Philo[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ophes. Chap.'' II.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Thales Mile{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ius fut le premier qui dict que l’eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e (lequel pour l’ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}curité de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}criptz, fut par les Grecz {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnommé Scotinos) debatit que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toit le feu. Con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}equemment Democrite, & Epicure {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ucce{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eur, furent d’opinion que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}toiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps imparti{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ables, & les autres indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles. Ce neátmoins la di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cipline des Pythagori{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes adiou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, nó ob{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tát que Democrite n’ayt appellé les cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es [[w:Ꝑ|{{Info|ꝑ|La lettre ꝑ ou p barré à travers la descendante ou à travers le jambage inférieur, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de per, par, por.}}]] nós [[w:Ꝓ|{{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}]]<nowiki />pres, ains {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulemét {{Info|ꝓ|La lettre ꝓ ou p paraphe, est une lettre additionnelle de l’alphabet latin utilisée en latin au Moyen Âge comme abréviation de pro- ou por-.}}po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é les corps indiui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ibles:{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t ce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emble auoir compris toutes ces opinions en la {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ienne, pourautant que quand les {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emences des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont de{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ioinctes, nul n’a pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ance de les a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}embler. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i elles ne {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ubgectes a perir:& {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ne peuuent e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre diui{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees par aucunes {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ections, ains retiennent en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}oy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Puis donc que de ces Atomes concurrens & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’a{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblás en ma{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e, lon voit que toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles ont vne participation, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}’en produi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent chacune en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pece, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qu’elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eparees en infiniz genres & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ub{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tances, il m’a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emblé nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}aire de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}pecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des mai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages ou lon les applique, afin que quád elles {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eront cógneuses, ceulx qui auront volunte de ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, ne pui{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages les matieres qu’ilz verront commodes a leur de{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eing & in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}titution.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage transmission écrite des opinions de '''Thalès''' par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;"><small>'''1.'''</small> Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae [[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM|<span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae [[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM|<span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]], nec quid '''Thales''', '''Democritus''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''' reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque '''Socrates''', '''Plato''', '''Aristoteles''', '''Zenon''', '''Epicurus''' aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu '''Croesus''', '''Alexander''', '''Darius''' ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM">[[#Itaque_non_mediocres_sed_infinitae_sunt_his_agendae_gratiae_NdT_MCHLM_back|(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae]]</span>. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la ''Grèce'', où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_770_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776.}}]]. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la ''Grèce'' fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à [[w:Velleius_Paterculus|Velleius Paterculus]] : « <FONT COLOR="#3366BB">{{Info|Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est.|Il ne s’est pas trouvé avant celui qu’il imitait, ni après celui qui pouvait l’imiter.}}<FONT COLOR="#000000"> » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de ''Troie'', la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à ''Athènes''. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en ''Aulide'', fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de ''Troie''. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.<br />Les ''Grecs'' avaient appris l’architecture des ''Égyptiens'', qui, sous [[w:Inachos_(mythologie)|Inachus]] (1970 avant J.-C.), fondèrent en ''Grèce'' la première colonie égyptienne. Les autres colonies que [[w:Cécrops|Cécrops]], en 1657 avant J.-C.; [[w:Cadmos|Cadmus]], en 1594; [[w:Danaos|Danaüs]], en 1586, amenèrent eu ''Grèce'', en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, [[w:Deucalion_(fils_de_Prométhée)|Deucalion]] fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième [[w:Olympiade#Correspondance_avec_le_calendrier_julien|''olympiade'']] [[w:Années_580_av._J.-C.#Europe|{{Info|<sup>🔍</sup>|Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50<sup>ème</sup> a eu lieu en -580.}}]]. Lorsqu’il fut tombé en ruines, [[w:Pisistrate|Pisistrate]] entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, [[w:Trophonios|Trophonius]] et [[w:Agamède_fils_d’Erginos|Agamède]], qui étaient l’un et l’autre fils d’[[w:Erginos|Erginus]], postérieur à [[w:Héraclès|Hercule]] et à [[w:Thésée|Thésée]] d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias]] nous apprend ([https://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/arcadie.htm liv. VIII], ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.<br />Les ''Grecs'', dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux ''Égyptiens'', auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote [[#Hérodote_back|<sup>⤴️</sup>]] surtout nous l’assure ([https://remacle.org/bloodwolf/historiens/herodote/euterpe.htm liv. II], ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en ''Grèce'' avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres ''égyptiens'' quantité de choses inconnues en ''Grèce'', sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant [[w:Pierre-Daniel_Huet|Huet]], évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les ''Égyptiens'', rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités ''grecques''; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la ''Grèce'' ; j’invite à lire les [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65338087/f223.item p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture] de M. Daniel Ramée.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM">[[#Quae_res_in_Troja_fuissent_gestae_NdT_MCHLM_back|(2) - Quae res in Troia fuissent gestae]]</span>. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à ''Troie'', non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. </td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f106.item ''Liber Septimus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>1.</small>''' Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits. <br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;"><small>'''2.'''</small> Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de '''Thalès''', de [[w:Démocrite|'''Démocrite''']] [[#Démocrite_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Anaxagore|'''Anaxagore''']] [[#Anaxagore_back|<sup>⤴️</sup>]], de [[w:Xénophane|'''Xénophane''']] [[#Xénophane_back|<sup>⤴️</sup>]] et des autres ''physiciens'', sur les lois de la nature; et les principes que les [[w:Socrate|'''Socrate''']] [[#Socrate_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Platon|'''Platon''']] [[#Platon_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Aristote|'''Aristote''']] [[#Aristote_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Zénon_de_Kitton|'''Zénon''']] [[#Zénon_de_Kitton_back|<sup>⤴️</sup>]], les [[w:Épicure|'''Épicure''']] [[#Épicure_back|<sup>⤴️</sup>]] et les autres ''philosophes'' ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de [[w:Crésus|'''Crésus''']] [[#Crésus_back|<sup>⤴️</sup>]], d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''']], de [[w:Darius_III|'''Darius''']] et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''Livre Septième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre7.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">Préface.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à ''Troie'', et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de '''Thalès''', de '''Démocrite''', d’ '''Anaxagore''', de '''Xénophane''' et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes '''Socrate''', '''Platon''', '''Aristote''', '''Zénon''', '''Épicure''' et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de '''Crésus''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.</div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA69#v=onepage&q&f=true ''Livre VII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Noz predece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eurs non moins {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}agement que profitablement, in{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tituerent que par la compo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ition des liures on lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eroit a la po{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}terité le fruict de toutes bonnes inuentions indu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}trieu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, afin que les louables exercitations ne peri{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent, ains qu’en croy{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}critures peruein{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent de degré en degré au {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouuerain but de doctrine, & {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}erua{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent a perpetuité. A ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e nous ne leur deuons {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, con{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuai{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e affection, ains ont e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té curieux & ententi{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}z a nous lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}er par leurs volumes les intelligences de toutes di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ciplines. À la verité {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i ces bons per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent v{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é de tele cordialité en no{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tre endroit, iamais n’eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions peu entendre queles cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es furent faictes a la guerre de ''Troye'', ny queles opinions eurét des cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es natureles, '''Thales''', '''Democrite''', '''Anaxagoras''', '''Xenophanes''', & le re{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}te des Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens : non (certes) queles fins ont pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}crittes aux hommes, '''Socrates''', '''Platon''', '''Ari{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tote''', '''Zenon''', '''Epicure''', & autres excellens Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes. Au{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i eu{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ions nous ignoré les ge{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes de '''Cre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}us''', d’ '''Alexandre''', de '''Darius''', & de plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs grans Roys, me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes qui les e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}meut a faire leurs vertueu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es entrepri{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es, n’eu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}té que ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}dictz bons Ance{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tres nous en ont lai{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é des commentaires, enrichiz de {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}entences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de cou{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tumes honne{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre VIII ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Introduction.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’une théorie, de '''Thalès''', sur l’eau principe de toutes choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÆFATIO</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">D<small>E</small> septem sapientibus '''Thales''' ''Milesius'' [[#Thales_Milesius_MCHLM|<span id="Thales_Milesius_MCHLM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] omnium rerum principium aquam est professus, '''Heraclitus''' ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; '''Euripides''' auditor Anaxagoræ, quem philosophum ''Athenienses'' scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. '''Pythagoras''' vero, '''Empedocles''', '''Epicharmus''' aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Thales_Milesius_MCHLM">[[#Thales_Milesius_MCHLM_back|(1) - Thales Milesius]]</span>. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f222.item ''Liber Octavus. Præfatio.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>INTRODUCTION</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">L<small>E</small> premier des sept sages, '''Thalès''' de ''Milet'', soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. '''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''' avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f223.item ''Livre Huitième. Introduction.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre8.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>PRÉFACE</small>.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Thalès''' de ''Milet'', l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; '''Héraclite''' disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; '''Euripide''', qui avait été disciple d’ '''Anaxagore''', et que les ''Athéniens'' appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air [[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC|<span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]]; que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">'''Pythagore''', '''Empédocle''', '''Épicharme''', et les autres ''philosophes'' et ''physiciens'', ont établi quatre principes, savoir : l’A<small>IR</small>, le F<small>EU</small>, l’E<small>AU</small> et la T<small>ERRE</small>, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC">[[#ce_qui_provient_de_lair_retourne_dans_lair_PTC_back|(1)]]</span> Je traduis ainsi ''cœli regiones'', parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par ''cœlum''.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA121#v=onepage&q&f=true ''Livre VIII. Préface.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em; text-indent: 15px;">L<small>E</small> ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe'' '''Thales''' natif de ''Milete'' en la Region de ''Carie'', qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t d’A{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ie la mineur, & lequel fut l’vn des {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t commencement de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. '''Heraclite''' d’Ephe{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e que c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t le Feu. Les ''Pre{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tes des Per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans'' nommez en leur langue [[w:Mage|''Magi'']], c’e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t a dire {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ont cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e de la generation & corruption de toutes cho{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}es. Mais '''Euripide''' auditeur d’ '''Anaxagoras''', que les ''Atheniens'' {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}urnomment ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophe Scenique'', attribua ce{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t effect a l’Air & a la Terre, di{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ant que ladicte Terre conceoit & prend {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}emence des Pluyes & Ro{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ees du Ciel, & qu’elle en a ain{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}i produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : me{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}mes que ce qui e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}t prouenu d’elle, alors qu’il vient a {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e di{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouldre par la nece{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ité du temps, retourne en pouldre, {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans receuoir extermination, mais ({{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ans plus) changement, parce qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}e reduict en la propriété qu’il {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ouloit auoir en {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}on principe. Toutesfois '''Pythagoras''', '''Empedocles''', '''Epicharme''', & plu{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ieurs autres grans per{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}onnages tant '' Phy{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}iciens'' comme ''Philo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ophes'', ont propo{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}é quatre commencemens, a{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}auoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tant allyez en la formation naturele, cau{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ent les qualitez de toutes e{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}peces differentes. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto;">― • ―</div> ==== Livre IX ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. ''Gnomonique'' : cadrans solaires, horloges à eau.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre VI.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Témoignage d’ouvrages de '''Thalès''', portant sur le principe des choses.</div> :'''Texte latin''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">De naturalibus autem rebus '''Thales''' ''Milesius'', '''Anaxagoras''' ''Clazomenius'', '''Pythagoras''' ''Samius'', '''Xenophanes''' ''Colophonius'', '''Democritus''' ''Abderites'', rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus '''Eudoxus''', '''Euchaemon''', '''Callippus''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' [[#Aratus_NdT_CM|<span id="Aratus_NdT_CM_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]] ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas [[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM|<span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare [[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM|<span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Aratus_NdT_CM">[[#Aratus_NdT_CM_back|(1) - ''Aratus.'']]</span> Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les ''Phénomènes''. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM">[[#parapegmatorum_disciplinas_NdT_CM_back|(2) - ''Parapegmatorum disciplinas.'']]</span> S’il faut en croire [[w:Claude_Saumaise|Saumaise]], les parapegmes [[wikt:en:parapegma#Latin|(en)]] auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot ''parapegme'', pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM">[[#tempestatum_significatus_post_futuros_ante_pronuntiare_NdT_CM_back|(3) - ''Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare.'']]</span> Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f352.item ''Liber Nonus. VI.''], <sup>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f411.item ''NOTES.'']</sup>, traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; height: 520px; overflow: auto; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''VI. <small>De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.</small>'''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[...]<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des '''Thalès''' de ''Milet'', des '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', des '''Pythagore''' de ''Samos'', des '''Xénophane''' de ''Colophon'', des '''Démocrite''' d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, '''Eudoxe''', '''Euchémon''', '''Callippe''', '''Méton''', '''Philippe''', '''Hipparque''', '''Aratus''' et tous les autres ''philosophes'' ont fait, à l’aide des ''parapegmes'', les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f1.item <u>Vitruve. Tome second et dernier.</u>] [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k23663n/f355.item ''Liber Nonus. VI.''], traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. {{Info|[https://data.bnf.fr/12555771/charles-louis_maufras/ Ch. Maufras]|Membre de la Société des antiquaires de Normandie, de la Société linnéenne du Calvados, de la Société pour la conservation et la description des monuments historiques, professeur au collège Rollin}}, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848<br />(édition de 1847 également disponible [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/Vitruve/livre9.htm ''ici''])</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;"><small>CHAPITRE VII.</small>.<br /><p style="text-align: center;"><small>DES CONSTELLATIONS DU MIDI.</small><br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés '''Thalès''' de ''Milet'', '''Anaxagore''' de ''Clazomène'', '''Pythagore''' de ''Samos'', '''Xénophante''' de ''Colophon'', et '''Démocrite''' d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, '''Euchæmon''' [[#Euchæmon_NdT_PTC|<span id="Euchæmon_NdT_PTC_back"><sup>'''(1)'''</sup></span>]], '''Calippius''', '''Meto''', '''Philippus''', '''Hipparchus''', '''Aratus''' et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la ''Parapegmatique'' [[#Parapegmatique_NdT_PTC|<span id="Parapegmatique_NdT_PTC_back"><sup>'''(2)'''</sup></span>]] [[#Parapegmatique|<span id="Parapegmatique_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps [[#changements_du_temps_NdT_PTC|<span id="changements_du_temps_NdT_PTC_back"><sup>'''(3)'''</sup></span>]] ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin. </div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Euchæmon_NdT_PTC">[[#Euchæmon_NdT_PTC_back|(1)]]</span> [[w:Adrien_Turnèbe|Turnèbe]] corrige cet endroit, et, au lieu de ''Eudæmon, Callipptus, Meto'', qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : ''Euchæmon, Calippius, Meto'', qui sont les noms des illustres astronomes dont [[w:Claude_Ptolémée|Ptolomée]] fait mention.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="Parapegmatique_NdT_PTC">[[#Parapegmatique_NdT_PTC_back|(2)]]</span> J’ai traduit ''parapegmata'', l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que ''parapegma'', en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que ''parapegma'', selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés ''parapegmata'' par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : ''siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt''. Or ''parapegma'' est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small><span id="changements_du_temps_NdT_PTC">[[#changements_du_temps_NdT_PTC_back|(3)]]</span> L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=PP7#v=onepage&q&f=true <u>Les dix livres d’Architecture de Vitruve</u>], [https://books.google.fr/books?id=DSiz0YNRXy0C&newbks=1&newbks_redir=0&dq=vitruve%20de%20l’architecture%20tome%20premier%20livre%202&hl=fr&pg=RA2-PA192#v=onepage&q&f=true ''Livre IX. Chapitre VII.''], avec les notes de [[w:Claude_Perrault|Perrault]], nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. [[w:Tardieu_(patronyme)|Tardieu]] et [https://data.bnf.fr/fr/10266278/jean-antoine_coussin/ A. Coussin] fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Parapegmatique_back|<span id="Parapegmatique"><sup>I</sup></span>]] Du nom commun latin [[wikt:parapegma#Latin|parapegma]]; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma [[wikt:en:παράπηγμα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de la préposition παρά / pará [[wikt:en:παρά#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du verbe πήγνυμι / pḗgnumi [[wikt:en:πήγνυμι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma [[wikt:en:-μα#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les ''Syriens'' et les ''Phéniciens'', qui indiquaient les levers et les couchers des astres.</small>'''{{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: center; margin: 0 2em;">'''DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV'''<br />''Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.''VII.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">[…] Mais pour les cho[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />es natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par rai[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ons [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ubtilement excogitees nous ont in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />truictz comment Nature [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calli[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />uyui les de[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />us nommez, n’ont par A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologie [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />eulement cogneu la nai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ance & decours des E[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />toilles, mais d’auantage predict [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />elon cela les euenements des orages & tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes, le tout au moyen de leurs regles & in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trumens A[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />trologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la po[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />terité. Parquoy ie dy que teles [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ciences [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />ont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />té cherchees a [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />i grad [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oing & diligence qu’il [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />emble que ce [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />oit in[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />piration diuine qui faict iuger le[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />dictz euenemens des tempe[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie lai[[w:S_long|{{Info|ſſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />e cela pour les e[[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />tudes & exercices de ceulx qui [[w:S_long|{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}]]<nowiki />’y vouldront amuzer. </div></poem> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/LES1785Index.asp <u>Architecture ou Art de bien ba{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}tir, de Marc Vitruue Pollion Autheur</u>], ''Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion.'', mis de latin en Francoys par [[w:Jean_Martin_(humaniste)|Ian Martin]] Secretaire de Mon{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}eigneur le [[w:Robert_de_Lenoncourt_(cardinal)|Cardinal de Lenoncourt]], povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue {{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}ainct Iacques a l’E{{Info|ſ|forme ancienne longue de la lettre s minuscule}}cu de Colongne. M.D.XL.VII.</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> == [[w:Diodore_de_Sicile|'''Diodore''']] [[#Diodore|<span id="Diodore_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Histoire_de_la_Sicile#241_av._J.-C._-_535_:_Sicile_romaine|''Sicile'']] [[#Sicile|<span id="Sicile_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]]) [[s:Auteur:Diodore_de_Sicile|<sup>📚</sup>]] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">[[w:Historien#Les_historiens_de_l'époque_romaine|Historien]] [[#Historien|<sup>⤴️</sup>]] ''grec'' [[#Grec|<sup>⤴️</sup>]] du [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], contemporain de '''Jules César''' [[#Jules_César_back|<sup>⤴️</sup>]] et d’'''Auguste''' [[#Auguste_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Diodore de ''Sicile''|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Diodore_back|<span id="Diodore"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre ''théophore'' [[#théophore_back|<sup>⤴️</sup>]] grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros [[wikt:en:Διόδωρος#Ancient_Greek|(en)]], littéralement « don de Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ De Ζεύς / Zeús [[#NdA_mythologie_grecque_back|<sup>⤴️</sup>]], « Zeus »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du nom commun δῶρον / dôron [[wikt:en:δῶρον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px">[[#Sicile_back|<span id="Sicile"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā [[wikt:en:Σικελία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos [[wikt:en:Σικελός#Ancient_Greek|(en)]], « Sicule, ancien peuple de la ''Sicile'' »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ +‎ du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā [[wikt:en:-ία#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">À l’issue de la [[w:Première_guerre_punique|''première guerre punique'']] ([[w:-264|-264]] — [[w:-241|-241]]), la ''Sicile'' tombe aux mains des ''romains'', devenant dès lors la première [[w:Province_romaine|''province romaine'']] hors de la ''péninsule italienne''. Seule la petite royauté de [[w:Syracuse|''Syracuse'']], confiée à [[w:Hiéron_II|Hiéron II]] qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en [[w:-211|-211]] après son alliance avec ''Carthage'' lors de la [[w:Deuxième_guerre_punique|''deuxième guerre punique'']] et un [[w:Siège_de_Syracuse_(213_av._J.-C.)|''long siège'']] mené par le consul Marcellus [[Marcellus-222_back|<sup>⤴️</sup>]]. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la ''Sicile'' est pour ''Rome'' une importante source de céréales, selon l’expression de [[w:Caton_l%27Ancien|Caton l’Ancien]] :'''<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: center;">« ''M. '''Caton''', cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">'''[https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/preture.htm <u>Discours VII. de Cicéron</u> ''Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque_back|<sup>⤴️</sup>]] ''historique'' [[#Histoire_back|<sup>⤴️</sup>]]<p style="text-align: right;">[[s:Bibliothèque_historique|<sup>📚</sup>]] === <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">Ouvrage d’[[w:Histoire_de_l'humanité|''histoire universelle'']], compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à '''Jules César'''. Il a été rédigé en grec au [[w:Ier_siècle_av._J.-C.|I<sup>er</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]] et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des ''Barbares'' et des ''Grecs'' et les livres de XI à XX traitant la période de [[w:-480|-480]] à [[w:-302|-302]], ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la [[w:Guerre_de_Troie|''Guerre de Troie'']] et à la fin des [[w:Guerres_m%C3%A9diques|''Guerres médiques'']]).</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Bibliothèque historique|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: center; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><small>''IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre [[w:en:Agira#History|(en)]], en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d'Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome.'' »<br /><p style="margin: 0 2em; text-align: right;">''' [[w:Ibidem|{{Info|''Ibid.''|Locution latine signifiant « même endroit », utilisé pour éviter la répétition lorsque la même source a été citée dans la référence précédente.}}]], [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre IV''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ==== Livre I ==== <poem> <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en ''Égypte''. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.</div></poem> ===== <div style="text-align: center;">Chapitre XXXVIII.</div> ===== <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Réfutation par '''Diodore''' d’une théorie de '''Thalès''' sur la crue du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 390px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. '''Thalès''', l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le ''Nil'' inonde toute la ''Basse-Égypte''. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1b.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et C<sup>ie</sup>, 1865<br />(également disponible [https://books.google.fr/books?id=WWsOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&ved=2ahUKEwj_9Pr-y4WGAxVHT6QEHQeIBFgQ6AF6BAgKEAI#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ici] ou [[s:Page:Diodore_de_Sicile_-_Bibliothèque_historique,_Delahays,_1851.djvu/72|là]]</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXXVIII.</small>''' Après avoir parlé des sources et du cours du ''Nil'', nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. '''Thalès''', compté au nombre des sept sages de la ''Grèce'', l’attribue aux vents Étésiens [[#vents_Étésiens_NdT_AM|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM_back">'''<sup>1</sup>'''</span>]], qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau [[#même_élévation_NdT_AM|<span id="même_élévation_NdT_AM_back">'''<sup>2</sup>'''</span>]]; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du ''Nil''.</div></poem> <table cellspacing=10 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#vents_Étésiens_NdT_AM_back|<span id="vents_Étésiens_NdT_AM"><sup>1</sup></span>]] Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.</small>'''</poem></td> </tr> <tr> <td style="text-align: justify; text-indent: 15px"> <poem>'''<small>[[#même_élévation_NdT_AM_back|<span id="même_élévation_NdT_AM"><sup>2</sup></span>]] Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.</td> </tr> </small>''' </poem></table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=true <u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>], [https://books.google.fr/books?id=oXp5jRK9Fl0C&printsec=frontcover&dq=diodore+de+sicile+bibliotheque+historique&hl=fr&newbks=1&newbks_redir=0&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=thal%C3%A8s&f=true ''Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII''], traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''<small>XXIV.</small>''' Conjectures sur la cause des débordements du ''Nil''.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Après avoir parlé des sources du ''Nil'', nous passerons à ses débordements.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Première conjecture.<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''Thalès''' un des sept sages de la ''Grèce'', dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du ''Nil'' empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au ''Nil''.</div> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;"><u>Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile</u>, [http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre1.htm ''Tome Premier : Livre I chapitre XXIV''], traduite en françois par Monsieur l’[[w:Jean_Terrasson|abbé Terrasson]], de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737</div></poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto 0 auto">Suite des [[Philosophie/Thalès de Milet/Textes_et_traductions_Ier_millénaire_EC|Textes et traductions au Ier millénaire EC]]</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] k40ptx6unuqj1ami8jxlr6xfv0oe116 Utilisateur:Urhixidur 2 12322 766175 714658 2026-05-06T20:38:20Z Urhixidur 2322 <s> 766175 wikitext text/x-wiki {{page personnelle}} {{#babel:fr-N|en-5}} <table cellspacing="0" cellpadding="0" class="mw-babel-wrapper"> <tr> <td>{{Userbox|info-c=#EEE|id-c=#ADA|id=art-tsolyáni-1|info=Màsuntsólukoi trashóm chidóm tla tsolyáni.}}</td> </tr> </table> ==Interwiki== [http://www.angelfire.com/pq/Urhixidur/index.html Page web personnelle (en anglais pour le moment)] * [[:incubator:User:Urhixidur|'''Incubator''']] * [[:mw:User:Urhixidur|'''MediaWiki''']] * [[:meta:User:Urhixidur|'''Meta''']] * [http://www.omegawiki.org/User:Urhixidur '''Omegawiki''']<!-- * '''Wikibooks''' : [[:b:en:User:Urhixidur|English]] &middot; 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[[:wikt:es:Usuario:Urhixidur|Español]] &middot; [[:wikt:eo:Uzanto:Urhixidur|Esperanto]] &middot; [[:wikt:fr:Utilisateur:Urhixidur|Français]] &middot; [[:wikt:nl:Gebruiker:Urhixidur|Nederlands]] &middot; [[:wikt:pl:Wikipedysta:Urhixidur|Polski]] &middot; [[:wikt:pt:Usuário:Urhixidur|Português]] &middot; [[:wikt:ja:%E5%88%A9%E7%94%A8%E8%80%85:Urhixidur|日本語]] ---- * '''Mastodon''' : [https://mstdn.ca/@Urhixidur Urhixidur @ mstdn.ca] * '''Diaspora''' : [https://diasp.org/people/711ed870b7b5013ca26928a1592b385a Urhixidur @ diasp.org] * [http://1d4chan.org/wiki/User:Urhixidur 1d4chan] * [http://wiki.archlinux.org/index.php/User:Urhixidur Arch Linux Wiki] * [http://translatewiki.net/wiki/User:Urhixidur BetaWiki (Nuka-Wiki/Translatewiki)] * [http://wiki.documentfoundation.org/User:Urhixidur Document Foundation Wiki] * [https://dungeonuniversalis.miraheze.org/wiki/User:Urhixidur Dungeon Universalis Wiki] * [http://wiki.eclipse.org/index.php?title=User:Daniel.thibault.drdc-rddc.gc.ca Eclipse Wiki] * [http://elinux.org/User:Urhixidur Embedded Linux Wiki] * [http://wiki.mabinogiworld.com/index.php?title=User:Urhixidur Mabinogi World Wiki] * [http://www.uesp.net/wiki/User:Urhixidur Unofficial Elder Scroll Pages] * [https://community.fandom.com/wiki/User:Polytherion Central Fandom] ** '''WikIkariam''' : [https://ikariam.fandom.com/index.php?title=User:Polytherion English] &middot; [https://ikariam.fandom.com/fr/wiki/Utilisateur:Polytherion Français] ** [https://cthulhuwars.fandom.com/wiki/User:Polytherion Cthulhu Wars Strategy Wikia (English)] <!-- * http://wikinfo.org/w/index.php/User:Urhixidur, then http://wwtrade.org/m/index.php/User:Urhixidur and http://wikinfo.org/w/English/index.php/User:Urhixidur, then http://wwtrade.org/English/index.php/User:Urhixidur, then http://wwtrade.org/wikinfo/index.php/User:Urhixidur Wikinfo --> ---- [[en:User:Urhixidur]] [[it:Utente:Urhixidur]] [[pt:Usuário:Urhixidur]] kbo0lzg5d7mvbep3rlme1r13pphuvyk Livre de cuisine/Baeckeoffe 0 18231 766149 516991 2026-05-06T19:11:08Z DavidL 1746 /* Ingrédients */ 766149 wikitext text/x-wiki {{Livre de cuisine}} Le '''baeckeoffe''' est un plat traditionnel [[w:Alsace|alsacien]], dont la préparation s'étale sur plus de 24 heures et dont voici la [[w:recettes de cuisine|recette]] pour 6 personnes. == Ingrédients == * {{Unité|700|g}} de paleron de {{i|bœuf}} (il est possible d'utiliser du gîte), * {{Unité|700|g}} d'épaule de {{i|porc}}, * {{Unité|700|g}} d'épaule d'{{i|'=oui|agneau}}, * 1 queue ou 1 pied de porc (facultatif), * {{Unité|1.5|kg}} de {{i|pomme de terre|pommes de terre}}, * 2 gros {{i|'=oui|oignon}}s, * 2 gousses d'{{i|'=oui|ail}}, * 2 blancs de {{i|poireau}}x (facultatif)*, * 3 grosses {{i|carotte}}s (facultatif)*, * {{i|persil|Persil}}, {{i|thym}}, {{i|laurier sauce|laurier}}, clous de girofle, {{i|baie de genièvre|baies de genièvre}}, * {{Unité|75|cl}} de {{i|vin blanc d'Alsace}}, de préférence du pinot blanc, * {{Unité|4|cl}} de {{i|cognac}} (facultatif). ''* Comme pour tous les plats traditionnels, plusieurs écoles s'affrontent assez durement sur la recette dite "originale" - il est ainsi à noter que seuls les pommes de terre et les oignons sont incontestés, tandis que l'ajout de carottes ou de poireaux relève, selon certaines sources, de l'hérésie pure.'' == Préparation == [[Image:Baeckeoffe dans l'assiette.jpg|thumb|right|300 px|Assiette de baeckeoffe.]] *Couper les carottes et les blancs de poireaux en grosses rondelles (éventuellement) ; *éplucher l'oignon et l'ail ; *détailler les viandes en petits cubes et les faire mariner durant 24 à 48 heures dans le vin avec l'oignon, l'ail, les carottes (éventuellement), les poireaux (éventuellement), sel, poivre, laurier, thym, clous de girofle et genièvre. Le jour de la cuisson : *émincer l'autre oignon ; *le faire revenir dans un peu d'huile (d'arachide) ; *lorsque l'oignon devient transparent, l'étaler au fond de la terrine (de préférence la terrine traditionnelle en terre cuite émaillée, ou à défaut une terrine allant au four) ; *éplucher et couper les pommes de terre en fines rondelles (on peut également les couper en quartiers afin de conserver le moelleux de la pomme de terre « à la boulangère ») ; *disposer la moitié des pommes de terre en une couche au fond de la terrine, sur l'oignon ; *déposer la marinade (viande et liquide) sur la couche de pommes de terre ; *compléter la terrine par une seconde couche de pommes de terre ; *rajouter du vin blanc jusqu'à ce que le niveau de liquide soit visible ; *saler et poivrer légèrement le dessus ; *couvrir la terrine avec le couvercle, et le luter avec une pâte faite d'un mélange de farine et d'eau (attention : le couvercle doit avoir un petit trou. Si ce n'est pas le cas, ne pas luter complètement) ; *cuire 1 h (ou jusqu'à débordement) à 230 °C (thermostat 7), puis 1 h à 170 °C (thermostat 5) et enfin 1 h à 110 °C (thermostat 3). Servir avec un riesling et une salade verte. == Bibliographie == Margerite Doerflinger, ''Petit recueil de la gastronomie alsacienne, 75 recettes simples'', Édition SAEP, Colmar-Ingersheim, 1977, 64 pages. == Voir aussi == *[[w:Baeckeoffe]] [[Catégorie:Cuisine alsacienne]] almtzj5pre31y6g14dyv29jz3dz06re 766152 766149 2026-05-06T19:12:24Z DavidL 1746 /* Préparation */ 766152 wikitext text/x-wiki {{Livre de cuisine}} Le '''baeckeoffe''' est un plat traditionnel [[w:Alsace|alsacien]], dont la préparation s'étale sur plus de 24 heures et dont voici la [[w:recettes de cuisine|recette]] pour 6 personnes. == Ingrédients == * {{Unité|700|g}} de paleron de {{i|bœuf}} (il est possible d'utiliser du gîte), * {{Unité|700|g}} d'épaule de {{i|porc}}, * {{Unité|700|g}} d'épaule d'{{i|'=oui|agneau}}, * 1 queue ou 1 pied de porc (facultatif), * {{Unité|1.5|kg}} de {{i|pomme de terre|pommes de terre}}, * 2 gros {{i|'=oui|oignon}}s, * 2 gousses d'{{i|'=oui|ail}}, * 2 blancs de {{i|poireau}}x (facultatif)*, * 3 grosses {{i|carotte}}s (facultatif)*, * {{i|persil|Persil}}, {{i|thym}}, {{i|laurier sauce|laurier}}, clous de girofle, {{i|baie de genièvre|baies de genièvre}}, * {{Unité|75|cl}} de {{i|vin blanc d'Alsace}}, de préférence du pinot blanc, * {{Unité|4|cl}} de {{i|cognac}} (facultatif). ''* Comme pour tous les plats traditionnels, plusieurs écoles s'affrontent assez durement sur la recette dite "originale" - il est ainsi à noter que seuls les pommes de terre et les oignons sont incontestés, tandis que l'ajout de carottes ou de poireaux relève, selon certaines sources, de l'hérésie pure.'' == Préparation == [[Image:Baeckeoffe dans l'assiette.jpg|thumb|right|300 px|Assiette de baeckeoffe.]] # Couper les carottes et les blancs de poireaux en grosses rondelles (éventuellement) ; # Éplucher l'oignon et l'ail ; # Détailler les viandes en petits cubes et les faire mariner durant 24 à 48 heures dans le vin avec l'oignon, l'ail, les carottes (éventuellement), les poireaux (éventuellement), sel, poivre, laurier, thym, clous de girofle et genièvre. Le jour de la cuisson : # émincer l'autre oignon ; # le faire revenir dans un peu d'huile (d'arachide) ; # lorsque l'oignon devient transparent, l'étaler au fond de la terrine (de préférence la terrine traditionnelle en terre cuite émaillée, ou à défaut une terrine allant au four) ; # éplucher et couper les pommes de terre en fines rondelles (on peut également les couper en quartiers afin de conserver le moelleux de la pomme de terre « à la boulangère ») ; # disposer la moitié des pommes de terre en une couche au fond de la terrine, sur l'oignon ; # déposer la marinade (viande et liquide) sur la couche de pommes de terre ; # compléter la terrine par une seconde couche de pommes de terre ; # rajouter du vin blanc jusqu'à ce que le niveau de liquide soit visible ; # saler et poivrer légèrement le dessus ; # la terrine avec le couvercle, et le luter avec une pâte faite d'un mélange de farine et d'eau (attention : le couvercle doit avoir un petit trou. Si ce n'est pas le cas, ne pas luter complètement) ; # cuire 1 h (ou jusqu'à débordement) à [[Thermostat de cuisson|230 °C (thermostat 7)]], puis 1 h à 170 °C (thermostat 5) et enfin 1 h à 110 °C (thermostat 3). Servir avec un riesling et une salade verte. == Bibliographie == Margerite Doerflinger, ''Petit recueil de la gastronomie alsacienne, 75 recettes simples'', Édition SAEP, Colmar-Ingersheim, 1977, 64 pages. == Voir aussi == *[[w:Baeckeoffe]] [[Catégorie:Cuisine alsacienne]] lfdrrve55razijgd3hrpw66f02pahmr Livre de cuisine/Crème Alsacienne 0 35290 766147 333222 2026-05-06T19:07:02Z DavidL 1746 766147 wikitext text/x-wiki {{SansGluten}} {{Livre de cuisine}} La '''Crème Alsacienne''' est un mets d'origine alsacienne, sous forme de crème à base de petits-suisses parfumés au Kirsch avec des {{i|fruit}}s confits.<br /> {{~Gluten}} ==Composition== Pour quatre personnes : * 8 petits-suisses double crème, * 4 {{i'|œuf|œufs}}, * 4 cuillerées à soupe de {{i|sucre}} en poudre, * 1 cuillerée à soupe de {{i|kirsch}}, * 8 {{i|cerise}}s confites. ==Recette== # Séparez les blancs et les jaunes des œufs. # Mettez les jaunes dans une {{Ustensile|terrine}} avec 4 cuillerées à soupe de sucre en poudre et battez avec une cuillère en bois jusqu'à ce que le mélange blanchisse. # Ajoutez les petits-suisses double crème. # Tournez de nouveau pour obtenir une pâte bien lisse. # Ajoutez une cuillerée à soupe de Kirsch et mélangez. # Mettez au frais jusqu'au moment de servir. # Battez en neige très ferme les blanc. # Ajoutez-les à la crème en mélangeant doucement. # Versez la préparation dans un {{Ustensile|compotier}} et disposez avec les huit cerises confites en couronne. [[Catégorie:Desserts|Crème alsacienne]] 7hc46c0w40bbb6iwi4xj9w423rw2nmf Neurosciences/Le système nerveux périphérique 0 65755 766053 766048 2026-05-06T13:19:27Z Mewtow 31375 766053 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système somatique et un système viscéral. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/viscéral se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements et sensations conscientes, alors que le système viscéral gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux viscéral gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. ===Le système nerveux somatique=== Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. Il contient aussi bien un système sensoriel qu'un système moteur. Le '''système somatique moteur''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Le '''système somatique sensoriel''' transmet les sensations conscientes du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Il passe à travers la moelle épinière et les nerfs crâniens. ===Le système nerveux viscéral=== Le '''système nerveux viscéral''' innerve les organes internes, ainsi que les organes des sens. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système viscéral a une portion sensorielle, appelée '''système viscéral sensoriel'''. Les organes internes sont en effet pourvu de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations sont souvent inconscientes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Les système viscéral sensoriel transmet les sensations inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Il est relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Précisons cependant qu'il gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le système viscéral a aussi une portion motrice, qui commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Cette portion motrice est appelée le '''système nerveux autonome'''. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il est souvent subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. ===La distinction somatique/viscéral n'est pas parfaite=== Pour le moment, les choses semblent claires : les systèmes somatiques et viscéraux ont chacun une portion motrice et une portion sensorielle. Mais quelques partie du système nerveux périphérique ne rentrent pas facilement dans ces cases. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel somatique/viscéral. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral== La séparation entre SN somatique et SN viscéral a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système viscéral sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/viscéraux. Le système nerveux viscéral est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. Il n'y a pas encore de séparation entre système viscéral et somatique à ce stade. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome et viscéral, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome/viscéral du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système viscéral et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/viscérales. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/viscéral=== Le système nerveux viscéral nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel viscéral, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels viscéraux et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels viscéraux font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système viscéral : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs viscéraux, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation viscérale parasympathique. Les ganglions du système viscéral appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et viscéral. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones viscéraux et sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels somatiques passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones viscéraux suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone viscéral rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels viscéraux traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> kwnl07g5scys7r513sgvgpwqrtnm14h 766054 766053 2026-05-06T13:23:17Z Mewtow 31375 /* La distinction somatique/viscéral n'est pas parfaite */ 766054 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système somatique et un système viscéral. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/viscéral se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements et sensations conscientes, alors que le système viscéral gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux viscéral gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. ===Le système nerveux somatique=== Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. Il contient aussi bien un système sensoriel qu'un système moteur. Le '''système somatique moteur''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Le '''système somatique sensoriel''' transmet les sensations conscientes du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Il passe à travers la moelle épinière et les nerfs crâniens. ===Le système nerveux viscéral=== Le '''système nerveux viscéral''' innerve les organes internes, ainsi que les organes des sens. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système viscéral a une portion sensorielle, appelée '''système viscéral sensoriel'''. Les organes internes sont en effet pourvu de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations sont souvent inconscientes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Les système viscéral sensoriel transmet les sensations inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Il est relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Précisons cependant qu'il gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le système viscéral a aussi une portion motrice, qui commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Cette portion motrice est appelée le '''système nerveux autonome'''. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il est souvent subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. ===La distinction somatique/viscéral n'est pas parfaite=== Pour le moment, les choses semblent claires : les systèmes somatiques et viscéraux ont chacun une portion motrice et une portion sensorielle. Mais quelques partie du système nerveux périphérique ne rentrent pas facilement dans ces cases. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel somatique/viscéral. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral== La séparation entre SN somatique et SN viscéral a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système viscéral sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/viscéraux. Le système nerveux viscéral est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. Il n'y a pas encore de séparation entre système viscéral et somatique à ce stade. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome et viscéral, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome/viscéral du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système viscéral et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/viscérales. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/viscéral=== Le système nerveux viscéral nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel viscéral, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels viscéraux et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels viscéraux font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système viscéral : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs viscéraux, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation viscérale parasympathique. Les ganglions du système viscéral appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et viscéral. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones viscéraux et sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels somatiques passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones viscéraux suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone viscéral rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels viscéraux traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 91fzojvb7miuba2g7zz3zkx2onrgvdp 766055 766054 2026-05-06T13:39:00Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766055 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Il est relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel somatique/viscéral. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral== La séparation entre SN somatique et SN viscéral a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système viscéral sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/viscéraux. Le système nerveux viscéral est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. Il n'y a pas encore de séparation entre système viscéral et somatique à ce stade. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome et viscéral, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome/viscéral du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système viscéral et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/viscérales. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/viscéral=== Le système nerveux viscéral nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel viscéral, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels viscéraux et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels viscéraux font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système viscéral : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs viscéraux, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation viscérale parasympathique. Les ganglions du système viscéral appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et viscéral. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones viscéraux et sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels somatiques passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones viscéraux suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone viscéral rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels viscéraux traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 6vmpsi0yf4y4wrxlq375lnpso5c2zdx 766056 766055 2026-05-06T13:39:25Z Mewtow 31375 /* Le système sensoriel */ 766056 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Il est relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral== La séparation entre SN somatique et SN viscéral a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système viscéral sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/viscéraux. Le système nerveux viscéral est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. Il n'y a pas encore de séparation entre système viscéral et somatique à ce stade. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome et viscéral, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome/viscéral du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système viscéral et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/viscérales. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/viscéral=== Le système nerveux viscéral nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel viscéral, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels viscéraux et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels viscéraux font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système viscéral : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs viscéraux, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation viscérale parasympathique. Les ganglions du système viscéral appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et viscéral. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones viscéraux et sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels somatiques passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones viscéraux suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone viscéral rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels viscéraux traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> hf67mtyumr3g30r0r9d4uun2dzbp9ie 766057 766056 2026-05-06T13:40:01Z Mewtow 31375 /* Le système sensoriel */ 766057 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral== La séparation entre SN somatique et SN viscéral a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système viscéral sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/viscéraux. Le système nerveux viscéral est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. Il n'y a pas encore de séparation entre système viscéral et somatique à ce stade. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome et viscéral, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome/viscéral du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système viscéral et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/viscérales. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/viscéral=== Le système nerveux viscéral nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel viscéral, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels viscéraux et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels viscéraux font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système viscéral : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs viscéraux, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation viscérale parasympathique. Les ganglions du système viscéral appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et viscéral. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones viscéraux et sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels somatiques passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones viscéraux suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone viscéral rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels viscéraux traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> n1imkq4c24e7kpux4g0gimwyxbxp48d 766058 766057 2026-05-06T13:43:06Z Mewtow 31375 /* La séparation anatomique entre système nerveux somatique et viscéral */ 766058 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les sensations et mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et autonome== La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> mpwyyy0aaib1sx698ssj6ooz303tyjm 766059 766058 2026-05-06T13:43:44Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux somatique versus autonome */ 766059 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | Système sensoriel somatique || Système sensoriel viscéral || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et autonome== La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> pc9ew5cj3cyjt740ewri80w8jtpu7f8 766060 766059 2026-05-06T14:40:04Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766060 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==La séparation anatomique entre système nerveux somatique et autonome== La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> eknimdomgf9jcxgpjf6zhj05is2yfg2 766061 766060 2026-05-06T14:41:03Z Mewtow 31375 /* La séparation anatomique entre système nerveux somatique et autonome */ 766061 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Le '''système nerveux parasympathique''' contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. l'adage dit qu'il prépare au combat ou à la fuite. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> cvfihlhwjejgp9ed7jkh3go1wv2t4m8 766062 766061 2026-05-06T14:53:07Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766062 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} L'intuition veut que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Un point bloquant est le fait que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, ce qui fait qu'il y a un certain mélange entre système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent motricité somatique et sympathiques, voire parasympathique. Une autre manière de faire est de séparer ce qui a trait aux nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs spinaux sont en effet des nerfs mixtes, qui mélangent axones sensoriels, somatiques et sympathiques. Le système parasympathique est lui pris en charge par les nerfs crâniens et quelques nerfs spinaux dans le bas du dos. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> jre3kik49uvhhuw4r9excbztee2uhr6 766063 766062 2026-05-06T14:57:23Z Mewtow 31375 766063 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les nerfs et ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. Disons qu'en sortie de la molle épinière, les nerfs sont séparés en nerfs sensoriels et nerfs moteurs. Mais ils entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> c19lyizwxl93rxbnfgxdggw7sbisvb5 766064 766063 2026-05-06T14:58:13Z Mewtow 31375 /* L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome */ 766064 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] Les fibres sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, alors que les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Les points de sortie de chaque fibre autonome sont illustrées ci-contre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> hbcabep8kv15gxrq2b77sqmu78c1q6q 766065 766064 2026-05-06T14:59:08Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux parasympathique */ 766065 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> mbipc776wf9olibk9j779cvbcklgbej 766066 766065 2026-05-06T15:02:05Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766066 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. L'innervation sympathique est elle plus complexe. Les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires, puis font synapse dans des ganglions sympathiques. Ces derniers sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> fm4pdzu8ke3xpdwhww15xymffqmugzz 766067 766066 2026-05-06T15:05:03Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766067 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> qhw7uel65jxqjmli9d1vzabmbdbfbr0 766068 766067 2026-05-06T15:05:18Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766068 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 0jpcp441e3g8gmgt0rw1ulpszu87njq 766072 766068 2026-05-06T15:16:50Z Mewtow 31375 /* Les nerfs spinaux et crâniens */ 766072 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. Aussi, d'autres subdivisions existent. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> r4drbnf688l9h6n1w3jr7ehx6u6xn6g 766077 766072 2026-05-06T15:21:55Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766077 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> kd5fhs4qbdbz0onm39atciuppkvhfyf 766080 766077 2026-05-06T15:23:58Z Mewtow 31375 766080 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> eja8fdllmc5sz9b9zynss4ohiqxqb7j 766081 766080 2026-05-06T15:25:11Z Mewtow 31375 766081 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> pzr6kqxo3dox51mrxy0omupjveivw9j 766082 766081 2026-05-06T15:25:41Z Mewtow 31375 /* Les nerfs périphériques */ 766082 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> ai3okhf9kcbsvt2pii1ojkb3h784054 766083 766082 2026-05-06T15:26:20Z Mewtow 31375 /* Les nerfs périphériques */ 766083 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique regroupe un ensemble de nerfs, de ganglions et d'axones dispersé dans le corps humain. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> e2bkkrhqdermb38i6i7knt099xcq7d9 766084 766083 2026-05-06T15:26:56Z Mewtow 31375 766084 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 7x2pg678zcvspcrrq1y1oll584mle0t 766085 766084 2026-05-06T15:27:46Z Mewtow 31375 /* Les nerfs spinaux et crâniens */ 766085 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. La séparation entre SN somatique et SN autonome a cependant une correspondance anatomique, bien qu'elle soit imparfaite. Les ganglions du système autonome sont partiellement séparés de ceux du système somatique. En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> pp1xtz4kxmy5trkw914uvaodap3ln70 766087 766085 2026-05-06T15:34:07Z Mewtow 31375 /* L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome */ 766087 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 1w4fu7e2i3r5gaf199urjiw4hi1fg7h 766088 766087 2026-05-06T15:34:37Z Mewtow 31375 /* L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome */ 766088 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> r1vd9krcyixearpo3jsexdczogtjnex 766089 766088 2026-05-06T15:34:51Z Mewtow 31375 /* L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome */ 766089 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> d3880e920d3dwfjyi197fl3ykew51id 766091 766089 2026-05-06T15:44:11Z Mewtow 31375 /* Le système sensoriel */ 766091 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le systsème sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Les axones sensoriels sont subdivisés en plusieurs catégories, nommées fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> i2ez2jox9xf0sogimp9yhl4tj6pyyby 766092 766091 2026-05-06T15:44:44Z Mewtow 31375 /* Le système sensoriel */ 766092 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Le critère le plus simple sépare les axones sensoriels des axones moteurs. Mais il n'y a pas de séparation stricte entre nerfs moteurs et sensoriels dans le SNP. Beaucoup de nerfs sont dits mixtes, à savoir qu'ils contiennent des axones moteurs et sensoriels, certes séparés à l'intérieur du nerf. La séparation sensorielle/motrice est purement conceptuelle, pas anatomique. ===Le système sensoriel=== Une première subdivision, très importante, est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels. Le système moteur est lui-même subdivisé en plusieurs autres systèmes moteurs distincts, ce qui fait qu'il mérite une section à part. Par contre, le système sensoriel n'est pas vraiment subdivisé ainsi. Le '''système sensoriel''' transmet les sensations du toucher, mais aussi de la douleur et de quelques autres sensations. Le système somatique sensoriel contient tous les récepteurs sensoriels de la peau, qui permettent de capter le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Il contient aussi les récepteurs sensoriels dispersés dans les muscles, qui mesurent la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ils peuvent capter des signaux sensoriels et les envoyer au cerveau par l'intermédiaire du SNP. Les sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Mais ce n'est pas systématique, le système sensoriel gère aussi des sensations conscientes, notamment la douleur. Ce qui explique que l'on peut avoir mal au ventre, qu'un infarctus du myocarde fait très mal, etc. Le système sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Les axones sensoriels sont subdivisés en plusieurs catégories, nommées fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> gdfefnej6kjped3syqynr700vx48xl2 766093 766092 2026-05-06T15:48:39Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766093 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le système sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Les axones sensoriels sont subdivisés en plusieurs catégories, nommées fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} ===Le système nerveux somatique versus autonome=== Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> g1rusqa07hnvhaaug9yp40r6iptn7ua 766094 766093 2026-05-06T15:48:47Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux somatique versus autonome */ 766094 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le système sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Les axones sensoriels sont subdivisés en plusieurs catégories, nommées fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> bl6l8wortkar70nwi9sfvpysm0slfwh 766095 766094 2026-05-06T15:49:52Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766095 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le système sensoriel est donc relié aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. La sensibilité viscérale a une organisation anatomique assez complexe, comme on le verra dans la suite du chapitre. Une partie passe par le nerf vague, le reste fait un relai à la fois dans les nerfs splanchniques et les ganglions sensoriels/sympathiques. Mais cela deviendra plus clair dans ce qui suit. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> fa429k84hhoxlztfuzd42v16hput4ii 766096 766095 2026-05-06T15:50:13Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766096 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le '''système sensoriel spécial''' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le système moteur est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Et c'est celle-ci que nous allons utiliser dans ce qui suit. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> suxv319eao3uoq759ncjhu5br8ilg0j 766097 766096 2026-05-06T15:51:24Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766097 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> lt77p42knc2brhymld43vmkf83rjn8x 766098 766097 2026-05-06T15:52:28Z Mewtow 31375 /* La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes */ 766098 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> k8f4w6itaaud3wgzscst8nydevfubu1 766099 766098 2026-05-06T15:53:49Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766099 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 2sd46wyc1b6xw216rv9jq0jnwepoers 766100 766099 2026-05-06T15:53:58Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766100 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> qh8bymckgo07r3bfw3htpz5fdleu0yq 766101 766100 2026-05-06T15:54:58Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766101 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. Par exemple, le sens du toucher et les sens associés n'ont pas d'organe, mais utilisent des récepteurs dispersés dans tout le corps. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> lgu6fxc2rl5pjukp19u10dprwbgk8sr 766103 766101 2026-05-06T16:30:54Z Mewtow 31375 /* Les subdivisions du système nerveux périphérique */ 766103 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ===Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> chqkztv7w2bpgrwqq3nco9y2a9l4m9w 766104 766103 2026-05-06T16:31:40Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques */ 766104 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. Dans ce chapitre, nous allons voir l'anatomie du système nerveux périphérique, et voir comment elle est corrélée à ses fonctions sensorielles et motrices. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} ===Les systèmes sympathiques et parasympathiques=== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision parfois séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> egz6lok5mlalv2iu1kp92xplel5vv5q 766105 766104 2026-05-06T16:37:31Z Mewtow 31375 766105 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Les motoneurones de ce système se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. : Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel, mais nous n'utiliserons pas cette définition dans ce cours. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 5u0yokyy3vvv1jwf8ap186vg7xibp2f 766106 766105 2026-05-06T16:46:32Z Mewtow 31375 766106 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières. Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 6ad2gejssnkvzmi7hwy3k0ydcwlxpz1 766107 766106 2026-05-06T16:49:35Z Mewtow 31375 766107 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le systsème nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> dgejvp9nwa17d8dgh5ww19jqqejksme 766108 766107 2026-05-06T16:50:05Z Mewtow 31375 /* Les différences anatomiques entre système sympathique et parasympathique */ 766108 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le systsème nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Tout cela sera détaillé dans la suite de ce chapitre. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> rdo8v09tx5jwvtadk0iepox06fbxju9 766109 766108 2026-05-06T16:50:26Z Mewtow 31375 /* Le systsème nerveux autonome */ 766109 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 5jjsde58rcs4mjf0je2il5l66oa4803 766110 766109 2026-05-06T16:51:37Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux autonome */ 766110 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le système nerveux autonome. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> j2318w036ehp59jssmekyxejnfz64y4 766111 766110 2026-05-06T16:53:35Z Mewtow 31375 /* Les ganglions autonomes */ 766111 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ==Les médicaments du système nerveux autonome== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. ===Les parasympathomimétiques=== Les parasympathomimétiques regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. ===Les parasympatholytiques=== Les parasympathomimétiques se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les sympatholytiques=== Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. ===Les sympathomimétiques=== Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> bj3q7dtwj4xxbgxuzjk1r7mre8v3f8k 766112 766111 2026-05-06T16:54:07Z Mewtow 31375 /* Les médicaments du système nerveux autonome */ 766112 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. ppeftoiw4zauvgtbnl4leoyeab4cjvc 766113 766112 2026-05-06T16:54:18Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766113 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. fljtamuutn04xiqwr92gf9vgreq264f 766114 766113 2026-05-06T16:54:26Z Mewtow 31375 /* Les neuropathies périphériques */ 766114 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. {|class="wikitable" |- ! !! Système somatique !! Système viscéral !! Autres |- ! Système moteur | Système moteur somatique | Système nerveux autonome * Système nerveux sympathique * Système nerveux parasympathique | Système nerveux entérique |- ! Système sensoriel | colspan="2" | Système sensoriel classique || Système sensoriel spécial (nerfs crâniens) |} : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> jemax3opccqyznl1kdu2dnz312d3q19 766115 766114 2026-05-06T16:57:38Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766115 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Le '''système sensoriel''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Le '''système moteur''' est lui-même subdivisé en un système nerveux somatique et un système nerveux autonome. Pour simplifier, la distinction somatique/autonome se fait un critère simple : le système somatique gère les mouvements conscients, alors que le système autonome gère les mouvements inconscients. Elle n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Si on met de côté les organes des yeux, de la langue et de l'oreille interne, il innerve surtout les organes internes comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. : Le terme "système nerveux somatique" est mal définis et plusieurs définitions existent. Il est parfois dit que le système somatique regroupe le système moteur somatique et le système sensoriel. Une autre définition est que le système somatique est en charge des sensations et mouvements conscients, alors que l'autonome prend en charge les sensations et mouvements inconscients. Mais nous n'utiliserons pas des définitions dans ce cours. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> n5g9dz5sx8k9sceilbigoxvqwhezwqh 766116 766115 2026-05-06T17:09:41Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766116 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> bcg4fj3f5jeicrku5x9qzdm4u4xhwuq 766117 766116 2026-05-06T17:13:24Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766117 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 61hdqugwwkctihqqx1n93gw8hg2x7ah 766118 766117 2026-05-06T17:17:29Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766118 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> rql4b6sq77gnev4wf55s1b93scjh7pz 766119 766118 2026-05-06T17:23:05Z Mewtow 31375 /* L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique */ 766119 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> slb48dfsnidih626brzy4c866gljblb 766120 766119 2026-05-06T17:29:58Z Mewtow 31375 /* La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes */ 766120 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Le système nerveux autonome utilise trois neurotransmetteurs : l'acétylcholine, l'adrénaline et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 184w6nvfw039cnspy59e1305hozbm81 766121 766120 2026-05-06T17:32:29Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766121 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système moteur est composé de motoneurones et d'axones efférents, alors que le système sensoriel est composé de neurones sensoriels et d'axones afférents. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 9kjgjoacyjkylfvcdrn4zwt3tsvhffe 766122 766121 2026-05-06T17:32:48Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766122 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 4k6fxivtyiqkkzamro5lqq4o4wna2sd 766123 766122 2026-05-06T17:33:02Z Mewtow 31375 /* Les axones afférents et efférents */ 766123 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> t31cvsvhz7atsikq5f46auq082ev7ri 766124 766123 2026-05-06T17:34:13Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels, moteur et autonome */ 766124 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriels et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 0beta10zgfbzijb6w3p4oboxmuqyqie 766125 766124 2026-05-06T17:35:55Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriels et moteur */ 766125 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> hfqpol4uxm6527aplx19mg4hitgds7c 766126 766125 2026-05-06T17:40:31Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 766126 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le système viscéral prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- | Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- | Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 8e3smlkcxc1n05jd54ah8zxpmsaizfw 766127 766126 2026-05-06T17:42:25Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux somatiques et autonome */ 766127 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Dans le reste de cette section, nous allons surtout parler du système nerveux autonome. Il faut dire que l'anatomie des systèmes sensoriels et somatiques est assez simple. Les motoneurones somatiques se trouvent dans le cortex frontal, le tronc cérébral et la moelle épinière. Leurs axones descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel, les neurones sont des neurones unipolaires localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> cx75cpqim4hglfy90p5ovtybqfyf007 766128 766127 2026-05-06T17:43:59Z Mewtow 31375 766128 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> qass56kusoln3ms3eh2yh7ib4lt9jda 766129 766128 2026-05-06T18:32:38Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux autonome */ 766129 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Le '''système nerveux entérique''' est une subdivision séparée du système autonome, qui est lié au système digestif. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> qn9arju2cju5gaxl31kscpb9reiympe 766130 766129 2026-05-06T18:34:43Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux autonome */ 766130 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> j7hk2n7hp5nrniiu2ldzuafvr9tigfo 766133 766130 2026-05-06T18:37:24Z Mewtow 31375 /* L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique */ 766133 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> so5xbibl3alh6vdj37gqe5qkkxd0bhz 766135 766133 2026-05-06T18:41:29Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 766135 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est subdivisé en deux systèmes différent : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. * A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' perçoit des sensations grâce à des récepteurs sensoriels dispersés dans le corps tout entier. Il innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. La séparation entre sens spéciaux colle aussi avec une autre distinction. Les sens spéciaux ne passent pas par la moelle épinière, mais passent par des nerfs crâniens qui entrent directement dans le cerveau. Les autres sens passent par des nerfs spinaux, et donc par le relai de la moelle épinière. Il y a ainsi une différence entre le système sensoriel classique et le système sensoriel spécial. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> dllitgi1kw3epgky381lvd5uw6kjj7q 766137 766135 2026-05-06T18:42:05Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 766137 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est subdivisé en deux systèmes différent : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. * A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' perçoit des sensations grâce à des récepteurs sensoriels dispersés dans le corps tout entier. Il innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. La séparation entre sens spéciaux colle aussi avec une autre distinction. Les sens spéciaux ne passent pas par la moelle épinière, mais passent par des nerfs crâniens qui entrent directement dans le cerveau. Les autres sens passent par des nerfs spinaux, et donc par le relai de la moelle épinière. Il y a ainsi une différence entre le système sensoriel classique et le système sensoriel spécial. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> ibf5c97mlhez1gfvn6dkxeonk7h4crt 766138 766137 2026-05-06T18:43:53Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 766138 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. La différence entre les deux est très liée à la notion d'axones afférents et efférents, que nous allons détailler de suite. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Pour finir cette section, parlons d'un petit détail. Le système sensoriel est subdivisé en deux systèmes différent : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 7fowfejricrhahnfqb8baotvykbkwce 766139 766138 2026-05-06T18:45:34Z Mewtow 31375 /* Les systèmes nerveux sensoriel et moteur */ 766139 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> hqpbvfk3r7d5x2ipzbn8t20ll3v8wz9 766140 766139 2026-05-06T18:46:08Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux autonome */ 766140 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang, qui sont impliquées dans la réaction sympathique au stress). Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> ajxkdc9uwomg4y811jjgyhl6xuih4e3 766141 766140 2026-05-06T18:48:49Z Mewtow 31375 /* L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique */ 766141 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> r4neme9p2b8fpvqxtewt7jqz1rj0z3h 766142 766141 2026-05-06T18:51:09Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766142 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier et on en parlera plus bas. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== [[File:2032 Automatic Innervation.fr.jpg|vignette|upright=1.2|Régulation des battements du cœur par le système nerveux autonome]] En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-contre. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui fait partie du système parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. Idem pour le foie : les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> knwznlx9qpqd9pfnwwhh0yoimycc2va 766143 766142 2026-05-06T18:56:09Z Mewtow 31375 /* La double innervation sympathique/parasympathique */ 766143 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier et on en parlera plus bas. ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> rbqnxcp9u3ovf3ucessbkyjdkhmrh4y 766144 766143 2026-05-06T18:56:17Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766144 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelée la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seule ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> hbgfw1u0tm2htnd4xmie04icmu1jqrl 766145 766144 2026-05-06T18:57:07Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766145 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriels. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liées est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, , le tube digestif est remplit de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglions parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelée la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seule ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} Nous verrons que la relations entre ces catégories et leur fonction est un peu compliquée, dans ce qui suit. ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur somatique, autonome, sensoriel, entériques et spécial. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liés au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent le système nerveux autonome du système somatique moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et il se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseaux de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. La premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en-dessous, voire deux-trois vertèbres en-dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameaux blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameaux gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéro 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c'est à dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Nous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c'est à dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-même, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100.000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> mrbhx2tk0pm0h3rguft0zwp886txze6 766148 766145 2026-05-06T19:09:45Z Mewtow 31375 orthotypo 766148 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> ek0dv5nvaxco4tgk7jsdvlrdymg3mzh 766150 766148 2026-05-06T19:11:17Z Mewtow 31375 /* La classification d'Erlanger et Gasser */ 766150 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 36106bbpmi08bf7w3l90pigtcok2x2l 766151 766150 2026-05-06T19:12:02Z Mewtow 31375 /* Les axones du système nerveux périphérique */ 766151 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} ===Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique=== Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 4cc2vwyo2uq2vn0448eqrreh61tx7t7 766154 766151 2026-05-06T19:29:18Z Mewtow 31375 /* Les systèmes sympathique, parasympathique et entérique */ 766154 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> k11s1f3h4rurg693jynbf1w6s7z6i72 766155 766154 2026-05-06T19:29:36Z Mewtow 31375 /* Les ganglions autonomes */ 766155 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] ===Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome=== Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> th4zv5pqffc9w046xtwp2bdoctcvf7a 766156 766155 2026-05-06T19:29:42Z Mewtow 31375 /* Les neurotransmetteurs du système nerveux autonome */ 766156 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. : En réalité, les deux systèmes sympathique et parasympathique utilisent l'acétylcholine, mais on verra cela dans les chapitres dédiés au système nerveux autonome. Par contre, seul le système sympathique est sensible à l'adrénaline et la noradrénaline. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> o7zi9ryvlzb7xy8o6p0vaay5qixgn7o 766157 766156 2026-05-06T19:30:25Z Mewtow 31375 /* Les médicaments du système nerveux autonome */ 766157 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 0bg8b2hbuj59v49mrtc7pjv6qq9p38d 766158 766157 2026-05-06T19:33:47Z Mewtow 31375 /* Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs */ 766158 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Les médicaments cholinergiques et adrénergiques ont donc des effets opposés. Un effet cholinergique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-cholinergique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les cholinergiques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-cholinergiques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail. Ils s'opposent dans les grandes lignes, mais quelques détails au niveau de l’accommodation oculaire et quelques autres. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux '''antagonistes muscariniques'''. Nous avons déjà vu que les antagonistes nicotiniques paralysent les muscles, ce qui fait qu'ils ne sont utilisés qu'en anesthésie et pas ailleurs. Par contre, les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. À ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> 9e6f6egjcfuucdw0siy6dgra3z4pn5j 766159 766158 2026-05-06T19:49:12Z Mewtow 31375 /* Les médicaments du système nerveux autonome */ 766159 wikitext text/x-wiki [[File:201405 peripheral nervous system.png|vignette|Système nerveux périphérique : axones et nerfs.]] Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Il innerve la peau, les muscles, les organes internes, tout ce qui est sensible ou peut bouger. L'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. ==Les subdivisions du système nerveux périphérique== Le SNP peut être subdivisé de plusieurs manières, qui mélangent anatomie et fonctions. La toute première fait la différence entre nerfs crâniens et spinaux, l'autre entre systèmes nerveux autonome, somatique et sensoriel. Elles servent de base pour les explications qui vont suivre. Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les nerfs crâniens et spinaux=== Une première subdivision, très importante pour la suite, est la différence entre nerfs crâniens et spinaux. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Les nerfs crâniens sont assez différents des nerfs spinaux, suffisamment pour avoir droit à un chapitre à part. Dans la suite de ce chapitre, nous allons uniquement parler des nerfs spinaux, à l'exception du nerf vague. ===Les systèmes nerveux sensoriel et moteur=== Une première subdivision est la séparation entre un système sensoriel et un système moteur. Le système moteur commande les muscles et les organes internes, alors que le système sensoriel capte les sensations, qu'elles soient conscientes ou non. Le système sensoriel est lui-même subdivisé en deux systèmes : le '''système sensoriel spécial''' et le système sensoriel classique. * Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les sensations de ce type sont transmises au cerveau via des nerfs crâniens, et ne passent pas par la moelle épinière. * À l'opposé, le '''système sensoriel classique''' regroupe les récepteurs sensoriels dispersés dans innerve la peau, les muscles et les organes internes. Les sensations de ce type sont transmises par l'intermédiaire de la moelle épinière, via les nerfs spinaux. Mais revenons sur la différence entre les systèmes sensoriel et moteur. La séparation est très liée à la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférents partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerfs moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===Les systèmes nerveux somatiques et autonome=== Une autre subdivision sépare le système nerveux somatique du système viscéral. Le '''système somatique''' gère les sensations et la motricité consciente. Le '''système viscéral''' prend en charge les organes internes. Ils sont tous les deux séparés en un système sensoriel et un système moteur. La distinction somatique/autonome n'est pas parfaite, mais c'est un bon début. Une autre manière de voir cette distinction est que le système somatique gère la peau et les muscles squelettiques, alors que le système nerveux autonome gère les organes internes au sens large. Les deux critères se recouvrent assez bien. [[File:Autonomic and Somatic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2.5|Différence entre système nerveux somatique et autonome.]] Le '''système somatique''' innerve la peau et les muscles. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. commande les muscles squelettiques, ceux qu'on peut bouger sur commande et qui nous permettent de bouger. Le système somatique s'occupe donc de produire des mouvements volontaires, c'est là sa fonction première. L'innervation des muscles est aussi sensorielle : elle permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier lui sera dédié. Une fonction très liée est le fait de garder l'équilibre : c'est son second job. Le '''système nerveux autonome''' innerve les organes internes, comme le cœur, les poumons, le rein, le système digestif, la vessie, etc. Il innerve aussi les vaisseaux sanguins, pour réguler la tension artérielle. Il commande la motricité inconsciente, comme les mouvements intestinaux, les mouvements de la vessie, des poumons, et pas mal d'autres choses. Il prend en charge la motricité inconsciente, celle associée aux muscles dit lisses. Il a aussi une portion sensorielle, car les organes internes sont pourvus de sensibilité. Elle est reliée aux organes de l'abdomen et du thorax, et monitore en permanence la tension artérielle, l'état du tube digestif, etc. Les sensations associées sont souvent inconscientes, et servent surtout pour la régulation interne. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. Dans un autre registre, le tube digestif est rempli de récepteurs pour mesurer le remplissage du tube digestif, avec par exemple des récepteurs à l'étirement dans la paroi de l'estomac. Cependant, les organes internes peuvent aussi ressentir la douleur, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et ces douleurs sont cependant différentes des douleurs somatiques. Les douleurs somatiques ont tendance à être faciles à localiser précisément, alors que les douleurs somatiques sont plus vagues, plus diffuses. Les douleurs viscérales sont aussi plus sourdes, profondes. Les douleurs somatiques ont aussi tendance à être associées à des nausées, une hausse du rythme cardiaque, des sueurs, et d'autres manifestations associées au système nerveux autonome. Les voies de transferts ne sont pas identiques entre douleur somatique et viscérale, il y a de petites différences. {|class="wikitable" |- ! !! Système moteur !! Système sensoriel |- ! Système somatique | Motricité consciente, muscles squelettiques. | Sensations conscientes : * Toucher ; * proprioception ; * Température (chaud/froid) ; * Douleur (peau et muscles). |- ! Système autonome | Motricité inconsciente, muscles lisses. | Sensations inconscientes : * mesure de la tension artérielle ; * glycémie sanguine ; * teneur en oxygène/CO2 du sang ; * ... Sensations conscientes : * douleurs des organes internes. |} Niveau anatomique, les voies autonomes et somatiques sont relativement bien séparées. Les motoneurones somatiques naissent dans le cerveau, descendent dans la moelle épinière, et en ressortent pour innerver les muscles. Quant au système sensoriel somatique, les neurones unipolaires sont localisés dans les ganglions périphériques. Leurs axones se subdivisent en deux, avec une branche en direction d'un muscle/organe/tissu de la peau, l'autre en direction de la moelle épinière. Pour le système nerveux autonome, les choses sont plus complexes. ==Le système nerveux autonome== Le système nerveux autonome contrôle de nombreux processus vitaux, essentiels pour la survie : rythme cardiaque, tension artérielle, respiration, transpiration, digestion, etc. Il est subdivisé en deux sous-systèmes : le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. Et les deux ont des fonctions opposées. Il est souvent dit que le système sympathique "prépare au combat et à la fuite", alors que le système parasympathique "induit repos et digestion". {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilatation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasoconstriction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Le '''système nerveux parasympathique''' a une action calmante. Il est souvent dit que son activation prépare le corps au repos et à la digestion (''rest and digest''). * Il a un effet cardiovasculaire : il réduit le rythme cardiaque, réduit la tension artérielle, ralentit la respiration. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre sont surtout utilisés en cardiologie. * Il a un effet sur la digestion en général. Il augmente la sécrétion d'enzymes digestives et accélère la motricité intestinale. En conséquence, les médicaments qui vont suivre causent de la constipation ou de la diarrhée. * Il réduit la transpiration et augmente la salivation. Aussi, ne vous étonnez pas si les médicaments qui vont suivre entrainent une bouche sèche, une réduction de la transpiration, ou au contraire une sur-salivation et de la transpiration. * Enfin, il contrôle les mouvements oculaires, notamment de la pupille et la production de larmes. Les cholinergiques peuvent donc dilater ou contracter la pupille, ce qui est utile en ophtalmologie. Le système nerveux parasympathique est opposé au '''système nerveux sympathique''', qui a l'action inverse. Il augmente le rythme cardiaque, contracte les vaisseaux sanguins, accélère la respiration, fait transpirer. En parallèle, il coupe la digestion et bloque la vessie. Le corps entre ainsi en mode "action" et cible sa dépense énergétique sur la survie, au détriment de la digestion. Une dernière action est qu'il dilate les pupilles pour mieux repérer les menaces. Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux autonome, répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===L'anatomie de base des systèmes sympathique et parasympathique=== Une autre différence entre système nerveux sympathique et parasympathique est leur anatomie. Les axones parasympathiques sortent soit d'un nerf crânien, soit de la portion sacrée de la moelle épinière (tout en bas du dos). L'innervation parasympathique la plus importante est le nerf vague, un nerf crânien très connu du grand public. Par contre, les nerfs sympathiques sortent toutes de la moelle épinière au niveau des vertèbres thoraciques et lombaires. En conséquence, le système sympathique est parfois appelé le '''système thoracolombaire''', alors le système parasympathique et appelé le '''système cranio-sacré'''. Une autre différence anatomique est la position des ganglions autonomes. Le système sympathique a des ganglions sympathiques dédiés, qui sont organisés en colonne près de la moelle épinière. Ces ganglions redistribuent ensuite les fibres sympathiques vers leur destination. Les ganglions sympathiques sont donc assez "éloignés" des organes qu'ils innervent. A l'inverse, les ganglions parasympathiques sont situés tout près de l'organe innervé. Ce sont des ganglions de nerfs crâniens. Notons que pour la partie sacrée, qui sort du bas de la moelle épinière, il n'y a pas de ganglion parasympathique : l'innervation est directe. [[File:The Autonomic Nervous System.png|centre|vignette|upright=2|Fonctions du système nerveux autonome.]] Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes sudoripares (transpiration) et les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustrent les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques sont des systèmes moteurs. Mais il ne faut pas oublier la sensibilité viscérale ! Et celle-ci est transmise par deux voies différentes, selon que l'on parle des sensations conscientes et inconscientes. Les sensations conscientes sont surtout des douleurs, rarement autre chose. Elles remontent par les nerfs et voies sympathiques. Quant aux sensations inconscientes, elles passent par les voies parasympathiques, notamment par le nerf vague. La seule exception est la sensibilité pelvienne, consciente, douloureuse : elle passe par les voies parasympathiques. ===Les ganglions autonomes et leurs neurotransmetteurs=== Pour le système nerveux autonome, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels qui sont unipolaires. Les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglion autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons ce qu'il en est des neurotransmetteurs utilisés. Le système autonome moteur étant moteur, il devrait utiliser l'acétylcholine. Et si cette réponse est vraie, elle est cependant partielle. Une différence entre le système moteur somatique et autonome est que ce dernier utilise en plus la noradrénaline. Le système nerveux autonome utilise donc deux neurotransmetteurs : l'acétylcholine et la noradrénaline. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibres pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là, car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres parasympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. Il y a une différence de récepteurs entre les jonctions neuromusculaires et les synapses parasympathiques. Les jonctions neuromusculaires utilisent des récepteurs nicotiniques, au niveau du muscle. Mais pour les synapses parasympathiques, les récepteurs sont muscariniques ! [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. [[File:Glande surrenale fr.jpg|vignette|Glandes surrénales.]] Le cas de la glande surrénale est quelque peu à part. Les glandes surrénales sont des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang. Elles sont composées d'un cœur entouré d'une surcouche. Le cœur est appelé la glande médullosurrénale, alors que la couche extérieure est appelée la glande corticosurrénale. La médullosurrénale émet d'autres hormones : glucocorticoïdes, minéralocorticoïdes, androgènes, etc. Les corticosurrénales émettent de la noradrénaline et de l'adrénaline dans le sang. Seules ces dernières nous intéressent ici. Les corticosurrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang. En quelque sorte, on peut les voir comme des ganglions sympathiques, qui émettraient de l'adrénaline/noradrénaline dans le sang et non dans une synapse. Les glandes corticosurrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Les motoneurones forment des synapses cholinergiques avec les corticosurrénales. [[File:05 Adrenal Medullosurrenale cellule chromaffine innervation.svg|centre|vignette|upright=2|Relation entre glande surrénale et système nerveux autonome.]] ===La double innervation sympathique/parasympathique=== En général, un organe est innervé à la fois par le système nerveux sympathique et parasympathique. Il y a donc une '''double innervation autonome''', qui fait que les deux systèmes sont actifs à tour de rôle et s’inhibent mutuellement. Un exemple assez classique est celui du cœur, illustré ci-dessous. Il est innervé par des nerfs sympathiques, ainsi que par le nerf vague qui est parasympathique. L'innervation sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions cardiaques, par exemple lors d'un effort, d'un stress intense, ou d'un moment de danger. A l'inverse, le nerf vague parasympathique ralentit la fréquence cardiaque et fait battre le cœur moins fort, ce qui arrive lors du repos, du sommeil, ou d'un moment de détente. [[File:01 SNA coeur heart et vaisseaux vessels.svg|centre|vignette|upright=2|Innervation autonome du cœur et des vaisseaux sanguins.]] Il y a cependant quelques exceptions, avec de rares organes qui ne sont innervés que par le système sympathique. La liste regroupe : les vaisseaux sanguins, les glandes sudoripares, la glande surrénale, les muscles de poils, le foie et les tissus adipeux (les stocks gras du corps). * Pour les vaisseaux sanguins, c'est précisément les muscles dans leurs parois, qui servent à contracter ou dilater les vaisseaux, afin de réguler la tension artérielle. * Pour les tissus adipeux, il s'agit des innervations qui commandent le relargage des graisses dans le sang, lors d'un effort ou d'un jeune, quand le corps a besoin d'énergie. * Pour le foie, les nerfs sympathiques commandent la production de sucres par le foie. * Le cas des surrénales a été abordé plus haut. ===Les médicaments du système nerveux autonome=== Le système parasympathique utilise l'acétylcholine, alors que le sympathique utilise l'adrénaline et la noradrénaline. Pour être précis, les deux utilisent l'acétylcholine, avec cependant un détail : les synapses sont nicotiniques pour les neurones pré-ganglionnaires, mais muscariniques pour les ganglions sympathiques. Les médicaments nicotiniques ont donc un effet ambigu sur le système autonome, vu qu'ils stimulent à la fois le système sympathique et parasympathique. Les deux actions tendent à s'annuler. Par contre, les muscariniques ont un effet ciblé sur le système parasympathique. Les médicaments muscariniques et adrénergiques ont des effets opposés. Un effet muscarinique est équivalent à un effet anti-adrénergique, et réciproquement un effet anti-muscarinique sera équivalent à un effet adrénergique. Tout cela amène à distinguer plusieurs classes de médicaments : * Les cholinergiques stimulent le système parasympathique : ce sont des '''parasympathomimétiques'''. * Les anti-cholinergiques inhibent le système parasympathique : ce sont des '''parasympatholytiques'''. * Les adrénergiques stimulent le système sympathique : ce sont des '''sympathomimétiques'''. * Les anti-adrénergiques inhibent le système sympathique : ce sont des '''sympatholytiques'''. {|class="wikitable" |+ Même couleur = effets similaires |- ! ! Cholinergiques (muscariniques) ! Adrénergiques |- ! Agonistes | class="f_rouge" | Parasympathomimétiques | class="f_bleu" | Sympathomimétiques |- ! Antagonistes | class="f_bleu" | Parasympatholytiques | class="f_rouge" | Sympatholytiques |} Les muscariniques et les anti-adrénergiques ont des effets très similaires. Idem pour les anti-muscariniques et les adrénergiques. Cependant, n'allez pas croire qu'ils ont exactement les mêmes effets. Le système nerveux sympathique et parasympathiques ne sont pas exactement opposés et il y a des divergences sur quelques points de détail, notamment au niveau de l’accommodation oculaire. Les '''parasympathomimétiques''' regroupent les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase et les agonistes muscariniques. Ils entrainent une hausse de la tension artérielle, un ralentissement du rythme cardiaque, de l'incontinence, une augmentation des sécrétions (transpiration, salive), des nausées et vomissements, des insomnies, des symptômes psychiatriques assez variés, une dilatation des pupilles, etc. Ils sont surtout utilisés pour traiter le glaucome, des problèmes de vessie, etc. En tout cas, ils ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. Les '''parasympathomimétiques''' se résument aux ''antagonistes muscariniques''. Les plus utilisés sont l'atropine et la scopolamine. La scopolamine est utilisée comme anti-émétique, notamment pour traiter le mal des transports ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. En ophtalmologie, l'atropine est utilisée pour dilater les pupilles et bloquer le réflexe d’accommodation oculaire, lors certains examens ou certaines opérations. Ils sont parfois utilisés pour traiter les syndromes parkinsoniens, notamment ceux causés par des médicaments antipsychotiques. Les antagonistes muscariniques n'ont pas d'effets sur les muscles, ce qui fait qu'on peut les utiliser hors anesthésie. Leur action sur le système parasympathique entraine cependant des effets secondaires. La réduction de la salivation induit une bouche sèche. Mais surtout, ils dégradent la cognition et de la mémoire. La prise prolongée d'anti-muscariniques augmenterait drastiquement le risque de démence, notamment d'Alzheimer. Les '''syampatolytiques''' réduisent l'action du système nerveux sympathique, en réduisant l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline. Les plus évidents sont les antagonistes des récepteurs adrénergiques, aussi appelés les '''alpha-bloquants''' et les '''bêta-bloquants'''. La distinction entre les deux est qu'ils agissent sur des récepteurs adrénergiques différents : récepteur alpha-1 pour les premiers, récepteurs bêta pour les seconds. Ils sont souvent utilisés pour traiter les problèmes cardiaques. Leur utilisation en psychiatrie ou en neurologie est beaucoup plus rare et aucune indication fiable n'est à l'ordre du jour. : Il faut noter que les alpha-bloquants agissant sur le récepteur alpha-2 sont des sympatholytiques, comme dit plus haut. Nous parlons ici que des récepteurs alpha-1. Les '''agonistes du récepteur <math>\alpha_2</math>''' sont un peu à part. Pour rappel, ce récepteur est un auto-récepteur inhibiteur, à savoir que son activation réduit l'émission de noradrénaline par le neurone (pré-synaptique). Les agonistes de ce récepteur réduisent l'émission de noradrénaline, alors que les antagonistes l'augmentent. Les agonistes les plus connus sont la Guanfacine et la Clonidine. Ils sont utilisés pour traiter le TDAH, l'hypertension, et parfois pour traiter l'anxiété. Niveau effets secondaires psychiatriques, ils tendent à rendre somnolent et dépressif. Les '''sympathomimétiques''' ont le même effet que les parasympatholytiques/anti-cholinergiques, à quelques détails près. Mais ils fonctionnent sur un mécanisme différent des anti-cholinergiques. Ils n'agissent pas sur l'acétylcholine, mais sur l'adrénaline et la noradrénaline. Ils sont surtout utilisés en cardiologie, car le cœur est rempli de récepteurs adrénergiques. Les '''inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline''' (IRN) sont actuellement utilisés pour les troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité, et contre la narcolepsie. Deux IRN sont actuellement utilisés pour traiter les troubles de l'attention : l'atomoxetine et la Viloxazine. Ils sont moins efficaces que les médicaments dopaminergiques, mais ils ont un risque addictif bien plus faible et un profil d'effets secondaire différent. Les autres sympatholytiques devraient vous être familiers. En effet, nous avons déjà vu des médicaments qui agissent sur la noradrénaline dans ce qui précède. Par exemple, les inhibiteurs de la monoamine oxydase augmentent la quantité de noradrénaline/adrénaline dans les synapses, en plus de leur action sur la dopamine et la sérotonine. Idem pour les inhibiteurs sélectifs de la sérotonine et de la noradrénaline, ou les antidépresseurs tricycliques. Cependant, ils sont assez peu utilisés pour leur action sur le système nerveux sympathique. Cette action est plus une source d'effets secondaires qu'autre chose. ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est surtout composé d'axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. [[File:Unmyelinated Nerve.jpg|centre|vignette|upright=2|Illustration d'une fibre myélinisée, dans un nerf.]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification des axones sensoriels, moteurs et autonomes=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} Un point important est que les fibres sensorielles sont les mêmes pour le système somatique et viscéral. La différence entre fibres sensorielles somatiques et viscérales est que leur trajet n'est pas le même. Les fibres sensorielles somatiques vont dans des nerfs somatiques, alors que les fibres viscérales passent par les nerfs sympathiques ou parasympathiques. De même, elles naissent dans des ganglions différents : ganglions sensoriels pour les somatiques, ganglions autonomes pour les secondes. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. ===L'anatomie d'un nerf=== Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-mêmes regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand-chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, etc. * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==L'anatomie des systèmes nerveux périphériques somatique et autonome== L'intuition voudrait que l'on parle séparément des systèmes moteur, somatique, autonome, sensoriel, entériques. Mais dans les faits, ce n'est pas la manière idéale d'aborder l'anatomie du système nerveux périphérique. La séparation entre système nerveux sensoriel, somatique et autonome a une correspondance anatomique assez étrange, dans le sens où la séparation est imparfaite. Et cette séparation est différente selon que l'on parle des nerfs ou des ganglions. Le fait est que de nombreux nerfs sont des nerfs mixtes, à savoir qu'ils mélangent système nerveux moteur et sensoriel. De plus, les nerfs mélangent souvent transmission sensorielle et sympathique. La seule exception est le système parasympathique, qui est pris en charge par des nerfs spécialisés qui n'ont aucun rôle sensoriel, sympathique ou somatique. Le SNP ne contient pas que des nerfs, il contient aussi des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Rien d'étonnant à cela : les nerfs sont composés d'axones efférents/afférents, et les neurones qui émettent ces axones sont bien placés quelque part. Cependant, il y a de nombreuses différences en termes de ganglions selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. Pour résumer, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'y a pas de ganglions somatiques : les axones sortent du système nerveux central et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglion. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux central, pas ailleurs. Pour le reste, les neurones afférents sont localisés dans des '''ganglions sensoriels''', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des '''ganglions autonomes'''. ===Les nerfs spinaux et les racines spinales=== En sortie de la molle épinière, les nerfs entrent dans un système d'aiguillage qui redistribue les axones selon qu'ils sont à destination d'un organe ou non. Le système d’aiguillage se situe pas loin de la moelle épinière et convertit des nerfs sensoriels/moteurs en nerfs somatiques/autonome. Le système nerveux autonome est situé après ce système d'aiguillage et regroupe divers ganglions dit sympathiques, ainsi que des nerfs splanchniques dédiés. [[File:Gray796.png|vignette|upright=1|Racines spinales.]] Nous allons voir le SNP en partant du système nerveux central et allons nous éloigner progressivement pour nous rapprocher de la peau, des muscles et organes. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Un segment de la moelle épinière émet un nerf sensoriel et un nerf moteur, qui sont appelés des '''racines spinales'''. La racine dorsale est le nerf sensoriel, alors que la racine ventrale est le nerf moteur (rappelons que les cornes dorsales et ventrales sont respectivement sensorielles et motrices). La racine dorsale nait du niveau d'un ganglion spinal, ce qui fait que ces ganglions sont aussi appelés des '''ganglions des racines dorsales'''. Il s'agit d'un ganglion purement sensoriel, qui prend en charge à la fois la sensibilité somatique et la sensibilité viscérale, qu'elles soient conscientes ou inconscientes. [[File:Spinal Cord.jpg|centre|vignette|upright=2|Racines spinales : dorsale en haut, ventrale en bas.]] Les racines spinales fusionnent pour former des '''nerfs spinaux''', des nerfs mixtes. Pour un segment de la moelle épinière est associé à un nerf spinal, qui est formé par fusion entre la racine spinale sensorielle et la racine spinale motrice. En s'éloignant de la moelle épinière, les nerfs spinaux se divisent en trois branches : une branche principale et deux autres ramifications appelées rameaux gris et blancs qui font partie du système nerveux sympathique. Les rameaux gris et blancs sont des nerfs du système nerveux autonome, les autres ramifications sont liées au système nerveux somatique (sensoriel ou moteur). [[File:Spinal nerve.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal.]] Les rameaux gris/blancs sont là où se séparent les systèmes nerveux autonome et moteur/sensoriel. Nous le verrons plus tard, car nous devons décrire le système autonome et le système somatique avant de voir comment s'effectue la répartition des axones. Pour résumer, la moelle épinière émet deux nerfs : un nerf sensoriel et un nerf moteur. Les deux nerfs fusionnent et leurs ramifications se séparent en des nerfs/ramifications somatiques/autonomes. La motricité somatique et les sensations somatiques sont regroupées dans un nerf spinal, puis redistribuées au reste du corps. À l'inverse, les sensations viscérales sont regroupées avec les fibres sortant des rameaux gris/blancs. ===Le système nerveux somatique (sensoriel et moteur)=== Plus en aval du nerf spinal, la branche principale se subdivise alors en deux : un nerf dorsal qui innerve le dos, et un nerf ventral qui innerve le devant du corps. Puis, ces deux nerfs se ramifient progressivement en nerfs plus petits. Certaines ramifications vont cependant se rassembler pour former des '''plexus nerveux''', sortes de regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). [[File:1321 Spinal Nerve Plexuses.jpg|vignette|upright=1.5|Plexus liés à la moelle épinière.]] Les plexus provenant de la branche principale sont les '''plexus spinaux''', qui sont à opposer aux plexus du système nerveux autonome. Les quatre principaux correspondent plus ou moins aux plexus formés par les nerfs cervicaux, lombaires et autres subdivisions de la moelle épinière, si ce n'est qu'il n'y a pas de plexus thoracique. * Le plexus cervical regroupe les nerfs spinaux C1 à C4 et non l'ensemble des nerfs cervicaux contrairement à ce que son nom peut nous faire croire. * Le plexus brachial regroupe les autres nerfs cervicaux C5 - C8 et le nerf T1. * Les trois plexus lombo-sacrés : ** Le plexus lombaire regroupe les nerfs lombaires L1 à L5. ** Le plexus sacral regroupe les nerfs L4 à L5 (pas d'erreur, ces nerfs appartiennent à plusieurs plexus) et les nerfs sacrés de S1 à S3. ** Le plexus coccygien nait des nerfs sacrés S4 et S5, ainsi que du nerf coxygéal. [[File:Lumbar plexus.svg|centre|vignette|upright=2|Plexus lombo-sacrés.]] Les différents plexus innervent des muscles différents, et des zones de la peau assez différentes. Pour la motricité, il n'y a pas de lien évident entre muscles innervé et nerfs spinal, les plexus nerveux mélangent bien les axones moteurs. Mais pour les axones sensoriels, il y a une relation assez intéressante entre l'entrée et la sortie des plexus. Un nerf spinal va innerver, par l'intermédiaire des plexus nerveux, une partie du corps bien précise. La zone du corps desservie par un nerf spinal est appelé son '''dermatome'''. Le schéma suivant montre les dermatomes qui sont liés à la moelle épinière. Vous remarquerez que tout le corps est recouvert par un dermatome, à l'exception du visage. La raison est que la sensibilité du visage est gérée par des nerfs crâniens, qui sortent du cerveau et innervent le visage sans passer par la moelle épinière. L'arrière du crâne est recouvert par un dermatome de la moelle épinière. Les nerfs qui sortent des cervicales 1, 2 et 3 s'occupent de l'arrière de la tête. [[File:Spinal Cord Segments and body representation.png|centre|vignette|upright=2.0|Dermatomes.]] Une connaissance de ces dermatomes est très utile pour déterminer la localisation d'une lésion de la moelle épinière : on sait que si tel segment de la moelle épinière est touché, alors la sensibilité sera bloquée pour les dermatomes qui correspondent à ce segment (ainsi que les suivants dans l'ordre de numérotation). ===Le système nerveux sympathique/sensoriel=== Le système nerveux autonome nait après les rameaux gris et blancs. En théorie, il regroupe le système sensoriel pour les organes internes, le système sympathique et le parasympathique. Mais dans les faits, le système parasympathique est clairement séparé du reste du système nerveux viscéral. En comparaison, les axones sensoriels et les axones sympathiques font souvent un bout de chemin ensemble, ils passent dans les mêmes nerfs, passent par les mêmes ganglions, etc. La seule différence étant que les axones sensoriels font synapse dans des ganglions différents des axones sympathiques. La séparation anatomique claire entre système viscéral au sens strict et système parasympathique fait qu'on les verra séparément et dans deux sections à part. Parmi les nombreux nerfs du corps humain, il y a des nerfs dédiés au système autonome : les '''nerfs splanchniques'''. Ils sont dédiés à l'innervation sympathique/parasympathique du corps. Il y en a 5 : le nerf cardiopulmonaire, les nerfs splanchniques thoracique, lombaire, cervical et sacré. Les quatre premiers sont des nerfs sympathiques, alors que le dernier est un nerf parasympathique. Il faut aussi citer le nerf vague, qui est cependant partiellement moteur, partiellement sympathique et partiellement parasympathique. Le nerf vague est une exception à la séparation entre nerfs somatiques et nerfs autonomes, dans le sens où il s'occupe de l'innervation motrice somatique du larynx, en plus de l'innervation parasympathique. Les ganglions du système autonome appartiennent au système nerveux sympathique, ce qui fait qu'ils sont appelés des '''ganglions sympathiques'''. Les ganglions sympathiques sont appelés sympathiques, mais ils gèrent aussi la transmission des sensations viscérales. Les ganglions sympathiques ne contiennent que des motoneurones sympathiques. Les ganglions sympathiques sont tous dans le corps, et ils se classent en deux types. [[File:Gray839.png|vignette|Les nerfs sympathiques sont en rouge, les nerfs parasympathiques sont en bleu. Le tronc sympathique en rouge est la colonne de ganglions située près de la moelle épinière.]] Les principaux sont les '''ganglions paravertébraux'''. Ils sont très proches de la moelle épinière et lui sont directement adjacents. Ils sont reliés entre eux et forment une sorte de chaine verticale de ganglions, parallèle à la moelle épinière. Il existe deux chaines de ce genre : une à gauche de la moelle épinière et l’autre à sa droite. Ces deux chaines sont appelées des '''troncs sympathiques'''. En plus des ganglions paravertébraux, il y a aussi quelques '''ganglions prévertébraux''' dispersés dans le corps, éloignés de la moelle épinière. Les trois ganglions prévertébraux principaux sont le ganglion cœliaque, le ganglion mésentérique supérieur, et le ganglion mésentérique inférieur. Ils innervent l’abdomen en général, mais plus précisément le tube digestif, la glande surrénale, les vaisseaux sanguins de l'abdomen, le système urinaire et reproducteur. Les ganglions para-vertébraux contiennent les motoneurones du système nerveux sympathique et sont le point de départ des nerfs sympathiques. Les ganglions paravertébraux sont un premier relai par lequel presque tous les nerfs sympathiques passent. Ils sont la source d'axones, qui se regroupent pour donner les '''nerfs splanchnique sympathiques'''. Tous les nerfs splanchniques sont sympathiques, à l'exception du nerf splanchnique pelvien, qui est parasympathique et sort directement de la moelle épinière. Les nerfs splanchniques sympathiques peuvent faire synapse avec un ganglion pré-vertébral, ou simplement se innerver les plexus autonomes. Pour ce qui est de l'innervation de la tête et du crâne, des yeux, des glandes salivaires, de la bouche : il y a juste un ganglion paravertébral. Pareil pour l'innervation sympathique du larynx et du cœur. Mais pour les autres nerfs sympathiques, il y a un second relai par un ganglion prévertébral. [[File:1501 Connections of the Sympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2.0|1501 Connections of the Sympathetic Nervous System]] Les ganglions émettent un grand nombre de nerfs qui innervent tout l'abdomen, et si s'interconnectent entre eux. Le résultat est un réseau de nerfs très intriqués, dont les branches s’entremêlent. Le tout donne plusieurs '''plexus nerveux autonomes''', qu'il serait inutile de lister ici. Il existe par exemple un '''plexus cardiaque''', qui prend en charge l'innervation du cœur. Il y a aussi d'autres plexus appartiennent au système nerveux entérique, une sous-portion du système nerveux autonome spécialisée pour l'intestin et le tube digestif. [[File:Gray848.png|vignette|upright=1|Plexus cœliaque.]] Le plus gros est le '''plexus cœliaque''', autrefois appelé le plexus solaire, situé dans l'abdomen. Il se subdivise en un grand nombre de plexus et de nerfs, qui innervent presque tous les organes de l'abdomen : estomac, foie, pancréas, rate, vésicule biliaire, intestin, colon, et même les ovaires et testicules. Il reçoit des afférences en provenance du nerf vague et des nerfs splanchiques du système nerveux sympathique. Il appartient au système nerveux autonome. ===Le système d'aiguillage des nerfs spinaux=== Maintenant, voyons comment fonctionne le système d'aiguillage mentionné plus haut, qui redistribue les axones entre les systèmes somatique et autonome. Reprenons au niveau du nerf spinal, au niveau de la division en rameaux gris et blancs. Les rameaux gris et blancs font partie du système nerveux sympathique, mais servent aussi de relai pour la sensibilité viscérale. le schéma suivant illustre comment les axones se redistribuent entre les rameaux gris/blancs et la branche principale du nerf spinal. Les axones somatiques partent dans la branche principale du nerf spinal, qu'ils soient sensoriels ou moteurs, les rameaux gris et blancs sont spécialisés pour les axones sympathiques. Les axones moteurs sympathiques passent par les rameaux blancs et entrent dans un ganglion paravertébral. De là, ils ont plusieurs chemins possibles. Le premier est le plus simple : ils passent dans un nerf sympathique et font synapse dans un ganglion pré-vertébral. Dans le second cas, ils redescendent le long du tronc sympathique, en passant au ganglion para-vertébral immédiatement en dessous, voire deux-trois vertèbres en dessous. Enfin, une dernière trajectoire ressort du ganglion para-vertébral par le rameau blanc, pour retourner dans le nerf spinal. En somme, quelques efférences sympathiques ressortent par la branche principale. Elles font exception à la règle : branche principale pour le système somatique, rameaux gris/blanc pour le système sympathique. Les axones sensoriels passent directement du nerf sensoriel à la branche principale du nerf spinal. Mais les axones autonomes suivent un chemin totalement différent. Il y a deux possibilités, mais elles passent par l'intermédiaire des rameaux gris et blancs. La première possibilité est que l'axone autonome rentre dans un ganglion para-vertébral et en ressort aussitôt. Il rentre par le rameau gris et ressort par le rameau blanc, puis rentre dans le nerf sensoriel spinal. L'autre possibilité est qu'il remonte le long d'un nerf splanchnique sympathique, passe par un ganglion para-vertébral, pour rentrer dans un nerf spinal sensoriel et enfin dans la moelle épinière. [[File:Gray799.svg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des liens entre nerfs spinaux et tronc sympathique. Dans ce schéma, les axones moteurs sont en rouge, les sensoriels en bleu. Les numéros 2, 6 et 7 correspondent respectivement à un axone sensoriel somatique, un axone viscéral qui passe par l'intermédiaire d'un ganglion para-vertébral, un axone viscéral qui provient d'un nerf sympathique.]] Les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, ce qui fait que le terme sympathique est trompeur, on aurait mieux fait de les appeler ganglions viscéraux. Quand on dit que les axones sensoriels traversent les ganglions sympathiques, c’est-à-dire qu'ils ne font pas synapse dans ces ganglions. Et cela vaut aussi même s'il passe par un ganglion prévertébral. [[File:Spinal nerve no text.svg|centre|vignette|upright=2.0|Nerf spinal, avec ganglion para- et pré-vertébral.]] Il faut noter que ce système d'aiguillage est peut-être le responsable de l'existence ce que qui s'appelle les '''douleurs projetées'''. Il s'agit de douleurs qui sont ressenties loin de l'endroit réellement douloureux. Un exemple est celui de la douleur de l'infarctus du myocarde, qui irradie parfois dans l'épaule ou le cou, alors que c'est le cœur qui souffre. La raison à cela est mal comprise, mais elle implique sans doute une connexion entre les axones viscéraux et les axones somatiques au niveau d'une racine dorsale. Peu importe que ce soit lié à un défaut de câblage, ou à une autre raison, le système nerveux confond des sensations viscérales avec des douleurs somatiques et projette la douleur sur le dermatome considéré. Il y a un lien entre l'organe souffrant et le dermatome douloureux. Voici où se situent les douleurs projetées : [[File:1506 Referred Pain Chart.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Douleurs projetées.]] ===Le système nerveux parasympathique=== Après avoir vu les systèmes somatique et sympathique, passons maintenant au système nerveux parasympathique. Vous aurez certainement remarqué que le système sympathique passe par les nerfs spinaux, mais qu'aucun nerf crânien n'est concerné. Hé bien c'est presque l'inverse pour le système parasympathique, qui passe par les nerfs crâniens, avec une exception avec le nerf pelvique. Il y a des nerfs crâniens sensoriels, purement moteurs, dont certains avec une innervation parasympathique, mais pas d'innervation sympathique. À l'inverse, les nerfs spinaux ont une innervation sympathique, mais aucune parasympathique. L'innervation parasympathique passe parfois par un ganglion autonome, parfois non. Les nerfs crâniens sortent du cerveau, mais font relai dans un '''ganglion parasympathique des nerfs crâniens'''. Il y a quatre ganglions parasympathiques nommés ganglion ciliaire, pterygopalatine, otique, et submandibulaire. Il y a cependant une exception avec le nerf vague, le seul à innerver le corps, qui n'a pas de ganglion périphérique associé. Le nerf pelvique innerve directement l'organe innervé, sans passer par un ganglion. [[File:1503 Connections of the Parasympathetic Nervous System.jpg|centre|vignette|upright=2|Système nerveux parasympathique.]] ==Le syndrome neurogène périphérique== Le système nerveux périphérique peut être atteint par des maladies diverses, ce qui entraine des troubles aux symptômes variés. Si on met de côté les troubles liés à une atteinte du système nerveux autonome, les symptômes principaux sont des troubles sensitifs et des troubles moteurs. Pour ce qui est des troubles moteurs, on observe surtout une faiblesse musculaire, voire une paralysie. Pour les troubles sensitifs, on observe des douleurs, ou au contraire une anesthésie, mais aussi des sensations de fourmillement ou de picotement appelées ''paresthésies''. L'ensemble de ces symptômes forme ce qu'on appelle le '''syndrome neurogène périphérique'''. ===Les symptômes moteurs périphériques=== Dans le détail, les troubles moteurs observés se résument en un ''déficit moteur'' permanent. Il s'observe n'importe où, suivant la localisation des lésions, mais s'il s'exprime généralement en priorité sur les extrémités. Il entraine une baisse du tonus musculaire (une hypotonie), une faiblesse musculaire, d'intensité variable. Dans les cas graves, qui sont plus fréquents qu'on peut le penser, cela peut aller jusqu’à la paralysie. Il provient d'une baisse de l'innervation du muscle par les motoneurones, dont les axones meurent et n'innervent plus le muscle. En raison de la perte d'innervation neurale, le muscle n'est plus sollicité et tend à s'atrophier, ce qui entraine une fonte musculaire, une ''amyotrophie''. Mais elle ne s'observe pas dans les premières phases de l'atteinte, vu que le muscle met du temps à fondre : ce n'est qu'une fois que le déficit moteur est bien installé qu'on observe une perte musculaire. En tout cas, une fois installée, l'amyotrophie réduit encore plus la force musculaire et semble, au moins en apparence, aggraver le déficit moteur. Pour donner un ordre de grandeur très approximatif, rarement respecté tel quel dans la réalité, on peut dire que l'amyotrophie démarre environ 3 semaines après le début du déficit moteur. Du moins, c'est le cas si le déficit moteur est suffisamment intense. Moins fréquemment, on observe des ''fasciculations'', de petites contractions musculaires, très rapides, indolores et involontaires. Elles ne concernent qu'une seule unité motrice, qu'un seul fascicule, d'où leur nom de "fasciculation". Leur cause est la survenue spontanée d'un potentiel d'action dans un motoneurone, qui entraine la contraction d'une seule unité motrice. On peut en observer chez les sujets sains, mais elles sont alors très rares. Elles deviennent cependant plus fréquentes en cas d'atteinte du système nerveux périphérique, et dans quelques atteintes de la moelle épinière. Leur présence en nombre pathologique signe le plus souvent une atteinte périphérique, mais elles ne sont pas systématiques. Beaucoup de patients avec une atteinte périphérique n'ont pas de fasciculations. Enfin, on observe parfois une ''disparition de certains réflexes'', notamment les réflexes ostéo-tendineux. Ces réflexes permettent à un muscle étiré de garder son état de contraction, en luttant contre son étirement. Quand on étire un muscle, un réflexe favorise la contraction de muscle et l'étirement du muscle antagoniste. Par exemple, l’étirement d'un muscle fléchisseur (qui plie un membre) entrainera par réflexe : la contraction du fléchisseur, l'étirement du muscle extenseur associé (le muscle qui sert à étendre le membre associé au fléchisseur). On verra dans quelques chapitres que ces réflexes sont présents pour tous les muscles et impliquent un circuit neuronal qui passe par la moelle épinière. Si les axones de ce circuit réflexe prennent naissance dans la moelle épinière, ils en sortent et font techniquement partie du système nerveux périphérique. ===Les symptômes sensitifs périphériques=== Dans le syndrome neurogène périphérique, les troubles sensitifs sont souvent les premiers à apparaitre, avant les troubles moteurs, bien que ce ne soit pas systématique. Pour simplifier, les sensations tactiles sont touchées, que ce soit pour le toucher, la sensation de la température, la douleur, etc. On peut observer une disparation des sensations, ou alors l'apparition de sensations anormales. Ces symptômes sont causés par l'atteinte du système nerveux somatique, à savoir celui qui transmet les sensations conscientes au cerveau. Le premier symptôme est souvent une ''anesthésie'', à savoir la disparition des sensations sur une partie du corps. Toutes les sensations sont touchées : sur la partie touchée, le patient ne ressent plus ni le toucher, ni la douleur, ni le chaud ou le froid. Un autre symptôme possible est l'apparition de sensations anormales, appelées ''paresthésies''. Ce sont des sensations de fourmillement ou de picotement, parfois des décharges électriques, des engourdissements. Enfin, on peut aussi observer l'apparition de ''douleurs''. Par exemple, certains patients ressentent des sensations de brulure sur la zone touchée. Suivant la zone du nerf touché, on distingue deux types de douleurs périphériques. Les ''douleurs tronculaires'' touchent l'extrémité des nerfs. Elles touchent les mains ou les pieds et s’arrêtent au poignet ou à la cheville. À l'inverse, les ''douleurs radiculaires'' prennent naissance à l'endroit où les nerfs sortent de la moelle épinière (la racine des nerfs). Elles font mal sur l'ensemble d'un membre, bien au-delà des mains ou des pieds. ===Les symptômes et syndromes du système nerveux autonome=== L'atteinte du système nerveux autonome entraine divers symptômes, qui ne sont pas tout à fait moteurs ou sensitifs. Ils sont assez nombreux, car le système nerveux autonome est impliqué dans de nombreuses fonctions neurologiques et corporelles : digestion, rythme cardiaque, pression artérielle, respiration, sexualité, etc. Pour résumer, la plupart des fonctions impliquant la survie sont touchées quand le système nerveux autonome dysfonctionne complètement. ====Les symptômes périphériques autonomes==== Pour ce qui est du syndrome neurogène périphérique, on peut observer les symptômes suivants. En premier lieu, on peut voir des troubles dans la régulation du flux sanguin. Les vaisseaux sanguins sont soit trop dilatés, soit trop contractés, ce qui entraine ce qu'on appelle des '''symptômes vasomoteurs périphériques'''. La peau peut devenir rouge par augmentation du flux sanguin local, de la même manière que quand on a trop chaud, ou au contraire très pâle si le flux sanguin diminue, comme quand on a trop froid. On peut observer un œdème local si le flux sanguin est trop élevé : l'eau quitte les vaisseaux et s'accumule localement. On peut aussi observer une cyanose, c’est-à-dire une coloration violette de la peau, causée par une accumulation de sang, ou au contraire par un flux sanguin trop faible. Plus rarement, la régulation du flux sanguin échoue dans tout le corps, si l'atteinte touche tout le système nerveux périphérique. On observe alors des problèmes de tension artérielle, qui est soit trop faible, soit trop forte. On peut notamment observe une '''hypotension orthostatique''', à savoir une baisse de tension quand le patient se lève soudainement. En second lieu, on peut observer une '''réduction de la transpiration''', cette dernière étant commandée par le système nerveux autonome. En cas de réduction de la transpiration, la peau peut devenir complètement squameuse, sèche. Les patients touchés, qui ne transpirent plus bien, ne peuvent plus évacuer la chaleur sur la zone touchée. Si les déficits sont localisés, la zone touchée est ressentie plus chaude que le reste du corps. Quand tout le corps est touché, cela peut entrainer une mauvaise résistance à la chaleur, qui peut se traduire par une augmentation de la température corporelle modérée. En troisième lieu, on peut observer des '''troubles sphinctériens'''. Les troubles urinaires touchent surtout la vessie, soit qu'elle ne se vide plus, soit qu'elle se vide trop souvent. On peut ainsi observer une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention urinaire (inverse de l'incontinence). Rétention et incontinence urinaires sont problématiques au quotidien, mais la rétention urinaire fait que les urines stagnant dans la vessie, ce qui permet le développement de pathogènes et l'apparition d'infections. Les hommes peuvent aussi avoir des ''troubles de l'érection'' et/ou des ''troubles de l'éjaculation'', en plus des troubles de la miction. En quatrième lieu, on peut observer des '''troubles digestifs''', que ce soit des diarrhées, de la constipation, des vomissements, des nausées, une paralysie gastrique, etc. Le cas le plus courant est une constipation chronique, très importante. Enfin, on peut aussi observer des '''troubles respiratoires''', bien plus inquiétants, quand les nerfs qui innervent les muscles respiratoires sont touchés. ====Les syndromes particuliers (syndrome de Horner)==== [[File:Example of Horner&#039;s syndrome in a cat.jpg|vignette|Exemple de syndrome de Horner sur un chat.]] Le '''syndrome de Horner''', ou encore '''syndrome de Claude-Bernard-Horner''', est un syndrome périphérique particulier qui touche l’œil et son pourtour. Il apparait quand les fibres périphériques sympathiques qui innervent l’œil sont lésées, ce qui entraine des symptômes principalement oculaires. Les causes peuvent être multiples, certaines provenant du système nerveux périphérique, d'autres du système nerveux central : tumeur, traumatisme, maladie, AVC, autre, mais les symptômes sont toujours les mêmes. Il est caractérisé par plusieurs symptômes : une chute des paupières, une contraction des pupilles, un enfoncement de l’œil dans l'orbite, une dilatation des vaisseaux sanguins proches, et une absence de transpiration. Ces cinq symptômes principaux sont aussi appelés, respectivement : ptosis, myosis, énophtalmie, vasodilatation et anhydrose. ==Les neuropathies périphériques== Les maladies des nerfs périphériques sont regroupées sous le terme ombrelle de '''neuropathies périphériques'''. Elles peuvent toucher aussi bien le système sensoriel que le système moteur, parfois les deux. Elles causent des déficits divers : paralysie ou faiblesse musculaire en cas d'atteinte d'un nerf moteur, pertes de sensations et/ou picotements pour un nerf sensoriel, problèmes du système nerveux autonome pour les nerfs autonomes. Dans les trois cas, ces troubles ne sont pas spécifiques aux atteintes périphériques : des lésions du système nerveux central peuvent causer des paralysies ou des paresthésies. Cependant, les signes tels des troubles des sphincters de la vessie ou de l'intestin sont généralement absents (ce sont des symptômes typiques d'une atteinte de la moelle épinière), de même qu'une atteinte de certains réflexes (signe de Babinski). Les classifications des neuropathies sont très nombreuses, complexes, difficiles à comprendre et à assimiler. Aussi, cette section se contente des bases et parle des maladies les plus courantes. Dans les grandes lignes, on peut regrouper les polyneuropathies périphériques suivant l'endroit où le neurone est atteint. On distingue ainsi trois cas : celui où le corps cellulaire est touché, celui où c'est l'axone qui est coupé, et enfin celui où la gaine de myéline est atteinte. Ces trois cas ont reçu des noms différents : on parle de '''neuronopathie''' pour 'atteinte du neurone proprement dit, de '''myelonopathie''' si c'est la gaine de myéline, et enfin de '''neuropathie distale''' si c'est l’axone qui est coupé. Dans le dernier cas, rappelons que distal signifie "éloigné du corps", sous-entendu du corps du neurone. Cette classification a une importance, car les trois types précédents n'ont pas le même pronostic. En effet, comme on le verra dans le chapitre dédié, les processus de régénération du système nerveux périphériques peuvent compenser certains types de lésions, mais pas d'autres. Pour le résumer rapidement, la gaine de myéline se régénère assez rapidement, les axones se régénèrent plus lentement, mais les neurones morts ne sont pas remplacés. La récupération est donc la plus rapide pour les myélinopathies (quelques semaines, quelques mois), plus lente pour les neuropathies distales (quelques mois, quelques années), et presque nulle pour les neuronopathies. Une autre classification distingue deux grandes classes : celles qui sont liées à une inflammation, celles qui sont innées, et celles d'origine métabolique/toxique. Les premières sont souvent liées à une maladie auto-immune, où le système immunitaire s'attaque aux nerfs périphériques. C'est surtout la gaine de myéline qui est attaquée par le système immunitaire, ce qui fait que ces maladies sont démyélinisantes. À l'opposé, les maladies innées sont d'origine génétique et touchent les neurones eux-mêmes, plus rarement la gaine de myéline seule. Cela ressemble aux deux types de maladies démyélinisantes vues dans le chapitre sur l'influx nerveux : d'un côté les leucodystrophies innées, de l’autre les maladies auto-immunes démyélinisantes. Enfin, il faut citer les maladies métaboliques et les intoxications chroniques, comme la neuropathie périphérique alcoolique ou d'autres maladies métaboliques qui causent des dégâts aux nerfs. Cette classification a son importance pour ce qui est des traitements proposés. Du fait de leur mécanisme d'apparition, les neuropathies démyélinisantes inflammatoires se soignent avec des traitements immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires (des corticoïdes, généralement). Par contre, les neuropathies génétiques sont plus difficiles à soigner et elles demandent soit un traitement qui compense le manque d'une enzyme, soit une thérapie génique. Les deux classifications précédentes ont des liens assez forts. Par exemple, les myélonopathies correspondent aux neuropathies auto-immunes, les neuronopathies aux neuropathies innées et les autres aux maladies métaboliques (carences, autres). ===Les neuropathies périphériques distales=== Les ''neuropathies périphériques distales'' sont causées par une atteinte des axones, à leur extrémité. Leur principale caractéristique est qu'elles se manifestent d'abord sur les axones les plus longs, avant de se propager aux axones plus courts. Les symptômes commencent donc par apparaître au niveau du pied, avant de toucher les mains et le bas des jambes, pour ensuite se propager sur les avant-bras, puis le reste du corps. Les premiers symptômes à apparaître sont à la fois sensitifs et moteurs, puis des troubles autonomes peuvent apparaître par la suite, du moins si la maladie perdure. Elles sont causées le plus souvent par une atteinte toxique, par des médicaments ou l'alcool, ou par une atteinte métabolique, comme le diabète ou une carence en vitamines. La plus fréquente est la '''neuropathie diabétique''', une atteinte du système nerveux périphérique qui fait suite à un diabète. La '''poly-neuropathie toxique alcoolique''' est aussi malheureusement fréquente, la seconde en termes de fréquence après la neuropathie diabétique. Elle est causée par la toxicité de l'alcool, ainsi que par les carences vitaminiques induites par une forte consommation d'alcool. Elle s'installe progressivement, lentement, durant une phase de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les symptômes sensitifs sont prédominants, mais on peut observer une faiblesse musculaire et plus rarement des troubles autonomiques. Elle se soigne par une réduction de la consommation d'alcool, voire une abstinence, couplée à un traitement des carences vitaminiques. Les ''neuropathies induites par des médicaments'' sont aussi assez courantes. Citons enfin les neuropathies distales induites par le SIDA ou quelques rares infections, celles induites par des vascularites (inflammation des vaisseaux sanguins), ou celles causées par d'autres mécanismes. ===Les neuropathies périphériques démyélinisantes=== Les neuropathies périphériques démyélinisantes proviennent d'une démyélinisation d'un ou de plusieurs nerfs périphériques. La cause de l'atteinte de la myéline est systématiquement une inflammation, qui est d'origine auto-immune dans la plupart des cas, mais pas toujours. Elles se soignent toutes de la même manière, à savoir avec des traitements anti-inflammatoires et des immunosuppresseurs. Le traitement anti-inflammatoire de première intention est généralement l'utilisation de corticoïdes, avec quelques exceptions. On peut distinguer beaucoup de neuropathies périphériques démyélinisantes, mais on peut distinguer les maladies aiguës qui surviennent rapidement et évoluent favorablement, des maladies chroniques qui s'installent dans la durée et perdurent. La neuropathie périphérique la plus commune est le '''syndrome de Guillain-Barré'''. C'est une neuropathie aiguë, à savoir qu'elle apparaît rapidement en quelques jours et qui évolue souvent favorablement en laissant peu de séquelles. Ses symptômes sont généralement une faiblesse musculaire/paralysie, couplée à des paresthésies, voire une absence de sensations sur une partie du corps (généralement les mains et les pieds). Précisons que la faiblesse musculaire/paralysie peut toucher les muscles respiratoires et/ou le système nerveux autonome, ce qui engage le pronostic vital ! Aussi, bien que les patients récupèrent souvent, il ne faut pas considérer ce syndrome comme bénin. Elle survient généralement après un évènement dit précurseur, par exemple suite à une vaccination (rare) ou une infection (plus fréquent). Pour donner un exemple, elle survient dans près de 2/3 des cas après une gastro-entérite à Campylobacter jejuni ou suite à une infection à cytomégalovirus. Beaucoup plus rarement, ce syndrome peut survenir suite à une vaccination contre la grippe. Au passage, la grippe elle-même peut entraîner l'apparition d'un syndrome de Guillain-Barré, même sans vaccination préalable. On estime que pour 100 000 sujets grippés, environ 4 déclareront le syndrome, et seule une extrême minorité en gardera des séquelles. Le risque est d'ailleurs supérieur d'avoir ce syndrome suite à la grippe qu'après le vaccin, et même ceux qui ont déjà eu ce syndrome suite à une grippe n'ont pas de contre-indication pour le vaccin. Environ 85% des patients récupèrent totalement en 6 à 12 mois, les autres gardent des séquelles plus ou moins graves. Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome aigu, qui se résorbe dans la plupart des cas. Mais d'autres neuropathies périphériques démyélinisantes sont chroniques, soit parce qu'elles s'installent progressivement, soit qu'elles démarrent par un syndrome aigu qui perdure. Il en existe un grand nombre, qui sont regroupées dans ce qu'on appelle les '''Polyneuropathies Inflammatoires Démyélinisantes Chroniques''' (''PIDC''). Elles ont pour points communs d'être à la fois sensitives et motrices (les nerfs moteurs sont autant touchés que les nerfs sensitifs), acquises, démyélinisantes, d'origine inflammatoire et/ou auto-immune. Elles sont assez rares, à peine 5% des neuropathies, et 10-20% des neuropathies chroniques, ce qui correspond à quelques centaines de cas nouveaux chaque année. Elles touchent généralement les quatre membres et de manière symétrique, avec une atteinte motrice prédominante. La classification de ces PIDC est assez complexe, avec de nombreux types de maladies et de syndromes, dont la description est assez difficile, aussi je ne la détaillerais pas ici. ===Les neuropathies périphériques héréditaires=== Les neuropathies héréditaires sensimotrices sont des maladies innées qui altèrent à la fois les systèmes moteur et sensoriel. Les nerfs sont soit hypertrophiés avec paradoxalement une démyélinisation, soit complètement atrophiés. Les nerfs périphériques ne se développent pas correctement et ils meurent tous assez rapidement et se régénèrent peu, voire pas du tout. Les maladies de ce type qui sont les plus connues sont de loi les '''maladies de Charcot-Thooth''', qui regroupent quelques maladies génétiques qui dégradent la motricité et les sensations. Il en existe trois types principaux, qui se manifestent par des symptômes assez similaires. Le patient perd progressivement sa motricité : une faiblesse musculaire évolue progressivement et ses muscles fondent, s'atrophient. En même temps, les sensations du toucher et de la température disparaissent progressivement. Les '''neuropathies héréditaires sensorielles et autonomiques''' (HSAN : ''Hereditary Sensory Autonomic Neuropathies'') regroupent un ensemble de maladies génétiques qui altèrent à la fois le système nerveux autonome et le système somatique sensoriel. Il en existe plusieurs types, cinq étant reconnus à ce jour, qui se distinguent par leur symptomatologie et leur origine génétique. Elles débutent généralement lors de l'enfance, plus rarement lors de l'adolescence. Elles touchent préférentiellement les jambes et les pieds, mais évoluent pour toucher les bras/mains, voire le reste du corps. Toutes se manifestent par une insensibilité à la douleur, couplée à divers symptômes du système nerveux autonome, ce qui fait que nous en reparlerons dans le chapitre sur la douleur. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les nerfs et ganglions périphériques | prevText=Les nerfs et ganglions périphériques | next=Les nerfs crâniens | nextText=Les nerfs crâniens }}{{autoCat}} </noinclude> m6cjvs56hi4vztpwnp79um4xtshvis2 Neurosciences/Le système sensoriel 0 69189 766090 731666 2026-05-06T15:37:05Z Mewtow 31375 /* Les ganglions sensoriels */ 766090 wikitext text/x-wiki Le système sensoriel correspond à l'ensemble des neurones qui traitent les informations sensorielles, qu'il s'agisse des sept sens ou de toute autre informations perçues par l'organisme. En soi, son existence n'a rien de surprenant : on se doute bien que c'est le cerveau qui prend en charge notre vision ou l'odorat. Le système sensoriel comprend aussi bien des portions du cerveau que des portions sur système nerveux périphérique. Divers nerfs crâniens ou spinaux transmettent la douleur ou le toucher, que le cerveau traite dans divers noyaux et dans le cortex. Pour résumer, les sensations sont captées par des récepteurs sensoriels. Ces sensations sont transmises par l'axone du récepteur jusqu’à la moelle épinière ou un noyau cérébral, avant d'arriver au thalamus. Après le relai dans le thalamus, les sensations sont transmises au cortex sensoriel, qui traite cette information. Seul l'odorat outrepasse le thalamus et arrive directement au cerveau. ==Les récepteurs sensoriels== Le système nerveux sensoriel contient des neurones spécialisés dans la perception, qui servent de capteurs sensoriels, appelés '''récepteurs sensoriels'''. Ces récepteurs sensoriels sont assez nombreux et sont aussi spécialisés pour un type de stimulation particulier. Il n'y a donc pas de récepteurs qui capterait à la fois la lumière, le son et le toucher. Le corps humain contient des capteurs pour chacun de ses sens, ce qui fait qu'il a des capteurs de pression, de toucher, de lumière, et ainsi de suite. Évidemment, ces récepteurs sont localisés à des endroits différents sur le corps humain : les récepteurs de lumière sont localisés dans les yeux, les récepteurs sonores dans les oreilles, les récepteurs tactiles dans la peau, et ainsi de suite. Bref, ces récepteurs sensoriels sont non seulement impliqués dans les sensations basiques que sont l’ouïe, la vision, l'odorat et le goût, mais sont aussi impliqués dans tout un tas de fonctions vitales comme la respiration, l'alimentation, le vomissement, etc. Nous reviendrons sur ces particularités dans des chapitres à part, vers la fin de ce livre. Cependant, nous allons voir ces récepteurs sensoriels dans ce chapitre, plutôt que dans le chapitre sur les différents sens ou sur l'homéostasie. ===Les extérocepteurs et intérocepteurs=== Une première classification distingue les intérorécepteurs des extérorécepteurs. Les '''extérorécepteurs''' captent des stimulus extérieurs, alors que les les '''intérorécepteurs''' surveillent l'intérieur du corps. Les premiers servent surtout aux cinq sens (toucher, vision, ouïe, odorat, goût), alors que les autres captent des sensations internes, comme la proprioception ou la pression sanguine. Les extérocepteurs sont localisés dans la peau, les muqueuses, les yeux et les oreilles, alors que les intérorécepteurs sont localisés dans le corps. Les extérocepteurs sont surtout présents au niveau de la peau, où ils sont chargés du sens du toucher. Mais on trouve aussi des extérorécepteurs dans la cloison nasale, sur la langue, dans la rétine et dans l'oreille interne. À l'opposé, les intérorécepteurs se trouvent dans les muscles, les tendons, les organes, les vaisseaux sanguins et un peu partout dans le corps. {|class="wikitable" |- ! ! Extérocepteurs ! Intérocepteurs |- ! Localisation | Peau, muqueuses, œil, oreille interne | Organes, muscles, tendons, articulations, vaisseaux sanguins. |- ! Fonction | Toucher, gout, odorat, vision, audition, ... | Homéostasie, douleurs internes, équilibre, ... |} Dans la suite, nous parlerons d''''intéroception''' pour désigner les sensations internes, conscientes ou non. Elle regroupe les sensations internes, mais aussi tous les mécanismes par lesquels le cerveau surveille l'état du corps. Les sensations comme la douleur, l'équilibre, la faim et la soif font partie de l'intéroception, et précisément de l'intéroception consciente. Mais il existe aussi une intéroception inconsciente, comme celle qui surveille la concentration en oxygène du sang, son pH, la présence de toxiques dans le sang, l'état des organes internes, et j'en passe. Il s'agit d'une forme de perception inconsciente, mais que le cerveau utilise en permanence pour garantir l'homéostasie. Nous parlerons d''''extéroception''' pour désigner la perception des sensations extérieures, comme la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l'odorat. Notons que la douleur est à cheval entre intéroception et extéroception. En effet, nous pouvons avoir mal sur la peau, mais aussi à l'intérieur du corps. C'est pour cela que l'on a mal au ventre lors d'une gastroentérite, à la poitrine lors d'un infarctus, dans le dos lors d'une crise de colique néphrétique, etc. Le cerveau est un des très rares organes à ne pas percevoir la douleur. Dans ce qui suit, nous mettrons la douleur un peu à part et ne la classerons ni dans l'intéroception et l'extéroception. Le terme consacré pour la perception de la douleur est la '''nociception'''. ===La classification des récepteurs en fonction des stimulus perçus=== Les récepteurs sensoriels peuvent être classés suivant l'information qu'ils captent : * les '''chimiorécepteurs''' sont des capteurs de substances chimiques (goût et odorat) ; * les '''thermorécepteurs''' sont des capteurs de température (sensation de chaud et de froid) ; * les '''mécanorécepteurs''' réagissent à la pression, aux vibrations, et de manière générale aux déformations mécaniques ; * les '''photorécepteurs''' sont sensibles à la lumière. * et ainsi de suite. Chaque type regroupe des récepteurs différents, plus spécialisés, sensibles à certaines stimulations mécaniques, certaines longueurs d'onde (pour les photorécepteurs), certaines températures, certaines molécules, etc. Les mécano-récepteurs sont très nombreux et sont sensibles à des stimulus très différents les uns des autres. Là où certains sont sensibles à la pression, d'autres réagissent à l'étirement et d'autres aux vibrations. ces trois stimulus correspondent à des sensations très différentes, comme nous le verrons plus loin. Il n'y a pas vraiment de termes pour désigner les mécano-récepteurs qui réagissent à la pression, pas plus qu'il n'y en a pour désigner ceux qui sont sensibles à l'étirement ou aux vibrations. Les chimiorécepteurs sont eux plus spécialisés, dans le sens où ils sont sensibles à quelques molécules chimiquement similaires, parfois seulement une seule. Aussi, le corps humain contient un grand nombre de chimiorécepteurs différents. Les thermorécepteurs sont eux moins nombreux et moins spécialisés. Chez l'humain, on doit distinguer les thermorécepteurs sensibles au chaud et ceux sensibles au froid. Il existe plusieurs thermorécepteurs sensibles au chaud, qui s'activent chacun pour une gamme de température bien précise. Les photorécepteurs sont moins nombreux encore, avec seulement deux à quatre types de photorécepteurs distincts selon l'espèce animale considérée. Chez l'homme, on a quatre photorécepteurs principaux, qui nous permettent de voir : un sensible à la luminosité, un pour le rouge, un pour le vert et un pour le bleu. À ceux-là il faut ajouter un photorécepteur sensible à la lumière bleue qui n'est pas impliqué dans la vision, la rhodopsine, dont nous reparlerons dans le chapitre sur les rythmes circadiens. D'autres espèces n'ont pas de récepteurs pour le bleu, certaines se content d'un seul photorécepteur pour la luminosité. ===Le lien entre stimulus captés, fonction physiologique et localisation des récepteurs=== Notons que la classification en photo/chimio/thermo/mécano-récepteur est une manière de classer les récepteurs suivant le stimulus auquel ils réagissent, pas suivant leur fonction. Et autant les photorécepteurs ne servent que pour la vision, autant ce n'est pas le cas pour le reste. Un même récepteur peut servir dans des fonctions très différentes, de même qu'une même fonction peut être le fait de la collaboration de plusieurs récepteurs de type différents. Mais il y a cependant un lien entre la fonction et le type de stimulus perçu. De plus, les récepteurs sensoriels ne sont pas répartis uniformément dans le corps et sont placés à des endroits qui dépendent de leur fonction. Par exemple, les chimiorécepteurs du goût sont naturellement localisés sur la langue, cela n'aurait aucun sens d'en trouver ailleurs. Mais rappelons que chaque type de récepteur est impliqué dans plusieurs fonctions, ce qui fait qu'on trouve chaque type de récepteur en plusieurs endroits différents. {|class="wikitable" |+ Répartition et fonction des récepteurs sensoriels |- ! ! Localisation ! Fonction |- ! rowspan="2" | Thermorécepteurs | Peau | Toucher, douleur |- | Cerveau, moelle épinière | Régulation de la température corporelle |- ! rowspan="2" | Chimiorécepteurs | Cloison nasale, langue | Odorat et gout |- | Cerveau, une portion bien précise de la carotide | Réflexes divers, dont le réflexe de vomissement et la respiration |- ! rowspan="5" | Mécanocepteurs | Peau | Toucher et douleur (nocicepteurs) |- | Oreille interne | Audition |- | Organes | Sensations internes, douleur (nocicepteurs) |- | Muscles, tendons, articulations, peau (propriocepteurs) | Proprioception |- | Vaisseaux sanguins, poumons (barorécepteurs) | Régulation de la pression sanguine, du rythme cardiaque et de la respiration |} ====L'extéroception et les récepteurs sensoriels==== Le goût et l'odorat sont des sens qui permettent de capter les molécules dans l'environnement : des molécules en suspension dans l'air pour l'odorat, des molécules dans la nourriture pour le goût. Ces deux sens dépendent donc de chimiorécepteurs. Le goût est pris en charge par des chimiorécepteurs localisés sur la langue, qui captent les sensations de salé, sucré, amer, acide et quelques autres. Pour l'odorat, les chimiorécepteurs sont localisés dans la cloison nasale et captent des molécules odorantes. Pour l'audition, rappelons que le son est une variation très rapide de la pression de l'air, de nature périodique. Or, certains mécanorécepteurs sont sensibles aux variations de pression et sont donc tout indiqués. Et de fait, il existe des mécanorécepteurs dans l'oreille interne, qui sont des spécialisés dans la perception des vibrations. Chaque récepteur auditif réagit à une fréquence sonore particulière, qui fait vibrer les parois de l'oreille interne. Les mécano-récepteurs auditifs réagissent à cette vibration induite par le son, et en informent le cerveau. De même, il parait normal que le toucher fasse intervenir des mécanorécepteurs. Pour simplifier, on a donc une relation en apparence assez simple : la vision est le fait de photorécepteurs, l'odorat et le goût demande des chimiorécepteurs, le toucher et l'audition se basent sur des mécanorécepteurs. Mais le sens du toucher est en réalité beaucoup plus complexe. Il implique à la fois des mécanorécepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs. Les mécanorécepteurs du toucher permettent de ressentir le toucher au sens strict, à savoir la pression sur la peau, l'étirement de la peau ou les vibrations. Les thermorécepteurs de la peau sont responsables de la sensation de chaud et de froid sur la peau, ce qui leur donne un rôle dans le toucher au sens large. Ils sont présents dans la peau de tous les vertébrés, avec cependant une petite exception chez les oiseaux, qui ont peu de thermorécepteurs sur leur peau. Quant aux chimiorécepteurs du toucher, ils sont impliqués dans la perception de l'irritation et de l'inflammation. {|class="wikitable" |+ Lien entre les sensations et le type de récepteur impliqué |- ! Vision | Photorécepteurs |- ! Odorat | Chimiorécepteurs |- ! Gout | Chimiorécepteurs |- ! Audition | Mécanorécepteurs |- ! Toucher | Mécanorécepteurs, thermorécepteurs, chimiorécepteurs |} Un autre exemple d'extéroception, non lié aux 5 sens, est la perception chimique chez les insectes. Les insectes ont des chimiorécepteurs au bout de leurs pattes et antennes, où ils servent à capter des substances chimiques au contact du sol ou dans l'air. Cette forme rudimentaire de perception est appelée la ''chémoception de contact'' pour les pattes, et la ''chémoception antennaire'' pour les antennes. La différence entre les deux est que la première demande un contact physique avec une surface solide, et est donc plus proche du toucher que d'autre chose, alors que la seconde non. Dans le même genre, certains insectes ont des thermorécepteurs sur les pattes et les antennes, pour mesurer la température du sol et de l'air. Certains serpents ont des thermorécepteurs sensibles aux infrarouges sur leur face, pour repérer la chaleur émise par leurs proies. ====L'intéroception et les récepteurs sensoriels==== Pour ce qui est de l'intéroception, elle est le fait à la fois des mécanorécepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs, qui sont dits intéroceptifs. Les mécanorécepteurs intéroceptifs sont présents dans le corps : on en trouve dans la peau pour le toucher, l'oreille pour l'audition, mais aussi dans le cœur, les poumons, les muscles, et beaucoup d'autres tissus. Il faut dire qu'ils sont impliqués dans une grande quantité de fonctions physiologiques diverses et variées, ce qui explique leur présence un peu partout dans le corps humain. Par contre, les chimiorécepteurs et thermorécepteurs intéroceptifs sont moins dispersés et sont plus concentrés dans des endroits adaptés à leur fonction. L'intéroception regroupe des perceptions très différentes, dont faire la liste serait très compliqué et peu intuitif. Mais citons cependant quelques exemples. La ''proprioception'' est la capacité qu'à notre cerveau a savoir où sont nos membres, dans quelle position, comment ils bougent, etc. Nous en reparlerons en détail d'ici quelques chapitres, dans un chapitre dédié. Toujours est-il que la proprioception est le fait de mécanorécepteurs localisés dans les muscles, les tendons, les articulations, et la peau. Ils sont sensibles à l'étirement, ce qui leur permet de mesurer à tout instant l'élongation des muscles. Du fait de leur spécialisation, ces mécano-récepteurs sont appelés des '''propriocepteurs'''. Les propriocepteurs sont localisés principalement dans les muscles et tendons, ce qui est idéal pour leur fonction. Les '''barorécepteurs''' sont des capteurs de pression sanguine. Ils sont localisés dans la paroi de certains vaisseaux sanguins et mesurent à tout instant la pression sanguine. Ils envoient leurs mesures de pression au cerveau, qui utilise cette information pour réguler le rythme cardiaque, la respiration, mais aussi le tonus musculaire des vaisseaux sanguins (certaines artères ont des muscles dans leur paroi, qui peuvent se contracter ou s'allonger pour rendre la paroi plus ou moins souple, afin de réguler la pression sanguine). Les chimiorécepteurs intéroceptifs captent la concentration en oxygène/CO2 du sang, le pH sanguin, ou tout autre stimulus chimique interne pertinent pour la survie. Leur utilité principale est de monitorer en permanence le sang ou des fluides auxquels il est en contact. Ils sont impliqués dans la régulation du rythme cardiaque et de la respiration, du vomissement et d'autres fonctions vitales. Voici quelques exemples assez parlants. * Certaines aires cérébrales analysent la qualité du sang, pour détecter des variations de la teneur en oxygène ou du dioxyde de carbone, afin de réguler la respiration. S'ils captent que la concentration en oxygène baisse dans le sang, le cerveau réagit en augmentant la fréquence de la respiration. Un excès de CO2 et/ou un manque d'O2 stimulera ainsi la respiration et inversement. * D'autres aires cérébrales analysent la teneur en sel du sang pour contrôler l'alimentation en eau et la sensation de soif. * Si un chimiorécepteur capte la présence de toxines dans le sang, le cerveau peut réagir en déclenchant des vomissements, pour éliminer le toxique de l'estomac. Pour cela, des récepteurs chimiques sensibles à certaines molécules toxiques ou bactériennes sont localisés dans l'''area postrema'', une aire impliquée dans le réflexe de vomissement. Les thermorécepteurs internes mesurent la température corporelle et détectent quand le corps se refroidit ou se réchauffe. Ils envoient leurs mesures au cerveau, ce qui permet à ce dernier de réguler la température corporelle. Pour les humains, cela déclenche des réactions de transpiration, de frissons, et quelques autres réactions, afin de laisser la température stable autour de 37 degrés. Mais chez d'autres espèces, d'autres réactions physiologiques peuvent survenir. Par exemple, certains oiseaux ont un plumage qui se modifie en cas de froid ou de chaleur intense, grâce à l'action de ces thermorécepteurs. Les thermorécepteurs internes sont surtout localisés dans le cerveau et la moelle épinière. ====La nociception et les récepteurs sensoriels==== La perception de la douleur est elle aussi captée par des mécano-récepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs. Les récepteurs impliqués dans la douleur, peu importe que ce soit au niveau de la peau (toucher) que les douleurs dans le corps (sensations internes), sont appelés des '''nocicepteurs'''. Les nocicepteurs sont présents un peu partout, que ce soit dans les tissus mous, dans l'intestin, les os, les muscles, les exceptions étant rares. La seule exception est le cerveau, qui est dénué de nocicepteurs. Le type de récepteur activé par quelque chose de douloureux dépend du stimulus douloureux en question. Une chaleur brûlante sera captée par les thermorécepteurs, une substance irritante au point d'en devenir douloureuse (les gaz lacrymo, par exemple) seront captés par des chimiorécepteurs, une coupure sera captée par des mécano-récepteurs, etc. Par exemple, les chimiorécepteurs de la langue et du visage peuvent aussi réagir à certains stimulus chimiques douloureux, comme des gaz lacrymogènes, certaines substances irritantes ou acides, voire corrosives. Les thermorécepteurs de la peau peuvent réagir à une brulure ou un froid mordant, capable d'induire une sensation douloureuse. ====Résumé==== Pour résumer, les divers types de récepteurs ont chacun une fonction précise, à savoir que certains sont impliqués dans le toucher, d'autre dans la douleur, d'autres dans la sensation de température, etc. * Les photorécepteurs sont naturellement impliqués dans la vision ; * Les chimiorécepteurs sont impliqués dans l'odorat et le goût, mais aussi dans d'autres fonctions vitales comme la respiration et le vomissement. * Les thermorécepteurs sont impliqués dans le toucher et la douleur, mais aussi dans la régulation de la température corporelle. * Les mécano-récepteurs sont impliqués dans le toucher et l'audition, mais aussi dans l'intéroception et la nociception. {|class="wikitable" |+ Fonction des récepteurs sensoriels, pour chaque type |- ! ! Extéroception ! Intéroception ! Nociception (douleur) |- ! Photorécepteurs | Vision | colspan="2" | |- ! Chimiorécepteurs | Odorat </br> Gout | Vomissement </br> Régulation du rythme cardiaque et de la respiration | Irritation, brulures irritantes |- ! Mécanocepteurs | Toucher </br> Audition | Sensations internes, Proprioception </br> Contrôle de la pression sanguine et de la respiration | Douleurs extéroceptives et intéroceptives |- ! Thermorécepteurs | Toucher (sensations de chaud et de froid) | Régulation de la température corporelle | Brûlures, chaleur ou froid intense |} ==Les ganglions sensoriels== Les récepteurs sensoriels peuvent se présenter physiquement sous plusieurs formes différentes, qui sont illustrées dans le schéma ci-dessous. Prenons le cas d'un extérorécepteur, qui simplifier les explications, bien que ce qui va être dit marche aussi pour les intérorécepteurs. Les récepteurs sensoriels sont des neurones unipolaires, qui émettent des axones en direction de la moelle épinière. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Dans le second, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] La première possibilité est celle d'une cellule sensible à un stimulus, localisé dans la peau ou les muqueuses (pour un extérorécepteur), qui émet un axone en direction du système nerveux. C'est le cas marqué D dans le schéma ci-dessous, le plus à droite. C'est le cas de certains récepteurs tactiles. Comme autre exemple, la rétine contient des cellules qui captent la lumière et la traduisent en influx nerveux, et émettent un axone unique en direction du système nerveux central. On pourrait aussi citer le cas des cellules auditives de l'oreille interne, qui captent les fréquences sonores. Elles sont enchâssées dans la paroi de l'oreille interne et émettent chacune un axone en direction du système nerveux central, que ce soit en direction du cerveau ou de la moelle épinière. [[File:Unipolar Sensory Neuron.png|vignette|upright=1|Neurone pseudo-unipolaire.]] Les autres possibilités sont totalement différentes, dans le sens où elles font intervenir un neurone qui émet un axone qui se divise en deux : une voie en direction de la peau, une autre en direction du système nerveux. Un tel neurone est appelé, pour rappel, un neurone pseudo-unipolaire (je vous renvoie au premier chapitre si vous avez oublié ce terme). Le noyau (soma) du neurone en question est localisé dans un ganglion spécialisé, appelé un '''ganglion sensoriel'''. Le ganglion sensoriel est situé en dehors de la moelle épinière et fait partie prenante du système nerveux périphérique. La première voie de l'axone fait synapse dans le système nerveux central, que ce soit dans la moelle épinière ou dans le cerveau (sur un noyau dédié). La seconde, qui part en direction de la peau, peut se terminer de trois manières différentes. La plus simple est celle notée A dans le schéma ci-dessous. Il s'agit d'une terminaison nerveuse libre, où l'axone se subdivise et où les bouts d'axone captent eux-mêmes le stimulus. La seconde possibilité, notée B dans le schéma, est que les terminaisons nerveuses sont enveloppées par un tissu protecteur, qui empêche l'axone d'être au contact direct de la surface. Dans ces deux possibilités précédentes, l'extrémité de l'axone du neurone sert réellement de récepteur sensoriel. Enfin, la troisième possibilité, notée C dans le schéma, est un intermédiaire : on a à la fois un neurone sensoriel dans la peau/muqueuse, le neurone du ganglion sensoriel ne servant que de relai. ==Les fibres sensorielles== Les récepteurs sensoriels émettent des axones en direction de la moelle épinière et/ou du cerveau. Sur leur trajet, ces axones se regroupent en '''fibres sensorielles''', des sortes de petits nerfs composés intégralement d'axones de neurones sensoriels. Il en existe plusieurs types, qui se distinguent par leur diamètre, leur myélinisation, mais aussi par les sensations transmises. Dans cette section, nous allons étudier les nerfs/fibres dédiés à la sensibilité du corps, celles qui appartiennent au système nerveux périphérique. Elles transmettent les sensations tactiles au sens large, ce qui inclut non seulement le toucher, mais aussi la douleur et la sensation de la température et quelques autres sensations associées. On peut les opposer aux fibres chargées du transport de la vision, de l’ouïe, de l'odorat ou du goût, dont font partie les nerfs optiques, auditifs et autres. Celles-ci sont localisées dans la tête et sur le visage, et se connectent directement au cerveau sans passer par l’intermédiaire de la moelle épinière. Mais ces nerfs et fibres ont des caractéristiques anatomiques propres, ils sont tous différents les uns des autres au point qu'on ne peut pas en tirer de généralités. Ce n'est pas le cas pour les fibres de la sensibilité du corps, pour lesquelles on peut faire des classifications et dont on peut tirer quelques généralités. ===La classification anatomique des fibres sensorielles périphériques=== Comme on l'a vu dans le chapitre sur le système nerveux périphérique, on classe les fibres sensorielles périphériques en type Ia, Ib, II, III et IV. Les deux tableaux ci-dessous résument bien cette catégorisation. Le premier tableau décrit les caractéristiques descriptives de ces axones, pour ce qui touche à l'influx nerveux. {|class="wikitable" |+ Caractéristiques descriptives des fibres sensorielles |- ! ! Fibres Ia ! Fibres Ib ! Fibres II ! Fibres III (<math>\alpha \delta)</math> ! Fibres IV (du groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} ===La classification fonctionnelle des fibres sensorielles=== Les fibres sensorielles périphériques ne transmettent pas exactement les mêmes sensations, et il existe une certaines spécialisation des fibres sensorielles. Dans les grandes lignes, elles peuvent se classer en deux grands types fonctionnels : les fibres épicritiques et thermoalgiques. * Les ''fibres épicritiques'' transmettent le toucher et la proprioception. Elles sont reliées, à leur extrémité, à des méchanorécepteurs (pour le toucher) et des propriocepteurs (pour la proprioception), qui sont eux-mêmes localisés dans les muscles et les tendons pour les propriocepteurs, ainsi que de la peau pour les méchanorécepteurs du toucher. * Les ''fibres thermoalgiques'' transmettent la douleur, le chaud et le froid. Elles sont reliées à des nocicepteurs (capteurs de la douleur), des thermorécepteurs (capteurs de chaud/froid), mais aussi à des méchanorécepteurs. Ces capteurs sont localisés dans les muscles, dans la peau, dans les organes internes, bref : partout dans le corps, à quelques exceptions près. {|class="wikitable" |+ Classification fonctionnelle des fibres sensorielles |- ! Stimulus prédominant | colspan="3" | Toucher et proprioception (système épicritique) | colspan="3" | Température et douleur (système thermoalgique) |- ! Localisation | colspan="3" | Muscles, tendons, peau | colspan="3" | Organes internes, muscles, peau |- ! Propriocepteurs | colspan="2" | ✔ | colspan="4" | |- ! Méchanocepteurs | colspan="2" | | colspan="2" | ✔ | colspan="2" | |- ! Nocicepteurs et thermorécepteurs | colspan="4" | | colspan="2" | ✔ |} ===Le lien entre classifications anatomique et fonctionnelle=== Le tableau suivant donne le lien entre chaque type de fibre et les fonctions remplis par ces axones. {|class="wikitable" style="text-align:center; |+ Caractéristiques fonctionnelles des fibres sensorielles |- ! ! Fibres Ia ! Fibres Ib ! Fibres IIa ! Fibres IIb ! Fibres III (<math>\alpha \delta</math>) ! Fibres IV (du groupe C) |- ! rowspan="2" | Stimulus prédominant | colspan="4" | Toucher et proprioception (système épicritique) | colspan="2" | Température et douleur (système thermoalgique) |- | colspan="2" | Proprioception | Toucher | Proprioception | Douleur vive, aiguë, d'apparition rapide et qui cède rapidement Sensation de froid | Douleur sourde, d'apparition lente, qui recède progressivement Sensation de chaleur |- ! Propriocepteurs | colspan="2" | ✔ | colspan="1" | ❌ | colspan="1" | ✔ | colspan="2" | ❌ |- ! Méchanocepteurs | colspan="2" | ❌ | ✔ | ❌ | colspan="2" | ✔ |- ! Nocicepteurs et thermorécepteurs | colspan="4" | ❌ | colspan="2" | ✔ |- ! Localisation | Fuseaux musculaires | Organe tendineux de Golgi | Peau | Fuseaux musculaires | colspan="2" | Peau, muscles, organes |} ==Le système nerveux central sensoriel== [[File:Ascending pathways from whisker to barrel cortex.png|vignette|upright=0.75|Transfert des informations sensorielles des récepteurs au cortex sensoriel. On voit que les sensations partent du récepteur, passent par le tronc cérébral et/ou la moelle épinière, font relai par le thalamus et arrivent enfin au cortex.]] Les axones des ganglions sensoriels font synapse soit sur la moelle épinière, soit sur des noyaux cérébraux. Certains font notamment synapse sur des noyaux des nerfs crâniens, du moins ceux qui s’occupent du goût ou de la sensibilité du visage ou de la mâchoire. Après avoir fait éventuellement relai par divers noyaux, les informations sensorielles sont transmises au thalamus, à l'exception de l’odorat. ===Le relai thalamique=== Le thalamus contient généralement un noyau dédié au transfert de chaque sensation dans chaque hémisphère : il y a un noyau pour la vision, un autre pour l'audition, un autre pour le goût, etc. Les exceptions sont l'odorat, non transmis par le thalamus, et le toucher qui se voit attribuer deux noyaux : un pour le visage et un autre pour le corps. Avant d'arriver au thalamus, les axones croisent la ligne médiane : les axones passent du côté gauche du corps vers le côté droit (ou réciproquement). On dit aussi que les axones déçussent. Cette décussation explique que la sensibilité de la partie droite du corps soit prise en charge par l’hémisphère gauche de notre cerveau et inversement. ===Le cortex sensoriel=== Une fois passé par le thalamus, les informations sensorielles sont envoyées au télencéphale, et plus précisément au cortex cérébral. Une portion de celui-ci reçoit directement les informations sensorielles et y effectue un traitement sensoriel basique : c'est le '''cortex sensoriel'''. Le cortex sensoriel comprend tous les lobes du cerveau, à l'exception du lobe frontal, chaque lobe ayant sa propre spécificité. Le lobe occipital s'occupe de la vision, le lobe pariétal prend en charge le toucher et la proprioception et le lobe temporal s'occupe de l'audition. Une partie du lobe pariétal prend en charge le toucher et la proprioception. On verra cependant que le lobe pariétal n'est pas qu'un lobe dédié à la perception, mais qu'il intervient aussi dans divers processus intellectuels de haut niveau, notamment l'allocation de l'attention ou la mémoire de travail. Il en va de même pour le lobe temporal, qui n'est pas totalement dédié à l'audition. ==Le traitement des informations sensorielles== Les informations sensorielles, une fois captées par les récepteurs sensoriels, sont ensuite relayées à la moelle épinière et/ou au cerveau. Si le cortex sensoriel est le récepteur final, il ne faut pas croire qu'il est le seul à traiter les sensations. Toutes les étapes de transmission, que ce soit dans la moelle épinière, les ganglions sensoriels, ou les récepteurs sensoriels, peuvent effectuer des traitements divers. Par exemple, la rétine est le siège de traitements visuels basiques, mais extrêmement importants pour une vision normale, comme quelques traitements basiques du contraste. Mais il est quelques traitements de base qui sont récurrents, c'est à dire qu'on les retrouve pour presque toutes les sensations. Voyons rapidement quels sont ces traitements effectués par le système sensoriel. ===Le codage des informations sensorielles=== Le tout premier traitement est celui du codage neuronal des sensations. Par codage, on veut dire que les sensations sont transformées en influx nerveux, en une série de potentiels d'action émis par un ou plusieurs neurones. Les récepteurs doivent convertir une information sensorielle en un flux de potentiels d'action, sans compter que diverses conversions d'informations ont lieu dans l'ensemble du système sensoriel. Le flux de potentiels d'action qui code une sensation apparaît en réaction à un stimulus sensoriel bien précis. Il traduit plusieurs choses : l'intensité du stimulus et sa nature. Par nature, cela regroupe plusieurs choses. En premier lieu, est-ce que c'est un stimulus visuel, auditif, tactile, douloureux, etc. En second lieu, il peut s'agir d'une description plus précise du stimulus qui regroupe toutes ses caractéristiques. Par exemple, pour un stimulus visuel, ces caractéristiques sont sa couleur, sa luminosité, son contraste, sa vitesse, etc. Le codage des informations sensorielles est encore assez mal compris, mais les grandes lignes sont assez claires. On sait comment sont codés l'intensité d'un stimulus dans de nombreux cas et sa nature globale (visuelle, auditive, autre). Pour ce qui est de l'intensité, elle est codée via ce qu'on appelle le '''''rate coding''''', ou codage de fréquence, que l'on a déjà vu dans le chapitre sur le codage neuronal. Pour rappel, avec celui-ci, plus l'intensité d'une sensation est forte, plus la fréquence d'émission de potentiels d'action est importante. Le neurone reste muet tant que la sensation reste en deçà d'une certaine intensité. Passé ce seuil, la fréquence commence à augmenter progressivement avec l'intensité de la sensation. L'augmentation de la fréquence est, en première approximation, proportionnelle à l'intensité de la sensation (seuil exclu). En toute rigueur, la relation n'est pas linéaire et dépend beaucoup du type de récepteur. La nature des sensations est codée d'une manière assez particulière, décrite par la théorie des "''labelled lines''", ou lignes étiquetées. Celle c-ci dit que chaque type de sensation arrive au cerveau par son propre ensemble des câbles neuronaux, qui aide à distinguer chaque sensation des autres. Rien de bien sorcier à cela : les nerfs qui transmettent la vision sont séparés de ceux pour l’ouïe, qui sont eux-mêmes séparés de ceux pour le toucher, de la douleur, etc. Et les aires cérébrales qui s'occupent des traitements de ces stimulus sont elles aussi séparées, jusqu’à un certain point. Il n'y a mise en commun des sensations qu'à un certain point, via un processus d'intégration multi-sensoriel encore mal compris, vraisemblablement situé dans le cortex pariétal. Mais avant, les sensations sont ségrégées et traitées chacune de leur côté. Grâce à cela, on arrive à distinguer des stimulus visuels des stimulus auditifs, des stimulus tactiles, des stimulus douloureux, et j'en passe. Le codage des sensations, de leur nature, dépend des routes qui l'amènent au cerveau. ===L'inhibition latérale=== Les récepteurs sensoriels sont directement connectés à des neurones sensoriels, quand ils n'en sont pas eux-mêmes. Et ces neurones sensoriels ne se contentent pas de transmettre le message sensoriel, mais vont aussi intensifier le contraste du stimulus, à savoir sa différence avec les stimulus adjacents. Pour mieux comprendre, prenons l'exemple d'un paquet de neurones sensoriels, ceux du centre captant une lumière vive alors que ceux les entourent captent de la lumière moins vive. Il y a donc un contraste lumineux entre ce qui est capté au centre et ce qui est capté sur les côtés. Comme autre exemple, on peut prendre l'exemple d'une pointe qui s'enfonce dans la peau : les neurones très proches de la pointe vont capter un stimulus douloureux, mais pas ceux situés plus loin : il y a là encore un contraste entre les perceptions de neurones proches. Ce contraste est amplifié par le système sensoriel, peu après sa perception, afin de rendre les stimulus plus saillants et de faciliter leur localisation. Pour cela, chaque neurone stimulé va légèrement inhiber les neurones proches/adjacents. Ce faisant, les neurones les moins stimulés seront inhibés totalement : la stimulation ne compensera pas l'inhibition des neurones proches. Mais les neurones les plus stimulés ne seront pas suffisamment inhibés et continueront de percevoir le stimulus. Le résultat est que le contraste entre les zones fortement stimulées et faiblement stimulées va augmenter. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le cerveau dans le règne animal | prevText=Le cerveau dans le règne animal | next=Les récepteurs sensoriels | nextText=Les récepteurs sensoriels }} </noinclude> {{AutoCat}} r3c1guzuh21kxqjrdqfoudheiyw3fzg 766153 766090 2026-05-06T19:28:23Z Mewtow 31375 /* Les ganglions sensoriels */ 766153 wikitext text/x-wiki Le système sensoriel correspond à l'ensemble des neurones qui traitent les informations sensorielles, qu'il s'agisse des sept sens ou de toute autre informations perçues par l'organisme. En soi, son existence n'a rien de surprenant : on se doute bien que c'est le cerveau qui prend en charge notre vision ou l'odorat. Le système sensoriel comprend aussi bien des portions du cerveau que des portions sur système nerveux périphérique. Divers nerfs crâniens ou spinaux transmettent la douleur ou le toucher, que le cerveau traite dans divers noyaux et dans le cortex. Pour résumer, les sensations sont captées par des récepteurs sensoriels. Ces sensations sont transmises par l'axone du récepteur jusqu’à la moelle épinière ou un noyau cérébral, avant d'arriver au thalamus. Après le relai dans le thalamus, les sensations sont transmises au cortex sensoriel, qui traite cette information. Seul l'odorat outrepasse le thalamus et arrive directement au cerveau. ==Les récepteurs sensoriels== Le système nerveux sensoriel contient des neurones spécialisés dans la perception, qui servent de capteurs sensoriels, appelés '''récepteurs sensoriels'''. Ces récepteurs sensoriels sont assez nombreux et sont aussi spécialisés pour un type de stimulation particulier. Il n'y a donc pas de récepteurs qui capterait à la fois la lumière, le son et le toucher. Le corps humain contient des capteurs pour chacun de ses sens, ce qui fait qu'il a des capteurs de pression, de toucher, de lumière, et ainsi de suite. Évidemment, ces récepteurs sont localisés à des endroits différents sur le corps humain : les récepteurs de lumière sont localisés dans les yeux, les récepteurs sonores dans les oreilles, les récepteurs tactiles dans la peau, et ainsi de suite. Bref, ces récepteurs sensoriels sont non seulement impliqués dans les sensations basiques que sont l’ouïe, la vision, l'odorat et le goût, mais sont aussi impliqués dans tout un tas de fonctions vitales comme la respiration, l'alimentation, le vomissement, etc. Nous reviendrons sur ces particularités dans des chapitres à part, vers la fin de ce livre. Cependant, nous allons voir ces récepteurs sensoriels dans ce chapitre, plutôt que dans le chapitre sur les différents sens ou sur l'homéostasie. ===Les extérocepteurs et intérocepteurs=== Une première classification distingue les intérorécepteurs des extérorécepteurs. Les '''extérorécepteurs''' captent des stimulus extérieurs, alors que les les '''intérorécepteurs''' surveillent l'intérieur du corps. Les premiers servent surtout aux cinq sens (toucher, vision, ouïe, odorat, goût), alors que les autres captent des sensations internes, comme la proprioception ou la pression sanguine. Les extérocepteurs sont localisés dans la peau, les muqueuses, les yeux et les oreilles, alors que les intérorécepteurs sont localisés dans le corps. Les extérocepteurs sont surtout présents au niveau de la peau, où ils sont chargés du sens du toucher. Mais on trouve aussi des extérorécepteurs dans la cloison nasale, sur la langue, dans la rétine et dans l'oreille interne. À l'opposé, les intérorécepteurs se trouvent dans les muscles, les tendons, les organes, les vaisseaux sanguins et un peu partout dans le corps. {|class="wikitable" |- ! ! Extérocepteurs ! Intérocepteurs |- ! Localisation | Peau, muqueuses, œil, oreille interne | Organes, muscles, tendons, articulations, vaisseaux sanguins. |- ! Fonction | Toucher, gout, odorat, vision, audition, ... | Homéostasie, douleurs internes, équilibre, ... |} Dans la suite, nous parlerons d''''intéroception''' pour désigner les sensations internes, conscientes ou non. Elle regroupe les sensations internes, mais aussi tous les mécanismes par lesquels le cerveau surveille l'état du corps. Les sensations comme la douleur, l'équilibre, la faim et la soif font partie de l'intéroception, et précisément de l'intéroception consciente. Mais il existe aussi une intéroception inconsciente, comme celle qui surveille la concentration en oxygène du sang, son pH, la présence de toxiques dans le sang, l'état des organes internes, et j'en passe. Il s'agit d'une forme de perception inconsciente, mais que le cerveau utilise en permanence pour garantir l'homéostasie. Nous parlerons d''''extéroception''' pour désigner la perception des sensations extérieures, comme la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l'odorat. Notons que la douleur est à cheval entre intéroception et extéroception. En effet, nous pouvons avoir mal sur la peau, mais aussi à l'intérieur du corps. C'est pour cela que l'on a mal au ventre lors d'une gastroentérite, à la poitrine lors d'un infarctus, dans le dos lors d'une crise de colique néphrétique, etc. Le cerveau est un des très rares organes à ne pas percevoir la douleur. Dans ce qui suit, nous mettrons la douleur un peu à part et ne la classerons ni dans l'intéroception et l'extéroception. Le terme consacré pour la perception de la douleur est la '''nociception'''. ===La classification des récepteurs en fonction des stimulus perçus=== Les récepteurs sensoriels peuvent être classés suivant l'information qu'ils captent : * les '''chimiorécepteurs''' sont des capteurs de substances chimiques (goût et odorat) ; * les '''thermorécepteurs''' sont des capteurs de température (sensation de chaud et de froid) ; * les '''mécanorécepteurs''' réagissent à la pression, aux vibrations, et de manière générale aux déformations mécaniques ; * les '''photorécepteurs''' sont sensibles à la lumière. * et ainsi de suite. Chaque type regroupe des récepteurs différents, plus spécialisés, sensibles à certaines stimulations mécaniques, certaines longueurs d'onde (pour les photorécepteurs), certaines températures, certaines molécules, etc. Les mécano-récepteurs sont très nombreux et sont sensibles à des stimulus très différents les uns des autres. Là où certains sont sensibles à la pression, d'autres réagissent à l'étirement et d'autres aux vibrations. ces trois stimulus correspondent à des sensations très différentes, comme nous le verrons plus loin. Il n'y a pas vraiment de termes pour désigner les mécano-récepteurs qui réagissent à la pression, pas plus qu'il n'y en a pour désigner ceux qui sont sensibles à l'étirement ou aux vibrations. Les chimiorécepteurs sont eux plus spécialisés, dans le sens où ils sont sensibles à quelques molécules chimiquement similaires, parfois seulement une seule. Aussi, le corps humain contient un grand nombre de chimiorécepteurs différents. Les thermorécepteurs sont eux moins nombreux et moins spécialisés. Chez l'humain, on doit distinguer les thermorécepteurs sensibles au chaud et ceux sensibles au froid. Il existe plusieurs thermorécepteurs sensibles au chaud, qui s'activent chacun pour une gamme de température bien précise. Les photorécepteurs sont moins nombreux encore, avec seulement deux à quatre types de photorécepteurs distincts selon l'espèce animale considérée. Chez l'homme, on a quatre photorécepteurs principaux, qui nous permettent de voir : un sensible à la luminosité, un pour le rouge, un pour le vert et un pour le bleu. À ceux-là il faut ajouter un photorécepteur sensible à la lumière bleue qui n'est pas impliqué dans la vision, la rhodopsine, dont nous reparlerons dans le chapitre sur les rythmes circadiens. D'autres espèces n'ont pas de récepteurs pour le bleu, certaines se content d'un seul photorécepteur pour la luminosité. ===Le lien entre stimulus captés, fonction physiologique et localisation des récepteurs=== Notons que la classification en photo/chimio/thermo/mécano-récepteur est une manière de classer les récepteurs suivant le stimulus auquel ils réagissent, pas suivant leur fonction. Et autant les photorécepteurs ne servent que pour la vision, autant ce n'est pas le cas pour le reste. Un même récepteur peut servir dans des fonctions très différentes, de même qu'une même fonction peut être le fait de la collaboration de plusieurs récepteurs de type différents. Mais il y a cependant un lien entre la fonction et le type de stimulus perçu. De plus, les récepteurs sensoriels ne sont pas répartis uniformément dans le corps et sont placés à des endroits qui dépendent de leur fonction. Par exemple, les chimiorécepteurs du goût sont naturellement localisés sur la langue, cela n'aurait aucun sens d'en trouver ailleurs. Mais rappelons que chaque type de récepteur est impliqué dans plusieurs fonctions, ce qui fait qu'on trouve chaque type de récepteur en plusieurs endroits différents. {|class="wikitable" |+ Répartition et fonction des récepteurs sensoriels |- ! ! Localisation ! Fonction |- ! rowspan="2" | Thermorécepteurs | Peau | Toucher, douleur |- | Cerveau, moelle épinière | Régulation de la température corporelle |- ! rowspan="2" | Chimiorécepteurs | Cloison nasale, langue | Odorat et gout |- | Cerveau, une portion bien précise de la carotide | Réflexes divers, dont le réflexe de vomissement et la respiration |- ! rowspan="5" | Mécanocepteurs | Peau | Toucher et douleur (nocicepteurs) |- | Oreille interne | Audition |- | Organes | Sensations internes, douleur (nocicepteurs) |- | Muscles, tendons, articulations, peau (propriocepteurs) | Proprioception |- | Vaisseaux sanguins, poumons (barorécepteurs) | Régulation de la pression sanguine, du rythme cardiaque et de la respiration |} ====L'extéroception et les récepteurs sensoriels==== Le goût et l'odorat sont des sens qui permettent de capter les molécules dans l'environnement : des molécules en suspension dans l'air pour l'odorat, des molécules dans la nourriture pour le goût. Ces deux sens dépendent donc de chimiorécepteurs. Le goût est pris en charge par des chimiorécepteurs localisés sur la langue, qui captent les sensations de salé, sucré, amer, acide et quelques autres. Pour l'odorat, les chimiorécepteurs sont localisés dans la cloison nasale et captent des molécules odorantes. Pour l'audition, rappelons que le son est une variation très rapide de la pression de l'air, de nature périodique. Or, certains mécanorécepteurs sont sensibles aux variations de pression et sont donc tout indiqués. Et de fait, il existe des mécanorécepteurs dans l'oreille interne, qui sont des spécialisés dans la perception des vibrations. Chaque récepteur auditif réagit à une fréquence sonore particulière, qui fait vibrer les parois de l'oreille interne. Les mécano-récepteurs auditifs réagissent à cette vibration induite par le son, et en informent le cerveau. De même, il parait normal que le toucher fasse intervenir des mécanorécepteurs. Pour simplifier, on a donc une relation en apparence assez simple : la vision est le fait de photorécepteurs, l'odorat et le goût demande des chimiorécepteurs, le toucher et l'audition se basent sur des mécanorécepteurs. Mais le sens du toucher est en réalité beaucoup plus complexe. Il implique à la fois des mécanorécepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs. Les mécanorécepteurs du toucher permettent de ressentir le toucher au sens strict, à savoir la pression sur la peau, l'étirement de la peau ou les vibrations. Les thermorécepteurs de la peau sont responsables de la sensation de chaud et de froid sur la peau, ce qui leur donne un rôle dans le toucher au sens large. Ils sont présents dans la peau de tous les vertébrés, avec cependant une petite exception chez les oiseaux, qui ont peu de thermorécepteurs sur leur peau. Quant aux chimiorécepteurs du toucher, ils sont impliqués dans la perception de l'irritation et de l'inflammation. {|class="wikitable" |+ Lien entre les sensations et le type de récepteur impliqué |- ! Vision | Photorécepteurs |- ! Odorat | Chimiorécepteurs |- ! Gout | Chimiorécepteurs |- ! Audition | Mécanorécepteurs |- ! Toucher | Mécanorécepteurs, thermorécepteurs, chimiorécepteurs |} Un autre exemple d'extéroception, non lié aux 5 sens, est la perception chimique chez les insectes. Les insectes ont des chimiorécepteurs au bout de leurs pattes et antennes, où ils servent à capter des substances chimiques au contact du sol ou dans l'air. Cette forme rudimentaire de perception est appelée la ''chémoception de contact'' pour les pattes, et la ''chémoception antennaire'' pour les antennes. La différence entre les deux est que la première demande un contact physique avec une surface solide, et est donc plus proche du toucher que d'autre chose, alors que la seconde non. Dans le même genre, certains insectes ont des thermorécepteurs sur les pattes et les antennes, pour mesurer la température du sol et de l'air. Certains serpents ont des thermorécepteurs sensibles aux infrarouges sur leur face, pour repérer la chaleur émise par leurs proies. ====L'intéroception et les récepteurs sensoriels==== Pour ce qui est de l'intéroception, elle est le fait à la fois des mécanorécepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs, qui sont dits intéroceptifs. Les mécanorécepteurs intéroceptifs sont présents dans le corps : on en trouve dans la peau pour le toucher, l'oreille pour l'audition, mais aussi dans le cœur, les poumons, les muscles, et beaucoup d'autres tissus. Il faut dire qu'ils sont impliqués dans une grande quantité de fonctions physiologiques diverses et variées, ce qui explique leur présence un peu partout dans le corps humain. Par contre, les chimiorécepteurs et thermorécepteurs intéroceptifs sont moins dispersés et sont plus concentrés dans des endroits adaptés à leur fonction. L'intéroception regroupe des perceptions très différentes, dont faire la liste serait très compliqué et peu intuitif. Mais citons cependant quelques exemples. La ''proprioception'' est la capacité qu'à notre cerveau a savoir où sont nos membres, dans quelle position, comment ils bougent, etc. Nous en reparlerons en détail d'ici quelques chapitres, dans un chapitre dédié. Toujours est-il que la proprioception est le fait de mécanorécepteurs localisés dans les muscles, les tendons, les articulations, et la peau. Ils sont sensibles à l'étirement, ce qui leur permet de mesurer à tout instant l'élongation des muscles. Du fait de leur spécialisation, ces mécano-récepteurs sont appelés des '''propriocepteurs'''. Les propriocepteurs sont localisés principalement dans les muscles et tendons, ce qui est idéal pour leur fonction. Les '''barorécepteurs''' sont des capteurs de pression sanguine. Ils sont localisés dans la paroi de certains vaisseaux sanguins et mesurent à tout instant la pression sanguine. Ils envoient leurs mesures de pression au cerveau, qui utilise cette information pour réguler le rythme cardiaque, la respiration, mais aussi le tonus musculaire des vaisseaux sanguins (certaines artères ont des muscles dans leur paroi, qui peuvent se contracter ou s'allonger pour rendre la paroi plus ou moins souple, afin de réguler la pression sanguine). Les chimiorécepteurs intéroceptifs captent la concentration en oxygène/CO2 du sang, le pH sanguin, ou tout autre stimulus chimique interne pertinent pour la survie. Leur utilité principale est de monitorer en permanence le sang ou des fluides auxquels il est en contact. Ils sont impliqués dans la régulation du rythme cardiaque et de la respiration, du vomissement et d'autres fonctions vitales. Voici quelques exemples assez parlants. * Certaines aires cérébrales analysent la qualité du sang, pour détecter des variations de la teneur en oxygène ou du dioxyde de carbone, afin de réguler la respiration. S'ils captent que la concentration en oxygène baisse dans le sang, le cerveau réagit en augmentant la fréquence de la respiration. Un excès de CO2 et/ou un manque d'O2 stimulera ainsi la respiration et inversement. * D'autres aires cérébrales analysent la teneur en sel du sang pour contrôler l'alimentation en eau et la sensation de soif. * Si un chimiorécepteur capte la présence de toxines dans le sang, le cerveau peut réagir en déclenchant des vomissements, pour éliminer le toxique de l'estomac. Pour cela, des récepteurs chimiques sensibles à certaines molécules toxiques ou bactériennes sont localisés dans l'''area postrema'', une aire impliquée dans le réflexe de vomissement. Les thermorécepteurs internes mesurent la température corporelle et détectent quand le corps se refroidit ou se réchauffe. Ils envoient leurs mesures au cerveau, ce qui permet à ce dernier de réguler la température corporelle. Pour les humains, cela déclenche des réactions de transpiration, de frissons, et quelques autres réactions, afin de laisser la température stable autour de 37 degrés. Mais chez d'autres espèces, d'autres réactions physiologiques peuvent survenir. Par exemple, certains oiseaux ont un plumage qui se modifie en cas de froid ou de chaleur intense, grâce à l'action de ces thermorécepteurs. Les thermorécepteurs internes sont surtout localisés dans le cerveau et la moelle épinière. ====La nociception et les récepteurs sensoriels==== La perception de la douleur est elle aussi captée par des mécano-récepteurs, des thermorécepteurs et des chimiorécepteurs. Les récepteurs impliqués dans la douleur, peu importe que ce soit au niveau de la peau (toucher) que les douleurs dans le corps (sensations internes), sont appelés des '''nocicepteurs'''. Les nocicepteurs sont présents un peu partout, que ce soit dans les tissus mous, dans l'intestin, les os, les muscles, les exceptions étant rares. La seule exception est le cerveau, qui est dénué de nocicepteurs. Le type de récepteur activé par quelque chose de douloureux dépend du stimulus douloureux en question. Une chaleur brûlante sera captée par les thermorécepteurs, une substance irritante au point d'en devenir douloureuse (les gaz lacrymo, par exemple) seront captés par des chimiorécepteurs, une coupure sera captée par des mécano-récepteurs, etc. Par exemple, les chimiorécepteurs de la langue et du visage peuvent aussi réagir à certains stimulus chimiques douloureux, comme des gaz lacrymogènes, certaines substances irritantes ou acides, voire corrosives. Les thermorécepteurs de la peau peuvent réagir à une brulure ou un froid mordant, capable d'induire une sensation douloureuse. ====Résumé==== Pour résumer, les divers types de récepteurs ont chacun une fonction précise, à savoir que certains sont impliqués dans le toucher, d'autre dans la douleur, d'autres dans la sensation de température, etc. * Les photorécepteurs sont naturellement impliqués dans la vision ; * Les chimiorécepteurs sont impliqués dans l'odorat et le goût, mais aussi dans d'autres fonctions vitales comme la respiration et le vomissement. * Les thermorécepteurs sont impliqués dans le toucher et la douleur, mais aussi dans la régulation de la température corporelle. * Les mécano-récepteurs sont impliqués dans le toucher et l'audition, mais aussi dans l'intéroception et la nociception. {|class="wikitable" |+ Fonction des récepteurs sensoriels, pour chaque type |- ! ! Extéroception ! Intéroception ! Nociception (douleur) |- ! Photorécepteurs | Vision | colspan="2" | |- ! Chimiorécepteurs | Odorat </br> Gout | Vomissement </br> Régulation du rythme cardiaque et de la respiration | Irritation, brulures irritantes |- ! Mécanocepteurs | Toucher </br> Audition | Sensations internes, Proprioception </br> Contrôle de la pression sanguine et de la respiration | Douleurs extéroceptives et intéroceptives |- ! Thermorécepteurs | Toucher (sensations de chaud et de froid) | Régulation de la température corporelle | Brûlures, chaleur ou froid intense |} ==Les ganglions sensoriels== Les récepteurs sensoriels peuvent se présenter physiquement sous plusieurs formes différentes, qui sont illustrées dans le schéma ci-dessous. Prenons le cas d'un extérorécepteur, qui simplifier les explications, bien que ce qui va être dit marche aussi pour les intérorécepteurs. Les récepteurs sensoriels sont des neurones unipolaires, qui émettent des axones en direction de la moelle épinière. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles, qui sont illustrés dans le schéma ci-dessous. * Dans le premier (cas D), ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Dans le second (cas A et B), les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Il y a aussi un cas intermédiaire (cas C) où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] La première possibilité est celle d'une cellule sensible à un stimulus, localisé dans la peau ou les muqueuses (pour un extérorécepteur), qui émet un axone en direction du système nerveux. C'est le cas marqué D dans le schéma ci-dessous, le plus à droite. C'est le cas de certains récepteurs tactiles. Comme autre exemple, la rétine contient des cellules qui captent la lumière et la traduisent en influx nerveux, et émettent un axone unique en direction du système nerveux central. On pourrait aussi citer le cas des cellules auditives de l'oreille interne, qui captent les fréquences sonores. Elles sont enchâssées dans la paroi de l'oreille interne et émettent chacune un axone en direction du système nerveux central, que ce soit en direction du cerveau ou de la moelle épinière. [[File:Unipolar Sensory Neuron.png|vignette|upright=1|Neurone pseudo-unipolaire.]] Les autres possibilités sont totalement différentes, dans le sens où elles font intervenir un neurone qui émet un axone qui se divise en deux : une voie en direction de la peau, une autre en direction du système nerveux. Un tel neurone est appelé, pour rappel, un neurone pseudo-unipolaire (je vous renvoie au premier chapitre si vous avez oublié ce terme). Le noyau (soma) du neurone en question est localisé dans un ganglion spécialisé, appelé un '''ganglion sensoriel'''. Le ganglion sensoriel est situé en dehors de la moelle épinière et fait partie prenante du système nerveux périphérique. La première voie de l'axone fait synapse dans le système nerveux central, que ce soit dans la moelle épinière ou dans le cerveau (sur un noyau dédié). La seconde, qui part en direction de la peau, peut se terminer de trois manières différentes. La plus simple est celle notée A dans le schéma ci-dessous. Il s'agit d'une terminaison nerveuse libre, où l'axone se subdivise et où les bouts d'axone captent eux-mêmes le stimulus. La seconde possibilité, notée B dans le schéma, est que les terminaisons nerveuses sont enveloppées par un tissu protecteur, qui empêche l'axone d'être au contact direct de la surface. Dans ces deux possibilités précédentes, l'extrémité de l'axone du neurone sert réellement de récepteur sensoriel. Enfin, la troisième possibilité, notée C dans le schéma, est un intermédiaire : on a à la fois un neurone sensoriel dans la peau/muqueuse, le neurone du ganglion sensoriel ne servant que de relai. ==Les fibres sensorielles== Les récepteurs sensoriels émettent des axones en direction de la moelle épinière et/ou du cerveau. Sur leur trajet, ces axones se regroupent en '''fibres sensorielles''', des sortes de petits nerfs composés intégralement d'axones de neurones sensoriels. Il en existe plusieurs types, qui se distinguent par leur diamètre, leur myélinisation, mais aussi par les sensations transmises. Dans cette section, nous allons étudier les nerfs/fibres dédiés à la sensibilité du corps, celles qui appartiennent au système nerveux périphérique. Elles transmettent les sensations tactiles au sens large, ce qui inclut non seulement le toucher, mais aussi la douleur et la sensation de la température et quelques autres sensations associées. On peut les opposer aux fibres chargées du transport de la vision, de l’ouïe, de l'odorat ou du goût, dont font partie les nerfs optiques, auditifs et autres. Celles-ci sont localisées dans la tête et sur le visage, et se connectent directement au cerveau sans passer par l’intermédiaire de la moelle épinière. Mais ces nerfs et fibres ont des caractéristiques anatomiques propres, ils sont tous différents les uns des autres au point qu'on ne peut pas en tirer de généralités. Ce n'est pas le cas pour les fibres de la sensibilité du corps, pour lesquelles on peut faire des classifications et dont on peut tirer quelques généralités. ===La classification anatomique des fibres sensorielles périphériques=== Comme on l'a vu dans le chapitre sur le système nerveux périphérique, on classe les fibres sensorielles périphériques en type Ia, Ib, II, III et IV. Les deux tableaux ci-dessous résument bien cette catégorisation. Le premier tableau décrit les caractéristiques descriptives de ces axones, pour ce qui touche à l'influx nerveux. {|class="wikitable" |+ Caractéristiques descriptives des fibres sensorielles |- ! ! Fibres Ia ! Fibres Ib ! Fibres II ! Fibres III (<math>\alpha \delta)</math> ! Fibres IV (du groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} ===La classification fonctionnelle des fibres sensorielles=== Les fibres sensorielles périphériques ne transmettent pas exactement les mêmes sensations, et il existe une certaines spécialisation des fibres sensorielles. Dans les grandes lignes, elles peuvent se classer en deux grands types fonctionnels : les fibres épicritiques et thermoalgiques. * Les ''fibres épicritiques'' transmettent le toucher et la proprioception. Elles sont reliées, à leur extrémité, à des méchanorécepteurs (pour le toucher) et des propriocepteurs (pour la proprioception), qui sont eux-mêmes localisés dans les muscles et les tendons pour les propriocepteurs, ainsi que de la peau pour les méchanorécepteurs du toucher. * Les ''fibres thermoalgiques'' transmettent la douleur, le chaud et le froid. Elles sont reliées à des nocicepteurs (capteurs de la douleur), des thermorécepteurs (capteurs de chaud/froid), mais aussi à des méchanorécepteurs. Ces capteurs sont localisés dans les muscles, dans la peau, dans les organes internes, bref : partout dans le corps, à quelques exceptions près. {|class="wikitable" |+ Classification fonctionnelle des fibres sensorielles |- ! Stimulus prédominant | colspan="3" | Toucher et proprioception (système épicritique) | colspan="3" | Température et douleur (système thermoalgique) |- ! Localisation | colspan="3" | Muscles, tendons, peau | colspan="3" | Organes internes, muscles, peau |- ! Propriocepteurs | colspan="2" | ✔ | colspan="4" | |- ! Méchanocepteurs | colspan="2" | | colspan="2" | ✔ | colspan="2" | |- ! Nocicepteurs et thermorécepteurs | colspan="4" | | colspan="2" | ✔ |} ===Le lien entre classifications anatomique et fonctionnelle=== Le tableau suivant donne le lien entre chaque type de fibre et les fonctions remplis par ces axones. {|class="wikitable" style="text-align:center; |+ Caractéristiques fonctionnelles des fibres sensorielles |- ! ! Fibres Ia ! Fibres Ib ! Fibres IIa ! Fibres IIb ! Fibres III (<math>\alpha \delta</math>) ! Fibres IV (du groupe C) |- ! rowspan="2" | Stimulus prédominant | colspan="4" | Toucher et proprioception (système épicritique) | colspan="2" | Température et douleur (système thermoalgique) |- | colspan="2" | Proprioception | Toucher | Proprioception | Douleur vive, aiguë, d'apparition rapide et qui cède rapidement Sensation de froid | Douleur sourde, d'apparition lente, qui recède progressivement Sensation de chaleur |- ! Propriocepteurs | colspan="2" | ✔ | colspan="1" | ❌ | colspan="1" | ✔ | colspan="2" | ❌ |- ! Méchanocepteurs | colspan="2" | ❌ | ✔ | ❌ | colspan="2" | ✔ |- ! Nocicepteurs et thermorécepteurs | colspan="4" | ❌ | colspan="2" | ✔ |- ! Localisation | Fuseaux musculaires | Organe tendineux de Golgi | Peau | Fuseaux musculaires | colspan="2" | Peau, muscles, organes |} ==Le système nerveux central sensoriel== [[File:Ascending pathways from whisker to barrel cortex.png|vignette|upright=0.75|Transfert des informations sensorielles des récepteurs au cortex sensoriel. On voit que les sensations partent du récepteur, passent par le tronc cérébral et/ou la moelle épinière, font relai par le thalamus et arrivent enfin au cortex.]] Les axones des ganglions sensoriels font synapse soit sur la moelle épinière, soit sur des noyaux cérébraux. Certains font notamment synapse sur des noyaux des nerfs crâniens, du moins ceux qui s’occupent du goût ou de la sensibilité du visage ou de la mâchoire. Après avoir fait éventuellement relai par divers noyaux, les informations sensorielles sont transmises au thalamus, à l'exception de l’odorat. ===Le relai thalamique=== Le thalamus contient généralement un noyau dédié au transfert de chaque sensation dans chaque hémisphère : il y a un noyau pour la vision, un autre pour l'audition, un autre pour le goût, etc. Les exceptions sont l'odorat, non transmis par le thalamus, et le toucher qui se voit attribuer deux noyaux : un pour le visage et un autre pour le corps. Avant d'arriver au thalamus, les axones croisent la ligne médiane : les axones passent du côté gauche du corps vers le côté droit (ou réciproquement). On dit aussi que les axones déçussent. Cette décussation explique que la sensibilité de la partie droite du corps soit prise en charge par l’hémisphère gauche de notre cerveau et inversement. ===Le cortex sensoriel=== Une fois passé par le thalamus, les informations sensorielles sont envoyées au télencéphale, et plus précisément au cortex cérébral. Une portion de celui-ci reçoit directement les informations sensorielles et y effectue un traitement sensoriel basique : c'est le '''cortex sensoriel'''. Le cortex sensoriel comprend tous les lobes du cerveau, à l'exception du lobe frontal, chaque lobe ayant sa propre spécificité. Le lobe occipital s'occupe de la vision, le lobe pariétal prend en charge le toucher et la proprioception et le lobe temporal s'occupe de l'audition. Une partie du lobe pariétal prend en charge le toucher et la proprioception. On verra cependant que le lobe pariétal n'est pas qu'un lobe dédié à la perception, mais qu'il intervient aussi dans divers processus intellectuels de haut niveau, notamment l'allocation de l'attention ou la mémoire de travail. Il en va de même pour le lobe temporal, qui n'est pas totalement dédié à l'audition. ==Le traitement des informations sensorielles== Les informations sensorielles, une fois captées par les récepteurs sensoriels, sont ensuite relayées à la moelle épinière et/ou au cerveau. Si le cortex sensoriel est le récepteur final, il ne faut pas croire qu'il est le seul à traiter les sensations. Toutes les étapes de transmission, que ce soit dans la moelle épinière, les ganglions sensoriels, ou les récepteurs sensoriels, peuvent effectuer des traitements divers. Par exemple, la rétine est le siège de traitements visuels basiques, mais extrêmement importants pour une vision normale, comme quelques traitements basiques du contraste. Mais il est quelques traitements de base qui sont récurrents, c'est à dire qu'on les retrouve pour presque toutes les sensations. Voyons rapidement quels sont ces traitements effectués par le système sensoriel. ===Le codage des informations sensorielles=== Le tout premier traitement est celui du codage neuronal des sensations. Par codage, on veut dire que les sensations sont transformées en influx nerveux, en une série de potentiels d'action émis par un ou plusieurs neurones. Les récepteurs doivent convertir une information sensorielle en un flux de potentiels d'action, sans compter que diverses conversions d'informations ont lieu dans l'ensemble du système sensoriel. Le flux de potentiels d'action qui code une sensation apparaît en réaction à un stimulus sensoriel bien précis. Il traduit plusieurs choses : l'intensité du stimulus et sa nature. Par nature, cela regroupe plusieurs choses. En premier lieu, est-ce que c'est un stimulus visuel, auditif, tactile, douloureux, etc. En second lieu, il peut s'agir d'une description plus précise du stimulus qui regroupe toutes ses caractéristiques. Par exemple, pour un stimulus visuel, ces caractéristiques sont sa couleur, sa luminosité, son contraste, sa vitesse, etc. Le codage des informations sensorielles est encore assez mal compris, mais les grandes lignes sont assez claires. On sait comment sont codés l'intensité d'un stimulus dans de nombreux cas et sa nature globale (visuelle, auditive, autre). Pour ce qui est de l'intensité, elle est codée via ce qu'on appelle le '''''rate coding''''', ou codage de fréquence, que l'on a déjà vu dans le chapitre sur le codage neuronal. Pour rappel, avec celui-ci, plus l'intensité d'une sensation est forte, plus la fréquence d'émission de potentiels d'action est importante. Le neurone reste muet tant que la sensation reste en deçà d'une certaine intensité. Passé ce seuil, la fréquence commence à augmenter progressivement avec l'intensité de la sensation. L'augmentation de la fréquence est, en première approximation, proportionnelle à l'intensité de la sensation (seuil exclu). En toute rigueur, la relation n'est pas linéaire et dépend beaucoup du type de récepteur. La nature des sensations est codée d'une manière assez particulière, décrite par la théorie des "''labelled lines''", ou lignes étiquetées. Celle c-ci dit que chaque type de sensation arrive au cerveau par son propre ensemble des câbles neuronaux, qui aide à distinguer chaque sensation des autres. Rien de bien sorcier à cela : les nerfs qui transmettent la vision sont séparés de ceux pour l’ouïe, qui sont eux-mêmes séparés de ceux pour le toucher, de la douleur, etc. Et les aires cérébrales qui s'occupent des traitements de ces stimulus sont elles aussi séparées, jusqu’à un certain point. Il n'y a mise en commun des sensations qu'à un certain point, via un processus d'intégration multi-sensoriel encore mal compris, vraisemblablement situé dans le cortex pariétal. Mais avant, les sensations sont ségrégées et traitées chacune de leur côté. Grâce à cela, on arrive à distinguer des stimulus visuels des stimulus auditifs, des stimulus tactiles, des stimulus douloureux, et j'en passe. Le codage des sensations, de leur nature, dépend des routes qui l'amènent au cerveau. ===L'inhibition latérale=== Les récepteurs sensoriels sont directement connectés à des neurones sensoriels, quand ils n'en sont pas eux-mêmes. Et ces neurones sensoriels ne se contentent pas de transmettre le message sensoriel, mais vont aussi intensifier le contraste du stimulus, à savoir sa différence avec les stimulus adjacents. Pour mieux comprendre, prenons l'exemple d'un paquet de neurones sensoriels, ceux du centre captant une lumière vive alors que ceux les entourent captent de la lumière moins vive. Il y a donc un contraste lumineux entre ce qui est capté au centre et ce qui est capté sur les côtés. Comme autre exemple, on peut prendre l'exemple d'une pointe qui s'enfonce dans la peau : les neurones très proches de la pointe vont capter un stimulus douloureux, mais pas ceux situés plus loin : il y a là encore un contraste entre les perceptions de neurones proches. Ce contraste est amplifié par le système sensoriel, peu après sa perception, afin de rendre les stimulus plus saillants et de faciliter leur localisation. Pour cela, chaque neurone stimulé va légèrement inhiber les neurones proches/adjacents. Ce faisant, les neurones les moins stimulés seront inhibés totalement : la stimulation ne compensera pas l'inhibition des neurones proches. Mais les neurones les plus stimulés ne seront pas suffisamment inhibés et continueront de percevoir le stimulus. Le résultat est que le contraste entre les zones fortement stimulées et faiblement stimulées va augmenter. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le cerveau dans le règne animal | prevText=Le cerveau dans le règne animal | next=Les récepteurs sensoriels | nextText=Les récepteurs sensoriels }} </noinclude> {{AutoCat}} 9iwnuvvhgqb47e8f4lve9p4cuoq18dq Neurosciences/L'anatomie du système nerveux 0 70087 766102 762832 2026-05-06T16:30:33Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux sensoriel */ 766102 wikitext text/x-wiki Le présent chapitre va aborder l'anatomie d'un cerveau humain et du système nerveux en général. Nous allons voir la terminologie de base, qui sera abondamment utilisée dans les prochains chapitres. Le système nerveux est subdivisé en plusieurs portions distinctes, et la subdivision en question sera la base des 10 prochains chapitres. Le présent chapitre va donner un aperçu du système nerveux, les prochains chapitre détaillerons l'anatomie du cerveau, de la moelle épinière, etc. ==Le système nerveux== [[File:Nervous system - Nervous system 1 -- Smart-Servier.png|vignette|upright=0.75|Système nerveux]] Le système nerveux d'un être humain est illustré ci-contre. Il illustre évidemment le '''cerveau''', situé dans le crâne. Du cerveau sortent un paquet de connexions qui relient le cerveau au reste du corps, illustrées en orange/jaune. Du cerveau sort la '''moelle épinière''', long câble qui longe le dos, pas loin de la colonne vertébrale (faites d'os nommés les vertèbres). De la moelle épinière sortent de longs câbles appelés des '''nerfs''' qui se dispersent dans le corps. Ils innervent la peau, les tissus mous, les organes internes, bref : tout ce qui est sensible ou peut bouger. Ils sont classés en plusieurs types, à savoir les nerfs moteurs, sensitifs et mixtes. Les nerfs sensitifs/sensoriels transmettent les sensations provenant du corps vers le système nerveux central. Les nerfs moteurs sont connectés aux muscles et assurent la transmission des ordres provenant du cerveau ou de la moelle épinière, vers les muscles. Les nerfs mixtes regroupent des axones sensoriels et moteurs. De plus, on trouve un peu partout dans le corps des amas de neurones appelés des '''ganglions''', connectés à la moelle épinière et/ou au cerveau. Pour simplifier, ils servent de relai entre les neurones dispersés dans le corps et la moelle épinière. Ces ganglions sont plus précisément l'endroit où naissent les nerfs, dont ils sont indissociables. Comme pour les nerfs, on fait la différence entre ganglions moteurs, sensitifs et mixtes, selon le type de nerf auxquels ils donnent naissance. Les neurones ne sont pas exactement les mêmes selon que le ganglion soit moteur ou sensitif. ===La séparation entre système nerveux central et périphérique=== [[File:Nervous system diagram unlabeled.svg|vignette|upright=0.75|Distinction entre système nerveux central en orange/jaune, et système nerveux périphérique en bleu.]] Il est d'usage de regrouper le cerveau, la moelle épinière et la rétine dans un seul ensemble, appelé '''système nerveux central''', le reste étant appelé le '''système nerveux périphérique'''. Le système nerveux périphérique est ce qui reste du système nerveux quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Une telle dénomination n'est pas anodine. Elle trahit le rôle du système nerveux central, qui est d'intégrer les informations transmises par le système nerveux périphérique. Il traite les informations sensorielles qu'il reçoit et commande les neurones moteurs, ce qui explique qu'il contient exclusivement des interneurones (sauf dans la rétine), alors que le système nerveux périphérique contient surtout des neurones sensoriels et moteurs. Ce dernier contient notamment de nombreux récepteurs, qui captent de la lumière (pour la vision), le son (pour l’ouïe), etc. Le cerveau est le centre de traitement principal, mais la moelle épinière a aussi un léger rôle de traitement. Elle prend notamment en charge la plupart des réflexes, et contrôle indirectement l'intensité de certaines sensations douloureuses. On pourrait croire que cette distinction est purement arbitraire, mais elle se base en réalité sur de nombreux arguments anatomiques et embryologiques assez subtils. Déjà, les cellules gliales du système nerveux central et périphériques ne sont pas exactement les mêmes : les oligodendrocytes du système nerveux central sont remplacés par les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique, par exemple. Ensuite, les neurotransmetteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, si on regarde avec attention. Par exemple, le système nerveux périphérique moteur est très friand d’acétylcholine et de noradrénaline, là où le système nerveux central est surtout composé de neurones GABAergiques ou sensibles au glutamate. Plus de 70% des neurones du cerveau sont sensibles au glutamate, quand ils n'en émettent pas eux-mêmes, les 20% restants étant surtout des interneurones inhibiteurs GABAergiques. Ensuite, les deux ne se forment pas de la même manière. Nous verrons dans le chapitre sur l'embryologie du système nerveux que les deux apparaissent à des endroits différents de l'embryon et qu'ils se forment séparément. A ce propos, il existe des maladies néonatales qui empêchent le système nerveux périphérique de se former correctement, mais qui laissent intacte le système nerveux central. Et inversement, certaines maladies néonatales font que le cerveau et la moelle épinière ne se forment pas correctement, mais laissent le système nerveux périphérique intact. Une dernière distinction est que le système nerveux central est protégé par les '''méninges''', une enveloppe protectrice qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Leur rôle principal est d'amortir les chocs que peut recevoir le cerveau ou la moelle épinière. Mais les méninges ont aussi des rôles secondaires : participer à l'immunité du système nerveux, apporter des nutriments aux neurones, éliminer les déchets du métabolisme neuronal, etc. Pour ces rôles secondaires, les méninges contiennent un liquide, le '''liquide cérébrospinal''', suffisamment visqueux pour amortir les chocs, mais suffisamment liquide pour transporter déchets et nutriments. Il y a un liquide équivalent pour les nerfs, mais pas de barrière de protection aussi développée que les méninges. Au passage, la rétine des yeux, le nerf optique et le nerf olfactif font partie du système nerveux central. La rétine est une extension du cerveau en dehors de la boite crânienne. La rétine des yeux contient des neurones pour capter la lumière, ainsi que des cellules gliales. Les cellules gliales sont d'ailleurs des cellules gliales qu'on trouve dans le système nerveux central, pas celles du système nerveux périphérique. Le nerf optique est le prolongement de la rétine et ne contient que des axones provenant de la rétine. Le nerf optique est protégé par les méninges, ce qui le place d'office dans le système nerveux central. ===La microanatomie du système nerveux=== A vue d’œil, le système nerveux périphérique est totalement différent du système nerveux central. Il est composé de nerfs et de ganglions, alors que le cerveau et la moelle épinière sont totalement différents. Quand on regarde le cerveau ou la moelle épinière à l’œil nu, on voit qu'ils sont composés de parties grises et de parties blanches, assez bien séparées. Les neurones forment la '''matière grise''', alors que les connexions entre neurones forment la '''matière blanche'''. Il y a donc une sorte de ségrégation entre les axones d'un côté, et les neurones/dendrites de l'autre. Dans le système nerveux périphériques, la séparation n'est pas aussi stricte, mais elle existe. Les nerfs sont composés de matière blanche (vu que de sont des regroupements d'axones), alors que les neurones sont regroupés dans les ganglions. le système nerveux périphérique est composé de nerfs et de ganglions. Et les deux se retrouvent dans le système nerveux central ! Dans le SNC, on trouve des amas de neurones appelés des '''noyaux''', de forme approximativement sphériques. Ils sont équivalents aux ganglions du système nerveux périphérique. Les amas de neurones sont appelés des ganglions dans le système nerveux périphérique, mais des noyaux dans le système nerveux central pour les noyaux. La distinction est purement arbitraire et n'est qu'une simple différence terminologique. Les nerfs ont aussi un équivalent dans le système nerveux central, qui porte le nom de '''faisceaux'''. Ils regroupent des paquets d'axones dans des fibres. On les trouve dans la moelle épinière, avec des faisceaux sensoriels qui transmettent les sensations du corps vers le cerveau, et des faisceaux moteurs qui partent du cerveau pour aller vers les muscles. Il y a aussi quelques faisceaux dans le cerveau, qui servent surtout à connecter entre les hémisphères cérébraux. Le cerveau, la moelle épinière et les ganglions/nerfs forment la portion visible à l’œil nu du système nerveux, mais ce n'est pas la seule. Le système nerveux contient des neurones, des cellules gliales, et quelques autres cellules de soutien. Et leur organisation diffère selon que l'on parle du système nerveux central ou périphérique. Le système nerveux périphérique et central ont des organisation similaires si on les regarde au microscope, mais les détails sont différents. Le SNC et le SNP sont donc composés de noyaux/ganglions qui sont interconnectés par des nerfs/faisceaux, ainsi que par des connexions plus courtes non regroupées appelées '''fibres nerveuses'''. Mais il y a aussi d'autres structures anatomiques qu'on ne trouve que dans le système nerveux central. Par exemple, les neurones du SNC sont organisés en noyaux, mais aussi en couches superposées. La grosse majorité des neurones du cerveau et de la moelle épinière forment des couches de neurones : on parle alors de '''cortex'''. La moelle épinière est majoritairement composée de cortex, avec quelques noyaux perdus dedans, il en est de même pour le cerveau. Le SNP n'a pas de cortex. Le système nerveux périphérique a aussi ses spécificités. Outre les ganglions, nerfs et fibres, le SNP contient aussi des neurones dispersés spécifiques au système nerveux périphérique. Des cellules nerveuses sont dispersées dans le corps et servent pour le toucher et les autres sensations. La peau est remplie de neurones sensibles au toucher, les muscles incorporent des récepteurs à l'étirement, les organes internes ont des récepteurs à la douleur, etc. Et ces '''neurones sensoriels''' sont dispersés dans la peau et/ou les organes, sans regroupement apparents. Ils émettent des axones qui se regroupent pour former des nerfs sensitifs, eux-mêmes reliés à la moelle épinière. ===L'évolution du système nerveux=== [[File:Human-leech-nervous-system-comparison.png|vignette|Comparaison entre le système nerveux d'un vers de terre et celui d'un humain.]] Précisons que ce que l'on vient de dire ne marche que pour les vertébrés et quelques autres animaux. Les animaux les plus simples ont un système nerveux plus rudimentaire. Sur les animaux invertébrés les plus simples, il n'y a pas de cerveau, ni de moelle épinière. Le système nerveux est juste composé de ganglions et de nerfs. Les ganglions sont répartis sur toute la longueur de l'animal, comme c'est le cas chez les vers plats. Il n'y a pas vraiment de moelle épinière qui parcours la longueur de l'animal, mais juste des nerfs entre ganglions successifs. Les ganglions n'ont pas tous la même taille et celui au niveau de la tête est plus gros que les autres, car les organes sensoriels sont souvent proches de la tête. Mais ce dernier n'est pas vraiment un cerveau, même s'il est parfois appelé comme tel par abus de langage. Par la suite, les ganglions au niveau de la tête ont commencé à grossir et à ses regrouper, pour donner une ébauche de cerveau. Ce processus de regroupement de tissus nerveux et d'organes sensoriels au niveau de la tête porte un nom : c'est le processus de '''céphalisation'''. C'est ainsi qu'est apparu le cerveau et la moelle épinière. Mais les ganglions autrefois présents sur toute la longueur de l'animal sont restés : ce sont les ganglions spinaux ! L'apparition du cerveau et de la moelle épinière fait que l'anatomie du système nerveux s'est fortement complexifiée. Pour résumer rapidement, le système nerveux a évolué d'une manière de plus en plus centralisée. La situation de départ était un système nerveux très décentralisé, composé d'un filet de neurones interconnectés entre eux. Puis, les neurones se sont progressivement regroupés, d'abord en ganglions, puis en un cerveau unique. La première phase de regroupement a formé des ganglions connectés entre eux, dont certains envoyaient des nerfs vers le reste du corps. Puis la seconde phase a regroupé et fusionné les ganglions, pour donner un cerveau. Les connexions avec le reste du corps se sont complexifiées et une moelle épinière est apparue en plus des nerfs proprement dit. Le système nerveux périphérique correspond approximativement aux structures anatomiques qui existaient avant céphalisation (ganglions et nerfs), alors que le système nerveux central correspond aux structures apparues après (cerveau et moelle épinière). Le système nerveux correspond donc aux structures centralisées, là où le système nerveux périphérique correspond aux neurones dispersés dans l'ensemble du corps. ==Le cerveau : tronc cérébral, cervelet et cerveau antérieur== Chez les espèces qui en ont un, le cerveau est de loin la structure qui contient le plus de cellules, celle dont la fonction est la plus importante. Le cerveau joue le rôle d'une sorte de centre de contrôle du corps, qui reçoit les informations sensorielles, les traite, et commande les muscles via la moelle épinière. Le cerveau contient de nombreuses aires différentes, que les scientifiques ont mis du temps à cartographier. Elles sont tellement nombreuses que trouver un plan d'organisation en se basant sur la fonction de chaque aire n'est pas quelque chose de facile. Pour le moment, nous allons juste dire que le cerveau est subdivisé en plusieurs structures anatomiques distinctes : le cervelet, le tronc cérébral et le reste (appelé parfois « cerveau » ou forebrain en anglais). [[File:Diagram showing some of the main areas of the brain CRUK 188.svg|vignette|Le cerveau antérieur, le cervelet et le tronc cérébral.]] Le '''cervelet''' est une sorte de mini-cerveau, posé sur le tronc cérébral, qui contient autant de neurones que le reste du cerveau ! Son rôle est essentiellement moteur : il corrige les mouvements fins, en corrigeant de potentielles erreurs de trajectoire. Lorsqu'il est endommagé, les mouvements sont maladroits, semblables à ceux d'une personne ivre. D'ailleurs, la démarche d'une personne ivre provient de l'action inhibitrice de l'alcool sur le cervelet. Le '''tronc cérébral''' se situe dans le prolongement de la moelle épinière, en dessous des structures cérébrales plus complexes. Il n'a pas une fonction unique, mais prend en charge tout un ensemble de fonctions assez complexes. Pour simplifier, il s'occupe des fonctions essentielles pour la survie : état de veille, respiration, rythme cardiaque, respiration, vomissement, digestion, etc. Le tronc cérébral est un regroupement de noyaux et de faisceaux, il ne possède pas de cortex. On verra dans quelques chapitres qu'il est segmenté en trois structures anatomiques différentes, qui portent les doux noms de myélencéphale, métencéphale et mésencéphale. Le est appelé le '''cerveau antérieur'''. Il prend en charge tout le reste, qu'il s'agisse de fonctions de base (homéostasie au niveau de l'hypothalamus) que la motricité, les sensations ou les fonctions intellectuelles de haut-niveau. Il est majoritairement composé de cortex, notamment du néocortex pour sa surface. Il regroupe deux structures anatomiques appelées diencéphale et télencéphale. Il est aussi découpé en deux hémisphères séparés. ==Le système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est composé de neurones sensoriels dispersés dans le corps, de nerfs et d'amas de neurones appelés « '''ganglions''' ». Intuitivement, on se dit que le système nerveux périphérique est subdivisé en un sous-système sensoriel et un sous-système moteur. Le sous-système sensoriel contient tout ce qui permet de capter des signaux comme le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Le système nerveux moteur correspond aux axones des neurones moteurs qui sortent du système nerveux central pour innerver les muscles. Et concrètement, les deux systèmes sont assez bien séparés, que ce soit dans la moelle épinière, les nerfs, les ganglions, etc. ===Le système nerveux moteur, sympathique et parasympathique=== Le système nerveux moteur est lui séparé en deux sous-systèmes distincts, appelés système somatique et autonome. * Le '''système somatique''' prend en charge la motricité volontaire, les mouvements contrôlés consciemment. Il commande les muscles pour produire des mouvements volontaires, ainsi que pour garder l'équilibre. * Le système somatique est à contraster avec le '''système nerveux autonome''' qui prend en charge les mouvements automatiques, inconscients. Plus précisément, il commande les organes internes, comme le foie, le cœur, les poumons, bref : les muscles dits lisses qui ne sont pas en charge des mouvements volontaires (et aussi certaines glandes). * Le '''système nerveux entérique''' est lié au système digestif. Il est parfois considéré comme une portion du système autonome, parfois comme un système à part. Si on omet le système nerveux entérique, le système nerveux autonome est composé de deux sous-systèmes antagonistes, appelés systèmes sympathique et parasympathique. La fonction de ces deux systèmes est souvent résumée grossièrement en disant que le système sympathique prépare au "combat ou à la fuite", alors que le système parasympathique "digère et dort". Et ce n'est pas très loin de la réalité, le système sympathique dépensant l'énergie en situation de stress, alors que le système parasympathique favorise la conservation de l'énergie en permettant la récupération et le repos. * Le '''système nerveux sympathique''' est celui qui prépare au combat ou à la fuite. Il s'active lors des situations de danger ou de stress, sous l'action du cerveau. Dans ces situations, le système nerveux va avoir divers effets sur le cœur, les glandes, et les muscles lisses. Dans les grandes lignes, toute l'énergie du corps va être mobilisée. * Le '''système nerveux parasympathique''' a un effet strictement inverse à celui du système sympathique : il commande le corps quand aucun danger n'est présent, en situation relaxante. Il ralentit le rythme cardiaque et la respiration, favorise la digestion, etc. Voici les actions du système nerveux sympathique et parasympathique. {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang). Elles sont innervées uniquement par le système sympathique. Il faut dire que ces glandes sont impliquées dans la réaction sympathique au stress, à savoir qu'elles libèrent de l'adrénaline ou de la noradrénaline quand le cerveau le demande. Les glandes sudoripares sont elles aussi stimulées par le système nerveux sympathique uniquement. À quelques exceptions près, les organes innervés par le système nerveux autonome le sont à la fois par le système sympathique et le système parasympathique. Pour prendre un exemple, c'est le cas du cœur, qui est innervé par le nerf vague (parasympathique) et par le plexus cardiaque (sympathique). Les deux systèmes ont des actions antagonistes. Pour l'exemple du cœur, le système sympathique accélère le rythme cardiaque, alors que le parasympathique le ralentit. Cependant, quelques organes sont innervés par un seul système et pas par l'autre, l'exemple le plus notable étant les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} ===Le système nerveux entérique=== Moins connu, le '''système nerveux entérique''' est une subdivision du système nerveux répartie dans le tube digestif. On le trouve plus précisément dans l’œsophage, l'estomac, l'intestin. Il est composé de ganglions répartis dans tout le tube digestif et contient un grand nombre de neurones. On estime que ce système nerveux comprend entre 200 et 600 millions de neurones, ce qui est à peu-près le même nombre de neurones que le cerveau ou la moelle épinière, ce qui lui vaut le nom abusif de "deuxième cerveau". Cependant, les fonctions du système nerveux entérique et du cerveau sont loin d'être comparables. Le système nerveux entérique ne fait que commander quelques réflexes indépendamment de la moelle épinière ou du cerveau. Précisément, il commande des réflexes qui vont de la sécrétion de mucus ou de substances chimiques dans l'intestin à la commande du flux sanguin du tube digestif en passant par la motricité intestinale. Le système nerveux entérique utilise de nombreux neurotransmetteurs comma la sérotonine ou la dopamine. On estime que plus de 50% de la dopamine et 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin et y agissent. Cela a poussé certains scientifiques à supposer une influence du système nerveux entérique sur l'humeur ou la cognition, bien que les preuves soient faibles. On voit mal comment les neurotransmetteurs produit par le tube digestif pourraient passer la barrière hémato-encéphalique (une couche de protection qui empêche certaines substances d'arriver au cerveau) et influencer le cerveau. Les médias ont beaucoup monté en épingle la relation entre cerveau et système nerveux entérique, notamment en mettant en avant de possibles interactions de l'intestin sur la santé mentale ou neurologique. Par exemple, il a été rapporté une corrélation entre problèmes intestinaux et maladie de Parkinson ou schizophrénie. On sait que les malades de Parkinson et les schizophrènes ont plus de problèmes digestifs que la population générale, sans que l'on sache dans quel sens va la causalité ou s'il y a une raison intermédiaire. Il a été parfois dit que l'usage de probiotiques (de la flore intestinale en poudre, pour simplifier) pourrait améliorer l'humeur de patients dépressifs ou schizophrènes ou soigner certaines maladies neurodégénératives. Mais au-delà de quelques corrélations difficiles à interpréter, les preuves validant ces allégations sont rares ou douteuses et il n'est pas impossible qu'elles ne soient que chimères. ===Le système nerveux sensoriel=== Le système nerveux périphérique sensoriel est lui aussi subdivisé en plusieurs systèmes différents. La première division est liée aux cinq sens. Vous avez peut-être vu qu'il existe 5 sens principaux : toucher, vision, audition, gout, odorat. Il s'agit là d'une simplification, car il faut idéalement ajouter d'autres sens comme la perception de la douleur, de la température, de la position des membres, et quelques autres. Toujours est-il que la subdivision sépare les '''sens spéciaux''' des autres. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les autres sens sont perçus par des récepteurs sensoriels dispersés dans le corps tout entier. La séparation entre sens spéciaux colle aussi avec une autre distinction. Les sens spéciaux ne passent pas par la moelle épinière, mais passent par des nerfs crâniens qui entrent directement dans le cerveau. Les autres sens passent par le relai de la moelle épinière. Il y a ainsi une différence entre le système sensoriel classique et le système sensoriel spécial. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le codage neuronal | prevText=Le codage neuronal | next=La moelle épinière | nextText=La moelle épinière }}{{autocat}} </noinclude> dqp3lzu9o259ovu1uya6gitett5qo3m 766131 766102 2026-05-06T18:34:45Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux entérique */ 766131 wikitext text/x-wiki Le présent chapitre va aborder l'anatomie d'un cerveau humain et du système nerveux en général. Nous allons voir la terminologie de base, qui sera abondamment utilisée dans les prochains chapitres. Le système nerveux est subdivisé en plusieurs portions distinctes, et la subdivision en question sera la base des 10 prochains chapitres. Le présent chapitre va donner un aperçu du système nerveux, les prochains chapitre détaillerons l'anatomie du cerveau, de la moelle épinière, etc. ==Le système nerveux== [[File:Nervous system - Nervous system 1 -- Smart-Servier.png|vignette|upright=0.75|Système nerveux]] Le système nerveux d'un être humain est illustré ci-contre. Il illustre évidemment le '''cerveau''', situé dans le crâne. Du cerveau sortent un paquet de connexions qui relient le cerveau au reste du corps, illustrées en orange/jaune. Du cerveau sort la '''moelle épinière''', long câble qui longe le dos, pas loin de la colonne vertébrale (faites d'os nommés les vertèbres). De la moelle épinière sortent de longs câbles appelés des '''nerfs''' qui se dispersent dans le corps. Ils innervent la peau, les tissus mous, les organes internes, bref : tout ce qui est sensible ou peut bouger. Ils sont classés en plusieurs types, à savoir les nerfs moteurs, sensitifs et mixtes. Les nerfs sensitifs/sensoriels transmettent les sensations provenant du corps vers le système nerveux central. Les nerfs moteurs sont connectés aux muscles et assurent la transmission des ordres provenant du cerveau ou de la moelle épinière, vers les muscles. Les nerfs mixtes regroupent des axones sensoriels et moteurs. De plus, on trouve un peu partout dans le corps des amas de neurones appelés des '''ganglions''', connectés à la moelle épinière et/ou au cerveau. Pour simplifier, ils servent de relai entre les neurones dispersés dans le corps et la moelle épinière. Ces ganglions sont plus précisément l'endroit où naissent les nerfs, dont ils sont indissociables. Comme pour les nerfs, on fait la différence entre ganglions moteurs, sensitifs et mixtes, selon le type de nerf auxquels ils donnent naissance. Les neurones ne sont pas exactement les mêmes selon que le ganglion soit moteur ou sensitif. ===La séparation entre système nerveux central et périphérique=== [[File:Nervous system diagram unlabeled.svg|vignette|upright=0.75|Distinction entre système nerveux central en orange/jaune, et système nerveux périphérique en bleu.]] Il est d'usage de regrouper le cerveau, la moelle épinière et la rétine dans un seul ensemble, appelé '''système nerveux central''', le reste étant appelé le '''système nerveux périphérique'''. Le système nerveux périphérique est ce qui reste du système nerveux quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Une telle dénomination n'est pas anodine. Elle trahit le rôle du système nerveux central, qui est d'intégrer les informations transmises par le système nerveux périphérique. Il traite les informations sensorielles qu'il reçoit et commande les neurones moteurs, ce qui explique qu'il contient exclusivement des interneurones (sauf dans la rétine), alors que le système nerveux périphérique contient surtout des neurones sensoriels et moteurs. Ce dernier contient notamment de nombreux récepteurs, qui captent de la lumière (pour la vision), le son (pour l’ouïe), etc. Le cerveau est le centre de traitement principal, mais la moelle épinière a aussi un léger rôle de traitement. Elle prend notamment en charge la plupart des réflexes, et contrôle indirectement l'intensité de certaines sensations douloureuses. On pourrait croire que cette distinction est purement arbitraire, mais elle se base en réalité sur de nombreux arguments anatomiques et embryologiques assez subtils. Déjà, les cellules gliales du système nerveux central et périphériques ne sont pas exactement les mêmes : les oligodendrocytes du système nerveux central sont remplacés par les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique, par exemple. Ensuite, les neurotransmetteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, si on regarde avec attention. Par exemple, le système nerveux périphérique moteur est très friand d’acétylcholine et de noradrénaline, là où le système nerveux central est surtout composé de neurones GABAergiques ou sensibles au glutamate. Plus de 70% des neurones du cerveau sont sensibles au glutamate, quand ils n'en émettent pas eux-mêmes, les 20% restants étant surtout des interneurones inhibiteurs GABAergiques. Ensuite, les deux ne se forment pas de la même manière. Nous verrons dans le chapitre sur l'embryologie du système nerveux que les deux apparaissent à des endroits différents de l'embryon et qu'ils se forment séparément. A ce propos, il existe des maladies néonatales qui empêchent le système nerveux périphérique de se former correctement, mais qui laissent intacte le système nerveux central. Et inversement, certaines maladies néonatales font que le cerveau et la moelle épinière ne se forment pas correctement, mais laissent le système nerveux périphérique intact. Une dernière distinction est que le système nerveux central est protégé par les '''méninges''', une enveloppe protectrice qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Leur rôle principal est d'amortir les chocs que peut recevoir le cerveau ou la moelle épinière. Mais les méninges ont aussi des rôles secondaires : participer à l'immunité du système nerveux, apporter des nutriments aux neurones, éliminer les déchets du métabolisme neuronal, etc. Pour ces rôles secondaires, les méninges contiennent un liquide, le '''liquide cérébrospinal''', suffisamment visqueux pour amortir les chocs, mais suffisamment liquide pour transporter déchets et nutriments. Il y a un liquide équivalent pour les nerfs, mais pas de barrière de protection aussi développée que les méninges. Au passage, la rétine des yeux, le nerf optique et le nerf olfactif font partie du système nerveux central. La rétine est une extension du cerveau en dehors de la boite crânienne. La rétine des yeux contient des neurones pour capter la lumière, ainsi que des cellules gliales. Les cellules gliales sont d'ailleurs des cellules gliales qu'on trouve dans le système nerveux central, pas celles du système nerveux périphérique. Le nerf optique est le prolongement de la rétine et ne contient que des axones provenant de la rétine. Le nerf optique est protégé par les méninges, ce qui le place d'office dans le système nerveux central. ===La microanatomie du système nerveux=== A vue d’œil, le système nerveux périphérique est totalement différent du système nerveux central. Il est composé de nerfs et de ganglions, alors que le cerveau et la moelle épinière sont totalement différents. Quand on regarde le cerveau ou la moelle épinière à l’œil nu, on voit qu'ils sont composés de parties grises et de parties blanches, assez bien séparées. Les neurones forment la '''matière grise''', alors que les connexions entre neurones forment la '''matière blanche'''. Il y a donc une sorte de ségrégation entre les axones d'un côté, et les neurones/dendrites de l'autre. Dans le système nerveux périphériques, la séparation n'est pas aussi stricte, mais elle existe. Les nerfs sont composés de matière blanche (vu que de sont des regroupements d'axones), alors que les neurones sont regroupés dans les ganglions. le système nerveux périphérique est composé de nerfs et de ganglions. Et les deux se retrouvent dans le système nerveux central ! Dans le SNC, on trouve des amas de neurones appelés des '''noyaux''', de forme approximativement sphériques. Ils sont équivalents aux ganglions du système nerveux périphérique. Les amas de neurones sont appelés des ganglions dans le système nerveux périphérique, mais des noyaux dans le système nerveux central pour les noyaux. La distinction est purement arbitraire et n'est qu'une simple différence terminologique. Les nerfs ont aussi un équivalent dans le système nerveux central, qui porte le nom de '''faisceaux'''. Ils regroupent des paquets d'axones dans des fibres. On les trouve dans la moelle épinière, avec des faisceaux sensoriels qui transmettent les sensations du corps vers le cerveau, et des faisceaux moteurs qui partent du cerveau pour aller vers les muscles. Il y a aussi quelques faisceaux dans le cerveau, qui servent surtout à connecter entre les hémisphères cérébraux. Le cerveau, la moelle épinière et les ganglions/nerfs forment la portion visible à l’œil nu du système nerveux, mais ce n'est pas la seule. Le système nerveux contient des neurones, des cellules gliales, et quelques autres cellules de soutien. Et leur organisation diffère selon que l'on parle du système nerveux central ou périphérique. Le système nerveux périphérique et central ont des organisation similaires si on les regarde au microscope, mais les détails sont différents. Le SNC et le SNP sont donc composés de noyaux/ganglions qui sont interconnectés par des nerfs/faisceaux, ainsi que par des connexions plus courtes non regroupées appelées '''fibres nerveuses'''. Mais il y a aussi d'autres structures anatomiques qu'on ne trouve que dans le système nerveux central. Par exemple, les neurones du SNC sont organisés en noyaux, mais aussi en couches superposées. La grosse majorité des neurones du cerveau et de la moelle épinière forment des couches de neurones : on parle alors de '''cortex'''. La moelle épinière est majoritairement composée de cortex, avec quelques noyaux perdus dedans, il en est de même pour le cerveau. Le SNP n'a pas de cortex. Le système nerveux périphérique a aussi ses spécificités. Outre les ganglions, nerfs et fibres, le SNP contient aussi des neurones dispersés spécifiques au système nerveux périphérique. Des cellules nerveuses sont dispersées dans le corps et servent pour le toucher et les autres sensations. La peau est remplie de neurones sensibles au toucher, les muscles incorporent des récepteurs à l'étirement, les organes internes ont des récepteurs à la douleur, etc. Et ces '''neurones sensoriels''' sont dispersés dans la peau et/ou les organes, sans regroupement apparents. Ils émettent des axones qui se regroupent pour former des nerfs sensitifs, eux-mêmes reliés à la moelle épinière. ===L'évolution du système nerveux=== [[File:Human-leech-nervous-system-comparison.png|vignette|Comparaison entre le système nerveux d'un vers de terre et celui d'un humain.]] Précisons que ce que l'on vient de dire ne marche que pour les vertébrés et quelques autres animaux. Les animaux les plus simples ont un système nerveux plus rudimentaire. Sur les animaux invertébrés les plus simples, il n'y a pas de cerveau, ni de moelle épinière. Le système nerveux est juste composé de ganglions et de nerfs. Les ganglions sont répartis sur toute la longueur de l'animal, comme c'est le cas chez les vers plats. Il n'y a pas vraiment de moelle épinière qui parcours la longueur de l'animal, mais juste des nerfs entre ganglions successifs. Les ganglions n'ont pas tous la même taille et celui au niveau de la tête est plus gros que les autres, car les organes sensoriels sont souvent proches de la tête. Mais ce dernier n'est pas vraiment un cerveau, même s'il est parfois appelé comme tel par abus de langage. Par la suite, les ganglions au niveau de la tête ont commencé à grossir et à ses regrouper, pour donner une ébauche de cerveau. Ce processus de regroupement de tissus nerveux et d'organes sensoriels au niveau de la tête porte un nom : c'est le processus de '''céphalisation'''. C'est ainsi qu'est apparu le cerveau et la moelle épinière. Mais les ganglions autrefois présents sur toute la longueur de l'animal sont restés : ce sont les ganglions spinaux ! L'apparition du cerveau et de la moelle épinière fait que l'anatomie du système nerveux s'est fortement complexifiée. Pour résumer rapidement, le système nerveux a évolué d'une manière de plus en plus centralisée. La situation de départ était un système nerveux très décentralisé, composé d'un filet de neurones interconnectés entre eux. Puis, les neurones se sont progressivement regroupés, d'abord en ganglions, puis en un cerveau unique. La première phase de regroupement a formé des ganglions connectés entre eux, dont certains envoyaient des nerfs vers le reste du corps. Puis la seconde phase a regroupé et fusionné les ganglions, pour donner un cerveau. Les connexions avec le reste du corps se sont complexifiées et une moelle épinière est apparue en plus des nerfs proprement dit. Le système nerveux périphérique correspond approximativement aux structures anatomiques qui existaient avant céphalisation (ganglions et nerfs), alors que le système nerveux central correspond aux structures apparues après (cerveau et moelle épinière). Le système nerveux correspond donc aux structures centralisées, là où le système nerveux périphérique correspond aux neurones dispersés dans l'ensemble du corps. ==Le cerveau : tronc cérébral, cervelet et cerveau antérieur== Chez les espèces qui en ont un, le cerveau est de loin la structure qui contient le plus de cellules, celle dont la fonction est la plus importante. Le cerveau joue le rôle d'une sorte de centre de contrôle du corps, qui reçoit les informations sensorielles, les traite, et commande les muscles via la moelle épinière. Le cerveau contient de nombreuses aires différentes, que les scientifiques ont mis du temps à cartographier. Elles sont tellement nombreuses que trouver un plan d'organisation en se basant sur la fonction de chaque aire n'est pas quelque chose de facile. Pour le moment, nous allons juste dire que le cerveau est subdivisé en plusieurs structures anatomiques distinctes : le cervelet, le tronc cérébral et le reste (appelé parfois « cerveau » ou forebrain en anglais). [[File:Diagram showing some of the main areas of the brain CRUK 188.svg|vignette|Le cerveau antérieur, le cervelet et le tronc cérébral.]] Le '''cervelet''' est une sorte de mini-cerveau, posé sur le tronc cérébral, qui contient autant de neurones que le reste du cerveau ! Son rôle est essentiellement moteur : il corrige les mouvements fins, en corrigeant de potentielles erreurs de trajectoire. Lorsqu'il est endommagé, les mouvements sont maladroits, semblables à ceux d'une personne ivre. D'ailleurs, la démarche d'une personne ivre provient de l'action inhibitrice de l'alcool sur le cervelet. Le '''tronc cérébral''' se situe dans le prolongement de la moelle épinière, en dessous des structures cérébrales plus complexes. Il n'a pas une fonction unique, mais prend en charge tout un ensemble de fonctions assez complexes. Pour simplifier, il s'occupe des fonctions essentielles pour la survie : état de veille, respiration, rythme cardiaque, respiration, vomissement, digestion, etc. Le tronc cérébral est un regroupement de noyaux et de faisceaux, il ne possède pas de cortex. On verra dans quelques chapitres qu'il est segmenté en trois structures anatomiques différentes, qui portent les doux noms de myélencéphale, métencéphale et mésencéphale. Le est appelé le '''cerveau antérieur'''. Il prend en charge tout le reste, qu'il s'agisse de fonctions de base (homéostasie au niveau de l'hypothalamus) que la motricité, les sensations ou les fonctions intellectuelles de haut-niveau. Il est majoritairement composé de cortex, notamment du néocortex pour sa surface. Il regroupe deux structures anatomiques appelées diencéphale et télencéphale. Il est aussi découpé en deux hémisphères séparés. ==Le système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est composé de neurones sensoriels dispersés dans le corps, de nerfs et d'amas de neurones appelés « '''ganglions''' ». Intuitivement, on se dit que le système nerveux périphérique est subdivisé en un sous-système sensoriel et un sous-système moteur. Le sous-système sensoriel contient tout ce qui permet de capter des signaux comme le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Le système nerveux moteur correspond aux axones des neurones moteurs qui sortent du système nerveux central pour innerver les muscles. Et concrètement, les deux systèmes sont assez bien séparés, que ce soit dans la moelle épinière, les nerfs, les ganglions, etc. ===Le système nerveux moteur, sympathique et parasympathique=== Le système nerveux moteur est lui séparé en deux sous-systèmes distincts, appelés système somatique et autonome. * Le '''système somatique''' prend en charge la motricité volontaire, les mouvements contrôlés consciemment. Il commande les muscles pour produire des mouvements volontaires, ainsi que pour garder l'équilibre. * Le système somatique est à contraster avec le '''système nerveux autonome''' qui prend en charge les mouvements automatiques, inconscients. Plus précisément, il commande les organes internes, comme le foie, le cœur, les poumons, bref : les muscles dits lisses qui ne sont pas en charge des mouvements volontaires (et aussi certaines glandes). * Le '''système nerveux entérique''' est lié au système digestif. Il est parfois considéré comme une portion du système autonome, parfois comme un système à part. Si on omet le système nerveux entérique, le système nerveux autonome est composé de deux sous-systèmes antagonistes, appelés systèmes sympathique et parasympathique. La fonction de ces deux systèmes est souvent résumée grossièrement en disant que le système sympathique prépare au "combat ou à la fuite", alors que le système parasympathique "digère et dort". Et ce n'est pas très loin de la réalité, le système sympathique dépensant l'énergie en situation de stress, alors que le système parasympathique favorise la conservation de l'énergie en permettant la récupération et le repos. * Le '''système nerveux sympathique''' est celui qui prépare au combat ou à la fuite. Il s'active lors des situations de danger ou de stress, sous l'action du cerveau. Dans ces situations, le système nerveux va avoir divers effets sur le cœur, les glandes, et les muscles lisses. Dans les grandes lignes, toute l'énergie du corps va être mobilisée. * Le '''système nerveux parasympathique''' a un effet strictement inverse à celui du système sympathique : il commande le corps quand aucun danger n'est présent, en situation relaxante. Il ralentit le rythme cardiaque et la respiration, favorise la digestion, etc. Voici les actions du système nerveux sympathique et parasympathique. {|class="wikitable" |- ! ! Sympathique ! Parasympathique |- ! Système cardiovasculaire | Augmente le débit cardiorespiratoire : * Augmente du rythme cardiaque * Augmente la pression artérielle par vasoconstriction * Augmente le débit respiratoire en dilatant les bronches | Réduit le débit cardiorespiratoire : * Réduit le rythme cardiaque * Baisse la pression artérielle par vasodilation * Réduit le débit respiratoire en contractant les bronches |- ! Système digestif | Stoppe la digestion : * réduit la salivation ; * stoppe les mouvements digestifs ; * stoppe la sécrétion de sucs digestifs ; * Vasocontraction locale. | Favorise la digestion : * augmente la salivation ; * stimule la motricité intestinale et stomacale ; * stimule les sécrétions digestives gastriques, hépatiques et pancréatiques ; * Vasodilatation locale. |- ! Système hormonal et glandes | * favorise la production de glucagon par le foie. * Stimule la sécrétion d'hormones du stress par la glande surrénale * Stimule la transpiration | * stimule la production d'insuline par le pancréas. |- ! Yeux | Dilate la pupille || Ferme la pupille, accommode la vision |- ! Système urinaire | Défavorise la miction || Favorise la miction par détente des muscles urinaires |} Les systèmes sympathiques et parasympathiques innervent les yeux, le nez, les glandes salivaires, le cœur, les vaisseaux sanguins de grande taille, les poumons, le système digestif, les reins et la vessie, les organes génitaux. Le système sympathique innerve aussi les grandes surrénales (des glandes posées sur le rein qui secrètent diverses hormones dans le sang). Elles sont innervées uniquement par le système sympathique. Il faut dire que ces glandes sont impliquées dans la réaction sympathique au stress, à savoir qu'elles libèrent de l'adrénaline ou de la noradrénaline quand le cerveau le demande. Les glandes sudoripares sont elles aussi stimulées par le système nerveux sympathique uniquement. À quelques exceptions près, les organes innervés par le système nerveux autonome le sont à la fois par le système sympathique et le système parasympathique. Pour prendre un exemple, c'est le cas du cœur, qui est innervé par le nerf vague (parasympathique) et par le plexus cardiaque (sympathique). Les deux systèmes ont des actions antagonistes. Pour l'exemple du cœur, le système sympathique accélère le rythme cardiaque, alors que le parasympathique le ralentit. Cependant, quelques organes sont innervés par un seul système et pas par l'autre, l'exemple le plus notable étant les glandes surrénales. Les deux schémas ci-dessous illustre les nerfs et ganglions pour le système sympathique et parasympathique, mais nous détaillerons le tout dans un chapitre ultérieur. Les deux impliquent des nerfs foncièrement différents. Les nerfs du système nerveux sympathique sortent tous de la moelle épinière, alors que ceux du système parasympathique sortent du cerveau (à l'exception du bas de la moelle épinière). {| |[[File:Blausen 0838 Sympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux sympathique.]] |[[File:Blausen 0703 Parasympathetic Innervation.png|centre|vignette|upright=2.0|Innervation du système nerveux parasympathique.]] |} ===Le système nerveux sensoriel=== Le système nerveux périphérique sensoriel est lui aussi subdivisé en plusieurs systèmes différents. La première division est liée aux cinq sens. Vous avez peut-être vu qu'il existe 5 sens principaux : toucher, vision, audition, gout, odorat. Il s'agit là d'une simplification, car il faut idéalement ajouter d'autres sens comme la perception de la douleur, de la température, de la position des membres, et quelques autres. Toujours est-il que la subdivision sépare les '''sens spéciaux''' des autres. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les autres sens sont perçus par des récepteurs sensoriels dispersés dans le corps tout entier. La séparation entre sens spéciaux colle aussi avec une autre distinction. Les sens spéciaux ne passent pas par la moelle épinière, mais passent par des nerfs crâniens qui entrent directement dans le cerveau. Les autres sens passent par le relai de la moelle épinière. Il y a ainsi une différence entre le système sensoriel classique et le système sensoriel spécial. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le codage neuronal | prevText=Le codage neuronal | next=La moelle épinière | nextText=La moelle épinière }}{{autocat}} </noinclude> ayk4qf0kkd810k75g7jyp8r3zfn714t 766132 766131 2026-05-06T18:36:20Z Mewtow 31375 /* Le système nerveux moteur, sympathique et parasympathique */ Déplacement dans un autre chapitre 766132 wikitext text/x-wiki Le présent chapitre va aborder l'anatomie d'un cerveau humain et du système nerveux en général. Nous allons voir la terminologie de base, qui sera abondamment utilisée dans les prochains chapitres. Le système nerveux est subdivisé en plusieurs portions distinctes, et la subdivision en question sera la base des 10 prochains chapitres. Le présent chapitre va donner un aperçu du système nerveux, les prochains chapitre détaillerons l'anatomie du cerveau, de la moelle épinière, etc. ==Le système nerveux== [[File:Nervous system - Nervous system 1 -- Smart-Servier.png|vignette|upright=0.75|Système nerveux]] Le système nerveux d'un être humain est illustré ci-contre. Il illustre évidemment le '''cerveau''', situé dans le crâne. Du cerveau sortent un paquet de connexions qui relient le cerveau au reste du corps, illustrées en orange/jaune. Du cerveau sort la '''moelle épinière''', long câble qui longe le dos, pas loin de la colonne vertébrale (faites d'os nommés les vertèbres). De la moelle épinière sortent de longs câbles appelés des '''nerfs''' qui se dispersent dans le corps. Ils innervent la peau, les tissus mous, les organes internes, bref : tout ce qui est sensible ou peut bouger. Ils sont classés en plusieurs types, à savoir les nerfs moteurs, sensitifs et mixtes. Les nerfs sensitifs/sensoriels transmettent les sensations provenant du corps vers le système nerveux central. Les nerfs moteurs sont connectés aux muscles et assurent la transmission des ordres provenant du cerveau ou de la moelle épinière, vers les muscles. Les nerfs mixtes regroupent des axones sensoriels et moteurs. De plus, on trouve un peu partout dans le corps des amas de neurones appelés des '''ganglions''', connectés à la moelle épinière et/ou au cerveau. Pour simplifier, ils servent de relai entre les neurones dispersés dans le corps et la moelle épinière. Ces ganglions sont plus précisément l'endroit où naissent les nerfs, dont ils sont indissociables. Comme pour les nerfs, on fait la différence entre ganglions moteurs, sensitifs et mixtes, selon le type de nerf auxquels ils donnent naissance. Les neurones ne sont pas exactement les mêmes selon que le ganglion soit moteur ou sensitif. ===La séparation entre système nerveux central et périphérique=== [[File:Nervous system diagram unlabeled.svg|vignette|upright=0.75|Distinction entre système nerveux central en orange/jaune, et système nerveux périphérique en bleu.]] Il est d'usage de regrouper le cerveau, la moelle épinière et la rétine dans un seul ensemble, appelé '''système nerveux central''', le reste étant appelé le '''système nerveux périphérique'''. Le système nerveux périphérique est ce qui reste du système nerveux quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Une telle dénomination n'est pas anodine. Elle trahit le rôle du système nerveux central, qui est d'intégrer les informations transmises par le système nerveux périphérique. Il traite les informations sensorielles qu'il reçoit et commande les neurones moteurs, ce qui explique qu'il contient exclusivement des interneurones (sauf dans la rétine), alors que le système nerveux périphérique contient surtout des neurones sensoriels et moteurs. Ce dernier contient notamment de nombreux récepteurs, qui captent de la lumière (pour la vision), le son (pour l’ouïe), etc. Le cerveau est le centre de traitement principal, mais la moelle épinière a aussi un léger rôle de traitement. Elle prend notamment en charge la plupart des réflexes, et contrôle indirectement l'intensité de certaines sensations douloureuses. On pourrait croire que cette distinction est purement arbitraire, mais elle se base en réalité sur de nombreux arguments anatomiques et embryologiques assez subtils. Déjà, les cellules gliales du système nerveux central et périphériques ne sont pas exactement les mêmes : les oligodendrocytes du système nerveux central sont remplacés par les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique, par exemple. Ensuite, les neurotransmetteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, si on regarde avec attention. Par exemple, le système nerveux périphérique moteur est très friand d’acétylcholine et de noradrénaline, là où le système nerveux central est surtout composé de neurones GABAergiques ou sensibles au glutamate. Plus de 70% des neurones du cerveau sont sensibles au glutamate, quand ils n'en émettent pas eux-mêmes, les 20% restants étant surtout des interneurones inhibiteurs GABAergiques. Ensuite, les deux ne se forment pas de la même manière. Nous verrons dans le chapitre sur l'embryologie du système nerveux que les deux apparaissent à des endroits différents de l'embryon et qu'ils se forment séparément. A ce propos, il existe des maladies néonatales qui empêchent le système nerveux périphérique de se former correctement, mais qui laissent intacte le système nerveux central. Et inversement, certaines maladies néonatales font que le cerveau et la moelle épinière ne se forment pas correctement, mais laissent le système nerveux périphérique intact. Une dernière distinction est que le système nerveux central est protégé par les '''méninges''', une enveloppe protectrice qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Leur rôle principal est d'amortir les chocs que peut recevoir le cerveau ou la moelle épinière. Mais les méninges ont aussi des rôles secondaires : participer à l'immunité du système nerveux, apporter des nutriments aux neurones, éliminer les déchets du métabolisme neuronal, etc. Pour ces rôles secondaires, les méninges contiennent un liquide, le '''liquide cérébrospinal''', suffisamment visqueux pour amortir les chocs, mais suffisamment liquide pour transporter déchets et nutriments. Il y a un liquide équivalent pour les nerfs, mais pas de barrière de protection aussi développée que les méninges. Au passage, la rétine des yeux, le nerf optique et le nerf olfactif font partie du système nerveux central. La rétine est une extension du cerveau en dehors de la boite crânienne. La rétine des yeux contient des neurones pour capter la lumière, ainsi que des cellules gliales. Les cellules gliales sont d'ailleurs des cellules gliales qu'on trouve dans le système nerveux central, pas celles du système nerveux périphérique. Le nerf optique est le prolongement de la rétine et ne contient que des axones provenant de la rétine. Le nerf optique est protégé par les méninges, ce qui le place d'office dans le système nerveux central. ===La microanatomie du système nerveux=== A vue d’œil, le système nerveux périphérique est totalement différent du système nerveux central. Il est composé de nerfs et de ganglions, alors que le cerveau et la moelle épinière sont totalement différents. Quand on regarde le cerveau ou la moelle épinière à l’œil nu, on voit qu'ils sont composés de parties grises et de parties blanches, assez bien séparées. Les neurones forment la '''matière grise''', alors que les connexions entre neurones forment la '''matière blanche'''. Il y a donc une sorte de ségrégation entre les axones d'un côté, et les neurones/dendrites de l'autre. Dans le système nerveux périphériques, la séparation n'est pas aussi stricte, mais elle existe. Les nerfs sont composés de matière blanche (vu que de sont des regroupements d'axones), alors que les neurones sont regroupés dans les ganglions. le système nerveux périphérique est composé de nerfs et de ganglions. Et les deux se retrouvent dans le système nerveux central ! Dans le SNC, on trouve des amas de neurones appelés des '''noyaux''', de forme approximativement sphériques. Ils sont équivalents aux ganglions du système nerveux périphérique. Les amas de neurones sont appelés des ganglions dans le système nerveux périphérique, mais des noyaux dans le système nerveux central pour les noyaux. La distinction est purement arbitraire et n'est qu'une simple différence terminologique. Les nerfs ont aussi un équivalent dans le système nerveux central, qui porte le nom de '''faisceaux'''. Ils regroupent des paquets d'axones dans des fibres. On les trouve dans la moelle épinière, avec des faisceaux sensoriels qui transmettent les sensations du corps vers le cerveau, et des faisceaux moteurs qui partent du cerveau pour aller vers les muscles. Il y a aussi quelques faisceaux dans le cerveau, qui servent surtout à connecter entre les hémisphères cérébraux. Le cerveau, la moelle épinière et les ganglions/nerfs forment la portion visible à l’œil nu du système nerveux, mais ce n'est pas la seule. Le système nerveux contient des neurones, des cellules gliales, et quelques autres cellules de soutien. Et leur organisation diffère selon que l'on parle du système nerveux central ou périphérique. Le système nerveux périphérique et central ont des organisation similaires si on les regarde au microscope, mais les détails sont différents. Le SNC et le SNP sont donc composés de noyaux/ganglions qui sont interconnectés par des nerfs/faisceaux, ainsi que par des connexions plus courtes non regroupées appelées '''fibres nerveuses'''. Mais il y a aussi d'autres structures anatomiques qu'on ne trouve que dans le système nerveux central. Par exemple, les neurones du SNC sont organisés en noyaux, mais aussi en couches superposées. La grosse majorité des neurones du cerveau et de la moelle épinière forment des couches de neurones : on parle alors de '''cortex'''. La moelle épinière est majoritairement composée de cortex, avec quelques noyaux perdus dedans, il en est de même pour le cerveau. Le SNP n'a pas de cortex. Le système nerveux périphérique a aussi ses spécificités. Outre les ganglions, nerfs et fibres, le SNP contient aussi des neurones dispersés spécifiques au système nerveux périphérique. Des cellules nerveuses sont dispersées dans le corps et servent pour le toucher et les autres sensations. La peau est remplie de neurones sensibles au toucher, les muscles incorporent des récepteurs à l'étirement, les organes internes ont des récepteurs à la douleur, etc. Et ces '''neurones sensoriels''' sont dispersés dans la peau et/ou les organes, sans regroupement apparents. Ils émettent des axones qui se regroupent pour former des nerfs sensitifs, eux-mêmes reliés à la moelle épinière. ===L'évolution du système nerveux=== [[File:Human-leech-nervous-system-comparison.png|vignette|Comparaison entre le système nerveux d'un vers de terre et celui d'un humain.]] Précisons que ce que l'on vient de dire ne marche que pour les vertébrés et quelques autres animaux. Les animaux les plus simples ont un système nerveux plus rudimentaire. Sur les animaux invertébrés les plus simples, il n'y a pas de cerveau, ni de moelle épinière. Le système nerveux est juste composé de ganglions et de nerfs. Les ganglions sont répartis sur toute la longueur de l'animal, comme c'est le cas chez les vers plats. Il n'y a pas vraiment de moelle épinière qui parcours la longueur de l'animal, mais juste des nerfs entre ganglions successifs. Les ganglions n'ont pas tous la même taille et celui au niveau de la tête est plus gros que les autres, car les organes sensoriels sont souvent proches de la tête. Mais ce dernier n'est pas vraiment un cerveau, même s'il est parfois appelé comme tel par abus de langage. Par la suite, les ganglions au niveau de la tête ont commencé à grossir et à ses regrouper, pour donner une ébauche de cerveau. Ce processus de regroupement de tissus nerveux et d'organes sensoriels au niveau de la tête porte un nom : c'est le processus de '''céphalisation'''. C'est ainsi qu'est apparu le cerveau et la moelle épinière. Mais les ganglions autrefois présents sur toute la longueur de l'animal sont restés : ce sont les ganglions spinaux ! L'apparition du cerveau et de la moelle épinière fait que l'anatomie du système nerveux s'est fortement complexifiée. Pour résumer rapidement, le système nerveux a évolué d'une manière de plus en plus centralisée. La situation de départ était un système nerveux très décentralisé, composé d'un filet de neurones interconnectés entre eux. Puis, les neurones se sont progressivement regroupés, d'abord en ganglions, puis en un cerveau unique. La première phase de regroupement a formé des ganglions connectés entre eux, dont certains envoyaient des nerfs vers le reste du corps. Puis la seconde phase a regroupé et fusionné les ganglions, pour donner un cerveau. Les connexions avec le reste du corps se sont complexifiées et une moelle épinière est apparue en plus des nerfs proprement dit. Le système nerveux périphérique correspond approximativement aux structures anatomiques qui existaient avant céphalisation (ganglions et nerfs), alors que le système nerveux central correspond aux structures apparues après (cerveau et moelle épinière). Le système nerveux correspond donc aux structures centralisées, là où le système nerveux périphérique correspond aux neurones dispersés dans l'ensemble du corps. ==Le cerveau : tronc cérébral, cervelet et cerveau antérieur== Chez les espèces qui en ont un, le cerveau est de loin la structure qui contient le plus de cellules, celle dont la fonction est la plus importante. Le cerveau joue le rôle d'une sorte de centre de contrôle du corps, qui reçoit les informations sensorielles, les traite, et commande les muscles via la moelle épinière. Le cerveau contient de nombreuses aires différentes, que les scientifiques ont mis du temps à cartographier. Elles sont tellement nombreuses que trouver un plan d'organisation en se basant sur la fonction de chaque aire n'est pas quelque chose de facile. Pour le moment, nous allons juste dire que le cerveau est subdivisé en plusieurs structures anatomiques distinctes : le cervelet, le tronc cérébral et le reste (appelé parfois « cerveau » ou forebrain en anglais). [[File:Diagram showing some of the main areas of the brain CRUK 188.svg|vignette|Le cerveau antérieur, le cervelet et le tronc cérébral.]] Le '''cervelet''' est une sorte de mini-cerveau, posé sur le tronc cérébral, qui contient autant de neurones que le reste du cerveau ! Son rôle est essentiellement moteur : il corrige les mouvements fins, en corrigeant de potentielles erreurs de trajectoire. Lorsqu'il est endommagé, les mouvements sont maladroits, semblables à ceux d'une personne ivre. D'ailleurs, la démarche d'une personne ivre provient de l'action inhibitrice de l'alcool sur le cervelet. Le '''tronc cérébral''' se situe dans le prolongement de la moelle épinière, en dessous des structures cérébrales plus complexes. Il n'a pas une fonction unique, mais prend en charge tout un ensemble de fonctions assez complexes. Pour simplifier, il s'occupe des fonctions essentielles pour la survie : état de veille, respiration, rythme cardiaque, respiration, vomissement, digestion, etc. Le tronc cérébral est un regroupement de noyaux et de faisceaux, il ne possède pas de cortex. On verra dans quelques chapitres qu'il est segmenté en trois structures anatomiques différentes, qui portent les doux noms de myélencéphale, métencéphale et mésencéphale. Le est appelé le '''cerveau antérieur'''. Il prend en charge tout le reste, qu'il s'agisse de fonctions de base (homéostasie au niveau de l'hypothalamus) que la motricité, les sensations ou les fonctions intellectuelles de haut-niveau. Il est majoritairement composé de cortex, notamment du néocortex pour sa surface. Il regroupe deux structures anatomiques appelées diencéphale et télencéphale. Il est aussi découpé en deux hémisphères séparés. ==Le système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique est composé de neurones sensoriels dispersés dans le corps, de nerfs et d'amas de neurones appelés « '''ganglions''' ». Intuitivement, on se dit que le système nerveux périphérique est subdivisé en un sous-système sensoriel et un sous-système moteur. Le sous-système sensoriel contient tout ce qui permet de capter des signaux comme le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. Le système nerveux moteur correspond aux axones des neurones moteurs qui sortent du système nerveux central pour innerver les muscles. Et concrètement, les deux systèmes sont assez bien séparés, que ce soit dans la moelle épinière, les nerfs, les ganglions, etc. ===Le système nerveux sensoriel=== Le système nerveux périphérique sensoriel est lui aussi subdivisé en plusieurs systèmes différents. La première division est liée aux cinq sens. Vous avez peut-être vu qu'il existe 5 sens principaux : toucher, vision, audition, gout, odorat. Il s'agit là d'une simplification, car il faut idéalement ajouter d'autres sens comme la perception de la douleur, de la température, de la position des membres, et quelques autres. Toujours est-il que la subdivision sépare les '''sens spéciaux''' des autres. Les sens spéciaux ont un organe spécialisé pour leur perception : l'oreille pour l'audition et l'équilibre, la langue pour le gout et l'odorat, les yeux pour la vision. Les autres sens sont perçus par des récepteurs sensoriels dispersés dans le corps tout entier. La séparation entre sens spéciaux colle aussi avec une autre distinction. Les sens spéciaux ne passent pas par la moelle épinière, mais passent par des nerfs crâniens qui entrent directement dans le cerveau. Les autres sens passent par le relai de la moelle épinière. Il y a ainsi une différence entre le système sensoriel classique et le système sensoriel spécial. Le ''système sensoriel spécial'' gère la vision, le gout, l'odorat, l'audition et l'équilibre. Les sens en question sont regroupés sous le terme de sens spéciaux. Ils sont regroupés car ils disposent d'un organe dédié : l’œil, l'oreille, la langue, le tissu olfactif dans le nez. Le système sensoriel spécial dispose de nerfs crâniens dédiés, ce qui est très différent du système nerveux sensoriel classique. A l'opposé, le '''système sensoriel classique''' innerve la peau, les muscles et les organes internes. L'innervation de la peau transmet le toucher, la douleur, la température de la peau, etc. L'innervation des muscles permet à tout moment de connaitre la position des membres, l'étirement des muscles, etc. Les sensations correspondantes sont regroupées sous le terme de ''proprioception'' et un chapitre entier sera dédié à la proprioception. Au-delà de la peau et des muscles, les organes internes sont pourvus de sensibilité, ce qui explique qu'on puisse avoir mal au ventre, souffrir lors d'un calcul rénal, avoir très mal lors d'un infarctus, etc. Et au-delà de ces douleurs conscientes, le système sensoriel capte des sensations des organes internes sont souvent inconscientes, liées au fonctionnement des organes internes. Par exemple, divers ganglions situés dans la carotide et l'aorte mesurent en permanence le taux d'oxygène et de CO2 du sang, afin de réguler la respiration. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le codage neuronal | prevText=Le codage neuronal | next=La moelle épinière | nextText=La moelle épinière }}{{autocat}} </noinclude> in3324w7rronk5ag8n5483ebk29uj60 766134 766132 2026-05-06T18:38:34Z Mewtow 31375 766134 wikitext text/x-wiki Le présent chapitre va aborder l'anatomie d'un cerveau humain et du système nerveux en général. Nous allons voir la terminologie de base, qui sera abondamment utilisée dans les prochains chapitres. Le système nerveux est subdivisé en plusieurs portions distinctes, et la subdivision en question sera la base des 10 prochains chapitres. Le présent chapitre va donner un aperçu du système nerveux, les prochains chapitre détaillerons l'anatomie du cerveau, de la moelle épinière, etc. ==Le système nerveux== [[File:Nervous system - Nervous system 1 -- Smart-Servier.png|vignette|upright=0.75|Système nerveux]] Le système nerveux d'un être humain est illustré ci-contre. Il illustre évidemment le '''cerveau''', situé dans le crâne. Du cerveau sortent un paquet de connexions qui relient le cerveau au reste du corps, illustrées en orange/jaune. Du cerveau sort la '''moelle épinière''', long câble qui longe le dos, pas loin de la colonne vertébrale (faites d'os nommés les vertèbres). De la moelle épinière sortent de longs câbles appelés des '''nerfs''' qui se dispersent dans le corps. Ils innervent la peau, les tissus mous, les organes internes, bref : tout ce qui est sensible ou peut bouger. Ils sont classés en plusieurs types, à savoir les nerfs moteurs, sensitifs et mixtes. Les nerfs sensitifs/sensoriels transmettent les sensations provenant du corps vers le système nerveux central. Les nerfs moteurs sont connectés aux muscles et assurent la transmission des ordres provenant du cerveau ou de la moelle épinière, vers les muscles. Les nerfs mixtes regroupent des axones sensoriels et moteurs. De plus, on trouve un peu partout dans le corps des amas de neurones appelés des '''ganglions''', connectés à la moelle épinière et/ou au cerveau. Pour simplifier, ils servent de relai entre les neurones dispersés dans le corps et la moelle épinière. Ces ganglions sont plus précisément l'endroit où naissent les nerfs, dont ils sont indissociables. Comme pour les nerfs, on fait la différence entre ganglions moteurs, sensitifs et mixtes, selon le type de nerf auxquels ils donnent naissance. Les neurones ne sont pas exactement les mêmes selon que le ganglion soit moteur ou sensitif. ===La séparation entre système nerveux central et périphérique=== [[File:Nervous system diagram unlabeled.svg|vignette|upright=0.75|Distinction entre système nerveux central en orange/jaune, et système nerveux périphérique en bleu.]] Il est d'usage de regrouper le cerveau, la moelle épinière et la rétine dans un seul ensemble, appelé '''système nerveux central''', le reste étant appelé le '''système nerveux périphérique'''. Le système nerveux périphérique est ce qui reste du système nerveux quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Une telle dénomination n'est pas anodine. Elle trahit le rôle du système nerveux central, qui est d'intégrer les informations transmises par le système nerveux périphérique. Il traite les informations sensorielles qu'il reçoit et commande les neurones moteurs, ce qui explique qu'il contient exclusivement des interneurones (sauf dans la rétine), alors que le système nerveux périphérique contient surtout des neurones sensoriels et moteurs. Ce dernier contient notamment de nombreux récepteurs, qui captent de la lumière (pour la vision), le son (pour l’ouïe), etc. Le cerveau est le centre de traitement principal, mais la moelle épinière a aussi un léger rôle de traitement. Elle prend notamment en charge la plupart des réflexes, et contrôle indirectement l'intensité de certaines sensations douloureuses. On pourrait croire que cette distinction est purement arbitraire, mais elle se base en réalité sur de nombreux arguments anatomiques et embryologiques assez subtils. Déjà, les cellules gliales du système nerveux central et périphériques ne sont pas exactement les mêmes : les oligodendrocytes du système nerveux central sont remplacés par les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique, par exemple. Ensuite, les neurotransmetteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, si on regarde avec attention. Par exemple, le système nerveux périphérique moteur est très friand d’acétylcholine et de noradrénaline, là où le système nerveux central est surtout composé de neurones GABAergiques ou sensibles au glutamate. Plus de 70% des neurones du cerveau sont sensibles au glutamate, quand ils n'en émettent pas eux-mêmes, les 20% restants étant surtout des interneurones inhibiteurs GABAergiques. Ensuite, les deux ne se forment pas de la même manière. Nous verrons dans le chapitre sur l'embryologie du système nerveux que les deux apparaissent à des endroits différents de l'embryon et qu'ils se forment séparément. A ce propos, il existe des maladies néonatales qui empêchent le système nerveux périphérique de se former correctement, mais qui laissent intacte le système nerveux central. Et inversement, certaines maladies néonatales font que le cerveau et la moelle épinière ne se forment pas correctement, mais laissent le système nerveux périphérique intact. Une dernière distinction est que le système nerveux central est protégé par les '''méninges''', une enveloppe protectrice qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Leur rôle principal est d'amortir les chocs que peut recevoir le cerveau ou la moelle épinière. Mais les méninges ont aussi des rôles secondaires : participer à l'immunité du système nerveux, apporter des nutriments aux neurones, éliminer les déchets du métabolisme neuronal, etc. Pour ces rôles secondaires, les méninges contiennent un liquide, le '''liquide cérébrospinal''', suffisamment visqueux pour amortir les chocs, mais suffisamment liquide pour transporter déchets et nutriments. Il y a un liquide équivalent pour les nerfs, mais pas de barrière de protection aussi développée que les méninges. Au passage, la rétine des yeux, le nerf optique et le nerf olfactif font partie du système nerveux central. La rétine est une extension du cerveau en dehors de la boite crânienne. La rétine des yeux contient des neurones pour capter la lumière, ainsi que des cellules gliales. Les cellules gliales sont d'ailleurs des cellules gliales qu'on trouve dans le système nerveux central, pas celles du système nerveux périphérique. Le nerf optique est le prolongement de la rétine et ne contient que des axones provenant de la rétine. Le nerf optique est protégé par les méninges, ce qui le place d'office dans le système nerveux central. ===La microanatomie du système nerveux=== A vue d’œil, le système nerveux périphérique est totalement différent du système nerveux central. Il est composé de nerfs et de ganglions, alors que le cerveau et la moelle épinière sont totalement différents. Quand on regarde le cerveau ou la moelle épinière à l’œil nu, on voit qu'ils sont composés de parties grises et de parties blanches, assez bien séparées. Les neurones forment la '''matière grise''', alors que les connexions entre neurones forment la '''matière blanche'''. Il y a donc une sorte de ségrégation entre les axones d'un côté, et les neurones/dendrites de l'autre. Dans le système nerveux périphériques, la séparation n'est pas aussi stricte, mais elle existe. Les nerfs sont composés de matière blanche (vu que de sont des regroupements d'axones), alors que les neurones sont regroupés dans les ganglions. le système nerveux périphérique est composé de nerfs et de ganglions. Et les deux se retrouvent dans le système nerveux central ! Dans le SNC, on trouve des amas de neurones appelés des '''noyaux''', de forme approximativement sphériques. Ils sont équivalents aux ganglions du système nerveux périphérique. Les amas de neurones sont appelés des ganglions dans le système nerveux périphérique, mais des noyaux dans le système nerveux central pour les noyaux. La distinction est purement arbitraire et n'est qu'une simple différence terminologique. Les nerfs ont aussi un équivalent dans le système nerveux central, qui porte le nom de '''faisceaux'''. Ils regroupent des paquets d'axones dans des fibres. On les trouve dans la moelle épinière, avec des faisceaux sensoriels qui transmettent les sensations du corps vers le cerveau, et des faisceaux moteurs qui partent du cerveau pour aller vers les muscles. Il y a aussi quelques faisceaux dans le cerveau, qui servent surtout à connecter entre les hémisphères cérébraux. Le cerveau, la moelle épinière et les ganglions/nerfs forment la portion visible à l’œil nu du système nerveux, mais ce n'est pas la seule. Le système nerveux contient des neurones, des cellules gliales, et quelques autres cellules de soutien. Et leur organisation diffère selon que l'on parle du système nerveux central ou périphérique. Le système nerveux périphérique et central ont des organisation similaires si on les regarde au microscope, mais les détails sont différents. Le SNC et le SNP sont donc composés de noyaux/ganglions qui sont interconnectés par des nerfs/faisceaux, ainsi que par des connexions plus courtes non regroupées appelées '''fibres nerveuses'''. Mais il y a aussi d'autres structures anatomiques qu'on ne trouve que dans le système nerveux central. Par exemple, les neurones du SNC sont organisés en noyaux, mais aussi en couches superposées. La grosse majorité des neurones du cerveau et de la moelle épinière forment des couches de neurones : on parle alors de '''cortex'''. La moelle épinière est majoritairement composée de cortex, avec quelques noyaux perdus dedans, il en est de même pour le cerveau. Le SNP n'a pas de cortex. Le système nerveux périphérique a aussi ses spécificités. Outre les ganglions, nerfs et fibres, le SNP contient aussi des neurones dispersés spécifiques au système nerveux périphérique. Des cellules nerveuses sont dispersées dans le corps et servent pour le toucher et les autres sensations. La peau est remplie de neurones sensibles au toucher, les muscles incorporent des récepteurs à l'étirement, les organes internes ont des récepteurs à la douleur, etc. Et ces '''neurones sensoriels''' sont dispersés dans la peau et/ou les organes, sans regroupement apparents. Ils émettent des axones qui se regroupent pour former des nerfs sensitifs, eux-mêmes reliés à la moelle épinière. ===L'évolution du système nerveux=== [[File:Human-leech-nervous-system-comparison.png|vignette|Comparaison entre le système nerveux d'un vers de terre et celui d'un humain.]] Précisons que ce que l'on vient de dire ne marche que pour les vertébrés et quelques autres animaux. Les animaux les plus simples ont un système nerveux plus rudimentaire. Sur les animaux invertébrés les plus simples, il n'y a pas de cerveau, ni de moelle épinière. Le système nerveux est juste composé de ganglions et de nerfs. Les ganglions sont répartis sur toute la longueur de l'animal, comme c'est le cas chez les vers plats. Il n'y a pas vraiment de moelle épinière qui parcours la longueur de l'animal, mais juste des nerfs entre ganglions successifs. Les ganglions n'ont pas tous la même taille et celui au niveau de la tête est plus gros que les autres, car les organes sensoriels sont souvent proches de la tête. Mais ce dernier n'est pas vraiment un cerveau, même s'il est parfois appelé comme tel par abus de langage. Par la suite, les ganglions au niveau de la tête ont commencé à grossir et à ses regrouper, pour donner une ébauche de cerveau. Ce processus de regroupement de tissus nerveux et d'organes sensoriels au niveau de la tête porte un nom : c'est le processus de '''céphalisation'''. C'est ainsi qu'est apparu le cerveau et la moelle épinière. Mais les ganglions autrefois présents sur toute la longueur de l'animal sont restés : ce sont les ganglions spinaux ! L'apparition du cerveau et de la moelle épinière fait que l'anatomie du système nerveux s'est fortement complexifiée. Pour résumer rapidement, le système nerveux a évolué d'une manière de plus en plus centralisée. La situation de départ était un système nerveux très décentralisé, composé d'un filet de neurones interconnectés entre eux. Puis, les neurones se sont progressivement regroupés, d'abord en ganglions, puis en un cerveau unique. La première phase de regroupement a formé des ganglions connectés entre eux, dont certains envoyaient des nerfs vers le reste du corps. Puis la seconde phase a regroupé et fusionné les ganglions, pour donner un cerveau. Les connexions avec le reste du corps se sont complexifiées et une moelle épinière est apparue en plus des nerfs proprement dit. Le système nerveux périphérique correspond approximativement aux structures anatomiques qui existaient avant céphalisation (ganglions et nerfs), alors que le système nerveux central correspond aux structures apparues après (cerveau et moelle épinière). Le système nerveux correspond donc aux structures centralisées, là où le système nerveux périphérique correspond aux neurones dispersés dans l'ensemble du corps. ==Le cerveau : tronc cérébral, cervelet et cerveau antérieur== Chez les espèces qui en ont un, le cerveau est de loin la structure qui contient le plus de cellules, celle dont la fonction est la plus importante. Le cerveau joue le rôle d'une sorte de centre de contrôle du corps, qui reçoit les informations sensorielles, les traite, et commande les muscles via la moelle épinière. Le cerveau contient de nombreuses aires différentes, que les scientifiques ont mis du temps à cartographier. Elles sont tellement nombreuses que trouver un plan d'organisation en se basant sur la fonction de chaque aire n'est pas quelque chose de facile. Pour le moment, nous allons juste dire que le cerveau est subdivisé en plusieurs structures anatomiques distinctes : le cervelet, le tronc cérébral et le reste (appelé parfois « cerveau » ou forebrain en anglais). [[File:Diagram showing some of the main areas of the brain CRUK 188.svg|vignette|Le cerveau antérieur, le cervelet et le tronc cérébral.]] Le '''cervelet''' est une sorte de mini-cerveau, posé sur le tronc cérébral, qui contient autant de neurones que le reste du cerveau ! Son rôle est essentiellement moteur : il corrige les mouvements fins, en corrigeant de potentielles erreurs de trajectoire. Lorsqu'il est endommagé, les mouvements sont maladroits, semblables à ceux d'une personne ivre. D'ailleurs, la démarche d'une personne ivre provient de l'action inhibitrice de l'alcool sur le cervelet. Le '''tronc cérébral''' se situe dans le prolongement de la moelle épinière, en dessous des structures cérébrales plus complexes. Il n'a pas une fonction unique, mais prend en charge tout un ensemble de fonctions assez complexes. Pour simplifier, il s'occupe des fonctions essentielles pour la survie : état de veille, respiration, rythme cardiaque, respiration, vomissement, digestion, etc. Le tronc cérébral est un regroupement de noyaux et de faisceaux, il ne possède pas de cortex. On verra dans quelques chapitres qu'il est segmenté en trois structures anatomiques différentes, qui portent les doux noms de myélencéphale, métencéphale et mésencéphale. Le reste est appelé le '''cerveau antérieur'''. Il prend en charge tout le reste, qu'il s'agisse de fonctions de base (homéostasie au niveau de l'hypothalamus) que la motricité, les sensations ou les fonctions intellectuelles de haut-niveau. Il est majoritairement composé de cortex, notamment du néocortex pour sa surface. Il regroupe deux structures anatomiques appelées diencéphale et télencéphale. Il est aussi découpé en deux hémisphères séparés. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le codage neuronal | prevText=Le codage neuronal | next=La moelle épinière | nextText=La moelle épinière }}{{autocat}} </noinclude> lew7pgzndvu4mojalz4qn0g9n7bsgfe 766136 766134 2026-05-06T18:41:46Z Mewtow 31375 766136 wikitext text/x-wiki Le présent chapitre va aborder l'anatomie d'un cerveau humain et du système nerveux en général. Nous allons voir la terminologie de base, qui sera abondamment utilisée dans les prochains chapitres. Le système nerveux est subdivisé en plusieurs portions distinctes, et la subdivision en question sera la base des 10 prochains chapitres. Le présent chapitre va donner un aperçu du système nerveux, les prochains chapitre détaillerons l'anatomie du cerveau, de la moelle épinière, etc. [[File:Nervous system - Nervous system 1 -- Smart-Servier.png|vignette|upright=0.75|Système nerveux]] Le système nerveux d'un être humain est illustré ci-contre. Il illustre évidemment le '''cerveau''', situé dans le crâne. Du cerveau sortent un paquet de connexions qui relient le cerveau au reste du corps, illustrées en orange/jaune. Du cerveau sort la '''moelle épinière''', long câble qui longe le dos, pas loin de la colonne vertébrale (faites d'os nommés les vertèbres). De la moelle épinière sortent de longs câbles appelés des '''nerfs''' qui se dispersent dans le corps. Ils innervent la peau, les tissus mous, les organes internes, bref : tout ce qui est sensible ou peut bouger. Ils sont classés en plusieurs types, à savoir les nerfs moteurs, sensitifs et mixtes. Les nerfs sensitifs/sensoriels transmettent les sensations provenant du corps vers le système nerveux central. Les nerfs moteurs sont connectés aux muscles et assurent la transmission des ordres provenant du cerveau ou de la moelle épinière, vers les muscles. Les nerfs mixtes regroupent des axones sensoriels et moteurs. De plus, on trouve un peu partout dans le corps des amas de neurones appelés des '''ganglions''', connectés à la moelle épinière et/ou au cerveau. Pour simplifier, ils servent de relai entre les neurones dispersés dans le corps et la moelle épinière. Ces ganglions sont plus précisément l'endroit où naissent les nerfs, dont ils sont indissociables. Comme pour les nerfs, on fait la différence entre ganglions moteurs, sensitifs et mixtes, selon le type de nerf auxquels ils donnent naissance. Les neurones ne sont pas exactement les mêmes selon que le ganglion soit moteur ou sensitif. ==La séparation entre système nerveux central et périphérique== [[File:Nervous system diagram unlabeled.svg|vignette|upright=0.75|Distinction entre système nerveux central en orange/jaune, et système nerveux périphérique en bleu.]] Il est d'usage de regrouper le cerveau, la moelle épinière et la rétine dans un seul ensemble, appelé '''système nerveux central''', le reste étant appelé le '''système nerveux périphérique'''. Le système nerveux périphérique est ce qui reste du système nerveux quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Une telle dénomination n'est pas anodine. Elle trahit le rôle du système nerveux central, qui est d'intégrer les informations transmises par le système nerveux périphérique. Il traite les informations sensorielles qu'il reçoit et commande les neurones moteurs, ce qui explique qu'il contient exclusivement des interneurones (sauf dans la rétine), alors que le système nerveux périphérique contient surtout des neurones sensoriels et moteurs. Ce dernier contient notamment de nombreux récepteurs, qui captent de la lumière (pour la vision), le son (pour l’ouïe), etc. Le cerveau est le centre de traitement principal, mais la moelle épinière a aussi un léger rôle de traitement. Elle prend notamment en charge la plupart des réflexes, et contrôle indirectement l'intensité de certaines sensations douloureuses. On pourrait croire que cette distinction est purement arbitraire, mais elle se base en réalité sur de nombreux arguments anatomiques et embryologiques assez subtils. Déjà, les cellules gliales du système nerveux central et périphériques ne sont pas exactement les mêmes : les oligodendrocytes du système nerveux central sont remplacés par les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique, par exemple. Ensuite, les neurotransmetteurs ne sont pas tout à fait les mêmes, si on regarde avec attention. Par exemple, le système nerveux périphérique moteur est très friand d’acétylcholine et de noradrénaline, là où le système nerveux central est surtout composé de neurones GABAergiques ou sensibles au glutamate. Plus de 70% des neurones du cerveau sont sensibles au glutamate, quand ils n'en émettent pas eux-mêmes, les 20% restants étant surtout des interneurones inhibiteurs GABAergiques. Ensuite, les deux ne se forment pas de la même manière. Nous verrons dans le chapitre sur l'embryologie du système nerveux que les deux apparaissent à des endroits différents de l'embryon et qu'ils se forment séparément. A ce propos, il existe des maladies néonatales qui empêchent le système nerveux périphérique de se former correctement, mais qui laissent intacte le système nerveux central. Et inversement, certaines maladies néonatales font que le cerveau et la moelle épinière ne se forment pas correctement, mais laissent le système nerveux périphérique intact. Une dernière distinction est que le système nerveux central est protégé par les '''méninges''', une enveloppe protectrice qui entoure le cerveau et la moelle épinière. Leur rôle principal est d'amortir les chocs que peut recevoir le cerveau ou la moelle épinière. Mais les méninges ont aussi des rôles secondaires : participer à l'immunité du système nerveux, apporter des nutriments aux neurones, éliminer les déchets du métabolisme neuronal, etc. Pour ces rôles secondaires, les méninges contiennent un liquide, le '''liquide cérébrospinal''', suffisamment visqueux pour amortir les chocs, mais suffisamment liquide pour transporter déchets et nutriments. Il y a un liquide équivalent pour les nerfs, mais pas de barrière de protection aussi développée que les méninges. Au passage, la rétine des yeux, le nerf optique et le nerf olfactif font partie du système nerveux central. La rétine est une extension du cerveau en dehors de la boite crânienne. La rétine des yeux contient des neurones pour capter la lumière, ainsi que des cellules gliales. Les cellules gliales sont d'ailleurs des cellules gliales qu'on trouve dans le système nerveux central, pas celles du système nerveux périphérique. Le nerf optique est le prolongement de la rétine et ne contient que des axones provenant de la rétine. Le nerf optique est protégé par les méninges, ce qui le place d'office dans le système nerveux central. ==La microanatomie du système nerveux== A vue d’œil, le système nerveux périphérique est totalement différent du système nerveux central. Il est composé de nerfs et de ganglions, alors que le cerveau et la moelle épinière sont totalement différents. Quand on regarde le cerveau ou la moelle épinière à l’œil nu, on voit qu'ils sont composés de parties grises et de parties blanches, assez bien séparées. Les neurones forment la '''matière grise''', alors que les connexions entre neurones forment la '''matière blanche'''. Il y a donc une sorte de ségrégation entre les axones d'un côté, et les neurones/dendrites de l'autre. Dans le système nerveux périphériques, la séparation n'est pas aussi stricte, mais elle existe. Les nerfs sont composés de matière blanche (vu que de sont des regroupements d'axones), alors que les neurones sont regroupés dans les ganglions. le système nerveux périphérique est composé de nerfs et de ganglions. Et les deux se retrouvent dans le système nerveux central ! Dans le SNC, on trouve des amas de neurones appelés des '''noyaux''', de forme approximativement sphériques. Ils sont équivalents aux ganglions du système nerveux périphérique. Les amas de neurones sont appelés des ganglions dans le système nerveux périphérique, mais des noyaux dans le système nerveux central pour les noyaux. La distinction est purement arbitraire et n'est qu'une simple différence terminologique. Les nerfs ont aussi un équivalent dans le système nerveux central, qui porte le nom de '''faisceaux'''. Ils regroupent des paquets d'axones dans des fibres. On les trouve dans la moelle épinière, avec des faisceaux sensoriels qui transmettent les sensations du corps vers le cerveau, et des faisceaux moteurs qui partent du cerveau pour aller vers les muscles. Il y a aussi quelques faisceaux dans le cerveau, qui servent surtout à connecter entre les hémisphères cérébraux. Le cerveau, la moelle épinière et les ganglions/nerfs forment la portion visible à l’œil nu du système nerveux, mais ce n'est pas la seule. Le système nerveux contient des neurones, des cellules gliales, et quelques autres cellules de soutien. Et leur organisation diffère selon que l'on parle du système nerveux central ou périphérique. Le système nerveux périphérique et central ont des organisation similaires si on les regarde au microscope, mais les détails sont différents. Le SNC et le SNP sont donc composés de noyaux/ganglions qui sont interconnectés par des nerfs/faisceaux, ainsi que par des connexions plus courtes non regroupées appelées '''fibres nerveuses'''. Mais il y a aussi d'autres structures anatomiques qu'on ne trouve que dans le système nerveux central. Par exemple, les neurones du SNC sont organisés en noyaux, mais aussi en couches superposées. La grosse majorité des neurones du cerveau et de la moelle épinière forment des couches de neurones : on parle alors de '''cortex'''. La moelle épinière est majoritairement composée de cortex, avec quelques noyaux perdus dedans, il en est de même pour le cerveau. Le SNP n'a pas de cortex. Le système nerveux périphérique a aussi ses spécificités. Outre les ganglions, nerfs et fibres, le SNP contient aussi des neurones dispersés spécifiques au système nerveux périphérique. Des cellules nerveuses sont dispersées dans le corps et servent pour le toucher et les autres sensations. La peau est remplie de neurones sensibles au toucher, les muscles incorporent des récepteurs à l'étirement, les organes internes ont des récepteurs à la douleur, etc. Et ces '''neurones sensoriels''' sont dispersés dans la peau et/ou les organes, sans regroupement apparents. Ils émettent des axones qui se regroupent pour former des nerfs sensitifs, eux-mêmes reliés à la moelle épinière. ==L'évolution du système nerveux== [[File:Human-leech-nervous-system-comparison.png|vignette|Comparaison entre le système nerveux d'un vers de terre et celui d'un humain.]] Précisons que ce que l'on vient de dire ne marche que pour les vertébrés et quelques autres animaux. Les animaux les plus simples ont un système nerveux plus rudimentaire. Sur les animaux invertébrés les plus simples, il n'y a pas de cerveau, ni de moelle épinière. Le système nerveux est juste composé de ganglions et de nerfs. Les ganglions sont répartis sur toute la longueur de l'animal, comme c'est le cas chez les vers plats. Il n'y a pas vraiment de moelle épinière qui parcours la longueur de l'animal, mais juste des nerfs entre ganglions successifs. Les ganglions n'ont pas tous la même taille et celui au niveau de la tête est plus gros que les autres, car les organes sensoriels sont souvent proches de la tête. Mais ce dernier n'est pas vraiment un cerveau, même s'il est parfois appelé comme tel par abus de langage. Par la suite, les ganglions au niveau de la tête ont commencé à grossir et à ses regrouper, pour donner une ébauche de cerveau. Ce processus de regroupement de tissus nerveux et d'organes sensoriels au niveau de la tête porte un nom : c'est le processus de '''céphalisation'''. C'est ainsi qu'est apparu le cerveau et la moelle épinière. Mais les ganglions autrefois présents sur toute la longueur de l'animal sont restés : ce sont les ganglions spinaux ! L'apparition du cerveau et de la moelle épinière fait que l'anatomie du système nerveux s'est fortement complexifiée. Pour résumer rapidement, le système nerveux a évolué d'une manière de plus en plus centralisée. La situation de départ était un système nerveux très décentralisé, composé d'un filet de neurones interconnectés entre eux. Puis, les neurones se sont progressivement regroupés, d'abord en ganglions, puis en un cerveau unique. La première phase de regroupement a formé des ganglions connectés entre eux, dont certains envoyaient des nerfs vers le reste du corps. Puis la seconde phase a regroupé et fusionné les ganglions, pour donner un cerveau. Les connexions avec le reste du corps se sont complexifiées et une moelle épinière est apparue en plus des nerfs proprement dit. Le système nerveux périphérique correspond approximativement aux structures anatomiques qui existaient avant céphalisation (ganglions et nerfs), alors que le système nerveux central correspond aux structures apparues après (cerveau et moelle épinière). Le système nerveux correspond donc aux structures centralisées, là où le système nerveux périphérique correspond aux neurones dispersés dans l'ensemble du corps. ==Le cerveau : tronc cérébral, cervelet et cerveau antérieur== Chez les espèces qui en ont un, le cerveau est de loin la structure qui contient le plus de cellules, celle dont la fonction est la plus importante. Le cerveau joue le rôle d'une sorte de centre de contrôle du corps, qui reçoit les informations sensorielles, les traite, et commande les muscles via la moelle épinière. Le cerveau contient de nombreuses aires différentes, que les scientifiques ont mis du temps à cartographier. Elles sont tellement nombreuses que trouver un plan d'organisation en se basant sur la fonction de chaque aire n'est pas quelque chose de facile. Pour le moment, nous allons juste dire que le cerveau est subdivisé en plusieurs structures anatomiques distinctes : le cervelet, le tronc cérébral et le reste (appelé parfois « cerveau » ou forebrain en anglais). [[File:Diagram showing some of the main areas of the brain CRUK 188.svg|vignette|Le cerveau antérieur, le cervelet et le tronc cérébral.]] Le '''cervelet''' est une sorte de mini-cerveau, posé sur le tronc cérébral, qui contient autant de neurones que le reste du cerveau ! Son rôle est essentiellement moteur : il corrige les mouvements fins, en corrigeant de potentielles erreurs de trajectoire. Lorsqu'il est endommagé, les mouvements sont maladroits, semblables à ceux d'une personne ivre. D'ailleurs, la démarche d'une personne ivre provient de l'action inhibitrice de l'alcool sur le cervelet. Le '''tronc cérébral''' se situe dans le prolongement de la moelle épinière, en dessous des structures cérébrales plus complexes. Il n'a pas une fonction unique, mais prend en charge tout un ensemble de fonctions assez complexes. Pour simplifier, il s'occupe des fonctions essentielles pour la survie : état de veille, respiration, rythme cardiaque, respiration, vomissement, digestion, etc. Le tronc cérébral est un regroupement de noyaux et de faisceaux, il ne possède pas de cortex. On verra dans quelques chapitres qu'il est segmenté en trois structures anatomiques différentes, qui portent les doux noms de myélencéphale, métencéphale et mésencéphale. Le reste est appelé le '''cerveau antérieur'''. Il prend en charge tout le reste, qu'il s'agisse de fonctions de base (homéostasie au niveau de l'hypothalamus) que la motricité, les sensations ou les fonctions intellectuelles de haut-niveau. Il est majoritairement composé de cortex, notamment du néocortex pour sa surface. Il regroupe deux structures anatomiques appelées diencéphale et télencéphale. Il est aussi découpé en deux hémisphères séparés. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Le codage neuronal | prevText=Le codage neuronal | next=La moelle épinière | nextText=La moelle épinière }}{{autocat}} </noinclude> om8ls220olvhoin5tec5by25etlxuhb Neurosciences/Sommaire 0 70089 766079 743835 2026-05-06T15:23:42Z Mewtow 31375 /* L'anatomie du système nerveux */ Retrait d'un chapitre qui sera fusionné avec le suivant. 766079 wikitext text/x-wiki ==Partie 1 : Les cellules du cerveau== ===Les neurones et cellules gliales=== * [[Neurosciences/Les cellules du système nerveux|Les cellules du système nerveux]] ===La transmission axonale dans le cerveau=== * [[Neurosciences/L'influx nerveux|L'influx nerveux]] * [[Neurosciences/Annexe technique : les modèles mathématiques de neurones|Annexe technique : les modèles mathématiques de neurones]] * [[Neurosciences/Annexe technique : les modèles mathématiques des axones|Annexe technique : les modèles mathématiques des axones]] ===Les synapses et la transduction du signal synaptique=== * [[Neurosciences/Les synapses|Les synapses]] * [[Neurosciences/Les neurotransmetteurs|Les neurotransmetteurs]] * [[Neurosciences/Le métabolisme des neurotransmetteurs|Le métabolisme des neurotransmetteurs]] * [[Neurosciences/Les récepteurs synaptiques|Les récepteurs synaptiques]] * [[Neurosciences/Les médicaments du système nerveux|Les médicaments du système nerveux]] * [[Neurosciences/La plasticité synaptique|La plasticité synaptique]] ===Le traitement de l'information neurale=== * [[Neurosciences/Le codage neuronal|Le codage neuronal]] ==Partie 2 : L’organisation générale du système nerveux== ===L'anatomie du système nerveux=== * [[Neurosciences/L'anatomie du système nerveux|L'anatomie du système nerveux]] * [[Neurosciences/La moelle épinière|La moelle épinière]] * [[Neurosciences/Le système nerveux périphérique|Le système nerveux périphérique]] * [[Neurosciences/Les nerfs crâniens|Les nerfs crâniens]] * [[Neurosciences/Le tronc cérébral|Le tronc cérébral]] * [[Neurosciences/Le cerveau antérieur|Le cerveau antérieur]] * [[Neurosciences/Le cortex cérébral|Le cortex cérébral]] * [[Neurosciences/La substance blanche|La substance blanche]] * [[Neurosciences/Le cervelet|Le cervelet]] * [[Neurosciences/Les méninges|Les méninges]] * [[Neurosciences/La vascularisation du système nerveux central|La vascularisation du système nerveux central]] * [[Neurosciences/Le système ventriculaire|Le système ventriculaire]] ===Le fonctionnement du système nerveux=== * [[Neurosciences/L'activité électrique du cerveau|L'activité électrique du cerveau]] * [[Neurosciences/La barrière hémato-encéphalique|La barrière hémato-encéphalique]] * [[Neurosciences/Le métabolisme cérébral|Le métabolisme cérébral]] * [[Neurosciences/La pression intracrânienne|La pression intracrânienne]] * [[Neurosciences/La latéralisation cérébrale|La latéralisation cérébrale]] * [[Neurosciences/Les méthodes pour étudier le cerveau|Les méthodes pour étudier le cerveau]] ===Le développement du système nerveux=== * [[Neurosciences/Le développement du système nerveux|Le développement du système nerveux]] * [[Neurosciences/La neurogenèse|La neurogenèse (création de nouveaux neurones)]] * [[Neurosciences/La migration des neurones neoformés|La migration des neurones neoformés]] * [[Neurosciences/L'épissage synaptique, l'élimination des synapses inutiles|L'épissage synaptique, l'élimination des synapses inutiles]] * [[Neurosciences/Les troubles du développement du système nerveux|Les troubles du développement du système nerveux]] * [[Neurosciences/Apoptose et neurotrophines|Les neurotrophines : mort et survie des neurones]] * [[Neurosciences/La régénération du système nerveux|La régénération du système nerveux]] * [[Neurosciences/Le vieillissement du système nerveux|Le vieillissement du système nerveux]] ===Le cerveau dans le règne animal=== * [[Neurosciences/L'évolution du système nerveux|L'évolution du système nerveux]] * [[Neurosciences/Le cerveau dans le règne animal|Le cerveau dans le règne animal]] ==Partie 3 : Les fonctions du système nerveux== ===Les sensations=== * [[Neurosciences/Le système sensoriel|Le système sensoriel]] * [[Neurosciences/Les récepteurs sensoriels|Les récepteurs sensoriels]] * [[Neurosciences/Les sens chimiques|Les sens chimiques]] * [[Neurosciences/La vision|La vision]] * [[Neurosciences/L'audition|L'audition]] * [[Neurosciences/Le toucher et la proprioception|Le toucher et la proprioception]] * [[Neurosciences/La douleur et la perception de la température|La douleur et la perception de la température]] * [[Neurosciences/L'équilibroception|L'équilibroception]] ===La motricité=== * [[Neurosciences/Le système moteur : généralités|Le système moteur : généralités]] * [[Neurosciences/La jonction neuromusculaire|La jonction neuromusculaire]] * [[Neurosciences/Le cortex moteur et les voies descendantes|Le cortex moteur et les voies descendantes]] * [[Neurosciences/Les ganglions de la base|Les ganglions de la base]] * [[Neurosciences/Le cervelet et la motricité volontaire|Le cervelet et la motricité volontaire]] * [[Neurosciences/La motricité oculaire|La motricité oculaire]] * [[Neurosciences/Le maintien de la posture et le tonus musculaire|Le maintien de la posture et le tonus musculaire]] ===L'homéostasie=== * [[Neurosciences/Le système nerveux endocrine|Le système nerveux endocrine]] * [[Neurosciences/La respiration et le système cardiovasculaire|La respiration et le système cardiovasculaire]] * [[Neurosciences/La thermorégulation|La thermorégulation]] * [[Neurosciences/La régulation de l'appétit|La régulation de l'appétit]] * [[Neurosciences/La motricité digestive|La motricité digestive]] * [[Neurosciences/Les rythmes circadiens|Les rythmes circadiens]] * [[Neurosciences/L'éveil, le sommeil et la vigilance|L'éveil, le sommeil et la vigilance]] * [[Neurosciences/L'état de conscience|L'état de conscience]] ===La cognition et les émotions=== * [[Neurosciences/Le cortex associatif|Le cortex associatif]] * [[Neurosciences/La formation hippocampique et le lobe temporal|La formation hippocampique et le lobe temporal]] * [[Neurosciences/La mémoire|La mémoire]] * [[Neurosciences/Le langage|Le langage]] * [[Neurosciences/Les émotions|Les émotions]] * [[Neurosciences/La peur et le circuit de la punition|La peur et le circuit de la punition]] * [[Neurosciences/Le plaisir et la motivation|Le plaisir et la motivation]] {{autocat}} fzn7fw9hynjq315ji1wrg7650gjiwkj Neurosciences/Les médicaments du système nerveux 0 72475 766160 766049 2026-05-06T19:59:44Z Mewtow 31375 766160 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Leur indication la plus connue est la dépression, mais ils sont le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs agissent tous sur au moins l'un des trois neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO), les tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', ce qui veut dire qu'ils empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine et sont donc sélectifs sur la sérotonine et la noradrénaline. Du fait de leur action sur la recapture de la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que leur efficacité sur la dépression soit vraiment probant. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. Outre ces trois classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 3h6vks75sab17l4n06zsqvzgbzcky9z 766161 766160 2026-05-06T20:00:23Z Mewtow 31375 /* Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs */ 766161 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs agissent tous sur au moins l'un des trois neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO), les tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', ce qui veut dire qu'ils empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine et sont donc sélectifs sur la sérotonine et la noradrénaline. Du fait de leur action sur la recapture de la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que leur efficacité sur la dépression soit vraiment probant. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. Outre ces trois classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> kqjjwutvyi10g7d2p7sf10443d80dh7 766162 766161 2026-05-06T20:04:53Z Mewtow 31375 /* Les monoaminergiques */ 766162 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. Outre ces trois classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> kkml7ifylt9xltdgpclorptnmn6zfn6 766163 766162 2026-05-06T20:05:06Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine */ 766163 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. Outre ces trois classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 5k8nyfgct6b7a220r7idl1aifhb7pw8 766164 766163 2026-05-06T20:05:24Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine */ 766164 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. Outre ces trois classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> a9xlbj2l075gw77k2cbttd9k1wpm9za 766165 766164 2026-05-06T20:05:51Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs de la monoamine oxydase */ 766165 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ===Les autres monoaminergiques=== Outre les médicaments précédents classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 8qywememnfe6xu37yw1foelikpbow8z 766166 766165 2026-05-06T20:06:24Z Mewtow 31375 /* Les anti-parkinsoniens */ 766166 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Par exemple, ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ===Les autres monoaminergiques=== Outre les médicaments précédents classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> c7lpzrd4gal7r6i8jw1q3auwf3ngodt 766167 766166 2026-05-06T20:16:13Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs de la monoamine oxydase */ 766167 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les sérotoninergiques les plus utilisés sont des '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS). Leur nom indique leur action synaptique : ils inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. En clair, les antidépresseurs sont aussi des anxiolytiques, même si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Toujours est-il que l'effet anxiolytique des antidépresseurs est réel et souvent très efficace, plus que pour les autres traitements. Ils sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance, surtout). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. Ils peuvent aussi causer des rêves bizarres ou des cauchemars assez importants. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Il arrive aussi que les sérotoninergiques soient utilisés pour améliorer le sommeil. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques dans le sens où ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. De plus, de nombreux antidépresseurs ne sont pas directement sérotoninergiques. Si tous les antidépresseurs récents sont tous des ISRS, ça n'a pas toujours été le cas. Le premier antidépresseur découvert était la réboxétine, un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, sans action sur la sérotonine. Il a été suivi par les inhibiteurs de la mono-amine oxydase, qui agissaient sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Les médicaments plus récents sont plus sélectifs et ne ciblent que la sérotonine, afin de limiter les effets secondaires. ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Il se classent en trois sous-types : les MAOI-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les MAOI-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les MAOI-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les MAOI non-sélectifs. Les MAOI-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les MAOI-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ===Les autres monoaminergiques=== Outre les médicaments précédents classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> n1l09za9mt9ujf16zzbuj0hzp5zurrl 766168 766167 2026-05-06T20:20:20Z Mewtow 31375 /* Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs */ 766168 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. : Si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Il se classent en trois sous-types : les MAOI-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les MAOI-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les MAOI-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les MAOI non-sélectifs. Les MAOI-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les MAOI-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ===Les autres monoaminergiques=== Outre les médicaments précédents classes principales, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. Les '''inhibiteurs de recapture de la noradrénaline''' étaient utilisés autrefois comme antidépresseurs et anxiolytiques. Le tout premier antidépresseur, la réboxétine, était d'ailleurs un IRN. Il a été découvert par hasard, suite à des essais cliniques comme traitement dans d'autres indications et a été le premier antidépresseur commercialisé. Mais il s'est avéré par la suite que leur efficacité contre la dépression est au mieux faible, voire totalement inefficace. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> fde19gqxnegts52l20z9v0no6engjle 766169 766168 2026-05-06T20:22:03Z Mewtow 31375 /* Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs */ 766169 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. : Si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins et communs : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. Les antidépresseurs sont, chez les bipolaires, systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, des médicaments qui calment les états maniaques sans rendre dépressif. Il arrive très rarement (quelques pourcents des patients) que des patients non diagnostiqués bipolaires déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur, souvent au début du traitement. Dans ce cas, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, le diagnostic demandant un épisode maniaque en-dehors de tout traitement médicamenteux, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Les psychiatres se battent encore pour savoir si de tels épisodes chez un patient sain signifie ou non la présence d'un trouble bipolaire. Des chercheurs psychiatres supposent que de tels épisodes sont le signe d'une forme atténuée de trouble bipolaire, parfois nommée "trouble bipolaire de type 3", qui se manifeste par des dépressions accompagnées d'épisodes hypomaniaques sous antidépresseurs. D'autres chercheurs pensent que des épisodes induits par des antidépresseurs ne sont que des effets secondaires du traitement, du moins chez la plupart des patients. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> ihdpwvczcxohzmpnspkznwp8vgqzb4f 766170 766169 2026-05-06T20:25:22Z Mewtow 31375 /* Les effets secondaires */ 766170 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. : Si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Plus rarement, les patients peuvent développer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine, aux symptômes divers. Ce syndrome apparaît presque exclusivement dans le cas d'une interaction médicamenteuse, quand on combine un antidépresseur avec d'autres médicaments sérotoninergiques, les exceptions étant des overdoses franches d'antidépresseurs souvent reliées à des tentatives de suicide. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et quelques autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il peut se manifester par un coma, une confusion ou des délires hallucinatoires, ou de l'épilepsie. Les cas les plus graves se couplent de fièvre, ainsi que de troubles respiratoires et cardiaques. De manière générale, le patient manifeste plusieurs symptômes parmi les suivants, suite à une surdose de sérotoninergiques : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> hu0wr9ygsbc8hon7a0pgehrgi9dbc85 766171 766170 2026-05-06T20:31:02Z Mewtow 31375 /* Les effets secondaires */ 766171 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. ===Les indications des ISRS=== Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. : Si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). ===Les effets secondaires=== Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 312qmjm6en4n5wau4r57sqf7vwieluy 766172 766171 2026-05-06T20:31:24Z Mewtow 31375 /* Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs */ 766172 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. : Si les anxiolytiques sont souvent confondus avec les GABAergiques, d'où une certaine confusion. Les raisons à cela sont multiples et viennent surtout de l'histoire médicale : il a fallu du temps avant qu'on se rende compte de l'effet anxiolytique des sérotoninergiques, alors qu'on connaissait déjà des anxiolytiques GABAergiques et que les dénominations étaient déjà bien implantées avant cette découverte. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> dey6dbv1pz5l61hjtrfm2ywy26k08fk 766173 766172 2026-05-06T20:31:48Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine */ 766173 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> a14sl6ckqwsmfmhvo96klmldcl45149 766174 766173 2026-05-06T20:32:42Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine */ 766174 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les anti-dépresseurs dopaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 54yjh4i8xb6u5x8kodaxjiol0m8dhjy 766176 766174 2026-05-06T20:43:16Z Mewtow 31375 /* Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs */ 766176 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les antidépresseurs monoaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> t28elt7i9qtd3nwqxqiepmmtznzm2t8 766177 766176 2026-05-06T20:46:44Z Mewtow 31375 /* Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine */ 766177 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les antidépresseurs monoaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> 6wdeyfpivoal331n2m2u2bsmuk8w4s0 766178 766177 2026-05-06T20:48:16Z Mewtow 31375 /* Les cholinergiques à action cérébrale */ 766178 wikitext text/x-wiki Les médicaments utilisés en psychiatrie et en neurologie agissent tous sur le système nerveux central. Et les médicaments qui agissent sur le système nerveux central ne sont pas nombreux. La raison est que le cerveau est protégé par une barrière hématoencéphalique, qui empêche de nombreuses molécules de rentrer dans le cerveau. De nombreux médicaments qui pourraient agir sur le cerveau ne peuvent donc pas y rentrer. Et c'est un gros problème pour les entreprises pharmaceutiques qui voudraient créer des médicaments utilisables en neurologie. Nous verrons cette barrière hématoencéphalique dans les chapitres sur l'anatomie dans le détail. Pour le moment, disons que les vaisseaux sanguins cérébraux sont particuliers. Leurs parois sont imperméables, sans trous pour laisser passer le plasma vers les tissus. De plus, leur surface n'a presque pas de transporteurs capables de faire traverser les molécules, ce qui fait que les molécules dissoutes dans le plasma restent dans le sang. Enfin, une couche physique produite par les astrocytes sert de seconde protection. Ceci étant dit, passons aux médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie. Il est d'usage de parler d'anxiolytiques, d'antidépresseurs, de somnifères, de neuroleptiques ou de stimulants. Mais ces termes sont particulièrement trompeurs ! En réalité, il n'est pas rare qu'un antidépresseur soit efficace contre l'anxiété, qu'un neuroleptique soit utilisé comme somnifère, qu'un anti-psychotique serve d'antidépresseur, etc. Les psychotropes se classent assez mal selon leurs indications thérapeutiques. Les termes antidépresseurs/anxiolytiques/anti-psychotiques/somnifères et autres désignent en réalité un mécanisme d'action particulier, qui peut servir à soigner plusieurs maladies différentes. Dans ce qui suit, nous allons utiliser un autre classement des médicaments. Nous allons les classer selon les récepteurs synaptiques sur lesquels ils agissent. Nous parlerons ainsi de médicaments sérotoninergiques pour ceux qui agissent sur les récepteurs à la sérotonine, d'adrénergiques pour les récepteurs à la noradrénaline, de cholinergiques pour les récepteurs à l’acétylcholine, etc. Ce classement n'est pas parfait car il est fréquent qu'un médicament agisse sur plusieurs récepteurs à la fois. De nombreux récepteurs synaptiques se ressemblent. L'exemple typique étant les récepteurs à l'histamine et à l'acétylcholine, qui ont beaucoup de ressemblances chimiques. Aussi, les médicaments histaminiques ont souvent des effets sur le récepteur à l’acétylcholine, et réciproquement. C'est aussi le cas pour les récepteurs des monoamines : la plupart des médicaments qui agissent sur les récepteurs de la dopamine agissent aussi sur certaines récepteurs de la sérotonine. Il en est de même pour les transporteurs de recapture : par exemple le transporteur de recapture de la dopamine et de la noradrénaline sont souvent activés conjointement par les mêmes molécules. ==Les mécanismes d'action des médicaments utilisés en psychiatrie/neurologie== Les mécanismes d'action de ces médicaments sont assez variés. Les plus simples agissent sur le métabolisme des neurotransmetteurs, à savoir leur synthèse ou leur dégradation. Les autres médicaments agissent sur les récepteurs des différents neurotransmetteurs. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments selon leur mécanisme d'action |- ! colspan="2" | Cible thérapeutique ! Noms de la catégorie de médicament ! Mode d'action |- ! rowspan="2" | Métabolisme des neurotransmetteurs | Synthèse des neurotransmetteurs | Molécules précurseures | Augmentent la synthèse d'un neurotransmetteur |- | Dégradation des neurotransmetteurs | Inhibiteurs de la dégradation | Inhibent la dégradation d'un neurotransmetteur |- ! rowspan="4" | Action dans la fente synaptique | Libération des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs vésiculaires | Empêchent de charger les neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques |- | rowspan="2" | Récepteurs synaptiques | Agoniste/antagoniste des récepteurs synaptiques | Simulent la présence ou l'absence d'un neurotransmetteur bien précis |- | Modulateurs allostériques | Modifient la sensibilité des récepteurs synaptiques |- | Recapture des neurotransmetteurs | Inhibiteurs des récepteurs de la recapture | Saturent les synapses avec un neurotransmetteur bien précis |- |} ===Les différents types de médicaments du système nerveux central et périphérique=== Les '''agonistes ou antagonistes des récepteurs synaptiques''' agissent sur les récepteurs synaptiques. Dans le chapitre précédent, on a vu que les récepteurs sont relativement spécialisés, sensibles à un neurotransmetteur bien précis. Par exemple, certains récepteurs ne peuvent interagir qu'avec de la sérotonine, d'autres seulement avec la dopamine, et ainsi de suite. Cependant, cette sélectivité n'est pas parfaite et d'autres molécules peuvent se lier sur un récepteur. Et de nombreux médicaments psychiatrique/neurologiques agissent sur des récepteurs de neurotransmetteurs, qu'il s'agisse de récepteur à la sérotonine, au glutamate, à la dopamine, ou autres. La plupart des médicaments utilisés pour soigner des maladies psychiatriques en sont des exemples notables, qu'il s'agisse d'anti-psychotiques, d'anxiolytiques, de somnifères, ou autre. D'autres agonistes/antagonistes ont des indications purement neurologiques, comme divers médicaments anti-épileptiques, ou ceux utilisés pour soigner Alzheimer ou Parkinson. Aussi, ne vous étonnez pas si ce chapitre parle de certains médicaments utilisés en neurologies ou psychiatrie, ou de leur mécanisme d'action. Difficile de parler de récepteurs synaptiques sans dévier sur le domaine de la neuropharmacologie ! pire : beaucoup de ces médicaments ont des actions cardiaques, musculaires et autres. Ils n'agissent pas que sur le cerveau, mais aussi sur le reste du corps, qui est aussi sensible à la dopamine,; sérotonine et autres hormones. Beaucoup de ces médicaments agonistes/antagonistes de récepteurs synaptiques agissent sur des récepteurs métabotropes, couplés aux protéines G. Et pour rappel, les neurones adaptent la quantité de ces récepteurs en fonction de la demande. Ils peuvent ''down''- ou ''up''-réguler la quantité de récepteurs synaptique quand les récepteurs sont trop ou pas assez activés. Si on les soumets à des doses trop fortes d'agonistes, ils peuvent détruire des récepteurs, ce qui réduit la sensibilité du neurone au neurotransmetteur. Et inversement, des doses d'antagonistes ou d'agonistes inverses peuvent induire une augmentation de la quantité de récepteurs synaptiques. C'est en partie pour cette raison que certains médicaments deviennent de moins en moins efficaces avec le temps. L'augmentation ou diminution de la quantité de récepteur compense l'effet agoniste/antagoniste du médicament. On dit qu'ils entrainent l'apparition d'une tolérance, qui se développe en quelques jours, le temps que les récepteurs disparaissent de la surface des neurones. Cela aura une grande importance pour la suite. Une classe de médicaments similaires aux précédent est celle des '''modulateurs allostériques'''. Pour comprendre comment ils agissent, il faut savoir que de nombreux récepteurs ont une sensibilité ajustable. Le cas classique est celui des récepteurs au GABA et au glutamate, qui peuvent être plus ou moins sensibles au glutamate/GABA. La sensibilité est modulée par des "neurotransmetteurs". Je mets des guillemets car de telles molécules ne respectent pas à la lettre la définition de neurotransmetteur, ce qui fait qu'on préfère le terme de '''modulateurs allostériques'''. Les modulateurs allostériques s'attachent au récepteur, mais ne transmettent pas de potentiel d'action et n'ouvrent pas de canal ionique. Par contre, ils modifient la conformation spatiale du récepteur, qui se déforme et se réorganise, ce qui modifie sa sensibilité et son efficacité. Certains modulateurs allostériques rendent le récepteur plus sensible et ont un effet excitateur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques positifs'', ou encore des ''agonistes allostériques''. D'autres rendent le récepteur moins sensible et ont un effet globalement inhibiteur. Ils sont appelés des ''modulateurs allostériques négatifs'', ou encore des ''antagonistes allostériques''. [[File:Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques.png|centre|vignette|upright=2.0|Les récepteurs membranaires comme cibles thérapeutiques]] D'autres médicaments agissent non pas sur les récepteurs synaptiques proprement dit, mais sur les transporteurs de recapture des neurotransmetteurs. Ces transporteurs de recapture permettent au neurone pré-synaptique de recycler les neurotransmetteurs émis dans la fente synaptique, après leur utilisation. Les '''inhibiteurs de la recapture''' empêchent cette recapture, ce qui fait que les neurotransmetteurs émis restent plus longtemps dans la fente synaptique et agissent plus longtemps. Le cas le plus emblématique est celui des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, qui sont utilisés comme anti-dépresseur, anxiolytique, traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, anti-douleur, etc. Il existe aussi des médicaments qui facilitent l'émission d'un neurotransmetteur dans la fente synaptique Par exemple, il existe des médicaments qui facilitent l'émission de dopamine ou de noradrénaline par les neurones pré-synaptique. Ces '''facilitateurs de l'émission d'un neurotransmetteur''' sont cependant rares et peu utilisés. D'autres au contraire, réduisent l'émission des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. La plupart bloquent le chargement des neurotransmetteurs dans les vésicules synaptiques. Ce chargement est le fait de transporteurs, situé sur les vésicules, qui sont souvent spécialisées pour un neurotransmetteur précis. Les médicaments qui bloquent ces transporteurs sont appelés les '''inhibiteurs des transporteurs vésiculaires'''. D'autres médicaments agissent sur le métabolisme des neurotransmetteur, sans action sur les récepteurs synaptiques ou l'émission des neurotransmetteurs. Les plus simples sont des '''molécules précurseurs''', qui sont utilisées dans la synthèse des neurotransmetteurs, comme la 5-HT ou la dévodopa (L-DOPA). Ils sont utilisés dans les maladies où survient une déficience en un neurotransmetteur particulier. Par exemple, la maladie de Parkinson entraine une déficience en dopamine intra-cérébrale, qui est corrigée en donnant au malade de la L-DOPA, qui est convertie en dopamine par les mécanismes vus dans les chapitres précédents. Mais il s'agit là d'un cas assez rares, l'utilisation de molécules précurseurs étant peu utilisée, les déficiences en neurotransmetteurs étant rares. Il faut enfin citer les '''inhibiteurs des enzymes de dégradation'''. Ils inhibent la dégradation de certains neurotransmetteurs, en agissant directement sur l'enzyme responsable de la dégradation. Les neurotransmetteurs censés être dégradés s'accumulent alors dans les synapses, y restent plus longtemps. Par exemple, certaines molécules inhibent la monoanime-oxydase, qui dégrade sérotonine, dopamine et noradrénaline. Ils sont utilisés pour saturer les synapses de ces trois neurotransmetteurs. ===L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique=== L'effet des médicaments du système nerveux central et périphérique est soit de créer/simuler un excès de neurotransmetteur, soit de créer/simuler une déficience. Par exemple, les inhibiteurs de la recapture et inhibiteurs de la dégradation saturent les synapses en neurotransmetteurs, au même titre que les facilitateurs de l'émission. Ils ont tendance à créer un excès de neurotransmetteurs dans les synapses. Les agonistes des récepteurs synaptiques simulent un excès dans le neurotransmetteur considéré. Par simulent, on veut dire que le neurotransmetteur n'est pas en excès, mais que c'est tout comme du point de vue des récepteurs synaptiques. À l'inverse, les antagonistes et agonistes inverse simulent une pénurie de neurotransmetteur : les neurotransmetteurs sont toujours produits et émis dans la fente synaptique, mais ils n'agissent pas sur les récepteurs synaptique ou leur action est compensée. Du point de vue du neurone, tout se passe comme s'il y avait déficience en neurotransmetteur. L'effet dépend alors du neurotransmetteur considéré. En soi, les réelles déficiences ou excès de neurotransmetteurs sont rares. Il y a bien le cas de la maladie de Parkinson, où on observe une déficience en dopamine, mais c'est plus une exception qui confirme la règle. Les autres maladies du système nerveux n'impliquent pas de déficience ou d'excès réel. Ce qui ne veut pas dire que les médicaments ne servent à rien, ni qu'il n'ont qu'une utilité purement symptomatique. Les indications de chaque classe de médicament est donnée dans le tableau ci-dessous. {|class="wikitable" |+ Classification des médicaments agissant sur le système nerveux |- ! Mécanisme d'action ! Indications |- ! colspan="2" | Action sur les canaux ioniques |- | Bloqueurs des canaux ioniques au sodium | * Épilepsie * Troubles bipolaires, notamment pour les états maniaques * Traitement des douleurs neuropathiques (d'origine neurologique) * Troubles du sommeil et troubles anxieux (rare) * Anesthésie locale |- ! colspan="2" | GABAergiques |- | Modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA-A : barbituriques, benzodiazépines, non-benzodiazépines | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Épilepsie * Catatonie * Anesthésie générale (pour la perte de conscience) * Décontractants musculaires * Agitation sévère. |- ! colspan="2" | Histaminergiques |- | Antagonistes ou agoniste inverse des récepteurs à l'histamine H1 (Anti-histaminiques anciens) | * Troubles du sommeil * Troubles anxieux * Mal des transports |- ! colspan="2" | Sérotoninergiques |- | Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine | rowspan="3" | * Dépression * Troubles anxieux * Troubles obsessionnels-compulsifs * Troubles du comportement alimentaire * Troubles impulsifs * Autres troubles psychiatriques/neurologiques. * Rarement utilisés comme antidouleur dans les cas de douleurs d'origine neurologique ou supposée neurologique (fibromyalgie, autres) |- | Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (bloquent les deux à la fois) |- | Inhibiteurs de la monoamine-oxydase |- ! colspan="2" | Dopaminergiques |- | Antagoniste de la dopamine. | * Psychoses (schizophrénie, délires) * Épisodes maniaques des bipolaires * Agitation sévère * Vomissements et nausées |- | Agoniste de la dopamine. | rowspan="2" | * Drogues d'abus * Maladie de Parkinson * Narcolepsie et hypersomnies * Trouble déficitaire de l'attention |- | Inhibiteurs de la recapture de la dopamine/noradrénaline |- ! colspan="2" | Noradrénergiques |- | Inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline | rowspan="2" | * Anxiolytiques et antidépresseurs * Narcolepsie * Trouble déficitaire de l'attention (ADHD) * Médicaments coupe-faim |- | Facilitateurs de l'émission synaptique de la noradrénaline |- | Bêtabloquants (antagonistes des récepteurs béta-adrénergiques) | * Cardiologie : troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, hypertension, autres. * Anxiété de performance, à savoir le trac avant une présentation orale, le stress avant un examen, etc. |- ! colspan="3" | Cholinergiques |- | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase | * Myasthénie ''gravis'' et autres maladies de la jonction neuromusculaire |- | Antagonistes des récepteurs cholinergiques | * Anesthésie locale ou générale, pour paralyser les muscles |- ! colspan="3" | Opioïdes / morphiniques |- | Agonistes des récepteurs opioïdes | * Anti-douleurs (analgésiques) * Drogues d'abus * Anti-diarrhéiques (sans lien avec leur action sur le système nerveux central) |- | Antagonistes des récepteurs opioïdes | * Traitement des overdoses d'opioïdes * Laxatifs (action purement périphérique, sans lien avec le système nerveux central) |- ! colspan="3" | Neuropeptidergiques |- | Antagonistes des récepteurs à la substance P | Anti-émétiques (anti-vomissements, anti-nausées). |} Comme vous pouvez le constater en lisant ce tableau ci-dessus, un médicament neuropsychiatrique peut soigner des maladies très différentes. Par exemple, les sérotoninergiques traitent un grand nombre d'affections psychiatriques et neurologiques, allant de la dépression aux douleurs neuropathiques. Idem avec les bloqueurs des canaux ioniques et les GABAergiques, qui sont prescrits dans des indications très variées. Et inversement une même maladie peut être soignée par des médicaments neuropsychiatriques aux modes d'action totalement différents. Le cas le plus parlant est celui de l'anxiété, qui peut être traité en influençant le GABA, la sérotonine, la noradrénaline, l'histamine, le glutamate, voire les canaux ioniques. Pareil pour les troubles du sommeil, qui peuvent être influencés par les GABAergiques, les antihistaminiques, les bloqueurs des canaux ioniques, les opioïdes, les cannabinoïdes, et j'en passe. ==Les histaminergiques : sommeil, anxiété, mal des transport== Avant de voir la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, nous allons aborder les médicaments de l'histamine. Pour rappel, l'histamine stimule l'éveil. Il existe quatre récepteurs pour l'histamine, dont seulement deux se trouvent dans le cerveau. Les deux récepteurs cérébraux sont le récepteur H1 et le récepteur H3. Le récepteur H1 est un récepteur "normal", qui se trouve sur les neurones post-synaptiques, alors que le H3 est un auto-récepteur pré-synaptique. Et cette différence est très importante pour ce qui va suivre. Il existe des médicaments qui empêchent l'histamine d'agir sur les récepteurs H1. D'où leur nom d''''antihistaminiques H1'''. Comme exemples, on peut citer la doxylamine, la niaprizine, l’alimémazine ou encore la prométhazine. Ils font dormir et réduisent l'anxiété, mais sont rarement utilisés comme somnifères et anxiolytiques. Et quand ils le sont, c'est surtout en seconde intention. La raison est qu’ils sont peu efficaces et ont des effets secondaires assez importants. Leur demi-vie longue fait qu'ils entraînent une somnolence diurne, par exemple. De plus, ils ont une action antagoniste sur les récepteurs cholinergiques, qui sont structurellement semblables aux récepteurs à l'histamine, ce qui est la cause de beaucoup d'effets secondaires : bouche sèche, réduction de la transpiration, constipation, troubles du rythme cardiaque, etc. Ils sont utilisés pour traiter les formes mineures d'anxiété : problèmes d'endormissements mineurs, réduire la tension avant un examen, plus rarement comme prémédication avant une anesthésie, etc. Par contre, ils ne sont pas utilisés pour soigner les troubles anxieux de nature psychiatriques. L'effet le plus souvent recherché est anti-naupathique, à savoir contre le mal des transports. L'explication à cela sera abordée dans le chapitre sur l'équilibrioception. Pour ce qui est des récepteurs H3, il existe des antagonistes et des agonistes inverses. Le récepteur H3 est un auto-récepteur, c'est à dire qu'il "mesure" la quantité d'histamine dans la fente synaptique, et inhibe le neurone pré-synaptique si celle-ci est trop élevée. En clair, ce récepteur empêche de trop émettre d'histamine dans les synapses. Les antagonistes/agonistes inverse de ce récepteur bloquent ce processus. Le résultat est que les neurones pré-synaptiques émettent plus d'histamine dans les synapses. Le patient est alors plus éveillé. Les indications thérapeutique sont la narcolepsie. ==Les sérotoninergiques : les mal-nommés antidépresseurs== Les médicaments sérotoninergiques sont assez peu nombreux. Les agonistes ou antagonistes de la sérotonine sont peu utilisés, et ils sont assez peu nombreux. Pourtant, au vu du grand nombre de récepteurs à la sérotonine (7, avec beaucoup de sous-classes), il devrait y en avoir nombre. Mais la plupart ont des effets secondaires trop importants, ou ont des effets thérapeutiques mal compris. ===Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine=== Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine''' (ISRS) inhibent la recapture de la sérotonine. L'adjectif sélectif dans leur nom indique qu'ils n'ont pas ou peu d'effets sur la noradrénaline ou la dopamine, ou tout autre neurotransmetteur, ce qui limite leurs effets secondaires. Ils sont souvent appelés des antidépresseurs, en raison de leur action sur la dépression, mais réduire les sérotoninergiques à des antidépresseurs est vraiment trompeur. Si leur indication la plus connue est la dépression, ils sont aussi le traitement de référence des troubles anxieux, des troubles obsessionnels-compulsifs, des troubles des impulsions et de quelques autres affections neuropsychiatriques. Les sérotoninergiques sont le traitement de référence de tous les troubles anxieux, à l'exception des phobies simples : anxiété sociale, anxiété généralisée, troubles de stress post-traumatique, etc. Ils en sont le traitement de première intention à l'heure actuelle en raison de leur profil d'effets secondaires plus intéressant que pour les autres anxiolytiques (pas de dépendance). Outre l'anxiété ''stricto sensus'', les antidépresseurs sont utilisés dans le traitement des troubles obsessionnels-compulsifs, à des doses supérieures à celles de la dépression. Ils sont aussi utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, particulièrement des douleurs dites neuropathiques, qui ont une origine neurologique. Les molécules utilisées dans cette indications agissent à la fois sur la sérotonine et la noradrénaline. Les autres indications sont encore assez expérimentales, que ce soit pour l'impulsivité, ou autre. Un effet notable sur le sommeil des sérotoninergiques est une réduction du sommeil paradoxal assez marquée. C'est sans doute pour cela qu'ils peuvent aussi des rêves bizarres ou des cauchemars. Leur effet sur le sommeil paradoxal est utilisé par les médecins du sommeil, pour réguler le sommeil dans certaines pathologies où le sommeil paradoxal est déréglé. Par contre, ils ne sont pas des hypnotiques, ils ne font pas dormir. Certaines molécules ont la réputation d'être sédatives et d'autres stimulantes, cela reste une réputation en-dehors de quelques médicaments agissant aussi sur l'histamine (mirtizapine). Les effets secondaires les plus courants sont des troubles bénins : nausées et vomissements, insomnies, fatigue, somnolence, etc. Viennent ensuite les troubles d'ordre sexuels : difficultés d'érection, impuissance, priapisme, etc. Les antidépresseurs sont aussi connus pour entraîner des épisodes maniaques, surtout chez les patients bipolaires. C'est la raison pour laquelle ils systématiquement prescrits avec des régulateurs de l'humeur, pour les patients bipolaires. Si un patient non diagnostiqué bipolaire déclenche un épisode maniaque sous antidépresseur, cela ne signifie pas forcément que le patient est bipolaire, même si c'est quand même mauvais signe. Les patients non-bipolaires qui déclenchent un épisode maniaque sous antidépresseur ont plus de 30% de chances d'évoluer vers un vrai trouble bipolaire. Une overdose d'ISRS, ou une interaction médicamenteuse, peut entrainer un '''syndrome sérotoninergique''', causé par une overdose de sérotonine. Il se manifeste par des symptômes autant psychiatriques que neurologiques et végétatifs. Les cas peu dangereux se manifestent par de la nausée, des diarrhées, des insomnies, de la nervosité, un comportement légèrement agressif et d'autres symptômes peu graves. Dans les cas sévères, il entraine plusieurs symptômes parmi les suivants : * des symptômes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations et/ou délires, confusion, insomnie ; * des symptômes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, crise épileptique, réflexes plus intenses que d'habitude (hyper-réflexie), défaut de coordination des mouvements (ataxie), akathisie, dilatation des pupilles (mydriase) ; * des symptômes végétatifs : tachycardie, accélération de la respiration (tachypnée), baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs, fièvre, nausée , diarrhée. L'arrêt des antidépresseurs peut, bien que ce soit assez peu fréquent, entraîner un '''syndrome de discontinuation''' (autrefois appelé à tort "syndrome de sevrage"). Il se manifeste par des symptômes assez variés : nausées, vomissements, diarrhées, petite fièvre, syndrome grippal, insomnie, somnolence, cauchemars, tremblements, vertiges, etc. L'existence de ce syndrome ne signifie PAS que les antidépresseurs sont addictifs ou qu'ils entraînent une tolérance. En réalité, ce syndrome vient du fait que le corps doit s'adapter à une baisse du taux de sérotonine lors de l'arrêt du traitement. Le nombre de récepteurs sérotoninergiques s'adapte assez brutalement, ce qui entraîne quelques symptômes gênants mais rarement graves. On peut éviter l'apparition de ce syndrome en réduisant progressivement les doses, par exemple en les divisant par deux, ou en les diminuant de quelques milligrammes, toutes les deux/trois semaines. ==Les dopaminergiques : stimulants, antipsychotiques, Parkinson== Les médicaments dopaminergiques sont utilisés comme stimulants, comme anti-parkinsoniens, ou comme anti-psychotiques. Ils sont assez nombreux, mais leurs mécanismes d'action sont assez classiques. Ils regroupent : * les antagonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les agonistes des récepteurs dopaminergiques ; * les inhibiteurs de la recapture de la dopamine ; * les précurseurs de la dopamine (levodopa). La première classe, celle des antagonistes dopaminergiques, est utilisée dans le traitement des psychoses, notamment pour la schizophrénie, ainsi que pour calmer les état maniaques des bipolaires. Elle est parfois utilisée pour réduire l’agressivité, surtout chez certaines patients sévèrement autistes ou déments, mais c'est une utilisation "secondaire". Les trois autres classes ont un effet opposé aux antagonistes. Au lieu d’empêcher la dopamine d'agir sur les neurones, ces médicaments augmentent l'activité dopaminergique. Si quelques antagonistes de la recapture de la dopamine sont utilisés comme drogues, les autres dopaminergiques ne le sont pas. Ils sont utilisés soit comme stimulants, soit pour traiter la maladie de Parkinson. En effet, la maladie de Parkinson est associée à la mort de neurones dopaminergiques, et à une sorte de déficience en dopamine dans le cerveau. Ces explications simples devraient vous faire comprendre quels sont les effets secondaires de ces deux classes de médicaments. Les antagonistes dopaminergiques soignent les psychoses et état maniaques, mais au risque de déclencher des syndromes parkinsoniens et de la somnolence. A l'inverse, les anti-parkinsoniens traitent les symptômes de la maladie de Parkinson, mais au risque de développer des psychoses et état "maniaques". Bien sur, les effets secondaires ne s’arrêtent pas là, ni leurs effets thérapeutiques. Voyons cela en détail. ===Les stimulants dopaminergiques=== Les '''stimulants''' sont des médicaments qui augmentent la vigilance et favorisent l'éveil. Les stimulants ont des modes d'action variés, mais les plus communs ont des dopaminergiques avec une action noradrénergique secondaire. D'ailleurs, l’appellation ''stimulant'' est souvent utilisée comme synonyme de "dopaminergique". Les dopaminergiques ont tous les mêmes effets : élévation de l'humeur pouvant aller jusqu’à l'euphorie, augmentation de l'activité (hyperactivité), accélération motrice et psychique, amélioration de la vigilance, réduction de la fatigue et des besoins de sommeil, amélioration de la confiance en soi, désinhibition et impulsivité, parfois agressivité ou irritabilité, coupent l'appétit, etc. Les effets à forte dose sont assez similaires aux symptômes des états maniaques observés chez les bipolaires, ce qui traduirait une altération dopaminergique chez ces patients. À très fortes doses, ils entraînent des symptômes psychotiques : délires, hallucinations, désorganisation de la pensée et du comportement. Du fait que leur action sur la vigilance et l'éveil, ils sont utilisés pour le traitement de la narcolepsie : ils améliorent l'état d'éveil de ces patients, ce qui les empêche de s’endormir spontanément. En psychiatrie, ils sont utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l'attention, ou TDAH, un trouble caractérisé par une hyperactivité, une inattention et de l'impulsivité. Les agonistes dopaminergiques ont tendance à améliorer l'état de ces patients, alors qu'ils ont l'effet inverse chez les sujets sains ! Rarement, ils sont utilisés comme anti-dépresseur, voire comme coupe-faim. C'était notamment le cas du malheureusement connu médiator, qui était utilisé pour son effet anorexigène. Les agonistes dopaminergiques utilisés comme médicaments mais aussi à des fins bien moins recommandables. Tous, sans exception, ont un potentiel addictif majeur, ce qui explique que certains soient utilisés comme drogues. Formellement, la cocaïne et l’héroïne ont un effet dopaminergique avéré qui explique leur caractère addictif destructeur. De ce fait, les stimulants sont sévèrement contrôlés et ne sont prescrits que dans des cas bien spécifiques. : Leur effet dans le TDAH fait penser à certains que ces médicaments améliorent l'attention et auraient un effet pro-cognitif, mais les résultats expérimentaux sont contrastés... Ce qui n’empêche pas leur usage détourné pour réviser aux examens ou comme drogue de performance. Les stimulants plus utilisées à l'heure actuelle sont le '''modafinil''' et la '''Ritaline''' (méthylphénidate). Leur mode d'action est assez précis : ce sont des inhibiteurs de la recapture de la dopamine. Leurs autres modes d'action sont mineurs, contrairement aux autres phényléthylamines. Ils sont utilisés dans le traitement du trouble déficitaire de l'attention et de l'hypersomnie, notamment la narcolepsie. <noinclude>[[File:Methylphenidate stereoisomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Methylphenidate, stereoisomers labelled]] [[File:Modafinil enantiomers labelled.svg|centre|vignette|upright=1.5|Modafinil, enantiomers labelled]]</noinclude> Nous mettons de côté les amphétamines, car leur mode d'action est différent de celui du ''modafinil'' et de la ''Ritaline''. Elles réduisent la recapture de la dopamine, mais aussi de la noradrénaline. Mais elles n'agissent pas directement sur les récepteurs de recapture de la dopamine/noradrénaline. À la place, elles agissent sur le récepteur TAAR1, ainsi que sur les vésicules synaptiques. En plus de bloquer la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, elles augmentent l'émission synaptique de dopamine. ===Les anti-parkinsoniens=== La maladie de Parkinson est, sans rentrer dans les détails que nous verrons dans un chapitre dédié au vieillissement du cerveau, une maladie neurologique causée par la mort de neurones dopaminergiques dans une zone bien précise du cerveau appelée la substance noire. Elle est traitée par des traitements symptomatiques, qui compensent le déficit de dopamine dans le cerveau. Si le traitement symptomatique marche relativement bien dans la plupart des cas, tous ces traitements peuvent avoir des effets secondaires assez marqués, causés par un excès de dopamine cérébrale. Les plus communs sont les syndromes psychotiques, caractérisés par des hallucinations et/ou idées délirantes sont notamment communes. Les hallucinations liées à ces traitements sont quasiment toujours des hallucinations visuelles, les idées délirantes sont souvent des idées paranoïaques. Les effets secondaires cardiaques sont aussi à prendre en compte, notamment au niveau de la tension artérielle. Le médicament de référence est la '''lévodopa''', un précurseur de la dopamine qui est transformé en dopamine dans le cerveau. Cependant, il est rarement utilisé seul du fait de sa "faible" efficacité en mono-thérapie. Il faut dire qu'une bonne partie de la lévodopa est dégradée par la dopa-décarboxylase avant d'atteindre le cerveau. Cela tend à maximiser les effets secondaires (cardiaque, notamment)s, tout en réduisant l'efficacité du traitement sur le cerveau. Pour éviter cela, ce médicament est consommé avec un inhibiteur de la dopa-décarboxylase, ce qui limite la dégradation périphérique, sans agir sur la transformation en dopamine dans le cerveau. Ce traitement est donné en première intention, notamment chez les sujets âgés, qui le supportent mieux. D'autres traitements sont proposés une fois que la lévodopa commence à perdre en efficacité avec le temps. Ces traitements fonctionnent soit en augmentant la production de dopamine, soit en limitant sa recapture, soit en réduisant sa dégradation. Par exemple, on peut utiliser des médicaments qui réduisent la dégradation de la dopamine en inhibant soit la COMT, soit la monoamine-oxydase. On peut aussi utiliser des agonistes dopaminergiques, comme le modafinil ou des inhibiteurs de recapture de la dopamine. ===Les antipsychotiques=== Les antipsychotiques sont utilisés en psychiatrie pour soigner les troubles psychotiques et le trouble bipolaire. Pour rappel, une psychose se caractérise par la présence d'au moins un des trois symptômes suivants : * délire (paranoïa, mégalomanie, érotomanie, autre) ; * hallucinations (le plus souvent auditives, plus rarement visuelles ou autres) ; * désorganisation de la pensée et de la parole (le terme technique est : troubles de la pensée formelle). Une psychose est un syndrome qui peut apparaitre suite à un trouble neurologique ou la consommation de stupéfiants, mais la cause la plus commune est une schizophrénie ou un état maniaque sévère. La maladie psychotique par excellence est la schizophrénie, qui est une psychose de longue durée, mais on pourrait aussi citer des troubles similaires (troubles schizophréniformes, bouffées délirantes aiguës, autres). On observe aussi des psychoses dans certains cas très sévères de dépression (dépression psychotique), ou dans les troubles bipolaires. Les antipsychotiques sont aussi utilisés pour calmer les états maniaques des patients bipolaires, indépendamment de toute psychose. Ces états maniaques impliquent divers symptômes présents à des degrés divers : humeur euphorique et/ou irritable, "hyperactivité", accélération de la pensée et de la parole, insomnie massive par réduction des besoins de sommeil, apparition de comportements impulsifs ou dangereux, grandiosité pouvant aller jusqu'à un délire mégalomaniaque, ... Les antipsychotiques calment ces patients et les font revenir à la normale. Leur effet "calmant" fait qu'ils sont aussi indiqués les états d'agitation et d’agressivité, dans le cadre des démences, de l'autisme ou de la psychopathie. Les antipsychotiques sont aussi appelés des neuroleptiques. Ils sont les traitements de choix pour les psychoses et états maniaques. Leur découverte a été une révolution dans le domaine de la psychiatrie, permettant enfin de soigner des patients et de leur quitter les asiles où ils restaient enfermés en attendant une éventuelle rémission... Il existe plusieurs types d'antipsychotiques, aux mécanismes d'action fortement différents. Mais tous agissent sur la dopamine, soit en réduisant la libération de la dopamine, soit en réduisant leur action sur les neurones (antagoniste des récepteurs à la dopamine). Ils peuvent aussi agir sur d'autres neurotransmetteurs, généralement des monoamines, mais leur action sur la dopamine est considérée comme leur principal mode d'action. Les '''dépleteurs des monoamines''' sont des antipsychotiques, qui réduisent non seulement la dopamine, mais aussi la noradrénaline, et toutes les monoamines. Ils agissent sur les transporteurs vésiculaire des monoamine. Pour rappel, il existe un transporteur vésiculaire qui marche pour toutes les monoamine, appelé le VMAT 2. Inhiber ce transporteur empêche les vésicules synaptiques de fonctionner correctement. Les monoamines sont donc synthétisées, mais pas libérées dans les synapses en grande quantité. Les médicaments de ce type étaient utilisés utilisés comme anti-psychotiques, car ils réduisent les taux de catécholamines intra-cérébraux. De nos jours, leur usage principal est le traitement de l'hypertension. La réserpine est le médicament le plus connu de cette classe. les antispcyhotiques les plus utilisés actuellement sont les '''antagonistes de la dopamine''', qui empêchent la dopamine d'agir sur les récepteurs dopaminergiques. Ceux actuellement utilisés en pratique clinique ont une affinité toute particulière pour les récepteurs dopaminergiques de type D2. En général, leur action sur les récepteurs à la sérotonine ou l'acétylcholine est faible, et dépend de la molécule. Par exemple, certains anti-psychotiques agissent sur les récepteurs de la sérotonine (c'est le cas de la clozapine), mais d'autres ne le font pas. Leur action sur les récepteurs à la dopamine a cependant d'autres conséquences, qui sont une cause d'effets secondaires. Le plus classique est un syndrome parkinsonien (tremblements, immobilité, rigidité musculaire) induit par les neuroleptiques, qui recède à l'arrêt du traitement. Il provient de l'action des médicaments sur les ganglions de la base, et notamment sur la substance noire et les autres structures dopaminergiques de ces aires cérébrales. C'est pour cette raison que les neuroleptiques sont contrindiqués chez les parkinsoniens, à l'exception de la dompéridone qui n'entre pas dans le cerveau (elle ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique). Il y a aussi une action sur les voies dopaminergiques qui innervent l'hypophyse/hypothalamus, deux glandes intracérébrales. L'effet est une augmentation de la production de la prolactine, une hormone impliquée dans le développement des seins et la lactation. Les patients peuvent voir leurs seins pousser, avoir des montées de lait, mais aussi une infertilité et d'autres effets secondaires plus handicapants. À noter que ces effets font que les neuroleptiques sont parfois détournés pour favoriser la lactation chez certaines femmes venant d'avoir un enfant. Cela explique aussi que ces médicaments sont contrindiqués chez les patients qui ont des tumeurs hypophysaires qui secrètent de la prolactine. Enfin les effets secondaires cardiovasculaires sont aussi assez fréquents et impliquent de la tachycardie ou de l'hypotension. Plus rarement, les patients peuvent développer un épisode catatonique malin (avec dysfonctionnement du système nerveux végétatif), appelé '''syndrome malin des neuroleptiques'''. Les antagonistes de la dopamine sont aussi utilisés pour leur effet anti-émétique. La plupart des anti-vomitifs disponibles en pharmacie sont d'ailleurs des neuroleptiques dits cachés. C'est le cas de la dompéridone (motillium), du primperan, du vogalène, et de bien d'autres encore. Leur effet est lié à la présence de récepteurs dopaminergiques dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale chargée de ce réflexe digestif. ==Les monoaminergiques : d'anciens antidépresseurs== De nombreux médicaments agissent sur plusieurs monoamines en même temps, avec une action sur la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, parfois sur l'histamine. Ils sont assez nombreux et la plupart est utilisée comme antidépresseur. Ils ont tous été utilisés comme anti-dépresseurs, mais ont été abandonnés avec l'arrivée des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. La raison est que ces derniers agissent seulement sur la sérotonine, ce qui fait qu'ils ont moins d'effets secondaires. Les antidépresseurs monoaminergiques agissent tous sur la sérotonine, ainsi qu'au moins l'un des deux neurotransmetteurs suivants : la dopamine, la noradrénaline. On peut classer ces anti-dépresseurs en plusieurs classes, dont les plus connues sont les inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO) et les tricycliques. On ne sait pas si ces différentes classes ont des différences d'efficacité, mais on a de bonnes raisons de penser que toutes les classes se valent, avec peut-être un effet des IMAO et tricycliques sur les dépressions résistantes aux autres médicaments. Outre les IMAO et les trycycliques, on trouve d'autres médicaments plus rarement utilisés. On peut par exemple citer le bupropion qui est un inhibiteur de la recapture de la dopamine/noradrénaline et quelques autres molécules moins communes qui agissent comme agoniste inverse/antagoniste des récepteurs à la sérotonine. Les dopaminergiques comme le modafinil peuvent encore être prescrits dans certains pays pour soigner la dépression, mais cet usage est très rare et rarement justifié. ===Les inhibiteurs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine=== Pour commencer, nous allons voir des médicaments qui agissent à la fois sur la noradrénaline et la sérotonine. Du fait de leur action sur la noradrénaline, ils ont plus d'effets secondaires, sans pour autant que cela se traduise par une meilleure efficacité sur la dépression. Par contre, ils semblent plus efficaces sur les douleurs neuropathiques que les ISRS. Et cela explique qu'ils sont peu utilisés pour les dépressions, mais servent dans d'autres indications. Les '''inhibiteurs sélectifs de la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine''', empêchent la recapture de ces neurotransmetteurs pour recyclage par les neurones. Ils n'agissent pas ou peu sur la recapture de la dopamine. Suivant la molécule de utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Par exemple, la duloxetine, la venlafaxine, et la desvenlafaxine ont un effet sérotoninergique plus prononcé, alors que le milnacipran et le levomilnacipran ont un effet noradrénergique plus probant. <noinclude>[[File:Amezepine.svg|vignette|upright=0.5|Molcule d'Amezepine, un tricyclique.]] [[File:Mirtazapine.svg|vignette|upright=0.5|Molécule de Mirtazapine, un tétracyclique.]]</noinclude> Les '''tricycliques''' et '''tétracycliques''' sont aussi des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, mais ils ne sont pas sélectifs, c'est à dire qu'ils ont aussi une action sur d'autres récepteurs, notamment sur les récepteurs à l'acétylcholine ou encore les récepteurs à l'histamine. Ce qui fait qu'ils ont encore plus d'effets secondaires que les médicaments précédents. Leur nom vient de leur structure moléculaire, qui contient trois à quatre cycles benzéniques. Là encore, suivant la molécule utilisée, l'effet sur la recapture sera plus orienté sur la sérotonine ou sur la noradrénaline. Certains tricycliques ont un effet plus fort sur la recapture de la sérotonine, d'autres plus sur la noradrénaline. ===Les inhibiteurs de la monoamine oxydase=== Les '''inhibiteurs de la monoamine-oxydase''' inhibent le fonctionnement des diverses monoamine-oxydases (pour rappel : des enzymes qui dégradent les monoamines). Leur effet est de saturer les synapses en monoamines, surtout en sérotonine, noradrénaline et sérotonine. Ils peuvent cibler soit la monoamine-oxydase A, soit la monoamine-oxydase B. Ils sont aujourd'hui utilisés en dernière intention, en raison de leurs effets secondaires assez importants. Ils sont appelés des ''Mono-Amine Oxydase Inhibitor'' en anglais, ce qui donne l'abréviation MAOI. Nous utiliserons l'abréviation française, à savoir IMAO. Il se classent en trois sous-types : les IMAO-A qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase A, les IMAO-B qui agissent uniquement sur la monoamine-oxydase B, les non-sélectifs qui agissent sur les deux. La différence entre les trois est liée au fait que les deux monoamines dégradent la dopamine, alors que la A dégrade aussi la sérotonine et la noradrénaline. Les IMAO-A sont surtout utilisés pour la dépression et l'anxiété grave, ainsi que les troubles obsessionnels-compulsifs. Il en est de même pour les IMAO non-sélectifs. Les IMAO-B ont un effet majoritairement dopaminergique, ce qui fait qu'ils sont utilisés comme anti-parkinsoniens. Les IMAO-A ils interagissent assez mal avec la tyramine, un acide aminé présent dans beaucoup d'aliments et un dérivé du métabolisme des catécholamines. Pour rappel, la tyramine est une ''trace amine'', donc une monoamine, avec un effet sur le système nerveux et le corps en général. La tyramine est dégradée par les monoamine-oxydases, en temps normal. Mais avec un inhibiteur des monoamine-oxydases, la tyramine ne sera plus autant dégradée et la quantité de tyramine augmente dans le sang, causant une crise hypertensive potentiellement mortelle. Les patients doivent éviter de consommer du fromage, de l'alcool, du foie et plein d'autres aliments riches en tyramine, pour éviter tout problème. La tyramine produite par le corps n'est pas un problème, car elle est présente à l'état de traces, en très très faibles quantités. ==Les GABAergiques : les mal-nommés anxiolytiques et somnifères== Les GABAergiques regroupent de nombreuses molécules, aux modes d'action assez semblables à ceux vus plus haut. Les GABAergiques cherchent tous à augmenter la quantité de GABA dans les synapses, ou à faire comme si. Il n'y a pas, à ma connaissance, de médicament qui visent à réduire la transmission GABAergique, tous l'augmentent. Ils ont un effet inhibiteur sur le cerveau, en réduisant son activité électrique générale, ce qui fait que ce sont de très bons anti-épileptiques. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils peuvent aussi servir contre l'anxiété ou les troubles du sommeil. ===Effets et indications=== Ils sont utilisés comme anti-épileptique, mais pas que. Leurs effets principaux sont parfois résumés par l'acronyme HAMAC : Hypnotique, Anxiolytique, Myorelaxant, Amnésiant, anti-Convulsivant. Ils servent à traiter l'anxiété et les troubles du sommeil, d'anti-épileptiques, de décontractants musculaires, mais aussi à traiter la catatonie et le ''delirium tremens'' (un syndrome de sevrage à l'alcool extrêmement sévère), etc. Ils sont aussi utilisés comme somnifères, encore que certaines molécules ne soient pas idéales pour ça. L'utilisation comme somnifère tient dans la demi-vie, à savoir le temps mis pour réduire de moitié la concentration sanguine du médicament. Plus la demi-vie est courte, plus le médicament est éliminé rapidement du sang et plus son effet est court. Un somnifère a généralement une demi-vie courte, pour éviter une somnolence diurne (l'effet du médicament doit se dissiper avant le réveil pour cela). Par contre, on attend d'un anxiolytique et d'un anti-épileptique une action prolongée, qui impose une demi-vie assez longue, d'approximativement 24 heures ou plus. Une action prolongée est aussi utile dans les insomnies où le patient se réveille trop tôt dans la matinée. L'amnésie est un effet secondaire de ces médicaments. Il s'agit d'une '''amnésie antérograde''', à savoir que les patients oublient ce qu'ils ont fait durant quelques heures après la prise du médicament, mais ils n'oublient pas leur passé. Comme autre effet secondaire, ils peuvent aussi entrainer une '''dépression respiratoire''', une réduction très dangereuse de la respiration. C'est la raison pour laquelle les insuffisants respiratoires ne peuvent pas prendre ce genre de médicaments, tout comme les patients atteints d'apnée du sommeil. Certains patients peuvent subir des '''réactions paradoxales''', à savoir des réactions opposées à l'effet sédatif du médicament. Lorsque cela arrive, le traitement peut aggraver l'anxiété et l'insomnie, désinhiber le patient, le stimuler, le rendre agressif ou agité, déclencher des comportements violents, etc. Dans certains cas assez rares, ces traitements peuvent déclencher des épisodes maniaques, voire psychotiques, quand ce n'est pas des déliriums. De très nombreux GABAergiques entraînent une forte '''dépendance''', qui s'installe en quelques jours ou semaines. À vrai dire, les mécanismes de cette addiction semblent assez similaires à la dépendance alcoolique. En effet, l'alcool est aussi une molécule GABAergique et il n'est pas étonnant qu'elle ait les mêmes effets que les traitements anxiolytiques : sédation, mais aussi désinhibition, comportement violent et impulsif, addiction et autres. Si un anxiolytique/hypnotique est pris à très forte dose durant longtemps, on peut observer un véritable syndrome de sevrage de type ''delirium tremens'', similaire à celui observé pour l'alcool. ===Les médicaments GABergiques=== Les '''inhibiteurs de la recapture du GABA''' sont peu nombreux, un seul est actuellement utilisé en 2025 : la Tiagabine. Elle est utilisée comme anti-épileptique principalement. Elle peut en théorie être utilisée comme anxiolytique ou somnifère, mais un problème assez important limite grandement cette utilisation : son utilisation chez des patients non-épileptique augmente la survenue d'une épilepsie. Les '''agonistes du GABA''' sont peu utilisés. Le Gamibetal et la progabide agissent sur les deux récepteurs GABA, et sont utilsiés comme anti-épileptiques. Mais de tels agonistes non-sélectifs du GABA sont assez peu utilisés. Les autres agissent sur le récepteur GABA-B uniquement. Le baclofène est un agoniste du récepteur GABA-B, utilisé comme décontractant musculaire. Il sert notamment dans les paralysies liées à une lésion de la moelle épinière, ou dans la sclérose en plaque, pour des paralysies dites spastiques (muscle contracté en permanence). Après les agonistes et inhibiteurs de la recapture du GABA, nous allons enfin parler des '''modulateurs allostériques des récepteurs GABA'''. Ici, il s'agit d'agonistes allostériques du récepteur GABA-A. Les modulateurs allostériques du récepteur GABA-A regroupent les barbituriques, les benzodiazépines et les non-benzodiazépines. Ils agissent sur les récepteurs GABA-A uniquement, pas les autres récepteurs GABA. Les récepteurs GABA-A ont un site de fixation des barbituriques, un site de fixation des benzodiazépines, un site de fixation de l'éthanol, d'autres pour les neurostéroïdes, etc. [[File:GABAa receptor.gif|centre|vignette|upright=2.0|Sites de fixation des récepteurs GABA-A.]] <noinclude>[[File:Barbituric-acid-structural.svg|vignette|upright=0.5|Acide barbiturique.]]</noinclude> Les premiers médicaments de cette classe sont les '''barbituriques''', des dérivés de l'acide barbiturique, dont la structure chimique est illustrée ci-après. Ceux-ci ont d'abord été utilisés comme anesthésiants, avant d'être utilisés à plus faibles doses comme sédatifs et anti-convulsivants, pour ensuite être abandonnés après la mise sur le marché des benzodiazépines. Outre leur action sur les récepteurs GABA-A, ils agissent sur les récepteurs AMPA et kainate du glutamate. <noinclude>[[File:Benzodiazepine.svg|vignette|upright=0.5|Benzodiadépine.]]</noinclude> De nos jours, les barbituriques ont été remplacés par les '''benzodiazépines'''. Ces derniers sont utilisés comme anxiolytiques, car leur demi-vie est assez longue, à quelques exceptions comme le midazolam. Ils étaient autrefois utilisés comme somnifères, en dépit de leur demi-vie longue (le midazolam avec sa courte demi-vie est une exception). Le zolpidem, le zolpiclone et le zaleplon ne sont pas des benzodiazépines mais ont un effet très similaire. Ils sont appelés des '''non-benzodiazépines'''. Ils se distinguent généralement par une demi-vie courte, plus adaptée pour traiter les troubles du sommeil. Les effets secondaires sont les mêmes que pour les benzodiazépines ==Les bloqueurs des canaux ioniques au sodium== Les '''bloqueurs des canaux ioniques au sodium''' agissent, comme leur nom l'indique, sur les canaux ioniques au sodium. Ils empêchent l'ouverture du canal ionique, ce qui empêche le sodium de rentrer dans les neurones. Cela réduit la fréquence des potentiels d'action, et donc l'activité électrique du cerveau. Ils sont utilisés comme médicaments pour traiter l'épilepsie, une maladie causée par une activité électrique anormale du cerveau, dont les causes et manifestations sont assez diverses, qu'on verra en détail dans le chapitre sur l'activité électrique du cerveau. Ils sont aussi utilisés pour traiter les états maniaques des bipolaires, en complément d'un traitement de fond au lithium. Ils sont aussi utilisés dans les traitement des douleurs dites neuropathiques, à savoir d'origine neurologiques. L'épilepsie peut se manifester de plusieurs manières : les crises d'épilepsie classique (perte de conscience et convulsion) appelées crises tonico-cloniques, des myoclonies (tremblements) , des crises d'absences, de crises atoniques (perte de tonus musculaire), et bien d'autres. Et le type d'épilepsie joue beaucoup dans le choix du traitement. Par exemple, certains traitements sont efficaces sur les crises dites tonico-cloniques et inefficaces sur les crises atoniques, tandis que d'autres ont une efficacité inverse. Comme autre exemple, les crises d'absences sont bien soignées par le valproate de sodium, alors que la carbamazépine les aggrave ! Les bloqueurs des canaux sodium se classent en deux types principaux : ceux qui sont dérivés du GABA, et les autres. Ceux dérivés du GABA portent le nom de '''gabapentinoïdes'''. A noter qu'ils n'ont aucune activité GABAergique, à quelques exceptions. Les gabapentinoïdes agissent sur les canaux sodium dépendants du voltage, mais n'agissent pas sur les récepteurs GABA, ne se transforment pas non plus en GABA ''in vivo'', ne participent pas au métabolisme du GABA, etc. Les plus connues sont la prégabaline, le phenibut, la gabapentine, et quelques autres molécules du même genre. [[File:Gabapentinoid-structures.png|centre|vignette|upright=1.5|Gabapentinoides les plus communs.]] Les autres bloqueurs des canaux sodium sont assez disparates. Les plus connus sont la carbamazépine, le valproate de sodium, ainsi que les hydrantoïnes. <noinclude>[[File:Carbamazepine.svg|vignette|upright=0.5|Carbamazepine]]</noinclude> La ''carbamazépine'' est utilisée pour le traitement des épilepsies partielles, ainsi que des crises tonico-cloniques, mais n'est pas usitée pour les absences et myoclonies, car elle peut les aggraver. Elle est aussi utilisée dans les névralgies trigéminales et le traitement des troubles bipolaires (aussi bien lors des dépressions que des états maniaques). Sa molécule est très similaire aux antidépresseurs tricycliques (imipraminiques), ce qui pourrait expliquer son effet thérapeutique sur les dépressions bipolaires, et qui explique aussi pourquoi la carbamazépine ne doit pas être utilisée en même temps que d'autres anti-dépresseurs. L'''oxcarbazépine'' est une molécule structurellement similaire à la carbamazépine, avec les mêmes effets sur le cerveau. Cependant, son métabolisme est différent. La carbamazépine est métabolisée par le foie en un métabolite appelé époxyde, qui a un effet anticonvulsivant, mais est assez toxique pour l'organisme. En comparaison, l'oxcarbazépine n'est pas dégradée en époxyde, mais en dihydrocarbamazépine, un métabolite nettement moins toxique. <noinclude>[[File:Valproic acid.svg|vignette|upright=0.5|Acide valproïque]]</noinclude> Le ''valproate de sodium'' et ses dérivés (''acide valproïque'') sont utilisés dans les épilepsies partielles, certaines épilepsies généralisées avec absences et/ou myoclonies, et les troubles bipolaires. Chimiquement, il s'agit d'un acide gras. Il bloque les canaux sodium, mais a aussi une action sur les récepteurs GABA et NMDA. Ses effets secondaires sont nombreux, mais celui qui a reçu la plus grande publicité dans le grand public est son effet sur le fœtus : ce médicament entraine des malformations sur les fœtus quand il est consommé par les femmes enceintes. <noinclude>[[File:Phenytoin structure.svg|vignette|upright=0.5|Phénytoïne]]</noinclude> Les hydrantoïnes sont une classe de molécules anti-convulsivantes qui ont une structure chimique similaire. La ''phénytoïne'' est une ancienne molécule, encore utilisée, notamment dans certains cas d'urgence. Il faut dire que cette molécule est éliminée d'une manière non-linéaire, ce qui rend les problèmes de dosages fréquents. Elle bloque, comme les médicaments précédents, les canaux sodium. Des dérivés de la phénytoïne existent, les plus connus étant la méphénytoïne, l'éthotoïne et le phénacémide. Ces dérivés sont moins efficaces que la phénytoïne, mais entraînent moins d'effets secondaires. ==Les cholinergiques== Les médicaments qui agissent sur l'acétylcholine sont nombreux. Ils sont regroupés en deux groupes : les cholinomimétiques et les anticholinergiques Les '''cholinomimétiques''' simulent la présence d'acétylcholine en excès dans les synapses, soit en saturant les synapses d'acétylcholine, soit en agissant en agoniste de l'acétylcholine. En conséquence, ils ont des effets similaires, mais aussi des effets secondaires assez similaires. Les agonistes de l'acétylcholine sont des cholinomimétiques, mais il faut aussi citer les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine. Les '''anticholinergiques''' ont un effet opposé aux cholinomimétiques. Les anticholinergiques actuels sont les antagonistes de l'acétylcholine. Ils empêchent l'acétylcholine d'agir sur les récepteurs. Mais d'autres anticholinergiques sont à l'étude. Par exemple, le vésamicol est un inhibiteur du transporteur vésiculaire de l'acétylcholine. Il empêche l'acétylcholine d'être chargé dans les vésicules synaptiques. Il s'agit d'un médicament expérimental, pas encore commercialisé. {|class="wikitable" |- ! ! Agonistes/antagonistes ! Autres |- ! Cholinomimétiques | Agonistes de l'acétylcholine | Inhibiteurs de l'acétylcholinestérase |- ! Anticholinergiques | Antagonistes de l'acétylcholine | |} Les cholinergiques sont moins utilisés que les autres médicaments du système nerveux en raison de leurs effets secondaires. La raison à cela est qu'ils agissent sur le système nerveux autonome, qui gère de nombreux mécanismes vitaux comme la respiration ou le rythme cardiaque. Leur action sur le système nerveux autonome est complétement à part, ce qui fait que nous en parlerons dans le chapitre sur le système nerveux périphérique. De plus, leur action sur le système nerveux autonome est l'opposée des médicaments adrénergiques, ce qui fait qu'il vaut mieux voir les deux ensemble. Pour rappel, il y a deux types de récepteurs à l'acétylcholine : les muscariniques et les nicotiniques. Il existe plusieurs sous-types de récepteurs muscariniques et nicotiniques, qui sont répartis différemment dans le corps. Par exemple, les muscles n'ont que des récepteurs nicotiniques, pas de muscariniques. Les récepteurs muscariniques de sous-type M2 sont présents presque uniquement dans le cœur et les poumons. De même, les récepteurs nicotiniques des muscles et du cerveau ne sont pas exactement les mêmes. Aussi, il n'est pas étonnant que certains cholinergiques soient utilisés uniquement pour leur action sur le cerveau, ou uniquement pour leur action musculaire, etc. Ce qui fait que dans ce qui suit, nous allons voir les différents types de médicaments cholinergiques en fonction de leur usage, pas de leur mode d'action. ===Les cholinergiques à action cérébrale=== Dans le cerveau, les récepteurs présents sont majoritairement les récepteurs muscariniques M1 et M4, et quelques sous-types de récepteurs nicotiniques. L'acétylcholine a de nombreux effets sur le cerveau, mais les mieux connus sont liés à la mémoire et la cognition en général. Mais rien d'exploitable pour des médicaments. On n'a pas encore créé de médicaments qui améliorent la mémoire ou la cognition... Les '''agonistes nicotiniques''' ne sont pas utilisés pour leur action sur la cognition. Par contre, ils servent à se sevrer du tabac. En effet, la nicotine est un agoniste nicotinique comme un autre, et on peut la substituer pour un autre agoniste sans trop de problème. Les patients traités fument donc moins, tout en ayant les actions de la nicotine. Le problème est que les agonistes nicotiniques entrainent une dépendance non négligeable, similaire à celle de la nicotine... Les '''agonistes muscariniques''' ne sont pas utilisés pour leur effet sur le système nerveux. Ils sont à l'étude pour la maladie d'Alzheimer avec des résultats décevants pour le moment. La seule exception est la ''xanoméline'', qui est un agoniste des récepteurs muscariniques, avec une préférence pour les récepteurs M1 et M4. Notons que le récepteur M4 est un auto-récepteur. La xanoméline est utilisée pour traiter la schizophrénie et les troubles psychotiques, depuis le milieu des années 2020. Elle était initialement développée pour traiter Alzheimer et avait une efficacité légère, avec cependant des effets secondaires très importants. Par contre, les tests ont montré que ce médicament calmait les psychoses des patients, la psychose étant assez courante dans les cas avancés d'Alzheimer. Le médicament a lors été mis sur le marché, avec cependant de quoi limiter les effets secondaires. Il est combiné avec du ''trospium chloride'', un antagoniste de l'acétylcholine, qui ne rentre pas dans le cerveau. La xanoméline agit donc dans le cerveau seule, alors que son action est compensée par le tropsium chloride dans le reste du corps. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' réduisent la dégradation de l'acétylcholine dans les synapses, ce qui augmente l'effet de l'acétylcholine sur les neurones post-synaptiques. Certaines molécules de ce type sont utilisées comme gaz de combat : le gaz Sarin, le VX et le Novichok sont dans ce cas. Mais parlons plutôt des molécules utilisées comme médicaments... Leur effet sur la cognition et la mémoire est mineur, absolument pas exploitable en pratique. Ils étaient utilisés dans le traitement symptomatique d'Alzheimer, mais étaient très peu efficaces, pas assez pour avoir le moindre effet visible dans la vie quotidienne. Aussi, ils sont maintenant déremboursés, et de moins en moins prescrits. Les antagonistes cholinergiques sont peu utilisés pour leur action cérébrale. Mais ils peuvent être utilisés pour leur action sur le système nerveux périphérique. Tout ce que l'on peut dire pour le moment est qu'ils tendent à augmenter le risque de démence. A ce propos, de nombreux médicaments antidépresseurs, anti-histaminiques ou antipsychotiques ont des effets anticholinergiques. Ils agissent comme de légers antagonistes de l'acétylcholine et cela explique certains de leurs effets secondaires. Pour ce qui est du risque de démence, si le risque est surtout concentré sur les anti-cholinergiques proprement dit, les antihistaminiques sont aussi concernés. Pour les antidépresseurs, il y a moins d'inquiétude à avoir pour le risque de démence avec ces médicaments, qui ont tendance à avoir un effet neuroprotecteur. ===Les cholinergiques à action musculaire=== Pour les muscles, l'acétylcholine déclenche la contraction musculaire. Plus précisément, elle transmet les influx nerveux des neurones moteurs vers les muscles. Il faut savoir que les muscles et les neurones moteurs sont connectés par une synapse particulière, appelée la jonction neuromusculaire. Et l'acétylcholine est le neurotransmetteur présent dans toutes les jonctions neuromusculaires. La conséquence est que les cholinergiques sont utilisés comme décontractants musculaires ou au contraire en cas de faiblesses musculaires spécifiques. Les récepteurs synaptiques présents dans cette jonction neuromusculaire sont tous des récepteurs nicotiniques. En clair, les médicaments à action muscariniques n'ont pas d'action sur les muscles, ils n'ont pas d'effets sur la jonction neuromusculaire. Ils sont donc utilisés exclusivement pour leur action sur le cerveau (xanoméline) ou le système nerveux parasympathique. Les agonistes/antagonistes nicotiniques ont eux une action sur les muscles. Mais ce ne sont pas les seuls médicaments cholinergiques agissant sur les muscles. Les '''antagonistes nicotiniques''' entrainent une décontraction musculaire prolongée, pouvant aller jusqu'à la paralysie si la dose est suffisante. Ils sont aussi appelés "curarisants", d'après le nom du curare qui est en le principal représentant. Pour rappel, le curare est un poison qui paralyse tous les muscles, y compris les muscles respiratoires. Il tue en coupant la respiration, asphyxiant sa victime. Les antagonistes nicotiniques ont le même effet à forte dose, ce qui limite leur utilisation en tant que décontractant musculaire. Par contre, ils sont très utiles lors des anesthésies, vu que l’anesthésiste met le patient sous respirateur artificiel ou circulation extracorporelle. Les '''inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase''' sont utilisés pour traiter la myasthénie, une maladie dans laquelle les récepteurs de l'acétylcholine disparaissent, en raison d'une attaque du système immunitaire. Il s'agit d'une maladie auto-immune, contrôlée avec des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi avec des traitements symptomatiques dont les inhibiteurs de l'acétylcholinéstérase font partie. Les doses utilisées sont différentes de celles autrefois utilisées pour Alzheimer ou les démences. ==Les opioïdes : l'opium et ses dérivés== Les médicaments dits opioïdes sont des agonistes des récepteurs opioïdes. Leur nom vient de l'opium, le latex produit par une plante d’Amérique du Sud nommée le pavot somnifère. Ce latex contient de la morphine et de la codéine, deux opioïdes majeurs qui ont été les premiers opioïdes identifiés. D'autres molécules ayant la même action pharmacologique ont par la suite été découvertes et ont été regroupées sous le terme d’opioïdes. Certaines sont devenues des drogues, comme la cocaïne et l’héroïne, mais d'autres sont devenues des médicaments importants. Les opioïdes sont analgésiques, sédatifs et addictifs. L'effet analgésique est de loin le plus utilisé dans la pratique médicale, quand le paracétamol et les anti-inflammatoires ne sont pas assez efficaces. Ils peuvent aussi être utilisés comme médicament contre la toux, ce qui fait que la codéine ou le dextrométhorphane sont parfois utilisés comme antitussifs. Mais vu leur potentiel addictif, leur utilisation et leur prescription par les médecins est prudente. Les opioïdes ont aussi un effet manifeste sur l'anxiété : qu'il s'agisse de la codéine, de la morphine, du tramadol ou des drogues dérivées, toutes ont un effet anxiolytique. Mais les opioïdes ne sont pas utilisés comme anxiolytiques ou somnifères par les médecins, en raison de leur effet addictif. L'effet addictif n'est pas leur seul effet indésirable. Les opioïdes entraînent des nausées, vomissements, de la constipation, mais aussi et surtout une dépression respiratoire à forte dose. Les overdoses d’opioïdes entraînent une dépression respiratoire très intense, pouvant être fatale. Par contre, la constipation induite par les opioïdes permet de les utiliser comme anti-diarrhéique. Précisons que les opioïdes utilisés comme anti-diarrhéique ne rentrent pas dans le cerveau, mais agissent seulement sur le reste du corps (pour les connaisseurs : ils ne traversent pas la barrière hémato-encéphalique). Tous les opioïdes déclinés en médicaments agissent sur les récepteurs opioïdes de type mu. Pour ce qui est des effets spécifiques aux récepteurs mu, les opioïdes entraînent une euphorie, une contraction musculaire généralisée, une psychose (délires et hallucinations) à fortes doses. L'origine de cet effet délirant/hallucinogène n'est pas très bien connu. L'euphorie induite par les opioïdes est recherché par les toxicomanes, ce qui fait que de nombreuses drogues sont des dérivés de la morphine. Pour ce qui est des autres récepteurs opioïdes, l'action exacte dépend de l'opioïde. Par exemple, la morphine se lie aux récepteurs mu, mais semble avoir peu d'effets sur les autres récepteurs. Une preuve de ce fait est que des souris chez lesquelles on a désactivé le gène qui code ce récepteur mu, et seulement celui-ci, deviennent totalement insensibles à la morphine. Par contre, les souris sans récepteurs kappa et delta réagissent normalement aux opioïdes. Les agonistes du récepteur opioïde Kappa ont eux aussi un effet analgésique, mais entraînent des effets indésirables. Ils entraînent notamment des perturbations du comportement et de l'humeur. Ils ont un effet dépressif, des hallucinations et des délires. Leur effet hallucinatoire est bien plus important que les opioïdes qui agissent seulement sur le récepteur mu. De plus, ils induisent une dépression assez intense, une véritable dysphorie. Cet effet, particulièrement désagréable, limite son usage récréatif ou toxicomaniaque. Tout cela limite fortement leur utilité thérapeutique. ==Les cannabinoïdes : cannabis médical et cannabinoïdes de synthèse== Les entreprises pharmaceutiques font actuellement de la recherche sur les cannabinoïdes, des molécules qui agissent sur les récepteurs endocannabinoïdes. Certains sont naturellement présents dans le cannabis, comme le THC ou le cannabidiol, d'autres sont des produits de synthèse. Le nom plus ou moins trompeur de ''cannabis médical'' fait référence à l'utilisation du THC ou du cannabidiol, voire d'un mélange des deux, mais pas d’autre molécule. Les allégations médicales du cannabis thérapeutique sont nombreuses : douleurs chroniques, la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil, la sclérose en plaques, les vomissements liés à la chimiothérapie, et j'en passe. Et comme de coutume, l’enthousiasme sur le sujet risque d'être la source de beaucoup de désillusions. Pour le moment, seules deux indications sont actuellement confirmées par la FDA américaine : certaines formes rares bien précises d'épilepsie (le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut), et la spasticité liée à la sclérose en plaque (pour laquelle les résultats ne sont pas fameux). Et ce n'est pas faute d'un manque de recherche : les études pour la maladie d'Alzheimer, la sclérose latérale amyotrophiques, les traumas crâniens, les AVC, et bien neurologiques, ont été négatives. Outre le cannabis médical, les entreprises pharmaceutiques travaillent sur des cannabinoïdes autres que le THC ou le cannabidiol. Si la plupart de ces molécules sont encore en développement, il faut cependant citer une exception : le ''Rimonabant''. Le Rimonabant était un agoniste inverse des récepteurs cannabinoïdes, commercialisé en Europe en 2006 avant d'être retiré du marché en 2008. Il était utilisé comme médicament anti-obésité, du fait de son effet coupe-faim. Malheureusement, les données de pharmacovigilance ont rapidement montré que ce médicament avait de sérieux effets secondaires psychiatriques. Près de 10% des utilisateurs développaient une dépression et le risque de suicide était d'environ 1%. Les autorités n'ont pas eu d'autre choix que d'interdire ce médicament une fois les données connues. Les cannabinoïdes sont censés avoir un effet anxiolytique assez marqué. Précisons cependant que cet effet peut parfois s'inverser. Une minorité de consommateurs développe un syndrome anxieux soudain, qui dure quelques heures à quelques jours, après une prise de cannabis (souvent, la toute première prise). Dans certains cas grave, cela peut carrément évoluer rapidement en un véritable syndrome paranoïaque, voire une psychose franche. Encore une fois, les traitements de ce genre ne sont pas utilisés pour leurs effets secondaires (syndrome d'hyperémèse cannabique, psychoses, paranoïa, confusion mentale, amnésie, ...). ==Les adénosinergiques : la caféine et ses dérivés== [[image:Methylxanthin_(R1,_R2,_R3).svg|vignette|Squelette moléculaire partagé par les méthylxanthines.]] Les '''méthylxanthines''' regroupent la caféine, la paraxanthine, la théobromine et la théophylline. Elles partagent toutes le même squelette moléculaire, illustré ci-contre. Suivant ce qu'on met à la place des radicaux R1, R2 et R3, on obtient soit de la caféine, soit de la paraxanthine, et ainsi de suite. Les radicaux R1, R2 et R3 peuvent contenir soit un atome d'hydrogène, soit un radical méthyl (CH3). Si aucun ne l'est, on obtient de la xanthine, qui n'est pas une méthylxanthine proprement dite car il n'y a aucun groupe méthyl. Si au moins un des radicaux R1, R2 ou R3 est méthylé, alors on obtient une méthylxanthine. La caféine a tous les radicaux méthylés, alors que les cas intermédiaires donnent de la théobromine, de la théophylline et de la paraxanthine. {| class="wikitable" style="text-align:center;" |- !Composé !R1 !R2 !R3 |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Xanthine''' |- !Xanthine |H |H |H |- | colspan="4" bgcolor=#F0C300 |'''Méthylxanthines''' |- !Théobromine |H |CH3 |CH3 |- !Théophylline |CH3 |CH3 |H |- !Paraxanthine |CH3 |H |CH3 |- !Caféine |CH3 |CH3 |CH3 |} {|class="wikitable" |- !Xanthine !Théobromine !Théophylline !Paraxanthine !Caféine |- |[[File:Xanthin - Xanthine.svg|160px|Xanthine.]] |[[File:Theobromin - Theobromine.svg|160px|Théobromine.]] |[[File:Theophyllin - Theophylline.svg|160px|Théophylline.]] |[[File:Paraxanthine.svg|160px|Paraxanthine]] |[[File:Caffeina struttura.svg|160px|Caféine.]] |} Les xanthines et méthylxanthines agissent sur les récepteurs purinergiques, à savoir les récepteurs de l'adénosine. Dans le cerveau, les récepteurs purinergiques les plus courants sont ceux dits de type A1 et A2a. Les deux ont une action inhibitrice, qui réduit le métabolisme et l'activité cérébrale. Les xanthines sont des antagonistes de ces récepteurs, ce qui signifie qu'elles ont un effet inverse à l'adénosine. Là où l'adénosine est sédative, les xanthines et méthylxanthines sont au contraire stimulantes. Leur effet exact sur le cerveau est cependant assez mal connu. SI on sait qu'elles agissent sur les récepteurs purinergiques cérébraux, les conséquences de cette activation sont mal connues. Les chercheurs pensent, sur la base d'arguments expérimentaux, que cette activation causerait une augmentation de la libération de glutamate et de dopamine. Les xanthines seraient donc indirectement dopaminergiques (et glutaminergiques), d'où leur effet stimulant. La plus connue est la '''caféine''', qui améliore l'éveil et l'humeur. Chose intéressante, la caféine lutte contre la pression de sommeil. En effet, celle-ci traduit le fait que quelque chose s'accumule dans le cerveau lors de l'éveil, ce quelque chose étant supposé être des substances somnifères. Le candidat idéal pour cette substance est l'adénosine, mais d'autres substances chimiques sont aussi des prétendants à ce titre, comme la prostaglandine D2. Or, la caféine a un effet indirect sur les récepteurs à adénosine, en jouant le rôle d'antagoniste. La caféine ressemble comme deux gouttes d'eau à l'adénosine, et se fixe sur les mêmes récepteurs membranaires : elle empêche l'adénosine d'arriver à bon port et d'avoir son effet somnifère. C'est pour cela que le café est un excitant : il supprime l'action de l'adénosine sur le cerveau. Précisons que le corps s'habitue à la prise de caféine et y devient de moins en moins sensible, il développe une tolérance à la caféine. La raison est que le nombre de récepteurs à l'adénosine à la surface d'un neurone (ou de toute autre cellule qui exprime ces récepteurs) s'adapte à la demande. Plus on consomme de caféine, plus le nombre de récepteurs augmente. Ce faisant, l'adénosine qui avant ne pouvait pas se lier aux récepteurs bloqués par la caféine peut alors se coller à des récepteurs tous neufs, ce qui réduit l'efficacité de la caféine. C'est tout sauf étonnant, car les récepteurs de l'adénosine sont des récepteurs aux protéines G, qui ont presque tous cette particularité. ==Les antagonistes/agonistes des neuropeptides== Dans cette section, nous allons parler des médicaments qui agissent sur les récepteurs des neuropeptides ou sur leur dégradation. Du moins, ceux dont nous n'avons pas parlé plus haut, comme les récepteurs opioïdes. Il y a assez peu de médicaments de ce genre. Il faut dire que leur délivrance est compliquée : les neuropeptides sont des protéines qui sont rapidement dégradées dans l'estomac, leur absorption n'est pas idéale, etc. Et il faut aussi que les peptides traversent la barrière hémato-encéphalique. Cela fait beaucoup de conditions simples à respecter pour de petites molécules, mais pas pour des grosses protéines. Les rares médicaments de ce genre sont les '''antagonistes des récepteurs NK1'''. Pour rappel, le récepteur NK1 est un récepteur sensible à la substance P et aux tachykinines. De nombreux agonistes de ce type ont été testés dans de nombreuses indications, mais la plupart a échoué lors des essais cliniques. La seule action crédible de ces médicaments est leur effet anti-émétique. Il faut dire que la substance P est fortement présente dans le centre du vomissement, l'aire cérébrale qui gère nausées et vomissements. Les plus connus sont l'aprépitant, le tradipitant, le netupitant, le maropitant, le rolapitant et quelques autres. Ils fonctionnent contre la plupart des nausées et vomissements, quelle que soit leur origine. Mais leurs indications sont souvent plus restreintes. L'aprépitant, le rolapitant et le netupitant sont utilisés contre les nausées/vomissements induits par les chimiothérapies et/ou les nausées/vomissements après une opération chirurgicale. Ils sont souvent combinés avec d'autres médicaments dans ces indications. Le tradipitant et le maropitant sont quant à eux utilisés pour le mal des transports. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=Les récepteurs synaptiques | prevText=Les récepteurs synaptiques | next=La plasticité synaptique | nextText=La plasticité synaptique }}{{autocat}} </noinclude> ftvvxw9hjgtf92bivmxtk3erjqncnjv Neurosciences/Les nerfs et ganglions périphériques 0 81940 766069 762834 2026-05-06T15:14:49Z Mewtow 31375 766069 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regarder une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Les axones sensoriels et moteurs ne se mélangent pas, ou rarement, dans le système nerveux périphérique. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> el1pf41f7w0yaemi2oix4hk6s232lgv 766070 766069 2026-05-06T15:15:06Z Mewtow 31375 766070 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regarder une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Les axones sensoriels et moteurs ne se mélangent pas, ou rarement, dans le système nerveux périphérique. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> 2ki31ujqmzdi2hvt2mc0ocvd8q7690t 766071 766070 2026-05-06T15:16:48Z Mewtow 31375 /* Les nerfs périphériques */ 766071 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regarder une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ==Les nerfs spinaux et crâniens== Le système nerveux est surtout composé de nerfs, à savoir des regroupements d'axones, couplés à des ganglions. Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Les axones sensoriels et moteurs ne se mélangent pas, ou rarement, dans le système nerveux périphérique. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> 5snwu1om399wq1qjglch6pbtbxnl3jh 766073 766071 2026-05-06T15:17:06Z Mewtow 31375 /* Les nerfs spinaux et crâniens */ 766073 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regarder une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Les axones sensoriels et moteurs ne se mélangent pas, ou rarement, dans le système nerveux périphérique. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> 5vz62gddehohp5zy67hpruvcvxp0vup 766074 766073 2026-05-06T15:17:18Z Mewtow 31375 /* Les nerfs périphériques */ 766074 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Les axones sensoriels et moteurs ne se mélangent pas, ou rarement, dans le système nerveux périphérique. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> 8ibkjrgsu4xwmkwtgsewbtekqv9tfs0 766075 766074 2026-05-06T15:18:53Z Mewtow 31375 /* Les axones du système nerveux périphérique */ 766075 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Il y a plusieurs différences entre axones afférent/sensitifs et efférents/moteurs. Premièrement, les axones sensitifs naissent d'un neurone unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> fnlgrd1c66p2i19gi33x51ga9x5m45d 766076 766075 2026-05-06T15:20:01Z Mewtow 31375 /* Les axones afférents et efférents */ 766076 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle marche pour tous les neurones et ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> kycermschonvkxvtyd9pjy8aclxsu3v 766078 766076 2026-05-06T15:22:36Z Mewtow 31375 /* Les axones du système nerveux périphérique */ 766078 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour résumer, il n'y a pas de ganglion moteur somatique, seulement des ganglions sensoriels et des ganglions autonomes. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> b0hhww5yh0uokeikr9ipi20wk3n6hrd 766086 766078 2026-05-06T15:28:23Z Mewtow 31375 /* Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques */ 766086 wikitext text/x-wiki Le système nerveux périphérique est la portion du système nerveux qui reste quand on retire le cerveau et la moelle épinière. Il est composé de nerfs, de petites fibres nerveuses et des ganglions (des amas de neurones, pour rappel). Il innerve la peau, les organes internes, les muscles et quelques autres structures anatomiques. Mais avant de voir le système nerveux périphérique, nous allons détailler ce qu'il y a à l'intérieur d'un nerf. ==Les nerfs périphériques== [[File:Transverse section of the optic nerve, from Leeuwenhoek, 1675 Wellcome L0001822.jpg|vignette|Section d'un nerf optique.]] Un '''nerf''' est un paquet d'axones, entourés par une pellicule externe appelée l''''épinèvre''', avec quelques vaisseaux sanguins entre les deux. Si vous regardez une coupe-section d'un nerf, vous verrez quelque chose de similaire à ce qu'il y a dans la photographie de droite. Vous vous dites sans doute que les zones blanches sont des axones, le noir étant du tissu de soutien. La partie noire regroupe du tissu de soutien, avec des gros vaisseaux sanguins pour alimenter le nerf en oxygène/nutriments. Les zones blanches sont des paquets d'axones, contenant plus d'un millier d'axones. Les paquets d'axones en question sont appelés des '''fascicules'''. Ils sont formés en entourant un paquet d'axone avec une pellicule appelée le '''périnèrve''', qui entoure le paquet d'axone. Le périnévre est composé de plusieurs couches de cellules "musculaires" (des myofibroblastes). Outre des axones, il y a aussi des vaisseaux sanguins de petite taille dans un fascicule. Les vaisseaux sanguins d'un fascicule sont des ramifications de vaisseaux sanguins plus gros, présents dans le tissu de soutien du nerf. En clair, les axones sont regroupés en fascicules, qui sont eux-même regroupés en nerfs. L'ensemble est illustré ci-contre, et les illustrations ci-dessous montrent une section d'un nerf optique. [[File:Nerf detaillé..png|centre|vignette|upright=2.0|Section d'un nerf.]] Les axones sont entourés par une pellicule protectrice, l''''endonèvre''', qui entoure la gaine de myéline des axones. L'endonèvre est composé de deux couches : une couche de glycocalyx, entourée de fibres de collagène. L'endonèvre n'est pas directement posé sur l'axone, il y a un peu de '''liquide endonévrial''' entre les deux. Il a un rôle similaire au liquide cérébrospinal, à savoir que c'est un liquide qui protège les neurones contre toute agression extérieure. Il y a aussi des vaisseaux sanguins dans l'endonèvre, et précisément des capillaires sanguins de très petite taille. Un point important est que l'endonèvre ne laisse pas passer grand chose : la plupart des molécules extérieures ne peuvent pas rentrer dans le neurone, à cause de lui. Il protège les neurones contre la présence de toxiques, mais surtout : il régule l'équilibre ionique à la surface de l'axone. Il garantit qu'il n'y a pas d'excès ou de déficiences en ions potassium, sodium, calcium, chlore et autres ; qui sont impliqués dans le potentiel de membrane. Et il ne laisse pas non plus passer les virus et bactéries, du moins pas facilement. De par sa fonction de tampon chimique et de protection immunitaire, il est l'équivalent pour les nerfs de la barrière hématoencéphalique, qui protège le cerveau contre les agressions extérieures. ===Les nerfs spinaux et crâniens=== Les nerfs sortent du système nerveux central à deux niveaux : soit ils sont du cerveau, soit ils sortent de la moelle épinière. Et cela permet de faire la différence entre deux grands types de nerfs périphériques : * les '''nerfs spinaux''' qui sortent de la moelle épinière ; * les '''nerfs crâniens''' qui sortent directement du cerveau ou du tronc cérébral. Les nerfs crâniens sont au nombre de 12. Ils sont nommés ainsi parce qu'ils servent essentiellement pour la sensibilité ou la motricité du visage, de la bouche, de la mâchoire, et du crâne. Ce qui explique qu'ils sortent directement du cerveau : ils n'ont pas besoin de faire un détour par la moelle épinière, c'est pour court d'innerver directement le visage en partant du cerveau. Les nerfs crâniens regroupent 3 nerfs purement sensoriels, 5 purement moteurs, et 4 mixtes. [[File:Training.seer.cancer.gov - illu cranial nerves1.jpg|centre|vignette|upright=2.0|Illustration des différents nerfs crâniens.]] Les nerfs spinaux, quant à eux, sont au nombre de 62, regroupés en 31 paires de nerfs spinaux, une paire par segment de la moelle épinière. Les nerfs spinaux se ramifient progressivement en plusieurs nerfs plus petits, qui s'entrelacent les uns avec les autres. Les entrelacement/rassemblement de nerfs forment ce qui s'appelle des '''plexus nerveux''', des regroupements de plusieurs nerfs qui peuvent présenter des anastomoses (des échanges de fibres nerveuses entre nerfs). Il y a une séparation nette entre les plexus du système nerveux moteur et ceux du système nerveux autonome, comme nous le verrons plus bas. [[File:Nervous system diagram-fr.svg|centre|vignette|upright=2|Illustration des nerfs spinaux.]] Outre les nerfs, il faut aussi parler des ganglions périphériques. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. Le système nerveux périphérique est principalement composé de nerfs et de ganglions. Mais l'anatomie du système nerveux périphérique ne se résume pas à un inventaire des nerfs et des ganglions. Il existe quelques subdivisions anatomiques qui permettent de classer les nerfs et les ganglions suivant leur fonction, de mieux comprendre comment est architecturé le système nerveux périphérique. Nous verrons les nerfs crâniens dans un chapitre à part, aussi nous allons nous concentrer sur les nerfs spinaux et leurs dérivés dans ce qui suit. : Avant toute chose, nous allons beaucoup utiliser l'abréviation SNP pour parler du Système Nerveux Périphérique, afin de fortement simplifier l'écriture. Nous utiliserons aussi l'abréviation SNC pour le Système Nerveux Central. ===Les atteintes des nerfs=== Il n'est pas rare qu'un nerf soit atteint par une maladie et/ou une inflammation. Notons qu'il faut faire la différence entre les maladies qui ne touchent qu'un seul nerf, aussi appelées '''mononeuropathies''', et les maladies qui touchent plusieurs nerfs, voire tous les nerfs de l'organisme, appelées des '''polyneuropathies'''. Les polynévrites sont causées par des maladies systémiques, qui touchent l'ensemble du système nerveux, quand ce n'est pas le corps tout entier. Elles sont causées par un diabète, des déficiences en vitamine, des infections, et j'en passe. Les mononévrites ont des causes bien plus localisées et sont souvent le résultat d'un nerf compressé ou écrasé. Un nerf peut se faire sectionner à la suite d'un traumatisme quelconque. Dans ce cas, les conséquences peuvent se traduire par une paralysie ou une perte des sensations localisée, selon le nerf coupé. Les conséquences sont similaires, bien que moins importantes, si le nerf est compressé. Dans le cas général, les symptômes sont à la fois moteurs et sensitifs, avec cependant quelques exceptions. Il est rare qu'une compression d'un nerf ne cause que des symptômes moteurs ou que des symptômes sensitifs. {|class="wikitable" |- !Nerf touché !Nom du syndrome !Description |- !Nerf médian, au niveau du poignet |Syndrome du canal carpien | * Douleurs, fourmillement et picotements sur la main, de préférence sur la palme des trois premiers doigts. * Parfois troubles moteurs de la main et du poignet. * Rarement hyper-sudation ou œdème de la main. |- !Nerf cubital, au niveau du coude |Syndrome du canal tubulaire du coude | * Paresthésies, surtout dans les 2 derniers doigts et le bord cubital de la main. * Perte de sensibilité de la main, sur toutes les sensations : toucher, douleur, température, ... * Signes moteurs : faiblesse musculaire dans la main et les doigts, une difficulté à écarter les doigts, etc. |- !... |... |... |} Si on observe un nerf compressé au microscope, on observe plusieurs lésions typiques. En premier lieu, la gaine de myéline contient plus de trous, plus de nœuds de Ranvier qu'un nerf normal. Elle est aussi moins épaisse, la majorité du diamètre du nerf étant occupé par l'axone proprement dit. On voit aussi un développement des cellules de Schwann, une croissance de leurs excroissances, et d'autres signes de régénération de la gaine de myéline. Pour résumer, la compression d'un nerf entraîne des dommages limités à la gaine de myéline, sauf exceptions. Les axones du nerf, ainsi que les tissus conjonctifs et le soma des cellules gliales, ne sont pas touchés. On peut s'étonner d'un tel résultat, mais sachez que les nerfs sont des tissus assez mous, qui peuvent encaisser une compression en se pliant ou se déformant sans se casser. Peu importe qu'il s'agisse d'une compression ou d'une section, le nerf finit par guérir. Les déficits sont temporaires, car les nerfs se régénèrent en quelques mois ou années, ce qui permet une récupération complète. Progressivement, le patient commence à ressentir des picotements, puis retrouve ses sensations ou sa motricité avec le temps. La durée de rémission dépend de l'état du nerf, les nerfs compressés tendant à récupérer plus vite que les nerfs sectionnés. La régénération impose que les ganglions à l'origine du nerf soient épargnés : la régénération d'un nerf consiste en une repousse de l'axone à partir du ganglion. La repousse des nerfs, fibres et faisceaux, se fait dans le système nerveux périphérique uniquement. Les nerfs associés au système nerveux central ne repoussent pas. Il s'agit là d'une distinction qu'on développera dans le chapitre sur la régénération du système nerveux : le système nerveux périphérique se régénère, pas le système nerveux central. Il s'agit d'un principe ayant peu d'exceptions, si ce n'est pour le nerf olfactif et une aire cérébrale appelée le bulbe olfactif. Une explication un peu moins simple est que le système nerveux central ne se régénère pas, sauf pour les aires de l'odorat. Il arrive qu'un nerf s’enflamme, suite à une infection ou une maladie auto-immune : c'est une '''névrite'''. L'origine des névrites est souvent d'origine infectieuse : la lèpre, la diphtérie ou le tétanos peuvent entraîner des névrites. Certains médicaments peuvent notamment entraîner des névrites, comme l'imipramine ou certains antipaludéens, tout comme des intoxications au mercure ou au plomb. Mais le plus souvent, les névrites sont causées par une absorption d'alcool trop importante, un diabète, ou une déficience en vitamine B12. Comme on s'en doute, ces causes entraînent plus souvent des polynévrites, vu qu'il s'agit d’affections globales, qui touchent le corps entier (diabète, infections, médicaments). {|class="wikitable" |- !Cause d'une névrite !Exemples |- !Infection |Diphtérie, Tétanos, Polyomyélite |- !Maladie auto-immunes |Sclérose en plaque |- !Intoxication |Alcool, antibiotiques (metronidazole), antipaludéens, imipramine, etc. |- !Déficience en vitamine |Carence en vitamine B6 ou B12 |- !Surcharge en sucre |Diabète, autre |- !Radiations |Traitement du cancer |- !Compression, traumatisme |Syndrome du canal carpien |} ==Les axones du système nerveux périphérique== Le système nerveux périphérique comprend des axones, appelés les '''fibres périphériques''', ou encore fibres. Les fibres périphériques sont à distinguer des nerfs, les différences étant qu'un nerf est un regroupement d'axone, alors que les fibres sont des axones seuls. Il existe plusieurs types de fibres périphériques, qui se distinguent essentiellement par leur caractère moteur/sensoriel/autonomique, par leur vitesse de conduction, etc. Dans ce qui suit, nous allons voir les classifications principales des fibres périphériques. ===Les axones afférents et efférents=== Avant de poursuivre, parlons rapidement de la notion d'axones afférents et efférents. Les axones dits afférent partent de la périphérie et rentrent dans le système nerveux central, alors que les axones efférents en sortent pour innerver la périphérie. Les axones afférents sont des axones de neurone sensoriel. De même, les axones efférents sont presque toujours des axones de motoneurones. Il existe cependant des axones efférents qui ne sont pas du tout moteurs. Par exemple, de nombreux axones efférents servent à réguler la sensibilité des neurones sensoriels, notamment pour réguler la sensibilité à la douleur. Mais nous en reparlerons plus tard. [[File:Afferent and efferent neurons en.svg|centre|vignette|upright=2|Axones afférents et éfférents.]] [[File:202101 Sensory neuron.svg|vignette|Neurone sensoriel pseudo-unipolaire.]] Les axones afférents naissent d'un neurone sensoriel, qui est presque toujours unipolaire, à savoir que son axone se divise en deux branches allant dans des directions opposées. L'une innerve la peau ou l'organe, l'autre fait synapse avec un neurone dans le système nerveux central. Les motoneurones sont eux des neurones multipolaires, avec plusieurs dendrites et un seul axone. Les motoneurones émettent des axones en direction des muscles (ou des organes dans certains cas précis). Ils se regroupent généralement pour former des nerf moteurs. Le bout d'un axone de motoneurone se ramifie en plusieurs branches, qui font chacun synapse sur un muscle. La synapse entre muscle et motoneurone est appelée une '''jonction neuromusculaire'''. [[File:Motoneuron.svg|centre|vignette|upright=2|Motoneurone]] Il y a quelques exceptions, mais c'est une règle assez fiable : neurones unipolaires dans le SNP, multipolaires dans le SNC. ===La classification d'Erlanger et Gasser=== La première classification distingue les fibres périphériques selon la vitesse de l'influx nerveux, qui dépend de la présence d'une gaine de myéline et du diamètre de l'axone. Sur la base de ces deux critères, on peut distinguer plusieurs types et sous-types d'axones, qui ont des vitesses différentes pour l'influx nerveux. La classification obtenue avec ce critère s'appelle la '''classification d'Erlanger et Gasser'''. Elle ne fait pas la différence entre les axones moteurs, sensoriels ou autres. Elle classe les fibres en trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe C. Pour la résumer, les axones du groupe A ont une gaine de myéline très épaisse, ceux du groupe B moyennement épaisse et ceux du groupe C n'ont pas de gaine de myéline. Les axones de motoneurones sont toutes des fibres du groupe A. Il faut dire que les fibres motrices ont besoin de transmettre rapidement les commandes motrices, ce qui fait qu'elles sont beaucoup myélinisées. Les neurones sensoriels sont eux dans les catégories A, B et C. {|class="wikitable" |- ! ! Axones A ! Axones B ! Axones C |- ! Myélinisée | Oui, beaucoup | Oui, moyennement | Non |- ! Diamètre | Variable : de 0.2-1.5 µm à 13-20 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | Variable : de 3-30 à 80-120 mètres par secondes selon le sous-type d'axone | 3 à 15 mètres par secondes | 0.5 à 2.0 mètres par secondes |} Le groupe A est lui-même divisé en quatre sous-types nommés alpha (<math>\alpha</math>), beta (<math>\beta</math>), gamma (<math>\gamma</math>) et delta (<math>\delta</math>). Ces sous-groupes se distinguent non pas sur la taille de la gaine de myéline, mais par leur diamètre. {|class="wikitable" |+ Axones du groupe A |- ! ! Axones alpha (A <math>\alpha</math>) ! Axones beta (A <math>\beta</math>) ! Axones gamma (A <math>\gamma</math>) ! Axones delta (A <math>\delta</math>) |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 5 à 8 µm | 1 à 5 µm |- ! Vitesse de l'influx nerveux | 80-120 mètres par secondes | 33 à 75 mètres par secondes | 4 à 24 mètres par secondes | 3 à 30 mètres par secondes |} ===La classification en type I, II, III et IV=== Une autre classification distingue les axones des motoneurones, ceux des récepteurs sensoriels et ceux liés au système nerveux dit autonome. Elle ne recoupe pas la classification précédente : par exemple, le groupe A de la classification précédente regroupe des motoneurones et des axones sensoriels. Pour les fibres motrices, elle distingue trois sous-types, qui sont des fibres <math>\alpha</math>, <math>\beta</math> et <math>\gamma</math>. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique moteur |- ! ! Fibres <math>\alpha</math> ! Fibres <math>\beta</math> ! Fibres <math>\gamma</math> |- ! Diamètre | 13 à 20 µm | | 5 à 8 µm |- ! Vitesse de conduction | 80 à 120 m/s | | 4 à 24 m/s |} Pour les axones sensoriels, elle distingue les fibres de type Ia, Ib, II, III et IV. Les types Ia, Ib, II et III correspondent respectivement aux axones des groupes A <math>\alpha</math>, A <math>\beta</math>, A <math>\gamma</math> et A <math>\delta</math>. le type IV appartient au groupe C de la classification précédente. {|class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux somatique sensoriel |- ! ! Fibres Ia (groupe A <math>\alpha</math>) ! Fibres Ib (groupe A <math>\beta</math>) ! Fibres II (groupe A <math>\gamma</math>) ! Fibres III (groupe A <math>\delta</math>) ! Fibres IV (Groupe C) |- ! Gaine de myéline | colspan="3" | Épaisse | Mince | Absente |- ! Diamètre | colspan="2" | 13 à 20 µm | 6 à 12 µm | 1 à 5 µm | 0.2 à 1.5 µm |- ! Vitesse de conduction | colspan="2" | 80–120 m/s | 33–75 m/s | 3–30 m/s | 0.5-2.0 m/s |} Les axones du système nerveux autonome sont des fibres de type B ou de type C. Les fibres de type B sont dites pré-ganglionnaires, alors que celles de type C sont post-ganglionnaires. La différence est que les fibres pré-ganglionnaires rentrent dans un ganglion autonome, alors que les post-ganglionnaires en sortent. {| class="wikitable" |+ Fibres du système nerveux autonome |- ! Type ! Classification d'Erlanger-Gasser ! Diamètre ! Gaine de myéline ! Vitesse de conduction |- ! Fibres pré-ganglioniques | B | 1 à 5 µm | Présente | 3 à 15 m/s |- ! Fibres post-ganglioniques | C | 0.2 à 1.5 µm | Absente | 0.5 à 2.0 m/s |} ==Les ganglions sensoriels et sympathiques/parasympathiques== Les axones efférents et afférents proviennent de neurones, qui sont bien placés quelque part. Mais où ? La réponse est différente selon qu'on parle du système nerveux moteur, autonome ou sensoriel. La motricité volontaire passe directement du système nerveux central au muscle. Les nerfs moteurs sortent de la moelle épinière ou du cerveau et innervent directement les muscles, sans passage par un ganglions. Les neurones efférents pour la motricité volontaire sont localisés dans le système nerveux, pas ailleurs. Par contre, les sensations et la motricité inconsciente font autrement. Dans la plupart des cas, elles font relai dans des '''ganglions périphériques''', des amas de neurones, situés en-dehors du cerveau ou de la moelle épinière. Les neurones afférents sont localisés dans des ''ganglions sensoriels'', les neurones efférents autonomes sont eux aussi regroupés dans des ''ganglions autonomes''. Pour simplifier, il n'existe que deux types de ganglions : les ganglions sensoriels et les ganglions autonomes. Il n'existe pas de ganglion moteur somatique, que ce soit pour les nerfs crâniens ou spinaux. Les motoneurones somatiques sont dans la moelle épinière, ils émettent des axones qui innervent directement les muscles, sans relai par un ganglion. nous verrons les ganglions sensoriels et sympathiques dans la suite du cours. ===Les ganglions sensoriels=== Les axones afférents sortent de neurones unipolaires. Mais où sont localisés ces neurones unipolaires ? La réponse identifie plusieurs cas possibles. * Dans le premier, les neurones sensoriels sont regroupés dans des '''ganglions sensoriels''', qui émettent des axones dans deux directions : un vers la peau ou l'organe innervé, l'autre vers le système nerveux central. * Dans le second, ils proviennent des neurones sensoriels dispersés dans le corps, dont les dendrites captent les sensations et dont l'axone fait synapse avec le système nerveux central. * Il y a aussi une sorte d'intermédiaire où on a deux neurones : un neurone récepteur qui est dans la peau ou l'organe, un neurone relai dans un ganglion sensoriel. [[File:Structure of sensory system (4 models) E.PNG|centre|vignette|upright=2.0|Structure du système nerveux sensoriel.]] ===Les ganglions autonomes=== : Nous utiliserons maintenant l'abréviation SNA pour parler du Système Nerveux Autonome. Pour le SNA, les motoneurones se situent dans des ganglions périphériques, appelés '''ganglions autonomes''', sauf pour quelques exceptions. Il faut noter que les neurones de ces ganglions sont multipolaires, contrairement aux ganglions sensoriels. En conséquence, les motoneurones du SNC font synapse avec les neurones du ganglions autonome, qui eux émettent des axones en direction du muscle ou de la glande à innerver. Les axones qui sortent de la moelle épinière forment une '''fibre pré-ganglionnaire''' (avant le ganglion), alors que le ganglion autonome émet une '''fibre post-ganglionnaire''' à destination du muscle/organe. [[File:1505 Comparison of Somatic and Visceral Reflexes.jpg|centre|vignette|upright=2|Comparaison entre système somatique et autonome.]] Les fibres post-ganglionnaires gonflent en plusieurs endroits et forment des '''varices post-ganglionnaires'''. C'est de ces varices que sont émis les neurotransmetteurs à destination du muscle. [[File:1504 Autonomic Varicosities.jpg|centre|vignette|upright=2|Varices post-ganglionnaires.]] Maintenant, regardons le neurotransmetteurs utilisés par le SNA. Les fibres pré-ganglionnaires sont systématiquement cholinergiques. La raison à cela est que les motoneurones du SNC sont tous cholinergiques, et ce sont eux qui donnent naissance aux fibre pré-ganglionnaires. Pour le système somatique, ça s'arrête là car les motoneurones cholinergiques innervent directement les muscles, via la jonction neuromusculaire. Mais pour le système autonome, il y a passage par un ganglion autonome, qui fait office de relai et peut parfois changer de neurotransmetteur. Le ganglion autonome émet des fibres post-ganglionnaires, dont le neurotransmetteur n'est pas le même pour le système sympathique ou parasympathique. * Les fibres sympathiques post-ganglionnaires sont noradrénergiques/adrénergiques. * Les fibres para sympathiques post-ganglionnaires sont cholinergiques. [[File:Ach.SNP.png|centre|vignette|upright=2.0|Implication de l'acétylcholine dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques.]] Il existe cependant quelques exceptions à ces explications simplifiées. * Les axones sympathiques innervant le rein émettent de la dopamine, non de l'acétylcholine. * Les glandes sudoripares eccrines sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. * Les glandes surrénales sont innervées par des fibres sympathiques cholinergiques. Le cas des glandes surrénales est particulier, car les glandes surrénales sont innervées directement par les motoneurones cérébraux, et non par l'intermédiaire d'un ganglion sympathique/parasympathique. Au passage, ces glandes surrénales sont dérivées embryologiquement du système nerveux et elles émettent de l'adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, ce qui fait que cette exception semble plus apparente que factuelle. <noinclude> {{NavChapitre | book=Neurosciences | prev=La moelle épinière | prevText=La moelle épinière | next=Le système nerveux périphérique | nextText=Le système nerveux périphérique }}{{autoCat}} </noinclude> a1y8lz6hv53eksekyju7mbd5ux203zt Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période Grèce Hellénistique 0 83870 766185 2026-05-07T11:19:16Z Alex Mtlr 103840 Création nouvelle page : Découpages et Réduction des pages de textes et traductions de Thalès de Milet 766185 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC|Période de la Grèce Classique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine|Période de la République Romaine]]''' |} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ».<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposemment, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposemment, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}] </small>''' {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><small>2-4</small></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><small>13</small></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><small>14-15</small></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><small>19</small></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><small>22</small></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><small>23</small></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><small>29</small></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><small>30</small></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><small>31-32</small></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</small></td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''<small>[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]])<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|<small>AEC</small>|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']].<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie.<br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']</small>''' {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.</small>''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px">'''<small>[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l'''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.</small>''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] bedtke4jexregvubfzvp3ft6meaa3z2 766186 766185 2026-05-07T11:48:27Z Alex Mtlr 103840 Suppression balisage HTML<small> et </small> + éclaircissements du wikicode 766186 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC|Période de la Grèce Classique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine|Période de la République Romaine]]''' |} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ». <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposément, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposément, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}]'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><sup>2-4</sup></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><sup>13</sup></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><sup>14-15</sup></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><sup>19</sup></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><sup>22</sup></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><sup>23</sup></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><sup>29</sup></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><supp>30</sup></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><sup>31-32</sup></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l’''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] 8ux3dvbrvkss3eengony72rblelc7s8 766187 766186 2026-05-07T11:51:15Z Alex Mtlr 103840 Suppression de saut de ligne en trop 766187 wikitext text/x-wiki {| border="0" cellpadding="0" width="100%" style="background: #f9f9f9" | colspan="3" height="25"|<div style="text-align: center;">[[Philosophie/Thalès de Milet|Thalès de Milet]]</div> |- | width="33%"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions Ier millénaire AEC|Période de la Grèce Classique]]''' | width="33%" align="right"|'''[[Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine|Période de la République Romaine]]''' |} = Période de la ''Grèce'' [[#Grèce_back|<sup>⤴️</sup>]] ''Hellénistique'' = <p style="text-align: right;">([[w:323_av._J.-C.|-323]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, mort d’[[w:Alexandre_le_Grand|'''Alexandre''' le Grand]] [https://books.google.fr/books?id=SkYwAAAAYAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PA3&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA59#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>➕</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume Suppléments, §117a - Alexandre de Macédoine}}] — [[w:31_av._J.-C.|-31]] <sup>[[w:Ier_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, défaite de [[w:Cléopâtre_VII|'''Cléopâtre VII''']] à la [[w:Bataille_d%27Actium|bataille d’Actium]]). == [[w:Callimaque_de_Cyrène|'''Callimaque''']] [[#Callimaque|<span id="Callimaque_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] de [[w:Cyrène|''Cyrène'']] [[#Cyrène|<span id="Cyrène_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] == <p style="text-align: right;">([[w:Circa|{{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}}]] [[w:310_av._J.-C.|-310]] <sup>[[w:IVe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, à ''Cyrène'' — {{Info|''ca.''|Circa, locution latine que l’on emploie pour indiquer l’approximation d’une date}} [[w:240_av._J.-C.|-240]] <sup>[[w:IIIe_siècle_av._J.-C.|⏳]]</sup>, en [[w:Alexandrie|''Alexandrie'']]) [[s:Auteur:Callimaque_de_Cyrène|<sup>📚</sup>]] [https://books.google.fr/books?id=PLrWAAAAMAAJ&newbks=1&newbks_redir=0&lpg=PP13&dq=bibliogroup%3A%22Dictionnaire%20des%20philosophes%20antiques%22&hl=fr&pg=PA171#v=onepage&q&f=false {{Info|<sup>🔍</sup>|Dictionnaire des Philosophes Antiques, publié sous la direction de Richard Goulet, Volume II, §22 - Callimaque de Cyrène}}] <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px">Grammarien et poète grec de la [[w:Dynastie_lagide|''Cour des Ptolémées'']], il œuvra à la [[w:Bibliothèque_historique|''Bibliothèque'']] [[#Bibliothèque|<span id="Bibliothèque_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] d’[[w:Bibliothèque_d%27Alexandrie|''Alexandrie'']] sous la direction du premier ''bibliothécaire'', [[w:Zénodote|Zénodote]], et supposemment l’y succéda. Il élabora en outre une bibliographie détaillée, sur 120 rouleaux, de la littérature et de la science grecque, intitulée les [[w:Catalogue_de_la_bibliothèque_d'Alexandrie|''Tables'']] (Πίνακες / Pínakes [[wikt:en:πίναξ#Ancient_Greek|(en)]]), aujourd’hui perdue, et s’appuyant sur les collections de la ''Bibliothèque d’Alexandrie''.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Callimaque de Cyrène|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Callimaque_back|<span id="Callimaque"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Καλλίμαχος / Kallímakhos [[wikt:en:Καλλίμαχος#Ancient_Greek|(en)]]; du verbe κᾰλλῐ́μᾰχος / kallímakhos, « se battre noblement »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun κάλλος / kállos [[wikt:en:κάλλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beauté. 2. La noblesse. 3. Une belle personne ou chose. »; de l’adjectif κᾰλός / kalós [[wikt:en:καλός#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Beau, charmant. 2. Bon, de qualité, utile. 3. Bon, droit, moral, vertueux, noble. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du nom commun μᾰ́χη / mákhē, « 1. Bataille, combat. 2. Querelle, conflit, dispute. 3. Concours, jeu. 4. Champ de bataille. 5. (logique) Contradiction, incohérence. »; du verbe μάχομαι / mákhomai [[wikt:en:μάχομαι#Ancient_Greek|(en)]], « 1. (avec datif) Faire la guerre, se battre. 2. Se quereller, se disputer. 3. Affronter, concourir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Cyrène_back|<span id="Cyrène"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Κῡρήνη / Kūrḗnē [[wikt:en:Κυρήνη#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Cyrène, une ancienne ville de l’actuelle Libye. 2. Cyrène ou Kyrène, personnage de la mythologie grecque. ». <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bibliothèque_back|<span id="Bibliothèque"><sup>III</sup></span>]] Du nom commun grec ancien βῐβλῐοθήκη / bibliothḗkē [[wikt:en:βιβλιοθήκη#Ancient_Greek|(en)]], « (meuble, lieu) bibliothèque »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun βῐβλῐ́ον / biblíon [[wikt:en:βιβλίον#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Bande de papyrus. 2. Petit livre, tablette, lettre. 3. N’importe quel livre ou écriture. »; Corruption [[w:Attique_(dialecte)|''attique'']] (un dialecte du grec ancien) du nom commun βυβλίον / bublíon [[wikt:en:βυβλίον#Ancient_Greek|(en)]]; du nom commun βῠ́βλος / búblos [[wikt:en:βύβλος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Papyrus (à la fois en référence à la plante et aux écrits utilisant le matériau semblable au papier dérivé de la plante). 2. Livre. »; potentiellement du nom propre Βῠ́βλος / Búblos, « Byblos, une ancienne ville ''phénicienne'' exportatrice de papyrus, située dans l’actuel [[w:Gouvernorat_de_Kesrouan-Jbeil|''gouvernorat de Kesrouan-Jbeil'']], [[wikt:Liste_des_gouvernorats_du_Liban|''subdivision administrative'']] au centre du ''Liban''. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + du suffixe déverbal -θήκη / -thḗkē [[wikt:en:-θήκη#Ancient_Greek|(en)]], indiquant généralement un espace dans lequel des objets sont placés ou stockés; du verbe τῐ́θημῐ / títhēmi;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">Dans le monde grec, le nombre et la variété des ouvrages, la possibilité de les copier et de se les procurer, l’existence d’un public de lecteurs et d’amateurs de livres permirent la création de bibliothèques, distinguables en 2 catégories :<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • privées, d’un particulier ou d’un scholarque comme celle d’Aristote (et de son école) ;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> • et royales ou princières, comme celle d’Alexandrie. Cette dernière se distingue par une volonté d’exhaustivité présente à la fois dans la politique d’acquisition, d’accumulation et de réalisation de traductions officielles, mais aussi dans ses liens avec le ''Musée'' (Μουσεῖον / Mouseîon [[wikt:en:Μουσεῖον#Ancient_Greek|(en)]], temple dédié aux [[w:Muses|''Muses'']] [[#Muses|<sup>⤴️</sup>]] et un lieu d’étude et de production intellectuelle), dans son rôle de centre de la vie intellectuelle, et qui se retrouve chez les premiers monarques de la dynastie ''Lagide'' et les bibliothécaires successifs. Par ailleurs, la ''Bibliothèque d’Alexandrie'' était, dès ses débuts, séparée en 2 collections : la plus importante était, supposément, exclusivement réservée aux pensionnaires du ''Musée'' alors que la seconde, beaucoup plus réduite, était, supposément, ouverte à un public plus large.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">[https://www.univ-montp3.fr/uoh/lelivre/partie2/les_lieux_de_conservation__les_bibliothques.html {{Info|<sup>🔍</sup>|Cours de l’UOH sur Le livre, de l’Antiquité à la Renaissance — chapitre Les lieux de conservation : les bibliothèques, par Béatrice Bakhouche, enseignante-chercheure à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langue et littérature latines ; Béatrice Beys, professeure certifiée à l’Université Paul-Valéry, spécialiste d’Histoire de l’art ; Daniel Delattre, chercheur en papyrologie grecque au CNRS-IRHT (UPR 841) ; Charles Guérin, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Langues et littératures latines ; Trung Tran, enseignant-chercheur à l’Université Paul-Valéry, spécialiste de Littérature française.}}] [https://www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_2005_num_12_2_2041 {{Info|<sup>➕</sup>|Compte rendu à propos des bibliothèques antiques par Michel Sève (professeur émérite d’histoire grecque à l’Université de Lorraine) : Lionel Casson (professeur émérite d’histoire classique à l’Université de New York), Libraries in the Ancient World, 2001.}}]'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} === Iambes [[#Iambes|<span id="Iambes_back"><sup>'''I'''</sup></span>]] === <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 1em; text-indent: 15px;">À la fin de son ''Aitia'', '''Callimaque''' a écrit qu’il passerait à un domaine plus piéton de la poésie. Par cela, il faisait référence à sa collection de 13 ''Iambes'' [[wikt:en:Callimachus#Iambs|(en)]], s’appuyant sur une tradition établie de poésie ''iambique'' dont la caractéristique déterminante était leur ton agressif et satirique. Bien que les poèmes soient mal conservés, leur contenu est connu à partir d’un ensemble de résumés anciens (diegeseis). Dans les ''Iambes'', '''Callimaque''' commente de manière critique des questions d’intérêt, tournant principalement autour de l’esthétique et des relations personnelles.</div></poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Iambes|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">'''[[#Iambes_back|<span id="Iambes"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien ἴαμβος / íambos; (Prosodie ancienne) Pied de deux syllabes dont la première est brève et la dernière longue, pamphlet.''' {{Boîte déroulante/fin}} ===== <div style="text-align: center;">Chapitre I.</div> ===== {| cellpadding="0" align="{{{align|right}}}" style="margin-left: 2em; width:40%; border-spacing:3px; text-align:center; background-color:#F8F9FA; border:2px solid #C8CCD1" |- | style="border:solid 1px #F8F9FA" | '''Manuscrits''' |- style="font-size:8pt; line-height:10pt; vertical-align:middle" | align="center" | <div style="margin-right: 1em; padding:0 0 4px 0; text-align:justify;">{{{légende| * Le '''Papyrus Oxyrhynchus 7''', n° 1011, v. 92 sqq. [[w:en:Papyrus_Oxyrhynchus_7|(en)]] [https://archive.org/details/oxyrhynchuspapyr07gren/page/14/mode/2up <sup>🔍</sup>].}}}</div> |} <div style="text-align: justify; text-indent: 15px; margin: 0 1em;">Le poète présente [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax|<span id="Hipponax_back"><sup>'''I'''</sup></span>]], qui, revenue de chez [[w:Hadès|'''Hadès''']], convoque les savants alexandrins et, pour les inviter à ne pas se quereller, raconte l’[[w:Apologue|''apologue'']] de la coupe de [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès|<span id="Bathyclès_back"><sup>'''II'''</sup></span>]]. Celui-ci, un [[w:Arcadie|''arcadien'']] {{Info|<sup>?</sup>|selon Callimaque puisque Pausanias le dit originaire de Magnésie}}, a légué une coupe d’or à son fils, pour la remettre au meilleur des Sept Sages. Ce fût '''Thalès''' pour avoir déterminer la [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''figure étoilée du Chariot'']], qui la refusa. La coupe passa de sage en sage jusqu’à ce que, revenue à '''Thalès''', elle fut dédiée au dieu qui veille sur le peuple du [[w:Nil|''Nil'']] [[#Nil_back|<sup>⤴️</sup>]].</div> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA Livre I|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Hipponax_back|<span id="Hipponax"><sup>I</sup></span>]] Du grec ancien Ἱππῶναξ / Hippônax [[wikt:en:Hipponax#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Poète grec, il est l’un des trois plus grands représentants de la poésie ''iambique'' [[#Iambes_back|<sup>⤴️</sup>]], avec [[w:Archiloque|Archiloque]] de [[w:Páros|''Paros'']] et [[w:Sémonide_d%27Amorgos|Sémonide]] d’[[w:Amorgós|''Amorgos'']] [http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/pseudo.htm <sup>LdS. Pseudo. §2</sup>].<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire d’[[w:Éphèse|''Éphèse'']]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Bathyclès_back|<span id="Bathyclès"><sup>II</sup></span>]] Du grec ancien Βαθυκλῆς / Bathuklếs [[wikt:en:Βαθυκλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adjectif βᾰθῠ́ς / bathús [[wikt:en:βαθύς#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Étant à une grande distance verticale de : haut, profond. 2. Épais. 3. Généralement : fort, intense, plein. 4. Profond. 5. (de couleur) Profond. 6. (temps) Crépuscule. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ + le suffixe nominal propre -κλῆς / -klês [[wikt:en:-κλῆς#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ du nom commun κλέος / kléos [[wikt:en:κλέος#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Rumeur, rapport. 2. Bon rapport, renommée, gloire. 3. (rare) Mauvais rapport, discrédit. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 30px;">➥ + le suffixe nominal propre -ης / -ēs [[wikt:en:-ης#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur grec et auteur du trône d’Apollon [[w:Amyclées|''Amycléen'']] (détaillé très précisément par [[w:Pausanias_le_Périégète|Pausanias le Périégète]] [http://remacle.org/bloodwolf/erudits/pausanias/laconie.htm#XVIII <sup>DdlG ''l.''III., ''c.''XVIII.</sup>]).<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de ''Magnésie'' [[w:en:Ancient_Magnesia|(en)]], ancienne ville du nord-ouest de la [[w:Thessalie_(périphérie)|''Thessalie'']] actuelle)'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} :'''Texte grec''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 270px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: left; margin: 0 2em;">''Supplementa, aliunde nota, in texta ipso apposuimus.''<br /><p style="text-indent: 0px;">Ἀκούσαθ' [[wikt:en:Hipponax#Latin|Ἱππώνακτος·]] οὐ γὰρ ἀλλ' ἥκω<br />ἐκ τῶν ὅκου βοῦν κολλύβου πιπρήσκουσιν [[#ll2-4_Iambes_NdT_EC|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.2-4</sup>'''</span>]]<br />φέρων ἴαμβον οὐ μάχην ἀείδοντα<br />τὴν Βου̣π̣άλε̣ι̣ο̣ν̣ . . . . . . . . . .<br /> . . . . . . . . . . ''uersus desunt circa uiginti'' . . . . . . . . . .<br />ὤπολλον. . . . . . . . . . . ς παρ' αἰπόλῳ μυῖαι<br />. . φεῖκες. . . . . . . . . . . πὸ θύματος Δελφοῦ<br />. . αιμιν. . . . . . . . . . . ιν ὦ 'κάτη πλήθευς<br />. . ιλοις εν . . . . . . . . . . πνοὴν ἀναλώσει . . . . . . . . . . λον τὸν τρίβωνα γυμνώσω. σωπὴ γενέσθω καὶ γράφεσθε τὴν ῥῆσιν.<br />ωἈνὴρ Βαθυκλῆς Ἀρκάς — οὐ μακρὴν ἄξω<br /> . . . . . . . . . . καὶ γὰρ οὐδ αὐτός μέγα σχολάζων εἰμὶ πὰρ μέσον δινεῖν [[#l13_Iambes_NdT_EC|<span id="l13_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.13</sup>'''</span>]]<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequuntur — circa triginta uersus — aut ualde mutila sunt, aut omnino desunt...''<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify;">Ἔπλευσεν ἐς Μίλητον ἦν γὰρ ἡ νίκη [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.14-15</sup>'''</span>]]<br />Θάλητος, ὅς τ ἦν τἄλλα δεξιὸς γνώμῃ<br />καὶ τῆς ἁμάξης ἐλέγετο οταθμήσασθαι<br />τοὺς ἀστερίσκους, ᾗ πλέουσι Φοίνικες.<br />Εὗρεν δ ὁ προυσέληνος αἰσίῳ σίττῃ<br />ἐν τοῦ [[wikt:en:δίδυμος#Ancient_Greek|Διδυμέος]] τὸν γέροντα κωνείῳ [[#l19_Iambes_NdT_EC|<span id="l19_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.19</sup>'''</span>]]<br />ξύοντα τὴν γῆν καὶ γράϕοντα τὸ σχῆμα<br />τοὐξεῦῤ ὁ Φρὺξ Εὔϕορϐος, ὅστις ἀνθρώπων<br />τρίγωνα καὶ σκαληνά πρῶτος ἔγραψε [[#l22_Iambes_NdT_EC|<span id="l22_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.22</sup>'''</span>]]<br />καὶ κύκλον επ. [[#l23_Iambes_NdT_EC|<span id="l23_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.23</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . . <br />τῶν ἐμπνεόντων ε. . . . . . . . . . .<br />οὐ πάντες ἀλλ οὓς εἶχεν . . . . . . . . . .<br />πρὸς δή μιν ὧδ ἔϕησε. . . . . . . . . . .<br />ἐκεῖνο τοὐλόχρυσον ἐξ. . . . . . . . . . .<br />οὑμὸς πατὴρ ἐϕεῖτο του . . . . . . . . . .<br />δοῦν ὅστις ὑμέων τῶν σοϕ. [[#l29_Iambes_NdT_EC|<span id="l29_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.29</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />τῶν ἑπτά· κἠγὼ σοὶ δίδωμ. [[#l30_Iambes_NdT_EC|<span id="l30_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>l.30</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . . . . σκίπωνι τοὔδα. [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC_back">'''<sup>ll.31-32</sup>'''</span>]] . . . . . . . . . .<br />. . . . . . . ην ὑπήνην τἠτέρῃ . . . . . . . . . .<br />ἐξεῖπε· τὴν δόσιν μὲν . . . . . . . . . .<br /><p style="text-align: center;">···························································································<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">''Quae sequebantur usque ad finem narrationis desunt. Enotuerunt haec :''<br /><p style="text-indent: 45px;">''ex Cramer Anecd. Ox. II, 297 (fr. 89, Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Σόλων· ἐκεῖνος δʹ ὡς Χίλωνʹ ἀπέστειλε.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Etym. Magn. 442, 10 (fr. 96 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">πάλιν τὸ δῶρον ἐς Θάλητʹ ἀνώλισθεν.<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 0px;">''ex Diog. Laert. I, 29 (fr. 95 Schn.).''<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">Θαλῆς με τῷ μεδεῦντι [[wikt:en:Νεῖλος#Ancient_Greek|Νειλέω]] δήμου<br /><p style="text-align: justify; text-indent: 15px;">δίδωσι, τοῦτο δὶς λαϐὼν ἀριστεῖον.</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#ll2-4_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll2-4_Iambes_NdT_EC"><sup>2-4</sup></span>]] Quae in charta desunt (v. 2 βου π, v. 3 ἀείδ, v. 4 τὴν βο. et αλ) ex uariis auctoribus restituta sunt, cf. Schneid. fr. 92, 85, 90 ǁ [[#l13_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l13_Iambes_NdT_EC"><sup>13</sup></span>]] μέσον δινεῖν lectio incerta ǁ [[#ll14-15_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll14-15_Iambes_NdT_EC"><sup>14-15</sup></span>]] in charta non comparent; restituendi sunt ex Acill. Tat. in Arat. ''Phaenom.'' cap. I (fr. 94 Schneid.) ǁ [[#l19_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l19_Iambes_NdT_EC"><sup>19</sup></span>]] ϰωνείῳ Hunt: ϰωνηω ǁ [[#l22_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l22_Iambes_NdT_EC"><sup>22</sup></span>]] τρίγωνα Hunt: ιγ desunt ǁ σϰαληνὰ Hunt: in charta tantum σϰ. Haec supplementa ex Diog. Laert. I, 24 et Diod X. 6 petita sunt (fr. 83 a. Schneid.) ǁ [[#l23_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l23_Iambes_NdT_EC"><sup>23</sup></span>]] sqq. Hos uersus sic restituit Hunt, supplementa petens ex iisdem auct. (fr. 83 a. Schn.) atque ex Schol. Pind. ''Pyth.'' III, 64 (fr. 91 Schn.). τὸν ϰύϰλον ἐπταμήϰεʹ, ήδὲ νηστεύειν | τῶν ἐμπνεόντων εἷπεν· οἱ δʹὑπήϰουσαν οὐ πάντες, ὰλλʹοὒς εἷχεν οὔτερος δαίμων ǁ [[#l29_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l29_Iambes_NdT_EC"><sup>29</sup></span>]] δοῦν ʹὅστις Hunt: νʹος in charta desunt. ǁ σοφ: σοφῶν ὁνήιστος restit. Hunt ǁ [[#l30_Iambes_NdT_EC_back|<span id="l30_Iambes_NdT_EC"><supp>30</sup></span>]] in fine uersus ἀριστεῑον Hunt ǁ [[#ll31-32_Iambes_NdT_EC_back|<span id="ll31-32_Iambes_NdT_EC"><sup>31-32</sup></span>]] Θαλῆς δὲ τῷ σϰίπωνι τοὅδαφος πλήξας ϰαὶ τὴν ύπήνην τἠτέρῃ λαϐὼν χειρί rest. Hunt.</td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I''], texte établi par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922<br />(également disponible [http://www.poesialatina.it/_ns/Greek/testi/Callimachus/Iambi.html ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div></div> :'''Traductions''' <div style="text-align: justify; margin-top: 2em; overflow: auto; height: 520px; border: 2px solid; text-indent: 15px"><br /><poem><div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez, écoutez [[w:Hipponax|'''Hipponax''']] [[#Hipponax_NdT_EC|<span id="Hipponax_NdT_EC_back"><sup>'''1'''</sup></span>]]; j’arrive de là-bas, où l’on a un bœuf pour une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', mais non pas mes ''Iambes'' de guerre, du combat contre [[w:Boupalos|'''Boupalos''']] [[#Boupalos|<span id="Boupalos_back"><sup>'''I'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······················ Lacune et vers mutilés ······················</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon''' ! comme les mouches dans la cabane du berger,... ou les guêpes... (ou les convives) au banquet delphien [[#banquet_delphien_NdT_EC|<span id="banquet_delphien_NdT_EC_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens se rassemblent)... par '''Hécate''' [[#Hécate|<span id="Hécate_back"><sup>'''II'''</sup></span>]] [[w:en:Hecate#Archaic_period|(en)]], quelle foule... (à parler) on perdra son souffle... à bas le manteau ! Silence, et passez par écrit mon discours. [[w:Bathyclès_de_Magnésie|'''Bathyclès''']] [[#Bathyclès_NdT_EC|<span id="Bathyclès_NdT_EC_back"><sup>'''3'''</sup></span>]], l’Arcadien — j’irai vite... car je n’ai pas grand loisir pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix revenait à '''Thalès''', savant en toutes choses, et qui sut déterminer [[w:Petite_Ourse#Histoire_et_mythologie|''la figure étoilée du Chariot'']], qui guide le marin de [[w:Phéniciens#Les_cités_de_Phénicie_et_leur_histoire|''Phénicie'']]. Sous bon auspice, l’Arcadien [[#Arcadien_NdT_EC|<span id="Arcadien_NdT_EC_back"><sup>'''4'''</sup></span>]] le trouva dans le ''temple de [[w:Didymes|Didymes]]'' [[w:en:Didyma|(en)]] [[#Didymes_NdT_EC|<span id="Didymes_NdT_EC_back"><sup>'''5'''</sup></span>]], à râcler le sol de sa [[w:Férule|''férule'']], y gravant la figure trouvée par [[w:Euphorbe_fils_de_Panthoos|'''Euphorbos''']] [[#Euphorbos|<span id="Euphorbos_back"><sup>'''III'''</sup></span>]] le [[w:Phrygiens|''Phrygien'']] [[#Phrygien|<span id="Phrygien_back"><sup>'''IV'''</sup></span>]] [[#Euphorbos_NdT_EC|<span id="Euphorbos_NdT_EC_back"><sup>'''6'''</sup></span>]] qui le premier dessina triangles et scalènes et cercles, et qui enseigna à s’abstenir de toute chair; on le suivit, non pas tous, mais ceux que tenait un mauvais démon. L’homme ainsi lui parla...<br />« Cette coupe d’or massif.... mon père m’a chargé... de la donner au meilleur des sept sages... Et je te la donne.... »<br /> Alors '''Thalès''', frappant le sol de son ''bâton'', et tenant sa barbe dans sa main, répliqua : « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(La coupe vint à) [[w:Solon|'''Solon''']] [[#Solon_back|<sup>⤴️</sup>]]; et '''Solon''' l’envoya à [[w:Chilon|'''Chilon''']] [[#Chilon_NdT_EC|<span id="Chilon_NdT_EC_back"><sup>'''7'''</sup></span>]]...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint aux mains de Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... '''Thalès''' me consacre au dieu qui veille sur le peuple du ''Nil'', après m’avoir, deux fois, reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Hipponax_NdT_EC_back|<span id="Hipponax_NdT_EC"><sup>1</sup></span>]] Hipponax d’Éphèse, le iambographe de la 2<sup>e</sup> moitié du VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. est censé ici arriver des enfers, où un bœuf vaut une obole ''(cf. [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n165/mode/1up Ép. XIII, 6])''. Il avait poursuivi de ses railleries le sculpteur Boupalos.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#banquet_delphien_NdT_EC_back|<span id="banquet_delphien_NdT_EC"><sup>2</sup></span>]] Le « banquet delphien » était une expression proverbiale, pour désigner le fait de ne pas profiter de ses propres dépenses : la foule était si grande aux sacrifices delphiens que le sacrifiant n’avait pas lui-même sa part de la victime.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Bathyclès_NdT_EC_back|<span id="Bathyclès_NdT_EC"><sup>3</sup></span>]] L’histoire de la coupe offerte « au plus sage des Grecs » est racontée, entre autres, par [[w:Diogène_Laërce|Diogène Laërce]] ([https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/thales1.htm ''I, 28 et suiv.'']), qui en donne trois versions différentes : Callimaque suit ici un historien local, Maiandrios de Milet. Balhyclès l’Arcadien ne semble pas pouvoir être identifié à l’artiste connu du même nom, qui était de ''Magnésie''.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Arcadien_NdT_EC_back|<span id="Arcadien_NdT_EC"><sup>4</sup></span>]] Le grec dit « avec un oiseau — le pivert, σίττη [[wikt:en:σίττη#Ancient_Greek|(en)]][[w:Sittelle_torchepot|<sup>📚</sup>]] — favorable», et « l’homme d’avant la lune», προσεληνος. Les Arcadiens passaient pour le peuple le plus ancien de l’[[w:Hellade_(thème)|''Hellade'']].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Didymes_NdT_EC_back|<span id="Didymes_NdT_EC"><sup>5</sup></span>]] ''Didymes'', près de ''Milet'', avec un temple et un oracle célèbres d’Apollon.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Euphorbos_NdT_EC_back|<span id="Euphorbos_NdT_EC"><sup>6</sup></span>]] C’est-à-dire [[w:Pythagore|Pythagore]]. Le ''Phrygien'' Euphorbos, un des personnages de l’[[w:Iliade|''Iliade'']], fils de [[w:Panthoos|Panthos]], fut tué par Ménélas, qui suspendit son bouclier dans un temple d’[[w:Argos_(ville)|''Argos'']]. Pythagore, de par la [[w:Métempsycose|''métempsychose'']], prétendait avoir été ce personnage. Dans plusieurs textes il est désigné sans autre explication, comme ici, sous le nom d’Euphorbos : ainsi, chez [[w:Lucien_de_Samosate|Lucien]] ([http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/dialoguemorts.htm#38 Dial. mort. XX]), [[w:Ménippe_de_Sinope|Ménippe]], s’adressant à Pythagore: « Euphorbe, ou Apollon, ou de quelque nom que tu te veuilles être appelé. » De même [[w:Horace|Horace]] ([https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9761552x/f59.item.r=Panthoides Odes, I, 28, 10]) le désigne par le nom de [[wikt:Panthoides|''Panthoides'']] [[#Panthoides|<span id="Panthoides_back"><sup>V</sup></span>]].''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Chilon_NdT_EC_back|<span id="Chilon_NdT_EC"><sup>7</sup></span>]] Ces vers et les suivants ne figurent pas sur le papyrus. Ils sont empruntés à diverses sources. Après avoir fait le tour des Sept Sages, a coupe revient une seconde fois à Thalès, qui la consacre dans le [[w:Didymes#Temple_d’Apollon|''temple d’Apollon Didyméen'']].''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n7/mode/2up <u>Callimaque</u>],[https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n249/mode/2up <u>Iambes</u>], [https://archive.org/details/hymnespigramme00calluoft/page/n255/mode/2up ''I, pp.166-167''], texte traduit par [[w:Émile_Cahen_(helléniste)|Émile Cahen]], Société d’édition « Les Belles Lettres», 1922</div> </poem> {{Boîte déroulante/début|titre=NdA trad. par Émile Cahen de 1922|alignT=right|couleurTexteT=#3366BB;}} <div style="text-align: justify; border: 2px solid #3366BB; text-indent: 15px; border-radius:15px; font-size:85%;"> <p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"><br />'''[[#Boupalos_back|<span id="Boupalos"><sup>I</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Βοὐπαλος / Boúpalos [[wikt:en:Bupalus#Latin|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Sculpteur et architecte grec, principalement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax [[#Hipponax_back|<sup>⤴️</sup>]], rendue proverbiale par les auteurs de l’Antiquité.<br /><p style="text-align: right; margin: 0 2em;">([[w:Floruit|{{Info|''fl.''|Floruit, locution latine que l’on emploie pour indiquer la période au cours de laquelle une personne a été active}}]] seconde moitié du [[w:VIe_siècle_av._J.-C.|VI<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], originaire de [[w:Chios#De_l’Antiquité_au_Moyen_Âge|''Chios'']] [[#Chios_back|<sup>⤴️</sup>]]) <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Hécate_back|<span id="Hécate"><sup>II</sup></span>]] Du nom propre grec ancien Ἑκάτη / Hekátê [[wikt:en:Ἑκάτη#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Selon la [[w:Théogonie_(Hésiode)|''Théogonie'']] d’[[w:Hésiode|Hésiode]] au [[w:VIIIe_siècle_av._J.-C.|VIII<sup>ème</sup> siècle {{Info|AEC|Avant l’Ère Commune}}]], déesse de grand honneur avec des domaines dans le ciel, la terre et la mer. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Euphorbos_back|<span id="Euphorbos"><sup>III</sup></span>]] Du nom propre grec ancien [[wikt:Εὔφορβος#Grec_ancien|Εὔφορβος / Euphorbos]]; du nom commun [[wikt:en:εὔφορβος#Grec_ancien|εὔφορβος / eúphorbos]], « gras, bien nourri »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ de l’adverbe [[wikt:εὖ#Grec_ancien|εὖ / eû]], « 1. Bien. 2. (Idée d’origine) Noblement. 3. Bien, régulièrement, justement. 4. Bien, avec bienveillance. 5. Heureusement. »; accusatif neutre de l’adjectif [[wikt:ἐύς#Grec_ancien|ἐύς / eús]], « bon, brave »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ du nom commun [[wikt:φορβή#Grec_ancien|φορβή / phorbḗ]], « 1. Pâturage. 2. Nourriture animale. »; [[w:Nom_déverbal|''nom déverbal'']] du verbe φέρβω / phérbô [[wikt:en:φέρβω#Ancient_Greek|(en)]], « 1. Nourrir. 2. Faire paître, paître. 3. (passif) Être nourri. 4. Manger, consommer. 5. Profiter, avoir. »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">➥ le suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os [[wikt:en:-ος#Ancient_Greek|(en)]];<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Dans la mythologie grecque, guerrier [[w:Troie|''troyen'']] qui a combattu pendant la [[w:Guerre_de_Troie|''guerre de Troie'']]. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Phrygien_back|<span id="Phrygien"><sup>IV</sup></span>]] Du nom commun grec ancien Φρῠ́ξ / Phrúx [[wikt:en:Φρύξ#Ancient_Greek|(en)]], « un phrygien »;<br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;"> Ancien peuple de langue indo-européenne du centre-ouest de l’Anatolie. <br /><br /><p style="margin: 0 2em; text-indent: 15px;">[[#Panthoides_back|<span id="Panthoides"><sup>V</sup></span>]] Mais aussi [http://www.espace-horace.org/trad/patin/odes1.htm#xxviii ''fils de Panthoüs.'']'''<br /><br /> {{Boîte déroulante/fin}} <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #444; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> <poem> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Écoutez '''Hipponax'''; je viens du pays où un bœuf coûte une obole, et j’apporte ici mes ''Iambes'', non pas mes ''Iambes'' guerriers contre '''Boupalos''' [[#Boupalos_NdT_JT|<span id="Boupalos_NdT_JT_back"><sup>'''1'''</sup></span>]].</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">Par '''Apollon'''! comme les mouches dans la chaumine du berger... ou les guêpes... (ou les invités) au ''banquet delphien'' [[#banquet_delphien_NdT_JT|<span id="banquet_delphien_NdT_JT_back"><sup>'''2'''</sup></span>]]... (les gens accourent)... par '''Hécate''', que de monde... (à parler) on perdra le souffle... j’ôterai le manteau. Faites silence et écrivez mon discours. '''Bathyclès, l’Arcadien''', ce ne sera pas long... car le temps me manque pour tournailler par ici.</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">(Le fils de '''Bathyclès''') fit voile vers ''Milet'', car le prix appartenait à '''Thalès''' qui, savant universel, avait mesuré, dit-on, ''la figure étoilée du Chariot'', guide du marin de ''Phénicie''. Un pivert donna un présage favorable et l’homme d’avant la lune (l’Arcadien) trouva le vieillard dans le ''temple de Didymes'' [[#Didymes_NdT_JT|<span id="Didymes_NdT_JT_back"><sup>'''3'''</sup></span>]]. Il râclait le sol de sa férule et y inscrivait la figure que trouva '''Euphorbos le Phrygien''' [[#Euphorbos_NdT_JT|<span id="Euphorbos_NdT_JT_back"><sup>'''4'''</sup></span>]], le premier qui dessina triangles et scalènes et cercles, (et qui enseigna à s’abstenir de la chair) des animaux; (on le suivit), non pas tous, mais ceux qu’ (un mauvais démon) possédait. L’homme lui dit ceci... « Cette coupe d’or massif... mon père m’a prié... de la donner au meilleur des sept sages... Je te la donne...» Alors '''Thalès''', frappant le sol de son bâton, et prenant sa barbe dans sa main, parla à son tour ; « Ce présent...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Solon''' (eut la coupe), et il la passa à '''Chilon'''...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">... Et le présent revint à Thalès...</div> <div style="text-align: center; margin: 0 2em;">······························ Lacune ······························</div> <div style="text-align: justify; margin: 0 2em;">'''Thalès''' me consacre au dieu qui protège le peuple du ''Nil'', m’ayant deux fois reçue comme prix...</div></poem> <table cellspacing=15 style="margin: 0 4em; "> <tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Boupalos_NdT_JT_back|<span id="Boupalos_NdT_JT"><sup>1</sup></span>]] Pour Hipponax voir notre notice sur Hérondas. Boupalos : sculpteur, raillé par Hipponax.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#banquet_delphien_NdT_JT_back|<span id="banquet_delphien_NdT_JT"><sup>2</sup></span>]] Expression qui signifie ne pas avoir le profit de ce que l’on dépense. Il y avait une telle presse aux sacrifices de ''Delphes'' que celui qui sacrifiait ne recevait même pas ce qui devait lui revenir de la victime.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Didymes_NdT_JT_back|<span id="Didymes_NdT_JT"><sup>3</sup></span>]] Près de ''Milet''. Il y avait dans cette ville un temple et un oracle d’Apollon.''' </td> <tr> </tr> <td valign=top style="text-align: justify; text-indent: 15px; font-size:85%;">'''[[#Euphorbos_NdT_JT_back|<span id="Euphorbos_NdT_JT"><sup>4</sup></span>]] Euphorbos le Phrygien est d’abord un personnage de l’''Iliade''. Mais Pythagore ayant prétendu que ce héros revivait en lui, c’est de Pythagore qu’il s’agit ici.''' </td> </tr> </table> <poem> <div style="text-align: right; margin: 0 2em 0 1em;">[http://www.camberbec.org/Callimaque/ <u>Callimaque, Iambes</u>], ''I, pp.79-80'', texte traduit par [https://data.bnf.fr/fr/12380325/joseph_trabucco/ Joseph Trabucco], Librairie Garnier Frères, 1934<br />(également disponible [http://ugo.bratelli.free.fr/Callimaque/Callimaque.pdf ici])</div> </poem> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div></div> <div style="text-align: center; margin: 0 auto; color: #3366BB">⁂</div> <div class="center" style="border-bottom: 1px solid #FFF; width: 30%; margin: 0 auto;"></div> </div> [[Catégorie:Philosophe]] jm8uskm7apgiyw3bsq1h0j8u0m8f3ui